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Les conditions d'accès à  l'emploi des jeunes diplômés bac plus deux et plus des zones urbaines sensibles de l'agglomération nantaise

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par Jean-Baptiste DROUET
UFR de Sociologie de Nantes - DESS 2005
  

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Problématique :

Les effets de la ségrégation socio-spatiale sur l'accès à l'emploi ne sont plus à démontrer. C'est ainsi que les éléments-statistiques produits à l'échelle des ZUS et agrégés par l'observatoire créé au sein de la DIV mettent en exergue le fait que 20 % de la population des ZUS soit au chômage, soit le double du taux de chômage national, constat en partie redondant avec le fait que le taux de chômage ait été l'un des critères de détermination de ce zonage.

La surdétermination du lieu d'habitat est patente en ce qui concerne les jeunes de 15 à 29 ans que le chômage touche 1,6 fois plus que dans les autres unités urbaines.

Mais l'hypothèse sous jacente de la commande d'étude est que le facteur territorial, matérialisé par le lieu de résidence, a une incidence effective sur l'accès à l'emploi des jeunes diplômés bien que ceux-ci soient moins soumis à priori aux effets de localisation que l'ensemble des jeunes. « L'effet de discrimination » continuerait ainsi à jouer au détriment de « l'effet de signalement », pour reprendre les termes de Silbermann et Fournier, cette discrimination ayant un impact sur l'ensemble de la chaîne éducative, notamment au travers des représentations que les jeunes peuvent se faire d'accéder à un emploi qualifié.

Ce facteur territorial ne peut évidemment pas être isolé des autres caractéristiques des publics concernés qu'il s'agisse du statut socio professionnel des parents, de la nationalité ou du sexe. Comme le montre l'enquête « Génération 98 » du CEREQ, « le fait d'entrer sur le marché du travail avec un diplôme de l'enseignement supérieur reste fortement corrélé à l'origine sociale. Ainsi, 66 % des jeunes diplômés d'une école de commerce sont issus d'une famille dont au moins un des parents est cadre... contre 6 % pour les jeunes sortant du milieu scolaire sans aucune qualification. De même, si les jeunes nés à l'étranger ou ayant au moins leur père né à l'étranger représentent 21 % de l'échantillon, ils ne sont que 11 % à avoir un diplôme bac+2 »1.

1 Voir l'enquête du CEREQ, « Génération 98 ».

Comment, dès lors, s'articulent les déterminants territoriaux avec l'ensemble des autres déterminants ? Comment s'agencent-ils pour produire des différenciations qui peuvent prendre un caractère plus ou moins discriminatoire ? La façon à la fois la plus fondée théoriquement et la plus opératoire d'aborder la question posée par l'étude n'est pas de la réduire au repérage et à la stigmatisation des comportements individuels et collectifs mais de considérer la discrimination comme le résultat de processus au sein duquel s'agencent, sur fond de contraintes objectives, les représentations et les pratiques des acteurs.

Le premier de ces agencements est celui qui peut être représenté par la triangulation entre la personne, jeune diplômé, concernée, l'employeur et les intermédiaires (professionnels du service public de l'emploi dont l'importance est caractéristique du système français et agences privées). L'attitude de l'employeur est influencée à la fois par un certain nombre d'a priori, de stéréotypes, par les contraintes que représentent les réactions des clients ou du personnel en place, par la méconnaissance des compétences ou encore par la recherche de l'efficience. La tentation du recruteur de céder à la discrimination ne vient pas d'un goût pour celle-ci, comme le supposait Becker, mais plutôt de son souci d'économiser le temps et l'énergie que peut requérir une décision pleinement informée, et prise au regard de critères pertinents.

D'un autre côté, l'attitude des intermédiaires, fortement mobilisés par les jeunes qui disposent le moins de ressources familiales, est influencée par l'anticipation vis-à-vis des critères de recrutement.

Enfin, du troisième coté, l'attitude du jeune est marquée par l'intériorisation du fait discriminatoire et la dévalorisation de son capital social.

C'est au sein de cet agencement que les origines sociales et géographiques vont pouvoir interagir pour générer des effets de différenciation d'accès à l'emploi entre jeunes plus ou moins importants.

Un deuxième agencement est lié au territoire, non appréhendé comme une simple localisation mais comme un lieu d'inscription de réseaux sociaux que les individus mobilisent de façons différenciées : « l'effet de territoire ne tiendrait pas seulement à des facteurs économiques ou géographiques mais aussi au fonctionnement de la société locale, dans lequel, pour reprendre le terme de la Sociologie des réseaux (Granovetter 1973), « les liens forts » (familiaux) et « les liens faibles » (scolaires, amicaux, professionnels) se combinent pour apporter aux jeunes une plus ou moins bonne connaissance du marché du travail (offres existantes et modalité d'accès à celles ci, exigences et attentes des employeurs) et, donc, une plus ou moins forte capacité de construction d'une image de soi et d'élaboration d'une stratégie de recherche d'emploi. Réciproquement, ces réseaux sociaux fonctionnent pour les employeurs comme des systèmes plus ou moins efficients, sinon de recommandation, tout au moins de « signalement » ; le réseau social est alors un mode de réduction du coût de recherche d'information qui apporte aux employeurs une information fiable sur les compétences disponibles ». Cet agencement relie le milieu familial, les relations extra familiales et

l'établissement scolaire, lieu de la formation supérieure. Chacun de ces pôles peut représenter une ressource ou un handicap vis-à-vis de l'accès à l'emploi et être plus ou moins mobilisé ou supportés par les jeunes diplômés.

C'est à partir de l'analyse de ces agencements et de leur plus ou moins grande imbrication ou synergie que nous pourrons déterminer les éléments sur lesquels il est possible de jouer pour réduire les phénomènes de discrimination, essayer de trouver les réponses adaptées aux phénomènes posés.

Une telle analyse nécessite une approche très qualitative des processus qui peuvent amener un jeune diplômé à accéder à l'emploi et à réussir son insertion professionnelle ou, au contraire, à se replier, décrocher ou se déqualifier. L'analyse statistique, déjà utilisée dans de nombreux sites a montré ses limites et ne peut répondre aux objectifs suffisamment ambitieux de la commande.

Pour cette raison, la méthodologie doit garantir une efficacité démonstrative et un aboutissement opérationnel.

Il s'agit en effet de travailler sur une même base de population pour conduire une analyse à la fois quantitative et qualitative, cette base étant déterminée à partir de filières de formation qualifiantes.

Les entretiens réalisés auprès des jeunes diplômés seront mis en perspective, par la suite, avec ceux réalisés auprès des employeurs et des intermédiaires de façon à dégager, d'une part les processus différenciés d'accès à l'emploi, d'autre part les systèmes locaux au sein desquels ils se mettent en oeuvre et qui les influencent directement.

C'est à partir de cette analyse contextuée que pourront être dégagées des pistes d'intervention adaptées aux différents types de discrimination et aux systèmes d'acteurs qui les génèrent ou les rendent possibles.

Première partie : Contextualisation de l'étude, Les
caractéristiques des zones urbaines sensibles et la situation des jeunes diplômés.

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