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La victimisation du personnage féminin dans Walaandé, l'art de partager un mari et Munyal, les larmes de la patience de Djaili Amadou Amal


par Germaine DANGA MOUDA
Université de Maroua - Master2 2021
  

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Chapitre 4. La portée heuristique de l'écriture de Djaïli Amadou Amal

La représentation de la femme dans la littérature n'est pas anodine. Elle revêt une charge heuristique. En effet, malgré les multiples voix qui se sont élevées pour la cause de la femme, sa situation dans la société reste précaire. Le corpus sur lequel s'appuie cette analyse révèle des femmes prises au piège du patriarcat. L'univers culturel dans lequel elles évoluent fait mention de pratiques traditionnelles en défaveur de l'émancipation de la gent féminine. La prise de la plume par l'auteure n'est pas inutile. Son écriture révèle une prise de position, une exploration de la situation de la femme qui jusque-là est restée voilée, du fait du musèlement, du poids de la culture qui empêche la prise de parole. Ainsi, pour Pascal BekoloBekolo, « en littérature, la révolte est d'abord une rébellion du langage. Un arrachement de la parole et une utilisation efficace de celle-ci. En prenant la parole à leur tour, les « écrivaines » se donnent pour objectif de lutter contre l'omniprésence de la parole masculine. » (Bekolo, 1997 : 94). Pour mieux comprendre ce chapitre, nous posons les interrogations suivantes : qu'est ce qui caractérise l'écriture de Djaïli Amadou Amal ? Quelle est la portée de son écriture ?

4.1. L'originalité scripturale de l'auteure

L'écriture de Djaïli vaut son « pesant de poudre », pour reprendre l'expression de Kateb Yacine. En effet, la femme écrivaine, sempiternellement victime de la misogynie, doit désormais, s'atteler non pas à vivre dans une tour d'ivoire insidieusement baptisée littérature féminine, mais à recouvrer son identité appropriée. La production littéraire de cette écrivaine arrive à s'imposer dans un univers artistique dominé par la littérature masculine, beaucoup plus virile et exempte des pleurnicheries et autre sensibleries. La romancière à travers son écriture, montre à la femme qu'elle doit infirmer le statut qui lui a toujours été attribué et lutter contre les stéréotypes tenaces et les préjugés acharnés. Il faut que la femme affirme et confirme sa présence sans scrupule et énergiquement car les hommes ne lui feront aucune concession.

4.1.1. Une écriture du dévoilement

L'écriture de Djaïlientretient un rapport privilégié avec le contexte socio-culturel et esthétique dans lequel elle prend forme. L'auteure fait tomber d'un coup sec l'homme du piédestal sur lequel les principes du patriarcat l'avaient placé. D'abord, ses deux romans indiquent des thèmes d'actualité à même de heurter la sensibilité des lecteurs. Cette forme d'écriture apparaît « comme une véritable stratégie pour communiquer aux lecteurs le sentiment de l'inacceptable. » (Moumini, 2017). Il s'agit de la carnavalisation de la violence pratiquée par les personnages hommes sur les femmes. C'est un fait inédit, une pratique voilée dans la culture peule. Cette pratique scripturale montre qu'elle est dirigée envers un public qui est pris en compte. Dans ce style d'écriture romanesque, ce qui est voilé, protégé semble désormais exposé. Que ce soit dans Walandé. L'art de partager un mari ou dans Munyal. Les larmes de la patience, les récits se déroulent au sein des familles/foyers, dans l'intimité des épouses. Ces univers sont protégés par la culture peule. Ils sont interdits d'accès aux regards étrangers. Or, Djaïli parvient à mettre la lumière sur certaines pratiques telles les violences verbale et physique, dégradantes à l'égard des femmes qui y ont cours. Il apparaît en effet que le message des deux romans, leur force d'évocation et représentativité semblent aller de pair avec l'originalité et la qualité de sa forme. La subjectivité semble être gage de qualité : plus les récits contés sont profonds et personnels, plus les romans enthousiasment les lecteurs.

Dans les romans, rien n'apparait plus comme un fait et inaccessible, dont l'évocation et l'appréciation ne sont réservées qu'à quelques personnages, notamment les hommes. Au contraire, tout semble comme si le mot d'ordre est liberté et émancipation. Le lecteur est invité à participer à l'oeuvre, à s'exclamer et « encourager à haute voix aussi bien avant , pendant et après » la lecture. Contrairement à d'autres textes dans lesquels l'écriture ne rend pas compte des faits culturels en défaveur des femmes, ici se lit la volonté manifeste de l'auteure de mettre à nu.

La volonté de dévoilement est aussi particulièrement visible dans les thèmes abordés par la romancière. Les deux oeuvres du corpus déconstruisent l'idée de la supériorité de l'homme sur la femme. Désormais, à travers cette écriture, l'auteure dit haut ce qui n'est pas permis à la gent féminine. Elle montre que les deux sexes vivent dans une interdépendance. AlhadjiOumarou, bien qu'ayant congédié toutes ses épouses, pour montrer qu'il est le seul à tenir les reines de son foyer, est très vite désillusionné. Il est désemparé face à la tristesse qui s'est emparée de sa concession, du fait de l'absence de ses épouses. Il se rend à l'évidence de ce que sans ces dernières, il n'est que solitude. Ainsi, les personnages hommes qui paraissent forts, inébranlables se trouvent ici déconstruits.

Le type d'écriture de notre auteure traduit son expérience du monde. La première personne, très utilisée et le registre de langue est relativement proche du langage courant. L'on sent chez la romancière la volonté de créer une oeuvre valable pour tous et de tout temps, détachée de leur idiosyncrasie. Elle parle en tant que femme et de leur expérience au milieu de la société. Les récits dans les deux textes, teintés de noirceurs, de la souffrance de la femme témoignent des problèmes qui dépassent leur auteure. Le choix de l'affirmation de la subjectivité sert à ancrer plus profondément les revendications en faveur de la femme. Djaïli dénonce la violence d'une société où les différentes formes de discrimination pèsent lourdement sur la santé mentale et physique de la gent féminine. Elle ne lésine pas sur les détails. La dénonciation des normes traditionnelles et patriarcales est particulièrement prégnante dans le témoignage des personnages, femmes pour la plupart. L'ambition est universelle ou du moins, pour toutes les femmes qui vivent des situations semblables au quotidien. Les récits semblent valoir pour toutes, de tout temps, en tout lieu. 

Djaïli Amadou Amal porte un coup à la banalisation de la souffrance de la femme représentée dans ses deux romans. En effet, la volonté d'exposer au public la souffrance intérieure est noble, on peut s'interroger sur les manières dont ce choix pourrait être reçu. Le thème du mal-être de la femme est au coeur de ses textes. Il semble loisible de se demander si l'on ne peut pas lire là la preuve qu'elle s'insurge contre ce qui peut être vu comme un certain culte de la souffrance de la femme. Elle encourage l'écoute des revendications de la gent féminine.Ensuite, le fait que les sensibilités individuelles inscrites dans l'oeuvre semblent s'effacer derrière l'apparente similarité des oeuvres et de leurs thèmes peut être interprété comme inscription de la situation de la femme dans son contexte, mais aussi comme un renforcement de sa dénonciation et de son dévoilement. Plutôt que de voir la similarité des dénonciations d'un oeil négatif, on peut aussi la percevoir comme une preuve de l'ampleur des problèmes dénoncés. En effet, en exposant le quotidien des foyers représentés, elle inscrit l'existence de chaque personnage au sein d'un ensemble transcendant de sensibilités littéraires, où les combats individuels s'entrecoupent et les problèmes se partagent. Cela permet à l'auteure, souvent d'être entendue et aux revendications individuelles inscrites à l'oeuvre de gagner en puissance. 

La volonté de l'écrivaine de donner une voix à celles que l'on entend subordonne dans la société à travers le patriarcat est honorable et important. Cependant, il reste difficile de ne pas penser que seules les voix portant un message noir méritent d'être entendues. Cela semble positif dans la mesure où l'oeuvre littéraire diffuse des mots souvent bruyants. Le revers de cette médaille, à savoir le risque que cette diffusion donne l'impression que la souffrance est esthétique, doit cependant être pris en compte pour mieux empêcher cette souffrance de la femme de se perpétuer. Le dévoilement repose ainsi sur deux éléments fondamentaux. Démystifier la supériorité de l'homme et mettre la lumière sur certains évènements rendus tabou par le fait des traditions. Djaïli transgresse un tabou. Ce qui renvoie ainsi à deux réalités « la première consiste à choisir «l'action par dévoilement» et donc à dire le tabou pour le banaliser; la seconde, à imaginer une forme d'énonciation qui rompt avec les normes conventionnelles. » (Sanvee, 2000 : 183).

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"Il existe une chose plus puissante que toutes les armées du monde, c'est une idée dont l'heure est venue"   Victor Hugo