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La connaissance scientifique et son processus selon Gaston Bachelard

( Télécharger le fichier original )
par Guylain Mabiala Nlenzo
Institut Saint Augustin - Distinction 2003
  

Disponible en mode multipage

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EPIGRAPHE

La science suscite un monde, non pas par une impulsion magique, immanente à la réalité, mais bien par une impulsion rationnelle, immanente à l'esprit.

(Gaston Bachelard)

DEDICACE

A mon regretté frère,

Nlenzo Nlenzo Horly P.D.Ç. que le Seigneur a rappelé auprès de lui avant l'élaboration de ce présent travail;

A mes parents,

Papa Nlenzo Nsavu Damase et Maman Mbumba Tona Marguerite, auprès de qui j'ai appris la douceur, l'affection, le savoir vivre et la générosité ;

A mon frère et ami, Monsieur l'Abbé Jean Basile Mavungu Khoto,

Je dédie ce travail

AVANT-PROPOS

Au terme de notre premier cycle de philosophie, nous voulons remercier toutes les personnes de bonne volonté qui nous ont soutenu matériellement, moralement et spirituellement.

Que le Professeur J. N'kwasa BUPELE qui avait voulu diriger ce travail puisse trouver ici l'expression de notre profonde gratitude.

Nos remerciements vont droits également à tous les Professeurs du Philosophat Saint Augustin car, grâce à leurs enseignements, nous nous sentons aujourd'hui projeté dans un univers sapiential qui n'est accessible qu'au groupe des initiés dont nous faisons partie avec la présentation de la présente dissertation.

Notre gratitude va droit à la Société Missionnaire de Saint Paul, spécialement au révérend Père Roger WAWA, actuel supérieur régional ; à nos deux formateurs, le révérend Frère Gigi BOFELLI et le révérend Père Jacques BOSEWA, qui, par leur soutient spirituel, moral et matériel nous ont aidé à aller de l'avant dans notre entreprise scientifique.

Nous sommes redevables à la famille Nlenzo : mon père Nlenzo Nsavu Damase, ma mère Mbumba Tona Marguerite, Myfie Nlenzo, Falito Nlenzo, Mimi Nlenzo, Horly Nlenzo, Nadine Nlenzo, Nacha Nlenzo, Dieu-merci Nlenzo, Typelas Ntoto, Gibril Mabiala.

Nous sommes également redevable à la famille Sassy : Papa Sassy Kassale, Maman Monique Sassy, Maman Angel, Esther Sassy, Moïse Sassy, Mimi Sassy, Sara Maria, les petits Carlos et José qui, par leur soutient matériel, ainsi que pour les conseils dont nous étions bénéficiaire, nous ont aidé à persévérer et à arriver au niveau où nous nous trouvons aujourd'hui.

Nous avons aussi le coeur plein de reconnaissance à nos frères aînés et cadets, présents ou absents qui ont su, par leur présence, nous donner les raisons d'espérer. Nous pensons aux aînés comme le révérend Frère Emmanuel PEMBELE, les révérends Pères Alphonse LUKOKI, Marcel NDALA, François CAMPUS. Nous pensons aussi à nos deux juniors, Barthélemy DINAMA et Gilbert MIKA qui, eux aussi, ont contribué d'une façon ou d'une autre à notre émergence philosophique. Que nos novices : Joseph KALONDA, Omer MONJI et Jean de Dieu NKOLELWA trouvent dans ce travail l'expression de notre profonde reconnaissance.

Nous pensons également à tous les confrères du Scolasticat Jacques Alberione, spécialement à Alphonse ABEDI, Dieudonné MULOLO, Pierre KYUNGU, Célestin KABULA, Deo TUTA, Alain SALANKANG, Didier DIEMU et à tous les membres de la generalicia :Jean Baptiste SAPEPO et Daniel KAHYA.

Nous n'oublions pas les compagnons de lutte au Philosophat : Alain KIPA, Salvador DIKIZEYIKO, Faustin MBENZA, le camerounais Thaddeus MUNU, Jean Louis HUTU, Boniface BADIKADILA, Augustin WILIWOLI... et, nous pensons aussi à nos anciennes collègues Lydie NGIELE et Nancy MBIYAVANGA qui, indépendamment de leur volonté, n'ont pas pu terminer avec nous ce premier cycle de philosophie.

A vous qui allez lire ce travail, nous exprimons à l'avance notre remerciement pour votre indulgence et vos encouragements.

0. INTRODUCTION GENERALE

0.1. Problématique

La tradition académique veut que, au terme d'un cycle de formation, l'étudiant présente un mémoire. C'est la raison d'être du présent travail que nous élaborons dans le cadre de la pensée bachelardienne en relisant Le Nouvel esprit scientifique1.

La fin du vingtième siècle et le début du vingt et unième siècle sont marqués par des progrès scientifiques très développés. Il ne faut pas en douter, car notre vécu quotidien nous le prouve à suffisance. Il y a une nouvelle découverte scientifique tous les jours. Ce siècle récent a été, comme le disent certains penseurs, un siècle de progrès.

La description scientifique de la nature est aujourd'hui très éloignée de sa conception commune et quotidienne. Ainsi la description qu'a donnée Nicolas Copernic de l'univers n'a pas modifié notre langage courant pour lequel le soleil "se lève" et "se couche", conformément à notre expérience empirique. De même, la théorie de la relativité d'Einstein pose que l'écoulement du temps n'est pas partout uniforme. Cette description empêche de reconnaître une réalité physique à la notion de simultanéité. Pourtant, personne au quotidien ne douterait que l'expression "réglons nos montres" soit pleinement légitime. Faut-il reprocher à la science de se perdre dans une abstraction aveugle à l'expérience concrète ? Faut-il réamorcer les défiances des empiristes contre un rationalisme pas trop cartésien ? La science peut- elle sans dommages s'éloigner de l'expérience empirique immédiate et manipuler des objets de plus en plus abstraits, de moins en moins descriptibles par des concepts autres que mathématiques ? C'est ce constat d'un divorce entre les concepts du physicien et les conceptions communes tirées de l'expérience empirique immédiate, dont Bachelard veut tirer les fruits. Notre objectif est de montrer justement, à la suite de Gaston Bachelard, comment se réalise le rationnel dans l'expérience physique à l'ère du nouvel esprit scientifique.

1 BACHELARD, G., Le nouvel esprit scientifique. 9è éd, Paris, P.U.F. 1996

0.2. Intérêt du sujet et présentation de l'auteur

L'intérêt pour nous en abordant ce thème est d'essayer de comprendre à notre façon cette pensée bachelardienne. Sa démarche fondamentale, globale peut nous enrichir, et nous tâcherons de méditer son inspiration.

Qui est Gaston BACHELARD ? Philosophe français, Gaston Bachelard naît le 27 juin 1884, en Champagne, à Bar-sur-Aube. Il passe son enfance dans la province la plus rustique où l'homme n'a pas perdu le contact avec les éléments premiers. Nanti de son baccalauréat, il entre dans l'administration des Postes (1903- 1913). En disponibilité pour raison d'études dès 1913, il prépare le concours d'élèves ingénieur des Télégraphes et achève parallèlement sa licence de mathématiques. La guerre de 1914-1918 brise son destin. En 1919, il renonce à son ambition d'ingénieur et entre dans l'enseignement secondaire. Il est professeur de sciences au collège de Bar-sur-Aube de 1919 à 1930. A 35 ans, il engage de nouvelles études. Agrégé de philosophie en 1922, il obtient de demeurer à Bar-sur-Aube, à la fois professeur de sciences et de philosophie. En 1928 paraissent les deux thèses, soutenues en 1927, Essai sur la connaissance approchée et Etude sur l'évolution d'un problème de physique, la propagation thermique dans les solides.

La Faculté des Lettres de Dijon l'appelle en 1930, puis la Sorbonne en 1940 (où il restera jusqu'en 1954).Il publie en 1934 Le Nouvel Esprit scientifique, en 1938 La formation de l'Esprit scientifique, en 1940 La Philosophie du non, en 1942 L'eau et les rêves, La terre et les rêveries du repos en 1946, La terre et les rêveries de la volonté en 1948. Il entre à l'Académie des sciences morales et politiques en 1955 et obtient le Grand Prix National des Lettres en 1961, année où il publie La flamme d'une chandelle. Il meurt à Paris le 16 octobre 1962.

Gaston Bachelard nous propose des pistes de réflexion sur la manière de procéder à l'élaboration de la science, et d'après un esprit qui se veut « scientifique ». Sa réflexion entend apporter un correctif qu'il juge important pour le progrès scientifique lui même, au sens englobant du terme. Et c'est cela qui lui permet de parler de « nouvel esprit scientifique ».

0.3. Méthode et subdivision du travail

Notre démarche se veut réflexive et analytique avec comme but de comprendre l'auteur. Notre travail se développe en trois chapitres. Dans le premier chapitre, nous survolerons l'histoire des sciences, en mettant l'accent sur les différentes étapes de l'évolution scientifique partant de l'Antiquité jusqu'au nouvel esprit scientifique dont parle Bachelard. Et, une distinction entre la connaissance commune et la connaissance scientifique fera l'objet du deuxième point de notre chapitre. Au deuxième chapitre, nous aborderons « l'esprit scientifique, savoir méthodiquement fondé » en analysant les concepts comme « épistèmè », « rationalisme », « réalisme », « déterminisme » et « indéterminisme ». Nous chercherons à voir comment le savoir scientifique se démarque de la connaissance ordinaire, de la connaissance naïve.

Le troisième chapitre traitera de « l'esprit objectif comme lieu d'émergence de l'esprit scientifique ». Dans ce chapitre où nous analyserons les concepts comme « objectivité », «victoire de l'esprit », « négation dynamisante », nous verrons que « l'esprit dialectique bachelardien » se présente comme l'indicateur du savoir qui se veut objectif d'après le Nouvel esprit scientifique.

Enfin notre travail se terminera par une conclusion.

CHAPITRE PREMIER :

DE LA PRESCIENTIFICITE AU NOUVEL ESPRIT
SCIENTIFIQUE

I.0. INTRODUCTION

L'oeuvre de Bachelard est construite selon une double polarité la raison scientifique d'un côté et à l'opposé, l'activité onirique de l'imagination. Dans le premier registre, il propose une conception nouvelle de l'histoire des sciences, progressant par crises et ruptures successives, et une épistémologie formée à la négativité et à la pensée polémique. Un nouveau rationalisme en découle refusant la structure immuable et éternelle de la raison. Aucune catégorie a priori ne préside à la constitution de la science, mais la raison remet en question ses principes et ses concepts en les ajustant aux révolutions scientifiques successives. La notion d'obstacle épistémologique que nous aurons à traiter dans les lignes qui suivront commande la double orientation de sa philosophie: la formation de l'esprit scientifique contre les valorisations inconscientes, la connaissance sensible et toute forme d'évidence immédiate; la réhabilitation dans l'ordre de l'imaginaire des expériences condamnées sur le plan de la rationalité.

Dans ce premier chapitre, il sera question de montrer la façon dont la science a évolué, d'après notre auteur, en s'appuyant sur les étapes de l'évolution scientifique : de l'Antiquité jusqu'à nos jours. Aussi nous essayerons de définir les deux modes de connaissances: la connaissance commune et la connaissance scientifique pour éviter toute confusion de sens.

I.1. UNE EPISTEMOLOGIE DISCONTINUISTE

doit effectuer l'esprit pour ajuster ses cadres rationnels aux expériences nouvelles, sont autant de changements de méthodes et de concepts à l'intérieur même du devenir scientifique. Bachelard utilise très librement la loi des trois états d'Auguste Comte pour désigner les trois grandes étapes dans le devenir scientifique :

L'état préscientifique,

L'état scientifique, et

L'ère du nouvel esprit scientifique.

I.1.1. L'état préscientifique

Cette période qui s'étendrait de l'Antiquité au XVIII siècle, est caractérisée par l'absence de rupture entre l'expérience commune et l'expérience scientifique et par le caractère empirique de l'objet scientifique en continuité avec les apparences « on pense comme on voit», c'est-à-dire de façon substantialiste, avec un regard fasciné par la chose et prisonnier de l'imagination, des idées générales et des concepts immuables.

I.1.2. L'état scientifique

Bachelard situe cet état entre la fin du XVII siècle et le début du XX siècle. Il est marqué par le divorce avec la connaissance commune. La raison édifie ses premières constructions et la pensée scientifique se différencie de son passé préscientifique par sa marche vers une abstraction croissante où le réalisme élémentaire devient obstacle à l'effort de rationalisation. Toutefois. l'état scientifique reste encore tributaire d'une « épistémologie cartésienne», c'est-à-dire d'une philosophie de l'intuition, de l'immédiat, des natures simples, et d'un esprit scientifique confiant dans les vérités premières et les notions de base.

I.1.3. L'ère du nouvel esprit scientifique

Cette ère qui est la nôtre, aurait débuté en 1905 avec la théorie de la relativité einsteinienne. Elle constitue notre actualité. Elle consacre la rupture avec les natures simples cartésiennes, « On s'aperçoit que l'état d'analyse de nos intuition communes est très trompeur et que les idées les plus simples comme celle de choc, de réaction, de réflexion matérielle ou lumineuse ont besoin d'être révisées. Autant dire que les

idées simples ont besoin d'être compliquées pour pouvoir expliquer les microphénomènes.»2 Le simple est une illusion et les natures prétendues simples se révèlent un tissu de relations complexes, la nouvelle pensée scientifique ne cessant d'affiner et de différencier les structures,

Cette troisième période est l'ère d'une prise de conscience réflexive par la science. C'est pourquoi elle se définit non comme un état, mais comme un esprit3. L'épistémologie nouvelle qui anime la science prend acte des ruptures épistémologiques (épistémologie non cartésienne, géométrie non euclidienne, relativité non newtonienne) et, découvrant que « tout ce qui est décisif ne naît que malgré et contre», elle voit dans l'état de crise le moteur et le dynamisme même de la science.

I.2. LES MODES DES CONNAISSANCES4

I.2.1. La connaissance commune

La connaissance commune est aussi nommée connaissance banale ou connaissance vulgaire, connaissance spontanée, connaissance empirique. Elle est celle qu'auraient de la réalité des êtres dépourvus d formation scientifique spéciale, comme les primitifs, les enfants, les gens simples. Pourtant les hommes cultivés, et les grands savants, en usent toujours dans la plupart de leurs actions habituelles hors du laboratoire ou de leur cabinet de travail. Ainsi quand un physicien va prendre le train, il ne songe pas nécessairement aux théorèmes de mécanique qui lui permettent de progresser, de maintenir son équilibre, puis d'être transporté en wagon. Un chimiste assoiffé qui boit un verre d'eau oublie généralement de penser à la composition de ce corps! On ne saurait exagérer l'utilité de cette connaissance qui nous permet de vivre et que la connaissance scientifique non seulement ne remplace jamais complètement, mais prend encore pour point de départ obligé.

La connaissance commune est le plus souvent le produit d'une élaboration spontanée de la raison, alors que la connaissance scientifique résulte d'une

2 BACHELARD. G., Le nouvel esprit scientifique, 9ème éd., Paris, P.U.F., 1996.

3 BARAQUIN, N., et LAFFITE, J., Dictionnaire des philosophes. Paris, Armand Colin/Vuef, 2002, p.41 4GEX, M., Eléments de philosophie des sciences,, 2ème éd. Neuchâtel,Griffon, 1964, pp. 15-21

élaboration réfléchie, méthodique, poursuivie dune manière volontaire et parfois ardue.

Dans la connaissance commune, les sensations obtenues par les organes des sens sont élaborées inconsciemment en perceptions, puis l'esprit, grâce à la mémoire, compare entre elles les diverses perceptions, es analyse et observe ainsi certains retours de phénomènes analogues. Tout naturellement es prit s'attend à leur réapparition et devient capable, dans une certaine mesure, de les prévoir. II formule ainsi des lois empiriques telles que celle-ci : tout homme meurt; le feu cuit les aliments et brûle.

Malgré ses défauts et ses insuffisances, la connaissance commune ou empirique est un sûr acheminement vers la connaissance scientifique, car elle comporte déjà un certain degré de généralité. Elle peut, en effet, énoncer des lois (pas toujours rigoureuses) et, quoique subjective dans une large mesure, c'est à dire variable d'un individu à l'autre. Elle est grandement influencée et régularisée par la société au moyen du langage dont les mots permettent de classer rapidement les sensations nouvelles et, avec laide de la syntaxe, de les mettre en rapport avec les anciennes.

Le but de la connaissance commune, structurée et uniformisée par le langage, est de nous adapter à notre milieu, de nous permettre de nous préserver des dangers qui nous menacent, de nous procurer notre nourriture, de nous adapter â nos semblables, de deviner leurs intentions et de prévoir dans une certaine mesure leurs actions.

I.2.2. La connaissance scientifique

La pensée scientifique est dans le prolongement de la pensée commune. Elle est en tout cas un perfectionnement un accroissement. Cependant, en perfectionnant la pensée commune, la pensée scientifique peut s'éloigner considérablement des façons de voir de cette dernière et élaborer des notions qui ne rappellent en rien l'expérience immédiate. Les conceptions récentes de la physique par exemple, surprennent et déroutent le sens commun.

Tout comme la connaissance commune, la connaissance scientifique part des données des sens. Une accumulation de faits, d'observations et d'expériences ne constitue cependant pas une Science. La raison cherche en effet à unifier et à systématiser d'une façon rigoureuse toutes les connaissances acquises dans un certain domaine. Elle pousse cette coordination beaucoup plus loin en science que dans la connaissance commune. La systématisation en science se fait au moyen de lois et de théories.

En conclusion, nous dirons qu'entre les connaissances communes et scientifique il y a plutôt une différence de degré que de nature. La connaissance commune est qualitative, alors que la science s'efforce d'introduire des déterminations quantitatives dans l'énoncé de ses lois, au moyen de la mesure. Chacun sait que les corps non soutenus, d'une certaine densité, tombent mais la science seule peut indiquer le chemin qu'ils parcourent en fonction du temps écoulé.

La science, enfin, est plus objective que la connaissance commune. Son contenu ne variant pas d'un individu à l'autre est indépendant de l'humeur, des désirs et des bizarreries subjectifs : c'est une oeuvre collective, contrôlée et méthodique. La science porte sur des abstractions soigneusement élaborées (la vitesse, l'accélération! le travail, la puissance, etc.), qui rendent cette objectivité possible. Sans doute la connaissance commune se sert aussi d'abstractions : «arbre : en est une, puisque ce concept laisse de côté les caractères qui différencient entre eux le sapin, le chêne, etc. mais les abstractions scientifiques sont plus techniques et permettent, si possible, l'usage du calcul. C'est le haut degré d'abstraction de la connaissance scientifique qui la rend aisément communicable.

I.3. CONCLUSION DU CHAPITRE

Tout au long de l'histoire des sciences, nous venons de voir que la conception de la science n'est pas la même que celle que nous avons aujourd'hui en vigueur. La science a évolué tout au long de l'histoire.

La connaissance scientifique est partie de la cohabitation avec la

connaissance commune puis, elle se démarquera d'elle du 18ème au début du 20ème
siècle à la période appelée l'état scientifique. Aujourd'hui, la science a déjà dépassé

cette étape. Nous parlons actuellement de l'ère du nouvel esprit scientifique qui a été inaugurée avec la théorie de la relativité par les travaux d'A. Einstein particulièrement.

CHAPITRE DEUXIEME :

L'ESPRIT SCIENTIFIQUE :

RECHERCHE D'UN SAVOIR METHODIQUEMENT FONDE

II.0. INTRODUCTION

Parlant de science, G. Bachelard en perçoit, mieux qu'un savoir figé, un ensemble de recherches soucieuses d'objectivité, un réalisme reconstruit, un rationalisme appliqué.

Dans notre deuxième il sera question de clarifier d'abord les concepts « esprit scientifique », « réalisme », et « rationalisme ». Et, nous examinerons aussi les catégories sous-jacentes de « déterminisme » et d'« indéterminisme » : nous y verrons avec Gaston Bachelard que l'esprit scientifique est une ascèse, discipline intransigeante dont le processus « critique » conduit à « Epistémè » à force d'interroger constamment le réel.

II.1. ESPRIT SCIENTIFIQUE

Le concept « Esprit scientifique » est né du souci de rendre l'homme plus rationnel dans le domaine scientifique. Bachelard remonte au stade vulgaire de la connaissance pour situer les moments déterminants des insuffisances épistémologiques. Pour lui, la révolution scientifique qui a fait l'objet de préoccupation au dix-neuvième siècle a fait que l'esprit scientifique se démarque de la connaissance du commun des mortels, c'est-à-dire de la « Doxa », en imposant le concept de science, comme savoir raisonné ou connaissance méthodiquement fondée, Epistémè.5

A ce niveau, l'effort des philosophes est louable : ils ont cherché à sauver l'homme de la récalcitrance, surtout de la doxa. Ils ont posé l'esprit comme celui qui

5 Van RIET, G, Epistémologie thomiste. Louvain, 1946, p.637

se veut non habituel, étant donné que les habitudes, c'est-à-dire les actes acquisitoires, en constituent un frein6.

Par « l'esprit scientifique », on entend esprit critique, esprit qui se rapporte (qui se réfère à) et qui, dans une discipline scientifique de n'importe quelle obédience, a rompu ou doit chercher à rompre avec toute tendance subjectiviste et/ou sentimentaliste, en fonction d'une tendance ascétique, entendu comme possibilité pour tout homme d'être austère devant une expérience scientifique tout en mettant de côté tout préjugé7.

L'homme de science doit être un ascète de la rationalité, car l'esprit scientifique comme esprit rationaliste selon Bachelard « ...est la réalisation du rationnel dans l'expérience physique... »8 . C'est un esprit qui exige de l'homme un effort pour éloigner de la pensée l'influence du sentiment et de l'arbitraire de la volonté. Selon l'auteur, l'esprit scientifique doit dépasser les philies, il doit au préalable adopter l'attitude « critique » et créative en tant qu'il est nourri d'un souci d'accroissement de la clarté et non d'une répétition permanente des acquis non rectifiés. C'est ce qui fait dire à Federigo que: «la physique au lieu d'offrir une vérification plus précise de la mécanique classique conduit plutôt à en corriger les principes»9. La science est donc d'abord un esprit à adopter; car au-delà de tout savoir acquis l'esprit humain doit pouvoir élaborer des lois ou une théorie ; ainsi conduit, l'esprit humain critiquée celui-ci a le pouvoir de récupérer une théorie ; dûment critiquée10.

Certes, ce qui caractérise l'esprit scientifique dans l'optique bachelardienne, c'est la complémentarité de la critique et de la rectification. Ainsi, pour parvenir à l'esprit scientifique, il est indispensable d'éliminer, de la connaissance, les projections psychologiques, spontanées ou inconscientes. Dès lors, la véritable psychologie de l'esprit scientifique sera bien près d'être une psychologie normative, une pédagogie en rupture avec la connaissance usuelle11.

6 Ibidem

7 BACHELARD, G., Le Nouvel esprit scientifique. 9è éd, Paris, P.U.F. 1996 p. 125

8 Ibidem, p. 5

9 M.FEDERIGO, cité par BACHELARD, G., Le Nouvel esprit scientifique,. p. 48

10 Ibidem

11 Ibidem, p.126

D'après Bachelard, dans la formation individuelle, un esprit scientifique passerait nécessairement par les trois états suivants, beaucoup plus précis et particuliers que les formes contiennent :

A. L'état concret où l'esprit s'amuse des premières images du phénomène et s'appuie sur une littérature philosophique glorifiant la nature, chantant curieusement à la fois l'unité du monde et sa riche diversité.

B. L'état concret-abstrait où l'esprit adjoint à l'expérience physique des shemas géométrique et s'appuie sur une philosophie de la simplicité. L'esprit est encore dans une situation paradoxale : il est autant plus sûr de son abstraction que cette abstraction est plus clairement représentée par une intuition sensible.

C. L'état abstrait où l'esprit entreprend des informations volontairement soustraites à l'intuition de l'espace réel, volontairement détachées de l'expérience immédiate et même en polémique ouverte avec la réalité première, toujours impure, toujours informe.

II.2. LE RATIONALISME

Dans son Vocabulaire technique et analytique de l'épistémologie, Robert Nadeau définit le rationalisme comme étant toute philosophie qui met en évidence le rôle de la seule raison dans l'acquisition et la justification du savoir12. Descartes, grâce à son doute méthodique, affronte la dualité onto-cosmologique. Et, corrigeant l'idéalisme platonicien avec l'intellectualisme aristotélicien, il maintient la coexistence dans l'univers de substances pensantes et de celle uniquement étendue c'est-à-dire des hommes et de l'espace. Son épistémologie est dite rationaliste. Car, elle ne ramène pas la réalité des choses aux idées, mais reconnaît la part de l'intuitive de la raison dans la saisie des idées, qui sont la seule chose de la pensée. Donc la certitude cognitive n'est possible que moyennant le bon usage du bon sens. Cela commence par la «tabula rasa» ou le doute.

Ce faisant, le rationalisme récuse toute connaissance purement idéaliste à laquelle la perspective heideggérienne semble s'attacher en affirmant que

12 NADEAU, R., Vocabulaire technique et analytique de l'épistémologie. Paris P.U.F., 1999, p.585

l'homme«est la pensée se pensant elle-même absolument... la subjectivité en tant qu'Ego Cogito est la conscience qui représente quelque chose, rapporte en retour à elle-même ce qui est représenté et aussi l'accueille chez elle»13: Qui dit «la pensée se pensant», voit l'homme en tant qu'un être de la pure raison. Mais, il sied et c'est important d'énumérer à ce niveau quelques déviationnismes causés par le rationalisme, notamment l'anthropocentrisme et l'anti-théisme.

II.2.1. L'anthropocentrisme moderne

L'excès de rationalisme est évidemment à l'origine de l'anthropocentrisme moderne. L'homme éprouve une nouvelle conscience de lui-même; sa confiance en la seule capacité intellectuelle de l'homme évacue toute énigme du monde. L'exploration et la découverte de soi le conduit à affirmer une nouvelle conscience de lui-même comme cogito tout transparent. Se découvrant pour ainsi dire un sommet et une source même de la lumière, il en vient à conclure qu'il a en main la clé de l'existence, et la solution de tous les problèmes de l'univers et de l'humanité.

II.2.2. L'anti-théisme illuministe

L'homme rationaliste ne cherche donc plus de dieu: il est Dieu lui-même. Il refuse ce que certains auteurs appellent « la troisième dimension ». La première étant celle de la présence significative du corps, la deuxième étant celle de l'âme, dont l'expression significative est la pensée. Ces deux dimensions ne peuvent être rejetées car elles constituent les dimensions qui touchent l'immanence de l'être. Personne ne peut les nier. Le siècle des Lumières a éteint cette Lumière. L'homme rationaliste s'est perdu dans l'obscurité des deux seules premières dimensions. Son refus de l'Absolu, autre que la raison humaine, le condamne à vivre dans une contingence qui l'étouffe, le réduit et le fait vivre dans une profonde pauvreté de l'esprit. L'homme rationaliste vit et meurt sans profondeur ni déhiscence ou hauteur.

En effet, cette manière de penser le rationalisme comme «doctrine d'après laquelle rien n'existe qui n'ait de raison d'être de telle sorte qu'en droit, sinon en fait il n'est rien qui ne soit intelligible»14, c'est-à-dire, tout ce qui existe est objet de pensée,

sa raison c'est d'être matière de penser; et cela date du temps de Platon et d'Aristote qui, si différents par ailleurs, avaient en commun une conception radicale de ce rationalisme. Car les idées avec Platon, les essences avec Aristote constituaient un monde intelligible, intemporel auquel la raison avait accès par nature15.

Mais Bachelard n'est pas un scientiste, il récuse toute forme figée de la connaissance scientifique, appliquant cette méthode théoriquement rationaliste, puisque ce que l'homme sait sur le réel reste une connaissance fuyante. Et, de fait, «le réel n'est jamais ce qu'on pouvait croire, mais il est ce qu'on dût penser»16 ; autrement dit, le réalisme scientifique n'est pas un naturalisme, et la raison, pour Bachelard, doit nécessairement élucider notre expérience du réel en un réalisme construit et réconstruisable.

II.3. LE REALISME

Comme courant philosophique, le réalisme a la prétention selon laquelle les choses sont telles qu'elles nous apparaissent ou telles que nous les percevons. Les idées que nous nous en faisons correspondent ou non à leurs essences. Ainsi, nous pouvons distinguer deux grands courants réalistes :

II.3.1. Le réalisme brut ou naïf

Celui-ci professe l'identité entre les idées et les objets ou choses qu'elles remplacent dans l'esprit du sujet. C'est ce genre de réalisme que nous trouvons chez Platon. Une telle conception ne fait pas avancer la science car la connaissance scientifique se construit laborieusement en déconstruisant les impressions ou perceptions sensibles au moyen d'un certain raisonnement opératoire ; le savoir épistémique n'est donc pas une intuition intellectuelle ou rationnelle.

II.3.2. Le réalisme modéré ou médiat

Courant pense au contraire que notre connaissance étant intentionnelle, ne coïncide guère avec ce que sont les choses en elle-même. Ce que nous savons des choses est donc relatif aussi bien qu'à nos sens q'à la qualité perceptive des choses. Ainsi, la perceptive réaliste modérée favorise le travail et le progrès de la recherche

15 Ibidem. P. 684

16 BACHELARD, G., Formation de l'esprit scientifique, p.43

scientifique et, le contenu d'un tel savoir sera toujours relatif et non absolu, approximatif ou provisoire(non acquis une fois pour toute). L'initiateur du réalisme modéré est Aristote dont la de la connaissance fut amplement étudiée et discutée par la philosophie médiévale particulièrement le thomisme

Pour une connaissance vraie, le réalisme a marqué plusieurs époques. Déjà dans la période antique, pour ne parler que de cela, Platon y a fait allusion dans sa démarche dialectique. Mais ce réalisme platonicien est à saisir dans la sphère purement intellectuelle où les idées sont plus réelles que les objets sensibles17.

Au temps moderne, cette conception du réalisme sera plus en opposition avec l'intelligible dans sa considération comme étant «une doctrine selon laquelle l'être est en nature, autre chose que la pensée, et ne peut ni être tiré de la pensée ni s'exprimer de façon exhaustive en terme logique». Cette définition montre combien le fait, pour l'être, de connaître et de se connaître comme un être connaissant, ne relève pas de sa capacité de raisonner ni de penser, mais de sentir, de percevoir. Ce qui fait que toute pensée à caractère individuel saisit de façon intuitive le réel en tant que distinct du moi18.

Pour Bachelard, le réalisme devient ce que la pensée a pour l'objet. « Car ce qui est réel est rationnel et ce qui est rationnel est réel »19 Par là, il cesse d'être de même espèce que le réalisme immédiat. Ainsi devient-il un lieu de lecture, de déchiffrage et de contemplation de l'esprit humain dans son auto-organisation et il devient aux yeux de Bachelard un champ d'investigation20

II.4. DU DETERMINISME ET DE L'INDETERMINISME

Les philosophies du matérialisme rationnel, pour Bachelard, renferment un caractère qui est ambivalent dans ces deux notions, du déterminisme et de l'indéterminisme, dans la mesure où au -delà des objets observables, perçus, le réel présente à la raison des éléments, mieux les phénomènes, que la raison ne maîtrise pas.

17 PLATON ? Phédon. P.82

18 Ibidem, p.958

19 G.W.F., HEGEL, Principe de la philosophie du droit. Paris, Gallimard, Coll. 1940, p.55

20 BACHELARD, G., Le Nouvel esprit scientifique. p.7

Certes, puisque dans la science il y a les phénomènes qui sont déterminés par la raison d'une part et d'autre part des phénomènes imprévisibles dont la raison ne justifie pas la manifestation: une hypothèse probable constituerait une conciliation. Car «la science est un produit de l'esprit humain, produit conforme aux lois de notre pensée et adapté au monde extérieur. Elle offre donc deux aspects: l'un subjectif et l'autre objectif; tous deux également nécessaires car il nous est aussi impossible de changer quoi que ce soit aux lois de notre esprit qu'à celles du monde»21.

Pour bien entrer en matière de cette mise en commun qui marque la constitution objective de l'esprit dans son ascension en science contemporaine, c'est mieux d'exposer ces deux notions, du déterminisme et de l'indéterminisme.

II.4.1. Le déterminisme

La notion de déterminisme est formulée pour la première fois au 17è siècle par Spinoza puis après la science en a fait son affaire. Cette notion équivaut à celle de prévisibilité de faits. . Il semble évident que tout effet a une cause ; principe de raison suffisante. En découle une croyance : les mêmes causes produisent les mêmes effets. Et si la notion de cause et celle de déterminisme ne peuvent être confondues, le déterminisme semble aller de soi quand on accepte la notion de causalité. Le déterminisme stipule qu'il n'y a pas d'évènement sans cause et que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Dans le cas de la science moderne, le déterminisme est un principe général de ladite science selon lequel tout phénomène a sa cause (ou ses causes) et que les mêmes causes génèrent rigoureusement les mêmes effets. Suivant ce principe d'un enchaînement régulier, les lois scientifiques établissent entre les faits, eux-mêmes épurés d'un certain nombre de variables jugées négligeables, des rapports constants, nécessaires, universels, mesurables et dont la reproductibilité autorise la prévision. L'idéal du déterminisme strict fut formulé par le physicien Laplace (1749-1 827): si nous parvenions à une connaissance totale d'un état donné de l'univers, nous pourrions en déduire infailliblement ses états passés et futurs. Aujourd'hui, le progrès des sciences leur permet d'appréhender des phénomènes dont la complexité régulière intègre du désordre, de l'aléatoire, de

l'incertain. La prévisibilité se calcule de manière statistique ou probabiliste dans le champ des sciences humaines, des phénomènes météorologiques ou de la physique des particules (relations d'incertitude de Heisenberg). À côté des lois déterministes naissent des lois non-déterministes (structures dissipatives de Prigogine, théories du chaos).

Pour Bachelard, cette conception permet aux physiciens de prévoir rigoureusement que tel ou tel phénomène observable aura lieu à telle époque postérieure. C'est le cas de l'astronomie: «les phénomènes astronomiques représentent en quelque sorte la forme la plus objective et la plus étroitement déterminée des phénomènes physiques»22. L'astronomie est donc la connaissance la plus apte à donner à l'esprit scientifique. Cette affirmation pour l'auteur est d'une importance capitale. Elle renferme l'idée selon laquelle tel fait de la nature a une cause.

Pour ce, tout corps, qui se meut, dans l'espace déterministe, a sans nul doute une cause première. Celle-ci meut sans être mue, par exemple le soleil qui provoque la photosynthèse et le métabolisme aux plantes mais ne change pas.

Selon Bachelard, ce déterminisme dont l'effet est la conclusion d'un raisonnement, la cause, la prémisse nécessaire dont l'existence de l'effet suppose celle de la cause, et dont la vision inversait les rôles en disant que la cause entraînait toujours l'effet, est fruit d'un manque d'attention des Philosophes: car, dit-il, « l'origine astronomique du déterminisme nous parait expliquer la longue négligence des philosophes pour les problèmes relatifs aux perturbations, aux erreurs, aux incertitudes dans l'étude des phénomènes physiques »23.

C'est que pour Bachelard, il y a certains phénomènes physiques qui échappent au principe déterministe où les mêmes causes produisent les mêmes effets. Il s'avère, en effet, que lorsqu'on touche au monde de quanta, c'est-à-dire monde d'énergie et du mouvement, l'observation perturbe gravement l'état du système considéré, si bien que l'on ne peut pas connaître à la fois et avec précision totale la vitesse et la position d'une particule.

Cette notion du déterminisme concerne aussi les actions humaines. Elle détermine le comportement humain étant donné que l'agir de l'homme doit procéder

22 BACHELARD, G., Le Nouvel esprit scientifique, p. 100

23 Ibidem, p. 101

de l'action voulue ou non voulue des facteurs sociaux. Ainsi, la liberté de l'homme devient déterminée. Et elle cesse d'être totale, absolue comme le préconisait Jean- Paul Sartre par exemple.

Cependant, dans l'étude des phénomènes physiques, on note qu'il y a émergence de certains faits inattendus. Cela conduit la science moderne à promouvoir le droit de cité à l'indéterminisme, quand on sait qu'une partie du réel échappe au jeu des lois naturelles. li y a donc de l'incontrôlable et/ou de l'erreur qui demeure imprévisible24.

Par ailleurs, cette prise de conscience des erreurs pour l'historien des sciences, montre la façon dont l'esprit humain doit avoir procédé, c'est-à-dire que grâce à l'erreur on peut atteindre la vérité. En rectifiant l'erreur on peut établir une nouvelle vérité. La rectification, s'entend alors, procède du nouvel esprit scientifique.

II.4.2. L'indéterminisme

A en croire Bachelard, l'incapacité du déterminisme à pouvoir repérer des phénomènes imprévisibles, est la cause d'une nouvelle psychologie scientifique. Cette nouvelle psychologie est nommée «indéterminisme».

Elle se manifeste à l'esprit humain lorsqu'il y a un comportement purement imprévisible lors d'une expérience du laboratoire, ou comme le souligne Bachelard: «...en partant de la considération des phénomènes désordonnés le savant a eu la surprise de voir s'imposer à lui, le même déterminisme d'ensemble, fondé sur des permanences plus ou moins exactes, mais dont l'existence est cependant assurée»25.

En effet, ce texte relate combien les faits scientifiques sont têtus, désobéissants à toute soumission aux règles établies par la raison. Cela revient à affirmer qu'il échoit lors de I' expérimentation, de vérification de faits, que le vérificateur aboutisse à d'autres résultats souvent inattendus, incertains. Le résultat en effet, est imprévisible, mais il n'y a pas absence des causes déterminantes. Car,

ce résultat est fonction d'une foule de conditions qui, avec Bachelard, nous paraissent à l'instant moins importantes pour en faire mention.

Mais ce qui retient notre attention, c'est que l'indéterminisme n'est pas propriété de la nature. Il est une impuissance de l'homme à prévoir. Car l'esprit humain «ne sait rien.. .sur l'atome qui n'est pris que comme le sujet du verbe rebondir dans la théorie cinétique de gaz..., ne sait rien sur le temps où s'accomplit le phénomène du choc, comment le phénomène élémentaire serait-il prévisible, alors qu'il n'est pas visible, c'est-à-dire susceptible d'une description précise?»26.

D'après Bachelard, ces phénomènes imprévisibles ont un caractère autonome et indépendant, contrairement aux phénomènes déterministes où chaque cause produit un fait, un effet bien précis. Ainsi, la connaissance probable à ce sujet, Bachelard la pose comme conséquence de l'ambivalence du déterminisme et de l'indéterminisme. Pour lui, cette notion vaut pour la pensée scientifique contemporaine pour autant qu'elle occasionne une liaison probabilitaire entre les phénomènes déterministes et indéterministes27. Donc, pour ce philosophe unificateur du percevoir et du raisonner dans l'expérience, la science met en commun des faits prévisibles et des faits imprévisibles ; est incontournablement souhaitable pour l'objectivité scientifique.

II.5. CONCLUSION DU CHAPITRE

Notre deuxième chapitre a consisté à traiter le problème des concepts ayant traits à la science en tant qu'un savoir méthodiquement fondé, en partant des définitions de quelques dictionnaires et quelques recueils de vocabulaire de l'épistémologie. Ensuite nous avons essayé de voir ces mêmes concepts dans le contexte de Gaston Bachelard.

D'après notre auteur, la connaissance des ces concepts est indispensable pour un esprit qui se veut scientifique, mais c'est dans l'application combinée de raisonnement et de l'expérimentation que réside le « succès » de la recherche objective, une dynamique de l'approximation valable chaque fois dans des champs « régionalement » ciblés.

26 BACHELARD, G. , Le Nouvel esprit scientifique, p.14

27 Ibidem, p.144

CHAPITRE TROISIEME:

L'ESPRIT OBJECTIF : LIEU D'EMERGENCE DE L'ESPRIT
SCIENTIFIQUE

III.0. INTRODUCTION

Dans ce troisième chapitre nous analyserons avec Bachelard les concepts, comme «objectivité», «victoire sur les obstacles», «négation dynamisante», «dialectique bachelardienne», nous y verrons que l'esprit scientifique reste un esprit complexe.

III.I. OBJECTIVITE .

Le concept «objectivité», épistémologiquement parlant, présente à l'esprit d'énormes risques quant à son usage. Il conduit l'esprit à une perdition souvent sémantique et épistémologique.

Si nous ajoutons l'épithète scientifique à l'objectivité, elle aura comme signification une construction de la communauté des scientifiques. En effet, un énoncé acquiert son statut scientifique lorsque de manière consentielle, la communauté des chercheurs le reconnaît comme tel. On le voit c'est le consensus qui se dégage ainsi au sein de cette communauté qui confère la scientificité et par voies des conséquences la véracité à une énoncé. C'est donc dire qu'il y a la présence indubitable de l'élément irrationnel dans le processus scientifique.

D'après l'auteur, bien que l'étymologie du terme «objectivité» renvoie à l'objet, l'usage ordinaire le réfère au sujet. On dira par exemple; un constat objectif, un jugement objectif, une quête objective. Tout ceci fait penser à une manière indépendante des états d'âmes, de caprices individuels. Cependant, il se fait qu'au cours des âges à cause de la distinction kantienne du «noumène» et du

«phénomène», cette notion d'objectivité deviendra bipolaire: elle renferme dans l'optique contemporaine la notion d'une intersubjectivité, notion selon laquelle tous «les sujets tombent d'accord sur une affirmation qui se prétend intersubjective d'une part, et d'autre part, la notion de l'objectivité comme référence aux objets».28

Chaque science affirme de ne pas être un discours mais une quête qui se limite à un domaine d'objets déterminés. Cette position contemporaine nous amène à l'idée selon laquelle, la science découpe dans la nature selon un point de vue qui est particulier et le domaine d'objet qui lui est spécifique.

Cela étant, et partant d'une telle vision, Bachelard pense que cette acceptation du concept «objectivité», lieu d'émergence de l'esprit scientifique, comme référence aux objets auxquels la science découvrait une entité du réel afin d'en faire l'objet spécifique d'étude, semble paraître moins éducative pour l'homme des sciences. Ainsi, il fait remarquer qu' «il faut accepter pour l'épistémologie, le postulat suivant: l'objet ne saurait être désigné comme un «objectif» immédiat, autrement dit, une marche vers l'objet n'est pas initialement objective»29. Ce concept «objectif» implique la saisie directe d'un objet et que cet objet se présente à l'esprit, sans la moindre désignation quelconque.

Dès lors, il s'avère dans l'ordre d'appréciation que nos jugements sur un objet ne sont que des jugements empiriques, des jugements d'une saisie immédiate du réel. Car note Bachelard «l'objectivité n'est possible que si l'on a d'abord rompu avec l'objet immédiat, si l'on a refusé la séduction du premier choix»30. Ceci revient à dire que, l'esprit dans sa rencontre avec les données du réel est illustré comme une entité du réel. Car c'est au niveau du pur psychique de la connaissance que Bachelard situe sa réflexion épistémologique. Cet esprit doit exercer une véritable catharsis intellectuelle, une véritable coupure épistémologique selon l'expression de l'auteur.

Dans ce même ordre d'idée, Bachelard pense que «la connaissance du réel est une lumière qui projette toujours quelque part des ombres; ainsi toutes les révélations du réel doivent être récurrentes»31. En d'autres termes, écrit l'auteur, «l'objet scientifique ne saurait être signé comme objectif immédiat proprement dit, une marche scientifique vers l'objet n'est pas initialement objectif; il faut donc

28 KANT, E., cité par BACHELARD, G., La Formation de l'esprit scientifique, p.102

29 BACHELARD, G., Epistemologie , p.122

30 Ibidem, p.123

31 BACHELARD, G., Le nouvel esprit scientifique, p.14

accepter une véritable rupture entre la connaissance sensible et la connaissance scientifique»32. Et il poursuit: «le rapport entre la théorie et l'expérience sont si étroit qu'aucune méthode soit expérimentale, soit rationnelle n'est assurée de se garder en honneur».33 Car, l'objet du réel qui est comme première expérience, présente toujours à l'esprit scientifique un mode de résistance dont Bachelard analyse les articulations à travers la notion d»obstacles épistémologiques», obstacles que l'esprit doit vaincre pour se réaliser pleinement comme esprit objectif.

III.2. VICTOIRE SUR LES OBSTACLES

Qu'est-ce qu'un obstacle épistémologique? On a souvent présenté le passage de la connaissance naïve aux sciences les plus élaborées comme une sorte de progrès continu, fait d'approfondissement progressif, d'accumulation des savoirs : on parle de progrès des sciences de cette façon. Bachelard veut montrer qu'on ne connaît que contre une connaissance antérieure. Passer au stade de la science, ce n'est pas simplement approfondir, être plus précis, plus rigoureux, c'est rompre avec toute une tradition de préjugés et d'habitudes mentales : "Accéder à la science, c'est, spirituellement, rajeunir, c'est accepter une mutation brusque qui doit contredire un passé."34 Il faut donc lutter contre les obstacles épistémologiques, les obstacles à la science, inhérents à l'acte même de connaître.

III.2.1 Un aperçu sur les obstacles épistémologiques selon Gaston Bachelard

a) l'expérience première.

"La première expérience ou, pour parler plus exactement, l'observation première est toujours un premier obstacle pour la culture scientifique. En effet, cette observation première se présente avec un luxe d'images; elle est pittoresque, concrète, naturelle, facile. Il n'y a qu'à la décrire et à s'émerveiller. On croit alors la comprendre. Nous commencerons notre enquête en caractérisant cet obstacle et en

32 Idem, La formation de l'esprit scientifique, p.235

33 Idem, Le nouvel esprit t scientifique, p.13

34 BACHELARD, G., La formation de l'esprit scientifique, p. 14

montrant qu'il y a rupture et non pas continuité entre l'observation et l'expérimentation."35

L'expérience première est curieuse ( goût du spectaculaire), enracinée dans la vie quotidienne et ses préoccupations; elle pratique l'extension des concepts ( on veut appliquer aux phénomènes b, c, d ce qu'on croit connaître du phénomène a) au lieu de choisir la rigoureuse compréhension du concept (enrichissement d'une question particulière, approfondissement, expérimentation); elle aime la variété colorée alors que la science exige la variation (modification des paramètres pour expérimenter).

Bachelard donne l'exemple des livres "scientifiques" du XVIIIè siècle qui , par exemple, s'interrogeant sur la cause du tonnerre, en viennent à parler au lecteur de la crainte du tonnerre, cherchant à rassurer, analysant les différents types de crainte,etc.

b) la connaissance générale.

Nous avons déjà signalé le danger de l'extension des concepts. IL y a en effet un risque de généralisation hâtive, qui séduit et satisfait l'intelligence naïve. De telles généralisations bloquent la pensée; l'expérience perd son aiguillon quand les concepts sont sclérosés, on en vient à mépriser le détail, la précision, la rigueur empirique, on ne sait pas "déformer les concepts" (c'est-à-dire les confronter à l'expérimentation, les modifier, les compliquer sainement).

Bachelard donne l'exemple de la coagulation. Au XVIIè siècle, la coagulation est chez certains un concept général qui permet de regrouper les phénomènes les plus divers : le lait qui caille, le sang, le fiel, les graisses, la solidification des métaux, la congélation de l'eau,etc. Cette extension maxima du concept, manifestement abusive, imperméable à la véritable expérimentation et à la pensée mathématique, est la source des erreurs les plus grossières." Une connaissance qui manque de précision ou, pour mieux dire, une connaissance qui n'est pas donnée avec ses conditions de détermination n'est pas une connaissance scientifique. Une connaissance générale est presque fatalement une connaissance vague."

35BACHELARD, G., Le nouvel esprit scientifique, p. 19

c) L'extension abusive des images familières.

La pensée scientifique contemporaine utilise parfois des images, des métaphores, des comparaisons, mais toujours après l'élaboration rigoureuse de la théorie. La pensée préscientifique les utilise avant et l'image n'est plus simplement image, elle prétend être explicative.

d) la connaissance unitaire et pragmatique.

Bachelard regroupe au chapitre 5 deux obstacles épistémologiques qui ne sont pas de même nature:- La connaissance unitaire : Il s'agit du 2ème obstacle (déjà vu) étendu à une vision générale du monde : "Toutes les difficultés se résolvent devant une vision générale du monde, par simple référence à un principe général de la Nature. C'est ainsi qu'au XVIIIè siècle, l'idée d'une Nature homogène, harmonique, tutélaire efface toutes les singularités, toutes les contradictions, toutes les hostilités de l'expérience".Ce obstacle concerne bien évidemment la période préscientifique où sciences, métaphysique et religion ne sont pas encore bien distinguées. Le ton des auteurs est grandiloquent, les sujets sont valorisés (jugements de valeur : par exemple sur le degré de perfection de l'objet (!).Un auteur se refuse à établir un rapport entre les bois pourris qui brillent par phosphorescence et les nobles et pures étoiles (!).). Le besoin d'unité est permanent: on cherche en quelque sorte l'idée "philosophale" qui expliquerait le monde.

- La connaissance pragmatique : il faut que le vrai soit l'utile : "Dans tous lesphénomènes, on cherche l'utilité tout humaine, non seulement pour l'avantage positif qu'elle peut procurer, mais comme principe d'explication. Trouver une utilité, c'est trouver une raison." Il faudrait donc faire une psychanalyse de la connaissance objective pour qu'elle puisse rompre avec les considérations pragmatiques.

e) L'obstacle substantialiste.

Pour comprendre cet obstacle, il faut comprendre ce que certains auteurs ont entendu par substance. Quand Descartes dit : "je suis une substance pensante", il veut dire que, quelles que soient mes façons (modes) de penser (imaginer, réfléchir, me souvenir,etc), qui sont diverses et qui varient, quelque chose demeure identique,

un substrat, un noyau qu'on appelle la substance. Si vous voulez un autre exemple, vous croyez certainement (à tort selon le philosophe anglais Hume) que malgré les changements physiques, psychologiques que vous connaissez dans votre existence, quelque chose demeure, ce que vous appelez "moi", moi hier, moi aujourd'hui, moi demain. Bref, vous croyez que votre moi est une substance.Quand nous parlons des phénomènes naturels, au lieu d'y voir sainement des rapports mathématisables, nous risquons de substantialiser : par exemple, quand nous disons que le ciel est bleu, nous croyons que quelque chose demeure, malgré les modifications, une substance, que nous appelons le ciel. On commence à comprendre ce que peut être l'obstacle substantialiste. Les hommes auront tendance, à l'époque préscientifique (et c'est encore vrai de la plupart des non scientifiques), à considérer le monde comme un ensemble de substances ayant diverses qualités. Ainsi, les premiers électriciens (c'est ainsi que se nommaient les premiers chercheurs dans le domaine électrique) considéraient le "fluide électrique" comme une substance possédant certaines qualités. Comme la poussière "colle" (!!) à une paroi électrisée, on parlait de "qualité glutineuse" (!) de la "substance électrique". A partir de cette substantialisation, on devient peu à peu imperméable aux démentis de l'expérience. Certains électriciens se livrent alors à des expériences dont les interprétations sont tout à fait surprenantes: on imagine par exemple que la "substance électrique" doit nécessairement s'imprégner des substances qu'elle traverse : la substance électrique qui a traversé l'urine a un goût âcre (!), pour le lait, un goût doux, pour le vin, un goût acidulé,etc.Il faut rappeler que la science travaille sur du quantitatif (on mathématise des relations) non sur du substantiel et du qualitatif.Il faudra donc surmonter cet obstacle.On peut rappeler aussi que le substantialisme aime à penser que la substance est dissimulée, à l'intérieur, cachée au regard par une enveloppe et qu'il faut une "clé" pour atteindre le noyau authentique : voir à cet égard l'alchimie.

f) L'obstacle animiste.

Cet obstacle repose sur la valorisation de la vie (le latin anima, quel que soit son sens - air, souffle, âme - est toujours lié à l'idée de vie; animo signifie souffler, emplir d'air, mais aussi donner la vie). A partir de la division en trois règnes, végétal, minéral, animal, cet obstacle consiste à appeler au secours de la chimie et de la physique la biologie naissante, bref à faire du vivant un principe universel

d'explication. On attribue la vie aux minéraux, on parle de leurs maladies, de leurs organes, de leurs veines et artères. On introduit chez les minéraux l'idée de fécondation, de gestation,etc.

A la fin du XVIIIè siècle, les mêmes affirmations sont encore possibles. En 1782, Pott relate plusieurs cas de fécondité minérale : "Tous ces faits, dit-il, prouvent la reproduction successive des métaux, en sorte que les filons qui ont été exploités anciennement peuvent, au bout d'un certain temps, se trouver de nouveau de matières métalliques". Crosset de la Heaumerie rapporte que, dans certains pays, on répand dans la mine usée "des cassures ou des limures de fer", bref, on sème du fer. Après cette semaille, on attend quinze ans puis "à la fin de ce temps on en tire une très grande quantité de fer(...)."36(p.158)

g) L'obstacle de la libido

Tout ce qui a précédé a suggéré au lecteur la présence de la libido: la volonté de puissance chez l'élève, la mine féconde, l'intimité voilée de la substance,etc. Il semble que cet obstacle relève d'une véritable psychanalyse de l'inconscient et des rêveries du scientifique qui risque toujours de projeter ses désirs sexuels sur l'objet de se recherche. On peut citer ce texte proposé par Bachelard:

- ex.1: la sexualité minérale

"Quant à la distinction des sexes qu'on n'a pas encore reconnue dans les métaux, nous avons assez d'exemples qui prouvent qu'elle n'est point absolument nécessaire pour la génération; et en particulier les fossiles pourraient se régénérer par leurs parties cassées, brisées et détachées, toutefois il ne faut pas désespérer qu'on ne parvienne à distinguer un jour de l'or mâle et de l'or femelle, des diamants mâles et des diamants femelles."37

36 BACHELARD, G ., Le nouvel esprit scientifique, p. 158

37 Robinet: De la nature 1766 - cité par Bachelard dans: La formation de l'esprit scientifique - Vrin p. 191

h) la connaissance quantitative.

Cet obstacle peut nous étonner. Nous avons déjà dit que la connaissance par substances et qualités était un obstacle épistémologique. Il faut donc, pour faire de la science, mesurer, quantifier, mathématiser, passer de la qualité à la quantité, ce qui correspond au passage de la subjectivité à l'objectivité. Mais Bachelard précise que la grandeur n'est pas automatiquement objective et que s'il est légitime de faire la critique d'un mathématisme trop vague (voir par exemple la physique de Descartes), on doit aussi se méfier d'un mathématisme excessif, trop précis. L'excès de précision peut devenir un défaut : dès que les relations étudiées sont nombreuses, les approximations sont une nécessité méthodologique. Il y a, dans la période préscientifique, un excès tout gratuit de précision : "Par exemple, Buffon arriva "à ces conclusions qu'il y avait 74.832 ans que la Terre avait été détachée du soleil par le choc d'une comète; et que dans 93.291 années elle serait tellement refroidie que la vie n'y serait plus possible". Cette prédiction ultra précise du calcul est d'autant plus frappante que les lois physiques qui lui servent de base sont plus vagues et plus particulières."

Les obstacles épistémologiques sont à comprendre comme un ensemble des éléments socio-culturels, psychologiques qui deviennent comme des bases sur lesquelles s'édifie notre savoir d'orientation, notre contact avec les objets. A ce propos Bachelard affirme que «quand on cherche les conditions psychologiques de progrès de la science, on arrive bien à cette conviction que c'est en terme d'obstacle qu'il faut poser le problème de la connaissance scientifique»38.

Cela revient à dire, selon Bachelard que, ces obstacles s'avèrent d'une importance capitale. Car, c'est seulement en ces termes qu'il faut parler du progrès, d'une obtention de connaissance scientifique. Connaissance par laquelle l'esprit requiert des informations rectifiées de l'espace réel détachées de l'expérience immédiate.

Par ailleurs, c'est dans l'optique purement intellectuelle qu'il faut poser le problème des obstacles pour autant qu'ils servent des bases existentielles aidant

l'esprit à se démarquer de la doxa afin de se libérer pour une connaissance objective. A cet effet, une coupure est exigée.

Alors que Descartes explique comment l'erreur est impossible, Bachelard la croit, non par le fait de ce qui est extérieur à la connaissance, mais par l'acte même de la connaissance. Ces erreurs nécessitent une rectification qui soit récurrente; et cette rectification est réorganisation du savoir à partir des bases qui sont des erreurs. Car, pour lui, l'esprit humain accède à la science avec ses défauts philosophiques. Il faut donc une remise en question des ces données philosophiques.39

Pour ce, toute connaissance doit subir une transformation rectifiante, reconstruisant. C'est là la fonction de l'esprit. Car pour Bachelard, la raison dans sa contemplation du réel doit se renouveler d'elle-même par le biais de la rectification. Cette rectification est comprise comme une clé de voûte, et suppose au préalable une primitivité de l'erreur.

Elle soumet la connaissance humaine à un continuel perfectionnement. Tout en restant dans cette même optique, Bachelard va suggérer la compréhension du nouvel esprit scientifique comme une conversion des structures de connaissance présupposées. Cette structure, Bachelard la nomme «rectification», «correction» des erreurs premières avec lesquelles l'esprit arrive à la science. C'est seulement après cette victoire, que l'esprit pourra faire son ascension vers un monde objectif. Ainsi l'esprit scientifique se manifestera par une volonté de puissance en vainquant et en surmontant tout ce qui relève de tout obscurantisme culturel, traditionnel, qui va à l'encontre de son idéal, et qui entrave et/ou alourdit sa marche.

III.3. LA NEGATION DYNAMISANTE

Bachelard postule à propos de cette négation comme une issue, un «non» qui ne correspond pas dans sa première considération comme une simple rupture ou un simple refus d'idées, li s'agit d'un «non» qui permet une génération dialectique, une négation qui inclue ce qu'elle nie. Car «de même que toutes les connaissances s'enchaînent de même toutes les non connaissances s'enchaînent aussi. Qui peut créer une science, doit aussi pouvoir créer un non science...; le maître doit pouvoir

produire de la science et de I'ignorance»40. Cette citation nous met d'emblée, en face d'une négation dynamisante, négation qui se veut positive, qui implique une dialectique qui enveloppe et qui généralise.

C'est de la maîtrise de cette négation dynamisante que l'esprit pourra vaincre toute tendance animiste et tout substantialisme pour une vraie connaissance objective. Dans cette même optique de la négation généralisante, l'homme en posant l'existence d'un type de phénomène totalement nouveau, doit s'adonner à un problème de ce type en élucidant la pensée scientifique dans laquelle il a été formé plutôt que de la rompre.

Toutefois, cette idée d'une négation qui se dynamise et s'auto-affirme par son acte de nier, nous la trouvons aussi chez Kuhn, dans sa considération du philosophe comme celui qui se veut traditionaliste et innovateur. C'est cela pour nous pense t-il, une chance, «...d'exploiter pleinement notre talent scientifique, potentiel, si nous admettons que, dans une large mesure, le chercheur en science fondamentale doit aussi être traditionaliste».41

III.4. LA DIALECTIQUE BACHELARDIENNE

Le concept «dialectique», ou mieux, sa pratique, remonte à Héraclite qui affirme que tout coule, que tout change et qu'il y a une stabilité au sein même du changement. Platon va utiliser la dialectique pour expliquer son système de «deux monde». A l'époque moderne, Hegel la présente comme une méthode»triadique». Elle s'articule en trois moments,à savoir: thèse, antithèse, synthèse. Chez Marx, cette trilogie dialectique a d'autres substantifs, à savoir: affirmation, négation, et négation de la négation. Cela veut dire à la fois supprimer et conserver.

La dialectique dans sa forme moderne devient la base de tout développement incessant, auquel on ne peut assigner aucune limite, aucune réalité déterminée. Elle demeure en définitive un raisonnement procédant à I' inverse de la logique classique, fondée sur la non contradiction42.

40 BACHELARD, G., La philosophie du non. Paris, Gallimard, 1990, p.137

41 KHUN, T., La tension essentielle, traditionnelle et changement dans les sciences, p. 319

42 FOULQUIE, La dialectique, p.45

Chez Bachelard, la dialectique dans sa forme moderne est acceptée, mais elle est intégrée dans une structure à grande extension. Elle devient le lieu de complémentarité, et de coordination des concepts. Pour qui se refuse à comprendre aventureusement les milles et une acceptions d'un terme devenu aujourd'hui à tout faire, «la dialectique selon Bachelard, écrit Canguilhem, désigne une conscience de complémentarité et de coordination des concepts dont la condition logique n'est pas le moteur»43.

La dialectique Bachelardienne, en effet se veut une dialectique scientifique. Car, les conditions naissent non des concepts, mais de l'usage inconditionnel des concepts à structure conditionnelle. Par conséquent, il s'avère d'une importance épistémologique que le progrès dialectique consiste non pas à rejeter la conception antérieure, mais à l'intégrer dans une nouvelle conception44. Sans doute pour Bachelard «il n'y a pas développement des anciennes doctrines vers les nouvelles, mais bien plutôt enveloppement des anciennes pensées par les nouvelles...de la pensée non newtonienne à la pensée newtonienne, il n'y a non plus contradiction, il y a seulement contraction»45.

Chez Bachelard, la question ou l'essence de la dialectique se pose en termes de révision et non en termes de négation ou d'antithèse. Il s'agit de réviser dans le sens de corriger un jugement. Cette révision ne se fait pas au hasard, elle ne compromet pas non plus l'acquis. Celle-ci reste plutôt valable dans ce qui était déjà son domaine de validité. Ainsi, l'apport de la dialectique Bachelardienne, c'est qu'elle ouvre l'esprit à l'infinité des combinaisons possibles. Car selon lui, la connaissance scientifique suppose toujours la reforme d'une illusion. Bachelard reforme ou élargie ainsi le cadre dialectique.

III.5. LA COMPLEXITE ESSENTIELLE DE L'ESPRIT SCIENTIFIQUE

En tant qu'entreprise humaine, la science, pour Bachelard, implique des aspects et des composantes qui sont rationnels et réels. A ce titre, interpréter la science comme une activité du type purement rationnel ou purement réel est erroné.

43 CANGUILHEM, Etude d'histoire de la philosophie des sciences, p.136

44 Ibidem

45 BACHELARD, G., Le nouvel esprit scientifique, p.58

Car la littérature des dernières années s'est caractérisée par la prédominance d'une vision complètement complexe de la science.

Celle-ci a trouvé un cadre d'expansion dans une vision de valorisation de la science. C'est cet accent mis sur le complexe, pense Bachelard, qui «est une réaction compréhensible contre la forte accentuation du rôle, soit d'individu, soit de la nature»46.

En effet, la réalité est immédiate si elle ne comporte aucune détermination à l'intérieure d'elle-même, et n'entretient aucun rapport avec autre chose. Il en est de même d'un»savoir immédiat» celui de la culture, Il ne peut pas subsister seul; car c'est à la réalité qui a besoin d'être comprise, que Bachelard veut appliquer la raison. Ce dernier, objecte à ceux qui voudraient séparer le raisonnement et le donné de la nature: rationalisme et réalisme.

Cependant, Bachelard pense qu'au tout premier contact de l'homme avec le phénomène (culturel, religieux, psychologique etc...) la première réaction est de savoir qu'il se trouve devant un obstacle suite aux diversités des choses influençant soit notre entendement, soit le sens. C'est seulement grâce à une activité de l'esprit qui est entièrement constructive, qu'on arrive à la science objective.

Nonobstant, Bachelard précise aussitôt que le savoir immédiat suppose, une démarche complexe d'esprit passant d'un terme à un autre. Car la connaissance spontanée de la nature implique un mouvement de la pensée allant du connu à l'inconnu; cela veut signifier comme le dit Bachelard lui-même que «... tout homme dans son effort de culture scientifique s'appuie non pas sur une, mais bien sur deux métaphysiques et que ces deux métaphysiques naturelles et convaincantes.. .sont contradictoires. Pour leur donner rapidement un nom provisoire, désignons ces deux attitudes philosophiques fondamentales tranquillement associées dans un esprit moderne, sous les étiquettes de rationalisme et de réalisme»47.

De cette citation ressort l'idée selon laquelle, Bachelard nous fait savoir que le progrès de la science, nous en sommes convaincu, n'est plus une opération de la rêverie, mais il est réel et concret.

Par conséquent, entre le réalisme et le rationalisme ni l'un, ni l'autre isolement ne suffit à constituer la preuve scientifique. C'est à dire qu'il y a une relation bipolaire très étroite entre la raison et l'expérience48. Toute fois, pense Bachelard, la connaissance du réel reste toujours à désirer et projette des ombres qui nécessitent une élucidation; et cette prise de conscience conduit Bachelard à conclure que, «pour la philosophie scientifique, il n'y a ni réalisme ni rationalisme absolu et qu'il ne faut pas partir d'une attitude philosophique en général pour juger la pensée scientifique. Car cette dernière conduira à subsister aux métaphysiques intuitives et immédiates, les métaphysiques discursives objectivement rectifiées»49.

Cependant, la philosophie du nom dans cette relation du réalisme et du rationalisme est non attitude de refus, mais une attitude de conciliation. Elle n'est pas non plus psychologiquement un négativisme ni ne conduit en face de la nature à un nihilisme, au contraire elle procède en nous et hors de nous d'une activité constructive.

Car «bien penser le réel, nous relate Bachelard, c'est profiter de ses ambiguïtés pour modifier et altérer la pensée. Dialectiser la pensée c'est augmenter la garantie de créer scientifiquement des phénomènes complets, de régénérer toutes les variables dégénérés ou étouffées que la science.. .avait négligées dans sa première étude»50. Car la raison se développe dans le sens d'une complexité croissante.

Mais pour la critique de Bachelard, il s'agit de démontrer l'inexistence de natures simples, de substances simples, des idées simples. Mais «en réalité il n'y a pas de phénomènes simples, le phénomène est un tissus de relation; il n'y a pas de nature simple, de substance simple, la substance est une contexture d'attributs. IL n'y a pas d'idée simples parce qu'une idée simple...doit être insérée pour être comprise dans un système complexe de pensées et d'expériences»51.

De cette citation, nous retenons l'affirmation selon laquelle, c'est du complexe qu'il faut poser le problème dans la science contemporaine. Car la compréhension du simple nécessite une saisie épistémologique du complexe.

48 BACHELARD, G., op-cit, p.98

49 BACHELARD, G., Le nouvel esprit scientifique, p.2

50 Idem., La philosophie du non, p.58

51 idem., Le nouvel esprit scientifique, p.148

38 III.6. CONCLUSION DU CHAPITRE

Tout au long de ce troisième chapitre, nous avons essayé de décortiquer les concepts et les expressions comme «objectivité », victoire sur les obstacles », « négation dynamisante » et « dialectique bachelardienne ». Après avoir analysé ces concepts et ces expressions, nous nous sommes rendu compte que l'esprit scientifique reste un esprit complexe, difficile à saisir.

CONCLUSION GENERALE

. La recherche scientifique est une démarche qui requiert un esprit spécial pour

accéder à l'objectivité. Après avoir présenté tour à tour le passage de la conaissance commune au nouvel esprit scientifique, la quintessence de la recherche scientifique et les étapes d'élaboration de l'objectivité en science, il sied de présenter en les recapitulants les resultats de notre analyse

L'esprit scientifique, que nous propose Bachelard, est celui qui conduit à l'épistème, la science, ou connaissance méthodiquement fondée. L'esprit scientifique se veut critique et rationaliste, il fait du chercheur un ascétique de la rationalité, procédant en dépassant la dimension critique pour la dimension créative. Mais celle- ci suppose la «rectification». L'esprit scientifique procède par la complémentarité de la critique et de la rectification. Et c'est cette complémentarité, comme esprit synthétique, qui constitue le nouvel esprit scientifique.

Pour Bachelard, le réel reste une connaissance fuyante. La raison doit l'élucider en dépassant le réalisme immédiat, le réalisme étant entendu comme un lieu de lecture et un «champ d'investigation». Dans ce champ, l'erreur ou le phénomène imprévisible qui se rencontre au cours de l'expérience, démontre les limites du déterminisme, et corrobore l'indéterminisme. Mais l'indéterminisme ne nie pas, et ne supprime pas l'existence des causes déterminantes. Alors Bachelard, fait dire selon le nouvel esprit scientifique, que la mise en commun des faits prévisibles et des faits imprévisibles, est incontournable. Elle permettra la connaissance probable, connaissance intermédiaire reliant le déterminisme et l'indéterminisme. Cette mise en commun est l'exigence de l'esprit objectif.

L'objectivité pour l'auteur, est un lieu d'émergence de l'esprit scientifique. Elle suppose que l'on a rompu avec l'objet immédiat et que l'on a refusé la séduction du premier choix. Cela revient à dire, qu'il faut accepter la rupture entre la connaissance sensible et la connaissance scientifique. Par cette rupture, on arrivera à dépasser les «obstacles», à se démarquer de la doxa pour une connaissance objective. Pour ce, toute connaissance doit subir une transformation rectifiante, reconstruisante. Bachelard suggère alors la compréhension du nouvel esprit scientifique, comme une conversion des structures de connaissance présupposées: il s'agit de «rectification»,

«correction» des erreurs premières. L'esprit scientifique se manifeste en vainquant, ou en surmontant ces erreurs. A ces erreurs, qui entravent la clarté cognitive ou vont à l'encontre de l'esprit scientifique on oppose un «non», une «négation dynamisante», permettant un dialectique de la connaissance, une négation qui inclut ce qu'elle nie.

La dialectique bachelardienne est une conscience de complémentarité et de coordination des concepts dont la condition logique n'est pas le moteur. Bachelard réforme ainsi, et élargit aussi le cadre dialectique de la connaissance, en faisant de la dialectique un lieu de révision où s'intègre la conception antérieure, mais à l'intérieur d'une nouvelle conception: il n'y a plus contradiction, il y a seulement contraction.

Enfin pour Bachelard l'esprit scientifique d'après le nouvel esprit scientifique, reste un concept complexe. Il est complexe dans la mesure où, pour le comprendre il nécessite d'être inséré dans un système complexe des pensées et d'expériences.

BIBLIOGRAPHIE

I. OUVRAGES DE L'AUTEUR

1. BACHELARD, G., Le Nouvel esprit scientifique. 15ème édition, Paris, P.U.F., 1983. 183 pages.

2. BACHELARD, G. , La Formation de l'esprit scientifique. 12ème édition, Paris, P.U.F., 1993, 252 pages.

3. BACHELARD, G., Epistémologie. Tome 2, 3ème édition. Paris, P.U.F., 1988. 191 pages.

4. BACHELARD, G., La philosophie du nom ; 2ème édition. Paris, P.U.F., 1988. 145 pages.

5. BACHELARD, G., L'engagement rationaliste. Paris, P.U.F., 1972,190 pages.

II. AUTRES OUVRAGES

1. CANGUILHEM, G., Etude d'histoire et de la philosophie des sciences. 5ème édition, Paris, J.Vrin. 1989.

2. CHALMER, A.F., Qu'est ce que la science ? Récents développements en philosophie des sciences : Popper, Kuhn, Lakaton et Feyerabend. Paris, la découverte, 1988,186 pages.

3. G.W.F., Hegel, Principe de la philosophie du droit. Paris, Gallimard.Coll. 1940

4. HEIDEGGER, Question II. Traduit de l'allemand par KOSTSAXELLES, Paris, Gallimard,-1968, 199 pages.

5. KUNH, T., La structure des révolutions scientifiques. Paris, Flammarion, 1983, 280 pages.

6. MAURICE, G., Eléments de philosophie des sciences, 2ème éd. Neuchâtel, Griffon, 1964, 280 pages.

7. KUNH, T., La tension essentielle, tradition et changement dans les sciences. Paris, Gallimard, 1990, 185 pages.

8. VAN RIET, G. Epistemologie thomiste. Louvain, 1946, 639 pages.

III. DICTIONNAIRES

1. AUROUX, S. La notion philosophique. Dictionnaire. Paris, P.U.F., 3015 pages.

2. BARAQUIN, N., et LAFFITE, J., Dictionnaires des philosophes. Paris, Armand colin/ Vuef, 2002, 240 pages.

3. LALANDE, A., Vocabulaire technique et critique de la philosophie, Paris, P.U.F, 1926, 1015 pages.

4. NADEAU, Robert, Vocabulaire technique et analytique de l'épistémologie. Paris, P.U.F., 1999, 863 pages.

TABLE DES MATIERES

EPIGRAPHE I

DEDICACE II

AVANT-PROPOS III

0. INTRODUCTION GENERALE 1

0.1. Problématique 6

0.2. Intérêt du sujet et présentation de l'auteur 7

0.3. Méthode et subdivision du travail 8

CHAPITRE PREMIER : 9

DE LA PRESCIENTIFICITE AU NOUVEL ESPRIT SCIENTIFIQUE 9

I.0. INTRODUCTION 9

I.1. UNE EPISTEMOLOGIE DISCONTINUISTE 9

I.1.1. L'état préscientifique 10

I.1.2. L'état scientifique 10

I.1.3. L'ère du nouvel esprit scientifique 10

I.2. LES MODES DES CONNAISSANCE 11

I.2.1. La connaissance commune 11

I.2.2. La connaissance scientifique 12

I.3. CONCLUSION DU CHAPITRE 13

CHAPITRE DEUXIEME : 15

L'ESPRIT SCIENTIFIQUE : RECHERCHE D'UN SAVOIR METHODIQUEMENT

FONDE 15

II.0. INTRODUCTION 15

II.1. ESPRIT SCIENTIFIQUE 15

II.2. LE RATIONALISME 17

II.2.1. L'anthropocentrisme moderne 18

II.2.2. L'anti-théisme illuministe 18

II.3. LE REALISME 19

II.3.1. Le réalisme brut ou naïf 19

II.3.2. Le réalisme modéré ou médiat 19

II.4. DU DETERMINISME ET DE L'INDETERMINISME 20

II.4.1. Le déterminisme 21

II.4.2. L'indéterminisme 23

II.5. CONCLUSION DU CHAPITRE 24

CHAPITRE TROISIEME: 25

L'ESPRIT OBJECTIF : LIEU D'EMERGENCE DE L'ESPRIT SCIENTIFIQUE 25

III.0. INTRODUCTION 25

III.I. OBJECTIVITE 25

III.2. VICTOIRE SUR LES OBSTACLES 27

III.2.1 Un aperçu sur les obstacles épistémologiques 27

III.3. LA NEGATION DYNAMISANTE 33

III.4. LA DIALECTIQUE BACHELARDIENNE 34

III.5. LA COMPLEXITE ESSENTIELLE DE L'ESPRIT SCIENTIFIQUE 35

III.6. CONCLUSION DU CHAPITRE 38

CONCLUSION GENERALE 39

BIBLIOGRAPHIE 41

TABLE DES MATIERES 43






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