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Enjeux et jeux pétroliers en Afrique: étude de l'offensive pétrolière chinoise dans le Golfe de Guinée

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par Severin Tchetchoua Tchokonte
Université de Yaoundé 2 - Master 2 science politique 2008
  

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DEUXIEME PARTIE :

DE LA STRATEGIE PETROLIERE CHINOISE ET DE SON IMPACT POLITIQUE EN AFRIQUE

Eu égard à la compétition économico- diplomatique que se livrent les pays industrialisés pour le contrôle des ressources pétrolières africaines en général et le pétrole du golfe de guinée en particulier, il devient particulièrement intéressant d'analyser les différentes démarches utilisées par ces derniers. En effet, dans un contexte africain marqué par une concurrence accrue des différentes firmes multinationales pour un accès préférentiel au pétrole, leur capacité à mettre en oeuvre de nouvelles stratégies, à se démarquer de leurs concurrents, garantira le succès de leurs différentes initiatives. La Chine, nouvel acteur étatique majeur de la scène pétrolière africaine, déploie elle aussi des stratégies lui permettant non seulement de se distancer des autre puissances industrielles présentes sur le continent, mais de s'octroyer cette ressource stratégique tant convoitée (chap.3).

Par ailleurs, la Chine ne plaçant aucune condition politique autre que la non-reconnaissance de Taiwan à l'établissement des relations diplomatiques avec ses partenaires africains, son soutien aux régimes africains pourrait constituer une sorte de caution politique à leur gestion archaïque de la société et provoquer un immobilisme politique, réveillant ainsi en eux l'habitus autoritaire. Aussi, le processus de démocratisation laborieusement entamé en Afrique dans les années 1990, risque-t-il d'être sérieusement entravé, ceci du fait du soutien de la Chine aux régimes africains. C'est dire que dans sa détermination à soutenir ses partenaires africains qui lui fournissent du pétrole et bien d'autres matières premières, la Chine pourra constituer un sérieux frein à la démocratie et à la paix en Afrique (chap.4).

CHAPITRE III :

DE LA STRATEGIE PETROLIERE CHINOISE DANS LE GOLFE DE GUINEE

Dans son étymologie grecque, la stratégie signifie : « conduire la guerre ». C'est le général prussien Friedrich Wulheim Bülow qui vulgarise ce concept en 179428(*). Au-delà des définitions courantes élaborées par les grands stratégistes classiques, de Karl Von Clausewitz à Basil h. Liddel Hart et à Raymond Aron, qui considèrent la stratégie comme étant l'art d'employer les forces militaires pour atteindre les résultats fixés par la politique. Dans le cadre de ce travail, nous concevons la stratégie comme étant l'art de cordonner des actions, de manoeuvrer habilement pour atteindre un but. Il sera donc question d'étudier les différentes manoeuvres ou démarches utilisées par la Chine pour s'octroyer du pétrole dans le golfe de Guinée.

Dans sa quête et sa conquête du pétrole africain en général, et celui du golfe de guinée en particulier, la Chine a mis en oeuvre une stratégie énergétique globale, se déployant aussi bien dans les domaines politiques et économiques (section 1), que diplomatiques et militaires (section 2).

SECTION I : Les piliers politique et économique de la stratégie pétrolière chinoise

Dans son déploiement stratégique autour du pétrole du Golfe de Guinée, la politique et l'économie constituent deux socles importants sur lesquels repose l'offensive chinoise. En effet, dans la course qui l'oppose aux autres puissances industrielles en Afrique pour la quête et le contrôle des ressources, la Chine a choisi de faire reposer sa stratégie sur deux importants piliers : la politique et l'économie. De ce fait, son soutien aux régimes africains, sous le couvert des principes de neutralité et de non-ingérence (paragraphe 1) constitue le pilier politique de cette stratégie. Par ailleurs, s'étant rendu compte de l'important déficit infrastructurel dont souffrent ses partenaires africains, Pékin a logiquement choisit de faire reposer son offensive économique sur une dotation en infrastructures (paragraphe 2).

Paragraphe 1 : L'instrumentalisation des principes de neutralité et de non-ingérence

Alors que la problématique qui structure la scène politique africaine au lendemain de la guerre froide porte sur la démocratisation, la Chine se présente comme un soutien inconditionnel aux régimes africains (Fogue Tedom ; 2008 : 158). Ce soutien se matérialise par une démarche assez subtile de la Chine consistant à se réfugier derrière certains principes consacrés du droit international : à savoir les principes de neutralité et de non-ingérence. Il est en effet assez curieux de constater que pendant que les chancelleries occidentales et l'ensemble de la communauté internationale décrient régulièrement la gestion archaïque du pouvoir en Afrique, la Chine quant à elle se complait à une non prise de position, invoquant de façon quasi permanente les principes de neutralité et de non-ingérence. D'où la nécessité pour nous de nous interroger sur le sérieux de cette attitude. Aussi, serait-il judicieux dans un premier temps de présenter de façon assez sommaire le contenu de ces principes consacrés de droit international (A), pour ensuite montrer l'instrumentalisation que pékin fait de l'utilisation de ceux-ci (B).

A- La neutralité et la non-ingérence : deux principes consacrés de droit international

La non-ingérence ou la non-intervention est un principe de droit international renvoyant à une interdiction faite à un Etat d'interférer dans le domaine de compétence d'un autre Etat, en vertu des principes d'égalité et de souveraineté des Etats29(*).

La neutralité quant à elle est un acte unilatéral par lequel un Etat renonce ponctuellement ou de façon permanente à intervenir dans un conflit armé international, ou le cas échéant à prendre position vis-à-vis de la gestion interne d'un autre Etat.

C'est dire que sur un plan purement normatif, la non prise de position de la Chine par rapport à la gestion interne de ses partenaires africains est tout à fait compréhensible. La Chine, tout comme les autres Etats de la scène internationale dans leur collaboration avec les pays africains devraient respecter la souveraineté de ces derniers, en évitant toute forme d'ingérence. Cette conformité, du moins formelle, de la Chine au droit international devrait à priori être saluée. Seulement, il serait assez naïf de croire que la Chine engagée qu'elle est dans la course aux hydrocarbures en Afrique puisse autant se soucier du respect du droit international. Croire ainsi à la bonne foi de la Chine dans de pareilles circonstances serait faire preuve d'un angélisme coupable. S'inscrivant dans une perspective essentiellement réaliste, la Chine instrumentalise à merveille le droit international à des fins politiques.

B- La logique d'instrumentalisation

Dans les relations que la Chine entretient avec ses partenaires africains, la neutralité et la non ingérence ne sont en réalité que des instruments au service de sa quête de pétrole. La Chine ne respecte pas uniquement ces principes en tant que textes consacrés, mais s'en sert pour atteindre son objectif (accéder au pétrole de la sous région). En effet, pour les dirigeants africains, la non prise de position de la Chine vis-à-vis de leur gestion interne constitue une sorte de caution politique à leur action, surtout dans un contexte où ils sont au quotidien critiqués pour leur gestion quelque peu rudimentaire du pouvoir. En adoptant cette attitude, Pékin espère se rapprocher davantage des dirigeants africains et obtenir un accès préférentiel à leurs ressources, le pétrole en l'occurrence.

En se réfugiant derrière le principe de neutralité, la Chine refuse de juger l'action des dirigeants africains et ne pose pas de condition politique autre que la non reconnaissance de Taiwan à l'établissement des relations diplomatiques avec ses partenaires africains. Ceci, contrairement aux occidentaux qui, sous la pression de leurs électeurs, exigent (du moins officiellement), le respect de la démocratie, des droits de l'Homme et des libertés individuelles comme pré-condition à l'établissement des relations de coopération. C'est dire que dans le but de mieux rassurer ses partenaires, la Chine entend fonder ses relations sur la non-ingérence et la neutralité. Cette disposition du partenariat stratégique sino-africain s'inscrit dans la panoplie des actes de rupture avec le modèle de développement et de coopération promu par les anciennes puissances coloniales. Elle constitue une perpétuation de la logique de bloc qui veut que la Chine et l'Afrique, même après la fin de la guerre froide, s'identifient au même camp. En effet, pour la Chine, la variable démocratique ne doit aucunement influencer ses relations avec les dirigeants africains. Ce soutien de la Chine aux régimes africains en indélicatesse avec la communauté internationale s'illustre parfaitement au Nigeria. Dirigé d'une main de fer par le général Sani ABATCHA arrivé au pouvoir après un coup d'état en 1993, le Nigeria est officiellement mis au banc de la communauté internationale. Pour apporter son soutien au pays et le sortir de son isolement international, le premier ministre chinois y effectue en 1997 une visite officielle. Cette visite est perçue par le gouvernement sanguinaire nigérian comme un soutien politique majeur. D'ailleurs, quelques mois plus tard, elle aboutit à la signature de deux protocoles de coopération portant sur la prospection chinoise dans le Bassin du Tchad et dans le delta du Niger (Fogue Tedom; 2008 : 159).

En ce qui concerne le principe de non- ingérence, la démarche chinoise est la même et vise le même objectif. En invoquant cet autre principe, pékin peut alors soutenir les régimes africains peu soucieux de la notion de gouvernance. La Chine se présente donc comme une alternative aux régimes occidentaux jugés trop pressants sur les pratiques démocratiques. Mais, ce qui compte pour la chine, c'est l'accès au pétrole, peu importe les moyens.

Comme nous avons pu le constater, sur le plan politique, la stratégie chinoise d'accès aux ressources de la sous région repose sur une habile instrumentalisation des principes de neutralité et de non-ingérence. Cette stratégie lui permet de se rapprocher davantage des dirigeants africains, favorisant ainsi une étroite collaboration dans le domaine énergétique. Par ailleurs, l'important investissement infrastructurel chinois en Afrique en général et dans le golfe de guinée en particulier suscite des interrogations. En effet, pékin semble vouloir s'appuyer sur cette dotation infrastructurelle pour accéder au pétrole.

* 28 Cf. http:// le blog.alexandredelvalle.com

* 29 Cf. Dictionnaire du vocabulaire juridique, Paris, Editions du jury-classeur, 2002, page 262.

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