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MAEP gageure pour le développement de l'Afrique

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par Annassan et Sényon AMEGANVI
Ecole Supérieure Internationale d'Enseignements Technique - Master2 en Développement Local 2007
  

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2008

Annassan et Senyon Améganvi

LE MAEP : GAGEURE POUR LE

DEVELOPPEMENT DE

L'AFRIQUE

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Depuis 2003, un nouveau cigle vient enrichir le vocabulaire de nombreux béninois et semant la confusion dans les esprits de ces béninois : le MAEP. Définit comme le mécanisme africain d'évaluation par les pairs ; aujourd'hui entre les pairs. Cet outil de contrôle assez singulier de l'Union Africaine (UA), a le même cigle que le MAEP : Ministère de l'Agriculture de l'Elevage et de la Pêche. Ces deux homonymes n'ont en réalité rien de commun. Ces derniers jours, le MAEP comme outil de l'UA opère sa résurgence et fait la urne de tous les média (nationaux et internationaux). Depuis le dernier sommet de l'UA à Addis-Abeba (Ethiopie) où le président de la république du bénin est allé présenter le rapport du MAEP sur la gouvernance au Bénin, ce terme a été galvaudé par les journalistes nationaux et internationaux. Au lendemain de ce sommet, la radio France internationale (RFI) a été une des premières radio internationale a annoncé les 1.000 milliard de FCFA que venait de gagner le Bénin par le biais du MAEP. Relayé par les médias africains et surtout béninois, le citoyen béninois désormais s'interroge sur cet instrument capable de faire bénéficier aux Etats des ressources colossales. C'est dans ces questionnements, que nous voudrions partager ici avec vous les analyses qui sont les nôtres sur le MAEP. Mais avant, il requiert de nous, sans sous évaluer vos connaissances, vous informer de ce qu'est le MAEP.

Le Mécanisme africain d'évaluation par les pairs, est un outil de mesure de la gouvernance. En d'autres termes il est : « un instrument auquel les Etats membres de l'Union Africaine ont volontairement adhéré comme mécanisme d'autoévaluation. » [UA, NEPAD, 2003]. Il affiche comme objectifs d'encourager l'adoption de politiques, normes et pratiques en vue de promouvoir la stabilité politique, une croissance économique élevée, un développement durable et une intégration économique sous-régionale et continentale accélérée grâce au partage d'expériences et au renforcement des meilleures pratiques et des acquis. Il affiche comme principe, la crédibilité des acteurs intervenants, leur liberté de toute influence politique, leurs compétences techniques. C'est dire donc que le MAEP entend travailler avec des hommes et femmes reconnus pour leur notoriété et leur attachement à la cause du développement du Continent, sans parti pris pour les idéologies politiques.

Le MAEP, intervient dans un contexte géopolitique, économique et social contrasté de l'Afrique. Il a été élaboré pour asseoir, non pas de nouvelles bases, mais d'assainir celles existantes et d'aplanir les divergences de politiques et de normes. Il apparaît à un moment où le Continent doit faire face à de nombreux défis : l'avancée technologique ; l'énergie ; la défense stratégique du territoire ; le logement décent ; les soins de santé primaire ; les revenus salariaux bas ; la démographie ; les pandémies ; les guerres ; etc.

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Pour ne pas rester sur les berges du fleuve de l'histoire, ou pour ne pas se retrouver éjecter de celui-ci, il s'impose aux Etats africains de réagir et d'unir les forces, d'harmoniser les politiques et normes. Mais comment cela pourra se faire au regard des divergences de vision et des jeux d'acteurs autour du MAEP et du NEPAD ? Comment pareil idéal peut être approché, dans un contexte dominé par l'endettement exponentiel des Etats africains ? Comment enfin, l'initiative peut-elle porter quand seulement 28 Etats sont partis au mécanisme et 06 ont pu réussir le pari de l'évaluation jusqu'à ce jour ?

I. Les controverses autour d'un outil de développement


· Contexte géopolitique, économique et social de l'avènement du NEPAD

~ Contexte géopolitique : la démocratie comme model de gouvernement

Après 1945, s'ouvre la période de la guerre froide. Les deux superpuissances (Etats-Unis et URSS) s'arment massivement et s'affrontent de manières indirectes, soucieuses de préserver et d'accroître leur zone d'influence. Chacune d'elles va agir à travers des stratégies bien ficelées pour contrecarrer l'influence de l'autre et les velléités d'alliance. Le soutien apporté par les deux super-puissances à leurs alliés respectifs ne tenait pas compte du type de régime en place, ni des

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valeurs prônées aujourd'hui par le système démocratique (droits et libertés fondamentaux de la personne humaine), pourvu que ces régimes adhèrent à leur idéologie et respectent leurs objectifs. C'est ainsi que les Etats-Unis par le truchement de la Banque mondiale et du FMI, apportent son soutien à ses alliés stratégiques dans différentes régions du globe (Mobutu Sesse Seko au Zaïre de1 965 à1997). Le député français Yves Tavernier dans le rapport 2000 de la commission des finances de l'Assemblée nationale sur les activités et le contrôle du FMI et de la Banque mondiale dira que leurs rôles étaient de fidéliser la clientèle du tiers monde en faveur du monde occidentale. Après la chute du mur de Berlin, le triomphe des USA dans cette guerre a servi de tremplin de l'euphorie démocratique constatée dans les années 1990 dans le camp de ses alliés. Ces derniers vont conditionner leurs aides à l'endroit des Etats Africains à travers l'adoption du régime démocratique comme seul model de gouvernement qui intègre la libéralisation politique et du marché. Désormais, les pays africains ne bénéficieront des aides qu'à l'adoption de la démocratie comme mode de gouvernement.

~ Contexte économique : Endettement de l'Afrique, les différents plans d'ajustement structurel et l'euphorie de la mondialisation

Au lendemain de la seconde guerre mondiale (GM), le plan Marshal conçu et mis en place par les Etats-Unis pour la reconstruction de l'Europe, a eu comme conséquence la prolifération de l'euro dollars en Europe. Et pour éviter l'assèchement de leur coffre fort en or par le principe de la convertibilité, les États- Unis ont encouragé (vers les années 1970) les banques occidentales à prêter leur surplus aux pays du sud à des taux bien alléchant pour ces derniers. C'était la première cause de l'endettement. Ensuite, le choc pétrolier de 1973 qui a apporté d'énormes revenus aux pays producteurs va amplifier l'endettement des Etats du sud. D'autres parts, la récession provoquée par la 2ème GM dans les pays du nord, s'est généralisée après les chocs pétroliers (1973 - 1975) et a eu comme incidence la mévente des produits manufacturés du nord. Pour remédier à cette situation, les Etats du nord ont proposé des prêts au Etats du sud pour élever leur pouvoir d'achat dans le but d'écouler leurs produits. Enfin, la dernière cause de l'endettement de l'Afrique est les financements provenant des institutions financières internationales

(banque mondiale, FMI etc.) qui ont conçu un plan de développement pour les pays du sud :

- Prêts aux Etats du tiers-monde

- modernisation de l'industrie et de l'agriculture

d'exportation

- Hausse des revenus d'exportation

- Remboursement de la dette et participation à) la

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croissance mondiale.

Selon le rapport du PNUD sur le développement mondial1 : « le poids de la dette étouffe les budgets publics de nombreux pays en développement, et, ce bien souvent pour rembourser le financement des projet improductifs entrepris longtemps auparavant par des régimes autoritaires. » c'est cette triste situation de la crise de la dette qui a amené l'Organisation de l'unité africaine (OUA) qui a vu le jour en Mai 1963 à Addis-Abeba, à concevoir un plan de sortir de crise en 1980, dénommé le plan de Lagos (PAL). Mais ce plan fut "torpillé" par les IFI qui en lui ont préféré les Programmes d'ajustement structurels [Millet ; 2005] (PAS2) avec des conséquences néfastes qui restent encore visibles sur le plan social. Selon Aminata Traoré : « l'ajustement structurel est au corps social ce que le virus du sida est au corps humain : il le fragilise par des réformes économiques inopportunes, à tel point que les défaillances qu'il aurait du être en mesure de gérer prennent des dimensions dramatiques, d'autant plus que les solutions prônées sont externes ».[Traoré A., 2002 ]


· Contexte social : les aléas climatiques (avancé du désert au sud du Sahara)

Le contexte géopolitique dominé par l'imposition du model démocratique et celui du surendettement se retrouvent aggravées par un contexte social désastreux caractérisé par : 1) la multiplicité des foyers de conflits armés due aux luttes fratricides renforcées par des réseaux mafieux occultes à la quête de la

1 PNUD, rapport mondial sur le développement humain 2002

2 Le PAS comme thérapie de choc a pour but de prendre des mesures immédiates pour attirer les capitaux étrangers et trouver des ressources pour rembourser la dette : abandon des subventions aux produits et services de premières nécessité, réduction drastique des dépenses publics notamment les budgets sociaux, dévaluation de la monnaie locale, taux d'intérêts élevé, développement des exportations, ouverture totale des marchés et suppression des barrières douanières, libéralisation de l'économie, privatisation massive des entreprises publiques, etc.

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déstabilisation des gouvernements politiques pour l'exploitation des ressources minières ; 2) l'aggravation de la pauvreté : 340 million vivent avec moins d'un dollars US, le taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans est de 140 pour 1000 ; plus de 42 pour 100 de la population totale de l'Afrique n'a pas accès à l'eau potable; extrême vulnérabilité de l'agriculture ; 2,5 million de morts de sida par an... C'est ce climat morose et sombre qui a vu naître le projet du nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD)


· Les règles du jeu du processus de développement

L'une des principales difficultés de toute négociation est de savoir de quoi l'on parle. Plus précisément, pour chaque partie, d'arriver à avoir le plus exactement possible quels sont les enjeux de l'autre. [Reynaud, 2004] Et dans le cadre du MAEP et du projet qui l'a institué c'est à dire le NEPAD, il va s'en dire que les règles sont fonctions des intérêts des différents acteurs en présence. Dans le processus de mise en oeuvre du NEPAD, c'est d'abord les Africains puis, les bailleurs. Pour un projet aux ambitions de développement du Contient, qui a surtout besoin de financements colossaux, l'appui des anciens créanciers connus sous la désignation de communauté internationale s'impose. En tout cas, de l'avis des initiateurs de la « Nouvelle initiative africaine », la réalisation des objectifs de développement ne saurait se faire autrement à savoir : l'annulation de la dette publique, l'ouverture aux investissements directs étrangers, la mobilisation des ressources et épargnes locales.

La principale règle dans le processus de développement est la gouvernance. Quelle soit économique, politique ou des entreprises, elle signifie : la création d'institutions politiques et juridiques sérieuses, fonctionnant bien, considérées par les citoyens comme étant légales, les rendant autonomes tout en leur permettant de prendre part aux prises de décisions affectant leurs vies

quotidiennes. La gouvernance se veut aussi un cadre de transparence dans la gestion des affaires de l'Etat, un système dans lequel la responsabilité sociale,

l'obligation de rendre compte, la discipline etc. confortent ou renforcent la confiance des investisseurs.

Les différents acteurs sont quasi acquis pour le principe de la gouvernance qui à leurs avis constitue la corrélation évidente entre croissance et bien-être. Si le développement s'entend comme amélioration constante du bien-être des populations et la croissance l'amélioration constante des revenus directs et indirects des industriels et des gouvernants, il n'y a plus alors de doute que la gouvernance ne puisse permettre l'investissement et la rétribution équitable des revenus aux populations en vue de leur bien-être.

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· La divergence des intérêts ou objectifs des acteurs

Mais, dans le cadre du MAEP, on dénote une divergence de point de vue, d'appréciation de la gouvernance. Il faut le rappeler, les acteurs en présence ici sont : les bailleurs de fonds ou partenaires stratégiques, les Etats partis au mécanisme et les évaluateurs.

En remontant aux origines du NEPAD, avec ses ambitions d'ouverture aux marchés privés1 devant créer les conditions d'offres offensives, on remarque que l'outil de gouvernance qu'est le MAEP était destiné à fournir aux bailleurs la garantie d'une bonne gestion des fonds qui seront injectés dans le développement. Le MAEP pour les bailleurs est donc un instrument pour avoir de la part des Africains eux-mêmes la photographie de l'Etat de la gouvernance selon des domaines stratégiques2 (démocratie et gouvernance politique, gouvernance et gestion économique, gouvernance des entreprises, développement socioéconomique). Sur la base de cette photographie, ils pourront décider d'investir ou non. Il constitue aussi un cadre propice à l'influence néolibérale à travers l'imposition de la démocratie et des conditions à plus d'ouverture des marchés intérieurs aux produits extérieurs. Pour les gouvernants (Chefs d'Etats et de gouvernements) partis au mécanisme, le processus d'évaluation assurera la conformité aux

1 Le NEPAD aux ambitions de développement, de décollage de l'Afrique avait puisé dans les rapports de la Banque Mondiale (rapport Berg et autres) l'option de mobilisation des fonds nécessaires à la réalisation des projets par le financement étranger, creusant dès lors sa propre tombe au regard des insuccès du Plan d'Actions de Lagos.

2 Face aux vifs reproches du Bénin, il a été admis que les domaines stratégiques ne sont pas exhaustifs mais des aspects transversaux peuvent être tolérés et des ajouts opérés au choix par les pays partis au mécanisme.

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normes internationales de gestion et de gouvernance en vue de garantir l'interception des investissements privés étrangers. Par contre pour les acteurs du processus d'évaluation (Commissions nationales de mise en oeuvre, le Panel des Eminentes personnalités, l'équipe d'évaluation) au-delà de la connotation d'auto flagellation que pouvait laisser transparaître le mécanisme d'autoévaluation, c'est également une occasion pour : 1) uniformiser les politiques, les standards propices à la stabilité politique, à la croissance économique, au développement durable ; 2) partager les expériences et renforcer les meilleures pratiques tout en identifiant les limites et les besoins ; 3) favoriser l'apprentissage et le renforcement des capacités de décision des Pairs à travers le dialogue et les arguments constructifs ; 4) faire l'exercice de l'abolition de l'indifférence installée par le principe de souveraineté et de non ingérence.

En un mot, dans sa forme actuelle, le mécanisme africain d'évaluation par les pairs constitue le socle, moteur essentiel pour le développement de l'Afrique et de la réalisation des objectifs du NEPAD dans sa forme revisitée et corrigée qui prendra en compte les aspirations profondes des populations à la base.

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