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Analyse des paramètres morphométriques, climatologiques et hydrométriques du bassin du Kasaà dans sa partie congolaise


par Modeste KISANGALA MUKE
Université de Kinshasa - Troisième Cycle (MSc) 2009
  

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CONCLUSIONS GENERALES ET RECOMMANDATIONS

L'objet de cette étude était, pour rappel, celui de savoir si le dysfonctionnement du bassin du Kasaï était lié à la fois à la dégradation spécifique des berges et à la déforestation avec des conséquences néfastes sur la navigabilité. Ensuite, si l'augmentation spontanée des prix des denrées de première nécessité à Kinshasa était lié au retard que les unités fluviales mettent en cours de route.

Après analyse, il s'est avéré que la dégradation spécifique des berges et les érosions qui se développent suite à la « nudité » du sol est due à la déforestation. Et comme conséquences, l'ensablement et la baisse de la mouille contrariant la navigabilité fiable du Kasaï.

Les analyses faites sur les quatre stations météorologiques ont donné les résultats suivants :

- Une baisse significative des pluies et des évapotranspirations à la station de Bandundu. Une baisse attribuée à la destruction d'écosystème forestier qui constitue la source des évapotranspirations.

- Une hausse des pluies et une baisse des évapotranspirations à la station d'Inongo. La hausse des pluies est favorable à l'alimentation des nappes du bassin et la baisse des évapotranspirations était liée à l'auto- conservation des ressources en eau pour le maintien de son écosystème forestier.

- Une baisse des pluies et une hausse des évapotranspirations à la station de Kikwit. Cette station reçoit des pluies sporadiquement et de type orageux. Son écosystème forestier a été complètement détruit. Ces pluies sont à la base de plusieurs érosions par ravinement qui détruisent les infrastructures routières et les habitations.

- Une baisse des pluies et une hausse évapotranspirations à la station de Kananga. La récurrence des pluies à cette station est souvent sous forme d'orage. Cette situation est similaire à celle de la station de Kikwit.

Dans l'analyse de la chronique de LUMBU par la loi de GOODRICH, nous avons remarqué que les maxima les plus élevés n'ont appartenu qu'au cours de deux premières décennies. La récurrence décennale (T10 ans) ne s'est reproduite que trois fois : en 1968 avec 7721 m3s-1, en 1969 avec 7901 m3s-1 et en 1976 avec 7811 m3s-1.  La récurrence bi décennale (T20 ans) s'est reproduite aussi trois fois, en l'occurrence l'année 1977 avec un débit de 8207 m3s-1, l'année 1979 avec un débit de l'ordre de 8301 m3s-1 et l'année 1970 avec un débit de 8363 m3s-1. Par contre, les récurrences cinquantenale, centennale et millénaire ne se sont jamais produites sur la rivière Kasaï. En d'autres mots, il n'y a jamais eu des débits respectivement de l'ordre de 8500 m3s-1, 8800 m3s-1 et 9600 m3s-1.

Les deux dernières décennies ont par conséquent été marquées par une baisse significative de la limnimétrie. En effet, en aucune fois la cote limnimétrique n'a pu atteindre 3 m durant cette période.

La baisse de la limnimétrie est intimement liée à la baisse des pluies dans le bassin. Les pluies lentes et normales qui alimentent mieux les nappes aquifères étant devenues rares au profit des pluies orageuses qui ne provoquent que des crues accidentelles, on assiste à une diminution substantielle de la limnimétrie. Il ne pleut pas chaque jour mais l'eau de la rivière coule chaque jour. Cette eau qui coule dépend impérativement du niveau hydrostatique des nappes aquifères.

Cette baisse de la limnimétrie a des répercussions directes sur la navigabilité, par l'émergence des rochers à la passe de Kandolo et de celle des bancs de sable aux différents pools que compte cette rivière. Les unités fluviales qui empruntent cette voie rencontrent beaucoup de difficultés pour arriver à la destination à cause du mauvais état des voies navigables. Il s'ensuit alors des conséquences économiques sur les prix des produits de première nécessité.

L'augmentation spontanée des prix de ces produits de première nécessité à Kinshasa est due, en partie, au fait que les bateaux qui transportent ces produits mettent beaucoup de jours. La raréfaction des produits qui en résulte sur le marché accentue la cherté de la vie. En outre, une telle situation conduit à l'émergence d'un marché non - concurrentiel, ce qui se traduit alors par le monopole. Or, une bonne politique économique suppose une concurrence des pôles des produits mis à la disposition des consommateurs (MAZINGA, 1992 ; KISANGALA, 1999).

Il ressort de ce qui précède que la baisse de la limnimétrie est corollaire à la fois à celle de la pluviométrie et du niveau hydrostatique des nappes aquifères. Bien que cette péjoration n'ait pas atteint son point de flétrissement - comme nous l'avons démontré qu'elle a basculé autour de la moyenne - elle a néanmoins sévèrement été une véritable contrainte hydroclimatologique pour la navigabilité du Kasaï. Le changement climatique qui touche les ressources en eau en R. D. Congo n'est plus un vain mot mais plutôt une réalité.

Il est même impérieux de signaler que le troisième rapport d'évaluation du GIEC (groupe intergouvernemental d'experts sur le changement climatique) indique que les changements climatiques prévus accentueront la dégradation des sols et la désertification qui sont apparues dans de nombreuses régions aux cours des siècles derniers. D'après les projections du rapport, les sécheresses vont accroître, le régime des précipitations va s'intensifier et devenir plus irrégulier, tandis que la fréquence des sécheresses estivales tropicales va augmenter à l'intérieur des terres continentales aux latitudes moyennes (OMM, 2007).

Par ailleurs, un partenariat pour les forêts du bassin du Congo initié lors du sommet mondial sur le développement durable de Johannesbourg avait pour objectif de contribuer à la gestion durable des ressources naturelles du bassin du Congo et de promouvoir le développement économique, la réduction de la pauvreté et des inégalités et l'amélioration de la gouvernance en faveur des populations dépendantes des ressources naturelles. Et pourtant, la destruction des écosystèmes forestiers s'accélère sous l'effet conjugué de la pression démographique, de l'aggravation de la pauvreté et de l'action prédatrice de puissants groupes industriels qui contournent les réglementations forestières (RIDDAC, 2004).

Sur ce, nous faisons quelques recommandations en vue de l'amélioration tant soit peu les services météorologique et hydrologique de notre pays. L'Organisation Mondiale de Météorologie (OMM) s'est fixé comme objectif de réduire de moitié, d'ici 2019, la mortalité moyenne imputable aux catastrophes naturelles liées au temps, au climat et à l'eau. Pourquoi ? Parce que les pertes en vies humaines et les dégâts causés par les catastrophes naturelles font obstacles au développement durable (OMM, 2007). Les stations météorologiques et hydrométriques de notre pays sont actuellement dans un état de délabrement très avancé.

Nous suggérons alors ce qui suit :

- Il faut que le gouvernement et l'OMM aide et équipe les services météorologique et hydrologique nationale (SMHN/METTELSAT et RVF) de notre pays avec des matériels performants pour mieux surveiller et mieux évaluer l'état de nos ressources en eau, et fournir des informations-clefs sur ce point. Car l'OMM veille à ce que, dans le monde entier, les instruments météorologiques soient précis et qu'ils fournissent des données normalisées.

- Les services météorologique et hydrologique du pays (METTELSAT et RVF) doivent faire clairement comprendre aux politiques et aux dirigeants l'importance des données des produits météorologiques et hydrologiques pour la conception des systèmes appropriés et fiables dans le domaine de l'eau et leur gestion optimale.

- Ces services doivent coopérer avec les Universités du pays notamment à travers le Département des Sciences de la Terre de la faculté des Sciences de l'Université de Kinshasa - une des grandes ressources humaines d'érudits de cette question.

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