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Une approche sociologique de la prise en charge de la malnutrition infantile sévère par l'ong BEFEN dans le département de Mirriah

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par Lamine KALLA ADAMOU
Université Abdou Moumouni de Niamey - Maitrise en Sociologie 2011
  

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CHAPITRE VI : PERCEPTIONS DE LA MALNUTRTION, DU PROGRAMME DE RECUPERATION NUTRITIONNELLE ET STRATEGIES DES POPULATIONS D'ENQUETE

Ce chapitre retrace les représentations que se font les populations d'enquête de la situation alimentaire et du programme de prise en charge de la malnutrition. Il s'agit d'une analyse combinée des données qualitatives et quantitatives recueillies sur le terrain. Quatre sections constituent les articulations de ce chapitre :

ü la première section est descriptive et aborde la situation alimentaire telle que vécue par les populations d'enquête ;

ü la deuxième et la troisième section s'intéressent aux perceptions aussi bien de la malnutrition que du programme de récupération nutritionnelle ;

ü la quatrième section présente les stratégies développées autour de la malnutrition.

6.1. La situation alimentaire telle que vécue par les populations

Pour une grande partie des populations enquêtées, l'année 2010 à été une année particulière à Zinder. En effet, 2010 a été :

« Une année tout à fait particulière pour l'ensemble du pays surtout à Zinder que je connais bien avec la situation de détresse alimentaire qu'a vécue toute la population de la région. C'était vraiment terrible pour les populations car environ 7,1 millions de personnes sont touchées par l'insécurité alimentaire sur l'ensemble du territoire. D'ailleurs les femmes avaient une expression terrible pour qualifier la crise : elles l'appelaient ``Ba Kanta'' ou la crise sans issue... » (Directeur Départemental de la Santé Publique de Zinder).

Il y a eu en 2010, une crise ``sournoise'' et ``brutale'' :

« On sait qu'il y avait des pénuries alimentaires un peu partout mais pas d'une ampleur telle que ça s'est révélé au fait qu'il y a une incidence au niveau des personnes surtout en ce qui concerne leur état de santé. Notamment certaines couches défavorisées telles que les...les enfants ». (H.B.A., infirmier BEFEN).

Là où certains parlent de déficit alimentaire, de crise alimentaire, d'autres parlent de « véritable année de famine comme ou même plus qu'en 2005 ». (A.H., enseignant contractuel au CEG de Mirriah).

Aussi, le déficit alimentaire de 2010 est survenu alors que « les plaies engendrées les années passées ne sont pas encore guéries. » (A.H., enseignant contractuel au CEG de Mirriah).

6.2. Perceptions de la malnutrition par les populations

Il s'agit dans cette section d'analyser les différentes représentations qu'ont les populations enquêtées de la malnutrition. Le tableau ci-dessous (tableau n°7) reflète la compréhension de la malnutrition par les enquêtés.

Tableau n°7 : Répartition des enquêtés selon la conception de la malnutrition

La malnutrition est une maladie

Effectif

Fréquences

Oui

72

98%

Non

1

2%

Total

73

100%

Sources : données de l'enquête (juin-juillet 2011)

Ainsi, les résultats de l'enquête font ressortir que la majorité (98 %) des enquêtés considèrent la malnutrition comme une maladie. Le point commun pour ce groupe d'enquêtés est ici la modalité de réponse. Si on le prend sous un autre angle c'est-à-dire selon la justification donnée à cette réponse, il peut être scindé en deux (2) sous groupes :

· La majorité (65 %), de ceux qui affirment que la malnutrition est une maladie, font allusion à la maigreur de l'enfant pour justifier leur réponse.

« ...c'est le mal qui fait maigrir les enfants sans qu'on sache pourquoi. Mais les likitas (infirmiers) disent que c'est lié à l'alimentation ». (B., mère d'enfant malnutri).

· 35% pensent à la faim comme cause de la maladie et comme justificatif de leur réponse.

« Quand un enfant a faim il ne peut que tomber malade ». Hadjara, mère d'enfant malnutri.

Cependant, une seule enquêtée (2%) a répondu que la malnutrition n'est pas une maladie. Sa justification se résume en ceci :

«  Moi depuis que mon enfant est né, il est bien portant, sans aucun problème et avec une bonne forme (...). Mais depuis que mon mari s'est marié, ma coépouse n'arrête pas de mettre l'oeil sur cet enfant car son père l'aime beaucoup et c'est ça qui la dérange puisqu'elle n'en a aucun. Je n'ai personne à accuser qu'elle car j'aurai même appris que c'est une sorcière. Et je peux même jurer que c'est elle qui l'a rendu comme ça... (Pleurs) » (H., mère d'enfant malnutri).

Mais quels liens peuvent avoir ces conceptions de la malnutrition avec l'admission au CREN ?

Tableau n°8 : Répartition des enquêtés selon le nombre d'admission des enfants dans le CREN

La malnutrition

Est une

maladie

Nombres

d'admission

Oui

Non

Total

Effectif

Fréquence

Effectif

Fréquence

Effectif

Fréquence

1 fois

63

86%

1

1%

64

87%

2 fois

8

12%

0

0%

8

12%

Plusieurs fois

1

1%

0

0%

1

1%

Total

72

99%

1

1%

73

100%

Sources : données de l'enquête (juin-juillet 2011)

La variable admission au centre de récupération nutritionnelle n'influe pas de manière sensible la perception que les enquêtées ont de la malnutrition. Que leurs enfants soient retenus une, deux ou plusieurs fois, la majorité des enquêtés (99%) ont les mêmes représentations de la malnutrition (la malnutrition est une maladie). Un point important est que : «...ces enfants là, ne sont plus cachés » (S.T, Laborantin du district sanitaire de Mirriah).

De ce fait, tout le monde connait ces enfants et les sujets de conversation, surtout chez les femmes, tournent souvent autour du phénomène de la malnutrition.

Les femmes qui fréquentent les CREN partagent leurs connaissances et expériences avec les autres. Le sujet qui était ``tabou'' devient un sujet de conversation publique. Cela est renforcé par le fait que, dans le village, les femmes passent une très grande partie de leurs temps au puits. Beaucoup d'informations convergent et partent du puits qui devient un ``centre de diffusion d'informations '' au sein des villages. Il faut aussi préciser que l'approche des intervenants favorise la diffusion de l'information. Les séances de contrôles, dépistages et traitements ne se font pas de façon individuelle mais en groupe. Chacune des femmes sait, approximativement, quel enfant est malnutri.

« Ce sont ces gens (agents de l'ONG) qui ont séparé les malnutris des autres. Avant cela, lorsque l'enfant est malnutri, ce sont seulement ses parents qui le savent ; mais lorsqu'on a rassemblé les enfants pour les dépister, c'est en ce moment qu'on a compris tout cela... ». (B., mère d'enfant malnutri).

Le mode de gestion de la malnutrition, placé au centre de l'approche de l'ONG, a introduit, chez les femmes, un nouveau rapport à la malnutrition. Cette nouvelle façon de concevoir et de gérer la malnutrition est attribuée au blanc qui a créé l'école et tout ce qui s'en suit.

« [M'associant au blanc]...c'est vous qui avez étudié et dites de sélectionner les enfants affamés, c'est pourquoi on les appelle comme ça. Mais heureusement grâce à vos études et votre savoir faire, vous avez apporté votre aide et vos méthodes aussi...euh...et voilà que le problème est bien compris de tous. » (B., mère d'enfant malnutri).

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