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Phénoménologie des droits de l'homme chez Emmanuel Lévinas: de l'humanisme juridique à  l'humanisme éthique

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par Achile Igor BENAM
Université Catholique d'Afrique Centrale - Licence en Philosophie 2013
  

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Conclusion

La perspective de l'intersubjectivité conçue dans l'horizon de la socialité, aboutit à l'intrigue éthique où Autrui commande le Moi et le met en accusatif. Pour Lévinas, c'est la nudité du visage et sa vulnérabilité126(*) qui lui permettent de désarmer le sujet dans sa persévérance dans l'être. Leçon à retenir : face à la force et la violence, la fragilité et la vulnérabilité sont des armes les plus sophistiquées pour remporter la victoire, car la violence face à la violence engendre plus que violence ; et la force face à la force engendre plus que force. L'évènement du visage s'ouvre à une histoire humaine où nous pouvons comprendre dans l'Etat, le plus qu'Etat ; dans la politique ou le politique, un(e) sur-politique ; dans le juridique, le méta-juridique etc. Bref, le lien social ne saurait être une invention de l'Etat, parce que, différent de l'appartenance politique. Ce surplus éthique est la vraie philosophie première, car il précède et couronne toutes les activités humaines. Dans la compréhension des droits de l'homme, l'orientation éthique proposée par Lévinas doit servir de complément dialectique à ceux-ci pour mettre fin aux atrocités, et aux cas du non-respect de ces dits droits fondamentaux.

Conclusion générale

Somme toute, notre recherche a porté finalement sur le renversement de l'ordre juridique par l'ordre éthique. Et ceci, nous avons essayé de le démontrer tout le long de notre exposé. En effet, Lévinas a montré clairement le caractère général et abstrait du concept des droits de l'homme dans son versant juridique, parce que, faisant référence à un homme idéel, abstrait, voire même chimérique. La proclamation des droits de l'homme n'est donc qu'une affirmation de l'utopie de l'humain. Une utopie qui, selon Lévinas, est l'expression d'un siècle marqué par la haine vis-à-vis de l'autre homme, le repli sur soi, l'individualisme des sociétés occidentales, la surdité aux gémissements des peuples en guerres traversant une misère galopante. Tout ceci n'est qu'expression d'une cruauté sans précédent. L'autre cruauté est celle qui consiste à concevoir les relations intersubjectives en termes de relations symétriques, dans une réciprocité méprisante ; et à fonder les droits de l'homme sur l'égalité, la liberté, la propriété privée, etc. Tous, des concepts ontologiques qui expriment la violence, le meurtre, et qui ont conduit l'humanité, par les guerres de 1914-1918 et de 1939-1945, à une perte d'elle-même, à une crise de l'humanisme.

Voilà pourquoi il était important de briser les liens qui enlisent l'homme dans le mal, en donnant une orientation éthique des droits de l'homme, fondée sur les droits de l'autre homme. Il s'agit d'accepter l'idée selon laquelle, seul Autrui a des droits, le Moi n'a que des devoirs. Il s'agit aussi bien d'un renversement sémantico-ontologique de la subjectivité. La subjectivité doit être comprise, non plus comme une conscience fermée sur soi, une conscience ou une substance monadologique, mais essentiellement comme ouverture à l'extériorité dans une relation asymétrique, une relation dissymétrique où la priorité est accordée à l'autre. Ici, le sujet est comme pris en otage par Autrui depuis le lieu du surgissement de son visage en tant que trace de l'Infini, source de paix. Le sujet n'est lui-même que dans la mesure où il remplit ses devoirs envers Autrui, fut-il lointain au prochain. Lointain, parce qu'autre que le Moi, d'une différence spécifique (couleur des cheveux, couleur de la peau, forme de né, etc.) ; et prochain, par son visage qui est expression, parole, sans refus d'entendre son injonction « tu ne tueras point ». L'asymétrie des droits de l'homme est en fait une recherche de paix éthique. En effet, quand les conflits ébranlent nos sociétés humaines, l'appel à la paix dans l'évènement de la réconciliation est une bonne chose mais il n'est pas suffisant. La réconciliation ne sera possible que comme un événement eschatologique, c'est-à-dire un surplus du temps dans le temps, où l'orientation éthique du rapport intersubjectif doit être considérée comme lieu de prestation de sens politique. La paix doit être recherchée dans un mouvement à la fois ascendant-descendant et descendant-ascendant. C'est-à-dire, de l'accueil du Transcendant, de l'Infini dans l'histoire et dans le temps depuis le lieu de sa donation, à la déhiscence de la subjectivité ; et de la brisure du moi monadologique à l'ouverture, et à l'accueil de l'autre homme depuis son visage, lieu de sa monstration, de sa fragilité et de sa vulnérabilité. Ce n'est ainsi que nous pourrions éviter la paix de cimetières envisagée comme un refus de se laisser déranger par la souffrance d'Autrui, par la misère des autres pays et des autres continents, par la misère du prochain et du lointain. Refuser une paix qui s'identifie à une tranquillité d'âme, face à l'immensité de la détresse et de l'absence de la consolation. Il nous faut, en tant que Philosophes, dénoncer ces genres de paix, en nous inscrivant dans la perspective de Lévinas qui les qualifie de « paix factice des synagogues et des églises »127(*). Cette paix éthique que Lévinas propose est confiée à la sauvegarde de chaque être humain comme unicité. Elle est un évènement initial de rencontre qui se vit dans le dés-inter-essement, dépassant ainsi une paix purement politique. Car la paix véritable trouve sa source dans l'inquiétude du moi par Autrui et pour Autrui.

La question qu'on se pose est de savoir s'il nous est possible de définir scientifiquement l'homme et de prévoir ses intentions ? Est-ce que la dialectique du juridique et de l'éthique garantit désormais le respect mathématique des droits de l'homme ? Pour nous, l'homme en tant qu'humain est imprévisible, parce que, toujours ondoyant et vacillant. Et que l'horizon bâti par l'éthique ne sera pas aussi totalement satisfaisant dans le débat sur les droits de l'homme. Il faut bien se laisser toucher et interroger par les évènements qui marquent la vie de nos sociétés. Et le mérite de cette double exigence éthique et phénoménologique des droits de l'homme est d'avoir une autre vision de ceux-ci, mettant en question les acquis des droits de l'homme par l'humanité ; ouvrant ainsi à une considération à la fois pré-politique et post-politique. La validité et l'efficacité des droits de l'homme, loin d'être réduites à leur portée de nos jours ou au nombre des pays signataires des chartes les défendant, doivent faire l'objet d'une déconstruction, d'une évaluation sur l'autel de l'expérience. Comme le dit Kremer-Marietti : « Il y a ce que l'humain a fait et fera encore de lui-même (...) Se réunir et décider ce que doit être l'humain : c'est là une nouvelle tâche, à accomplir chaque jour de plus en plus. »128(*) Ce n'est qu'au terme de ces efforts que nous pouvons tendre d'une effectivité de l'inhumain à un devoir être humanisant.

BILBIOGRAPHIE

Ouvrages et articles de Levinas

LEVINAS E., En découvrant l'existence avec Husserl et Heidegger, Paris, Vrin, 1967.

· Totalité et Infini, Essai sur l'extériorité, La Haye, Martinus Nijhoff, 1971 / Paris, Livre de poche, Coll. biblio-essais., 1987.

· Humanisme de l'autre homme, Montpellier, Fatah Morgana, 1972.

· Autrement qu'être ou au-delà de l'essence, La Haye, Martinus Nijhoff, 1974.

· Du sacré au saint, Paris, Les éditions de Minuit, 1977.

· Ethique et infini, Dialogues avec Philippe Nemo, Paris, Fayard, 1982.

· Le temps de l'Autre, Paris, P.U.F., « Quadrige », 1983.

· Hors Sujet, Montpellier, Fatah Morgana, coll. « Biblio/essais », 1987.

· De l'existence à l'existant, Paris, Vrin, 1981 / De l'existence à l'existant, Paris, Vrin, 1993.

· Entre nous. Essais sur le penser-à-l'autre, Paris, Editions Grasset et Fasquelle, 1991.

· De Dieu qui vient à l'idée, Seconde édition revue et augmentée, Paris, Vrin, 1992.

· «  Transcendance et hauteur », in Liberté et commandement, Montpellier, Fatah Morgana, 1994.

· Altérité et transcendance, Montpellier, Fatah Morgana, 1995.

· De Dieu qui vient à l'idée, Paris, J. Vrin, 1998.

· Ethique comme philosophie première, Paris, Rivages Poche, 1998.

· Totalité et Infini. Essai sur l'extériorité, Paris, Biblio. Essais, 2006.

Ouvrages et articles sur Lévinas

BOUNDJA C., Penser la paix avec Emmanuel Levinas. Histoire et eschatologie, Paris, L'Harmattan, 2009.

· Recherches sur Levinas et la phénoménologie. Philosophie de l'événement, Paris, L'Harmattan, 2009.

CAYGILL H., Levinas and the Political, London_New-York, Routledge, 2002, p. 6, cite et trad. de l'anglais en français par C. BOUNDJA, in Penser la paix avec Emmanuel Levinas. Histoire et eschatologie, Paris, L'Harmattan, 2009.

DERRIDA J., « Violence et métaphysique», L'écriture de la différence, Paris, Seuil, 1967.

· « Violence et métaphysique. Essai sur la pensée d'Emmanuel  Lévinas », in L'écriture de la différence, Paris, Seuil, 2003, pp. 117-228.

ELLA S-E., Emmanuel Lévinas. Des droits de l'homme à l'homme, Paris, L'Harmattan, 2009.

FEVRE L., Penser avec Levinas, Paris, Chronique sociale, 2006.

SEBBAH F.-D., L'épreuve de la limite. Derrida, Henry, Levinas et la phénoménologie, Paris, P.U.F., Coll. « Bibliothèque du Collège International de Philosophie », 2001.

ZIELINSKI A., Levinas, la responsabilité est sans pourquoi, Paris, P.U.F., 2004.

Autres ouvrages et articles

BOISSINOT C., « La réception française de l'oeuvre de Hans Jonas », Revue d'éthique et de théologie morale, « Le supplément », n° 194, sept. 1995.

Bible Tob. Traduction oecuménique de la Bible, Paris, Société Biblique Française - Le CERF, 2004.

BOULNOIS O., « humanisme et dignité de l'homme », in Jean PIC DE LA MIRANDOLE, OEuvre philosophiques, Paris, P.U.F., 1993, pp. 293-340.

DESCARTES R., Méditations métaphysiques, Paris, Garnier Flammarion, 1992.

FUCHS E. - STUCKI P.-A., Au nom de l'autre. Essai sur le fondement des droits de l'homme, Paris, Editions Labor et Fides, 1985.

GOYARD-FEBRE S., Les embarras philosophiques du droit naturel, Paris, Vrin, 2002.

HEIDEGGER M., Introduction à la métaphysique, Paris, Gallimard, 1967.

· Questions I, Paris, Gallimard, 1968.

· Questions IV, Paris, Gallimard, 1976.

· Être et Temps, Trad. Fr. François Vézin, Paris, Gallimard, 1986.

HUSSERL S., Méditation cartésiennes. Introduction à la phénoménologie, Paris, Vrin, 2001.

HUSSERL S, Idées directrices pour une phénoménologie, Tome I, Traduit de l'allemand par Paul Ricoeur, Paris, Editions Gallimard, coll. Tel, 2008.

HOBBES Th., Leviathan, Paris, Gallimard, coll. «folio essai», 2000.

JANKELEVITCH V., Le paradoxe de la morale, Paris, Seuil, coll. « Essais et Points », 1981.

JAUNE L., Les déclarations des droits de l'homme. Du débat de 1789-1793 au préambule de 1946, Paris, G. Flammarion, 1989.

KANT E., Fondements de la métaphysique de moeurs, Paris, Librairie générale française, coll. « Le Livre de Poche », 1993.

· Métaphysique de moeurs II. Doctrine de la vertu, Paris, G. Flammarion, 1994.

· Critique de la raison pratique, Paris, P.U.F., coll. « Quadrige », 2003.

· La religion dans les limites de la simple raison, Paris, Vrin, 2004.

KELSEN H., Théorie pure du droit, Traduction H. Thévenaz, La Baconnière, Neuchâtel, 1953 (Réeditée en 1988 avec des modifications).

· Théorie pure du droit, Paris, Dalloz, 1962.

· Théorie générale du droit et de l'Etat suivi de doctrine du droit naturel et le positivisme juridique, Paris, L.G.D.J., 1997.

LALANDE A., Vocabulaire technique et critique de la philosophie, Paris, P.U.F., 1988.

· Vocabulaire technique et critique de la philosophie, Paris, 2ème édition, P.U.F., « Quadrige », 2006.

LEGROS R., L'idée d'humanité. Introduction à la phénoménologie, Paris, Grasset, 1990.

PASCAL B., Pensées, Présenté par Jean Guitton, Paris, Gallimard, coll. « Livre de poche », 1962.

ROMANO C., L'évènement et le temps, Paris, P.U.F., 1999.

RIGAUX F., « Les fondements philosophiques des droits de l'homme », cours fait à l'institut international des droits de l'homme à Strabourg les 3 et 4 juillet 2006, in Revue Trimestrielle des droits de l'homme, n° 70 - Avril 2007, Editions Nemesis a.s.b.l., pp. 307 - 349.

SIMON R., Ethique de la responsabilité, Paris, Cerf, 1993.

TIAHA D-L-D, Paul Ricoeur et le paradoxe de la chair. Brisure et suture, Paris, L'Harmattan, 2009.

TZITZIS S., La personne, l'humanisme, le droit, Québec, Les Presses de l'Université Laval, coll. « Diké », 2002.

VILLEY M., Le droit et les droits de l'homme, Paris, PUF, 1990.

· Le droit et les droits de l'homme, Paris, P.U.F., « Quadrige », 2008.

WUNENBURGER J.-J., Question d'éthique, Paris, P.U.F., coll. « Premier cycle », 1993.

Les textes des Déclarations des droits de l'homme

TABLE DE MATIÈRES

Dédicace........................................................................................................i

Remerciements............................................................................................ii

Introduction générale 1

Chapitre I : Lecture hérétique de quelques matrices rationnelles fondatives des droits de l'homme 7

Introduction 7

I. 1. Contexte historique et fondements philosophiques des droits de l'homme 7

I. 2. Fondements religieux des droits de l'homme 9

I. 3. Du droit naturel au droit en tant que norme chez Hobbes : l'enjeu des passions en droit et en politique 11

I. 4. La problématique de la dignité humaine chez Kant : une relecture des Lumières 12

I. 5. La responsabilité éthique comme origine du droit et du politique chez Lévinas 14

Conclusion 15

Chapitre II : Critique des présupposés ontologiques des droits de l'homme : la subjectivité entre brisure et suture 16

Introduction 16

II. 1. Problématiques d'une compréhension de l'homme comme ontologie, comme sujet isolé............................................................................................... 16

II. 1. 1. Descartes : le doute fondateur du cogito comme substance 16

II. 1. 2. Husserl et le cogito fondateur : le moi transcendantal et ouverture 17

II. 1. 3. Heidegger : la compréhension du Dasein comme être-jeté-au-monde 17

II. 2. Moi et la totalité : l'ontologie comme violence 19

II. 3. Jouissance et identification : une problématisation de la propriété privée ? 20

II. 4. Le Moi traumatisé par la présence d'Autrui 21

II. 5. Transcendance et Infini : une ouverture à l'extériorité 21

Conclusion 22

Chapitre III : La dialectique du juridique et de l'éthique : une reprise de la phénoménologie emphatique levinassienne 23

Introduction 23

III. 1. De la conscience originelle du droit ou de la conscience d'un droit originel : droits de l'autre homme en terme d'a priori 23

III. 2. Les droits de l'autre homme : l'asymétrie de la relation avec autrui et mise en question des concepts « liberté » et « égalité » 24

III. 2. 1. Une relation asymétrique et récusation du concept d' « égalité » 25

III. 2. 2. La problématique de la liberté 26

III. 2. 3. L'homme et la responsabilité d'otage 26

III. 3. Revenir à la transcendance des droits de l'homme par le visage comme trace de l'Infini : entre hospitalité et paix éthique 27

III. 3. 1. Visage comme trace événementielle 27

III. 3. 2. Revenir à la transcendance des droits de l'homme 28

III. 4. De l'hospitalité et de la paix éthique 29

III. 4. 1. Intentionnalité comme hospitalité 29

III. 4. 2. L'enracinement subjectif de la paix : l'intrigue intersubjective 30

Conclusion 31

Conclusion générale 32

Bilbiographie 34

Table de matières 37

* 126 Respectivement, Nudité : c'est-à-dire, à la fois abstrait et sans protection, dépouillé des ornements culturels. Vulnérabilité : irréductible aux qualités ni aux quantités, sans défense et exposé à bout portant.

* 127 E. LEVINAS, Du sacré au saint, Paris, Les éditions de Minuit, 1977, p. 175.

* 128 A. KREMER-MARIETTI, Réflexion sur les temps actuels, Bruxelles, Espace de libertés, 2008, p. 48.

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