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Artificialisation et trame verte et bleue : de la protection de la biodiversité à  un outil d'aménagement. Le cas de Lille métropole depuis 2002.


par Daphné Lecointre
Université de Lille II - Master 2015
  

Disponible en mode multipage

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Résumé

Ce mémoire porte sur le phénomène de l'artificialisation des sols, qui caractérise le passage d'une occupation du sol par des milieux dits naturels, semi-naturels ou ruraux à des espaces bâtis. Le terme d'artificialisation est employé pour définir l'étalement urbain. Les conséquences de ce phénomène sur l'environnement sont nombreuses, car l'urbanisation détruit directement les écosystèmes ou indirectement, en mettant en place des structures linéaires, conduisant ainsi à la fragmentation des habitats naturels. Des objectifs chiffrés pour limiter l'artificialisation sont émis par les directives régionales tandis qu'une politique pour limiter l'érosion de la biodiversité est mise en place : il s'agit de la Trame verte et bleue. Cette dernière vise à rétablir les continuités écologiques par des opérations de restauration écologique. Le lien entre l'artificialisation et le concept de Trame verte et bleue est complexe, car les deux notions sont floues. Interviennent dans les limitations et dans l'élaboration de la politique de Trame verte et bleue de nombreux acteurs qui défendent leur projet pour le territoire, conduisant à des conflits quant à l'utilisation du foncier. Finalement, la Trame verte et bleue s'apparente davantage à un outil d'aménagement pour le développement des espaces verts urbains qu'à une véritable mission de correction des effets de l'artificialisation sur les écosystèmes.

REMERCIEMENTS

J'adresse mes remerciements aux personnes qui m'ont aidée dans la réalisation de ce mémoire.

Je voudrais tout d'abord remercier Bruno Villalba, professeur à l'Institut d'Etudes Politiques de Lille et à AgroParisTech, membre du Centre d'Etudes et de Recherches Administratives Politiques et Sociales, pour m'avoir invitée à traiter ce sujet, et pour m'avoir accompagnée durant l'élaboration de ce mémoire.

Je remercie également Benoît Masson, Emma Raudin, Guillaume Schmitt, Laure Cormier, Nicolas Rouget, Pierre Dhenin et Rodastina Ivanova qui m'ont accordé de leur temps pour répondre à mes questions.

Je remercie enfin France Lecointre pour sa relecture attentive.

2

L'Institut d'Etudes Politiques de Lille n'entend donner aucune approbation ni improbation aux thèses et opinions émises dans ce mémoire de recherche. Celles-ci doivent être considérées comme

propres à leur auteur.

J'atteste que ce mémoire de recherche est le résultat de mon travail personnel, qu'il cite entre guillemets et référence toutes les sources utilisées et qu'il ne contient pas de passages ayant déjà été

utilisés intégralement dans un travail similaire.

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SIGLES UTILISES

ADU : Agence de Développement et d'Urbanisme

AU : A Urbaniser

CLC : CORINE Land Cover

DREAL : Direction Régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement

ENLM : Espace Naturel Lille Métropole

GAS : Gaz à Effet de Serre

INRA : Institut National de la Recherche Agronomique

INSEE : Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques

LMCU : Lille Métropole Communauté Urbaine

MEL : Métropole Européenne de Lille

PADD : Projet d'Aménagement et de Développement Durable

PCT : Plan Climat Territorial

PLU : Plan Local d'Urbanisme

SCOT : Schéma de Cohérence Territoriale

SD : Schéma Directeur

SIGALE : Système d'Information Géographique et d'Analyse de l'Environnement

SRADDT : Schéma Régional d'Aménagement et de Développement Durable du Territoire

SRCAE : Schéma Régional du Climat, de l'Air et de l'Energie

SRCE : Schéma Régional de Cohérence Ecologique

SRU : Loi relative à la Solidarité et au Renouvellement Urbains

TVB : Trame verte et bleue

UE : Union Européenne

ZNIEFF : Zone Naturelle d'Intérêt Faunistique et Floristique

4

TABLE DES MATIERES

CHAPITRE I : L'ambigüité sémantique de l'artificialisation et de ses discours 18

1. L'émergence de la notion à travers les cartes et ses insuffisances 18

1.1. L'Agence Européenne de l'Environnement et le Ministère de l'Agriculture 18

1.2. Les limites de la cartographie 22

1.3. Une notion qui recouvre des réalités très différentes 23

1.4. La ville, rattrapée par son environnement 26

2. Le poids des chiffres et l'importance des documents d'urbanisme 28

2.1. SCOT, PLU et géocatalogue témoins de l'artificialisation 28

2.2. La remise en question de l'objectivité des documents d'urbanisme 32

3. Le concept de l'artificialisation usité par les acteurs du territoire 35

3.1. Le territoire, investi d'une mission et porteur de sens 35

3.2. La Chambre d'Agriculture et l'agriculture périurbaine 37

3.3. La convergence des enjeux économiques et des aspirations pour le paysage 40

CHAPITRE II : L'artificialisation des territoires et la Trame verte et bleue 43

1. L'artificialisation et la fragmentation des espaces naturels 43

1.1. Un constat national inquiétant 43

1.2. Le poids de la région 46

1.3. Le rôle des experts de la biodiversité 49

1.4. Les orientations des schémas régionaux 51

2.L'officialisation du concept de Trame verte et bleue 55

2.1. Espace Naturel Lille Métropole et le projet de Trame verte et bleue 55

2.2. Le Grenelle de l'Environnement et l'émergence de la législation 59

3.La Trame verte et bleue, concept sujet aux insuffisances 62

3.1. Un discours environnementaliste qui pose problème 63

3.2. La Trame verte et bleue, mal-perçue par les politiques 65

3.3. Un concept difficile à appliquer 68

5

CHAPITRE III : Le mainstreaming de l'écologie et ses conséquences 71

1.La TVB consensuelle au nom du développement durable 71

1.1. La TVB, un outil de concertation 71

1.2. ENLM, fidèle au discours du développement durable 75

1.3. ENLM, un syndicat mixte prêt au compromis 77

2.Du marketing territorial à promotion de la biodiversité locale 80

2.1. Une politique de biodiversité dans un objectif de « marketing territorial » 81

2.2. La gestion des espaces naturels et l'écologie de la restauration 83

2.3. Une biodiversité d' « agrément » ? 86

3.Quelle place pour la nature en ville ? 89

3.1. La biodiversité urbaine 89

3.2. L'évaluation du concept de TVB 92

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INTRODUCTION

Tandis que les espaces agricoles et naturels continuent d'être remplacés par des lotissements et des zones d'activités, les réflexions sur la ville de demain se multiplient. L'idée de la ville du futur prend de multiples visages, on imagine des jardins suspendus et des « smart cities ». Les projets d'architecte imaginant la ville de demain se diffusent dans les journaux et sur la toile, l'éco-métropole devient le reflet urbain du concept tout puissant du développement durable, cherchant à associer gouvernance moderne, mobilité douce et technologie de pointe. La couverture urbaine uniquement minérale est mal perçue, et on cherche à doter les métropoles de « poumons verts » dans le souci d'améliorer le cadre de vie de citadins de plus en plus nombreux. Toutefois, si la ville végétale se matérialise progressivement, imitant des utopies de cités en phase avec la nature digne des travaux de l'architecte belge Luc Schuiten, théoricien de la « cité végétale »1, il est nécessaire de regarder de plus près les conséquences actuelles de l'urbanisation sur les territoires qui entourent l'urbain. En effet, le verdissement des milieux urbains peut se faire au dépend des milieux non-urbains, car, plus elle s'étale dans le souci de diversifier le paysage urbain et de s'éloigner de l'homogénéité minérale qui semblait la caractériser, plus elle grignote sur les territoires environnants, qu'ils soient naturels ou ruraux.

Dès lors, si la ville « verte » remporte l'approbation de la plupart des citadins préoccupés par leur cadre de vie, on ne peut comprendre ce phénomène sans se pencher sur le processus à l'oeuvre qu'est l'artificialisation des sols. Ce dernier correspond au changement d'occupation du sol de milieux dits naturel ou semi-naturel vers un milieu dit artificialisé. Si les concepts de naturel ou d'artificiel sont flous, car correspondent à des représentations, on emploie l'expression d'artificialisation pour caractériser le phénomène d'étalement urbain. Les milieux qui entouraient autrefois les centres urbains sont peu à peu grignotés par les besoins grandissants en infrastructures et en logements. En somme, les espaces artificialisés rassemblent tous les espaces bâtis nés du développement de la ville, comme les immeubles, les routes, et les parkings. L'Institut Français de l'Environnement estime que l'artificialisation détruit en moyenne 165 hectares de milieux naturels et agricoles par jour, remplacés par des routes, des habitations et des zones d'activités.

1 http://www.vegetalcity.net/

7

Cette artificialisation dont le rythme ne s'atténue guère, et a de fortes répercussions sur l'environnement. L'urbanisation détruit les espaces naturels directement, et indirectement, et s'accompagne d'un amoindrissement écologique de ces milieux. Les milieux naturels coupés par une route vont perdre leur capacité d'auto-cicatrisation, la circulation des espèces faunistiques et floristiques est toujours compliquée et parfois mise en péril. L'artificialisation augmente également la fréquence de probabilité de risques naturels, comme les inondations, les incendies et les affaissements de terrain ou miniers. Le rythme de plus en plus soutenu de l'étalement urbain met en mal la résilience de l'environnement. En 2012, d'après la carte TERUTI du ministère de l'Agriculture, les sols artificialisés occupent près de 9% du territoire national2. On peut noter la part non-négligeable des infrastructures communes avec 68% du total.

L'avancée effrénée de l'artificialisation est caractéristique des modes de vie entre urbain et rural, associant la proximité avec le coeur de la ville, et un cadre de vie plus agréable et moins couteux qu'en centre-ville. On observe un décrochage entre l'accroissement de la population et la consommation d'espace, traduisant une augmentation annuelle des besoins par habitant. Le modèle de la maison individuelle à proximité des grandes métropoles, jouissant d'un jardin étendu, se diffuse à l'ensemble du territoire. Le lotissement en milieu périurbain est aujourd'hui responsable de la majeure part de l'artificialisation. D'après Laurent Bisault, la maison individuelle constitue le principal moteur de cette artificialisation entraînant un étalement urbain. En s'appuyant sur l'enquête TERUTI, il constate que le développement de ces maisons a consommé « 400 000 hectares d'espaces naturels de 1992 à 2002, soit près de 1% du territoire. Ce sont pour l'essentiel des sols agricoles »3. Les facteurs principaux de l'artificialisation suivant sont le réseau routier, et les équipements de sport et de loisir. Les besoins en infrastructures sont élevés, en raison de la proximité relative avec les centres villes et toute autre activité économique. Ces rurbains ne se déplacent qu'en voiture, générant l'augmentation de l'emprise au sol des routes, et la pollution. Pour Éric Charmes, « l'apparente abondance d'espace libre encourage les « élus développeur » à urbaniser des terres afin de maintenir leur commune hors des eaux de la dévitalisation ou de profiter de

2 http://agreste.agriculture.gouv.fr/

3 Laurent Bisault, « Des territoires de plus en plus artificialisés », Agreste Primeur, Numéro 219, janvier 2009

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l'attractivité des campagnes »4, tandis que l'artificialisation continue à grignoter les milieux naturels ou semi-naturels.

Les milieux qui sont touchés par l'artificialisation sont les milieux ruraux et les zones agricoles, ainsi que les milieux forestiers ou sylvicoles, les cours d'eaux, et les littoraux. L'urbain grignote en priorité le rural, qui a longtemps été perçu comme un réservoir de terres pour l'urbanisation. Cette artificialisation fragilise les exploitations avec un morcellement des espaces agricoles5. L'activité agricole est donc menacée par l'artificialisation du fait de la fragmentation des territoires qu'elle provoque, mais ce n'est pas la seule, les écosystèmes sont également victimes de l'étalement urbain. En effet, le développement des milieux artificiels conduit non seulement à une destruction des habitats naturels, mais également à une fragmentation de ces milieux, limitant le déplacement des espèces faunistiques et floristiques. La biodiversité locale est directement amoindrie par le processus d'urbanisation, et des politiques sont mises en place afin de lutter contre les effets néfastes de l'artificialisation sur les écosystèmes.

L'artificialisation devient donc une question sensible quant à la gestion du foncier, il s'agit de la limiter afin de conserver des espaces ruraux nécessaires à la production agricole et de protéger les milieux naturels des conséquences de l'urbanisation. L'artificialisation est souvent employée pour caractériser l'étalement urbain, et engendre des politiques de conservation d'une biodiversité menacée par cette urbanisation. D'après le Schéma de Cohérence Ecologique publié par la Direction Régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement de la région Nord-Pas de Calais, « La croissance de l'habitat résidentiel et de l'habitat rural se traduit par développement de l'urbanisation linéaire et les alignements sont extrêmement préjudiciables pour les continuités écologiques car ce sont des barrières quasi insurmontables »6. Il ajoute : « l'urbanisation et la périurbanisation sont responsables de la disparition progressive de surfaces agricoles»7. Le concept de Trame verte et bleue est invoqué comme le moyen de « limiter ce phénomène et d'en atténuer les

4 Eric Charmes, Villes rêvées, villes durables, 2009, Gallimard

5 Serge Bonnefoy, « Concilier urbanisation, gestion des espaces naturels et des activités agricoles : des progrès

mais... », POUR, n° 199, 2008

6 Schéma Régional de Cohérence Ecologique du Nord-Pas de Calais, Rapport, Juillet 2014 http://www.nord-pas-de-calais.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_srce-tvb_juillet_2014.pdf

7 Ibid.

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conséquences »8. Ce concept, qui s'inspire des travaux ancien de paysagisme, vise à limiter les effets de l'artificialisation, en élaborant une structure verte tissée au coeur de milieu urbain.

La TVB nationale a donc pour ambition de lutter contre la fragmentation des habitats naturels engendrée par les activités humaines en instaurant des continuités écologiques entre les réservoirs de biodiversité afin de favoriser la circulation des espèces et le brassage génétique des populations. Elle s'inspire du concept de ceinture verte, initiée à Londres, qui visait à limiter l'étalement urbain. Mais ses visées sont nombreuses et elles se confondent. En effet, d'après le Grenelle de l'Environnement de 2007 qui officialise le concept, la Trame verte et bleue se voit confier des missions de protection de la biodiversité. Les entreprises au nom de cette dernière sont nombreuses : rachat de terrains pour élaborer une Trame verte et bleue à travers le territoire métropolitain, opération de restauration des écosystèmes et de renaturation, développement de l'offre paysagère et des activités récréatives à destination des citadins, support d'une agriculture plurielle et opportunité pour le développement de nouveaux emplois. Ce concept, édifié par les experts de l'écologie du paysage, use d'un répertoire scientifique, et ambitionne de mettre en place des corridors écologiques afin de favoriser la circulation de la faune et de la flore entre les espaces de nature afin d'enrichir la biodiversité locale. Elle s'applique à différentes échelles, métropolitaine, régionale, et nationale, et répond à une série d'impératifs imposés par les publications de l'Etat, de la région, ou de la ville. L'objectif général est de rétablir les continuités écologiques sur l'ensemble du territoire. L'ambition est grande, et les villes appliquent plus ou moins, à leur échelle, les invitations à développer les politiques locales visant la protection de la biodiversité.

Le terme de Trame verte et bleue qui apparaît comme un outil pour limiter les effets de l'artificialisation des sols recouvre en réalité cet ensemble d'entreprises dont les buts sont multiples, et dont les échelles s'entremêlent. Ce concept, parfois qualifié d'outil d'aménagement car il vise à développer des espaces de nature dans les villes, renvoient à des concrétisations variées. Une Trame verte et bleue telle qu'elle est imaginée à l'échelle régionale, prenant en compte les parcs naturels régionaux, et les milieux particuliers et vastes tels que des massifs ou des forêts très étendues, sera très différente d'une Trame verte et bleue communale, ou intercommunale. Dans le cas du Nord-Pas de Calais, la Trame verte et bleue

8 Communiqué AFP, « Trame verte et bleue: ne pas réduire le projet à des crapauducs ; Paris - Le comité national Trame verte et bleue », Romandie News, 18 octobre 2011

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dessinée par le Schéma Régional de Cohérence écologique, ne prend même pas en compte la Trame verte et bleue lilloise. Ces trames, selon leur échelle et leur implantation, poursuivent en théorie le même objectif de lutte contre l'érosion de la biodiversité, mais, dans la pratique, ne tiennent pas de la même idéologie. Tandis que la Trame verte et bleue régionale nait d'un discours clairement environnementaliste, la Trame verte et bleue métropolitaine doit se vêtir d'une visée également économique et sociale. En effet, le foncier n'a pas la même valeur au coeur de l'espace métropolitain, et à des centaines de kilomètres de celui-ci, et les discours s'adaptent aux attentes de la société et à ce qui lui apparaît comme prioritaire. Le concept de Trame verte et bleue est donc sujet à des insuffisances car rassemble sous un même terme une multitude de situations qui renvoient à des objectifs qui s'entremêlent, et parfois s'opposent.

S'il existe des trames vertes et bleues plutôt qu'une Trame verte et bleue singulière, elles doivent toutes participer à l'enrichissement de la biodiversité locale, ou du moins, à la limitation de son érosion. Leur ambition est de rendre conciliable l'extension urbain avec le maintien de la biodiversité. Toutefois, cette politique peut sembler bien timide au regard des conséquences réelles de l'artificialisation, et ne remet pas en question le phénomène. De plus, la biodiversité est victime d'un phénomène plus large, celui de l'anthropisation. Cette dernière caractérise la transformation d'espaces, de paysages, d'écosystèmes ou de milieux semi-naturels sous l'action de l'homme. L'activité agricole est une activité anthropique, au même titre que l'urbanisation.

Ainsi, le « gaspillage des terres »9 présenté Jean Dorst, dans La nature dénaturée n'est pas seulement le fait de l'étalement urbain, mais plus largement de l'utilisation des terres par les hommes. L'homme, en modifiant les habitats naturels « pour son seul bénéfice »10, a modifié l'équilibre général du monde vivant. L'homme a simplifié à l'extrême les habitats naturels, détruisant la complexité des biocénoses, « unité écologique comprenant les populations animales et végétales d'un même habitat »11. En poursuivant l'objectif d'un rendement de plus en plus important, l'homme a artificialisé des territoires de plus en plus vastes, dans le sens où son empreinte a modifié de manière irréversible l'équilibre des écosystèmes. L'agriculture menace donc tout autant la biodiversité que l'urbanisation ; « le mal est donc général et a pris des proportions catastrophiques en raison des moyens

9 Jean Dorst, La nature dénaturée, Ed. Seuil, 1970, p. 44

10 Op. cit., p. 45

11 Op. cit., p. 49

11

techniques mis en oeuvre par l'homme moderne »12. Le constat scientifique établit par Jean Dorst dès les années 1950 ne se dément pas. Le maintien d'une agriculture industrielle génère l'érosion des terres, provoque le ruissellement, et tue profondément et durablement les sols en les asphyxiant de produits phytosanitaires de plus en plus violents. L'agriculture participe ainsi à la fragilisation des écosystèmes au même titre que l'étalement urbain. L'anthropisation est générale, bien plus large que l'artificialisation. Il apparaît pourtant que cette anthropisation est inévitable, « la transformation d'une partie des habitats naturels est indispensable si l'on considère le rendement en produits consommables par l'homme »13, et, plus concrètement, l'étalement urbain répond à l'augmentation de la population et à ses besoins toujours plus grands en espace.

Pourtant, si l'artificialisation menace directement les milieux naturels, on cherche, avec une politique qui vise à limiter ses effets, c'est-à-dire la Trame verte et bleue, à réassocier ville et nature à travers les politiques de renaturation. La pression anthropique de plus en plus forte sur les écosystèmes oblige à trouver des solutions pour en limiter les conséquences, et peu à peu, la nature qui était autrefois assimilée à des sanctuaires épargnés par l'activité humaine devient une nature pensée par l'homme et qui correspond à ses exigences et à ses attentes. Pour Christian Calenge, « la nature absorbe le béton, la ville est soluble en nature »14. L'opposition entre nature et culture s'estompe au profit des politiques de verdissement de la ville, et l'apparition d'un nouveau bien public, le paysage, qui est la traduction de la gestion des espaces verts urbains.

La Trame verte et bleue « devient la nouvelle pierre philosophale de l'aménagement urbain »15 et tend à modifier profondément le visage de la ville, qui rejette une minéralisation homogène en cherchant à s'habiller d'oripeaux naturels. Le concept de Trame verte et bleue répond à cette nouvelle idéologie : celle d'une ville soucieuse de son image, souhaitant devenir un milieu aussi attractif en tant que cadre de vie que l'est la campagne. Le verdissement des villes dépasse largement l'idée de protection de la biodiversité, elle est la traduction d'un désir de promouvoir une certaine image de l'environnement urbain, et de retranscrire les désirs de la société de vivre dans une ville plus agréable. La Trame verte et bleue devient donc un outil d'aménagement urbain, qui correspond à une gestion singulière

12 Ibid.

13 Ibid.

14 Christian Calenge, « Idéologie verte et rhétorique paysagère », Communications, 2003, n°74, pp. 33-47

15 Christian Calenge, « De la nature de la ville », Les Annales de la Recherche Urbaine, n°74, mars 1997

12

des espaces naturels et ne remet pas en question l'anthropisation car elle y participe elle-même. Du point de vue de l'éthique environnementale, elle est donc l'expression de l'anthropocentrisme victorieux, niant la qualité intrinsèque du monde vivant non-humain. En effet, elle qualifie des opérations de verdissement pensées par les acteurs du territoire soucieux de la biodiversité mais également de l'attractivité de la ville. Elle milite pour la coexistence de la nature et de l'urbain tout en mettant en oeuvre des entreprises de restauration écologique et d'amélioration paysagère. La qualité du non-humain est comprise comme un patrimoine naturel qu'il est nécessaire de protéger, mais cette protection est le fruit des actions humaines. La Trame verte et bleue ambitionne donc de réintroduire la nature en ville au nom de la valeur de la biodiversité locale, mais cette valeur est elle-même déterminée par les experts. Ainsi, elle milite contre l'érosion de la biodiversité en réintroduisant la nature en ville. Elle dépasse alors le cadre de l'opposition nature/culture, et vise la coexistence entre humains et non-humains tout en restant fidèle à une représentation anthropocentrée de cette nature.

En outre, si la Trame verte et bleue permet d'imaginer une biodiversité qui serait urbaine, elle fait intervenir d'autres registres de légitimité que celle de la protection de la nature. Si le Grenelle de l'Environnement oriente les objectifs de la Trame verte et bleue vers des enjeux de gestion de la biodiversité, ce concept dépasse le cadre de l'écologie, au risque de le mettre parfois de côté. Pourtant, elle emprunte le répertoire de l'écologie du paysage, affirmant le rôle des experts de la biodiversité dans l'élaboration des politiques de verdissement. Le cas de la Trame verte et bleue est particulièrement parlant, en raison notamment du rôle précurseur de la région Nord-Pas de Calais. Cette région, à cause de son passé industriel, est la deuxième région la plus artificialisée du territoire métropolitain après l'Ile de France. Guillaume Schmitt rapporte les chiffres de l'utilisation du sol dans la région en s'appuyant sur les données de la carte européenne CORINE Land Cover, il y a 12,66% de surfaces dites artificialisées, 78,68% de territoires agricoles, et 8,66% d'espaces naturels aux alentours de 199016. La métropole lilloise est tout particulièrement touchée par l'artificialisation, car « la périurbanisation du territoire a eu lieu précocement, dès la révolution industrielle, jusque dans les années 1975 »17 et « malgré une croissance

16 Guillaume Schmitt, « Inégalités écologiques et utilisation du sol : situation de la région Nord-Pas de Calais », Développement durable & territoires, Dossier 9, 2007

17 Plan Climat Energie Territorial de Lille métropole du 18/10/2013

http://www.lillemetropole.fr/files/live/sites/lmcu/files/images/ACTUALITES/DEVELOPPEMENT%20DURAB LE/plan%20climat%20energie.pdf

13

démographique plutôt faible sur le territoire (moins de la moitié de la moyenne nationale), la demande en logements reste supérieure à l'offre de construction neuve »18. Le territoire de Lille métropole a connu un fort recul des activités et des surfaces agricoles du fait notamment de l'étalement urbain, le patrimoine forestier est faible, « en raison de l'urbanisation mais également de l'agriculture intensive aménagée en espace ouvert »19, et les espaces verts urbains ouverts au public sont peu nombreux dans la métropole, ainsi que dispersés et mal reliés entre eux « alors même que ces espaces et les espaces naturels revêtent des enjeux importants d'épanouissement, de lien social, d'économie et de biodiversité »20. Ces espaces verts, rapportés au nombre d'habitant, représentent moins de 10m2 d'espaces verts urbains par habitant tandis que la moyenne nationale situe à 31m2 la surface d'espace vert par habitant dans les grandes villes21. Ces constats préoccupants ont conduit à l'adoption de politiques de protection de la biodiversité dès les années 1990. En France, plusieurs régions ont, dès le milieu des années 1990, testé la réalisation de corridors biologiques, dont le Nord-Pas de Calais. Lorsque que la loi de Grenelle qui institutionnalise la Trame verte et bleue en 2009 est adoptée, celle-ci est déjà existante dans la région Nord Pas de Calais, et lorsqu'elle oblige la création de « comités régionaux « trame verte et bleu » » celui-ci est déjà installé. De même, à Lille, le constat d'un manque d'espace vert métropolitain date de la fin des années 1990, et la Trame verte et bleue est initiée, sous l'impulsion de Pierre Mauroy, une dizaine d'années avant qu'elle soit institutionnalisée par la loi de Grenelle. La mission d'élaborer cette Trame verte et bleue est confiée au syndicat mixte Espace Naturel Lille Métropole, sous la direction de Pierre Dhenin, ancien journaliste et personnage emblématique de la protection du patrimoine.

La relation entre artificialisation et Trame verte et bleue est à la fois logique, mais sujette à des contradictions. La Trame verte et bleue permet de corriger certains aspects de l'artificialisation des sols, en limitant l'érosion de la biodiversité, mais elle est elle-même considérée comme un milieu artificialisé. En multipliant les espaces de nature en ville, elle peut également concourir à alimenter l'artificialisation, et notamment, celle des espaces agricoles. En effet, si l'on introduit la nature en ville, les espaces autrefois libres ne pourront plus être utilisés pour les activités « traditionnelles » urbaines telles que le logement ou les activités commerciales. Elle peut donc repousser encore plus loin les limites de la ville et

18 Ibid.

19 Ibid.

20 Ibid.

21 http://www.entreprisesdupaysage.org/

14

reléguant ces activités à des territoires toujours plus éloignés du centre-ville, générant davantage de pollution. D'après Jacques Simon, récompensé par le grand prix du paysage en 1990, et participant de l'élaboration du Parc de la Deûle, « Lille métropole garde des morceaux de campagne entre les mâchoires de la ville. Il faut les préserver et les spécialiser »22. Le territoire de la communauté urbaine de Lille est effectivement particulier, car il accueille sur la moitié de son territoire des exploitations agricoles. Se pose la question de la gestion ou de la transformation ou non de ces espaces résiduels. L'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille doit répondre à ses questions en élaborant les documents d'urbanisme qui déterminent ce qui sera ouvert ou non à l'urbanisation. C'est elle qui est également chargée d'inscrire au prochain Schéma de Cohérence Territorial la Trame verte et bleue lilloise afin de lui conférer une valeur réglementaire qui assurera sa pérennité. L'enjeu est de trouver un juste équilibre entre les aspirations à l'étalement urbain, qui apparaît la plupart du temps comme une opération naturelle, les limitations de l'artificialisation imposées par les documents émis par la DREAL, Direction Régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement, et la protection des espaces verts urbains. L'enjeu est donc de taille dans une métropole où la pression sur le foncier se fait de plus en plus forte.

La nécessité d'enrayer le mouvement de l'artificialisation et l'inscription dans les documents d'urbanisme de la Trame verte et bleue lilloise, projet porté par le syndicat mixte ENLM, génère des conflits entre les acteurs du territoire. Les élus, les défenseurs de la TVB, la Chambre d'Agriculture ou les résidents portent leurs représentations du territoire, et leurs souhaits quant au visage de la métropole. Les experts occupent également une place prépondérante, et influencent ces représentations, déterminant la structure de la Trame verte et bleue et les enjeux concernant la biodiversité locale. Si l'artificialisation effraie les spécialistes de l'écologie, les agronomes, et certains personnages publics, la Trame verte et bleue, bien que plus consensuelle, rencontre également des oppositions. Elle constitue elle-même une anthropisation du territoire, qui apparaît désormais comme inévitable, et s'impose comme une structure indispensable à la ville, générant des conflits autour de l'occupation et de l'usage du sol.

22 Michel Van Parys et Geoffroy Deffrennes, Lille métropole : hier, aujourd'hui, demain, Ed. Huitième jour, 2005

15

Etat de l'Art

Le rythme soutenu de l'artificialisation des territoires nous a invités à nous poser la question des politiques engagées pour d'une part la limiter, et pour atténuer ses conséquences sur l'équilibre des écosystèmes. Si sa limitation se traduit par les orientations de la région par des objectifs chiffrés, et à une échelle plus grande, par les documents d'urbanisme, elle n'apparaît pas véritablement comme une politique, mais comme une contrainte au développement des villes. Au contraire, les tentatives de correction de ses conséquences se développent à travers le concept de Trame verte et bleue. Nous avons choisi de nous concentrer sur la métropole lilloise, caractérisée par un passé industriel qui a généré une forte artificialisation et une pollution des sols, et qui a, dans une certaine mesure, abimé l'image de la ville, perçue comme peu accueillante et très minéralisée. Les initiatives de la région et des acteurs de la métropole ont conduit à une adoption rapide du concept de TVB, destinée dans un premier temps à redorer le blason de Lille pour accueillir les entrepreneurs en les attirant par un cadre de vie plus agréable et par là, pour redynamiser la ville.

La genèse de la TVB lilloise est donc particulière, et son élaboration débute en 2002 lors de l'adoption de nouvelles compétences par le syndicat mixte Espace Naturel Lille Métropole. Son développement a été entrecoupé par la loi de Grenelle qui a imposé sa définition de la Trame verte et bleue, réaffirmant son rôle principal de protection de la biodiversité. Toutefois, la Trame verte et bleue, pour assurer sa réalisation, doit recevoir le soutien des acteurs du territoire, et reste fidèle à son discours initial de promotion de la métropole, en l'associant à une mission récréative.

Les entretiens réalisés ont pu nous permettre de comprendre les positionnements des acteurs du territoire quant à ce concept, ainsi que leurs préoccupations à propos de la pression foncière. Les données du géocatalogue de Lille ont permis de comprendre comment la définition de l'artificialisation s'est diffusée et comment le chiffre permet d'assoir une position. Les membres de l'Agence de développement et d'Urbanisme, le directeur du syndicat mixte Espace Naturel Lille Métropole, ainsi que les chercheurs spécialistes de l'agriculture périurbaine, de l'artificialisation, de la notion de Trame verte et bleue et du territoire lillois, nous ont aidé à déconstruire les positions et les argumentaires défendant ou attaquant les réglementations pour limiter l'artificialisation ainsi que l'aspect réglementaire prochain de la Trame verte et bleue.

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Ce mémoire s'inscrit dans le domaine de l'analyse des politiques publiques. Il ambitionne de déconstruire les discours des acteurs du territoire à différentes échelles dans le cadre de l'élaboration d'une politique de protection de la biodiversité au regard des conséquences de l'artificialisation. L'objectif est de montrer les rapports complexes entre les domaines des études environnementales et des politiques locales.

Problématique

L'artificialisation des territoires comprise en tant que phénomène d'étalement urbain comprenant le bâti, les infrastructures, et les espaces verts urbains, pose un problème de taille pour la sauvegarde de la biodiversité locale et menace les territoires dédiés à l'agriculture périurbaine. La Trame verte et bleue apparaît comme la panacée, permettant de limiter l'érosion de la biodiversité, en s'appuyant sur l'expertise de l'écologie du paysage et en instaurant un système composé d'espaces verts et de corridors visant à rétablir les continuités écologiques. Toutefois, le concept même d'artificialisation est sujet à des insuffisances, parce qu'il ne rend pas compte de la réalité plus large de l'anthropisation. De plus, il nait de nomenclatures précises, qui orientent sa définition selon la conception et l'idéologie qui sous-tendent l'élaboration de la carte. L'artificialisation est donc un concept orienté, et l'agriculture apparaît comme la première victime de ce phénomène. La Trame verte et bleue, en cherchant à en limiter les conséquences, constitue elle aussi en un grignotement des espaces ruraux pour développer des espaces permettant le développement de la biodiversité. Il s'agit donc, pour ses défenseurs, de tenir un discours consensuel permettant son acceptation par les acteurs du territoire, mais également sans oublier sa mission de protection de la biodiversité locale. Elle est en voie de devenir un concept d'aménageur, soucieux des projets de territoire portés par les politiques, et des désirs des citadins. Elle doit également satisfaire tous ses usagers sans mettre en danger les coeurs de nature.

Ainsi, il est légitime de se demander comment, en partant du constat de l'artificialisation des sols et de ces conséquences sur les écosystèmes, le concept de Trame verte et bleue s'impose comme une structure indispensable à l'espace urbain, en adoptant une position pragmatique.

Annonce du plan

Afin de comprendre les positions des acteurs du territoire de la métropole de Lille à propos de l'artificialisation et de ces conséquences, nous reviendrons dans un premier temps sur l'origine de ce terme, et sur ses orientations déterminées par l'organisme produisant les

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cartes. L'artificialisation est une notion floue, sujette à de nombreuses insuffisances, et est utilisée par la Chambre d'Agriculture pour défendre le maintien de l'agriculture périurbaine contre l'étalement urbain qui la menace. Les documents d'urbanisme, qui ont pour mission de limiter le phénomène de l'urbanisation, doivent s'assurer le soutien des élus, et le Schéma de Cohérence Territorial qui détermine les limites de la métropole doit répondre aux désirs de développement économique, devenant par là un outil politique.

Nous verrons dans un deuxième temps comment l'artificialisation justifie l'apparition du concept de Trame verte et bleue, et comment ce concept, édifié à l'échelle de la métropole, connaît des évolutions sous l'influence de l'édiction de normes par des institutions supérieures. Nous nous concentrerons également sur l'aspect scientifique de la Trame verte et bleue, c'est-à-dire sur le rôle des experts de la biodiversité, et sur le répertoire de l'écologie du paysage appliqué à une politique publique. Le concept de Trame verte et bleue suscite des réactions souvent mitigées, les élus la percevant comme une dépossession de leur territoire.

Enfin, dans un troisième temps, nous évaluerons le concept de la Trame verte et bleue, notion de plus en plus utilisée par les aménageurs. Ce mainstreaming de l'écologie met en avant les experts et permet de publiciser les menaces pesant sur la biodiversité locale, mais oblige les défenseurs de la Trame verte et bleue à adopter un discours pragmatique, mettant parfois de côté cet aspect environnemental. De plus, le concept de biodiversité peut lui-même être rediscuté, entraînant une série de questionnement sur la légitimité de l'écologie de la restauration. Finalement, la Trame verte et bleue parvient-elle à s'imposer comme une structure nécessaire à l'aménagement urbain ?

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CHAPITRE I : L'ambigüité sémantique de l'artificialisation et de ses discours

Le terme d' « artificialisation » est apparu à partir du moment où les institutions européenne d'abord, puis le gouvernement français se sont attachés à cartographier le phénomène. Toutefois, cette inscription à travers les nomenclatures des cartes, qui a déterminé son sens, est elle-même sujette à des insuffisances, insuffisances qui se perpétuent dans les discours, faisant de l'artificialisation un mot valise. Dans le cas de Lille Métropole, le partenariat entre la chambre d'Agriculture et le syndicat mixte ENLM en 2002 est un exemple parlant de l'ambigüité de la notion.

1. L'émergence de la notion à travers les cartes et ses insuffisances 1.1.L'Agence Européenne de l'Environnement et le Ministère de l'Agriculture

L'Agence Européenne de l'Environnement ainsi que le Ministère de l'Agriculture se dote d'outils dès les années 1980 afin de pouvoir observer les évolutions de l'occupation du sol, et de ce fait, le phénomène de l'artificialisation. Les cartes publiées permettent de faire émerger la notion d'artificialisation.

a. La CORINE Land Cover

La CORINE Land Cover est un inventaire de l'occupation du sol homogène et standardisé sur tout le territoire français au 1/100 000ème, issu de la photo-interprétation d'images satellitaires23. Cet inventaire est produit dans le cadre du programme européen de coordination de l'information sur l'environnement CORINE. Trois versions de cette base de données existent : celles de 1990, de 2000, et de 2006. La prochaine version est en cours de production, les résultats ne devraient être obtenus qu'en 2015. La nomenclature est multi-niveau, avec un niveau général décomposé en 5 catégories dont la première s'intitule « territoires artificialisés », et un niveau davantage développé qui décrit l'occupation de la surface en fonction de 45 possibilités. L'intérêt premier de la CORINE Land Cover, dite CLC, est qu'elle permet d'identifier les éléments de fragmentation, car elle cartographie l'artificialisation des sols (couche « territoires artificialisés ») et certaines sources potentielles

23 http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/donnees-ligne/li/1825.html

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de pollution (couche « mines décharges et chantiers », « zones industrielles et commerciales et réseaux de communication »).

D'après le géographe Guillaume Schmitt, l'artificialisation est un néologisme ancien dont « on trouve les origines dans les travaux de géographie à l'échelle européenne, développés avec la montée en puissance de l'UE pour des raisons politiques »24 et pour des raisons technologiques avec l'émergence de l'observation de la Terre par images satellites de plus en plus précises. De l'utilisation de cette carte nait une certaine vision de l'Europe. Les premières images satellites identifiaient la minéralisation en bleu, formant un ensemble presque continu de territoires artificialisés. C'est ce que Roger Brunet a appelé la « banane bleue »25, désignant cet espace densément peuplé et fortement urbanisé qui s'étend approximativement de Londres à Milan.

L'artificialisation est donc profondément liée à une question politique et technologique, née au moment où l'Union Européenne se dote d'un outil d'observation commun de surface terrestre. Cette innovation va se diffuser à l'échelle nationale, qui cherche à se doter de ses propres outils d'observation de l'artificialisation des territoires.

b. La TERUTI-Lucas

La première enquête nationale sur l'utilisation du territoire agricole remonte à l'année 1946 avec la mise en place d'une enquête « contrôle de surface » reposant sur l'analyse des plans cadastraux. Avec l'apparition de la photo aérienne à partir de 1982, le Ministère de l'Agriculture se dote également d'un outil d'observation de l'occupation des sols : c'est la carte TERUTI, issue de l'enquête statistique organisée par Agreste, le service statistique du ministère de l'Agriculture26. Depuis 2005, cette carte s'intitule TERUTI-Lucas, le terme « Lucas » a été ajouté car il s'agit de l'adaptation de l'enquête TERUTI au cahier des charges européen « Lucas »27. Les sols artificialisés correspondent aux nomenclatures suivantes : « sols artificialisés non bâtis », « sols bâtis », « zones interdites » et « pelouses d'agrément et superficies en herbe », regroupés dans la catégorie principale « territoires artificialisés ». Concernant la méthodologie, des points, espacés de 300 mètres, sont tirés au hasard sur une trame de points quadrillant l'ensemble du territoire. Pour chaque point, l'enquêteur relève

24 Entretien avec Guillaume Schmitt, géographe, le 2 avril 2015 à Lille

25 Roger Brunet, « Structures et dynamiques du territoire français », L'Espace géographique, 1973

26 « Teruti-Lucas-Enquête sur l'utilisation du territoire », Géoconfluences, 12/03/2013

27 http://www.stats.environnement.developpement-durable.gouv.fr/Eider/view-meta.do?metaCode=OC-LUCAS

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chaque année l'occupation ainsi que l'utilisation du territoire à partir de photos aériennes. L'objectifs de cette enquête est de disposer de données sur l'occupation et l'évolution des territoires qu'ils soient agricoles ou non.

Les données issues de TERUTI peuvent être différentes de celles qui sont observées par d'autres dispositifs, en particulier la CLC, à partir de l'interprétation d'images satellitaires. Les nomenclatures sont différentes et il apparaîtrait que CORINE apprécie surtout le territoire en termes de paysages, alors que TERUTI fait référence à une nomenclature physique d'occupation des sols28. De plus, si la tendance à l'artificialisation des sols est montrée dans tous les cas, de fortes variations peuvent être observées selon la source d'information utilisée. « Le zonage de l'Insee détecte dix fois plus de surfaces artificialisées que l'enquête TERUTI, qui, elle-même, en détecte plus de cinq fois que CLC. Ces différences ne sont pas surprenantes car les finalités de ces bases de données sont très différentes. »29

Cela s'explique également par la position du Ministère de l'Agriculture, qui s'inquiète du « gaspillage » des terres agricoles30. La Loi de modernisation agricole de 2010 vise notamment à « mettre en oeuvre une véritable politique de préservation du foncier agricole en France »31 et préconise de « réduire de moitié »32 le rythme de consommation des terres agricoles d'ici 2020. Il apparaît donc, d'après l'orientation de l'enquête TERUTI et de la carte qui en découle que « l'artificialisation des sols agricoles correspond aux flux de terres agricoles vers ces usages ni agricoles ni forestiers : sols bâtis, infrastructures de transports, chantiers, cimetières, terrains vagues, carrières, décharges, jardin d'agrément et pelouses

»33.

c. L'artificialisation, une notion qui semble faire consensus

Avec le développement des enquêtes chiffrées puis des cartes qui en découlent de la part des institutions européenne et nationale, la tendance à l'artificialisation du territoire est

28 Philippe Chéry, Alexandre Lee, Loïc Commagnac, Anne-Laure Thomas-Chery, Stéphanie Jalabert and Marie-Françoise Slak, « Impact de l'artificialisation sur les ressources en sol et les milieux en France métropolitaine », Cybergeo : European Journal of Geography, 2014

29 Ibid.

30 Yannick Sencébé, Florence Pinton et Pierre Alphandéry, «Le contrôle des terres agricoles en France Du gouvernement par les pairs à l'action des experts », Sociologie, n°3, vol. 4, 2013

31 http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000022521587&categorieLien=id

32 Ibid.

33 Philippe Pointereau et Frédéric Coulon, « Abandon et artificialisation des terres agricoles », Courrier de l'environnement de l'INRA n° 57, juillet 2009

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observée unanimement. De même, le concept d' « artificialisation » se développe, et tous s'accordent sur sa définition. Pour l'Institut Français de l'Environnement, ancien service du Ministère français de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de l'aménagement du territoire, « ces surfaces artificielles regroupent l'habitat et les espaces verts associés, les infrastructures, les équipements sportifs ou de loisirs, les bâtiments divers (industrie, commerces, entrepôts, dépôts et décharges, services...) »34.

D'après le Schéma régional du climat, de l'air et de l'énergie du Nord-Pas de Calais, dont la consultation publique du projet s'est déroulé à la fin de l'année 2011, et qui a été approuvé par arrêté du Préfet de région le 20 novembre 2012, « on entend par surface artificialisée tout surface retirée de son état naturel (friche, prairie naturelle, zone humide etc.), forestier ou agricole, qu'elle soit bâtie ou non et qu'elle soit revêtue (exemple : parking) ou non (exemple : jardin de maison pavillonnaire)».35 L'Observatoire des territoires du Commissariat général à l'égalité des territoires ajoute : « l'extension de l'artificialisation correspond à une consommation d'espaces naturels et ruraux » et « les espaces qui subissent une artificialisation ne sont plus disponibles pour des usages tels que l'agriculture ou comme habitats naturels »36.

Le terme d'artificialisation est donc employé pour traduire un changement d'occupation des sols dont le résultat est d'aboutir à : une occupation bâtie (habitations, locaux d'activités commerciale, industrielle), une occupation revêtue (voie de circulation et parkings par exemple), une activité d'extraction (carrières, gravières), ou de stockage de déchets. De plus, ce terme est utilisé à propos de « transformations d'espaces agricoles en espaces verts urbains qui, bien que non détruits physiquement, ne pourront plus être utilisés par l'activité agricole. En d'autres termes, c'est une transformation d'un lieu en lui donnant les caractères de la ville. »37

L'observation de l'artificialisation à travers les cartes a permis le développement de la notion et l'adoption par les institutions de ce terme, exprimant par là-même qu'elles

34 Annie Coutelier, « L'artificialisation s'étend sur tout le territoire », Les données de l'environnement, n°8, janvier-février 2003

35 Schéma régional du climat, de l'air et de l'énergie adopté en novembre 2012 http://www.nord-pas-de-calais.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/rapport-srcae-bd-nov2012.pdf

36 http://www.datar.gouv.fr/observatoire-des-territoires/fr/part-des-espaces-artificialis%C3%A9s

37 Philippe Chéry, Alexandre Lee, Loïc Commagnac, Anne-Laure Thomas-Chery, Stéphanie Jalabert and Marie-Françoise Slak, « Impact de l'artificialisation sur les ressources en sol et les milieux en France métropolitaine », Cybergeo : European Journal of Geography, 2014

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reconnaissent son importance. Toutefois, si la notion semble faire consensus, elle est sujette à des insuffisances.

1.2.Les limites de la cartographie

Si l'interprétation des images satellites par l'Union Européenne et par le gouvernement français ont permis d'observer le phénomène d'artificialisation des sols, les cartes qui en découlent sous sujettes à des imprécisions et ne rendent pas compte pleinement de la réalité de cette artificialisation.

a. Le manque de précision

Corine Land Cover est une des données qui présentent le plus de limites d'utilisation, et notamment en raison d'un manque de précision. En effet, cette ressource n'est pas adaptée aux échelles intercommunale et communale. De plus, CLC ne détecte pas les éléments d'une surface de moins de 25 hectares, ce qui exclut un grand nombre de zones humides. Elle comporte donc des lacunes en matière de cartographie notamment dans la plupart des zones humides. En ce qui concerne les espaces agricoles et les milieux naturels, CLC les classe dans des rubriques intitulées « surfaces essentiellement agricoles, interrompues par des espaces naturels importants » ou « territoires agro-forestiers » : il y a donc un manque de précision pour ces types de milieux, qui peuvent pourtant être très diversifiés et correspondre plutôt à une mosaïque d'espaces agricoles et de milieux naturels. Il apparaît donc que la précision et la typologie sont limitées, et cela nécessite d'être complété par des données d'occupation du sol plus précises.

Ainsi, « ces discours et ces chiffres sur l'artificialisation méritent d'être déconstruits avec vigueur. Nous ne rentrerons pas ici dans le détail des calculs et ferons confiance à leurs auteurs. Il serait pourtant possible de critiquer l'usage de base TERUTI-Lucas pour évaluer l'artificialisation et plus particulièrement l'étalement urbain. »38. Il apparaît également que la carte européenne CORINE ne permet pas de différencier usage et occupation du sol.

38 Philippe Pointereau et Frédéric Coulon, « Abandon et artificialisation des terres agricoles », Courrier de l'environnement de l'INRA n° 57, juillet 2009

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b. La confusion entre occupation et usage du sol de la CORINE Land Cover

Il y a également dans la CLC une confusion entre l'occupation du sol - pelouse herbacée par exemple - et l'usage du sol - équipement sportif par exemple. Leur différence est pourtant significative. En effet, l'occupation du sol est la couverture physique observable, naturelle ou anthropique, de la surface terrestre à un moment donné tandis que l'usage du sol est l'activité humaine directement liée à la surface terrestre, ayant un impact sur elle.

La confusion entre occupation et usage du sol n'est pas seulement liée à la méthode. Les chercheurs Aurélie Bousquet et Laurent Couderchet consultent les définitions données par les principaux dictionnaires de géographie française, et remarquent « l'absence d'entrée portant sur l'occupation ou usage du sol, soit un amalgame des deux termes »39. Or, les contextes d'utilisation dans lesquels ces termes s'utilisent sont différents : « la connaissance de l'occupation du sol est nécessaire comme aide au développement de modèles environnementaux alors que l'usage du sol est l'objet d'étude pour les sciences centrées sur l'homme et ses actions, la planification et l'aménagement »40.

Corine Land Cover entretient cette confusion en réunissant à un même niveau de nomenclature l'occupation du sol (végétation clairsemée; tissu urbain discontinu) et les usages du sol (espace vert urbain, zones industrielles ou commerciales). « Le type d'usage résidentiel peut être composé de plusieurs occupations du sol qui incluent des arbres, de l'herbe, des bâtiments et de l'asphalte, mais CLC ne prend pas en compte cette complexité et qualifie ces occupations du sol de «tissu urbain discontinu»»41.

La carte CLC qui détermine une certaine vision de l'artificialisation ne permet pas de saisir la mosaïque urbaine, car elle confond usage et occupation du sol. Cette ambigüité remet en question la pertinence de l'utilisation du terme d'artificialisation.

1.3.Une notion qui recouvre des réalités très différentes

Guillaume Schmitt rappelle la cartographie réduit la réalité du territoire. D'après lui, « ceux qui ont construit cette nomenclature le regardaient de loin »42, et se concentraient sur

39 Bousquet Aurélie, Couderchet Laurent, Gassiat Anne, Hautdidier Baptiste, « Les résolutions des bases de données « occupation du sol » et la mesure du changement », L'Espace géographique 1/2013 (Tome 42), p. 6176

40 Ibid.

41 Ibid.

42 Entretien avec Guillaume Schmitt, géographe, le 2 avril 2015 à Lille

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les zones bâties pour qualifier l'artificialisation. Dans les territoires artificialisés, « on aperçoit des zones urbanisées, des routes, mais aussi des parcs et des jardins en zone urbaine, considérés comme telle, ainsi que des friches »43. La notion d'artificialisation décrit des réalités différentes.

a. Les exigences de précision en milieux urbain et périurbain

Les milieux à dominante urbaine sont des espaces complexes, multiformes. Le périurbain apparaît tout particulièrement comme un territoire hybride, et est qualifié de « tiers espace » par Martin Vanier44, car il ne répond pas à la distinction simplifiée entre ville et campagne. Les bases de données d'occupation des sols de type CLC, bien qu'elles soient utiles pour divers types d'études, apparaissent donc comme simplificatrices et réductrices pour ces espaces. Ainsi, « pour les espaces urbains et périurbains, les exigences de précision sont plus élevées. Les bases d'occupation des sols de type CLC étant fondées sur des images satellitaires de moyenne résolution, elles présentent de nombreuses approximations qui les rendent peu satisfaisante quand il est nécessaire d'appréhender le territoire à «grande échelle«»45.

L'imprécision spatiale (la finesse et la fiabilité des zones d'occupation des sols délimitées) ainsi que l'imprécision thématique des classes (description trop grossière des tissus urbains notamment) ne permettent pas de retranscrire la complexité du tissu urbain. Dans la nomenclature CLC, la catégorie « Territoires artificialisés » se décomposent en 11 classes. Celles-ci permettent d'offrir une vue relativement détaillée de la morphologie des villes, mais restent néanmoins imprécis. « Comment distinguer une zone résidentielle pavillonnaire d'un quartier d'immeubles collectifs ? Commet séparer réseaux routiers et emprises ferroviaires ? Quid de l'individualisation des « dents creuses », ces espaces non construits à l'intérieur des tissus urbains, fort intéressants pour raisonner en termes de densification ? »46

43 Ibid.

44 Martin Vanier, « Qu'est-ce que le tiers espace ? Territorialités complexes et construction politique », Revue de géographie alpine, 2000, Volume 88, Numéro 88-1, pp. 105-113

45 Samuel Robert et Jacques Autran, « Décrire à grande échelle l'occupation des sols urbains par photo-interprétation. Réflexion méthodologique et expérimentation en Provence », Sud-Ouest Européen, Revue Géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest, n°33, 2012, p. 25-40

46 Samuel Robert et Jacques Autran, « Décrire à grande échelle l'occupation des sols urbains par photo-interprétation. Réflexion méthodologique et expérimentation en Provence », Sud-Ouest Européen, Revue Géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest, n°33, 2012, p. 25-40

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Si la CORINE Land Cover permet de saisir dans un large territoire le phénomène d'artificialisation, son application pour une échelle plus précise est inappropriée, notamment en milieu urbain.

b. Un problème quantitatif ou qualitatif ?

»48.

Éric Charmes s'interroge sur les chiffres de l'artificialisation, cette dernière étant selon lui un problème davantage qualitatif que quantitatif47. Agreste, la revue publiée par le ministère de l'Agriculture, souligne en 2010, que le laps de temps dans lequel l'équivalent d'un département était artificialisé avait été réduit, passant de 10 à 7 ans. Toutefois, d'après l'auteur, la définition de l'artificialisation ici retenue est celle de la TERUTI-Lucas, et cette dernière est relativement extensive : « sont retenus les routes, chemins et bâtiments de toute nature, mais aussi les espaces non bâtis considérés comme urbains (espaces verts, pelouses, équipements sportifs, terrains vaques etc)

Les milieux agricoles restent toutefois les premiers touchés par les impacts de l'urbanisation, mais « ces impacts sont moins dus à la quantité des sols artificialisés qu'aux modalités de l'artificialisation »49. La focalisation sur les aspects quantitatifs, développés par la cartographie, mettrait un voile sur ce qui pose véritablement problème, à savoir « la forme prise pas les extensions urbaines et périurbaines et la manière dont elles s'organisent. »50

En effet, les métropoles ne s'étendent plus guère par étalement continu de leurs espaces bâtis, mais par émiettement. Le périurbain est émietté, et l'impact de cette caractéristique soulève beaucoup plus de problèmes que la quantité des terres artificialisées. Si l'urbanisation se faisait exclusivement par étalement continu, en continuité des limites des métropoles françaises, ces impacts seraient bien moindres qu'avec les formes actuelles de la périurbanisation car l'émiettement démultiplie les surfaces de contact entre l'agriculture et les territoires urbanisés. Ainsi, l'urbanisation massive du rural augmente les occasions de conflits entre les activités agricoles et les activités urbaines.

Concernant la biodiversité également, l'émiettement à un impact très fort. Cette forme d'artificialisation empêche certaines espèces d'évoluer sur de grands périmètres, et ces

47 Eric Charmes, « L'artificialisation est-elle vraiment un problème quantitatif ? », Etudes foncières, ADEF, 2013

48 Ibid.

49 Ibid.

50 Ibid.

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dernières se heurtent aux coupures introduites notamment par les infrastructures routières. De plus, avec l'intensification des flux circulatoires sur les étendues de plus en plus vastes des aires urbaines, ces coupures se renforcent. Éric Charmes annonce les moyens mis en oeuvre pour lutter contre cette fragmentation : « de là découle notamment l'insistance actuelle des textes de loi sur les corridors et les trames vertes et bleues51

Ainsi, l'apparition de l'artificialisation à travers les cartes ne permet pas de rendre compte de la complexité du phénomène en raison de l'imprécision de la cartographie. Cette imprécision est d'autant plus préjudiciable que l'artificialisation ne peut pas être mesurée seulement à partir de chiffres car elle est qualitative autant, voire plus, que quantitative.

1.4.La ville, rattrapée par son environnement

La ville est d'abord définie par opposition à la campagne au nom du paradigme opposant nature et culture. Aujourd'hui, alors que les espaces verts urbains suscite l'enthousiasme des citadins, cette dichotomie est obsolète, la ville est « rattrapée par son environnement »52.

a. La mosaïque urbaine

L'espace urbain est formé de matériaux de natures différentes et d'objets de tailles variées. « L'espace urbain est un milieu fortement hétérogène, formant une mosaïque urbaine. On y trouve des surfaces minérales, des surfaces métalliques, des surfaces chlorophylliennes et des surfaces hydriques »53. La ville n'est donc pas totalement minéralisée, et d'après Laure Cormier, on trouve des potentialités de nature dans l'espace public urbain. Ainsi, le territoire urbain est formé d'une mosaïque d'espaces, et une si « une zone est plutôt artificialisée, cela ne veut pas dire qu'elle l'est complètement ».54

Toutefois, malgré les différents stades de l'artificialisation, et l'incapacité de cette notion à rendre compte de la pluralité des milieux qui composent l'espace urbain, le terme se diffuse. Pour Guillaume Schmitt, l'artificialisation a tendance à trop généraliser, notamment concernant les espaces verts urbains. En effet, il peut un avoir des processus de renaturation,

51 Eric Charmes, « L'artificialisation est-elle vraiment un problème quantitatif ? », Etudes foncières, ADEF, 2013

52 Philippe Clergeau, Une écologie du paysage urbain, Ed. Apogée, Rennes, 2007

53 Rahim Aguejdad, thèse intitulée « Etalement urbain et évaluation de son impact sur la biodiversité, de la reconstitution des trajectoires à la modélisation prospective. Application à une agglomération de taille moyenne : Rennes Métropole », Géographie, Université de Rennes, 2009

54 Entretien avec Guillaume Schmitt, géographe, le 2 avril 2015 à Lille

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et une « ancienne carrière peut devenir un site de nidification »55. Pourtant, la CORINE Land Cover, qui détermine l'artificialisation, « ne fait pas de différence entre cette carrière et une autre qui serait encore en activité »56. Au regard de la complexité de la ville, « ce terme est très discutable en soi »57.

b. Le rôle social de la nature

Produire une ville complètement minérale serait une « aberration »58, si l'on reprend le mot de Laure Cormier, géographe. Et ce d'autant plus que la présence de la nature en ville remplit des fonctions esthétiques, de confort, et sociales. Pour Martin Vanier, il y a une diversité des représentations de la nature, et celle-ci conditionne « l'identité profonde du tiers espace »59, id est le périurbain. La nature peut être à la fois le cadre du confort domestique, un support récréatif, un héritage culture traduit par son paysage, un gisement à exploiter et à contrôler, un patrimoine de biodiversité. Elle peut même être l'infrastructure de l'organisation urbaine, devenant un « vide structurant ».

En raison de la pluralité des fonctions qui sont adressées à la nature, il existe une très forte demande sociale pour la diversité urbaine, et ainsi, pour une nature de proximité en ville. Cela conditionne « l'intérêt grandissant pour la nature et les enjeux que représente l'étude du fonctionnement des écosystèmes en ville »60. Ainsi, la nature occupe, matériellement et immatériellement, une place prépondérante dans l'espace urbain. La nature constitue l'espace collectif, et assure alors une fonction sociale. Pour Emma Raudin, on ne peut pas parler de densité si on ne parle pas de nature en ville. Pourtant, les cartes visant à déterminer l'occupation des sols comprennent ces espaces de natures comme des espaces artificialisés. Il s'agit alors de se reposer la question de la pertinence de cette notion, si elle regroupe sous la même catégorie des surfaces minéralisées et des surfaces chlorophylliennes. Les espaces de nature en ville sont d'une importance majeure pour l'organisation de nos modes de vie citadins, et ne peuvent être ignorés.

La notion d'artificialisation apparaît avec le développement des cartes qui visent à rendre compte de ce phénomène. Pourtant, les données cartographiques en milieu urbain ne

55 Ibid.

56 Ibid.

57 Ibid.

58 Entretien avec Laure Cormier, géographe, le 5 mars 2015 à Paris

59 Martin Vanier, « Qu'est-ce que le tiers espace ? Territorialités complexes et construction politique », Revue de géographie alpine, 2000, Volume 88, Numéro 88-1, pp. 105-113

60 Entretien avec Laure Cormier, géographe, le 5 mars 2015 à Paris

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permettent pas de traduire la complexité de la mosaïque urbaine. Les chiffres et les cartes se développent à une échelle plus grande dans le souci de précision, permettant de mettre en place des politiques de limitation de l'artificialisation.

2. Le poids des chiffres et l'importance des documents d'urbanisme

Si les cartes élaborées par l'Union Européenne et par le gouvernement ne retranscrivent pas fidèlement l'artificialisation des sols, les communes de dotent d'un outil d'observation de l'occupation des sols. De cette photo-interprétation plus fine découlent les documents d'urbanisme qui ambitionnent de limiter l'étalement urbain. L'objectivité de ces outils et de ces documents peut être remise en question, car ils doivent répondre à une ambition de territoire formulée par les acteurs de la métropole.

2.1. SCOT, PLU et géocatalogue témoins de l'artificialisation

a. Les conséquences de la CLC

La carte Corine Land Cover, conçue à l'échelle européenne, se diffuse progressivement, et « donne des petits »61, qui visent à atteindre le degré de précision qui n'est pas assuré par cette dernière. La métropole lilloise se dote d'outils qui reprennent la nomenclature initiale en l'adaptant et en l'améliorant. Elle dispose de son propre géocatalogue qui est en voie de développer une carte très précise d'interprétation de photos aérienne pour l'arrondissement de la MEL (Métropole Européenne de Lille), avec un « détail plus fin que celui de la CLC »62. Ce nouvel outil, « OCSOL », est une « méthode affinée par rapport aux modèles nationaux ».63

L'OCSOL régional est établi en 2009, et celui de la métropole est en cours d'élaboration. Concernant la métropole lilloise, l'objectif est de faire de l'année 2015 la première phase de l'observation pour obtenir en 2020 l'évolution de l'occupation des sols. Ce n'est pas la première fois que l'occupation des sols est scrutée directement par la métropole. Il existe sur le site de l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille « une publication

61 Entretien avec Guillaume Schmitt, géographe, le 2 avril 2015 à Lille

62 Entretien avec Benoît Masson, membre du géocatalogue de Lille, le 25 février 2015 à Lille

63 Entretien avec Emma Raudin, responsable du SCOT à l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille, le 20 février 2015 à Lille

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qui présente l'analyse et le traitement des données d'occupation du sol de 1971 à 2008 ». 64 Ce souci d'adaptation à une plus petite échelle répond également à l'impératif de la comparaison entre les communes, afin de se montrer la plus vertueuse. Elles usent toutes de la même nomenclature, reprenant les 5 catégories principales de la Corine Land Cover, pour illustrer leur périurbanisation, et leur souhait de la limiter.

b. Le diagnostic du Schéma Directeur de 2002

Le Syndicat mixte du Schéma Directeur de Lille métropole, présidé à l'époque par Pierre Mauroy, présente un schéma directeur approuvé en 2002, illustrant « (le) projet pour la métropole de l'an 2015 »65. Ce schéma directeur s'articule autour de la notion de renouvellement urbain, en prenant en compte le tissu industriel historique, et notamment les friches. « Les élus et les techniciens portent l'idée de reconquérir la ville sur elle-même pour des questions écologiques mais aussi sociales »66 dans un contexte de montée des exigences environnementales. Il s'agit de refonder le schéma social et repensant la ville.

En développant l'idée selon laquelle la ville se refait sur elle-même, illustrée par l'obligation de construire les 2/3 des logements dans la ville, et seulement 1/3 en extension, l'objectif est de limiter l'artificialisation. Pour Emma Raudin, l'artificialisation est en effet un concept central de tout document d'urbanisme, et « n'est pas artificialisation terres agricoles et espaces naturels. Mais les espaces verts urbains et périurbains sont des surfaces artificialisées »67. Le diagnostic du Schéma Directeur évoque également les espaces naturels et les espaces verts urbains. « Les espaces naturels peuvent être définis comme des espaces où la nature se développe librement depuis plusieurs années sans que l'homme n'intervienne vraiment ou de façon limitée. On ajoute généralement aux zones ainsi définies les espaces qui présentent soit un niveau satisfaisant de diversité biologique, au regard du potentiel qu'offre le milieu, soit un potentiel très fort de développement de la biodiversité (cas des zones humides par exemple) »68. Cette définition recoupe donc une ensemble de situations variées,

64 Entretien avec Rodastina Ivanova, responsable Structure territoriale à l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille, le 19 mars 2015 à Lille

65 Schéma Directeur de Développement et d'Urbanisme de Lille Métropole, élaboré par le Syndicat mixte du Schéma Directeur de Lille Métropole et approuvé le 6 décembre 2002

66 Entretien avec Emma Raudin, responsable du SCOT à l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille, le 20 février 2015 à Lille

67 Entretien avec Emma Raudin, responsable du SCOT à l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille, le 20 février 2015 à Lille

68 Schéma Directeur de Développement et d'Urbanisme de Lille Métropole, élaboré par le Syndicat mixte du Schéma Directeur de Lille Métropole et approuvé le 6 décembre 2002

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parce qu'elle englobe à la fois les espaces faiblement anthropisés, mais également les espaces dont les potentialités de biodiversité sont fortes. Pourtant, « ainsi défini, l'espace naturel occupe une très faible superficie dans l'arrondissement de Lille »69. De plus, concernant les espaces verts urbains, le Schéma directeur annonce qu'ils « apparaissent très dispersés, et surtout pas ou mal reliés entre eux »70.

Le Schéma directeur de 2002 donc un document qui regroupe les enjeux de l'artificialisation, de la rareté des espaces verts urbains, et de la fragmentation de l'espace naturel. Il annonce l'objectif de développement d'une Trame verte et bleue métropolitaine après avoir souligné la carence en espace vert.

c. Le projet du SCOT

L'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille porte aujourd'hui le projet de renouvellement du SCOT qui date de 2008, afin d'obtenir une nouvelle version qui serait adoptée fin 2015 et applicable dès 2016. Les membres de l'Agence soulignent les évolutions par rapport au Schéma Directeur de 2002. En effet, la « métropole lilloise est très agricole, 50% du territoire est occupé par des terres agricoles »71 et « l'évolution s'accélère dans la manière de prendre en compte le foncier agricole. On le pensait avant comme un réservoir des terres urbaines ».72 Il existe désormais un partenariat avec la Chambre d'Agriculture, initiée par le géocatalogue de Lille qui engage le dialogue avec plus de 600 exploitations sur les 640 du territoire de la métropole. Cela permet des « échanges dans le cadre de l'élaboration du PLU, pour trouver les endroits les plus opportuns pour l'urbanisation »73.

L'objet du SCOT est d'organiser au mieux la question des extensions, qui « coûtent en termes d'investissement et d'environnement »74, et de révéler le potentiel de certains territoires, ceux qui sont les mieux desservis étant ceux qui ont la capacité à être urbanisés la plus forte. Il y a un mécanisme spontané allant vers l'extension, et l'un des grands enjeux du SCOT est « la répartition et le phasage, c'est-à-dire ce qu'on ouvre à l'urbanisation »75. Toutefois, « il y a une balance à trouver entre ce qu'on ferme et ce qu'on ouvre, il ne faut pas

69 Ibid.

70 Ibid.

71 Entretien avec Emma Raudin, responsable du SCOT à l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille, le 20 février 2015 à Lille

72 Ibid.

73 Entretien avec Benoît Masson, membre du géocatalogue de Lille, le 25 février 2015 à Lille

74 Entretien avec Emma Raudin, responsable du SCOT à l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille, le 20 février 2015 à Lille

75 Ibid.

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trop fermer non plus »76. Il s'agit donc de la capacité du document d'urbanisme à « évaluer un potentiel et à maîtriser la consommation foncière »77.

Pour Emma Raudin, « le Schéma directeur de 2002 était outrancier dans le schéma de consommation foncier, avec 2 500 hectares ouverts à l'urbanisation. C'est une enveloppe très très large »78. Aujourd'hui, Marc-Philippe Daubresse, premier vice-président de Lille Métropole Communauté urbaine (LMCU), chargé de l'aménagement urbain président de l'Agence de Développement et d'Urbanisme, présente un projet d'extension de 2 000 hectares à négocier pour l'horizon 2030. D'après Emma Raudin, « on a franchi un cap dans la manière de penser la question foncière. Avant, il fallait prouver qu'un espace était remarquable. Aujourd'hui, il faut montrer qu'on ne peut pas faire autrement que grignoter. (...) L'arsenal législatif s'est renforcé, on a changé d'angle d'attaque : il y a des exigences normatives »79.

La priorité reste la même, celle du renouvellement urbain, le « remplissage de petites poches sans renoncer à l'urbanisation »80. Toutefois, l'ADU doit procéder au cas par cas, certains élus veulent garder ces « poches » de verdure, comme l'illustre le cas de Marquette-les-Lille, village organisé autour d'un champ, et dont le maire ne veut pas changer la physionomie. De même, certains espaces symboliques restent sujets à des incertitudes, « le site des Moulins, entre Villeneuve d'Ascq et Lille, faut-il l'urbaniser ou l'intégrer dans la trame verte ? »81.

Les documents d'urbanisme s'attachent donc à limiter l'artificialisation du territoire et à densifier la ville sur elle-même. Le Schéma Directeur de 2002, tout comme le prochain Schéma de Cohérence Territoriale, développe l'idée d'un renouvellement de la ville sur elle-même pour limiter la consommation foncière. On peut souligner une évolution dans la prise en compte des territoires agricoles, qui ne sont plus désormais simplement perçus comme une réserve foncière. Si l'Agence de Développement et d'Urbanisme souhaite limiter l'artificialisation, il faut qu'en retour elle ouvre des territoires à l'urbanisation.

76 Ibid.

77 Ibid.

78 Ibid.

79 Ibid.

80 Ibid.

81 Entretien avec Rodastina Ivanova, responsable Structure territoriale à l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille, le 19 mars 2015 à Lille

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2.2.La remise en question de l'objectivité des documents d'urbanisme

a. La pertinence du PLU remise en question

Le SCOT, qui détermine le PLU, est un outil indispensable et surtout obligatoire afin d'analyser l'état d'artificialisation des sols, et de déterminer ce qui pourra être artificialisé ou non dans le souci de redensifier la ville. Benoît Masson, du géocatalogue de Lille, nuance pourtant la pertinence du SCOT, et notamment la réalité du zonage introduit par le PLU : « Il y a une confusion dans les documents d'urbanisme au sens où il n'y a pas de distinction entre l'espace artificialisé réel et l'artificialisé réglementaire.»82

En effet, en regardant de plus près les zones appelées « à urbaniser » (AU) sur le territoire de la métropole lilloise, « beaucoup sont non-urbanisées, elles n'ont pas basculé dans l'AUc83 »84. Benoît Masson illustre son propos à partir de dernières photos aériennes, comparées au zonage du PLU : « il y a des zones au jaune, ce sont les AU, certaines ne sont pas construites, c'est-à-dire qu'il y a encore des champs dans la ville »85. Un champ, perdu entre des zones bâties à Fives, confirmes ses critiques. Il conclue : « on n'a pas tellement pris sur l'espace naturel »86.

Ainsi, si le diagnostic du Schéma de Directeur de 2002 et les préoccupations actuelles de l'ADU concernant le futur SCOT s'inquiètent de l'artificialisation en mettant en avant le remplissage du périurbain, il semble que ces documents réglementaires ne prennent pas pleinement en compte la réalité des territoires. On peut s'interroger dès lors, dans une certaine mesure, sur la pertinence de leur diagnostic, et de leurs recommandations.

b. Le SCOT, un outil qui doit plaire aux politiques

Les documents d'urbanisme sont le reflet de la volonté politique, la « volonté politique très forte du renouvellement urbain, de la ville intense »87. Il s'agit pour le SCOT, dans sa manière d'aborder l'artificialisation, de « décliner un projet politique autour d'une vision

82 Entretien avec Benoît Masson, membre du géocatalogue de Lille, le 25 février 2015 à Lille

83 Les zones AUc sont des zones destinées à permettre l'extension de l'urbanisation, principalement l'habitat, sous forme d'ensemble exclusivement.

84 Entretien avec Benoît Masson, membre du géocatalogue de Lille, le 25 février 2015 à Lille

85 Ibid.

86 Ibid.

87 Entretien avec Benoît Masson, membre du géocatalogue de Lille, le 25 février 2015 à Lille

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d'avenir »88. La question centrale pour l'ADU est la suivante : « comment utiliser le sol, de quelle manière peut-on faire de l'espace le levier d'une politique sur le territoire ? »89. L'artificialisation est donc un enjeu politique majeur, qui fait intervenir le registre de la légitimité. Il s'agit de mesurer, au regard des recommandations initiales, la réalisation des objectifs. « La mesure de l'objectif de la consommation foncière est très regardé, on doit se montrer vertueux »90.

Le SCOT est donc un document qui doit plaire au politique, qui doit montrer son efficience en termes de limite de l'urbanisation. Mais le SCOT est surtout un « document de consensus politique, et il est limité en termes d'action »91. Il s'agit de développer la ville sur elle-même, certes, mais en prenant en compte les ambitions de développement des politiques. De plus, le « SCOT n'est pas un document de gestion, et il est limité sur le volet de la biodiversité »92.

Apparaît donc la question du temps politique. L'Agence de Développement et d'Urbanisme réfléchit au renouvellement du SCOT depuis 2008, et il est urgent d'adopter de nouvelles réglementations afin de freiner le grignotage des espaces naturels. Mais le SCOT est soumis à « l'aléa politique, le temps est arrêté »93. Le projet du SCOT doit être arrêté en 2015, et « doit passer en revue l'obligation de concertation pour le rendre opérant à la fin 2016 »94. L'ADU doit réaliser différentes cartes en vue de cette concertation pour en débattre avec les élus lors de la concertation. Le temps politique met en mal l'application d'une véritable réglementation, il faut « reporter la démarche, presque jusqu'à la dernière pièce, attendre la dernière gouvernance pour répondre au nouveau visage politique »95. Ivanova Rodastina le déplore : « ADU, c'est un technicien, il est dépassé car l'enjeu politique est à prendre en compte.»96

88 Entretien avec Emma Raudin, responsable du SCOT à l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille, le 20 février 2015 à Lille

89 Ibid.

90 Ibid.

91 Ibid.

92 Entretien avec Rodastina Ivanova, responsable Structure territoriale à l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille, le 19 mars 2015 à Lille

93 Entretien avec Emma Raudin, responsable du SCOT à l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille, le 20 février 2015 à Lille

94 Ibid.

95 Entretien avec Rodastina Ivanova, responsable Structure territoriale à l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille, le 19 mars 2015 à Lille

96 Ibid.

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c. Les chiffres au service du politique

Les cartes déterminent le sens de la notion d'artificialisation, et les chiffres illustrent son évolution. Les chiffres semblent être objectifs, et ils sont pourtant, au même titre que les documents d'urbanisme, soumis au souhait du politique. Benoît Masson le souligne : « il y a une difficulté politique, celle de sortir des chiffres compréhensibles, des chiffres à annoncer pour le politique »97. Les chiffres deviennent des outils au service du discours politique, et, effet pervers de l'utilisation des données chiffrées sur l'artificialisation, « une fois annoncés, les chiffres sont fixés par le discours des politiques. Ce chiffre, ça fait cinq ans qu'on en parle mais il est faux. [...] La base de données produit des chiffres critiquables. »98

Guillaume Schmitt étend la réflexion au concept de l'artificialisation : « c'est une expression très utilisée dans le débat politique ou dans les négociations entre les acteurs. Le chiffre est un pouvoir, on arrive avec ses statistiques pour prendre telle ou telle mesure »99. Les enjeux politiques derrière cette notion sont majeurs, « le mot on peut l'utiliser à «toutes les sauces» »100. Pour la Chambre d'Agriculture du Nord-Pas de Calais, le projet de plan forestier régional, qui visait à planter de manière organisée des arbres, contribue à l'artificialisation des zones agricoles et des prairies, tandis que pour le syndicat mixte Espace Naturel Lille Métropole, la question ne doit pas se poser, assurant le bien-fondé des politiques de renaturation. Pour Guillaume Schmitt, cette opposition est révélatrice, cette notion « peut être employé à contre-courant de sa définition initiale, compte tenu du fait qu'elle n'est même pas stabilisée initialement ».101

L'artificialisation est donc « un mot valise dans lequel on met ce qu'on veut, même si l'on dit que l'artificialisation, c'est l'urbanisation »102. Elle reste pourtant une thématique de plus en plus importante au regard de l'étalement urbain et de ses conséquences. Mais elle recouvre des réalités fort différentes, pouvant qualifier des opérations de « renaturation ». Laure Cormier use du terme d' « espace ouvert »103, qualifiant tous les espaces qui ne seraient pas bâtis, afin de contourner la difficulté que pose la définition de « territoires artificialisés ».

97 Entretien avec Benoît Masson, membre du géocatalogue de Lille, le 25 février 2015 à Lille

98 Ibid.

99 Entretien avec Guillaume Schmitt, géographe, le 2 avril 2015 à Lille

100 Ibid.

101 Entretien avec Guillaume Schmitt, géographe, le 2 avril 2015 à Lille

102 Ibid.

103 Entretien avec Laure Cormier, géographe, le 5 mars 2015 à Paris

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Le concept d'artificialisation pose donc des problèmes car il s'agit pour certains de formes d'anthropisation, entendant par-là la restauration des écosystèmes tandis qu'il doit être pour d'autres la légitimation de ces politiques de protection de la biodiversité. Il s'agit bien-là d'un mot valise, né de cartographie dont les insuffisances remettent en question la pertinence du terme. Il est employé par les acteurs pour défendre leur usage du sol, et de là émergent des conflits entre les acteurs du territoire dans une métropole où la pression sur le foncier est de plus en plus forte.

3. Le concept de l'artificialisation usité par les acteurs du territoire

L'artificialisation nait des cartes, et ne permet pas de rendre compte de la complexité du territoire, qui rencontre une dimension matérielle, et une dimension également matérielle qui correspond aux aspirations des acteurs projetées sur ce territoire. Les limites de concept conduisent à sa réappropriation par les acteurs, et mettent en exergue la dissociation entre les dimensions matérielle et immatérielle de l'espace, conduisant à des incompréhensions.

3.1.Le territoire, investi d'une mission et porteur de sens

a. L'aspect immatériel du territoire : le paysage

La Convention européenne du paysage, adoptée en 2000, définit le paysage comme « une portion de territoire telle que perçue par les populations, dont le caractère résulte de l'action de facteurs naturels et/ou humains et de leurs interrelations »104. La question du paysage ne se retreint donc pas à la question des qualités esthétiques d'un lieu : elle suppose la prise en compte simultanée de la façon dont les groupes sociaux attribuent certaines qualités à un lieu.

Marie-Anne Germaine, dans sa thèse intitulée « De la caractérisation à la gestion des paysages ordinaires des vallées du Nord-Ouest de la France »105, s'intéresse aux fonctions attribuées au paysage. A partir de la caractérisation des formes visibles du paysage grâce à une approche morphologique et une approche des couvertures du sol, elle dégage 11 types de paysages représentatifs. La reconstitution des systèmes de production permet de comprendre le rôle des différentes fonctions - agricole, industrielle, résidentielle - des paysages. Elle

104 Convention européenne du Paysage, Florence, 20.X.2000 du Conseil de l'Europe http://conventions.coe.int/Treaty/fr/Treaties/Html/176.htm

105 Marie-Anne Germaine, thèse intitulée « De la caractérisation à la gestion des paysages ordinaires des vallées du Nord-Ouest de la France », Géographie, Université de Caen, 2009

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analyse également le discours des acteurs locaux pour rendre compte de la complexité des représentations du paysage. Son travail présente la confrontation entre la dimension matérielle, c'est-à-dire les modes de production, et les représentations du paysage, déterminées par les attentes des usagers du territoire, les habitants, et les producteurs du paysage.

L'attente sociale à propos du paysage est souvent l'attente d'un verdissement, notamment dans le cas de la métropole lilloise. D'après Anne Sgard, la notion de paysage acquiert une importance croissance dans nos sociétés depuis l'émergence de la question environnementale dans les années 1970. Le paysage reflète les rapports sociaux à l'environnement, il permet d'appréhender « des registres de valeurs et de besoins (esthétique, éthique, économique, écologique), la réalité matérielle et les représentations sociales de cette réalité »106. Ainsi, « la définition des politiques de gestion ou de développement des espaces ruraux suppose aujourd'hui la compréhension de ces liens »107.

Dès lors, si la dimension immatérielle du territoire voudrait le développement des espaces verts, notamment à travers la réhabilitation des friches industrielles, le paysage ne peut ignorer la matérialité du territoire, et doit prendre en compte les fonctions attribuées au sol. Les aspirations et les besoins, notamment agricoles, peuvent entrer en confrontation, et c'est le concept d'artificialisation qui est ici remis en cause car il ne permet pas de saisir la complexité de cette opposition, ne rendant compte que du grignotage des espaces ruraux par les espaces verts urbains.

b. La fonction socio-économique du territoire

L'immatérialité des représentations ne doit pas oublier la matérialité du territoire. Le sol a une fonction, qui se matérialise dans le paysage. Guillaume Schmitt revient sur l'utilisation du sol dans la région Nord-Pas de Calais, afin de prouver que celle-ci « induit une utilité de l'espace quantifiable en superficie et des actions humaines à des temporalités plurielles visant à l'organiser et à le planifier ».108

Il est bien ici question de l'utilité du sol, l'utilisation est définie comme « la fonction socio-économique des surfaces ou des activités humaines (territoire agricole, zones urbaines,

106 Anne Sgard, thèse intitulée « Le partage du paysage », Géographie, Université de Grenoble, 2011

107 Ibid.

108 Guillaume Schmitt, « Inégalités écologiques et utilisation du sol : situation de la région Nord-Pas de Calais », Développement durable & territoires, Dossier 9, 2007

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forêt) »109. Ainsi, si le paysage est le reflet des attentes des citoyens, il ne faut pas oublier la fonction attribuée du sol, et les singularités du territoire qui en découlent. En effet, l'utilisation du sol génère la particularité du territoire. Toutefois, cet usage peut évoluer. Dans le cas du Nord-Pas de Calais, la requalification des quelques 10 000 hectares de friches industrielles s'accompagnant notamment d'un « verdissement » réinterroge de la singularité de l'utilisation du sol des communes de l'ancien bassin minier. Les fonctions socio-économiques du territoire étaient celles de l'activité industrielle, mais cette fonction n'est pas figée. « Ainsi, les friches industrielles, auxquelles il est parfois difficile d'attribuer d'autres fonctions, ont pu servir de manière un peu paradoxale, de supports spatiaux à la renaturation de territoires fortement marqués par les modes de développement passé »110. Il s'agit de l'attribution de « fonctions plus ou moins pérennes »111.

Le territoire rencontre deux dimensions, matérielles et immatérielles, l'immatérialité du paysage, et la matérialité de l'usage socio-économique du sol. Les aspirations citoyennes invitent à aller dans le sens d'un « verdissement ». Mais ce « verdissement » peut poser problème, car les attentes sociales et économiques peuvent être opposées concernant l'utilisation du foncier. Ainsi, l'agriculture, qui est, d'après la définition théorique de l'artificialisation, la première victime de l'étalement urbain, redoute cette association entre dimension immatérielle et matérielle qui mettrait à mal la pérennité de l'agriculture périurbaine en lui préférant le développement des espaces de nature.

3.2.La Chambre d'Agriculture et l'agriculture périurbaine

a. L'agriculture victime de l'artificialisation des sols

L'artificialisation des territoires conduit à la réduction des surfaces agricoles et naturelles pour satisfaire les besoins de l'urbanisation. L'agriculture est tout particulièrement touchée par l'étalement urbain, elle apparaît comme la première victime de l'artificialisation des sols. D'après Nicolas Rouget, « l'éclatement de la ville permet l'interpénétration de l'urbain et de

109 Ibid.

110 Ibid.

111 Ibid.

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l'espaces agricole à tel point que 75% de l'agriculture française est localisée aujourd'hui dans les aires urbaines définies par l'INSEE »112.

La consommation des surfaces agricoles dans le Nord-Pas de Calais est spécialement importante. D'après Jean-Marc Valet, Directeur Général du Conservatoire Botanique National de Bailleul, « La probabilité de voir des territoires agricoles s'urbaniser est à minima 7 fois plus importante que pour les milieux naturels. Lorsqu'un projet émerge dans des secteurs périurbains, ce sont surtout les territoires agricoles qui sont concernés. Il est donc statistiquement « compréhensible » que nous ayons beaucoup plus de territoires agricoles détruits que de milieux naturels »113. Il est donc indispensable au regard de ce constat de freiner le rythme de l'artificialisation car celle-ci menace la pérennité de l'agriculture sur le territoire régional, et tout particulièrement, dans l'arrondissement de Lille où la pression foncière est beaucoup plus forte que dans le reste de la région.

La métropole lilloise est une un territoire fortement agricole, l'agriculture occupe 50% du territoire de l'arrondissement. Il semblerait que cette agriculture en sein de la métropole soit la première menacée par l'artificialisation des sols. Pour Monique Poulot, il est légitime de se poser la question de la disparition de la catégorie du rural absorbée par celle de l'urbain, et « La reconnaissance par l'INSEE en 1996 du périurbain comme catégorie statistique spatiale semble donner en partie raison à ce courant de pensée et signifier une « fin de partie » pour la géographie rurale : la nouvelle nomenclature en zonages en aires urbaines adjuge à la ville, dans le cadre d'un espace à dominante urbaine, les couronnes périurbaines et les communes multipolarisées de moins de 2 000 habitants agglomérés et retranche le périurbain de l'espace à dominante rurale »114. L'agriculture en territoire périurbain apparaît donc comme la cible première de l'étalement urbain, et, afin de permettre la continuation de son existence dans le territoire, il est nécessaire de lutter contre l'artificialisation des territoires. Toutefois, l'agriculture n'est pas seulement victime, et peut également profiter de cette imbrication entre urbain et rural.

112 Nicolas Rouget, compte-rendu du Café géo de Montpellier le 13 janvier 2015 intitulé « La ville et son agriculture : retour vers le futur ».

113 Jean-Marc Valet, Directeur Général de Conservatoire Botanique National de Bailleul lors de la Journée annuelle de l'Observatoire, « Un point complet sur l'état de santé de la nature en Nord-Pas de Calais », le vendredi 20 mai 2011 http://www.observatoire-biodiversite-npdc.fr/fichiers/documents/restitutions/restitution-journee-observatoire-2011.pdf

114 Monique Poulot, « Les territoires périurbains : « fin de partie » pour la géographie rurale ou nouvelles perspectives ? », Géocarrefour, vol. 83/4, 2008

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b. Nouvelles perspectives pour l'agriculture périurbaine

La reconfiguration du couple traditionnel villes-campagnes de la géographie conduit à appréhender autrement l'espace rural en périurbain. Les espaces agricoles qui étaient de « simples réceptacles de l'urbanisation dans les années 1970 »115 deviennent « des éléments essentiels du cadre de vie des habitants de la ville élargie »116. Bernard Prost qualifie le rôle de l'espace rural « secondaire mais non inutile dans le territoire périurbain »117.

L'urbanisation conduit en effet à un grignotage des surfaces agricoles, mais permet également de développer un nouveau rapport entre ville et campagne. Pour Serge Bonnefoy, « la périurbanisation ouvre le champ à l'agriculture périurbaine, pour une nouvelle relation entre les agriculteurs et les habitants »118. Ce lien entre ville et campagne évolue avec la promulgation d'une nouvelle loi d'orientation agricole, en 1999, qui reconnaît la multifonctionnalité de l'exploitation agricole qui n'a pas pour seul but de produire des biens alimentaire. L'exploitation agricole produit notamment des paysages. Avec la loi SRU (loi relative à la Solidarité et au Renouvellement Urbain, 2000), les métropoles sont obligées de définir des projets de territoire, c'est-à-dire le SCOT, incluant des espaces à vocation agricole qui prennent alors part à l'ambition porté par le territoire.

L'enjeu, d'après Nicolas Rouget, de ce nouveau paradigme ville-campagne, est la convergence des intérêts de la sphère agricole et de la ville. L'agriculture, menacée par l'urbanisation, ne peut défendre sa présence sur des territoires à dominante urbaine qu'en offrant des services aux citadins. Toutefois, la fonction socio-économique de l'agriculture n'est pas uniquement celle de l'offre paysagère, et la mission initiale de l'agriculture est d'ordre économique. L'agriculture, pour assurer son existence sur des territoires de plus en plus artificialisés, doit être « considérée comme activité économique à part entière de la cité ».119

Il ne faut cependant pas oublier la demande nouvelle en « nature » de la part des citadins, non pas sauvage, mais « maîtrisée »120. Il s'agit donc, pour l'agriculture, de réassocier la

115 Ibid.

116 Ibid.

117 Bernard Prost, « Quel périurbain aujourd'hui ? », Géocarrefour, 76, n°4, p. 283-288, 2001

118 Serge Bonnefoy, « Concilier urbanisation, gestion des espaces naturels et des activités agricoles : des progrès mais... », POUR, n° 199, 2008

119 Nicolas Rouget, compte-rendu du Café géo de Montpellier le 13 janvier 2015 intitulé « La ville et son

agriculture : retour vers le futur »

120 Ibid.

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dimension matérielle et immatérielle du territoire, en devenant à la fois une activité économique, mais également un paysage qui plaise aux habitants.

3.3.La convergence des enjeux économiques et des aspirations pour le paysage

a. Produire de la « campagne »

D'après le paysagiste Pierre Donadieu, « la campagne se décline autour d'archétypes paysagers esthétiques et bucoliques »121. L'agriculture périurbaine, pour résister aux assauts de l'étalement urbain, doit être « reconnue comme activité économique, composante de l'armature spatiale et paysagère du territoire. »122

Cette idée de produire du paysage a été reprise par Pierre Dhenin, directeur d'Espace Naturel Lille Métropole, en 2002, au moment des négociations avec la Chambre d'Agriculture pour établir un partenariat. Afin de sécuriser le foncier agricole dans une métropole qui s'urbanisait à un rythme très soutenu, Pierre Dhenin avait pour ambition de « produire une campagne »123, permettant ainsi d'associer les aspirations citadines pour un paysage plus agréable et les fonctions économiques de l'agriculture périurbaine. D'après Nicolas Rouget, le partenariat entre le syndicat mixte ENLM et la Chambre d'Agriculture visait le développement d'une « vision esthétique, de loisir, et aussi de protection des écosystèmes »124. L'agriculture périurbaine avait donc pour mission de développer une offre paysagère. Nicolas Rouget parle de « l'attitude constructive de la Chambre d'agriculture (...) qui contribue à une mise en convergence des représentations du territoire. » 125 Le partenariat ENLM-profession agricole est entrepris dans l'idée de promouvoir une campagne, à la fois cadre paysager et espace de production de l'activité agricole. Il s'agissait d'ouvrir les espaces agricoles à la promenade, tandis qu'ENLM assurait la bonne gestion des chemins et encourageait financièrement les agriculteurs à respecter une « charte paysagère » pour leurs exploitations.

121 Pierre Donadieu, « Le paysage, un paradigme de médiation entre l'espace et la société », Economie rurale, n°297, janvier-avril 2007, p. 5-9

122 Monique Poulot, « Les territoires périurbains : « fin de partie » pour la géographie rurale ou nouvelles perspectives ? », Géocarrefour, vol. 83/4, 2008

123 Entretien avec Nicolas Rouget, géographe, 10 février 2015 à Lille

124 Entretien avec Nicolas Rouget, géographe, 10 février 2015 à Lille

125 Nicolas Rouget, compte-rendu du Café géo de Montpellier le 13 janvier 2015 intitulé « La ville et son agriculture : retour vers le futur »

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b. Une agriculture qui répond aux attentes des citadins

Si l'agriculture veut survivre à l'artificialisation des espaces, elle doit assurer des fonctions socio-économiques précises. Monique Six, ancienne présidente de la Chambre d'Agriculture, souligne que « l'agriculture devait se mettre en conformité avec les attentes sociales citadines, être attentive aux externalités, c'est-à-dire au paysager »126. Un enjeu majeur était également celui de l'environnement, il fallait produire propre et surtout pour le marché local, pour répondre à l'émergence au souhait de certains citadins de développer une habitude de « locavore ».

D'après Nicolas Rouget, le dialogue qui avait été rendu possible grâce à Pierre Dhenin, directeur d'Espace Naturel Lille Métropole, « est peut-être en train de se rompre car les représentations sont exclusivement urbaines, l'agriculture périurbaine est forcément bio »127. L'agriculture doit répondre aux demandes des citadins, et ces attentes sont extrêmement précises concernant l'offre alimentaire. « L'agriculture périurbaine serait forcément une culture alternative »128. Pour le géographe, il s'agit d'une réflexion conditionnée par une « forme d'idéologie (...), certaines lectures des problématiques agricoles ne sont pas forcément en adéquation avec la réalité »129. Ainsi, dans le cas de la métropole lilloise, si l'agriculture veut survivre, elle doit s'assurer qu'elle plaît au citadin, d'un point de vue esthétique, et d'un point de vue alimentaire. Or, les représentations citadines de ce que serait l'agriculture apparaissent parfois comme idéalistes. Pour Roland Vidal et André Fleury, « l'agriculture est tiraillée entre une réalité économique qui l'accuse d'être productiviste, et une image champêtre et protectrice de la nature qu'on aimerait la voir porter mais qu'elle a du mal à assumer »130. Pour eux, l'agriculture doit devenir une offre « agriculturelle »131 pour survivre à l'étalement urbain.

Il apparaît donc que l'agriculture périurbaine est la première menacée par le mouvement de l'artificialisation. L'enjeu, si elle veut ne pas être grignotée jusqu'à sa perte par l'urbanisation, est qu'elle devienne un paysage à part entière, accessible pour le citadin. Le partenariat entre la Chambre d'Agriculture et le syndicat mixte Espace Naturel Lille

126 Entretien avec Nicolas Rouget, géographe, 10 février 2015 à Lille

127 Ibid.

128 Ibid.

129 Ibid.

130 Roland Vidal et André Fleury, « La place de l'agriculture dans la métropole verte ; Nostalgies, utopies et réalités dans l'aménagement des territoires aux franges urbains », Projets de paysage, n°1, 09/02/2009

131 Ibid.

Métropole permet de produire de la « campagne » et de répondre ainsi aux représentations des habitants, faisant de l'espace rural un paysage ouvert. Elle devient donc peu à peu un espace naturel périurbain, ouvert à la promenade, tout en devant répondre à sa mission première de production agricole. Ainsi, alors que l'artificialisation oppose de manière binaire les espaces agricoles et les espaces verts urbains, en faisant du premier la première victime de l'artificialisation et du second une facette même de l'artificialisation, elle rencontre des limites quand les acteurs font converger leurs intérêts. En cherchant à limiter cette même artificialisation, les acteurs du territoire doivent rendre conforme l'espace rural aux attentes citadines, et, de ce fait, l'artificialisent, si on comprend le phénomène comme une diffusion du modèle de compréhension citadin.

De plus, le territoire, s'il rencontre les dimensions matérielle et immatérielle en conciliant offre paysagère et offre alimentaire, il est également le reflet de la « dimension organisationnelle »132, « le territoire est défini comme une entité dotée d'une organisation des acteurs sociaux et institutionnels »133.

Les dimensions du territoire se confrontent et se confortent, l'identité de l'espace est la traduction des fonctions économiques attribuées au sol, des représentations imaginaires du paysage, et le résultat du jeu entre les acteurs du territoire. Ceux-ci réinventent le territoire à travers des partenariats comme l'illustre l'accord entre la Chambre d'Agriculture et Espace Naturel Lille Métropole, et à travers la politique d'aménagement au nom de la biodiversité qu'est le concept de Trame verte et bleue.

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132 Richard Laganier, Bruno Villalba et Bertrand Zuindeau, « Le développement durable face au territoire :

éléments pour une recherche pluridisciplinaire », Développement durable & territoires, Dossier 1, 2002

133 Ibid.

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CHAPITRE II : L'artificialisation des territoires et la Trame verte et

bleue

L'artificialisation des territoires apparaît comme un enjeu majeur dans les discours des acteurs du territoire. Son ambiguïté sémantique conduit à l'apparition d'un dialogue entre des organismes qui, pour le premier, était victime de l'artificialisation, et qui, pour le second, y participait. L'artificialisation justifie également l'émergence d'un concept, celui de la Trame verte et bleue, qui, en poursuivant l'ambition de limiter les conséquences de l'étalement urbain sur la biodiversité locale, remet encore en question la fiabilité de la définition de l'artificialisation, et qui génèrent des réactions variées.

1. L'artificialisation et la fragmentation des espaces naturels

L'artificialisation menace non seulement l'agriculture, elle impacte profondément l'environnement et met en péril les équilibres écosystémiques des milieux naturels. Le constat selon lequel l'artificialisation conduit à la fragmentation des habitats naturels se développe aux échelles nationale et régionale.

1.1.Un constat national inquiétant

a. Une artificialisation généralisée et ses conséquences

Les dynamiques d'artificialisation des sols s'étendent sur tout le territoire métropolitain. Entre 1992 et 2004, les superficies artificialisées se sont accrues de plus de 600 km2 par an en France métropolitaine, ce qui correspond à la superficie d'un département tous les dix ans. Depuis le début des années 1980, cette progression a même été quatre fois plus rapide que la croissance démographique, avec 40% d'augmentation des superficies artificialisées entre 1982 et 2003. Le rythme d'artificialisation s'est poursuivi après 2000, et « selon les mêmes tendances que dans les années 1990, c'est-à-dire principalement aux dépens des espaces agricoles.»134 . On compte près de 86 000 hectares gagnés par l'artificialisation chaque année entre 2006 et 2009.

134 Philippe Chéry, Alexandre Lee, Loïc Commagnac, Anne-Laure Thomas-Chery, Stéphanie Jalabert and Marie-Françoise Slak, « Impact de l'artificialisation sur les ressources en sol et les milieux en France métropolitaine », Cybergeo : European Journal of Geography, 2014

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Ce constat est d'autant plus inquiétant, que « cette artificialisation est, pour l'essentiel, irréversible »135, « 250 km2 sont imperméabilisés chaque années, avec des conséquences majeures sur les sols et la gestion des eaux pluviales »136. Les ressources en sol diminuent à grande vitesse et les impacts de l'artificialisation vont bien au-delà de la destruction des sols. En effet, ce phénomène tend à « fermer le paysage et met en danger l'identité de l'habitat et le devenir de l'agriculture »137.

Du point de vue de l'environnement, les conséquences sont multiples. L'artificialisation conduit à une réduction de la surface des espaces naturels et donc de la biodiversité. Elle génère également des effets de coupure des corridors biologiques et conduit donc à la fragmentation des écosystèmes, selon les localisations de l'étalement urbain. S'ensuit une imperméabilisation des sols entraînant un accroissement des risques d'inondation et une moindre recharge des nappes. De plus, l'étalement urbain est un facteur de dépendance à l'automobile : le taux de motorisation est d'autant plus élevé que l'on s'éloigne du centre-ville. Logiquement, la consommation d'énergie par habitant augmente lorsque la densité baisse. Il en va de même pour les émissions de CO2. L'artificialisation, du point de vue de la biodiversité locale, est particulièrement néfaste car elle génère la fragmentation des habitats naturels.

b. La fragmentation des habitats naturels

L'artificialisation du territoire génère la fragmentation des habitats naturels. D'après le Ministère du développement durable, « la fragmentation des milieux naturels peut être défavorables à de nombreuses espèces, d'une part à cause de la faiblesse des surfaces accessibles et d'autre part par l'isolement, le cloisonnement des différents espaces naturels »138. Ainsi, l'artificialisation réduit les habitats naturels, et provoque également des barrières infranchissables pour certaines espèces. L'accroissement des surfaces bâties, que ce soit pour des infrastructures telles que des autoroutes, ou pour des lotissement, conduit donc à la fragmentation des habitats naturels, et menacent la biodiversité nationale.

135 Guillaume Sainteny, « L'étalement urbain », Annales des Mines - Responsabilité et Environnement, n° 49, 2008, pp. 7-15

136 Ibid.

137 Philippe Chéry, Alexandre Lee, Loïc Commagnac, Anne-Laure Thomas-Chery, Stéphanie Jalabert and Marie-Françoise Slak, « Impact de l'artificialisation sur les ressources en sol et les milieux en France métropolitaine », Cybergeo : European Journal of Geography, 2014

138 Commissariat général au développement durable - Service de l'observation et des statistiques, « Conservation

et gestion durable de la biodiversité et des ressources naturelles », Etudes & documents, n°57, novembre 2011

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L'étalement urbain est un puissant facteur de fragmentation paysagère ; l'urbanisation met en place des structures anthropiques permanentes qui provoquent de profondes modifications du paysage et des changements d'occupation du sol « généralement irréversibles »139. L'artificialisation est également responsable de la minéralisation et de la pollution et de leurs conséquences sur la biodiversité. Il ne s'agit pas seulement d'une fragmentation des habitats naturels, mais de pressions plus ou moins directes exercées sur les écosystèmes.

Philippe Clergeau souligne également l'étalement et l'uniformisation du modèle urbain, sous-tendu par l'artificialisation des sols. Peu à peu, les villes se développent, et elles adoptent la même structure, ce qui est un danger pour la biodiversité régionale et locale. En effet, l'uniformisation des paysages urbains conduit à un « processus d'homogénéisation taxonomique des communautés en milieu urbain »140 et favorise l'introduction d'espèces exotiques qui sont un danger pour la conservation de la biodiversité locale. « La ville détruit la nature soit directement par la destruction des habitats naturels, soit indirectement, par la fragmentation et l'isolement des sites naturels »141. Quand cette nature est présente, elle est résiduelle dans quelques espaces qui lui sont dédiés. Les préoccupations actuelles en termes de conservation de la biodiversité urbaine, voire de restauration des milieux, intéressent tous les territoires et se pose aujourd'hui concrètement en ville.

L'étude de l'artificialisation et de ces conséquences connaît un fort développement, au travers des institutions nationales, et de travaux des chercheurs en géographie et en écologie. Il apparaît donc que le phénomène de l'étalement urbain, et ces répercussions sur la biodiversité, est un constat national, et qu'il est urgent de ralentir de rythme de l'artificialisation, ou du moins de corriger le mieux possible la dégradation des écosystèmes. Ce constat national se décompose à l'échelle de la région, qui dresse le bilan de l'artificialisation des territoires et des conséquences sur la biodiversité locale.

139 Rahim Aguejdad, thèse intitulée « Etalement urbain et évaluation de son impact sur la biodiversité, de la reconstitution des trajectoires à la modélisation prospective. Application à une agglomération de taille moyenne : Rennes Métropole », Géographie, Université de Rennes2009

140 Philippe Clergeau, « Biodiversité urbaine : de l'inventaire naturaliste au fonctionnement écologique », Société Française d'Ecologie, 16 décembre 2010

141 Ibid.

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1.2.Le poids de la région

a. Le diagnostic pour le Nord-Pas de Calais

La DREAL142, direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement du Nord Pas de Calais annonce que « les espaces naturels, agricoles et forestiers (sont) fragilisés »143. De cette occupation des sols qui menacent tout particulièrement les espaces naturels et agricoles découlent une biodiversité amoindrie. Jean-Marc Valet, directeur général du Conservatoire Botanique de Bailleul fait l'état des lieux des pressions actuelles sur la nature régionale. L'exploitation les données de l'outil SIGALE144 qui identifie l'occupation des sols rend compte de l'occupation des sols régionale. L'agriculture intensive occupe 77% du territoire, les milieux naturels et les forêts représentent 9% du territoire, et enfin, les espaces artificialisés, 13,5% du territoire. « Le premier constat est une perte très importante des territoires agricoles au profit des territoires artificialisés. C'est le l'ordre de 1021 hectare par an, ce qui est énorme »145.

La région Nord-Pas de Calais a connu un développement des espaces artificialisés de 3,11% entre 2005 et 2009. Le SRCE146, Schéma régional de cohérence écologique, dresse le même constat, et revient sur l'artificialisation dans chaque milieu : boisé, humide, naturel ouvert, et cultivé. Ce schéma ajoute que « concernant la région, la faible superficie des espaces naturels régionaux, la population importante de la région, et l'engouement récent pour les activités de nature concourent à augmenter la fréquentation des sites naturels »147.

142 La DREAL est la création d'un échelon régional sous l'égide du ministère de développement durable. Elle a pour mission de piloter les politiques de développement durable résultant notamment des engagements du Grenelle Environnement.

143 Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement du Nord-Pas de Calais, « Prendre en compte l'environnement dans les documents d'urbanisme », octobre 2012

144 Le SIGALE est le Système d'Information Géographique et de l'Analyse de L'Environnement de la région Nord-Pas de Calais

145 Jean-Marc Valet, Directeur Général de Conservatoire Botanique National de Bailleul lors de la Journée annuelle de l'Observatoire, « Un point complet sur l'état de santé de la nature en Nord-Pas de Calais », le vendredi 20 mai 2011. http://www.observatoire-biodiversite-npdc.fr/fichiers/documents/restitutions/restitution-journee-observatoire-2011.pdf

146 Le SRCE a été mis en place dans le cadre de la démarche concertée du Grenelle de l'Environnement. Il s'agit d'une démarche visant à maintenir et à reconstituer un réseau sur le territoire national pour que les espèces animales et végétales puissent assurer leur survie.

147 Schéma Régional de Cohérence Ecologique du Nord-Pas de Calais, Rapport, Juillet 2014 http://www.nord-pas-de-calais.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/rapport srce-tvb juillet 2014.pdf

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Le PCET148, Plan Climat Energie Territorial, est un projet territorial de développement durable qui a pour finalité la lutte contre le changement climatique. Institué par le Plan Climat national et repris par les lois Grenelle, il s'adresse aux élus locaux. Le PCET de Lille Métropole constate, « lors de la préparation du PADD du SCOT, (...) il apparaît que la surface d'artificialisation a été d'environ 330 ha par an, ces 40 dernières années, sur l'arrondissement de Lille. Sur une période plus courte (1998-2005) conforme au SRCAE, la moyenne s'établissait à environ 270 ha/an »149.

Comme à l'échelle nationale, l'artificialisation du Nord-Pas de Calais conduit à une fragmentation des habitats naturels à l'échelle régionale, menaçant directement les milieux naturels et la biodiversité locale.

b. Les menaces pesant sur la biodiversité locale

Le constat général présenté à l'échelle nationale « mérite d'être précisé par des approches régionales permettant d'utiliser des données plus précises (...) en termes d'occupation du sol »150. Les documents régionaux et le Conservatoire Botanique de Bailleul s'attachent à décrire plus précisément l'artificialisation régionale, ainsi que les effets sur l'environnement qu'elle provoque. Jean-Michel Malé, le chef du service « Préservation des milieux, prévention des pollutions » de la DREAL met en avant la fragmentation des habits naturels : « Jean-Marc Valet (directeur général du Conservatoire Botanique de Bailleul) nous a présenté tout à l'heure une carte qui montre que nous en étions à 35 000 îlots. La cible de tout ce travail est de lutter contre la fragmentation des milieux et d'aider à préserver, gérer à remettre en état des milieux nécessaires aux continuités écologiques »151.

148 Le PCET est institué par le Plan Climat National et repris par les lois de Grenelle, c'est un projet territorial dont la finalité est la lutte contre le changement climatique et l'adaptation du territoire.

149 Plan Climat Energies Territorial de Lille Métropole, Rapport du 18/10/2013

http://www.lillemetropole.fr/files/live/sites/lmcu/files/images/ACTUALITES/DEVELOPPEMENT%20DURAB LE/plan%20climat%20energie.pdf

150 Philippe Chéry, Alexandre Lee, Loïc Commagnac, Anne-Laure Thomas-Chery, Stéphanie Jalabert and Marie-Françoise Slak, « Impact de l'artificialisation sur les ressources en sol et les milieux en France métropolitaine », Cybergeo : European Journal of Geography, 2014

151 Jean-Michel Malé, Chef du service « Préservation des milieux, prévention des pollutions » de la DREAL lors de la Journée annuelle de l'Observatoire, « Un point complet sur l'état de santé de la nature en Nord-Pas de Calais », le vendredi 20 mai 2011. http://www.observatoire-biodiversite-npdc.fr/fichiers/documents/restitutions/restitution-journee-observatoire-2011.pdf

48

Le SRCE souligne également la « faible surface globale des milieux naturels du Nord-Pas de Calais »152 et ajoute que celle-ci « s'accompagne de leur émiettement en une multitude de petits espaces naturels disséminés sur le territoire »153. Le schéma ajoute qu' « une large majorité des milieux naturels du Nord-Pas de Calais sont en fait des milieux semi-naturels qui représentent aujourd'hui des milieux de substitution pour tout la faune et la flore régionale »154. D'après ce document, une fragmentation naturelle très lente est favorable à la biodiversité. Mais ce phénomène, à l'origine plutôt positif, peut aujourd'hui être considéré comme « l'une des causes majeurs de l'érosion de la biodiversité »155.

En effet, la fragmentation des habitats naturels se traduit par la diminution des surfaces utilisables et limite ainsi le brassage génétique. De plus, « toutes les espèces ne sont pas affectées de la même façon par la fragmentation des espaces naturels (...) et la fragmentation tend à favoriser les espèces pionnières et ubiquistes au détriment des espèces les plus spécialisées »156. Le changement climatique en cours est susceptible d'aggraver encore les conséquences de la fragmentation des habitats. A cette fragmentation perceptible s'ajoute une fragmentation invisible : pollution des sols, de l'eau, nuisances sonores et lumineuses, mais aussi mode de gestion des espaces naturels. Les conséquences environnementales de l'artificialisation de concernent pas seulement la perte de biodiversité. Pour Emma Raudin, membre de l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille, il convient de protéger de l'étalement urbain les champs captants grâce à des documents réglementaires. Aujourd'hui, les champs captants de Seclin Ronchin sont menacés par le développement des infrastructures, « l'autoroute A1 et le développement des ZA (zone d'activité) »157, posant des problèmes de ressources en eau.

Les menaces pesant sur la biodiversité locale conduit au développement de ressources et d'inventaire faisant l'état des lieux sur cette dernière. Les biologistes occupent une place prépondérante dans la lutte contre la fragmentation des habitats naturels et développant l'expertise sur l'état des écosystèmes.

152 Schéma Régional de Cohérence Ecologique du Nord-Pas de Calais, Rapport, Juillet 2014

http://www.nord-pas-de-calais.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_srce-tvb_juillet_2014.pdf

153 Ibid.

154 Ibid.

155 Ibid.

156 Ibid.

157 Entretien avec Emma Raudin, responsable du SCOT à l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille, le 20 février 2015 à Lille

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1.3.Le rôle des experts de la biodiversité

a. Une expertise indispensable

La complexité de la mosaïque urbaine et l'émergence des politiques environnementales oblige l'urbanisme à prendre en compte l'écologie du paysage. Cette dernière considère la ville comme « un paysage spatialement hétérogène composé de multiples tâches qui interagissent entre elles à l'intérieur de la ville comme au-delà de ses limites »158. Compte-tenu de l'hétérogénéité de la matrice urbaine et de l'isolement des habitats naturels caractéristique de cet espace urbain, il convient de faire appel aux experts de la biodiversité.

L'importance de l'expertise est réaffirmée par la Stratégie Nationale pour la Biodiversité qui encourage notamment « l'amélioration de l'expertise (...) en s'appuyant sur toutes les connaissances »159 en se fixant pour objectif de « développer, partager et valoriser les connaissances »160. « La multiplication des politiques de conservation de la biodiversité, depuis les années 1990 a, en effet, généré un besoin accru de connaissances sur le patrimoine naturel et la biodiversité et a donné lieu à la mise en place d'équipements spécifiques destinés à encourager la production et la rationalisation de ces données »161. L'adoption du Système d'Information sur la Nature et les Paysages en 2007 et l'Observatoire National de la biodiversité marque la volonté du Ministère de l'environnement de développer les connaissances concernant la biodiversité. Yannick Sencébé s'intéresse à la diffusion du modèle d'expertise environnementale. D'après lui, « le recours à l'expertise n'est pas nouveau mais sa diffusion et son appropriation par de multiples acteurs marquent la période récente »162.

L'importance prise par la science écologique facilite l'acceptabilité sociale des politiques de la nature, et « ouvre le champ de l'élaboration du diagnostic des problèmes et des leurs solutions »163. Ainsi, l'écologie du paysage s'intègre à l'urbanisme afin de rendre compte de la réalité multiforme de l'espace urbain et permet de développer et de diffuser la connaissance

158 Rahim Aguejdad, thèse intitulée « Etalement urbain et évaluation de son impact sur la biodiversité, de la reconstitution des trajectoires à la modélisation prospective. Application à une agglomération de taille moyenne : Rennes Métropole », Géographie, Université de Rennes2009

159 Pierre Alphandéry, Agnès Fortier et Anne Sourdril, « Les données entre normalisation et territoire : la

construction de la trame verte et bleue », Développement durable & territoires, Vol. 3, n°2, juillet 2012

160 Ibid.

161 Ibid.

162 Yannick Sencébé, Florence Pinton et Pierre Alphandéry, «Le contrôle des terres agricoles en France

Du gouvernement par les pairs à l'action des experts », Sociologie, n°3, vol. 4, 2013

163 Ibid.

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afin de permettre sa réappropriation par les acteurs du territoire. Elle permet également d'identifier les continuités écologiques et ses possibles ruptures, amenant l'adoption de politique de restauration visant à limiter l'érosion de la biodiversité.

b. L'ingénierie de l'environnement et ses limites

Le développement des données sur l'artificialisation et ses conséquences permet également de faire émerger des préconisations à propos de politiques qui permettraient de freiner l'érosion de la biodiversité. Le processus d'identification des continuités écologiques de la Trame verte et bleue donne une place importante à la mobilisation des connaissances.

Dans le cadre de l'artificialisation des sols, différentes méthodes privilégiant des approches relevant de l'écologie du paysage permettent d'identifier les habitats naturels, et notamment les corridors écologiques. Les Conservatoires botaniques établissent des inventaires faunistiques et floristiques, et les organismes devant les préserver mettent en place des méthodes pour assurer leur suivi. Sont identifiés à travers des cartes plus précises d'occupation des sols les potentialités des milieux et les possibles réservoirs de biodiversité. Afin de mesurer les conséquences de l'artificialisation des sols et notamment l'érosion de la biodiversité, l'expertise environnementale est donc indispensable.

Le développement des connaissances permettant la prise en compte des enjeux environnementaux et la modélisation d'une Trame verte et bleue qui rétablirait les continuités écologiques met sur le devant de la scène les experts. Toutefois, ces experts de la biodiversité ne sont pas forcément entendus ni compris par les autres acteurs du territoire. L'expertise écologique peut s'avérer trop complexe, car elle doit rendre compte de la complexité de la matrice urbaine, mais Alphandéry remarque la « simplification des fonds cartographiques »164. De plus, bien que les cartes soient plus précises car s'appliquant à une échelle de plus en plus grandes, elles ne peuvent être parfaitement exhaustives, et, d'après certains experts locaux, « les bases de données géoréférencées utilisées, par exemple, laisseraient de côté des éléments locaux voire micro-locaux essentiels à la détermination et à la hiérarchisation des continuités écologiques »165.

164 Pierre Alphandéry, Agnès Fortier et Anne Sourdril, « Les données entre normalisation et territoire : la

construction de la trame verte et bleue », Développement durable & territoires, Vol. 3, n°2, juillet 2012

165 Ibid.

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Ainsi, les cartes de déplacements des espèces, les inventaires faunistiques et floristiques sont indispensables pour mesurer la fragmentation des habitats naturels et mettre en place des mesures de correction. Mais le développement de l'expertise locale est sujet à des insuffisances. « Les cartes produites, essentiellement alimentées par des données pouvant être intégrées au SIG, n'ont pas permis une appréhension des continuités dans toute leur complexité, à l'échelle locale »166. Des données produites par les experts de la biodiversité découlent des orientations impulsées par la région pour, d'une part, limiter l'artificialisation, et pour mettre en place la Trame verte et bleue afin de limiter les menaces sur les écosystèmes.

1.4.Les orientations des schémas régionaux

a. Des objectifs chiffrés pour l'artificialisation

Le SRCAE167, Schéma régional du climat, de l'air et de l'énergie, met en place des objectifs chiffrés concernant l'artificialisation des sols. Il exige une consommation de moins de 500 ha/an à l'échelle de la région. Toutefois, « la question de la répartition n'est pas abordée. Quel territoire a droit à quoi, et selon quels critères ? »168. Si l'on limite l'artificialisation, on ne peut le faire totalement, car les besoins fonciers restent très importants.

En avant-propos, le Schéma Régional annonce qu'il a pour vocation de fixer un cap vers la sobriété et l'efficacité dans la consommation d'espaces. Il vise à « infléchir l'augmentation de l'étalement urbain, génération de pollution et de GAS, et destructeur de terres naturelles et agricoles qui captent le carbone »169. De plus, le changement d'affectation des sols conduit à un déstockage du carbone contenu dans le sol sur une vingtaine d'années. La disposition prise par le SRCAE est donc la suivante : limiter l'artificialisation des sols liée à l'étalement urbain du fait de la perte de capacité d'absorption et le déstockage de carbone engendrée. Cette disposition se traduit par l'orientation n° AT2 qui vise à « freiner

166 Pierre Alphandéry, Agnès Fortier et Anne Sourdril, « Les données entre normalisation et territoire : la construction de la trame verte et bleue », Développement durable & territoires, Vol. 3, n°2, juillet 2012

167 Le SRCAE est l'un des grands schémas régionaux créés par les lois de Grenelle, il décline aux échelles régionales une partie du contenu de la législation européenne sur le climat et l'énergie

168 Entretien avec Emma Raudin, responsable du SCOT à l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille, le 20 février 2015 à Lille le

169 Schéma régional du climat, de l'air et de l'énergie adopté en novembre 2012 http://www.nord-pas-de-calais.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/rapport-srcae-bd-nov2012.pdf

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l'étalement urbain en favorisant l'aménagement de la ville sur elle-même »170. L'objectif à l'horizon 2020 est de « limiter à 500ha/an l'extension de l'artificialisation des sols, et donc diviser par 3 la dynamique d'artificialisation des sols observé entre 1998 et 2005 au niveau régional »171.

Le SRCAE est donc un dispositif pour limiter l'artificialisation, il est « juridiquement faible mais précis »172 et « influence les élus »173. L'objectif est de diviser par trois l'artificialisation. D'après Ivanova Rodastina, de l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille, il est légitime que la métropole « prenne 30% du gâteau »174 car elle doit répondre à la forte demande en logement. Le SRCAE est donc le « garde-fou pour les besoins en logement et pour les besoins économiques. Le SRCAE permet de recadrer, de limiter entre les besoins et ce qu'on veut faire »175. A propos de l'arrondissement de Lille, le Plan Climat Energie Territorial limite l'extension à 175 ha/an « pour tenir compte que le territoire est très peuplé, et par souci de proportionnalité »176. La question est désormais la suivant : « est-ce qu'on s'inscrit dans la division par 3 au regard de l'outil OCSOL ? »177.

Les documents émis par la DREAL ne se contentent pas de donner des objectifs chiffrés de l'étalement urbain pour limiter l'artificialisation des territoires, ils invitent également les communes à mettre en oeuvre des politiques de protection de la biodiversité, et cette politique est la Trame verte et bleue.

b. Des préconisations pour la TVB

Le Grenelle de l'Environnement prévoit la mise en place du SRCE, Schéma Régional de Cohérence Ecologique. « Chaque région en France en aura un, avec le souci du législateur que les différents schémas régionaux s'articulent pour contribuer à une Trame verte et une

170 Schéma régional du climat, de l'air et de l'énergie adopté en novembre 2012

http://www.nord-pas-de-calais.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/rapport-srcae-bd-nov2012.pdf

171 Ibid.

172 Entretien avec Emma Raudin, responsable du SCOT à l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille,

le 20 février 2015 à Lille

173 Entretien avec Rodastina Ivanova, responsable Structure territoriale à l'Agence de Développement et

d'Urbanisme de Lille, le 19 mars 2015 à Lille

174 Ibid.

175 Ibid.

176 Ibid.

177 Ibid.

53

Trame bleue à l'échelle nationale »178. L'objectif est donc de mettre en place un maillage national pour freiner l'érosion de la biodiversité et « ce sont l'Etat et la Région qui s'en chargent, en s'appuyant sur un comité régional qui doit être créé pour l'occasion, le Comité régional TVB. La cible principale est la fragmentation. »179

Le SRCE s'intéresse donc au diagnostic régional concernant les espaces naturels, et aux moyens de freiner l'érosion de la biodiversité régionale. D'après le SRCE du Nord-Pas de Calais, « la grande majorité des espaces végétalisés le sont avec des espèces non régionales »180 ce qui limite les potentialités écologiques de ces espaces et « la mise en place de milieux faisant davantage appel aux espèces indigènes serait un plus indéniable »181. Toutefois, le schéma ajoute que « Le Nord-Pas de Calais est une région pionnière en matière d'intégration de la nature en ville »182. La nature, dans le SRCE, est également vue comme un « cadre d'activités touristiques et de loisirs importants »183, reprenant les orientations du schéma régional de TVB adopté par la région en 2006 donc l'objectif est d'améliorer et d'augmenter l'offre d'aménités et de loisirs en cohérence avec les objectifs de conservation de la biodiversité.

Le SRCAE, quant à lui, cherche à limiter les pertes de superficies agricoles, notamment via les prairies en « concourant à la Trame verte et bleue »184. Le PCET de Lille s'attache également à définir des orientations pour la Trame verte et bleue métropolitaine. Il identifie les réservoirs de biodiversité de la TVB métropolitaine dans un encadré spécifique.

c. L'influence sur le SCOT

D'après l'article L. 121-1 du code de l'urbanisme, issu de la loi de Grenelle II, « Les schémas de cohérence territoriale, les plans locaux d'urbanisme et les cartes communales déterminent les conditions permettant d'assurer, dans le respect des objectifs du développement durable : (...) l'utilisation économe des espaces naturels, la préservation des

178 Jean-Marc Valet, Directeur Général de Conservatoire Botanique National de Bailleul lors de la Journée annuelle de l'Observatoire, « Un point complet sur l'état de santé de la nature en Nord-Pas de Calais », le vendredi 20 mai 2011.

179 Ibid.

180 Schéma Régional de Cohérence Ecologique du Nord-Pas de Calais, Rapport, Juillet 2014 http://www.nord-pas-de-calais.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/rapport srce-tvb juillet 2014.pdf

181 Ibid.

182 Ibid.

183 Ibid.

184 Ibid.

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espaces affectés aux activités agricoles et forestières, et la protection des sites, des milieux et paysages naturels. »185

Le PCET, pour atteindre les objectifs restreignant l'artificialisation, invite à « s'appuyer sur les outils d'intervention déjà existants (SCOT, PLU, chartes des parcs naturels régionaux) et sur les réflexions régionales comme le SRADDT186, les directives régionales d'aménagement « Trame verte et bleue » et « maîtrise de la périurbanisation », (...) ou encore l'élaboration du SRCE »187. Les documents d'urbanisme ont une place particulièrement importante pour ralentir le rythme de l'artificialisation ; les SCOT et PLU « devront relever plusieurs défis : lutter contre l'étalement urbain avec une maîtrise du rythme moyen d'artificialisation des sols : que la moyenne pour les 20 prochaines années s'établisse autour de 165 ha par an (soit plus d'un tiers de réduction) au niveau de l'arrondissement (échelle SCOT) »188. Le PCET est établi par la LMCU, c'est un « document supérieur au SCOT, et il faut une compatibilité avec le SCOT puis vers le PLU »189. Pour le Plan Climat, l'urbanisme est « l'un des leviers permettant de réduire la vulnérabilité des territoires. En intégrant ces enjeux dans ses documents d'urbanisme, Lille Métropole permettra notamment au SCOT et au futur PLU d'être des outils au service de l'adaptation au changement climatique »190.

La DREAL invite également à la « prise en compte de l'environnement dans les document d'urbanisme »191. A partir du 1er janvier 2016, l'ensemble des Schémas de Cohérence Territoriale devront être conformes aux termes des lois Grenelle, et à compter du 1er janvier 2017, les communes non couvertes par un SCOT ne pourront pas ouvrir de nouvelles zones à l'urbanisation. Le SCOT et PLU, d'après la DREAL, doivent prendre en compte le SCRAE et le SRCE, le PCET devant être compatibles avec le SRCAE.

185 http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000020949548

186 Le SRADDT est le schéma régional d'aménagement et de développement durable du territoire, il précise les orientations fondamentales et à moyen terme du développement durable d'un territoire régional et ses principes d'aménagement.

187 Plan Climat Energies Territorial de Lille Métropole, Rapport du 18/10/2013

http://www.lillemetropole.fr/files/live/sites/lmcu/files/images/ACTUALITES/DEVELOPPEMENT%20DURAB LE/plan%20climat%20energie.pdf

188 Ibid.

189 Entretien avec Emma Raudin, responsable du SCOT à l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille, le 20 février 2015 à Lille

190 Plan Climat Energies Territorial de Lille Métropole, Rapport du 18/10/2013

http://www.lillemetropole.fr/files/live/sites/lmcu/files/images/ACTUALITES/DEVELOPPEMENT%20DURAB LE/plan%20climat%20energie.pdf

191 Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement du Nord-Pas de Calais, « Prendre en compte l'environnement dans les documents d'urbanisme », octobre 2012

55

L'accumulation des orientations élaborées par les lois de Grenelles et se traduisant par les schémas rédigés par la région impose des objectifs chiffrés visant à limiter l'artificialisation et invite les communes à mettre en place une Trame verte et bleue pour rétablir les continuités écologiques, afin de limiter les conséquences de la fragmentation des habitats naturels. L'artificialisation justifie donc l'apparition du concept de Trame verte et bleue et conduit à son inscription réglementaire dans les documents d'urbanisme. Le concept de Trame vert et bleue apparaît précocement dans la métropole lilloise, et se développe à travers le jeu des acteurs et les lois de Grenelle.

2. L'officialisation du concept de Trame verte et bleue

La région Nord-Pas de Calais, et la métropole lilloise sont particulièrement touchés par l'artificialisation des territoires. L'apparition du concept de Trame verte et bleue métropolitaine dans les années 1990 s'explique par la nécessité de limiter l'érosion de la biodiversité, mais également pour des raisons économiques. Le développement du projet de Trame verte et bleue est marqué par le Grenelle sur l'Environnement de 2009 qui institutionnalise le concept.

2.1.Espace Naturel Lille Métropole et le projet de Trame verte et bleue

a. La genèse de Trame verte et bleue lilloise

La Trame verte et bleue lilloise nait d'une préoccupation économique. « Au début des années 1990, Euralille ne se remplit pas, il y a moins de 20% d'occupation dans les grandes tours »192. La conclusion est la suivante : la ville souffre d'une mauvaise image auprès des entrepreneurs, il serait « plus agréable de travailler dans le tertiaire à Lyon qu'à Lille »193. L'objectif est de changer cette mauvaise perception. Et pour cela, le verdissement semble être la bonne solution. En effet, « le vert est vendeur »194 et Lille veut incarner la ville de l'Europe du Nord, « qui est une ville verte »195 à l'image de Copenhague ou d'Amsterdam.

Pierre Mauroy, à l'époque de ce constat, est président de la communauté urbaine, et lance le projet d'Espace Naturel Lille Métropole. Il aurait lancé en 1974 la création des Parcs

192 Entretien avec Pierre Dhenin, directeur d'Espace Naturel Lille Métropole, le 27 février 2015 à Lille

193 Ibid.

194 Entretien avec Nicolas Rouget, géographe, 10 février 2015 à Lille

195 Ibid.

56

Naturels Régionaux dans la même idée, « changer l'image auprès des investisseurs »196. En juin 1991, Pierre Mauroy développe la pensée autour du déficit d'espaces verts, et cherche à associer les habitants à l'élaboration des parcs dans un souci de « proximité ». Pierre Dhenin, président d'ENLM depuis sa création, est alors contacté par Pierre Mauroy, en raison de son expérience dans la communication et dans la gestion associative avec la MNE, désormais Maison Régionale de l'Environnement et des Solidarités. « A l'époque, on est à 6 mois des élections cantonales »197, et « c'est un projet difficile car sur la métropole, le moindre mètre carré est âprement discuté »198. Finalement, Pierre Dhenin rejoint l'équipe de Pierre Mauroy en septembre 1992 à l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille car la « reconquête de la métropole verte passe d'abord par les documents d'urbanisme »199.

Il travaille de 1992 à 2002 à l'Agence de Développement et d'Urbanisme afin de faire émerger des structures pour les projets locaux. Naissent de ce travail 7 projets donc le Parc de la Deûle, le Canal de Roubaix, la Marque Urbaine, et la Basse Deûle. L'ADU permet le regroupement des élus et des techniciens pour « rendre possible un projet vert »200. Mais « cela reste modeste, il n'y a pas de fond, il faut un moteur plus puissant »201. ENLM se dote de nouvelles compétences en 2000, qui se traduisent à l'automne 2002. L'aspect plus stratégique est laissé à la communauté urbaine, et ENLM se charge d' « animer et de concerter »202. Il réunit 40 communes afin de « fusionner les 7 projet »203 et permet d' « avoir un outil plus général, pour sortir une méthode plus partagée »204. Il s'agit d'une « structure de concertation permanente »205 avec « le conseil des élus et le conseil des usagers »206.

b. L'actualité de la Trame verte et bleue lilloise

Les missions d'ENLM sont variées : il contribue à collecter des données environnementales, à la protection de la ressource en eau, et plus particulièrement des eaux de surfaces avec la zone humide des Prés du Hem à Armentières, à l'éducation à la nature et sensibilise à la biodiversité, au moyen d'un programme d'animations, et surtout, contribue à

196 Entretien avec Pierre Dhenin, directeur d'Espace Naturel Lille Métropole, le 27 février 2015 à Lille

197 Ibid.

198 Ibid.

199 Ibid.

200 Ibid.

201 Ibid.

202 Ibid.

203 Ibid.

204 Ibid.

205 Ibid.

206 Ibid.

57

l'échelle de son aire métropolitaine à la construction d'un maillage déclinant la trame verte régionale dessinée par le SRCE. Aujourd'hui, ENLM gère 1 300 hectares sur 40 communes, emploie 130 agents permanents et environ 100 saisonniers. Le budget qui lui est alloué est de 3 millions d'euros par an. On distingue 4 territoires : la Basse-Deûle / Val de Lys, le canal de la Deûle à l'Escaut, le Val de Marque et le Parc de la Deûle, complété par l'Espace Naturel des Périseaux, premier parc agricole de la Métropole. 180 hectares sur les 1 300 que gère ENLM sont des équipements payants : les prés du Hem, Mosaïc et le dernier arrivée, en 2004, le Musée du plein air. Le syndicat mixte travaille conjointement avec d'autres organismes tels que le Groupe ornithologique du Nord, le Conservatoire botanique de Bailleul, ainsi que le Muséum National d'Histoire Naturelle.

La base du travail d'ENLM, est, d'après Pierre Dhenin, le Schéma Directeur de 2002, qui évoquait la Trame verte et bleue et donnait des orientations. L'ADU identifie désormais les espaces acquis par ENLM selon leurs potentialités en termes de biodiversité. Cependant, d'après l'agence, il apparaît que les espaces dont ENLM a la gestion sont « fragmentés et mal reliés »207. Pourtant, d'après son directeur, la Trame doit être « vaste, ample, c'est un entrecroisement de fils qui forment la trame et non pas une succession de taches »208. Ainsi, la TVB doit être « préalable à l'aménagement et non pas ce qu'on fait avec ce qui reste »209. Le syndicat mixte vise donc l'inscription de la TVB au prochain PLU afin de lui conférer une valeur réglementaire et assurer sa pérennité sur le territoire de la métropole.

c. Une Trame verte et bleue à visée récréative

La Trame verte et bleue lilloise est donc initialement pensée à des visées économiques, elle doit être récréative. Elle fait intervenir « d'autres registres de légitimité que la préservation de la biodiversité : nature en ville, et bien être des citadins [...J »210. Dans le cas de la métropole lilloise, celle-ci est fortement imprégnée de son histoire industrielle. Il y a plus de 150 friches sur le territoire de Lille, et l'enjeu pour ENLM est dépolluer et restructurer ces friches pour en faire des espaces de nature dans l'objectif d'améliorer le cadre de vie des habitants et l'attractivité du territoire. Cette renaturation a bien-sûr des effets positifs sur la biodiversité car elle permet également de rétablir la circulation écologique, d'autant plus que

207 Schéma Directeur de Développement et d'Urbanisme de Lille Métropole, élaboré par le Syndicat mixte du Schéma Directeur de Lille Métropole et approuvé le 6 décembre 2002

208 Entretien avec Pierre Dhenin, directeur d'Espace Naturel Lille Métropole, le 27 février 2015 à Lille

209 Ibid.

210 Nathalie Blanc, Sandrine Galton et Guillaume Schmitt, « Trames vertes urbaines : recherches en sciences humaines et sociales », Développement durable & territoires, Vol. 3, n°2, juillet 2012

58

la métropole est caractérisée par une forte artificialisation et une fragmentation de son territoire, notamment en raison des infrastructures : canaux, axes routiers et ferrés. Toutefois, au moment de la mise en place de cette Trame verte et bleue métropolitaine, l'accent est mis sur l'aspect récréatif.

D'après le Schéma Directeur de 2002, l'ambition de TVB est d'atteindre pour 2020 « 20 000 hectares voués à la natures et aux loisirs à l'horizon 2015 »211. La TVB s'appuie donc sur des territoires à vocation naturelle, et également à visée récréative. Elle comprend, d'après le document d'urbanisme, plusieurs catégories d'espaces, dont « des grands espaces paysagers et des parcs périurbains à vocation naturelle et récréative, des bases de loisirs avec de vastes plans d'eau, des liaisons et coulées vertes, et des espaces verts de proximité dans l'agglomération dense »212. Avant l'inscription du concept de Trame verte et bleue à une échelle nationale à travers la Loi de Grenelle de 2009, elle est entreprise dans la métropole lilloise dans un souci de changer l'image d'une ville au passé industriel peu vendeur davantage que dans un souci de freiner l'érosion de la biodiversité. Il fallait faire de Lille non plus une de ces villes du nord qui « avait conservé une tradition minérale »213, mais une ville d'Europe du Nord. Le directeur d'ENLM depuis 10 ans l'annonce sans gêne, tout en soulignant les réussites en matière de gestion de la biodiversité. Les espaces verts urbains semblent devoir répondre aux attentes sociales en matière de loisirs avant de pouvoir faire accepter une politique de protection de la biodiversité.

La politique de Trame verte et bleue connaît une apparition précoce dans la métropole lilloise, et se développe dans l'idée de changer l'image de la ville, et dans une visée récréative. Le Grenelle de l'Environnement intervient lors du développement de la Trame verte et bleue métropolitaine, et lui impulse un caractère profondément écologique.

211 Schéma Directeur de Développement et d'Urbanisme de Lille Métropole, élaboré par le Syndicat mixte du

Schéma Directeur de Lille Métropole et approuvé le 6 décembre 2002

212 Ibid.

213 Interview de Pierre Dhenin, « Culture et nature intimement liées », propos recueillis par S. Morelli, Sortir Lille Eurorégion

59

2.2.Le Grenelle de l'Environnement et l'émergence de la législation

La Trame verte et bleue lilloise est, au moment de sa création, une « compétence originale pour un espace naturel à l'échelle intercommunale. Mais la loi Grenelle intervient avec sa propre définition de la TVB »214.

a. Un contexte international favorisant l'émergence du concept de TVB

Dans les années 1990 se développe l'idée qu'il est nécessaire de lutter contre l'artificialisation des sols, et au vue du rythme soutenu de cette artificialisation apparaît une prise de « conscience du grignotage des espaces agricoles »215. Le développement de cette pensée conditionne l'apparition du concept de Trame verte et bleue dont la visée serait d'abord écologique. C'est également à ce même moment qu'apparaît le concept de « développement durable » à l'échelle internationale lors de la Conférence des Nations Unies sur l'Environnement et le Développement. Depuis cette époque, la notion de trames vertes et bleues « est utilisée pour les planificateurs comme un moyen de favoriser le développement durable des villes »216.

En 1995, la France ratifie la Stratégie paneuropéenne pour la diversité biologique et paysagère217, et cette dernière prévoie la mise en place d'un réseau écologique sur le continent. Le concept de Trame verte et bleue, initiée dès les années 1990, prend de plus en plus d'importance au niveau international et Européen. Il émerge en France en 2009 lors du Grenelle de l'Environnement, « à l'issue d'une période de plus de 15 ans marquée par la mise en oeuvre conflictuelle de la directive Habitats. Il répond également à la recherche d'une politique innovante en France »218 après l'échec de la politique européenne Natura 2000219 qui donnait trop d'importance à l'expertise. Cette politique apparaît également au moment où il y a une forte tentative de stopper l'érosion de la biodiversité en France et dans l'UE en 2010 ; l'année 2010 étant d'ailleurs l'année internationale de la biodiversité.

214 Entretien avec Rodastina Ivanova, responsable Structure territoriale à l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille, le 19 mars 2015 à Lille

215 Entretien avec Laure Cormier, géographe, le 5 mars 2015 à Paris

216 Laure Cormier, thèse intitulée « Les Trames vertes : entre discours et matérialités, quelles réalités ? », Géographie, Université d'Angers, 2011

217 La Stratégie paneuropéenne pour la protection de la diversité biologique et paysagère introduit la notion de réseau écologique paneuropéen pour stopper l'appauvrissement de la biodiversité biologique et paysagère.

218 Pierre Alphandéry, Agnès Fortier et Anne Sourdril, « Les données entre normalisation et territoire : la construction de la trame verte et bleue », Développement durable & territoires, Vol. 3, n°2, juillet 2012

219 Le réseau Natura 2000 est un ensemble de sites naturels européens identifiés pour la rareté ou la fragilité des espèces sauvage et de leurs habitats.

60

b. Présentation de la loi du Grenelle

La politique de trame verte est bleue apparaît lors du Grenelle sur l'environnement et illustre la volonté de lutter contre la fragmentation, conséquence de l'étalement urbain. Le gouvernement français initie une réflexion en matière d'environnement et de développement durable. Il réunit, à travers ce que l'on appelle le Grenelle de l'Environnement, « les acteurs du développement durable »220.

Depuis 2009, le terme est officiellement introduit dans la loi du 3 août 2009 dite « Grenelle 1 » qui définit les points-clés de la politique gouvernementale sur les questions de développement durable. Elle a pour objectif « la remise en bon état des milieux nécessaires aux continuités écologiques »221, avec en particulier, « le rétablissement ou l'amélioration de leur fonctionnalité. Elle s'effectue notamment par des actions de gestions, d'aménagement ou d'effacement des éléments de fragmentation qui perturbent significativement leur fonctionnalité et constituent ainsi des obstacles »222. La loi considère que la trame verte est « constituée, sur la base de données scientifiques, d'espaces protégés en application du droit de l'environnement et de territoires assurant leur connexion et le fonctionnement global de la biodiversité »223. Les objectifs affichés, par le ministère de l'Ecologie, du Développement durable, des Transports et du Logement, de la Trame verte et bleue sont :

« - diminuer la fragmentation et la vulnérabilité des habitats naturels et habitats d'espèces

- identifier et relier les espaces importants pour la préservation de la biodiversité par des corridors écologiques

- atteindre ou conserver le bon état écologique ou le bon potentiel des eaux de surface

- prendre en compte la biologie des espèces migratrices faciliter les échanges génétiques nécessaires à la survie des espèces de la faune et de la flore sauvage

- améliorer la qualité et la diversité des paysages

220 http://www.developpement-durable.gouv.fr/-Le-Grenelle-de-l-environnement-de-.html

221 http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000020949548

222 Ibid.

223 Ibid.

61

- permettre le déplacement des aires de répartition des espèces sauvages et des habitats naturels dans le contexte du changement climatique »224 .

Ainsi, en raison de son inscription dans la loi de Grenelle, le concept de TVB s'officialise. Alors qu'il était « historiquement au profit des métropolitains, la trame verte avec le Grenelle devient très écologique »225. En effet, La réflexion gouvernementale, à travers la notion de trames vertes, porte essentiellement sur un accroissement de la biodiversité. « Or, cette vision des trames vertes n'est pas partagée unanimement »226, certaines municipalités donnent « une définition plus large, multifonctionnelle »227. Ainsi, dans le cas de l'élaboration de la Trame verte et bleue lilloise, celle-ci rencontre une nouvelle orientation donnée par la législation nationale, qui la conduit à se concentrer sur les aspects environnementaux.

c. Un concept nouveau ?

Si le concept de trame verte introduit dès les années 1990, puis normé par la loi de Grenelle en 2009, il « s'inscrit dans l'histoire de l'urbanisme depuis plus d'un siècle »228 en faisant référence à une pensée urbaine plus respectueuse de l'environnement. On retrouve les origines d'un réseau vert structurant le développement des villes au XIXe siècle, d'abord aux Etats-Unis où se développent des « parkways », larges promenades plantées d'arbres dans les villes. La rénovation de Paris au temps d'Haussmann et le travail de l'urbaniste Adolphe Alphand permet l'aménagement de nombreux parcs, squares et bois. Frederick Olmsted, paysagiste américain, intègre les parcs dans la planification urbaine avec le mouvement des « greenways ». Avec la transformation des villes sous l'effet de l'industrialisation s'affirme « la nécessité de penser le développement urbain à partir d'un « système de parcs » qui relie une grande diversité d'espaces, à des échelles différentes»229. Ce projet est porté par une ambition à la fois hygiéniste, de santé, de salubrité, et esthétique. L'enjeu est « d'offrir un

224 http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000020949548

225 Entretien avec Rodastina Ivanova, responsable structure territoriale à l'Agence de Développement et

d'Urbanisme de Lille, le 19 mars 2015 à Lille

226 Ibid.

227 Entretien avec Laure Cormier, géographe, le 5 mars 2015 à Paris

228 Laure Cormier, thèse intitulée « Les Trames vertes : entre discours et matérialités, quelles réalités ? », Géographie, Université d'Angers, 2011

229 Ibid.

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système de promenades aux citadins et de favoriser une meilleure circulation de l'air ; il n'est pas encore question de dynamique des populations végétales ou animales »230.

Pendant l'entre-deux guerres, un autre concept s'impose : celui de Green belt. Il s'agit de préserver une couronne d'espaces non bâtis autour des villes pour éviter leur agglomération. Après la seconde guerre mondiale, Théodore Leveau, architecte et urbaniste français, préconise la « nécessaire pénétration des espaces verts dans la ville »231 et conseille de « proportionner et répartir la trame verte aux besoins futurs »232. Au milieu des années 1970, la montée des préoccupations environnementales oblige la prise en compte de la nature dans l'aménagement du territoire. Le ministère chargé de la protection de la nature et de l'environnement est créé. Au même moment, l'écologie du paysage met en lumière les bienfaits des corridors écologiques et participent de l'interpénétration de l'environnement et de l'urbanisme.

La mise en place de la Trame verte et bleue lilloise apparaît donc dans l'idée d'améliorer le visage de la ville, et le syndicat mixte Espace Naturel Lille métropole vise à faire des espaces naturels urbains des espaces récréatifs à destination des habitants de la métropole. La loi de Grenelle intervient alors que la Trame verte et bleue lilloise lui est préexistante, et développe une vision très environnementaliste de la notion, centrée alors sur le rétablissement des continuités écologiques. Le développement de ce concept, qui était pensé dans une vision tout d'abord économique, et qui évolue pour se rapprocher d'une politique de protection de la biodiversité, rencontre des limites, et des désapprobations, notamment de la part des politiques.

3. La Trame verte et bleue, concept sujet aux insuffisances

Le concept de Trame verte et bleue lilloise, pensé dans un premier temps à l'échelle métropolitaine, prend de plus en plus d'importance, et le syndicat mixte milite pour son inscription au PLU, ce qui lui conférerait une grande valeur réglementaire. Toutefois, la Trame verte et bleue rencontre des oppositions, et notamment en raison de son approche très scientifique du territoire.

230 Laure Cormier, thèse intitulée « Les Trames vertes : entre discours et matérialités, quelles réalités ? »,

Géographie, Université d'Angers, 2011

231 Ibid.

232 Ibid.

63

3.1.Un discours environnementaliste qui pose problème

a. Un discours difficile entre acteurs scientifiques et non scientifiques

La Trame verte et bleue fait la part belle aux experts de la biodiversité car elle apparaît avec la législation qui l'institutionnalise comme une politique dont la visée est clairement écologiste. Toutefois, bien qu'elle soit érigée en modèle normé par le Grenelle de l'Environnement, elle s'applique différemment sur les territoires qui se l'approprient. Elle est le fruit du travail conjointement mené par les acteurs scientifiques et les groupes sociaux. Chantal Jouanno, secrétaire d'Etat à l'écologie en 2009 le souligne : « l'Etat propose des orientations et une méthodologie, mais ce sont surtout les acteurs locaux qui construisent la TVB (...). Ce sont d'abord des projets de territoire »233. Pour Pierre Alphandéry, « le projet de TVB élaboré conjointement par des acteurs scientifiques et non scientifiques dans le cadre du Grenelle, doit constituer un outil d'aménagement du territoire »234 et « mettre en synergie les différentes politiques publiques afin de maintenir ou de restaurer les capacités de libre évolution de la biodiversité au sein des territoires, notamment en maintenant ou en rétablissant les continuités écologiques »235. Il est donc crucial d'accorder une place importante aux groupes sociaux et à leurs territoires, et de faciliter le dialogue entre les experts et les citoyens.

Toutefois, cela met en exergue des visions différentes concernant le territoire. Pour Serge Urbano, vice-président de FNE, la conception de la trame se veut surtout naturaliste : « Nous sortons enfin la protection de la nature de la confidentialité. Elle doit maintenant être pleinement intégrée à l'aménagement du territoire comme critère prépondérant pour le penser et le repenser et, d'autre part, servir comme outil pour (...) la TVB »236. « A travers ces différents points de vue se profilent deux conceptions de la TVB : celle qui envisage la Trame comme projet de territoire associant les habitants et les usagers et celle qui affiche une visée naturaliste prépondérante ».237

233 Intervention lors du 33ème congrès de France Nature Environnement intitulé « Une trame grandeur nature » à Lille, en 2009

234 Pierre Alphandéry, Agnès Fortier et Anne Sourdril, « Les données entre normalisation et territoire : la

construction de la trame verte et bleue », Développement durable & territoires, Vol. 3, n°2, juillet 2012

235 Ibid.

236 Intervention lors du 33ème congrès de France Nature Environnement intitulé « Une trame grandeur nature » à

Lille, en 2009

237 Pierre Alphandéry, Agnès Fortier et Anne Sourdril, « Les données entre normalisation et territoire : la

construction de la trame verte et bleue », Développement durable & territoires, Vol. 3, n°2, juillet 2012

64

b. Un discours essentiellement environnementaliste

Le Grenelle sur l'environnement, ainsi que les SCRE et SRCAE font de la Trame verte et bleue un concept aux visées essentiellement environnementalistes, dans un souci de préserver la biodiversité locale et d'enrayer les effets du changement climatique. Pourtant, pour Pierre Dhenin, directeur du syndicat mixte ENLM qui se charge de gérer et de développer cette TVB sur le territoire de la métropole lilloise, la visée est, dès le départ, clairement économique.

En effet, si la notion telle que développée par la réflexion environnementale porte sur un accroissement de la biodiversité, ENLM donne une définition plus large. Et pourtant, le terme reste mal-perçu car il semble mépriser l'aspect économique. Concernant la Chambre d'Agriculture, celle-ci s'attache à défendre la fonction économique de l'activité agricole, et la « Trame verte est vue comme pénalisante pour l'agriculture »238. Lors des négociations avec la DREAL pour élaborer le Schéma de Cohérence écologique, les membres de la Chambre étaient « très remontés, très vigilants »239. La position de la Chambre d'Agriculture qui cherche à défendre le foncier agricole conduit à des partenariats avec ENLM comme le Parc de la Deûle et les Périseaux. Cela « sert d'exemple mais on est toujours dans le jeu de la séduction pendant la négociation »240. Le compromis est délicat à atteindre, « la Chambre d'Agriculture est contre le zonage en N241 mais si ce zonage est peu contraignant »242.

L'aspect environnementaliste de la Trame verte et bleue et mal perçue par les politiques également, la métropole de Lille est « très diverse, il y a 85 communes, avec une variété de tailles. Si on va à Warneton et qu'on leur parle d'espaces verts pour les citadins, ils vont répondre :»nous on s'en fout, on a des chemins« »243. La Trame verte et bleue et son objectif de protection de la biodiversité apparaît pour certains acteurs du territoire comme pénalisant, ou même inutile. Le discours environnementaliste semble ignorer les réalités économiques des territoires. Par conséquent, le concept de Trame verte et bleue est souvent mal-perçu par les politiques qui la conçoivent comme une contrainte supplémentaire.

238 Entretien avec Rodastina Ivanova, responsable Structure territoriale à l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille, le 19 mars 2015 à Lille

239 Ibid.

240 Ibid.

241 Les zones N (naturelles) sont celles dans lesquelles l'urbanisation est interdite ou admise sous forme légère.

242 Entretien avec Rodastina Ivanova, responsable Structure territoriale à l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille, le 19 mars 2015 à Lille

243 Entretien avec Benoît Masson, membre du géocatalogue de Lille, le 25 février 2015 à Lille

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3.2.La Trame verte et bleue, mal-perçue par les politiques

a. Un aspect réglementaire qui dérange

Laure Cormier, à propos de la Trame verte et bleue, parle d'un « point de vue réglementaire contre l'étalement urbain »244. Cet aspect réglementaire, qui s'incarne à travers la législation d'abord nationale puis locale, pose problème aux élus. Le SCOT en effet est un « arsenal législatif qui se renforce sur la question de la Trame verte et bleue »245. Pourtant, la trame verte n'est pas unique, elle est l'expression d'une « diversité de pratiques en faveur d'une meilleure appropriation de l'espace. Mais les élus la voient seulement comme une dimension réglementaire »246. L'article L. 121-1 3° du code de l'urbanisme exige en effet que « les documents d'urbanisme déterminent les conditions de préservation et de la remise en bon état des continuités écologiques, de la biodiversité et des écosystèmes »247. Les SCOT et les PLU qui en découlent déterminent donc les fonctions de l'espace, en cherchant à préserver les réservoirs de biodiversité de l'artificialisation.

Le SCOT de Lille, pour son élaboration, prend en compte un inventaire « au nom du principe de l'écologie du paysage »248. Il fait état du caractère « plus ou moins naturel des espaces, s'ils sont grands, s'ils sont fragmentés »249, il prend en considération « leur compacité, leur proximité avec des espaces plus ou moins artificialisés. Il permet de d'identifier les potentialités. Croisé avec le PLU, il donne une dimension réglementaire et permet de voir là où il y a une concentration des enjeux écologiques »250. Le diagnostic à la veille du PADD251 est assez mitigé, « il y a pas mal d'études, et même si le territoire est pauvre en biodiversité, les études s'imposent pour les nouvelles exigences du code de l'urbanisme »252. Ainsi, les documents d'urbanisme sont forcés par le code de l'urbanisme de contraindre l'aménagement du territoire en fonction des qualités environnementales d'un

244 Entretien avec Laure Cormier, géographe, le 5 mars 2015 à Paris

245 Entretien avec Rodastina Ivanova, responsable Structure territoriale à l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille, le 19 mars 2015 à Lille

246 Entretien avec Laure Cormier, géographe, le 5 mars 2015 à Paris

247 http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?idArticle=LEGIARTI000019295069&cidTexte=LEGITE XT000006074075

248 Entretien avec Rodastina Ivanova, responsable Structure territoriale à l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille, le 19 mars 2015 à Lille

249 Ibid.

250 Ibid.

251 Le PADD, projet d'aménagement et de développement durable exprime les objectifs et projets de la collectivité locale en matière de développement économique et social, d'environnement et d'urbanisme à l'horizon de 10 ou 20 ans.

252 Entretien avec Rodastina Ivanova, responsable Structure territoriale à l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille, le 19 mars 2015 à Lille

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espace. Le développement de la documentation réglementaire apposée à la TVB « agit sur sa présence »253, et permet sa matérialisation. Il y a une véritable « efficience du schéma directeur sur l'occupation des sols »254, permettant la mise en oeuvre de la TVB. Le SD de 2002 à Lille élabore un projet d'aménagement du territoire qui définit les objectifs du territoire en incluant « la préservation et la restauration de la TVB et les actions permettant de l'atteindre »255.

D'après les nouveautés du code de l'urbanisme qui oblige les documents d'urbanisme à prendre en compte les enjeux de nature, l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille met en place des mesures réglementaires afin d'assurer la mise en place de la TVB et sa pérennité sur le territoire. Les élus le voit à la fois comme une contrainte supplémentaire de la part du droit de l'urbanisme, et également de l'Etat qui modélise le concept de TVB sans prendre en compte sa matérialité. Pour Pierre Dhenin, « en terme de trame vert, il y a trop en termes d'interdiction par rapport à l'incitation »256.

b. Des élus démunis et dépossédés

Pierre Alphandéry qualifie le Grenelle de l'environnement de « dispositif complexe »257 caractérisé par différents niveaux d'intervention, une volonté nationale de cadrer, et le caractère indéterminé des mesures et outils à mettre en oeuvre au plan local. Cette volonté nationale de cadrer est mal-vécue par les élus locaux qui ont le sentiment d'être dépossédés. En effet, avec le développement du concept de Trame verte et bleue, la logique intercommunale est prépondérante car ce dispositif nécessite une homogénéisation des règlements, « on quitte alors les enjeux très locaux et personnels, la décision est plus dans le bien commun que dans la particularité locale »258.

De plus, pour Laure Cormier, les élus sont démunis car « trop d'échelles s'impliquent, il y a un empilement de tous les niveaux. Entre le SRCE, le PLU, et le SCOT, comment les élus s'y

253 Entretien avec Laure Cormier, géographe, le 5 mars 2015 à Paris

254 Entretien avec Rodastina Ivanova, responsable Structure territoriale à l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille, le 19 mars 2015 à Lille

255 Schéma Directeur de Développement et d'Urbanisme de Lille Métropole, élaboré par le Syndicat mixte du Schéma Directeur de Lille Métropole et approuvé le 6 décembre 2002

256 Entretien avec Pierre Dhenin, directeur d'Espace Naturel Lille Métropole, le 27 février 2015 à Lille

257 Pierre Alphandéry, Agnès Fortier et Anne Sourdril, « Les données entre normalisation et territoire : la construction de la trame verte et bleue », Développement durable & territoires, Vol. 3, n°2, juillet 2012

258 Entretien avec Laure Cormier, géographe, le 5 mars 2015 à Paris

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retrouvent pour mettre en place ? Et avec la couche Natura 2000259, les ZNIEFF260, l'élu est démuni »261. A ce problème de superposition des politiques et des niveaux de gouvernance, il y a un enjeu financier. La trame verte est bleue est « inscrite à l'échelle locale seulement d'un point de vue réglementaire et il n'y a pas de subvention »262. Pour Laure Cormier, « le zonage réglementaire suggère des territoires figés et dépossédés par les politiques centrales, sachant que c'est fiscalement moins avantageux sur un territoire »263. En effet, le rendement immobilier non-bâti est inférieur à 2%. Pour faire face à l'imposition fiscale, « il s'avère nécessaire d'accroître leurs rendements, et d'en changer la substance, ou d'en amputer une partie c'est-à-dire de morceler les espaces naturels ou de s'en défaire »264. Ainsi, c'est en partie à cause de la fiscalité que les espaces naturels sont morcelés, et la politique de TVB ne propose aucune mesure de compensation auprès des élus. La réglementation paraît être la seule mesure gouvernementale pour forcer l'inscription de ce concept dans les documents d'urbanisme.

Pierre Dhenin nuance la problématique des financements. D'après lui, les politiques de biodiversité sont très peu coûteuses, il s'agit d'un « problème de volonté. Les échangeurs autoroutiers correspondent à plusieurs années d'investissement dans la TVB. La TVB ne coûte cher ni à la conception, ni à l'entretien. Le grand stade a coûté 700 millions d'euros. Au quotidien, bien plus de citadins ont besoin de la TV que du stade, et ce besoin ira en grandissant »265.

Si la Trame verte et bleue apparaît comme une réglementation contraignante, elle est également difficile à mettre en oeuvre, car emprunte du répertoire scientifique parfois trop complexe pour les non-initiés, ce qui explique la mauvaise réaction des maires à son égard.

259 Le réseau Natura 2000 est un ensemble de sites naturels européens identifiés pour la rareté ou la fragilité des espèces sauvage et de leurs habitats.

260 Les ZNIEFF, Zones Naturelles d'Intérêt Ecologique, Faunistique et Floristique, sont des espaces naturels labellisés par le ministère chargé de l'environnement depuis 1982.

261 Entretien avec Laure Cormier, géographe, le 5 mars 2015 à Paris

262 Ibid.

263 Ibid.

264 Guillaume Sainteny, « L'étalement urbain », Annales des Mines - Responsabilité et Environnement, n° 49, 2008, pp. 7-15

265 Entretien avec Pierre Dhenin, directeur d'Espace Naturel Lille Métropole, le 27 février 2015 à Lille

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3.3.Un concept difficile à appliquer

a. Une définition techniciste

La Trame verte et bleue est modélisée d'après les travaux en l'écologie du paysage. Il s'agit de la coordination de réservoirs de biodiversité et de corridors écologiques. Toutefois, ces termes sont scientifiques et peuvent poser problème « quand on veut passer au stade de l'application au terrain, notamment dans le cas des tentatives de limitation des effets de coupure par des infrastructures linéaires »266. Ainsi, l'écologie du paysage « est de plus en plus sollicitée dans les prises de décision concernant l'aménagement du territoire »267, mais il convient de définir avec précision les notions qu'elle emploie à propos de la modélisation des trames vertes et bleues.

Les « corridors » sont définis comme « des éléments paysagers linéaires qui permettent la dispersion d'espèces animales ou végétales entre deux habitats, au sein d'un environnement plus ou moins hostile, la matrice »268. Les « taches d'habitats » sont « des structures paysagères qui apparaissent ponctuellement et isolément dans un espace dominant caractérisé par une certaine uniformité d'occupation du sol et qualifié de «matrice» »269. Ces corridors, ou taches d'habitats, doivent relier des « réservoirs de biodiversité ». Ils ont donc pour mission d'assurer la connexion biologique dans des espaces étendus. Ces définitions ont été reprises lors de la modélisation de la Trame verte et bleue. La « matrice » tels que définie par les écologistes du paysage correspond à l'espace à dominante urbaine. Le dispositif TVB mis en place lors du Grenelle de l'Environnement et développé par le ministère de développement durable use du vocable de l'écologie du paysage et invite les communautés à mettre en place des corridors biologiques à travers la matrice urbain. La région Nord-Pas de Calais propose un Atlas régional de la Trame verte et bleue accompagné d'un cahier méthodologique pour faciliter l'élaboration des trames vertes et bleues métropolitaines. Pourtant, les définitions restent complexes, et les possibilités de réalisation obscures. Si, « devant les difficultés d'appréhension, plusieurs typologies des corridors ont été proposées »

266 Philippe Clergeau et Guy Désiré, « Biodiversité, Paysage et Aménagement : du Corridor à la Zone de

connexion biologique », MappeMonde, n°55, mars 1993

267 Ibid.

268 Ibid.

269 Atlas régional de la trame verte et bleue en Nord-Pas de Calais et Cahier méthodologique, publiée par la

région Nord-Pas de Calais et la FEDER, 2007

http://www.sigale.nordpasdecalais.fr/cartotheque/atlas/tvb/Cahier methodologique.pdf

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en utilisant la typologie des corridors de Foppen & al. (2000) selon la fonction qu'ils remplissent, l'application matérialisée de ces corridors est floue.

b. Les difficultés d'application

Tandis que la Trame verte et bleue est érigée comme un schéma à appliquer uniformément sur tous les territoires par la législation, sa matérialisation est beaucoup plus difficile. Le modèle qui se caractérise par une connexion entre réservoirs de biodiversité, grâce à des corridors écologiques de formes variées, rencontre des difficultés lors de sa réalisation. Le modèle est unique, mais les matérialisations sont variées. Pour Laure Cormier, il y a une difficulté à oublier le discours premier qui « cantonne la TVB à un schéma simpliste qui n'a pas de sens. C'est une modélisation qui a du sens, mais une matérialisation qui n'est pas possible. Il faut une Trame verte et bleue pour chaque espace »270. La concrétisation de la TVB dépend donc des acteurs locaux qui doivent se réapproprier l'approche scientifique qui a été érigée en modèle par le Grenelle I.

Il faut « s'affranchir du modèle taches/corridors/matrice » car « la structure ne conditionne pas la biodiversité »271. Il faut regarder avec précision la réalisation des politiques devant favoriser la biodiversité : « s'il y a une seule essence dans une haie, on a fait le job si on regarde la structure, mais c'est uniformisé. Il faut prendre en compte la fonctionnalité des espaces, le corridor fonctionnel s'affranchit de la structure. Avec les « confettis verts », il y a un échange de biodiversité d'un point de vue fonctionnel »272. Ainsi, chaque territoire doit mettre en place des modes de gestion de la biodiversité différents, et se concentrer sur la fonctionnalité des espaces davantage que sur la structure de la TVB. Le SRCE du Nord-Pas de Calais souligne également les limites de la modélisation de la TVB : « les corridors écologiques ne sont pas localisés précisément par le schéma. Ils doivent être compris comme des "fonctionnalités écologiques", c'est-à-dire des caractéristiques à réunir entre deux réservoirs pour répondre aux besoins des espèces »273. De plus, « tout espace naturel peut concourir à fragmenter l'habitat naturel dès lors que celui-ci diffère de son milieu de vie. Ainsi, les corridors des uns peuvent constituer les barrières des autres »274.

270 Entretien avec Laure Cormier, géographe, le 5 mars 2015 à Paris

271 Ibid.

272 Ibid.

273 Schéma Régional de Cohérence Ecologique du Nord-Pas de Calais, Rapport, Juillet 2014 http://www.nord-pas-de-calais.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_srce-tvb_juillet_2014.pdf

274 Ibid.

Quand il s'agit d'appliquer la Trame verte et bleue telle qu'elle est décrite par la loi qui s'inspire de l'écologie du paysage, les difficultés apparaissent et justifient le regard sceptique des acteurs du territoire quand à au bien-fondé de cette politique. D'après Laure Cormier, les théoriciens de l'écologie du paysage sont « dépassés par l'appropriation politique d'une conception scientifique »275.

Il apparaît donc que le constat de l'artificialisation et de la perte de biodiversité qu'elle entraîne conduit les régions et les communes à se doter d'un outil d'aménagement qui puisse lutter contre la fragmentation des habitats naturels. La Trame verte et bleue, concept qui apparaît dès les années 1990 dans la région Nord-Pas de Calais et dans la métropole lilloise, et qui est officialisé par le Grenelle de l'Environnement, se développe et est destiné à se voir attribuer une valeur réglementaire permettant d'assurer sa pérennité sur le territoire. Toutefois, la politique de biodiversité qu'est la Trame verte et bleue est pensée dans un premier temps comme un moyen de redorer l'image de la ville, et l'usage de du répertoire de l'écologie du paysage avec la loi de Grenelle lui confère une dimension scientifique qui pose problème, car souvent incomprise par les acteurs du territoire, et vue comme une dépossession de leurs territoires par les élus. Pourtant, la Trame verte et bleue est un outil qui se veut consensuel, et le syndicat mixte Espace Naturel Lille Métropole qui est chargé de son application sur le territoire de la métropole adopte une position pragmatique, risquant de même à mal la dimension écologique de ce concept.

70

275 Entretien avec Laure Cormier, géographe, le 5 mars 2015 à Paris

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CHAPITRE III : Le mainstreaming de l'écologie et ses conséquences

Les conséquences de l'artificialisation sur la biodiversité conduisent à l'apparition de la politique de Trame verte et bleue qui ambitionne de rétablir les continuités écologiques pour lutter contre l'érosion de la biodiversité locale. Pourtant, ce concept s'éloigne de cette visée écologique, et on peut parler de « mainstreaming de l'écologie »276. De plus, le terme de biodiversité peut être remis en question, et ainsi que la légitimité de l'écologie de la restauration. Finalement, peut-on dire que la Trame verte et bleue lilloise est une réussite ?

1. La TVB consensuelle au nom du développement durable

Le concept de développement durable qui apparaît au début des années 1980 cherche à associer trois aspects, économique, social et environnemental. Ce qu'on a appelé les trois piliers du développement durable se sont vus ajouter la notion de gouvernance d'après le modèle de la concertation. La Trame verte et bleue, en poursuivant l'objectif de concilier un aspect social et économique ainsi qu'écologique, devient un outil de concertation.

1.1.La TVB, un outil de concertation

a. L'impératif du dialogue

La Trame verte et bleue est un outil qui a pour but de corriger les effets de la fragmentation des territoires. Si elle revendique, du fait de son officialisation avec la loi de Grenelle, un aspect écologique qui a du mal à fédérer les acteurs du territoire, elle est également, et peut-être surtout, un moyen de mettre ces acteurs autour de la table, et de brasser les connaissances afin d'aboutir à un projet de territoire. Marie-Christine Blandin, sénatrice verte en 2009, le souligne : « la trame n'est pas seulement un but en soi. Il s'agit d'une opportunité pour que des gens qui ne se parlent pas d'habitude se rencontrent, échangent leurs buts, leurs connaissances, leurs contraintes et arrivent à accoucher de quelque chose »277.

276 Andrew Dobson, Green Political Thought, 4e éd., London-New York, Routledge, 2007 (1990)

277 Pierre Alphandéry, Agnès Fortier et Anne Sourdril, « Les données entre normalisation et territoire : la construction de la trame verte et bleue », Développement durable & territoires, Vol. 3, n°2, juillet 2012

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Laure Cormier partage ce point de vue, « la trame verte met autour de la table différents partis qui commencent à réaliser un savoir commun de prise en compte »278. Dans le cas de la métropole lilloise, le syndicat mixte ENLM souligne également son rôle de générateur de dialogue. Pour son directeur, « la première mission d'ENLM reste la concertation, la nature représente un domaine sensible, la bataille sur l'usage des terres de la métropole lilloise est telle que nous avons à convaincre de l'intérêt de la métropole verte »279. La concertation semble être indispensable pour mener à bien les opérations de restauration de la nature dans la métropole, et la diffusion de l'information occupe une place prépondérante dans la mise en oeuvre du concept de TVB.

Pierre Dhenin assure que la « mise en oeuvre de la trame verte c'est d'abord la concertation »280, et illustre son propos, « il y a une chose difficile à faire, c'est d'abattre les arbres. Dans la métropole, il y a des peupliers car c'est intéressant économiquement, mais après 40 ans, c'est dangereux et il n'y a pas d'intérêt paysager »281. A Haubourdin, il y a deux ans, le syndicat s'engage à abattre 20 hectares de peupliers, et durant un an, il diffuse « des informations pour expliquer la vie de l'arbre, il y a un comité de suivi avec les forestiers »282. Toutefois, les riverains sont attachés aux charmes et aux ormes qui poussent entre les peupliers, bien qu'il soit « très compliqué de les garder. Finalement, on a fait le premier abatage avec des chevaux de traie, c'était un spectacle. Aujourd'hui, il y a une nouvelle forêt qui pousse »283. Ainsi, « il y a eu 20 hectares d'arbres qui tombent et aucune protestation »284.

Compte-tenu de cette réussite, il apparaît que le dialogue est indispensable, et que la « trame verte est une oeuvre collective »285 et l' « appropriation des lieux »286 est essentielle. De même, si les documents d'urbanisme qui implémentent cette trame verte, « la réglementation doit être le fruit d'une information »287 . L'élaboration du SCOT, et d'après

278 Entretien avec Laure Cormier, géographe, le 5 mars 2015 à Paris

279 Entretien avec Pierre Dhenin, directeur d'Espace Naturel Lille Métropole, le 27 février 2015 à Lille

280 Ibid.

281 Ibid.

282 Ibid.

283 Ibid.

284 Ibid.

285 Entretien avec Rodastina Ivanova, responsable Structure territoriale à l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille, le 19 mars 2015 à Lille

286 Ibid.

287 Ibid.

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Ivanova Rodastina, son intérêt, est « de réunir élus et décideurs pour élaborer un projet commun, une occupation des sols autour d'une ambition »288.

La TVB semble donc être le fruit d'une concertation complexe, que ce soit avec les résidents, ou avec les élus, autour d'une vision du territoire, qu'elle soit à l'échelle du citoyen comme à celle du décideur. Le dialogue est engagé par le concept, et la « réussite de la Trame verte et bleue repose sur l'implication de l'ensemble des acteurs qu'ils soient décideurs, gestionnaires ou usagers de l'espace »289. Il convient donc de « sensibiliser, concerter et co-construire autour de la TVB »290 et « d'identifier les clés de réussite pour faciliter le dialogue territorial »291. Toutefois, si la concertation est indispensable, le dialogue n'est pas évident.

b. Une concertation difficile

Si la concertation est nécessaire à la matérialisation de la TVB, « (elle) ne garantit pas pour autant la réussite de ces projets, comme l'illustre la difficulté des TVB à trouver une traduction concrète dans les territoires »292. Le dialogue qui permettrait de rassembler les connaissances et de faire émerger un projet commun du territoire est pourtant difficile ; certains acteurs du territoire restent attachés à leurs représentations, et empêchent l'élaboration d'une même ambition pour la métropole.

Pour Benoît Masson, la Chambre d'Agriculture est particulièrement réticente au projet métropolitain de TVB. En effet, le rachat des terres et leur gestion pour le syndicat ENLM signifie un amoindrissement du stock de terres agricoles, « vous empiétez aussi sur nos terres, les espaces verts pour les citadins, c'est aussi la ville »293 résume Benoit Masson qui ajoute qu'il y a « toujours la même difficulté à mettre autour de la table des sensibilités agricole, urbaine et écologique »294. La multitude des acteurs, et leurs positions souvent difficilement conciliables, illustre la complexe transversalité de la TVB, et donc, sa laborieuse mise en oeuvre. « Force est de constater qu'une majorité des blocages provient des difficultés à instaurer un dialogue entre les différents acteurs impliqués : usagers, écologues, techniciens, agriculteurs... Tout d'abord parce que les manières d'appréhender le sujet sont variables,

288 Ibid.

289 Marie Décima, Julie Nicolas, Antoine Vaast, « Le dialogue, condition du succès de la réussite des projets, Le dialogue territorial dans les démarches de trame verte et bleue », Cerdd, décembre 2010

290 Ibid.

291 Ibid.

292 Yannick Sencébé, Florence Pinton et Pierre Alphandéry, «Le contrôle des terres agricoles en France Du gouvernement par les pairs à l'action des experts », Sociologie, n°3, vol. 4, 2013

293 Entretien avec Benoît Masson, membre du géocatalogue de Lille, le 25 février 2015 à Lille

294 Ibid.

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parce que les représentations sont très différentes, mais aussi parce que le changement génère le plus souvent des réticences, surtout quand il est imposé »295.

En effet, la mise en oeuvre de la TVB « touche à des problématiques de nature différente, opérationnelles et sectorielles, stratégiques, politiques, nécessitant d'avoir la maîtrise de l'ensemble des questions qui se posent »296. Cette interdisciplinarité se heurte à l'inconciliabilité des objectifs revendiqués par les acteurs. De plus, la transversalité « se renforce au fur et à mesure de l'élargissement de l'échelle d'appréhension : le nombre d'acteurs à se mettre autour de la table s'accroît, la démarche de construction de la TVB se complexifie »297. Ainsi, plus le projet de TVB s'étend, plus sa continuation est difficile. La mise en oeuvre opérationnelle est également gênée par l'articulation entre niveaux de collectivité. Aujourd'hui, ENLM ne rassemble que 41 communes sur les 85 qui constituent la métropole lilloise, et la matérialisation de la TVB est déjà délicate, rencontrant des oppositions au sein même du syndicat mixte. Si le projet s'étend à d'autres communes en raison de potentialités écologiques ou d'opportunité foncière, « la mise en oeuvre communale d'une stratégie définie au niveau supra dépendant de la bonne volonté du maire » peut être enrayée par « le « jeu » politique local »298. Les intérêts d'un élu peuvent être en contradiction avec la stratégie TVB, et il préfèrera la non-réalisation de cette dernière.

Ainsi, il s'agit de parvenir à une vision commune, et à un langage commun, « mais comment (y) parvenir sur un objet aussi complexe et interdépendant que l'est la biodiversité ? »299. D'après le document rédigé par Marie Décima, le fait que l'élaboration d'un projet commun sur un territoire étendu soit complexe s'explique par la méconnaissance des fonctions socio-économiques de la TVB. En effet, celle-ci ne vise pas uniquement à l'amélioration de la biodiversité locale, mais est multifonctionnelle.

295 Marie Décima, Julie Nicolas, Antoine Vaast, « Le dialogue, condition du succès de la réussite des projets, Le dialogue territorial dans les démarches de trame verte et bleue », Cerdd, décembre 2010

296 Tiphaine Kervadec, « Mettre en oeuvre la Trame verte et bleue en milieu urbain », Etd, Centre de ressources

du développement territorial, juin 2012

297 Ibid.

298 Ibid.

299 Marie Décima, Julie Nicolas, Antoine Vaast, « Le dialogue, condition du succès de la réussite des projets, Le dialogue territorial dans les démarches de trame verte et bleue », Cerdd, décembre 2010

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1.2.ENLM, fidèle au discours du développement durable

a. La TVB multifonctionnelle

La Trame verte et bleue est une notion encore récente, et « la connaissance de ses enjeux est souvent incomplète ou se limite à la seule dimension écologique. Les fonctions socio-économiques potentielles des corridors (support d'agriculture urbaine, développement d'emplois verts, etc.) sont encore peu appréhendées, ce qui conduit à un diagnostic incomplet alors que la TVB pourrait être une véritable opportunité pour réfléchir à un projet global de territoire, au croisement des enjeux sociaux, économiques et écologiques »300.

Pierre Dhenin rejoint cette idée, pour lui, la trame verte doit être transcourante, et Laure Cormier ajoute : « la trame verte ne doit pas être cantonnée à sa seule dimension écologique. Les habitants par rapport à parc, ou une forêt, ont des attentes précises, récréatives, esthétiques, de santé »301. Ainsi, la trame verte est multifonctionnelle afin d'assurer son acceptabilité par les acteurs du territoire, et ainsi, sa matérialisation. Le directeur d'ENLM souligne les situations dans les autres pays d'Europe, et notamment dans le Kent : « Il y a une exploitation de 580 hectares de céréales et de pomme de terre, avec trois fermiers, qui ont des land-rovers et des ordinateurs qui vérifient le cours de la pomme de terre en Hongrie »302. Les membres d'ENLM se sont rendus dans cette ferme lors d'un voyage il y a quelques années, et ces fermiers leur « montrent des mares qu'ils ont refaites, des chemins de randonnées à travers les champs, des haies »303. Pierre Dhenin demande : « Pourquoi ? Pour le business ! »304. En effet, ces fermiers ont signé un contrat avec la firme TESCO qui leur impose une charte de qualité, qui passe par ses aménagements paysagers. « Pour le blé, il est question de renom et l'exploitation doit accueillir le public pour faire connaître la marque »305.

La légitimation de cette politique censée favoriser la biodiversité peut sembler inappropriée. Mais pour le directeur d'ENLM, la vision très monolithique selon laquelle zone d'activité, zone de nature et zone de lotissement seraient distingués porte préjudice aux politiques de nature. Pour lui, la réalité d'aujourd'hui est la pluridisciplinarité. ENLM gère

300 Marie Décima, Julie Nicolas, Antoine Vaast, « Le dialogue, condition du succès de la réussite des projets, Le dialogue territorial dans les démarches de trame verte et bleue », Cerdd, décembre 2010

301 Entretien avec Laure Cormier, géographe, le 5 mars 2015 à Paris

302 Entretien avec Pierre Dhenin, directeur d'Espace Naturel Lille Métropole, le 27 février 2015 à Lille

303 Ibid.

304 Ibid.

305 Ibid.

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1 300 hectares de nature sur les 83 000 hectares de la communauté urbaine, il y a « besoin d'une conception plus transversale. (...) Tant qu'il n'y a pas d'approche pluridisciplinaire, il n'y a pas d'avancée »306. La Trame verte et bleue est pluridisciplinaire car elle cherche à recouvrir tous les aspects du « développement durable », en recoupant les piliers sociaux, économiques et écologiques. La question économique revient souvent dans le discours du président du syndicat mixte, qui pense que l'avenir de la TVB se trouve dans le partenariat public-privé. Pour Laure Cormier, il faut également que l'élu prenne conscience que la TVB recouvre toutes ces dimensions.

b. Un discours pragmatique

La Trame verte est bleue peine à se faire accepter par les acteurs du territoire, qui la voit comme un concept citadin mettant en péril l'agriculture périurbaine, ou une contrainte supplémentaire empêchant le développement économique des communes. Face à ces réticences, le concept cherche à s'imposer, en mettant en avant son aspect transcourant.

Pierre Dhenin a donc un « discours logique et pratique, il doit produire de l'espace naturel et le gérer tel que défini dans le champ de compétence de la métropole. Pour en acquérir et en gérer, il doit lutter face à des enjeux bien plus forts que lui »307. Il s'agit de promouvoir la TVB comme le moteur d'une activité économique, et ENLM « s'en sert car il y a des tensions sur les marches fonciers et les zones vertes sont moins rentables. Pierre Dhenin sort un discours masqué pour pouvoir faire son travail correctement »308. Ce discours est effectivement tourné vers l'aspect économique, « Le jour où on montrera que la trame verte est économiquement efficiente, on aura tout gagné »309. Pour ce dernier, il s'agit de « trouver ce qui est rentable pour un industriel, pour un lotisseur, et de faire entrer la TVB dans leurs conceptions. [...] Il faut encourager les efforts privés ou publics qui vont dans le même sens. Les zones d'activités sont les plus puissantes, mais on veut aussi des zones plus naturelles. Casino intervient pour la sauvegarde du jardin des géants car l'espace vert fait partie de l'image, les commerçants sont conscients de l'importance de l'image ».310

306 Entretien avec Pierre Dhenin, directeur d'Espace Naturel Lille Métropole, le 27 février 2015 à Lille

307 Entretien avec Guillaume Schmitt, géographe, le 2 avril 2015 à Lille

308 Ibid.

309 Entretien avec Pierre Dhenin, directeur d'Espace Naturel Lille Métropole, le 27 février 2015 à Lille

310 Ibid.

77

Il s'agit d'arriver à un « rapport gagnant-gagnant »311 pour assurer la pérennité de la trame verte. Et cela passe par la conciliation des intérêts privés et publics, pas le biais économique. Ainsi, la TVB lilloise, élaborée à son origine dans un objectif d'améliorer l'image de la ville, reste fidèle à cet engagement. La toute-puissance du discours économique est également utilisée pour promouvoir un objet qui use de propos également écologiques. Le syndicat mixte ENLM met en avant l'aspect transversal de la TVB, et cette position est reprise par l'agence d'urbanisme et de développement. Pour Ivanova Rodastina, « la TVB est forcément multifonctionnelle, elle ne sert pas seulement à protéger la biodiversité »312. Ainsi, la position pragmatique de Pierre Dhenin permet de faciliter le dialogue avec les élus, mais également les entrepreneurs. Jean-Michel Lebot et François Philip s'interroge sur cet aspect consensuel, et se demande si « l'objet trame verte concoure à l'hybridation du discours et au compromis ».313

1.3.ENLM, un syndicat mixte prêt au compromis

a. Le partenariat avec la Chambre d'Agriculture

La Chambre d'Agriculture est le premier acteur à convaincre du bien-fondé de la politique de Trame verte et bleue. En effet, les territoires agricoles sont les premiers touchés par l'artificialisation des sols, et le développement d'espaces verts destinés aux citadins apparaît comme une forme d'artificialisation qui menace l'activité agricole au profit d'espaces de loisirs. Les Périseaux sont l'incarnation de la coordination des intérêts agricoles et écologiques, et le dialogue entre ENLM et la Chambre d'Agriculture a été rendu possible grâce à Pierre Dhenin, qui assure que « les agriculteurs sont les premiers acteurs à convaincre »314. La Plaine des Périseaux s'étend sur 266 hectares, sur les communes de Templemars, Vendeville, Wattignies et Faches-Thumesnil. Elle est, d'après le PCET, « appelée à devenir un espace protégé de l'urbanisation où dominent et cohabitent harmonieusement agriculture raisonnée, nature préservée (développement de la biodiversité) et espaces de loisirs, respectueux de l'environnement »315. Il s'agit donc de concilier un usage de loisir, avec des activités de promenade et une agriculture qui assure la préservation du

311 Ibid.

312 Entretien avec Rodastina Ivanova, responsable Structure territoriale à l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille, le 19 mars 2015 à Lille

313 Jean-Michel Le Bot et François Philip, « Les trames vertes urbaines, un nouveau support pour une cité verte ? », Développement durable & territoires, Vol. 3, n°2, Juillet 2012

314 Entretien avec Pierre Dhenin, directeur d'Espace Naturel Lille Métropole, le 27 février 2015 à Lille

315 Plan Climat Energie Territorial de Lille métropole du 18/10/2013

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paysage et de l'environnement. ENLM intervient dans la délimitation des circuits pédestres à travers les champs, et assure l'offre paysagère grâce à des aides financières aux agriculteurs afin que ceux-ci permettent de « préserver un paysage de campagne agréable et authentique à destination du grand public afin de renforcer l'identité paysagère rurale »316. Il n'y a donc pas d'acquisition foncière mais « ENLM agit discrètement sur l'existant, c'est-à-dire les espaces agricoles »317.

Pour Pierre Dhenin, il s'agit d'un partenariat qui permet le maintien d'une activité agricole productive et rentable, en favorisant un « vrai rapport de producteur à consommateur »318, par acculturation à travers le paysage, et également par la mise en place d'un circuit court favorisant l'agriculture biologique. En effet, en périphérie de l'agglomération lilloise, « les 2/3 des agriculteurs tirent profit de la proximité urbaine : 16% par la mise en oeuvre de système de production spécialisés, 50% par l'offre de services aux particuliers. L'agriculture dite de proximité est considérée par les aménageurs comme apte à produire une valeur ajoutée au territoire »319. Aujourd'hui, l'élaboration de ce partenariat qui a commencé dès 2005 par la mise à disposition de la LMCU des chemins vicinaux et du site de l'étang de pêche par les communes, se développe progressivement, et en 2013 sont entrepris des travaux pour assurer 6 km de promenade supplémentaires.

La mission d'ENLM est donc d'assurer une offre paysagère pour le citadin, « tout en laissant place à l'initiative et en accompagnant les exploitants. Lorsqu'un éleveur remplace lui-même du maïs au bord de rivières par des prairies, ENLM finances les clôtures »320. La collaboration se perpétue également à travers différents programmes, une aide à l'insertion paysagère qui constitue en une formation de 3 à 5 jours avec des techniciens et un paysagiste, et 2000€ de fourniture ; un réseau de fermes, qui « rendent services aux visiteurs tandis qu'ENLM veille à la qualité de ce qui est proposé »321 ; un système d'associés à la gestion des espaces comme pour les prés du Hem, fauchés deux fois par an par un agriculteur qui récupère le fourrage.

316 Ibid.

317 Entretien avec Rodastina Ivanova, responsable Structure territoriale à l'Agence de Développement et

d'Urbanisme de Lille, le 19 mars 2015 à Lille

318 Entretien avec Pierre Dhenin, directeur d'Espace Naturel Lille Métropole, le 27 février 2015 à Lille

319 Nicolas Rouget, compte-rendu du Café géo de Montpellier le 13 janvier 2015 intitulé « La ville et son

agriculture : retour vers le futur »

320 Ibid.

321 Entretien avec Pierre Dhenin, directeur d'Espace Naturel Lille Métropole, le 27 février 2015 à Lille

79

Le partenariat initié par le projet des Périseaux permet la convergence des intérêts d'ENLM et de la Chambre d'Agriculture, la Trame verte et bleue et l'agriculture périurbaine ne sont plus incompatibles.

b. Eviter les conflits : satisfaire les usagers

La Trame verte et bleue s'adresse en premier lieu aux Lillois, et ENLM s'attache à assurer le soutien des usagers à ce projet. Pierre Dhenin met en avant la présence d'un conseil des usagers au sein du syndicat mixte. En effet, la TVB est pensée dans une visée sociale, celle de développer les espaces de nature de proximité dans un souci de bien-être et de loisirs pour le citadin. Elle vise également au rétablissement des continuités écologiques, et à l'amélioration de la biodiversité locale. L'accommodement de ces deux objectifs peut sembler périlleux, car l'utilisation des sites à des fin récréatives conduit au piétinement, et nuit à la faune et à la flore.

ENLM concilie ces deux visées grâce à un aménagement complexe des espaces de nature dont il a la gestion. Pierre Dhenin confirme que la fréquentation peut mettre à mal les écosystèmes, et propose un principe de base « il faut que le public soit dans les sites comme sur des rails »322. Ces rails sont en fait des « chemins extrêmement agréables, et s'il en sort, il est rapidement arrêté »323. Ainsi, le marcheur se promène sur un chemin large de 3 mètres, couvert de sable de marquise, et de part à d'autre de ce chemin s'étendent tout d'abord du gazon tondu d'une largeur d'un mètre, procurant un « sentiment de propreté »324, puis quelques mètres de prairie, suivi d'un alignement d'arbres, puis de broussailles, de ronces et enfin de murs qui protègent les coeurs de nature. Le promeneur « ne les voit pas, il a un sentiment de liberté, car l'interdit n'apparaît pas »325. Pierre Dhenin poursuit : « Les familles ont besoin de 2h30 de promenade tous les dimanches. Oui, mais sans détruire. On peut voir le coeur de nature mais pas y pénétrer »326. Le Lac du Héron, à Villeneuve-d'Ascq, voit passer près de 8 000 usagers certains dimanches.

Le directeur d'ENLM souhaite aussi montrer que la TVB peut profiter aux résidents. Un projet de sentier à travers le parc du Héron devait être un chemin agricole qui « passe derrière

322 Entretien avec Pierre Dhenin, directeur d'Espace Naturel Lille Métropole, le 27 février 2015 à Lille

323 Ibid.

324 Ibid.

325 Ibid.

326 Ibid.

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un lotissement et qui arrive sur la rivière de la Marcq »327. Mais ce projet rencontre l'opposition des habitants des lotissements. ENLM organise des réunions publiques avec les riverains, « pour étudier ce qui est possible, et comment garantir l'intimité des gens »328. Finalement, ENLM assure le rehaussement des haies, et « dans les faits, les gens se rendent compte que c'est très bien et qu'en plus, la maison prend de la valeur »329. Cela constitue pour ENLM « un exemple à montrer, et permet de désamorcer les bombes »330.

Ainsi, la Trame verte semble satisfaire les résidents, les usagers, et les impératifs écologiques. La multifonctionnalité de la trame verte oblige son aspect consensuel. Si elle est parfois mal perçue par les acteurs du territoire, que ce soit par la Chambre d'Agriculture qui l'entend comme un nouveau grignotement des territoires ruraux, ou par les élus qui redoutent son aspect réglementaire, elle est en fait multifonctionnelle. Du moins est-ce le souhait du syndicat mixte Espace Naturel Lille Métropole qui porte le projet de Trame verte et bleue lilloise. La position d'ENLM est pragmatique, il s'agit de faire des espaces de nature en ville et de le faire admettre par la majorité afin de d'assurer sa durabilité. Toutefois, si l'apparition de la politique de Trame verte et bleue lilloise semble parfois ignorer la dimension écologique, elle doit pourtant s'y attacher, et apparaissent un certain nombre de questionnement quant à la légitimité de la restauration des milieux naturels.

2. Du marketing territorial à promotion de la biodiversité locale

Les politiques de verdissement de la ville sont initiées dans le souci d'améliorer son

image, afin d'en faire un cadre de vie agréable pour les habitants. Quand on parle de verdissement, celui-ci passe par le développement d'une politique de protection de la biodiversité. Mais de quelle biodiversité parle-t-on ? En effet, cette notion renvoie à une multitude de réalité, et l'adéquation entre l'idée d'une ville verte et sa matérialisation soulève de nombreuses problématiques.

327 Entretien avec Pierre Dhenin, directeur d'Espace Naturel Lille Métropole, le 27 février 2015 à Lille

328 Ibid.

329 Ibid.

330 Ibid.

81

2.1.Une politique de biodiversité dans un objectif de « marketing territorial »

a. La promotion de la ville verte

Toutes les métropoles sont soucieuses de l'image qu'elles renvoient, que ce soit celle d'une ville minéralisée ou celle d'une ville verte. Richard Florida défend l'idée selon laquelle les métropoles sont en compétition331. La performance de la ville dépend de la « classe créative » qui recouvre une grande variété de métiers, de l'ingénieur au journaliste. Le développement urbain dépend de ces membres de la classe créative, qui sont les moteurs de la création d'activités nouvelles. L'attraction de ces « créatifs » apparait comme la solution pour obtenir le développement des villes. Si la pertinence de cette hypothèse a été remise en question, notamment par le sociologue Alain Bourdin332, elle a été employée par les métropoles car elle est peu onéreuse, attirer des personnes est moins couteux que d'attirer des entreprises.

Lille est un exemple parlant de cette volonté d'attirer les créatifs, et cela passe par la promotion d'une certaine image de la ville. Ce marketing territorial débute avec Euralille qui « peut apparaître comme un prototype de la ville marketing avec un lieu générateur, la gare TGV, et un architecte médiatique, Rem Koolhaas »333. La rupture induite par ses aménagements a considérablement fait évoluer la perception de la ville elle-même. Toutefois, « depuis Euralille, les temps ont changé, et (...) nous avons fait le constat d'une contradiction croissante entre deux types de marketing : le premier à destination des décideurs économiques, qui a pour objectif d'inciter à des implantations ou à des développements d'activités, et le second à destination des habitants, visant à convaincre ceux-ci de la qualité des services urbains locaux. Ces deux marketings ne convergent pas spontanément, car les habitants n'aspirent par d'emblée au « développement », mais plutôt à l'amélioration constante de leur cadre de vie »334.

Ainsi, la LMCU, afin de satisfaire les citadins, développe une « ambition politique de faire du marketing territorial »335 autour de la « création d'espaces ludique et récréatifs »336. La TVB est pensée à la fois comme un moyen d'attirer les classes créatives et de satisfaire les

331 Richard Florida, The Flight of the Creative Class. The New Global Competition for Talent, 2005

332 Alain Bourdin, « La classe créative existe-elle ? » Revue d'Urbanisme, n°344, 2005

333 Antoine Loubière, « La ville marketing », Revue d'Urbanisme, n°344, 2005

334 Ibid.

335 Entretien avec Guillaume Schmitt, géographe, le 2 avril 2015 à Lille

336 Ibid.

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habitants en proposant un corrigeant l'image négative dont souffre Lille, celle d'une ville minéralisée avec très peu d'espaces verts. Pour Laure Cormier, cette dimension marketing de des espaces de nature est une réalité partout en France, et « la ville végétale, c'est surtout une question d'image et d'attractivité des foyers »337. Ainsi, la Trame verte et bleue reste fidèle à ce « projet de faire du ludique, du récréatif alors que l'objectif initial était plutôt écologique. Aujourd'hui, on constate qu'il y a plus de projets relatifs au cadre de vie qu'à la biodiversité, et le cadre de vie, c'est un peu de paysage et très peu de biodiversité »338. Le paysage est donc « la clé d'entrée pour l'attractivité »339.

b. Une politique de biodiversité publicisée

L'attractivité du territoire est directement influencée par le paysage, et « finalement, l'attractivité économique vient aussi de l'attractivité tout court du territoire »340. La Trame verte et bleue est donc le moteur de l'activité économique, en promouvant un cadre de vie agréable pour les entrepreneurs et les habitants. Il s'agit donc de développer l'idée selon laquelle cet outil d'aménagement est un « élément de valorisation du territoire facile à mettre en oeuvre »341 pour convaincre notamment les élus.

L'affichage occupe donc une place prépondérante, et ENLM doit communiquer atour de ses projets. Nicolas Rouget compare la politique d'ENLM dans les Périseaux qui cherche à « produire une campagne pour satisfaire les besoins des citadins »342, et la zone maraîchère et horticole de Wavrin « qui n'a pas cette visée »343. En effet, cette dernière est une exploitation agricole alternative, centrée sur le maraîchage et l'agriculture biologique, et pourtant « c'est totalement fermé, il n'y a aucun affichage »344. Le projet de trame verte « relève de la volonté des élus d'être dans l'affichage, dans la promotion de la ville verte »345.

Toutefois, les dimensions matérielles et immatérielles du paysage sont indissociables. La promotion de la ville verte, qui cherche à retranscrire les attentes de la société concernant leur environnement, ne peut pas se faire sans sa matérialisation. La mission d'ENLM est donc

337 Entretien avec Laure Cormier, géographe, le 5 mars 2015 à Paris

338 Entretien avec Guillaume Schmitt, géographe, le 2 avril 2015 à Lille

339 Entretien avec Rodastina Ivanova, responsable Structure territoriale à l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille, le 19 mars 2015 à Lille

340 Ibid.

341 Ibid.

342 Entretien avec Nicolas Rouget, géographe, 10 février 2015 à Lille

343 Ibid.

344 Ibid.

345 Ibid.

83

d'accorder le discours politique qui répond à des exigences d'attractivité et la dimension matérielle de la trame verte. La Trame verte et bleue lilloise répond donc à une ambition politique dans un souci de promouvoir la ville. La LMCU a longtemps souffert de la représentation négative des villes industrielles, et les grands projets d'aménagement des deux dernières décennies, notamment sous l'impulsion de Pierre Mauroy, ont cherché à améliorer cette image dans l'idée d'attirer les entrepreneurs et de satisfaire les résidents. Le cadre de vie apparaît comme un élément central du marketing de la ville, et explique le développement des concepts de verdissement. Si la Trame verte et bleue est pensée à l'échelle de la métropole comme un concept à visée économique, elle reste toutefois une politique de gestion des espaces verts et de la biodiversité. ENLM a donc la tâche de concilier ces objectifs qui répondent pourtant à des idéologies bien différentes, celle du développement économique, et celle de la protection de la faune et de la flore locales.

2.2. La gestion des espaces naturels et l'écologie de la restauration

a. L'écologie de la restauration

La Trame verte et bleue s'attache à restaurer les espaces naturels, afin de permettre une amélioration de la biodiversité et de lutter contre les conséquences de la fragmentation des habitats naturels. Cette entreprise correspond à l'idéologie de l'écologie de la restauration. Il s'agit de « réhabiliter ou de rétablir des espèces, des populations et des systèmes dégradés ou condamnés par les usages sociaux multiples des ressources naturelles accumulées à travers l'histoire »346. L'écologie de la restauration apparaît comme un domaine susceptible d'être critiqué. En effet, l'application de cette idéologie ne peut pas être la traduction pure et simple de normes biologiques, « il s'agit inévitablement du produit d'une négociation sur la place à accorder aux valeurs « naturelles » dans nos sociétés contemporaines »347. De plus, il existe un débat éthique qui interroge la légitimité d'une intervention réparatrice et « la référence à l'esthétisation de la nature qui conduit à une hiérarchie des formes de spectacle qu'elle peut offrir »348.

Le fait de renaturer un espace pose donc de nombreuses questions. En effet, la restauration ne chercher pas à arrêter ou empêcher un processus d'anthropisation, mais vise à

346 Jean-Louis Fabiani, « Ethiques et politiques de la techno-nature », Revue européenne des sciences sociales, n°

118, pp. 5-18, 2000

347 Ibid.

348 Ibid.

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« remonter le cours du temps de l'anthropisation à l'aide de dispositifs anthropiques »349. Robert Elliot, dans l'article de référence Faking Nature350 s'interroge sur la légitimité du remplacement d'éléments de natures disparus ou très fortement dégradés, et défend l'idée selon laquelle la restauration « ne permet pas de retrouver la valeur naturelle ou la naturalité de la nature, dans la mesure où le processus perturbation/restauration, qui postule un certain type de réversibilité, ne permet pas de retrouver la valeur naturelle ou la naturalité de la nature existant antérieurement à la modification d'un espace »351. La renaturation est donc un processus d'anthropisation qui correspond à une représentation de la nature, et ils ont un caractère d'artefact.

L'application de cette idéologie pose problème, et Jacques Lecomte, président du programme du ministère de l'environnement « Recréer la nature, réhabilitation, restauration et création d'écosystèmes » lancé en 1996 ajoute : « ce que j'ai voulu, c'est montrer à quel point la liaison entre l'écologie fondamentale et la pratique de la restauration pouvait être délicate »352. En effet, « la re-création de la nature suppose un état de référence. Or celui-ci ne peut être que subjectif. A quel temps, à quelle histoire se reporte-t-on ? »353. La restauration fait donc intervenir une série de controverses qui s'attache à la question des représentations de la nature, et de la légitimité de la renaturation. La définition de la nature est le reflet des attentes sociales, et sa recréation peut être biaisée car en décalage avec la réalité d'un état initial. L'élaboration de la Trame verte et bleue du Poitou Charentes a voulu « réinstaurer un bocage détruit à cause du remembrement, pour un paysage plus champêtre. Mais quand on interroge les habitants, on se rend compte qu'il n'y a jamais eu de bocage ! La TVB correspond à un modèle culturel avec un paysage bucolique de haies et de bocages »354. Pour Jacques Lecomte, les politiques de renaturation sont donc dangereuse, « rien d'irréversible ne doit être réalisé dans le milieu naturel ».355

b. La gestion des espaces naturels

ENLM engage des politiques de renaturation sur la Trame verte et bleue dans l'objectif de sauvegarder des écosystèmes, et donc, des espèces locales. L'écologie de la restauration invite

349 Ibid.

350 Robert Eliott, Faking Nature : the Ethics of Environmental Restoration, 1982

351 Jean-Louis Fabiani, « Ethiques et politiques de la techno-nature », Revue européenne des sciences sociales, n° 118, pp. 5-18, 2000

352 Moune Poli, « Recréer la nature », Espaces naturels, n°1, janvier 2003

353 Ibid.

354 Entretien avec Laure Cormier, géographe, le 5 mars 2015 à Paris

355 Moune Poli, « Recréer la nature », Espaces naturels, n°1, janvier 2003

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à s'interroger sur la représentation de la nature, et donc, sur les implications concernant la biodiversité locale. En effet, les valeurs projetées par les citadins sur la nature ne peuvent être dissociées d'une matérialisation et cette dernière implique un choix dans la gestion des espaces naturels. « Le respect de la nature, principe quasi-sacralisé de non-interventionnisme, s'est donc inversé en parti-pris gestionnaire »356.

Cette gestion passe par « la manière dont (ENLM) conçoit la plantation »357. Pierre Dhenin, son directeur, ajoute : « Dans le parc de la Deûle, il y a des plantations pour avoir des baies toute l'année. Il y a 7 ans, il a fait un froid sibérien, et le jaseur boréal s'installe là où il a à manger. Il y a eu une colonie d'environ 10 jaseurs qui sont restés un mois avant de remonter. La qualité des boisements génère la qualité des lieux. Si on mélange les espèces botaniques, on aura un mélange des espèces animales. C'est à nous, dans nos choix de plantation, d'offrir cette diversité. On abat 150 peupliers à Villeneuve d'Ascq, et on replante des espèces variées. Sur un if, on trouve 5 à 6 variétés d'insectes, et sur un bouleau, 176 espèces donc on a des oiseaux plus variés ».358

La Trame verte et bleue lilloise est donc le résultat d'un travail précis de mélange des essences. La renaturation permet l'enrichissement de la biodiversité, et le directeur d'ENLM souligne bien que les espèces qui sont replantés sont des espèces floristiques indigènes, qui attirent donc une faune elle-aussi indigène. Toutefois, la sélection des essences, qui entraine la destruction d'autres, peut poser des problèmes éthiques. La gestion des espaces de nature conduit en effet à détruire les espèces qui ne seraient pas locales, ou qui n'apporterait aucune plus-value à la biodiversité. Cette gestion n'est pas toujours aussi précise, il peut également s'agir de la promotion d'une nature « sauvage » au sein de la TVB. A « Sainghin en Mélantois, il y a un petit étang, qui était beaucoup trop bien entretenu. On est passé de 12 tontes à 2 fauches par an. C'est un lieu de fort passage, mais cela n'empêche pas la diversité ; les martins pêcheurs se sont réinstallés »359.

La modification d'une gestion pour qu'elle devienne plus « douce » pour la biodiversité est une réalité pour toutes les politiques visant à améliorer la biodiversité. « Dans la forêt, du point de vue de la biodiversité, c'est limité, parce qu'il n'y a pas de photosynthèse en strate

356 Jean-Louis Fabiani, « Ethiques et politiques de la techno-nature », Revue européenne des sciences sociales, n° 118, pp. 5-18, 2000

357 Entretien avec Pierre Dhenin, directeur d'Espace Naturel Lille Métropole, le 27 février 2015 à Lille

358 Ibid.

359 Ibid.

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inférieure. Au contraire, dans les friches, c'est là qu'on trouve la plus grande biodiversité, grâce aux essences prairiales. Mais la friche est un état temporaire, qui est destiné à devenir une forêt. La gestion permet, en évitant les arbres, de favoriser cet état temporaire »360. Ces gestions permettent de lutter contre l'appauvrissement de la biodiversité, et, pour Laure Cormier, « il est illusoire de se dire que dans notre société, il peut ne pas y avoir de gestion ».361

La gestion actuelle de la Trame verte et bleue lilloise ne met donc en avant « les usages et les pratiques associées à ces gestions »362, ces usages permettant « la durabilité du système »363. L'écologie de la restauration passe par des modes de gestion différenciés qui détruisent des espèces indésirables, et qui modifient le paysage, ou au contraire, empêche son évolution naturelle vers un autre milieu, au nom de l'accroissement de la biodiversité.

2.3.Une biodiversité d' « agrément » ?

a. La biodiversité, un mot valise

Historiquement, « l'expression de la « biodiversité » est construite au début des années 1980, avec l'objectif de faire du vivant une ressource, d'en faire quelque chose de marchant pour mettre en place des mesures compensatoires. L'usage de la biodiversité était fait dans un paradigme singulier »364. Aujourd'hui, la notion de « biodiversité » est un mot valise, Guillaume Schmitt invite à « remplacer « biodiversité » par « développement durable » dans les discours, ou remplacer « Agenda 21 » par « TVB », et on aura le même discours »365. Bien que le contenu de sa définition reste flou, elle est de plus en plus utilisée par les acteurs du territoire. Pour Laure Cormier, il s'agit d'une petite victoire, « on n'en parlait même pas de la biodiversité, ou très peu. On disait : «qu'est-ce qu'il nous énerve ce crapeauduc ! «»366, mais ajoute que ce terme réduit la richesse des écosystèmes. Pour André Micoud, « la diversité

360 Entretien avec Laure Cormier, géographe, le 5 mars 2015 à Paris

361 Ibid.

362 Ibid.

363 Ibid.

364 Entretien avec Guillaume Schmitt, géographe, le 2 avril 2015 à Lille

365 Ibid.

366 Entretien avec Laure Cormier, géographe, le 5 mars 2015 à Paris

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biologique, alias bio-diversité, est devenue un slogan de la revendication de gestion écologique ».367

La Trame verte et bleue s'attache à favoriser la biodiversité locale, et le rôle des experts de la biodiversité est prépondérant. Le Conservatoire botanique de Bailleul, qui travaille en partenariat avec le syndicat mixte, identifie les espèces indigènes, et les menaces qui pèsent sur la biodiversité locale. Lors de la Journée de l'observatoire, en 2011, Jean-Marc Valet, le directeur général du conservatoire, fait l'état des lieux des pressions actuelles sur la nature régionale, en se demandant « comment se porte la flore du Nord-Pas de Calais »368. Il insiste sur la richesse floristique, et ajoute que « les espèces rares, très rares et exceptionnelles ont soit disparue, soit elles sont aujourd'hui dans des secteurs qui sont préservés »369. L'évocation d'espèces qui seraient remarquables, et d'autres, communes, soulève des questions. En effet, l'objectif est de favoriser la biodiversité locale, mais il existe au sein de cette biodiversité, une hiérarchie entre les espèces. Le PCET suit cette même-idée en ajoutant qu'il faut « prioriser la fonction écologique des sites qui possèdent une qualité écologique et paysagère remarquable »370. Ainsi, il existe des milieux ou des espèces qui ont un caractère « remarquable » tandis que d'autres sont plus communs. La biodiversité est donc un « mot valise » dans le sens où il est aujourd'hui utilisé dans les discours des élus comme dans ceux des experts. Et pourtant, il recouvre des réalités bien différentes, car il regroupe un aspect remarquable et un aspect commun.

Favoriser la biodiversité locale passe aussi par l'éradication des espèces introduites, qui ne seraient pas indigènes, et qui correspond pour José Godin, président du groupe ornithologique et naturaliste du Nord-Pas de Calais, à une « biodiversité négative »371. Il apparaît donc que la biodiversité est à la fois la biodiversité remarquable, la biodiversité commune, et la biodiversité dite négative. Et pourtant, ce terme est utilisé dans les discours sans que les orateurs en mesurent forcément la complexité.

367 André Micoud et Valentin Pelosse, « Du domestique au sauvage cultivé : des catégories pertinentes pour la biodiversité ? », Etudes rurales, Vol. 129, n°129-130, 1993

368 Jean-Marc Valet, Directeur Général de Conservatoire Botanique National de Bailleul lors de la Journée annuelle de l'Observatoire, « Un point complet sur l'état de santé de la nature en Nord-Pas de Calais », le vendredi 20 mai 2011

369 Ibid.

370 Plan Climat Energie Territorial de Lille métropole du 18/10/2013

http://www.lillemetropole.fr/files/live/sites/lmcu/files/images/ACTUALITES/DEVELOPPEMENT%20DURAB LE/plan%20climat%20energie.pdf

371 José Godin, Président du groupe ornithologique et naturaliste du Nord-Pas de Calais lors de la Journée

annuelle de l'Observatoire, « Un point complet sur l'état de santé de la nature en Nord-Pas de Calais », le vendredi 20 mai 2011

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b. Une sélection au sein de la biodiversité

Les corridors écologiques sont souvent destinés à un certain type d'espèces, car il est presque impossible de les rendre performants pour des espèces dont les caractéristiques sont trop éloignées. En mettant en place ces infrastructures naturelles, on favorise donc une certaine biodiversité au détriment d'une autre. La Trame verte et bleue, par ses opérations de gestion des espaces naturelles, conduit techniquement à l'amélioration de certaines espèces tandis que d'autres ne suscitent pas son intérêt et sa réaction.

D'après Chantal Aspe, la biodiversité est un « produit social historiquement construit »372. Elle souligne également le rôle des différents savoirs dans le processus de construction. Les normes de conservation produites par l'écologie scientifique permettent d'élaborer une nouvelle grille de références qui participent à l'élaboration de représentations considérées comme légitimes. Ainsi, les discours des experts conditionnent une certaine vision de la biodiversité. La Trame verte et bleue s'inspire de ces travaux, et alimentent cette représentation, en la transmettant aux usagers. Les experts de la biodiversité, en mettant en avant certains aspects de la biodiversité, créent donc une structure qui s'étend à la société, lui permettant de juger ce qui serait une « bonne » biodiversité ou une « mauvaise » biodiversité.

De plus, en érigeant les normes qui doivent encadrer la biodiversité, les experts, puis tous les acteurs des politiques écologiques, participent à une « muséification » de cette biodiversité. Pour Christophe Calenge, la biodiversité de la trame verte est la traduction d'une représentation de la nature qui « n'est pas sauvage »373. En effet, la gestion des espaces naturels afin de favoriser la biodiversité « rend la nature à l'homme, elle la civilise. [...] On pouvait piétiner les pelouses entre les immeubles ; il sera plus difficile de mépriser ou d'ignorer les arbres, les haies, les cheminements piétonniers, les ronds-points « paysagers », les massifs et les compositions florales. [...] Bref, la trame verte »374. La gestion de la nature est répond à une « idéologie dans la mesure où elle fournit un jeu de représentations liées structurant l'imaginaire de la ville dans ses rapports à l'espace et à la nature »375. Ainsi, la gestion de la biodiversité, qui est d'abord prôné par les scientifiques, devient peu à peu une représentation commune de la nature en ville, et la TVB participe pleinement de cette entreprise.

372 Chantal Aspe, « De la gestion des ressources naturelles à la patrimonialisation : biodiversité savante et biodiversité populaire. Quels savoirs, valeurs et échelles pour une gestion durable », 2012

373 Christian Calenge, « Idéologie verte et rhétorique paysagère », Communications, 2003, n°74, pp. 33-47

374 Ibid.

375 Ibid.

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Ainsi, une politique initialement centrée sur le désir de rendre la ville attractive permet de faire émerger une préoccupation portée par les élus et nourrie par les experts de la biodiversité. Toutefois, ce déroulement peut poser des problèmes car la politique de Trame verte et bleue nécessite de restaurer des espaces naturels afin de rétablir les continuités écologiques. Pourtant, cette restauration soulève un certain nombre de questionnements éthiques et la gestion de la biodiversité alimente un processus de sélection des espèces souhaitables et de destruction des espèces indésirables. Finalement, quelle est la place de la nature dans la ville ?

3. Quelle place pour la nature en ville ? 3.1.La biodiversité urbaine

a. « Faire place à la nature en ville »376

La Trame verte et bleue lilloise cherche à associer la nature et la ville, mais « de quoi parle-t-on lorsqu'on parle de nature en ville ? « Dans les villes, la nature matérielle n'existe donc pour la société qu'en tant qu'elle est expliquée ou incomprise, qualifié ou déqualifiée, manipulée ou non manipulée par les hommes. Ceux dont le métier est de produire et de gérer la nature dans les villes, comme les paysagistes, les écologues et les jardiniers s'intéressent particulièrement aux espaces non construits qui sont occupés par les espaces verts, boisés et cultivés, et par la vie végétale et animale qui leur est associée ».377

La nature en ville est donc une nature qui est produite et gérée, et qui se doit de répondre aux représentations citadines. Elle peut être à la fois un « décor urbain » qui qualifie l'attractivité des villes, et la qualité de vie des habitants. Dans cette fonction, elle se doit d'être en adéquation avec les attentes esthétiques de citadins. « La nature spontanée, qui est valorisée par les naturalistes et parfois pas les paysagistes, suscite en général chez les citadins à la fois rejet et fascination »378. Mais la nature n'occupe pas seulement une place de décor, elle est également sujette à des jugements qui en font une nécessité, ou une menace pour la ville. La nature permet en effet de lutter contre les îlots de chaleur grâce à un

376 Pierre Donadieu, « Faire place à la nature en ville, la nécessité de nouveaux métiers », Métropolitiques.eu, le 11/02/2013

377 Ibid.

378 Pierre Donadieu, « Faire place à la nature en ville, la nécessité de nouveaux métiers », Métropolitiques.eu, le 11/02/2013

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phénomène de micro-climatisation. Mais il existe également une résistance sociale vis-à-vis de cette nature, contre les pigeons, les étourneaux, certains rongeurs ou encore les racines destructrices de certains arbres. Ainsi, la question de la nature en ville recouvre un ensemble de problématiques qui participent de sa représentation, et de ses effets sur le milieu urbain. L'idée de laisser sa place à la nature en ville ne s'impose pas d'elle-même, et si elle doit progressivement coloniser les esprits, elle répond pourtant à un certain imaginaire.

Dans le cas de la Trame verte et bleue, les espaces de nature périurbains reçoivent le soutien des usagers, qui profitent de cette offre récréative et paysagère. Mais qu'en serait-il si cet aspect social était soumis aux priorités écologiques ?

b. Laisser la nature reprendre ses droits

Pour Jean-Michel Le Bot et François Philip, « la meilleure méthode, c'est l'absence d'action, c'est de ne rien faire. C'est de laisser la nature reprendre ses droits »379. La ville est effectivement, si l'on reprend les mots de Philippe Clergeau, le « sanctuaire de la biodiversité spontanée »380. Si la gestion des écosystèmes par le syndicat mixte ENLM est entreprise dans le but d'améliorer la biodiversité, et notamment de permettre la réapparition d'une biodiversité remarquable, il apparaît également que la végétation spontanée est très riche. En effet, « une pollution plus forte qu'ailleurs peut parfois être génératrice de réaction et de réadaptation d'espèces. Cela crée des choses singulières. On peut prendre l'exemple des terrils, qui ont permis l'apparition d'une végétation qu'on ne va pas retrouver à côté »381.

La biodiversité urbaine qui serait spontanée n'est pas une utopie. Philippe Clergeau démontrent que les villes accueillent une grande variété d'oiseau et de plantes dans leurs espaces publics. L'objectif est de pouvoir identifier les contraintes à l'installation de la faune et de la flore en milieu urbain, afin de « dépasser la simple typologie de la qualité biologique de certains espaces »382. Le schéma directeur de 2002 de la métropole lilloise ajoute que, « contrairement à une idée reçue, la ville et sa périphérie constituent aussi un espace refuge

379 Jean-Michel Le Bot et François Philip, « Les trames vertes urbaines, un nouveau support pour une cité verte ? », Développement durable & territoires, Vol. 3, n°2, Juillet 2012

380 Philippe Clergeau, Une écologie du paysage urbain, Ed. Apogée, Rennes, 2007

381 Entretien avec Guillaume Schmitt, géographe, le 2 avril 2015 à Lille

382 Philippe Clergeau, « Biodiversité urbaine : de l'inventaire naturaliste au fonctionnement écologique », Société Française d'Ecologie, 16 décembre 2010

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pour la faune et la flore, complémentaire des zones naturelles protégées. En effet, le milieu urbain présente des caractéristiques que n'offre pas toujours l'espace rural383

Toutefois, cette biodiversité urbaine, bien qu'elle soit présente, doit être encouragée, et il est nécessaire de maintenir la qualité des ressources en air, en sol, et en eau, nécessaire aux espèces. Jean-Marc Valet, lors de la journée sur la biodiversité, souligne que « sur des friches, des espaces urbanisés perdus ou sur la biodiversité urbaine, beaucoup de chose sont faites ».384

c. Arrêter la chasse aux espèces « envahissantes »

Le conservatoire botanique de Bailleul inventorie les espèces faunistique et floristique de la région Nord-Pas de Calais, et ces inventaires distingue la biodiversité indigène, et les espèces invasives. Le travail d'inventaire peut être assimilé à une forme de patrimonialisation de la biodiversité locale, celle-ci est désormais inscrite, chiffrée, et on lui donne une valeur. La biodiversité locale est la seule qui soit digne d'être protégée, car elle est la seule qui soit authentique. De cette idée découle l'impératif d'éradiquer la biodiversité qui ne serait pas locale. Gille Clément, paysagiste reconnu, théoricien du tiers paysage qui désigne l'ensemble des espaces qui, négligés ou inexploités par l'homme, présentent davantage de richesse naturelle en termes de biodiversité, remet en question la conservation à tout prix des espèces indigènes.

Dans son ouvrage Plantes envahissantes, pionnières ou simplement expansives ?, il constate que toutes les espèces dites indigènes, celles qui ont le mérite d'être patrimonialisées, sont au départ des espèces pionnières. Le mouvement de diffusion des semences est naturel : « Depuis toujours les vents, les courants marins, les animaux transportent les semences ou les éclats de plantes. Ces graines, ces fragments végétatifs s'installent lorsque les conditions leur sont favorables en des lieux opportuns. Les plantes venues d'ailleurs se trouvent alors au voisinage de celles qui semblent avoir toujours été là ou qui, dans tous les cas, se trouvaient en place avant leur arrivée »385. De plus, ces espèces exogènes permettent un accroissement de la diversité locale, lorsqu'elles cohabitent avec les espèces indigènes. Toutefois, « d'autres

383 Schéma Directeur de Développement et d'Urbanisme de Lille Métropole, élaboré par le Syndicat mixte du Schéma Directeur de Lille Métropole et approuvé le 6 décembre 2002

384 Jean-Marc Valet, Directeur Général de Conservatoire Botanique National de Bailleul lors de la Journée annuelle de l'Observatoire, « Un point complet sur l'état de santé de la nature en Nord-Pas de Calais », le vendredi 20 mai 2011

385 Gilles Clément, Plantes envahissantes, pionnières ou simplement expansives ?, Ed. Terre Vivante, 2014

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fois les plantes exogènes se trouvent en compétition avec les espèces locales et la diversité s'amenuise sous l'effet d'une pression conquérante ».386

Il convient donc de différencier les espèces exogènes qui seraient pionnières, et qui permettraient d'améliorer la richesse des écosystèmes, et les espèces invasives qui mettent en péril la biodiversité préexistante à leur apparition sur le territoire. Ainsi, au sein de la « biodiversité négative », on peut distinguer les espèces qui sont opportunistes, pionnières, conquérantes et envahissantes.

A ce jour, les experts de la biodiversité publient des inventaires précis sur les espèces locales, et ceux-ci servent de référentiels à tous les acteurs impliqués dans la gestion de la biodiversité. Pourtant, le terme de biodiversité recouvre une multitude de situations, et l'édiction de normes n'évalue qu'un écart entre la réalité, et une certaine idée de la conformité. Ce processus de patrimonialisation de la biodiversité est le fait des scientifiques, et se transmet plus largement à l'ensemble de la société, fondant ainsi des représentations de la nature. La hiérarchisation des espèces, le souci d'authenticité sont aujourd'hui les maîtres mots de toutes entreprises de restauration.

3.2.L'évaluation du concept de TVB

a. La Trame verte et bleue balayée par l'hémicycle

La politique européenne intitulé « Natura 2000 », qui visait à mettre en place un réseau européen de sites écologiques, est lancée par la directive « Oiseaux » de 1979 et la directive « Habitats faune flore » de 1992. Aujourd'hui, ces initiatives européennes sont souvent perçues comme des échecs, les acteurs perçoivent mal cette domination communautaire, et la concertation est souvent difficile pour la mise en oeuvre de ces zones protégées. Les directives ont souvent été qualifiées d'échec, et les chercheurs invitent à en identifier les raisons pour ne pas reproduire cette situation. Les réactions hostiles des agriculteurs, des forestiers privés, des propriétaires, des chasseurs et pêcheurs, et des maires de communes forestières s'expliquent par « les risques qui en découleraient au niveau de l'emploi »387 et par « l'absence quasi-

386 Ibid.

387 J.-C Rameau, « La directive « Habitats » : analyse d'un échec, réflexions pour l'avenir », Revue Forestière Française, n°5, 1997

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totale de concertation qui a caractérisé la définition des futures zones spéciales de conservation ».388

Si la politique de conservation de la biodiversité qu'est Natura 2000 génère autant d'oppositions, on peut s'interroger sur le possible échec du concept de TVB. Ce concept, et le syndicat mixte qui oeuvre à son élaboration, met en avant l'importance de l'information et de la concertation. Pourtant, le bien-fondé de cette politique n'est pas évident pour tous les acteurs du territoire, certains élus se sentent dépossédés, la Chambre d'Agriculture se sent menacée, et la réglementation qui est en voie d'être adoptée à travers les documents d'urbanisme nourrit des discussions vives entres tous ces acteurs.

Aujourd'hui, un concept présenté par l'Agence d'aménagement et d'urbanisme de Lille apparaît comme la prochaine politique verte, c'est l'hémicycle et il a « a beaucoup de succès auprès des élus »389. Il s'agit de « zones de transition entre l'espace naturel et l'espace urbain (...) identifiées comme étant particulièrement vulnérables à l'étalement urbain. Ces ceintures vertes constituent des espaces riches indispensables à l'absorption des nuisances produites par la ville »390. Ce concept use du même répertoire de légitimité que celui de la Trame verte et bleue : « (l'hémicycle) génère des externalités positives en termes d'adaptation (barrière contre l'artificialisation des sols et l'expansion des surfaces imperméabilisées), de paysage et d'attractivité du territoire, de lien social et de sensibilisation des consommateurs...Elles peuvent devenir des espaces naturels de proximité accueillant des activités récréatives compatibles avec les activités agricoles ».391

Cependant, contrairement au concept de Trame verte et bleue qui n'a pas l'ambition d'être une « ceinture verte » limitant l'artificialisation des sols, l'hémicycle est un outil qui permettrait de redensifier la ville. L'offre de loisirs reste au coeur des discours, « il y a un grand potentiel de l'hémicycle en termes récréatif »392, et ce nouvel outil s'inspire de la plaine des Périseaux : « il y a un accord avec la Chambre d'Agriculture pour laisser une part plus importante aux promeneurs »393. L'idée est de « pérenniser la vocation agricole et de l'ouvrir

388 Ibid.

389 Entretien avec Rodastina Ivanova, responsable Structure territoriale à l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille, le 19 mars 2015 à Lille

390 Plan Climat Energie Territorial de Lille métropole du 18/10/2013

391 Ibid.

392 Entretien avec Rodastina Ivanova, responsable Structure territoriale à l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille, le 19 mars 2015 à Lille

393 Entretien avec Rodastina Ivanova, responsable Structure territoriale à l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille, le 19 mars 2015 à Lille

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aux citadins »394, « de révéler le paysage métropolitain en favorisant l'accès aux espaces naturels et à l'agriculture du territoire »395. La consultation Lille 2030 met à l'honneur le concept d'hémicycle, la qualifiant de « lisière épaisse qui devient la grande rive agricole et paysagère de l'éco-métropole ».396

Toutefois, pour Pierre Dhenin, « avec l'hémicycle et la TVB, on repaye deux fois la même chose. C'est un concept d'architecte bien vendu ».397 Si le directeur d'ENLM ne comprend pas l'utilité de ce nouveau concept, qu'en est-il de l'avenir de la Trame verte et bleue lilloise ?

b. L'enjeu pour la survie de la Trame verte et bleue, sensibiliser ?

Le concept de Trame verte et bleue est menacé par l'apparition du concept d'hémicycle, qui rencontre l'engouement des équipes d'urbanisme, des cabinets d'architecture, des élus, et qui a le soutien de la Chambre d'Agriculture. La différence entre ces deux notions est mince, et pourtant, elles remportent des adhésions fort différentes. Peut-être cela peut être imputé au fait que le concept d'hémicycle ne connaît aucune réalisation, et reste pour l'instant du domaine de la conception. Mais il est toutefois nécessaire pour les défenseurs de la Trame verte et bleue de continuer leur combat pour son acceptation et sa pérennisation.

Il apparaît que l'un des points centraux pour permettre la continuation de la TVB est la sensibilisation. L'agence d'aménagement et d'urbanisme est « à la fois obligée de traduire ces questions, de sensibiliser et de faire face au désir de développement des élus »398. Pour Laure Cormier, « il faut sensibiliser les urbanistes »399 car « les urbanistes qui inscrivent dans le SCOT et le PLU la TVB sont les moins sensibles aux questions écologiques, et la prônent comme une contraintes supplémentaires »400. Pour sensibiliser les élus, il faut donc au

394 Ibid.

395 Entretien avec Emma Raudin, responsable du SCOT à l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille, le 20 février 2015 à Lille

396 Mathilde Ballenghein, Valérie Bridoux, Oriol Clos, Marie Defay, Franck Lemerle, Gaël Smagghe,

« Eléments pour une synthèse - La consultation Lille Métropole 2030 », Comité syndical du SCoT de Lille Métropole - 19 juin 2014

397 Entretien avec Pierre Dhenin, directeur d'Espace Naturel Lille Métropole, le 27 février 2015 à Lille

398 Entretien avec Emma Raudin, responsable du SCOT à l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille, le 20 février 2015 à Lille

399 Entretien avec Laure Cormier, géographe, le 5 mars 2015 à Paris

400 Entretien avec Laure Cormier, géographe, le 5 mars 2015 à Paris

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préalable sensibiliser les urbanistes, afin que la réglementation concernant la TVB ne soit pas vécue comme une dépossession du territoire pour les élus.

Les élus perçoivent souvent mal la limitation de l'urbanisation, et le classement en zones naturelles. Pour eux, l'attrait de la commune est un attrait qui est d'abord économique, ce qui explique que cet aspect soit souvent mis en avant par le syndicat mixte ENLM. Ils veulent répondre à la demande des résidents, qui est souvent entendue comme étant celle du logement ou de zones d'activité. La sensibilisation des habitants est donc cruciale, l'acceptation de la Trame verte et bleue passe par l'éveil, chez les citadins, des enjeux qu'elle soulève. ENLM prend très à coeur cette mission de sensibilisation. Le « carnet de l'explorateur », publié chaque année par le syndicat mixte, ambitionne de générer une prise de conscience des enjeux de biodiversité sur le territoire métropolitain. Ce carnet s'adresse aux enfants, et rencontre une approbation générale. Pour Daniel Béguin, membre d'EELV et vice-président du conseil général de Lorraine, « l'intervention auprès des élus et de la population est importante d'un point de vue pédagogique. Il s'agit de les sensibiliser aux enjeux de la conservation en montrant qu'il n'y a pas systématiquement des implications monétaires, stratégiques ou politiques »401.

Il apparaît donc que la Trame verte et bleue doit continuer à diffuser les informations concernant la biodiversité, tout en attirant les habitants dans les espaces naturels dont Espace Naturel Lille Métropole à la gestion si elle ne veut pas être balayée par le concept d'hémicycle.

La Trame verte et bleue lilloise nait d'un désir de promouvoir la ville, et d'attirer les classes créatives afin de redynamiser l'économie locale. De ce marketing territorial naît une politique de protection de la biodiversité, en s'appuyant sur l'expertise scientifique. Si la corrélation entre marketing territorial et politique environnementale est audacieuse, la protection des espèces indigènes et les opérations de restauration des écosystèmes montrent l'empreinte anthropique, même si elles ambitionnent de servir la nature. Finalement, on peut se demander quelle est la place de la nature en ville, et également, quel avenir pour la Trame verte et bleue qui ne cesse jamais de démontrer son utilité et son aspect multifonctionnel pour plaire aux acteurs du territoires et aux résidents, pour assurer sa durabilité sur le territoire métropolitain.

401 Moune Poli, « Recréer la nature », Espaces naturels, n°1, janvier 2003

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CONCLUSION

La métropole lilloise également connue sous le sigle LMCU, s'étend sur 611,45 km2 et accueille plus de 1,1 million d'habitant en 2012 ce qui représente 28% de la population régionale. Cette pression démographique oblige à la construction de logements et d'infrastructures toujours plus nombreux pour satisfaire les besoins de ces métropolitains. L'étalement urbain est donc particulièrement important et la ville s'étend peu à peu sur les espaces qui l'entourent. Cette artificialisation qui correspond à un changement de l'occupation des milieux naturels et ruraux vers des usages urbains génère des dommages sur les écosystèmes et remet en question la durabilité de l'agriculture périurbaine. L'acquisition du foncier apparaît donc comme un enjeu majeur pour les différents acteurs de la métropole qui cherchent à défendre leur vision du projet de territoire. Les conflits quant à l'occupation des sols sont d'autant plus virulents que des objectifs chiffrés de limitation de l'artificialisation sont fixés par la Direction Régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement. Ces orientations sont obligatoirement reprises par les documents d'urbanisme de la métropole, et le Schéma de Cohérence Territoriale en cours d'élaboration par l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille doit prendre en compte les obligations émise par le Schéma Régional du Climat, de l'Air et de l'Energie de diviser par trois le rythme de l'artificialisation par rapport à la période 2006-2009.

Pour atténuer les effets du rythme soutenu de l'artificialisation sur la biodiversité locale, une politique est mise en place dans la métropole lilloise en 2002 : c'est la Trame verte et bleue. Elle nait dans un premier temps du constat du déficit d'espaces verts urbains, et de la nécessité de redorer le blason de la ville et mettant en avant un cadre de vie plus agréable auprès des entrepreneurs. Avec le Grenelle de l'Environnement en 2009, la visée de la Trame verte et bleue devient clairement environnementaliste, empruntant au vocabulaire de l'écologie du paysage. La Trame verte et bleue mise en oeuvre par les communes a pour mission rétablir les continuités écologiques au sein de la matrice urbaine afin de permettre la circulation des espèces faunistiques et floristiques. Cette réorientation est mal-vécue par les élus qui l'entendent comme une politique cadre établie au niveau national et qui ne prend pas en compte les particularités du paysage et la réalité économique des territoires. Pour faciliter son acceptation auprès des acteurs du territoire, le syndicat mixte Espace Naturel Lille

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Métropole qui est chargé de l'élaboration de la Trame verte et bleue adopte une position pragmatique. Son directeur, Pierre Dhenin, entend multiplier les fonctions associées à ce concept, en faisant de la Trame verte lilloise non seulement un espace réservé à l'amélioration de la biodiversité locale, mais également un espace récréatif et de loisirs pour les citadins.

Le constat de l'artificialisation des territoires amènent donc à l'obligation par la région de sa limitation, et par la mise en place de politiques correctrices visant à atténuer l'érosion de la biodiversité. Le premier moyen mis en oeuvre pour la lutte contre l'artificialisation se traduit dans les documents d'urbanisme qui déterminent les espaces qui seront ouverts ou non à l'artificialisation. Toutefois, l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille ne doit pas se cantonner aux orientations fixées par les Schémas régionaux et par le Plan Climat Territorial de Lille, elle doit également répondre aux aspirations de développement des élus pour leurs communes. Dès lors, le Schéma de Cohérence Territoriale qui détermine le Plan Local d'Urbanisme, est également un document consensuel qui doit plaire aux politiques afin d'être adoptés. A l'heure actuelle, les membres de l'Agence de Développement et d'Urbanisme semblent être conscients des enjeux environnementaux se rapportant au phénomène de l'artificialisation, mais avouent ne pas pouvoir refréner totalement le rythme de l'artificialisation. L'étalement urbain semble être la réponse naturelle aux besoins des citadins en logements et en infrastructures, et bien que les institutions responsables de l'aménagement invitent fortement à redensifier la ville, l'artificialisation continue d'être un phénomène en marche.

Concernant la politique qui vise à limiter les effets de cette artificialisation, et non plus l'artificialisation directement, elle génère également des résistances. En effet, la mise en place de Trame verte et bleue conduit à l'occupation de certains territoires qui étaient auparavant destinés à l'activité agricole, ou qui étaient entendus comme des réservoirs de terres pour l'étalement urbain. Le développement des espaces naturels au nom de la protection de la biodiversité, qu'elle soit ordinaire tout comme remarquable, semble être encore inaudible dans la sphère publique et notamment politique. L'occupation du foncier en milieu périurbain génère des conflits entre le syndicat mixte Espace Naturel Lille Métropole, la Chambre d'Agriculture, et les élus qui perçoivent cette Trame verte et bleue comme une dépossession de leurs territoires.

Afin d'améliorer son acceptabilité auprès des acteurs du territoire et d'assurer ainsi sa durabilité sur le territoire urbain, le syndicat mixte milite pour l'inscription dans les

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documents d'urbanisme de la Trame verte et bleue, pour qu'elle soit entendue comme une condition préalable à toute opération d'aménagement. Toutefois, les outils d'urbanisme sont soumis aux ambitions politiques pour le territoire. Un autre moyen mis en oeuvre par le syndicat mixte Espace Naturel Lille Métropole pour permettre son admissibilité est d'adopter une position consensuelle, faisant de la Trame verte et bleue un outil d'aménagement multifonctionnel. Le discours du directeur d'ENLM, Pierre Dhenin, est pragmatique : il s'agit de développer le dialogue avec la Chambre d'Agriculture, notamment à travers des parcs agricoles tels que les Périseaux, et d'offrir au citadin un lieu de promenade agréable.

Ce mainstreaming de l'écologie, pour reprendre l'expression d'Andrew Dobson, permet de faire de la Trame verte et bleue métropolitaine un objet consensuel, étant à la fois le support de l'amélioration de la biodiversité, mais également de loisirs voire d'une nouvelle activité économique. En somme, le constat de l'artificialisation et de ses conséquences amène à la prise de conscience des enjeux concernant la biodiversité locale avec la mise en place d'une politique censée la protéger. Toutefois, la matérialisation de cette politique conduit l'élaboration d'une Trame verte et bleue qui doit prendre en compte les aspirations des acteurs du territoire et qui, pour être acceptée, doit adopter une posture consensuelle. Elle apparaît comme un outil d'aménagement en se détachant de la mission qui lui est confiée par le Grenelle de l'Environnement.

De plus, la réalisation de la Trame verte et bleue au nom de l'écologie peut poser problème. Tout d'abord, elle oblige la gestion des espaces naturels à travers des opérations de restauration des écosystèmes, de renaturation ou de destruction d'une biodiversité qui n'est pas souhaitable comme l'illustrent les opérations d'abatage de peupliers par les employés d'Espace Naturel Lille Métropole. Apparaît ici un paradoxe profond : au nom de la lutte contre les effets de l'artificialisation, la politique mise en oeuvre participe elle-même de l'artificialisation en occupant des territoires qui étaient occupés auparavant par des territoires ruraux ou d'autres milieux naturels. De plus, la Trame verte et bleue est une opération anthropique de gestion de la nature, selon les représentations humaines de cette dernière. Les experts de la biodiversité ont une place prépondérante à la fois dans le diagnostic de l'état des lieux pour la biodiversité locale, et également dans sa détermination, établissant au sein du patrimoine naturel des hiérarchies entre les milieux et les espèces qui seraient remarquables et celles et ceux qui seraient uniquement ordinaires.

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Finalement, la Trame verte et bleue qui d'un souhait de « verdir » la ville, et permet de faire converger la nécessité de protection de la biodiversité et l'étalement urbain. Philippe Clergeau milite pour la reconnaissance d'une biodiversité urbaine, et l'opposition entre la nature et la ville semble s'atténuer au profit de la multiplication des entreprises de verdissement. Toutefois, les oppositions restent prégnantes, et en cherchant à réassocier nature et culture, les aménageurs ignorent les nouvelles ruptures et problématiques qui en naissent.

Tout d'abord, l'artificialisation qui est particulièrement intense dans les territoires environnant les villes en raison de leur attrait foncier pour des raisons économiques et également de qualités de vie conduit à l'émiettement du périurbain et à la coexistence de plus en plus présente des activités agricoles et des lotissements et infrastructures nécessaires au nouveau mode de vie des rurbains. Aujourd'hui, 75% de l'agriculture est situation en aire urbaine d'après le zonage de l'INSEE. Les zones qui seraient uniquement rurales ou urbaines disparaissent au profit d'aire à dominante urbaine, et le couple ville-nature disparaît au profit d'une nouvelle opposition : celle entre ville dense et ville diffuse.

De plus, en cherchant à rendre la ville plus agréable pour les citadins en lui donnant les attributs de ce qui était autrefois la campagne, on ne reconnaît pas la particularité du paysage urbain. La ville découvre un nouveau visage, et cette transformation influence « la relation des hommes à leur environnement, notamment dans leur rapport imaginaire et idéel au lieu »402. Ce qui était autrefois caractérisé par une couverture minérale devient aujourd'hui le support d'une nouvelle biodiversité, et dans le souhait de rendre la ville plus durable, on en vient à « la rendre invisible »403. Pour Christian Calenge, la politique de Trame verte et bleue, figure classique du discours « vert », illustre « l'existence de la doxa paysagère »404. Ce dernier affirme que cette doxa nait d'une idéologie « un peu molle et pleine de contradictions, mais qui constitue bien un ensemble de représentations en actes, qui peuvent ou, du moins, veulent faire sens. Cette rhétorique paysagère est particulièrement prégnante : compris très généralement comme étant « de nature », le paysage autorise un véritable travail sur les formes proposées au regard, et par là permet une transformation in visu des espaces »405.

402 Emeline Bailly, « Poétique du paysage urbain », Métropolitiques.eu, le 13/02/2013

403 Christian Calenge, « Idéologie verte et rhétorique paysagère », Communications, 2003, n°74, pp. 33-47

404 Ibid.

405 Ibid.

Les aménageurs sont friands des opérations de réintroduction de la nature en ville, et « on se demande alors si certains gestes urbains qui apparaissent comme des idées de bon sens, comme transformer une autoroute en boulevard urbain, créer une trame verte et bleue pour mieux respirer en ville, ne sont pas en réalité le résultat d'une idéologie dominante dans le milieu professionnel sous influence »406. Le paysage qui est offert au citadin est un paysage particulier, qui répond à ses aspirations et donc à ses représentations. De plus, il semble que les opérations des politiques de biodiversité répondent à un impératif de visibilité, « Le paysage « fournit » les formes visibles de l'action, les signes et les codes de sa lisibilité »407. La Trame verte et bleue mobilise les acteurs et fournit du sens commun à travers la construction d'un bien commun : celui du paysage. Ce bien commun est réservé aux citadins de plus en plus nombreux, et répond à une logique de patrimonialisation de la nature.

Les conséquences de l'artificialisation sont donc bien plus profondes qu'il n'y paraît au premier abord. Il ne s'agit pas seulement de la disparition progressive des milieux naturels ou ruraux et de l'érosion de la biodiversité. Avec la mise en place d'une politique destinée à en limiter les effets, c'est l'image de la ville qui est repensée, et avec elle, l'image de ce que serait une bonne nature. Pour produire une « ville de qualité », il faut une nature « civilisée, contrôlée, travaillée, ordonnée »408 et dont la valeur est déterminée par les experts de la biodiversité. Au regard des éthiques environnementales, on assiste bien à la victoire de la posture anthropocentrique en voulant faire une ville « verte ».

100

406 Jean-Paul Blais, « L'aménageur, roi du copier-coller, Réflexions d'un urbaniste à partir de ses dérives professionnelles », Metropolitiques.eu, le 26/11/2014

407 Christian Calenge, « Idéologie verte et rhétorique paysagère », Communications, 2003, n°74, pp. 33-

408 Ibid.

101

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Ouvrages

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Sitographie

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- http://www.legifrance.gouv.fr

- http://www.nord-pas-de-calais.developpement-durable.gouv.fr/

- http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/

109

ANNEXES

Plan topographique de Lille métropole, 2014

SIG personnel - données du géocatalogue de Lille

Photo satellite de Lille métropole, 2013

110

SIG personnel - données du géocatalogue de Lille

Plan des communes de Lille Métropole

111

SIG personnel - données du géocatalogue de Lille

112

Plan topographique Espaces Verts et Plans d'Eau

SIG personnel - données du géocatalogue de Lille

Plan des espaces bâtis d'après photo-interprétation, 2013

113

SIG personnel - données du géocatalogue de Lille

Nomenclature pour la base de données cartographiques de l'occupation du sol dans l'arrondissement de Lille

114

Géocatalogue de Lille

115

« Prendre en compte l'environnement dans les documents d'urbanisme »

Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement du Nord-Pas de
Calais, octobre 2012

116

Occupation du sol dans la région Nord-Pas de Calais d'après les données TERUTI 2013

117

Les territoires d'intervention du syndicat mixte Espace Naturel Lille Métropole

Nicolas Rouget, « La gestion des espaces ouverts de Lille Métropole, Produire un « paysage
vivant », mettre à contribution l'agriculture », Projet de Paysage, le 13/07/2012

Carte des territoires d'intervention d'Espace Naturel Lille Métropole

118

http://www.enlm.fr/

119

Carte des hémicycles potentiels

Mathilde Ballenghein, Valérie Bridoux, Oriol Clos, Marie Defay, Franck Lemerle, Gaël
Smagghe, « Eléments pour une synthèse - La consultation Lille Métropole 2030 », Comité
syndical du SCoT de Lille Métropole - 19 juin 2014

120

SOMMAIRE GENERAL

REMERCIEMENTS 2

SIGLES UTILISES 3

TABLE DES MATIERES 4

INTRODUCTION 6

CHAPITRE I : L'ambigüité sémantique de l'artificialisation et de ses discours 18

1. L'émergence de la notion à travers les cartes et ses insuffisances 18

1.1. L'Agence Européenne de l'Environnement et le Ministère de l'Agriculture 18

a. La CORINE Land Cover 18

b. La TERUTI-Lucas 19

c. L'artificialisation, une notion qui semble faire consensus 20

1.2. Les limites de la cartographie 22

a. Le manque de précision 22

b. La confusion entre occupation et usage du sol de la CORINE Land Cover 23

1.3. Une notion qui recouvre des réalités très différentes 23

a. Les exigences de précision en milieux urbain et périurbain 24

b. Un problème quantitatif ou qualitatif ? 25

1.4. La ville, rattrapée par son environnement 26

a. La mosaïque urbaine 26

b. Le rôle social de la nature 27

2. Le poids des chiffres et l'importance des documents d'urbanisme 28

2.1. SCOT, PLU et géocatalogue témoins de l'artificialisation 28

a. Les conséquences de la CLC 28

b. Le diagnostic du Schéma Directeur de 2002 29

c. Le projet du SCOT 30

2.2. La remise en question de l'objectivité des documents d'urbanisme 32

a. La pertinence du PLU remise en question 32

b. Le SCOT, un outil qui doit plaire aux politiques 32

c. Les chiffres au service du politique 34

121

3. Le concept de l'artificialisation usité par les acteurs du territoire 35

3.1. Le territoire, investi d'une mission et porteur de sens 35

a. L'aspect immatériel du territoire : le paysage 35

b. La fonction socio-économique du territoire 36

3.2. La Chambre d'Agriculture et l'agriculture périurbaine 37

a. L'agriculture victime de l'artificialisation des sols 37

b. Nouvelles perspectives pour l'agriculture périurbaine 39

3.3. La convergence des enjeux économiques et des aspirations pour le paysage 40

a. Produire de la « campagne » 40

b. Une agriculture qui répond aux attentes des citadins 41

CHAPITRE II : L'artificialisation des territoires et la Trame verte et bleue 43

1. L'artificialisation et la fragmentation des espaces naturels 43

1.1. Un constat national inquiétant 43

a. Une artificialisation généralisée et ses conséquences 43

b. La fragmentation des habitats naturels 44

1.2. Le poids de la région 46

a. Le diagnostic pour le Nord-Pas de Calais 46

b. Les menaces pesant sur la biodiversité locale 47

1.3. Le rôle des experts de la biodiversité 49

a. Une expertise indispensable 49

b. L'ingénierie de l'environnement et ses limites 50

1.4. Les orientations des schémas régionaux 51

a. Des objectifs chiffrés pour l'artificialisation 51

b. Des préconisations pour la TVB 52

c. L'influence sur le SCOT 53

2. L'officialisation du concept de Trame verte et bleue 55

2.1. Espace Naturel Lille Métropole et le projet de Trame verte et bleue 55

a. La genèse de Trame verte et bleue lilloise 55

b. L'actualité de la Trame verte et bleue lilloise 56

c. Une Trame verte et bleue à visée récréative 57

2.2. Le Grenelle de l'Environnement et l'émergence de la législation 59

a.

122

Un contexte international favorisant l'émergence du concept de TVB 59

b. Présentation de la loi du Grenelle 60

c. Un concept nouveau ? 61

3. La Trame verte et bleue, concept sujet aux insuffisances 62

3.1. Un discours environnementaliste qui pose problème 63

a. Un discours difficile entre acteurs scientifiques et non scientifiques 63

b. Un discours essentiellement environnementaliste 64

3.2. La Trame verte et bleue, mal-perçue par les politiques 65

a. Un aspect réglementaire qui dérange 65

b. Des élus démunis et dépossédés 66

3.3. Un concept difficile à appliquer 68

a. Une définition techniciste 68

b. Les difficultés d'application 69

CHAPITRE III : Le mainstreaming de l'écologie et ses conséquences 71

1. La TVB consensuelle au nom du développement durable 71

1.1. La TVB, un outil de concertation 71

a. L'impératif du dialogue 71

b. Une concertation difficile 73

1.2. ENLM, fidèle au discours du développement durable 75

a. La TVB multifonctionnelle 75

b. Un discours pragmatique 76

1.3. ENLM, un syndicat mixte prêt au compromis 77

a. Le partenariat avec la Chambre d'Agriculture 77

b. Eviter les conflits : satisfaire les usagers 79

2. Du marketing territorial à promotion de la biodiversité locale 80

2.1. Une politique de biodiversité dans un objectif de « marketing territorial » 81

a. La promotion de la ville verte 81

b. Une politique de biodiversité publicisée 82

2.2. La gestion des espaces naturels et l'écologie de la restauration 83

a. L'écologie de la restauration 83

b. La gestion des espaces naturels 84

123

2.3. Une biodiversité d' « agrément » ? 86

a. La biodiversité, un mot valise 86

b. Une sélection au sein de la biodiversité 88

3. Quelle place pour la nature en ville ? 89

3.1. La biodiversité urbaine 89

a. « Faire place à la nature en ville » 89

b. Laisser la nature reprendre ses droits 90

c. Arrêter la chasse aux espèces « envahissantes » 91

3.2. L'évaluation du concept de TVB 92

a. La Trame verte et bleue balayée par l'hémicycle 92

b. L'enjeu pour la survie de la Trame verte et bleue, sensibiliser ? 94

CONCLUSION 96

BIBLIOGRAPHIE 101

Articles académiques 101

Articles de presse 105

Ouvrages 105

Thèses 106

Sitographie 108

ANNEXES 109

Plan topographique de Lille métropole, 2014 109

Photo satellite de Lille métropole, 2013 110

Plan des communes de Lille Métropole 111

Plan topographique Espaces Verts et Plans d'Eau 112

Plan des espaces bâtis d'après photo-interprétation, 2013 113

Nomenclature pour la base de données cartographiques de l'occupation du sol dans

l'arrondissement de Lille 114

« Prendre en compte l'environnement dans les documents d'urbanisme » 115

Occupation du sol dans la région Nord-Pas de Calais d'après les données TERUTI 2013 116

Les territoires d'intervention du syndicat mixte Espace Naturel Lille Métropole 117

Carte des territoires d'intervention d'Espace Naturel Lille Métropole 118

Carte des hémicycles potentiels 119

SOMMAIRE GENERAL 120

124






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