WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Quand la violence impacte la relation soignant-soigné


par Clara Kuntz
iFMS Mulhouse  - Diplôme d'Etat d'Infirmier  2019
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

4) Analyse interprétative.

Lorsque j'ai souhaité réalisermon étude de terrain je me suis intéressée à l'année d'obtention du diplôme des infirmières interrogées ainsi qu'à leurs expériences professionnelles. Cela avait pour but de me permettre de percevoir ou non des différencesdans leurs réponses pouvant s'expliquer par le nombre d'année d'exercice ou la multiplicité des expériences professionnelles. D'après les réponses que j'ai obtenues à mon questionnaire, je ne note pas de différences pouvant s'expliquer par un éventuel manque d'expérience ou par la multiplicité des expériences. Cependant, cela est totalement subjectif, je n'ai pas d'élément dans mon cadre conceptuel pouvant me permettre de comparer cela puisque la violence et l'impact qu'elle peut avoir sur la relation est multifactoriels.

Je me suis aussi interrogée sur la définition de la violence que pouvait avoir chaque personne. En effet, tout individu n'a pas la même idée de la violence, et tout le monde n'a pas les mêmes représentations de ce qu'est une situation de violence. J'ai pu remarquer que toutes les infirmières rejoignent madame Bourgeois sur la définition de la violence lorsqu'elles disent que la violence peut être physique mais aussi psychologique. On comprend donc que la violence peut-être une interpellation grossière, un manque de politesse ou comme l'a affirmé une infirmière que j'ai pu interroger une attitude de méfiance envers une personne qui a de bonnes intentions. Madame Bourgeois et les infirmières interrogées s'accordent toutes à dire que la violence est un moyen de s'exprimer, de se faire entendre, et donc d'être écouté par l'autre. Cette violence résulte toujours d'une chose qui est mal vécu par la personne comme la douleur, l'attente, la peur, la colère, le sentiment de ne pas être considéré etc. On comprend alors bien que la violence a rarement lieu dans le simple but de faire mal à l'autre gratuitement mais qu'il faut en recherche la raison pour répondre à la difficulté de l'autre.

Cependant, l'étude de terrain s'éloigne de ce qu'affirme la psychothérapeute Madame Martel qui différencie violence et agressivité comme deux comportements presque totalement opposés. En effet, cette dernière explique que la violence est une situation qui outre passe les limites du cadre alors que la violence peut très bien avoir lieu dans les limites fixés pour ce cadre. Cependant, au cours de mes entretiens j'ai pu me rendre compte que les infirmières utilisaient le terme agressivité au même titre que la violence en ne décrivant pas de différence entre la violence et l'agressivité. Madame Martel donne l'idée que la violence est destructrice ce qui n'est pas le cas de l'agressivité qu'elle caractérise de « force de vie ». Elle différencie aussi le sentiment qu'éprouve la personne et qui peut créer la situation. Elle explique alors que le sentiment de surpuissance et au contraire d'impuissance peuvent engendrer la réaction violente alors que le sentiment de puissance va plutôt créer ce qu'elle appelle la réaction agressive. Lors de mon enquête de terrain j'ai pu remarquer que les infirmières ne faisaient pas ces distinctions là et que pour elles l'agressivité était une réaction qui caractérisait la violence. L'agressivité était alors décrite comme de la violence en elle-même.

Toutes les infirmières s'accordent à dire que pour réagir face à cette situation de violence et s'y adapter il est important de comprendre d'où elle vient et pourquoi elle a lieu. De mon étude de terrain ressort l'idée que la violence est difficile à accepter quand on ne l'a comprend pas et que l'on juge cela être gratuit ou sans fondement. Sur ce point les infirmières rejoignent monsieur Balahoczky infirmier et enseignant lorsqu'elles évoquent le fait de trouver les facteurs favorisants la survenue de cette réaction. Ce dernier expose l'idée de favoriser l'échange et de pousser la personne à exprimer ses difficultés pour pouvoir calmer la violence de la personne. Il rejoint alors madame Bourgeois, sur l'idéeque l'échange verbal est fondamental car un patient ne devient pas violent pour aucune raison. L'étude de terrain montre effectivement que les infirmières cherchent le dialogue et essaient comme le préconise monsieur Balahoczky de maintenir leur calme et leur professionnalisme. Comme me le disait une personne interrogée « la violence appelle la violence ». On comprend donc bien par là que si le soignant commence aussi à perdre son calme le patient ne réussira pas à se calmer et la situation ne va qu'empirer par la suite. Cependant, lors de mon enquête une infirmière m'a répondu que la première réaction qu'elle a déjà pu avoir, face à la violence d'un patient, est l'agressivité verbale. Elle a expliqué qu'il lui est déjà arrivé de perdre son sang-froid et de répondre d'une manière agressive sans l'avoir voulu. Il est aussi ressorti de mes entretiens que la fuite est une réaction pouvant avoir lieu lorsqu'un individu est confronté à la violence. En effet, une infirmière m'a expliqué qu'il lui est déjà arrivé de sans y réfléchir faire « demi-tour » face à la situation. De mon étude de terrain, je remarque face à une situation de violence différente réaction telle que l'agressivité ou la fuite, on était parfois utilisé sans que les infirmières qui réagissent comme cela en est réellement conscience. Il s'agit comme le dit Docteur Chabrol de mécanismes de défenses. Par ses réactions non conscientes l'individu qui se retrouve dans une situation d'inconfort va chercher instinctivement à se protéger. Il est nécessaire d'affirmer que chaque personne réagit comme elle peut à une situation qui est source de stress pour elle. Docteur Da silva, neuropsychologue,rejoins Docteur Chabrol en disant que lors d'une telle situation des mécanismes de défenses peuvent se mettre en place. Mais, parfois de stratégies totalement consciente peuvent être utilisées. Docteur Da Silva parle alors des stratégies de coping. Se sont des réactions conscientes qu'adoptent la personne pour faire face à la source de stress. Lors de mon enquête de terrain une infirmière m'a avoué utiliser l'humour comme moyen de dédramatiser la situation une fois qu'elle a été stabilisée, et ainsi arriver à pouvoir passer outre l'altercation et ne pas en souffrir.

Je retire de mes entretiens que la réaction que l'ont mets en place volontairement ou non lorsqu'on est confronté à la violence, est étroitement liée à notre état d'esprit, à notre niveau de fatigue, à notre patiente, à nos représentations de la violence, ou encore à notre seuil de tolérance face à la violence. La notion de tempérament et caractère personnel ressort des entretiens. Plusieurs interrogées m'ont expliqué que notre capacité à faire face à la violence à l'instant où elle se produit est souvent lié à notre manière de percevoir cette violence. Une personne fatiguée, qui a des problèmes personnels, etc. aura peut-être plus de difficultés à accepter la réaction de l'autre et à s'y adapter. Cela rejoint les propos de Françoise Bourgeois, lorsqu'elle évoque très clairement le fait que nos capacités à recevoir la situation, et s'y adapter dépendent de nous, des ressources que nous avons pour faire face, lorsque la situation a lieu. On comprend bien par là qu'énormément de facteurs ont une influence sur les réactions lors d'une telle situation.

J'ai pu à travers mon étude de terrain remarquer que la violence n'est pas sans impact sur la relation soignant-soigné. Les interrogés expliquent que d'après eux la violence change la manière qu'ils ont d'aborder le patient. Il en ressort l'idée de devenir un soignant strictement professionnel, c'est-à-dire que le travail est réalisé correctement au près du patient. Mais, il n'y aura pas de discussion plus approfondie que le nécessite le bon déroulement du soin. L'échange sera strictement lié à la prise en soins et n'ira pas plus loin. Une des infirmières évoquait le terme de « professionnalisme un peu froid ». Cela rejoint ce que monsieur Curchod, infirmier et enseignant, lorsqu'il évoque et définit la « relation fonctionnelle » dans son ouvrage prévenir et dépasser les conflits. C'est pour lui une des relations qui peuvent être mis en place entre un soignant et un soignant. Il s'agit d'une relation qui a pour but de recueillir les informations sur le patient, de connaitre la personne à un moment précis pour adapter ses soins. Il ne s'agit pas d'une relation de civilité qui serait alors plus conviviale et spontanée. Il explique que la relation fonctionnelle à des but précis et se crée dans les limites d'un cadre. Lors de mon étude j'ai pu remarquer que la relation qui pouvait passer ce que monsieur qualifie de « civilité » à une relation dit « fonctionnel ». Les interrogés expliquent ce changement de comportement parce qu'ils gardent à l'esprit que la violence à eu lieu et que donc elle peut se reproduire. On entend en cela l'idée de méfiance face au soigné, et donc d'une certaine manière cela entraine la perte de confiance en l'autre. Les professionnels expliquent aussi qu'après avoir été confronté à une situation qui a mis à mal la relation entre eux et le patient qu'il est difficile de la retrouver comme avant. Ils évoquent très clairement l'idée d'une prise de distance entre le soignant et le soigné. Ce qui ressort de mon étude de terrain confirme bien les propos de Docteur Mazaro, philosophe. En effet, l'auteure évoque le fait que la confiance est difficile à gagner mais facile à perdre. Donner notre confiance en de la violence. Le lien peut alors parfois être « définitivement rompu ».

Cependant Docteur Da silva évoque lui dans son cours intitulé  la relation de soins, donné à l'IFSI de Mulhouse en 2016, l'idée que pour le soignant il est important de comprendre qu'il représente l'image de l'hôpital. Docteur Da silva explique alors que le soignant ne doit pas considérer la violence comme étant directement une atteinte à sa personne mais bien à l'image qu'il renvoi. De mes entretiens cela n'est pas toujours ressorti et je comprends alors que mettre en place cela n'est pas simple. En effet, même si le patient n'est pas violent contre ce soignant précisément il faut bien se rappeler tout de même que c'est le soignant qui essuie les attaques physique, ou psychologique.

De plus, monsieur Manoukian psychothérapeute évoque dans son ouvrage « la relation soignant-soigné » l'idée de la considération positive inconditionnelle. C'est-à -dire que le soignant doit accepter le soigné comme il est, sans aucun jugement, aucune évaluation. Cela est valable à n'importe quel moment dans la prise en soin du patient qui doit être pris en totale considération en tant qu'individu à part entière avec ses idées, ses volontés, et ses croyances. Cependant, au cours de mon enquête j'ai pu me rendre compte que ce concept est plus ou moins facile à appliqué. En effet, l'idée qu'avance monsieur Manoukian à toute son importance dans la prise en soins d'un patient. Mais lorsqu'un soignant est confronté à la violence d'un soigné il devient alors parfois compliqué pour lui de maintenir ce concept de « considération positive inconditionnelle » quand lui-même se sent vulnérable et dépasser par les évènements face à ce patient. De mes entretiens il ressort l'idée de distance avec le patient qui se crée même sans le vouloir réellement, sans y avoir réfléchi. Quelque chose à été fragilisée, voir rompu dans cette relation. On remarque alors que les concepts de la relation tels que l'empathie, ou encore l'authenticité, deviennent parfois extrêmement difficiles à mettre en place lorsqu'on se sent victime de cette personne.

Se sentir alors victime de la violence d'une personne est une situation qui entraine différents sentiments comme la peur, l'agacement, l'humiliation, ou encore la colère. Tout ceci n'est alors pas sans conséquences sur la santé d'une personne comme l'indique madame Donati, psychologue dans son ouvrage « Le stress intelligent » où elle expose l'idée que la violence peut-être la source d'un état de stress. Lors de mon enquête de terrain j'ai pu comprendre que pour les soignants la violence est aussi source de stress. Ce qui ressort alors c'est l'idée de la répétition de la violence qui impact la santé du soignant. Le psychiatre Pierre Canouï et la psychologue Aline Mauranges évoquent dans leur ouvrage « Le burn-out à l'hôpital » l'idée que le stress est un déclencheur de l'épuisement professionnel dont peuvent être victime les personnes soumissent à la violence dans l'exercice de leur fonction. Mon enquête m'a montré l'idée que la violence est responsable de cet épuisement qui peut pousser le soignant à démissionner car il ne se sent plus capable de continuer l'exercice de sa profession. A travers mes lectures j'ai pu comprendre que la violence touche aussi le soignant personnellement. L'impact n'est pas que professionnelle. La vie privée du soignant victime de violence peut aussi en être impactée. Mon enquête à mis en lumière la même idée puisque les professionnels ont évoqués l'idée d'une atteinte personnelle à travers la violence au travail car la barrière de soignant ne suffit pas toujours. Au contraire, de mon enquête est aussi ressorti l'idée comme quoi la violence n'aurait pas d'impact sur la santé du soignant. En effet, l'idée de l'humour et du rire pour se libérer de la violence et ne pas en être impacté à été évoqué. C'est une manière de se protégé peut-être suffisamment pour réussir à ne pas en être professionnellement et personnellement touché.

Pour faire face aux situations de violences Françoise Bourgeois, nous expose l'idée que mettre en place des temps de parole en équipe pluri professionnelle à toute sa place dans la gestion de la violence. Pour elle, un manque de communication au sein de l'équipe pourrait engendrer encore d'autres difficultés supplémentaires. De mon enquête ressort l'idée de l'importance de ces temps pour pouvoir échanger et exprimer ses difficultés. Tous les interrogés s'accordent à dire que l'équipe et la hiérarchie sont des ressources indispensables lorsqu'une situation de violence à eu lieu. Certains déplorent le fait de ne pas avoir de temps prévu pour cela notamment dans les services d'urgences où la violence est malheureusement presque quotidienne.

Malgré tout les soignants trouvent le temps d'en échanger dans l'équipe, avec les cadres de santé et les médecins. Certains soignants interrogés m'ont aussi affirmé qu'ils sont déjà allés interpeller le psychologue du service pour pouvoir échanger avec lui de la situation qui les a mis en difficultés.

précédent sommaire suivant






Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy








"Entre deux mots il faut choisir le moindre"   Paul Valery