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Approche comparative de la conception des droits de l'homme dans la philosophe africaine et dans la philosophie politique contemporaine en occident

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par Julien Rajaoson
Sciences Po Grenoble - Master 2008
  

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II°) Le substrat démocratique

La discussion ainsi que les conflits sur l'organisation de la société civile semblent constituer une donnée récurrente de la vie politique, Anthony Giddens va même jusqu'à dire que « L'essence de la politique est le combat entre des visions et des politiques »71(*). La distinction de ces visions se traduisait dans le cadre de controverses, comme on a pu déjà le voir à Rome entre les populares et optimates72(*), cela a perduré lors de la Révolution de 1789 où pour la première fois le clivage s'est manifesté en termes de Gauche et de Droite. L'irréductibilité de ces idées politiques eût un effet structurant pour la vie démocratique : d'une part pour instituer progressivement l'alternance, qui situe les partis politiques soit dans l'opposition soit dans la majorité, d'autre part, cela favorise la culture de la démocratie car les différentes positions sont contraintes de participer à l'intérêt général en dépit de leurs divergences et de se reconnaître mutuellement comme légitimes. Cette « reconnaissance de l'hétérogénéité des valeurs »73(*) semble aller de soi dans nos démocraties libérales, alors que pour Alain Renaut et Sylvie Mesure elle est une donnée indépassable et un acquis déterminant, quoique contingent, du projet démocratique. Nous nous demanderons donc quels comportements peut-on relever face à ce changement ? Ensuite, en quel sens, doit-on considérer cette idée de reconnaissance mutuelle exprimée par Alain Renaut et Sylvie Mesure ? Et en tant que donnée contingente de la vie politique, a-t-elle un impact sur ce que Anthony Giddens nomme « l'essence de la politique » ?

Il y a à l'état embryonnaire dans ce clivage Gauche/Droite, né pendant la période post-révolutionnaire, un accord minimal concernant un certain nombre de valeurs politiques modernes dont les Droits de l'Homme. En ce sens, les divergences portaient plus sur les modalités d'application effective de ce principe. Il a bien fallu que la modernité politique finisse par reléguer plusieurs idées anti-démocratiques qui régissaient encore la vie politique après la Révolution :

- Les Réactionnaires : c'est un « Terme apparu pendant la Révolution française et désignant (pour le fustiger) celui qui veut revenir à l'Ancien Régime. Le mot sera utilisé par les progressismes ultérieurs pour dénoncer leurs adversaires. Alors que le conservateur veut le maintien de l'ordre actuel, le réactionnaire veut le retour à un ordre ancien disparu dont il a la nostalgie (le fascisme, en réactualisant les corporations, fut en cela réactionnaire) »74(*). Celui qui a polarisé ce terme dans le but de désigner les positions anti-révolutionnaires fut Benjamin Constant, ceux-ci voyaient la Révolution comme un signe de la Providence conforme aux souhaits divins dont la finalité est d'éprouver la foi des fidèles.

- Les Conservateurs : qui « Qualifie l'attitude politique de celui (citoyen ou collectif) qui juge le maintien de l'ordre établi préférable à son changement et a fortiori à son bouleversement. Terme opposé à la fois à réactionnaire, à réformiste et à révolutionnaires. Renvoyant originellement à la fonction de celui qui est chargé de conserver un droit, un privilège, le mot a pris son sens politique actuel pendant la Révolution française »75(*). Cette attitude exprime une certaine prudence vis-à-vis du changement et préfère de loin conserver la société dans son état présent ; cela se traduit par une forme de vision fonctionnaliste de la société civile. Radcliffe Brown affirmait que la société est une totalité, une structure dont toutes les pièces participent à son équilibre. C'est la raison pour laquelle il considère qu'il serait malvenu d'en extraire un élément au risque que tout l'édifice social s'effondre.

- Les Révolutionnaires : ils portent une vision politique radicale qui consiste à changer la totalité de la société, de ces valeurs ainsi que ses institutions. Leurs méthodes diffèrent de celles des réformistes dans la mesure où ils prétendent attaquer le problème à la racine en voulant faire table rase du passé.

- Les Réformistes : ils défendent une « Doctrine et pratiques selon lesquelles l'ordre existant peut être amélioré graduellement dans le cadre des institutions présentes. Le réformisme, accusé d'opportunisme et de trahison par ses adversaires, fait l'économie de la catastrophe révolutionnaire »76(*). Les réformistes pensent que l'on peut modifier la société progressivement par les actions syndicales ou par les négociations, ce qui offre également la possibilité de revenir sur d'éventuelles erreurs tout en entretenant la culture du débat. C'est le comportement le plus proche des tendances politiques dont nous faisons l'expérience à l'époque contemporaine.

A°) Convergences idéologiques et divergences partisanes

Malgré les entrecoupements possibles entre les différentes positions, seule l'attitude réformiste parvenait à réunir durablement des tendances de Gauche comme de Droite autour d'un même projet démocratique, là où les trois autres représentations exprimaient avec virulence leur haine de la démocratie en restant plus ou moins hostiles aux courants politiques internes à leurs groupes. En se reconnaissant comme légitimes, la Gauche et la Droite ont ainsi répondu à un enjeu démocratique quasiment imperceptible mais nécessaire, pour l'approfondissement intellectuel de leurs héritages politiques respectifs. « Le changement des conditions historiques a conduit à l'émergence d'un ensemble de problème et de possibilité qui ne rentrent pas dans le schéma gauche-droite. On peut citer les questions d'environnement, du travail et de l'identité personnelle et culturelle. Bien sûr, les valeurs de la justice sociale et de l'émancipation sont liées à tout cela, mais chacun de ces problèmes recoupent ces valeurs »77(*). N'ayant plus besoin de devoir prouver perpétuellement leur attachement à l'idée démocratique ou républicaine, il fut dorénavant possible pour ces deux idéologies politiques de se tourner vers le monde autant que vers les affaires nationales, et, partant, de se moderniser.

Cependant, depuis la consécration du néolibéralisme dont nous avons longuement parlé, il semblerait que seule la droite ait pris d'une manière suffisamment pertinente le pouls de l'époque contemporaine, en prenant à son compte l'idée de l'individu. Alors que cet individualisme moderne est dû à un recul du conservatisme traditionnel et des pratiques encadrées par la coutume, et qu'il ne correspond, « ni au thatchérisme, ni à l'individualisme marchand, ni à l'atomisation. Au contraire, il correspond à un individualisme institutionnalisé. La plupart des droits et créances de l'Etat providence, par exemple, sont destinés aux individus plutôt qu'aux familles. Dans de nombreux cas, ils présupposent l'emploi. L'emploi à son tour implique l'éducation, et tous les deux présupposent la mobilité. Toutes ces exigences poussent les gens à se constituer comme individus : à se projeter, se comprendre et se décrire comme individus »78(*). En somme pour Beck, c'est davantage un fait social conditionné par la mondialisation que par l'influence des marchés. Dans son état actuel, la doctrine socialiste n'est pas en mesure de saisir les enjeux politiques contemporains, faute d'avoir suffisamment modernisé sa lecture du monde. En effet, elle se méprend à propos de l'individualisme en le confondant avec l'égoïsme ; alors que la notion d'individualisme s'apparente plus à un nouveau modèle de société, la gauche l'associe à une dérive dont la source n'est autre que celle de la société de consommation.

* 71 Anthony Giddens, Tony Blair, La Troisième Voie. Le renouveau de la social-démocratie, Polity Press, Cambridge, 1998 pour la première édition. Préface de Jacques Delors, traduit de l'anglais par Laurent Bouvet, Emilie Colombani et Frédéric Michel, éd, Seuil, Paris, avril 2002 pour la seconde édition, p. 55 dans la partie intitulé Gauche et Droite

* 72 Jean-Luc Lamboley, Lexique d'histoire et de civilisation romaines, éd, ellipses seconde édition revue et corrigée, Paris, 1995, p. 295 voir la définition de Populares (parti populaire) : « courant politique qui, dans la tradition de la démocratie grecque, préconise l'accroissement des pouvoirs de la plèbe et une politique sociale. Les populares, s'opposent aux optimates. Les principaux chefs de ce courant sont Marius, Clodius, César  ».

* 73 A. Renaut, S. Mesure, La guerre des dieux. Essai sur la querelle des valeurs, éd, Grasset, Paris, octobre 1996, p. 125 dans le Liminaire de la deuxième partie que les auteurs ont intitulés Paix et guerre entre les valeurs

* 74 Christian Godin, Dictionnaire de philosophie, Librairie Arthème Fayard, éd, du temps, Paris, 2004, p. 1110

* 75 Christian Godin, op. Cit, p. 249

* 76 Christian Godin, op. Cit, p. 1125

* 77 A. Giddens, op. Cit, p. 59

* 78 Ulrich Beck, The cosmopolitan manifesto, New Statesman, 20 mars 1998

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"Je ne pense pas qu'un écrivain puisse avoir de profondes assises s'il n'a pas ressenti avec amertume les injustices de la société ou il vit"   Thomas Lanier dit Tennessie Williams