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Nguélémendouka et la colonisation allemande

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par Hanse Gilbert Mbeng Dang Le Prince
Université de Yaoundé I - Maitrise en Histoire  2005
  

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DANS LE CADRE SPATIAL ACTUEL

Il convient, avant de se lancer dans le vif du sujet, de préciser que le mot Maka en usage chez la plupart des ethnologues est un terme qui englobe plusieurs groupes ethniques faisant tous partie du grand ensemble Bantou y sont classés les Sô, les Bikele, les Badjoué, les Ndjem, les Dzimou (au Sud de la route Akonolinga-Abong-Mbang) : On y inclut aussi les ethnies éloignées comme les Ngoumba et les Mabéa (Lolodorf et Kribi), de même que les Kozimé, les Mpooh apparentés autour de Yokadouma ; et enfin le noyau Maka au sens restreint du terme24(*). C'est ici que l'appellation Maka-Kozimé pour désigner l'ensemble de ces différentes ethnies, trouve sa satisfaction.

Dans notre étude, nous nous limitons aux Maka au sens retreint du mot, descendants de l'ancêtre Maka fondateur du groupe.

Ainsi, d'après Siret, Administrateur colonial français à Abong-Mbang et Doumé entre 1946 et 1949 :

Le principal ancêtre des Maka, nommé Maka (Maka veut dire grosses lianes épineuses qui envahissent les arbres jusqu'à les dominer) se fixa sur le bord du Nyong à Atok. Il aurait eu deux fils : Bebend et Mboans, qui avec leur cousin Bessep formèrent les souches des trois groupements Maka existant dans la région25(*).

Les Maka que nous étudions dans ce travail constituent la grande majorité des populations du département du Haut-Nyong dans l'Est-Cameroun. Ils sont subdivisés en trois groupes : les Maka Bebend sur la rive gauche du Nyong ; les Maka  Mboans sur le Ndjonkol, entre les deux principaux affluents du Nyong ; dans la région (l'Ayong et le Yérap) le long des routes Abong-Mbang-Doumé-Nguélémendouka ; et enfin les Maka Ebessep (ou Bessep selon la terminologie de Siret et de Geschire autour de Nguélémendouka et dans quelques villages près de Doumé.

Leur origine et leur processus migratoire restent encore obscurs comme chez beaucoup d'autres peuples du Cameroun, les séquences les plus lointaines ayant été effacées de la mémoire collective.

Selon les sources orales, les Maka interrogés affirment qu'ils sont arrivés les premiers dans la région forestière actuelle. Tous les autres peuples notamment les Omvang, les Yebekolo et même les Pygmées seraient arrivés beaucoup plus tard26(*). Ce qui reste encore à vérifier, surtout lorsqu'on sait que les pygmées ont encore des campements importants dans le Haut-Nyong.

Nos informateurs mentionnent également le fait que les Maka et les Ngoumba sont des frères et qu'ils étaient d'anciens voisins : le groupe Maka-Ngoumba serait d'abord entré dans la forêt suivant un itinéraire Nord-est, Sud-ouest pour s'établir dans toute la zone entre Lolodorf et Abong-Mbang. Dans un passé plus récent, les invasions des Fang et des Bulu auraient forcé les Maka à se déplacer vers l'Est.

Quant aux sources écrites, les Maka figurent dans l'inventaire ethnique de Dugast27(*) qui se base sur des sources plus anciennes notamment Tessmann, Koch et quelques rapports inédits des administrateurs français. C'est le cas de Siret qui a également présenté une monographie très fournie sur les Maka.

Dugast et Siret sont tous les deux d'avis que les Maka ont atteint leur territoire actuel venant du Nord-Est. Ils soulignent le fait que les Ngoumba autour de Lolodorf et les Maka se considèrent comme des frères. Selon eux donc, les Ngoumba et les Maka dans leur mouvement migratoire, ont suivi un itinéraire orienté selon l'axe Nord-Est-/Sud-Ouest. Les Maka sont restés dans le Haut-Nyong, tandis que les Ngoumba ont continué leur voyage vers le Sud - Ouest jusqu'à la côte. Les deux groupes, d'après eux, ont été séparés dans leur migration par les invasions Beti-Boulou-Fang.

D'autres informations sont apportées par Siret concernant toujours l'itinéraire migratoire des Maka. D'après lui, ce groupe, après avoir été chassé de la région de la Haute-Sanaga (aux environs de Nanga-Eboko) vers 1810 par les Baya et d'autres populations de la savane fuyant devant les conquérants peuls (cavaliers), traversèrent la Sanaga sur le dos d'un serpent.

Mais la «proto-histoire28(*) » d'Alexandre sans contredire directement la conception de Dugast et de Siret d'une origine Nord-Est des Maka, réfute l'idée d'une migration continue de ce peuple vers le Sud-Ouest comme le rapportent ces derniers. Selon lui donc, les Maka se seraient déplacés pendant le XIXème siècle justement dans la direction contraire, certaines controverses en ce qui concerne les origines et l'itinéraire migratoire des Maka demeurent. Toutefois, les hypothèses fournies par Alexandre nous semblent vraisemblables lorsqu'on les rapproche des témoignages des Maka eux-mêmes et des Omvang. Il nous apparaît ainsi que  les Maka ont pénétré le territoire camerounais à partir du Nord-Est. Puis ils ont pris la direction Sud-Ouest et se sont retrouvés dans la forêt. Les Omvang et les Yebekolo apparentés aux Boulou et Fang les auraient alors repoussés vers l'Est jusqu'à leur implantation définitive avec l'arrivée des Allemands. Les populations maka de la région de Nguélémendouka semblent d'ailleurs épouser ce point de vue; nous le verrons dans les lignes qui suivent consacrées exclusivement aux origines et à l'implantation des Maka à Nguélémendouka.

Les sources écrites et la tradition orale s'accordent pour attester que les Maka furent les premiers occupants de la zone forestière du Haut-Nyong, après les pygmées qui y sont depuis belle lurette.

Dans leur manuel d'histoire, Mveng et Beling-Nkoumba soulignent que :

au milieu du XVIIIe siècle, les Maka, venant de l'Afrique Equatoriale, pénétrèrent au Cameroun par le Nord-Est. Poussés par les Baya ; ils occupent la forêt du Sud. Ils rencontrent les Ndjem qui arrivent par le Sud-Est. Ces deux groupes occupent aujourd'hui les départements du Haut-Nyong et de la Boumba-Ngoko29(*).

Le `'vieux'' Beyem du village Esseng30(*) par Abong-Mbang nous révèle que Nguélé Seleg, celui-là même qui conduisit le peuple Omvang jusqu'à Nguelémendouka, y mourut juste avant la guerre de 1914-1918. D'après lui, tous les villages actuellement habités par les Omvang étaient jadis occupés par les Maka ceux-ci ont donc été déplacés jusqu'à la rive gauche par le stratège Nguélé Seleg à la fin d'une guerre opposant maka et Omvang.

A partir de ces deux sources, il apparaît clairement que les Maka auraient atteint Nguélemendouka entre la fin du XVIIIème siècle et le début du XIXème siècle. Les heurts avec les populations Omvang les amenèrent à replier pour s'implanter définitivement avec l'arrivée des premiers européens, soit le long du trajet Nguélémendouka-Abong-Mbang , soit le long de l'axe Doumé-Nguélemendouka et Nguélémendouka-Bika vers la nationale N°1.

Aujourd'hui, les Maka de Nguélémendouka forment une chefferie supérieure composée de deux groupements : le groupement Ebessep constitué de 23 villages pour 6500 habitants et le groupement Ayong-Yerap regroupent près de 13 villages pour 5000 habitants31(*).

a. Les Maka Ayong Yerap

A l'origine, les Maka Ayong Yérap sont confondus avec les Maka Mboans dont l'ancêtre fondateur du groupe est Mboans. Ce n'est qu'aux environs de 1935, sous la colonisation française, que les Maka Ayong-Yerap seront séparés des Mboans pour constituer un groupement au sein de la chefferie supérieure des Maka de Nguélémendouka.

Depuis l'érection de Nguélémendouka en arrondissement en 1959, les 13 villages du groupement Maka Ayong-Yérad sont situés au Sud-est de l'arrondissement. Sur l'axe Nguélémendouka - Ayos, le groupement s'étend du village Kagnol - route jusqu'au village Ngoap situé au bord de la rivière Ayong avec la bretelle Ngoap - Zoumé , sur l'axe Nguélémendouka- Abong-Mbang, les Ayong- Yérap vont du village Kagnol-route au village Zoumé situé au borde de la rivière Yérap.

Depuis 1992, le groupement forme une unité administrative (district) dont le chef-lieu est Mboma.

b. Les Maka Ebessep

Les Maka Bessep32(*) sont les descendants de l'ancêtre Besssep, cousin de Bebend et de Mboams d'après Siret.

Tout comme les Maka Ayong-Yérap, les Maka Ebessep se seraient implantés dans la région de Nguélémendouka avant les Omvang, avec lesquels ils étaient constamment en guerre. Les populations de l'actuel village de Samba (situé à environ 8 kilomètres du centre de Nguélémendouka) reconnaissent d'ailleurs qu'elles habitaient jadis le village Elono (l'un des quartiers périphériques de la ville de Nguélémendouka) avant d'être repoussées par les Omvang jusqu'à leur cadre actuel. Ce fut seulement sous le commandement du chef Nguélé Abembo Samba33(*) que les Omvang et les Ebessep trouvèrent un compromis à travers les mariages interethniques34(*).

D'après notre informateur Hilaire Ekanga, Maka Ebessep du village Samba tout comme le groupe Ebessep serait arrivé dans la région de Nguélémendouka suivant deux itinéraires : par le Lom et Djerem (Bertoua) et par la Haute Sanaga (Nanga - Eboko). Ceux venus par le Lom et Djerem occupent aujourd'hui le Nord de l'arrondissement de Nguélémendouka dont les principaux villages sont la partie Nord-Ouest de l'arrondissement dans les villages tels que Ebah, Badouma II.

Leur installation dans leur cadre spatial actuel se faisait par familles et par clans35(*). C'est ce qui pourrait expliquer la multitude de familles et clans chez les Ebessep.

Les principaux clans dans la région sont : le clan "Bakoumias" qui en langue locale signifie "ceux qui ne peuvent être abandonnés". Dans le mouvement migratoire du groupe Maka Ebessep, les membres de ce clan seraient arrivés en dernier lieu dans la région de Nguélémendouka. Ainsi, pour exprimer leur joie d'avoir rejoint les premiers migrants qui croyaient les avoir laissés très loin dans la savane, ces derniers ne trouvèrent mieux que la dénomination `' Bakoumias `'.

Le second clan, Ba-mpoolou, occupe les villages Loulou, Samba, Kouambang II et III dans l'arrondissement de Nguélémendouka, et Kouambang I et Djende dans l'arrondissement de Doumé.

Le clan Bigouos quant à lui occupe le secteur Nord de l'arrondissement plus précisément dans les villages Bika, Kak III et Mbang.

Tous ces clans forment aujourd'hui le groupement Maka Ebessep, au sein de la chefferie supérieure Maka de Nguélémendouka.

Au départ ces clans, qui arrivèrent dans la région par vagues migratoires, formaient tous un ensemble uni, décrivant un cercle autour d'un poste central : l'actuel ville de Nguélémendouka.

Mais avec la construction de la route Ngoap-Bika en 1952, le groupement Ebessep fut subdivisé en trois secteurs : Nord, Sud et le Centre. La disposition des villages suivit quelque peu cette subdivision.

Ainsi, le groupement Ebessep, vers la Nationale N°1, commence au village Kouambang. Il est situé environ à 6 kilomètres de la ville de Nguélémendouka et s'étend jusqu'à Bika aux confins de l'arrondissement de Minta dans la province du centre vers le Nord-Est de Bika. Il s'étend jusqu'au village Djende Il dans l'arrondissement de Doumé. Beaucoup plus au Nord, les Ebessep sont limitrophes des Yekaba de Minta dans le village Kouambang III.

La ville de Nguélémendouka se situe donc au centre des deux groupes Maka Ayong-Yérap et Ebessep. Cette disposition géographique par rapport au chef lieu de l'arrondissement laisse entrevoir des particularités pour chaque sous-groupe malgré leur appartenance à une chefferie supérieure.

La grande différence entre les Maka Ayong Yerap et les Maka Ebessep apparaît au niveau de leur vie quotidienne. D'abord sur le plan des habitudes alimentaires. Le `'Ndengue `'36(*) constitue la base alimentaire chez les Ayong-Yerap. Ils le consomment de préférence avec du gibier ou alors des blancs. Tandis que la sauce gluante et le couscous de maïs sont particulièrement prisés chez les Ebessep.

Sur le plan phonétique, l'Ayong-Yerap utilise beaucoup plus la lettre `' F'' dans son langage alors que l'Ebessep remplace la lettre `' F'' par la lettre `' P `'. Ainsi, pour désigner par exemple un épis de maïs les Maka Ayong-Yerap disent : `' Keng Fouan `' alors que les Ebessep disent `' Keng Fouen `' pour dire `' je vais au champ `', les premiers `' Meke Pambe `'  disent et les second `' Meke Pembe `'37(*).

Une autre différence pouvant être observée entre ces deux sous-groupes se situe au niveau de l'inhumation. Pour enterrer leurs morts, les Ayong-Yerap creusent des tombes rondes présentant une fausse chambre à l'intérieur. Les Ebessep quant à eux font des tombes carrées ou rectangulaires le plus souvent sans fausse chambre.

Par ailleurs, les Ayong-Yérap, dans leur écrasante majorité sont protestants de l'Eglise Presbytérienne Camerounaise. Contrairement aux Ebessep qui sont essentiellement Catholiques. Ceci peut s'expliquer par le fait que l'Eglise Presbytérienne Camerounaise qui arriva dans la région de Nguélémendouka à partir de Nkol-Mvolan, s'implanta tout naturellement chez les Ayong-Yérap, occupant la zone du Sud, le long de l'axe routier Nguélémendouka-Abong-Mbang.

Les Ebessep eux entrèrent les premiers en contact avec les missionnaires catholiques qui, pour arriver à Nguélémendouka en provenance de Doumé, devaient d'abord traverser leur territoire.

En ce qui concerne les rapports entre les Maka Ayong-Yérap et les Maka Ebessep, il est à noter que des préjudices existent de part et d'autre. Les Ayong-Yérap connurent l'école occidentale très tôt par l'entremise de l'Eglise Presbytérienne Camerounaise (EPC) contrairement aux Ebessep qui durent attendre plusieurs décennies avant de voir l'école catholique s'implanter chez eux. Pour les Ayong-Yérap donc, les Ebessep sont des `' arriérés `'. Exploitant leur avance sur le plan social et économique, les premiers considèrent les seconds comme des `' non-évolués `'38(*).

Pour cela, les deux sous-groupes supportent de plus en plus mal cela. La cohabitation au sein d'une même chefferie supérieure. L'érection du groupement Ayong-Yérap en District depuis 1992 est-elle un prélude à cette séparation tant souhaitée par les uns et les autres ?

Toutefois les Ayong-Yérap et les Ebessep qui globalement occupent toute la partie Est de la région de Nguélémendouka, se sentent beaucoup plus parents par rapport aux Omvang qui se répartissent sur l'ensemble de l'étendue territoriale dans l'Ouest de la région.

2. LES OMVANG : ORIGINE, ITINERAIRES MIGRATOIRES ET

IMPLANTATIONDANS LE CADRE SPATIAL ACTUEL

Les origines du peuple OMVANG demeurent controversées quant à ce qui est de l'examen des sources écrites que des sources orales. L'itinéraire migratoire et leur implantation dans le cadre géographique actuel ne font pas tellement problème bien que suscitant quelques difficultés sur le plan chronologie. Afin de rendre cette étude plus complète, l'analyse de l'épisode Yebekolo sera nécessaire.

a. Origines migratoires des Omvang

Les populations Omvang de la région du sud-est du Cameroun constituent sans doute le groupe sur lequel, furent enregistrées le moins d'informations quant à leur origine, leurs migrations, leur organisation politique, économique et sociale avant l'ère coloniale. En plus, tous les travaux effectués dans la région ont dans la plupart des cas confondus l'histoire de ce peuple avec celle des Maka et n'ont pas toujours fait des discernements entre les deux. Lorsqu'on s'en tient aux quelques travaux qui traitent de ces populations du Sud-Est du Cameroun, on se rend compte de l'origine de ce peuple demeure controversée et peu connue. La tradition orale ne nous instruit guère que sur de vagues migrations Omvang à partir du pays Yebekolo.

Selon les sources écrites

Les colonisateurs allemands qui pacifièrent la région étaient les premiers à essayer de trouver l'origine des Omvang. Dans un rapport relatif à la soumission des tribus Yebekolo et Maka en 1906, le major Dominik affirme que la plupart des chefs Maka sont des Omvang et appartiennent à l'ethnie Bulu39(*).

Si l'on s'en tient au Journal de la société des Africanistes, les omvang sont une tribu appartenant au rameau Fang40(*). Alors que Dugast est embarrassé et n'ose pas faire d'eux des cousins de Maka ou des Pahouins41(*), B. Bilongo et A. Owonda en font des Bulu42(*). Siret les range dans le groupe `'groupe Mvele `' du rameau Fang43(*). P. Laburthe-Tolra dans son mythe d'origine considère les omvang comme les cousins des Maka pahouinisés et depuis longtemps fixés dans la région de Yaoundé44(*). Pour J. P Ombolo, l'appartenance ethnique de ce groupe fait problème. Ils n'osent pas se prononcer entre les hypothèses qui en font des pahouins et celles qui les rattachent aux Maka45(*).

Selon la tradition orale

La problématique des origines du peuple Omvang ne trouve pas de véritable solution dans la tradition orale. Sur cette question, les Omvang n'arrivent pas à se prononcer sur leur appartenance ethnique dans le sud-est du Cameroun, ils affirment tout simplement qu'ils ne sont ni des Maka, ni des Yebekolo, et ne se reconnaissent aucune souche commune avec ces peuples, ni aucun lien de parenté en dehors des liens matrimoniaux qui vont se créer entre eux. Il en est de même autour d'Ayos où ceux-ci ne se reconnaissent aucune souche commune avec le pahouins qui les entourent46(*).

La tradition orale omvang fait état d'un séjour en savane dans un pays montagneux où ce sont produites des incursions des peuples hostiles montés sur des chevaux47(*). A la suite de ces incursions, ils se seraient alors enfuient, et auraient traversé un grand fleuve sur le dos d'un poisson appelé `'Mung''48(*)  et se seraient retrouvés dans la forêt actuelle.

Essai d'hypothèses

De toutes ces hypothèses contradictoires, l'unanimité peut être acquise sur certains faits historiques.

La pression militaire exercée sur ces groupes les contraignit à réaliser une prouesse qui marque de façon indélébile la mémoire collective de ces groupes, à savoir la traversée de la Sanaga. A ce propos, l'on a des récits de nombreuses variantes dans lequel le mythe prédomine rendant aussi aléatoire une interprétation objective des faits historiques. C'est ainsi que Pierre Mekok affirme que son peuple a traversé ce cours d'eau sur le dos du poisson `'Mung'' tandis que Gilbert Zeh parle d'un serpent,  tandis que Anne Ngono parle de l'arc-en-ciel49(*). Ce qui est certain, c'est que la traversé de la Sanaga par les Omvang est une réalité historique. A un moment de leur histoire, ils se trouvaient sur la rive droite de ce fleuve. Ce qui reste à déterminer ce sont les modalités pratiques de la traversée. Une fois la Sanaga traversée, les Omvang rentrent dans un monde nouveau : la grande forêt qui va être exploitée grâce à la maîtrise de la technologie du fer.

Il apparaît aussi que les Omvang sont des Bantou. Ils ont perdu leur langue et parlent actuellement des dialectes qui sont ceux des peuples qu'ils côtoient. C'est ainsi que les Omvang du Sud-Est (département du Haut-Nyong) parlent Maka alors que ceux du Nyong et Mfoumou parlent Akonolinga ou Yebekolo. Certains de ces groupes humains leur sont limitrophes : Les Maka avec qui ils partagent une longue frontière dans le Sud-est et même cohabitent dans beaucoup de villages. Sur les marchent occidentales et septentrionales sont établis les Yebekolo, les Yekaba et les Bamvele. Partout où ils cohabitent, les Omvang sont devenus linguistiquement et culturellement dépendant de leurs voisins ce qui implique une perte totale de leur identité et la difficulté de leur attribuer une appartenance quelconque.

D'une manière générale, nous pensons en dernière analyse que les Omvang seraient beaucoup plus proches des pahouins que des Maka, compte tenu du fait que ce n'est signalé à aucun moment lorsqu'on parle des migrations Maka et de leur établissement dans le région. Cependant, c'est avec les différentes migrations des pahouins que les Omvang se signalent dans la région et plus encore leurs différents mouvements correspondent à peu près à ceux des Beti-Bulu-Fang. Des recherches plus poussées en archéologie par exemple pourraient établir avec beaucoup plus de certitude les origines de ce groupe.

b. Itinéraires migratoires des Omvang et leur implantation dans le

Cadre actuel

Après la confrontation de toutes ces hypothèses avancées par les uns et les autres, l'on peut affirmer d'une manière générale que les Omvang seraient originaires de la rive droite de la Sanaga qu'ils auraient traversé et se seraient :

répandus du côté de Yaoundé comme le montre un village Omvang à vingt kilomètres de la capitale50(*).

A partir de là, ils vont prendre la direction du Sud-Est et vont joindre le Nyong dont ils remonteront le cours jusqu'à l'extrême Ouest d'Akonolinga. Il faut préciser ici que le peuple n'est pas un peuple de pêcheur, il vit de la chasse et de la cueillette, c'est en se sédentarisant qu'ils deviendront des agriculteurs, les activités de chasse et de cueillette dans les forêts environnantes et celle de pêche dans le Nyong poissonneux devenant des activités secondaires et ne servant plus qu'à compléter les denrées d'origine agricole dans l'alimentation et les échanges.

Les Omvang arrivent dans la région d'Akonolinga où ils s'installent et fondent des villages comme Ngalla, mais le noyau le plus important se trouve dans la région d'Ayos avec des villages dénommés Beka'a, Emini et autres51(*). A leur arrivée dans cette région, d'autres groupes s'étaient déjà établis tels que les So cousins des Maka, mais surtout les Yembana, Yelinda, Yegono, tous les pahouins. Les Omvang minoritaires seront assimilés et parleront la langue du groupe qu'ils côtoieront.

Dans la région d'Ayos où se trouve le noyau principal Omvang, ils sont littéralement envahis par les Yebekolo au début du XIXème siècle qui vont les bousculer et les assujettir. Après la soumission, une partie du peuple omvang va se libérer de la tutelle Yebekolo sous la houlette de leur chef Nkal Seleg. Ces Omvang libérés sont constitués par les deux familles Sekonda et Ngomeya. Partis d'Ayos, ils vont prendre la direction de l'Est et s'engouffrer en plein territoire Maka où ils occuperont par la force toute la partie Ouest. L'une des deux familles, les Ngomeya s'installe aux portes même du pays Yebekolo pour empêcher ces derniers de mener des escarmouches dans le nouveau territoire contrôlé par les Omvang. Ils sont établis ici sous l'autorité de leur chef Ekanang52(*).

Nkal Seleg va beaucoup plus loin avec la famille Sekonda et s'établit dans l'actuel Nguélémendouka, ville qui porte le nom de son fils et successeur. Il fonde là une `'chefferie'' et tout autour de nombreux villages parmi lesquels Azomekout, Imbet, Mparanyang, Lembe pour ne citer que ceux là53(*). C'est à partir de cette `'chefferie guerrière'' que seront lancés les guerriers pour soumettre les Maka Bwanz et Ebessep qui étaient leurs voisins.

Plusieurs facteurs allaient favoriser l'implantation des Omvang dans leur cadre actuel. C'est un peuple de guerriers, qui depuis sa confrontation avec les Yebekolo à Ayos, confrontation soldée par assujettissement total des Omvang, avait avec le temps acquis des réflexes de guerriers intrépides et mis au point des techniques de combat beaucoup plus évoluées par rapport à leurs ennemis Maka Bwanz et Ebessep. On pourrait également expliquer cela par le fait de leurs multiples contacts avec les belliqueux Yekaba du chef Nanga-Eboko situés beaucoup plus au Nord. C'est autant de raisons qui expliquent leur facile domination du pays Maka et c'est ce qui va assurer leur hégémonie sur les peuples Maka Bwanz et Ebessep jusqu'à l'arrivée des colons blancs vers 190554(*). Les Maka étaient certes de bons guerriers, et même relativement bien armés ; mais leurs actions, très limitées, étaient le fait de quelques individus. Les guerriers Omvang étaient, quant à eux, plus nombreux, bien armés et beaucoup mieux organisés55(*). Ainsi parmi les peuples qui étaient en contact avec les Omvang, les Yebekolo sont ceux qui marquèrent le destin des Omvang de manière indélébile. Qui sont donc ces Yebekolo ? Et comment ont-ils dominé les Omvang ? Et comment les Sekonda et les Ngomeya56(*) ont-ils pu se soustraire de cette domination ?

Carte migrations et expansions des omvang

3. La domination Yebekolo sur les Omvang

L'étude de la domination Yebekolo est intéressante ici car non seulement ils vont forger la nouvelle personnalité du peuple Omvang, mais surtout, ce sont eux qui vont favoriser la nouvelle migration des Omvang dans la mesure où ceux-ci, ne pouvant supporter leur domination furent obligés de partir. Quant à l'origine des Yebekolo, plusieurs thèses sont avancées.

Dans un rapport relatif à l'expédition en pays Yebekolo et Maka en 1906, le major Dominik affirme que :

Les Yebekolo sont une tribu Mvele donc apparentés aux yaoundés appartenant à la grande famille des fang57(*).

Dans son inventaire ethnique, Dugast ne se prononce pas entre les hypothèses qui font des Yebokolo un rameau de la souche Yambassa ou du «complexe Mvele » donc Bulu58(*). De même J.P. Ombolo et A. Owona en font une composante Bulu qui auraient émigré dans le Sud à partir du nord de la Sanaga dans la première moitié du XIXème siècle59(*).

P. Laburthe-Tolra les considère, quant à lui, comme un sous-groupe beti conquérant qui se serait décidé un beau jour à partir vers l'Est parce qu'il se trouvait à court de femmes. Après la traversée de la Sanaga, ils bousculèrent les omvang et commencèrent à faire les grandes gueules, d'où leur surnom de Yebekolo60(*). Quant au Journal de la Société des Africanistes, il classe les Yebekolo parmi les tribus appartenant au rameau Fang61(*).

Un Yebekolo du village d'Akok-Yebekolo, Olinga Maurice, donne une version presque similaire à celle de P. Laburthe-Tolra. Son ancêtre lointain dit-il, Abada Kumyaba, vint de vers Bafia avec son peuple, il traversa la Sanaga sur le dos d'un poisson. Après la traversée, il séjourna à Ndélé où naquirent les enfants qui devaient continuer la migration. Ces derniers auraient forcé le passage dans le pays Omvang où ils auraient reçu le surnom de `' Yebekolo `' c'est è dire les coupeurs de têtes. Les descendants d'Abade notamment les chefs Zemengue et Zengue, après avoir bousculé les omvang allèrent jusqu'en pays Maka par les Ayos62(*).

D'une manière générale il ressort de ces informations que les ancêtres des Yebekolo, Beti ou Bulu, dans tous les cas les pahouins sont venus de la rive droite de la Sanaga. Après la traversé du fleuve, ils prirent la direction du Sud-est jusque dans la régions d'Ayos où ils rudoyèrent les Omvang. Ce qui leur valut leur ethnonyme actuel. Cette migration aurait commencé au début du XIXème siècle63(*), alors que les attaques Yebekolo contre les villages Maka suivront quelques décennies plus tard, vers 1865 ; date présumée de la fuite du guerrier omvang Nkal Seleg de chez les Yebekolo vers le pays Maka avec les familles Ngomeya et Sékonda selon P. Geschiere64(*).

Ainsi la deuxième et dernière migration Omvang eut lieu au début de la deuxième moitié du XIXème siècle. De même les rapports allemands relatifs à la soumission des Maka et des Yebekolo affirmaient en 1906 qu'il y'a 50 ans les Omvang étaient chez eux dans la région d'Akonolinga65(*). Une fois partie de la région d'Ayos, les Omvang rentrèrent dans le pays Maka et alors commença l'oeuvre de colonisation par la création de villages, aspect essentiel de l'occupation par les Omvang. La marche migratoire continue vers l'est, placée sous le signe de la violence armée dans le cadre du groupement lignager qui cohabite pacifiquement ou alors qui coagule pour former un groupement homogène. Successivement les deux sous-groupes occupèrent l'espace géographique qui est actuellement le leur et à partir duquel les chefs Omvang notamment Nkal Seleg et son fils Nkal Mentsouga allaient réaliser une intégration géographique d'une ampleur à peine concevable dans cette société Maka segmentaire.

CHAPITRE 2 :

* 24 Classification de l'ethnologue Guthrie (1953) cité par P.L Geschiere `'  Remarques sur l'histoire des Maka `', in colloques internationaux du CNRS N°551 contribution de la recherche ethnologique à l'histoire des civilisations du Cameroun, Paris, CNRS, 1984, p. 518.

* 25 Siret, cité par Geschiere., `' Remarques sur l'histoire des Maka'', p. 520.

* 26 Hilaire Ekanga, Notable du village Samba, Maka et Ebessep, interrogé le 24 novembre 2004 à Samba.

* 27 I. Dugast., « Inventaire ethnique du Sud-Cameroun », Mémoire de l'Institut Français d'Afrique Noire (IFAN), Centre du Cameroun, série population N°1, 1949, pp. 91-93.

* 28 Alexandre et Binet., cité par Neba, Géographie moderne, p. 51.

* 29 E. Mveng et B. Nkoumba : Manuel d'Histoire du Cameroun, Yaoundé, CEPER, 1978, p.146.

* 30 Le récit du vieux Beyem est contenu dans une casette audio relative au festival culturel des Omvang, tenu à Namedjap par Nguélémendouka en juillet 1988.

* 31 Ils ont pour chef supérieur actuel : Sa Majesté Langoul Grégoire résidant à Ebah.

* 32 Le terme fut transcrit par les Français : Ebessep. L'on utilise désormais cette transcription.

* 33 Nguélé Abembo aurait régné à Samba dès les premières années de la colonisation française dans la région.

* 34 Le récit du vieux Beyem est contenu dans une casette audio relative au festival culturel des Omvang, tenu à Namedjap par Nguélémendouka en juillet 1988.

* 35 D'après l'informateur Hilaire EKANGA, deux ou plusieurs villages forment un clan pendant que une ou plusieurs familles peuvent former un village.

* 36 Le `' Ndengue'' est une purée obtenue à partir du plantain mûr et non mûr.

* 37 Le récit du vieux Beyem.

* 38 Ibid.

* 39 ANY, TA 29, Cote AZ 93- Vol 8-920 F° 127-129.

* 40 Journal de la société des africanistes, Tome 4, Fascicule 2, 1934, p. 207.

* 41 `' Essai sur le peuplement du Cameroun `' in Etude camerounaise N°21-22, Yaoundé, 1948.

* 42 B. Bilongo. Pahouins du Sud-Cameroun. `'  Inventaire bibliographique `', Yaoundé, Université Fédérale, 1974, P.11 &A. Owona., `' Le peuple du Cameroun `', Yaoundé, mars, 1970, p. 23

* 43 Siret.,'' Monographie de la région du Haut-Nyong, les pygmées, droit coutumier des Maka `', Doumé/Abong-Mbang, 1946-48, pp. 129-130.

* 44 Laburthe - Tolra, P., Les Seigneurs de la forêt, essai sur le passé historique, l'organisation sociale et les normes ethniques des anciens beti du Cameroun, Paris, publication de la Sorbonne, 1981, p. 101.

* 45 J.P. Ombolo., `' Eléménts de base pour une approche ethnologique et historique des Fang-beti-bulu `' (Groupe dit pahouin), Yaoundé, 1983-1984, p. 31.

* 46 Le vieux Ekongolo du village Mbeka'a par Ayos, informations contenues dans une casette audio enregistrée lors du festival culturel des Omvang organisé dans le village Namedjap par Nguélémendouka en juillet 1988.

* 47 Pierre Mekok, petit-fils de Nkal Mentsouga et ancien conseiller du chef DANG NGUELE, interrogé le 26-12-2004 à Nguélémendouka & Gilbert Zeh, petit-fils de Nkal Mentsouga, interrogé le 26-12-2004 à Nguélémendouka.

* 48 C'est un poisson qui a la forme d'un serpent.

* 49 Anne Ngono, belle fille de Nkal Mentsouga et veuve du chef Nkal Miague du village Koumbou, ménagère, interrogée le 28/12/2004 à Nguélémendouka.

* 50P. Laburthe Tolra., cité par Claude TARDITS., Contribution à la recherche ethnologique à l'histoire, des civilisations du Cameroun, Vol 2, Paris, publication de la Sorbonne 1981, p.506.

* 51 Benjamin Mvondo Ntongo., Président national de l'association de développement du Grand Nguélémendouka (ASSODEGNKA), interrogé le 13/12/2004 à Yaoundé.

* 52 Ibid.

* 53 Gilbert Mbeng, chef du village Ngouong, interrogé le 29/12/2004 à Ngououng.

* 54 ANY, TA 29, Cote AZ 93- Vol 8-920 F°127-129.

* 55 Jean Nguélé, Maka Ebessep, ancien porteur du chef Kamanda (ancien chef supérieur Maka-Ebessep dont l'actuel chef supérieur Langoul Grégoire), interrogé le 31 décembre 2004 à Samba.

* 56 Il faut préciser ici que les Omvang de l'Est-Cameroun sont constitués de deux grandes familles à savoir les Ngomeya et les Sékonda. Leur actuel chef supérieur est Sa Majesté René Ze Nguélé.

* 57 ANY, TA 29, Cote AZ 93- Vol 7 923 F° 163-166.

* 58I. Dugast. `'Inventaire ethnique du Sud-Cameroun `', p. 94.

* 59J.P. Ombolo., `' Eléments de bas...'', p.47.

* 60 P. Laburthe Tolra., Les Seigneurs de la forêt, p.103.

* 61 Journal de la société des africanistes, p. 205.

* 62 ANY, TA 29, AZ 93- Vol 8-920, F°19-21.

* 63 P. Laburthe Tolra., cite par Claude Tardits., Contribution à la recherche ethnologique à l'histoire des civilisations du Cameroun, p.506.

* 64 P.Geschiere ., Village communities and the state : changing relations among the Maka of southeastern Cameroon since the colonial conquest London, Paul Kegan, 1982,p.30.

* 65 ANY, TA 29, Cote AZ 93 Vol 8-920 F° 19-21.

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