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La construction sociale de la notoriété et de la reconnaissance comme enjeu d'une minorité: le cas d'un fan-club


par Estelle Couture
Université de Provence - DEA Sociologie 2006
  

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I ) LE PARTAGE D'EXPERIENCES « HOMOSOCIALISATRICES »

La conception de l'homosexualité contemporaine va impliquer un certain nombre de choses, comme le choix d'un style de vie, le fait d'affronter les discriminations sociales, le fait de vivre publiquement plutôt que caché et un sentiment de fierté. Aujourd'hui, on pourrait dire que l'on « cultive » son homosexualité. Nous avons questionné dans une étude précédente, les notions de communauté et de culture homosexuelle. En recherchant les traces de l'histoire collective des homosexuels, « histoire secrète » pour reprendre les mots de Marguerite Yourcenar, il apparaît que c'est dans les arts et plus spécialement dans la littérature, au moins jusqu'à la fin des années 60, que les sources sont les plus nombreuses et les matériaux les plus riches. Sous des formes diverses, c'est donc d'abord la littérature qui a hébergé le militantisme homosexuel permettant de dire à la fois la marginalité, la solitude, la souffrance et la révolte. Les entretiens que nous avions menés confirmaient le fait qu'elle offre aux gays et aux lesbiennes, des repères, des modèles de façon temporaire, éphémère...Selon l'historien et philosophe D.Eribon, « c'est en fouillant les bibliothèques que les gays inventent leur vie »411(*). Aujourd'hui, les médias jouent le même rôle, mais de façon beaucoup plus accessible et surtout visible, et font entrer directement les gays et les lesbiennes sur le devant de la scène, de façon plus ou moins détournée.

1. La découverte de l'homosexualité

Aujourd'hui, les grandes interrogations sur l'identité renvoient fréquemment à la question de la culture. Les crises culturelles sont dénoncées comme des crises d'identité. La culture serait le fondement de la recherche identitaire des individus.

L'identité n'est ni une réalité totalement objective ni totalement subjective, elle se définit essentiellement dans un cadre relationnel, elle est un construit qui s'élabore dans une relation qui oppose un groupe aux autres groupes avec lesquels il est en contact412(*). C'est pourquoi les groupes d'appartenance, que ce soit un regroupement minoritaire comme les lesbiennes ou un fan-club se définit le plus souvent en opposition avec un « autrui » pas forcément caractérisé, mais qui permet de se positionner dans les relations sociales. Dire que l'on appartient à tel ou tel groupe renseigne sur notre identité, parfois de manière approximative et parfois à l'aide de nombreux préjugés. En effet, nous avons déjà noté que certaines fans d'Anne-Laure sont stigmatisées, par le simple fait qu'elles admirent une chanteuse lesbienne, ce même constat s'observe pour les fans de la joueuse de tennis Amélie Mauresmo.

Cette conception de l'identité comme manifestation relationnelle permet de dépasser l'alternative objectivisme / subjectivisme. C'est dans l'ordre des relations entre les groupes sociaux qu'il faut chercher à saisir le phénomène identitaire. Selon F.Barth, l'identité est un mode de catégorisation utilisé par les groupes sociaux pour organiser leurs échanges. Ainsi, pour définir l'identité d'un groupe, ce qui importe, ce n'est pas d'inventorier l'ensemble de ses traits culturels distinctifs, mais de repérer parmi ces traits ceux qui sont utilisés par les membres du groupe pour affirmer et maintenir une distinction culturelle. En ce sens, l'identité est toujours un rapport à l'autre, elle est résultante d'un processus d'identification au sein d'une situation relationnelle, elle est relative car elle peut évoluer si la situation change ; certains préféreront parler de concept d'identification plutôt que celui d'identité413(*). L'identification peut alors fonctionner comme affirmation ou comme assignation identitaire et l'identité serait toujours un compromis entre une auto-identité définie par soi, et une exo-identité définie par les autres. Cette exo-identité, dans une situation de domination, se traduit par la stigmatisation des groupes minoritaires et va aboutir dans ces cas là à une identité négative. Ainsi, nous pouvons voir apparaître chez les dominés des sentiments de mépris de soi, liés à l'acceptation et à l'intériorisation de l'image de soi construite par les autres.

Cependant, un changement de situation ne pourrait-il pas modifier l'image d'un groupe ? L'identité deviendrait donc l'enjeu de luttes sociales. Tous les groupes n'ont pas la même autorité pour nommer et se nommer, seuls ceux qui disposent de l'autorité légitime peuvent imposer leurs propres définitions d'eux-mêmes et des autres414(*). L'ensemble des définitions identitaires fonctionne comme un système de classement qui fixe les positions respectives de chaque groupe. IL va s'agir pour le groupe qui se voit assigné une identité négative, de transformer cette exo-identité en identité positive. Cela pourra se traduire par exemple, par le retournement du stigmate, comme dans le cas de la Gay Pride. Le sentiment d'une injustice collectivement subie peut entraîner chez les membres d'un groupe victime d'une discrimination un sentiment fort d'appartenance à la collectivité, un sentiment de fierté revendiquée. Ce thème réapparaît très souvent dans les messages du forum : « fière d'être Choupifan », cette expression résonne presque comme un slogan militant.

Aujourd'hui, la politisation et la mise en public du privé, de l'intime415(*) permet à certaines de se retrouver dans une configuration peu consensuelle de la féminité voire même de la sexualité. Ces représentations sont de plus en plus précocement accessibles par le biais des médias. Ces images vont participer au processus d'apprentissage social et culturel de la sexualité, et par conséquent du genre, ou inversement. Au départ, l'éducation traduit des comportements sexuels adaptés à chaque sexe. De plus, le discours ou l'absence de discours permet à l'enfant ou à l'adolescent d'intérioriser une représentation de la sexualité, d'en délimiter les tabous, le socialement acceptable. De cette façon, les adolescentes lesbiennes ne peuvent se définir dans ces discours de façon positive, l'homosexualité n'étant pas un sujet majoritairement voire nullement abordé dans la cellule familiale. Elles s'enferment alors dans ce qu'on appelle le placard, sorte de secret, de place négociée qui leur est d'emblée destinée. Il y a derrière ce terme tout un processus d'assujettissement416(*) sous-jacent, comme un allant de soi. Ainsi, les lesbiennes vont créer leur identité personnelle à partir d'une identité assignée. Accéder au placard par la force des choses, c'est exécuter un processus de rupture avec la socialisation primaire et familiale, et effectuer ce que l'on pourrait appeler, dans le cadre d'une socialisation secondaire, une homosocialisation. Pour se faire, l'adolescence doit être le moment de « renégocier le pouvoir des parents en terme de droit d'intrusion, de regard sur les choix initiés, et revendiquer une marge d'intimité déjà existante »417(*), au sein de la famille, l'adolescente va devoir se construire des espaces objectifs et/ou symboliques d'intimité nécessaires à cette autonomie partielle418(*). Dans l'étude que nous menons actuellement, cet espace pourrait être représenté par la création d'un réseau de sociabilité à travers Internet ou encore tout simplement la recherche d'images ou de représentations appropriées. Ces représentations, médiatiques notamment, « offertes » au public vont interférer avec la construction de soi en tant que lesbienne. Cette « culture du visible »419(*) renvoie à la présence des lesbiennes dans l'espace public qui se joue selon certaines négociations avec les valeurs hétérosexuelles de base. Etre visible, c'est s'inscrire sur la scène politique, enjeux de la reconnaissance. Cette visibilité doit s'insérer dans des cases déjà existantes, c'est pourquoi on dit qu'elle est négociée et qu'elle intéresse particulièrement les rapports de genre qui régissent la société occidentale.

2. Le rapport aux autres et la « tyrannie de la majorité »

Les minorités, quelles soient sexuelles ou autres, doivent toujours de manière consciente ou non, se référer à une certaine majorité représentant l'universel, et cela que l'on se réclame d'un courant « séparatiste » ou du courant opposé, « assimilationniste » dont nous avons fait la distinction dans le premier chapitre, et que l'on retrouve chez les membres du forum, de manière un peu moins explicite. Dans tous les cas, ces deux positions mentionnent mais ne remettent pas en cause l'idée que les homosexuels seront toujours une minorité et que leur statut minoritaire préexiste à l'oppression qu'ils subissent. Or dans une perspective différente, nous pourrions dire que se conformer aux normes ou construire des sous-mondes alternatifs, considèrent de la même façon comme immuable le principe de domination hétérosexiste, reconnaissant en ne les contestant pas les principes de division et de hiérarchisation qui sont à l'origine de l'oppression.

Historiquement, la minorité est devenue le référent de groupes dominés qui cherchent à réclamer leurs droits et à resignifier les catégories initialement destinées à les assujettir. Même si elle apparaît comme le résultat d'un travail de mobilisation politique, elle finit pourtant par être perçue comme ce qui fonde ce travail plutôt que comme sa conséquence, et en vient à être conçue comme la réunion « naturelle » d'individus donnés, selon leur qualité préexistantes, semblables ou identiques420(*). De cette façon, dans cette conception essentialiste, toute personne gay ou lesbienne doit se définir et surtout se dire par rapport à ce système de référence et de classement.

Dans ce cadre, nous pouvons replacer les significations que revêt le stigmate au sens d'E.Goffman421(*). Un stigmate est un attribut qui discrédite a priori son possesseur, et entraîne des sanctions sociales comme l'infériorisation, l'exclusion ou encore des violences physiques. Il insiste sur le fait que le stigmate désigne moins un attribut qu'une relation dans laquelle le terme stigmatisé (ici, l'homosexualité) est inséparable du terme opposé (l'hétérosexualité). Le stigmate renvoie autant à la catégorie à proprement parler qu'aux réactions sociales qu'elle suscite et aux efforts du stigmatisé pour y échapper ou pour dissimuler qu'il y appartient. C'est la réception sociale du stigmate qui le constitue en tant que stigmate, c'est donc bien le rapport à la majorité qui définit le stigmatisé, et dans l'imaginaire de cette majorité, le stigmate est la cause universelle de tous les goûts et de toutes les actions du stigmatisé. E.Goffman distingue les identités stigmatisables et les identités stigmatisées, deux conceptions qui appellent des stratégies de gestion différentes : la personne stigmatisable s'attache à la gestion de l'information à l'égard de son stigmate (cacher ou dévoiler son homosexualité) ; la personne stigmatisée doit gérer la tension entre la norme sociale et sa réalité personnelle (se confronter aux réactions hostiles). Ces deux types d'identités constituent les deux grandes phases de la vie homosexuelle : d'abord la période qui précède le coming-out, durant laquelle l'identité reste stigmatisable ; ensuite celle qui le succède, lors de laquelle elle devient stigmatisée. Le stigmate sépare d'abord les stigmatisés de la majorité universelle. Mais les stigmatisés sont aussi divisés entre eux par une hiérarchisation interne, qui valorise les plus « normaux » des stigmatisés, et par une haine de soi, qui se projette sur les images de soi que renvoient les semblables. Ce constat se retrouve dans nos entretiens lorsque les enquêtés évoquent l'homosexualité et le fait qu'elles ne sont « pas comme les autres », qu'elles sont « féminines » ; il y a là un véritable rejet de l'image masculine de l'homosexualité féminine :

o « Je suis une fille assez féminine dans l'ensemble »422(*)

o « Je voudrais bien changer les mentalités sur la femme lesbienne, parce que la lesbienne est vu comme une fille mec...alors qu'elles ne sont pas toutes comme ça...j'en suis la preuve vivante... »423(*)

o « On nous fait croire (à propos de la série L Word) que toutes les lesbiennes sont aussi belles et féminines, alors que non »424(*)

o « ce qui m'a fait halluciné, c'est que toutes les filles dans les concerts étaient habillées en sportwear...sans vouloir être méprisante...pas étonnant qu'après les gens pensent que les goudous ne savent pas s'habiller »425(*)

Pourtant, rejeter cette image, c'est encore l'accepter comme référent. La lesbienne masculine est donc une construction identitaire qui parle aussi bien de l'oppression que de la création de soi. Enfin, le stigmate sépare l'homosexuel de lui-même, en introduisant une discontinuité entre son identité privée et sa personnalité publique.

Mais le stigmate n'est pas passivement reçu : il fait l'objet de luttes symboliques, de conflits de définition et de redéfinition Cependant, la logique de résistance ; lorsqu'elle se contente de chercher à renverser le stigmate en fierté, en s'appuyant sur celui-ci pour mobiliser les stigmatisés, court toujours le risque d'achever ce que la stigmatisation cherchait à produire : la naturalisation du stigmate et du groupe qui se mobilise pour le contester426(*).

Le rapport aux autres passe également par l'existence de stéréotypes et de clichés qui sont le plus souvent, comme nous l'avons déjà mentionné, par les médias. En effet, ils favorisent les constructions imaginaires427(*). Souvent le public se forge par la télévision ou la publicité une idée d'un groupe social avec lequel il n'a aucun contact. Les représentations qui sont faites des gays et des lesbiennes, tantôt comme des efféminés, tantôt que des filles aux allures masculines, qui sont filtrées par le discours des médias et qui sont ainsi perpétuées dans les discours quotidiens, parfois de manière légère en plaisantant, parfois de manière méprisante, s'impriment dans les esprits. Le stéréotype serait principalement le fait d'un apprentissage social. Notre culture définit donc pour nous, et préalablement, les représentations des types sociaux auxquels nous sommes directement ou indirectement confrontés. Par exemple, l'injure et le langage nous précèdent ; or c'est très souvent dans l'injure qu'une personne se découvrant gay ou lesbienne se voit, et comprend qu'il sera défini. Ils acquièrent ainsi le sentiment de honte et de mépris avant même de découvrir leur propre sexualité. L'injure va définir le rapport aux autres et au monde428(*). Ainsi, en intériorisant le stéréotype discriminant, les gays et les lesbiennes sont amenés à l'activer dans leur propre comportement, notamment en apprenant à dissimuler leur homosexualité dans certaines situations.

3. Le besoin de se regrouper et de se reconnaître

Quand une personne découvre ou accepte en elle-même une identité minoritaire, elle le fait généralement dans un esprit d'appartenance429(*). Elle peut se sentir marginalisée, incomprise, ou même exclue de la société dans son ensemble, mais elle s'intègre également à une collectivité et acquiert plus ou moins un sentiment d'appartenance. L'identité minoritaire peut impliquer, la plupart du temps un sens de la communauté et peut être même un motif de fierté : nous soulignons à plusieurs reprises l'emploi d'expressions communautaires et solidaritaires. L'appartenance et le sentiment collectif naissent de cette intériorisation d'un ensemble de modèles culturels et de valeurs communes spécifiques qui définissent une identité personnelle indissolublement liée à une identité collective. Ce sentiment collectif peut prendre la forme d'un véritable mouvement social qui devient alors l'espace où s'expriment et se cristallisent, non seulement des identités collectives mais aussi des façons de vivre et une certaine insertion dans la société430(*), ce que peuvent rechercher les jeunes en mal de reconnaissance.

Les homosexuels vont donc se socialiser en tant que tels en suivant les repères que peuvent leur proposer par exemple les médias, en rupture avec la socialisation antérieure qu'ils ont pu recevoir. Cette socialisation passerait alors aussi par le fait de se trouver des modèles et de soutenir une candidate lesbienne inscrite dans une émission de télé-réalité.

Notre précédent travail sur l'existence d'une culture homosexuelle, nous a permis de constater, que même si nous ne pouvions pas affirmer son existence, celle-ci était utile à un moment donné dans la construction identitaire et culturelle des individus se découvrant gay ou lesbienne. C'est-à-dire que le fait de connaître un certain nombre d'éléments d'une sorte de patrimoine gay et/ou lesbien va conditionner la compétence, au sens ethnométhodologique431(*), des acteurs de la communauté ou qui souhaitent appartenir à cette communauté. Dans une interaction, l'essentiel est d'être reconnu en tant que membre par le groupe, pour cela, il faut montrer sa compétence, en exhiber les caractéristiques en manifestant qu'on appartient bien au groupe. Nous pourrions penser que le fait de défiler pour sa première Gay pride marque une sorte d'entrée dans la communauté gay et lesbienne, tout comme le fait de faire son coming-out.

Il existe trois sortes de compétence : tout d'abord la compétence culturelle, c'est-à-dire, l'aptitude qu'a un membre d'une communauté à interagir avec les autres membres déjà compétents, qui possèdent des croyances ; puis la compétence linguistique, qui est un pré-requis pour participer aux actions, c'est l'aptitude à communiquer, à interpréter, à connaître les stratégies d'emploi des expressions et avoir la connaissance des contraintes sociales pesant dans les interactions dans lesquelles nous sommes, c'est une compétence communicationnelle. Nous pourrions entendre par-là tout ce que nous appelons, les codes, les symboles homosexuels, ce qui permet également de savoir à quel moment et dans quelle situation, il est possible de montrer voire d'afficher son homosexualité, mais aussi toutes les expressions renvoyant à des références connues des gays et des lesbiennes, références que nous pourrions retrouver dans un certain nombre de magazines432(*) destinés aux gays et aux lesbiennes ou dans un certain nombre de films ou de séries télévisées mettant en scène des personnages gays et lesbiens. Enfin, il y a la compétence interactionnelle. En effet, la compétence n'est pas seulement la connaissance, si les individus doivent montrer ce qu'ils savent, il faut bien que d'autres membres reconnaissent cette connaissance.

Ce besoin de se regrouper et de se reconnaître développe donc un sentiment d'appartenance à un groupe, dont les membres ont les mêmes caractéristiques que nous, les mêmes difficultés, les mêmes intérêts, ou encore les mêmes goûts. Le réflexe du minoritaire, et encore plus si celui-ci est dans une position de stigmatisé433(*), sera donc de se replier sur des semblables, de mettre en oeuvre un système de valeurs particulier, de s'intégrer parfois dans une vie corporative...pouvant entraîner la création d'une presse spécialisée, d'un groupe, d'une chaîne de télévision, d'un site Internet...

II ) DE L'EXISTENCE D'UNE COMMUNAUTE VIRTUELLE OU REELLE : LEGITIMATION ET ARGUMENTATION

L'analyse de l'énonciation, que nous avons utilisée au cours de cette recherche, s'organise sur des principes issus de la linguistique. Elle part du principe que tout message implique une interaction, car la parole s'adresse toujours plus ou moins explicitement à un interlocuteur. Il s'agit de trouver dans les messages les marques de l'interaction, dans les textes mais aussi dans les images. L'analyse de l'énonciation se fait à travers l'analyse des formes rhétoriques. Elle s'attache à relever les marques, les indices d'opinion, de jugement, ce qui peut manifester une sollicitation. En ce sens, dans un regroupement comme ceux que nous nous sommes proposés d'étudier, des regroupements dits minoritaires, en référence à la norme hétérosociale, on se doit d'accorder une grande importance à un porte-parole dont l'opinion sera, en quelque sorte le fil conducteur, le guide de ceux qui sont inclus dans le groupe, ou ceux qui voudraient en faire partie. Ce porte-parole pourrait être, la rédaction du magazine par exemple, ou dans notre recherche actuelle, les différents modérateurs du forum de discussion de notre corpus. En effet, ces personnes peuvent vues comme des leaders et transmettent les règles en vigueur sur les forums mais aussi une certaine attitude à adopter. L'argumentation ne vise pas qu'une adhésion intellectuelle, elle vise aussi l'action, ou au moins, une disposition à l'action434(*). Le forum de discussions qui nous a intéressé tient lieu de fan-club, il s'agit donc avant tout de discussions de fans, cependant l'analyse a rapidement révélé qu'il y avait d'autres enjeux que celui d'un simple soutien ou d'une simple adhésion musicale. En effet, l'hypothèse est posée qu'il existerait des enjeux en terme de reconnaissance lesbienne. A travers cette jeune chanteuse, les fans organisent certains arguments en faveur de la légitimité de leur sexualité, malgré les dits et les non-dits que nous avons soulignés.

Nous partirons ici du contre-pied de cette reconnaissance, c'est-à-dire, de ce qui fait qu'il y a un besoin de reconnaissance spécifique. La raison en est, qu'aujourd'hui encore, malgré les relatives évolutions juridiques concernant l'homosexualité, et par là même, sa plus grande visibilité, le point de vue dominant n'en reste pas moins celui d'une sexualité en marge de la sexualité légitime et légitimée qu'est l'hétérosexualité. Face à ces constats, les gays et les lesbiennes doivent jouer des arguments pour faire face à la force des représentations, que ce soit au niveau du langage ordinaire ou des images, et accéder une certaine reconnaissance par différents moyens car finalement : « comment se révolter contre une catégorisation socialement imposée sinon en s'organisant en une catégorie construite selon cette catégorisation, et en faisant ainsi exister les classifications et les restrictions auxquelles elle entend résister ? »435(*).

1. La persistance d'une rhétorique homophobe

Création du Pacs, élection d'un maire homosexuel, visibilité médiatique démultipliée, inscription récurrente dans le débat politique : la décennie 1995-2005 a donné lieu à un bouleversement de la place de l'homosexualité dans la vie publique française. Elle se situe désormais par rapport au majoritaire, notamment avec les sondages d'opinion, ce qui implique d'exister comme réalité et comme enjeu à ses yeux, et non plus d'être cantonné à la marginalité. Nous pourrions parler d' « évolution » tant la cause homosexuelle est, historiquement, une lutte du minoritaire pour une reconnaissance en tant que composante à part entière du corps social. Entre tolérance et reconnaissance, les avancées de l'opinion n'épuisent cependant pas la question de la place de l'homosexualité dans la société française, elles en déplacent les frontières. Un renversement résume à lui seul cette mutation : celui des questions posées dans les enquêtes d'opinion. En effet, à la question traditionnelle « Si vous appreniez que votre fils est homosexuel, quelle serait votre réaction ? » s'est substituée « Si vous aviez un ami qui tient des propos homophobes... ? »436(*). Certes dans les sondages, les Français manifestent une réelle réprobation vis-à-vis des expressions d'homophobie : en février 2004, 80% d'entre eux se disaient ainsi favorables à ce que les insultes ou injures homophobes soient réprimées aussi sévèrement que les insultes racistes ou antisémites, contre 15% défavorables à une telle mesure. Mais, au-delà de cette condamnation de principe, la persistance et la vivacité des attitudes homophobes transparaissent dans les enquêtes d'opinion. Nous le voyons à travers les minorités parfois importantes qui se démarquent des évolutions favorables aux homosexuels : le fait qu'en 2004, 31% des personnes interrogées jugent que « les homosexuels ont une sexualité anormale » et 20% qu'ils « ne sont pas vraiment des personnes comme les autres » n'est ni négligeable, ni anodin. D'autres indicateurs donnent également la mesure du malaise : 41% des Français s'accordent ainsi à dire que « les homosexuels devraient éviter de montrer qu'ils le sont dans les lieux publics, en s'embrassant dans la rue par exemple ». Citons également la persistance du fantasme de perversion des enfants par les homosexuels, voire l'association entre homosexualité et pédophilie, également révélatrice de l'existence d'un irréductible fond d'homophobie dans l'opinion : pratiquement un Français sur quatre (23%) estime que « certaines professions où l'on est en contact permanent avec des enfants devraient être interdites aux homosexuels ». Plus grave encore, se révèle une passivité qui confine parfois à la légitimation des actes de discrimination ou d'homophobie. Ainsi, quand 31% des Français jugeaient en 2001 qu'un gay ou une lesbienne avait moins de chances que les autres, à qualification ou diplômes équivalents, de décrocher un travail, une formation ou une promotion, ils n'étaient que 60% à trouver cela injuste contre 37% qui relativisaient plus ou moins la gravité de ces différences de traitement437(*). A l'automne 2004, alors qu'un Français sur deux a le sentiment d'une augmentation importante des actes et attitudes homophobes, ils ne sont que 43% à juger que cela montre l'importance de l'homophobie en France ; tandis que 25% pensent que cela « relève d'un problème d'insécurité plus général » et surtout, que 28% y voient « le résultat d'une visibilité trop grande des homosexuels qui devraient être plus discrets »438(*). De telles attitudes contribuent à expliquer que 7% des personnes interrogées se disent d'accord avec l'opinion selon laquelle « les violences contre les homosexuels sont parfois compréhensibles ». Aussi minoritaire soit-elle, cette complaisance affichée envers les violences homophobes est significative, parce que particulièrement difficile à exprimer dans le cadre d'un sondage tant elle est « politiquement incorrecte », de l'existence, dans les tréfonds de l'opinion publique, d'une forme de haine-répulsion envers les gays et les lesbiennes.

Aujourd'hui, depuis un siècle, la rhétorique homophobe est plus sophistiquée, elle ne se contente plus seulement d'un lexique et de quelques syntaxes rudimentaires. Elle est surtout devenue consciente d'elle-même. Jusqu'à présent, le discours homophobe était unanime, allait de soi, était évident ; maintenant il est discuté. Ainsi, il a dû ajuster ses outils linguistiques à la situation nouvelle, pour à la fois justifier ses présupposés idéologiques, remodeler son image sociale et combattre ses adversaires politiques439(*). La rhétorique homophobe est désormais plus argumentée. Cependant, ce discours reste difficile à circonscrire car il n'est pas le propre d'un groupe social identifié avec sa rhétorique propre, sa doctrine officielle, ses textes, ses références et ses porte-parole. Ce discours est, en effet, prononcé de manières hétérogènes, par tous les clivages, dans tous les milieux. Ce discours omniprésent est tout de même ramené à quelques lieux ordinaires où il puise l'essentiel de ses arguments. Ces lieux sont comme des réservoirs où chacun peut trouver la matière nécessaire pour étayer sa thèse.

A l'origine, il y a les lieux pseudo-théoriques formant l'armature savante des discours homophobes dont le dispositif argumentatif s'accroît. Ils sont employés pour durcir les prises de position les plus conservatrices. De ce fait, les positions les plus violentes peuvent passer pour des discours d'experts. Avant ces théories relevaient de la théologie, de la morale et de la médecine et employaient des mots tels que péché, débauche, contre-nature, maladie, tare pour qualifier l'homosexualité : « l'homosexualité est un stigmate fonctionnel de dégénérescence et une tare névro-psychopathologique »440(*). L'homosexualité était donc considérée comme une maladie mentale, ce qui avait immanquablement des répercutions sur l'opinion publique. Aujourd'hui, on invoquerait plutôt la psychanalyse ou les sciences sociales avec de nouveaux concepts mis à l'honneur comme celui de narcissisme, de perversion, d'altérité, d'ordre symbolique ou de différence des sexes.

Mais la rhétorique homophobe emprunte aussi à certains discours moins savants, les lieux communs au sens technique, qui relèvent plus de l'opinion générale, celle observée dans les sondages, que de la science officielle. Le plus important est sans doute celui de l'hétérosexisme ou la croyance profonde en une téléologie hétérosexuelle du désir qui finalise à priori l'individu. Ici l'homosexualité met en danger cette finalité hétérosexuelle du désir et ce, à tous les niveaux : menace pour l'individu, le couple, la famille, la nation, l'espèce humaine frappée par la stérilité de cette contagion homosexuelle. L'hétérosexisme contient en germe la stigmatisation de toute personne homosexuelle. De plus cet argument repose sur des lois et des institutions, spécifiquement érigées pour les personnes homosexuelles.

Cette homophobie se fonde sur une misogynie. Dans cette perspective, rien n'est plus avilissant pour un homme que de ressembler à une femme, alors l'image de l'homme homosexuel est évidemment celle de l'efféminé, inspirant mépris et quolibets- il faut noter sur ce point que l'homophobie s'exerce sur la sexualité et par le fait l'apparence des personnes, que cette sexualité soit réelle ou supposée. Inversement la femme homosexuelle semble plus masculine, elle est alors assimilée à une orgueilleuse imposture puisqu'elle refuse de rester à la juste place qui lui assigne sa condition première. Or les images de la rhétorique homophobe sont réversibles et malléables. En effet, on peut aussi reprocher aux gays d'être trop virils. Leur goût pour le sport, la musculation est manifestement inauthentique. La même chose est dénoncée chez les lesbiennes qui seraient trop féminines pour être honnêtes. L'homme doit être viril ni trop, ni trop peu et la femme doit être féminine ni trop, ni trop peu également. Mais si les gays et les lesbiennes sont arrivés à trouver un juste milieu, le discours homophobe va considérer que la situation est pire car il les soupçonne de vouloir se fondre dans la masse pour mieux tromper le monde. Et finalement, la « folle » est préférable car plus reconnaissable et donc plus rassurante, les médias tentent ces dernières années de trouver un équilibre entre ces deux figures.

Toute cette argumentation homophobe est mise en forme selon différentes stratégies. Tout d'abord les stratégies de définition, c'est-à-dire, qui utilisent la définition même du mot « homosexualité » pour ainsi dénoncer l'amour du même sexe, le refus de l'altérité, le repli sur soi, la fermeture voire même la ghettoïsation. Cette stratégie permet de dérouler toutes les conséquences voulues à partir d'une simple définition, elle enferme les êtres dans leur essence présumée. Ainsi, l'homophobie semble être fondée en raison. Une fois posée, explicitement ou implicitement, cette définition peut devenir une arme redoutable, une structure mentale absolue, principe de vision et de division du monde social. Cette définition est ensuite étendue à d'autres réalités différentes et hétérogènes, c'est ce que l'on appelle l'amalgame. Par exemple le fait d'associer l'homosexualité à la pédérastie, la pédophilie, à la perversion, la débauche, la drogue ou encore le sida : « Où placera-t-on la frontière, pour un enfant adopté, entre l'homosexualité et la pédophilie »441(*) ou autres slogans issus de la manifestation anti-Pacs tenue à Paris le 31 janvier 1999 « Les homosexuels d'aujourd'hui sont les pédophiles de demain »...

L'autre stratégie est l'injonction simple. Elle consiste à définir non pas ce qu'est l'homosexualité mais ce qu'elle devrait être, notamment l'injonction à la virilité, à la féminité, à la discrétion, à la chasteté, à la sublimation du désir sexuel. Le discours homophobe apparaît ainsi comme un discours normatif intériorisé dés l'enfance. Ce discours est intériorisé et nous le retrouvons chez nos enquêtés les plus jeunes.

L'injonction peut également être double. Elle consiste alors à proférer des injonctions contradictoires selon la nécessité du temps. Ainsi l'injonction à la normalité fut longtemps un motif privilégié du discours homophobe. Mais lorsque les gays et les lesbiennes commencèrent à demander la reconnaissance légale, cette revendication a été critiquée car elle mettait en péril la norme sociale. De la sorte, ceux qui avaient exhorté les homosexuels à la normalité, leur reprochaient désormais leur volonté d'intégration sociale, les exhortant au contraire à être subversifs. Nous pouvons citer les discours des débats actuels sur l'homoparentalité.

Enfin, nous citerons la stratégie de la culpabilisation et ses effets rhétoriques de la honte que le discours homophobe suscite et entretient : de peur d'être stigmatisées comme telles, des personnes homosexuelles sont prêtes à entendre sans rien dire les formules les plus violentes ou les plus insultantes du discours social, cela est très souvent le cas sur le lieu de travail. Ainsi, il plane toujours une sorte d'autocesure, de mauvaise conscience. Ces personnes renonceront peut être à certaines libertés individuelles pour ne pas déranger l'ordre symbolique et moral qu'on leur oppose. Cette violence symbolique442(*) est donc légitimée par les stigmatisés eux-mêmes car elle fait partie de la socialisation primaire. Très souvent cette homophobie qualifiée de sociale n'a pas besoin de s'exprimer pour s'exercer. Tout célèbre le couple hétérosexuel : les parents, l'entourage, le cinéma, la télévision, les livres pour enfants...Edith Cresson, Premier ministre en 1991 affirmait : « l'hétérosexualité, c'est mieux ».

Avant même de connaître sa propre sexualité, le jeune gay ou la jeune lesbienne sait qu'il ou elle est potentiellement insultable. Le sentiment homosexuel est forcément condamné donc la personne qui éprouve ce sentiment est forcément condamnable et le sait. En effet, l'homophobie est présente dans le langage ordinaire. Elle englobe les insultes dans la rue mais aussi tous les discours théoriques d'obédience juridique, psychanalytique et anthropologique, qui visent à confirmer ou à justifier l'ordre inégalitaire institué entre homosexuels et hétérosexuels443(*). Le langage exprime depuis des siècles, une norme hétérosexiste. Le monde reste vu à travers le prisme de l'homme normal, c'est-à-dire, hétérosexuel qui perpétue sa domination sociale par le langage courant. Les mots de l'homosexualité sont dés lors pour beaucoup, les mots de l'homophobie ; c'est le risque encouru, dans la dynamique sociale, par toute désignation de groupe humain qui procède par classification sur la base de critères normatifs, source de tous les préjugés et de toutes les discriminations. L'injure sera l'image de l'homosexuel efféminé que le langage renverra en priorité de l'homosexuel. Ce processus de féminisation de l'homosexuel fait référence à la passivité. On ne retrouve pas cette équivalence chez les lesbiennes. On parle de « folle » pour les gays, on emploie donc un terme féminin ; et on parle de « camioneuse » pour les lesbiennes, le terme est féminisé. Mais cette stigmatisation ne touche pas que les homosexuels. En effet, pour Daniel Welzer-Lang, « c'est le dénigrement des qualités considérées comme féminines chez les hommes, et dans une certaine mesure, des qualités dites masculines chez les femmes » qui engendre l'insulte. Ainsi, il relit « l'homophobie particulière qui s'exerce à l'encontre des gays et des lesbiennes, et l'homophobie générale, qui prend racine dans la construction et la hiérarchisation des genres masculin et féminin »444(*). L'insulte « pédé » peut également frapper un homme hétérosexuel dans la mesure où, au-delà de l'orientation sexuelle, elle dénonce un manquement à la « parfaite » virilité que suppose la construction sociale du masculin. L'opinion publique regorge toujours de stéréotypes sur les homosexuels comme par exemple, les danseurs, les coiffeurs, les filles aux cheveux courts...etc...

D'une manière générale, nous pouvons affirmer que c'est dans le langage que l'on retrouve les stratégies plus ou moins ritualisées de la lutte symbolique445(*). Kant a démontré que le langage a une efficacité symbolique de construction de la réalité et de ce fait, la nomination va structurer la perception du monde social des agents. L'institutionnalisation à travers laquelle s'accomplissent les opérations de nomination permet de « faire le monde en le nommant ». De cette façon, les termes injurieux envers les homosexuels participent de ce processus. Cette représentation a d'autant plus de force quand il s'agit d'un discours scientifique, comme nous l'avons vu. L'action sur le monde social vise à produire et imposer des représentations, et ainsi à faire ou défaire les groupes, issus de ces représentations. De plus, cette action va agir également sur les actions collectives qu'ils peuvent entreprendre pour transformer le monde social conformément à leurs intérêts en produisant, en reproduisant ou en détruisant les représentations qui rendent visibles ces groupes pour eux-mêmes et pour les autres.

2. L'affirmation et le militantisme en faveur de la reconnaissance

La presse gay que nous avions étudié mettait en avant un certain nombre de personnages historiques, littéraires ou autres artistes, tous homosexuels en vantant leurs oeuvres. Nous avions constaté une mise en avant des références donc la reconnaissance est incontestable, reconnaissance qui participerait à la légitimation de l'homosexualité.

Si l'homosexualité est bien issue de la discrimination, les gays et les lesbiennes représentaient autrefois le mal et devaient lutter pour la tolérance, pour exister, aujourd'hui c'est contre l'homophobie qu'ils doivent se défendre.

A partir de ces constats, comment peut s'élaborer le processus de reconnaissance des homosexuels ? Il faut se détacher du système dominant et inconsciemment (ou consciemment) homophobe de notre société. Nous pouvons citer en vrac les exemples de la Gay Pride, des dénominations libérées du joug médical (gay et lesbienne), des associations, des porte-parole, des images des homosexuels par eux-mêmes, de la presse gay...Ces exemples transcendent les différents traitements médiatiques qu'a connu l'homosexualité : le silence, la condamnation, la dérision. En effet, pour P.Bourdieu, il faut « briser » l'adhésion au monde du sens commun, en rompant avec l'ordre ordinaire, et en produisant un nouveau sens commun446(*) qui serait la manifestation publique et la reconnaissance collective de certain groupe.

Déjà dans un précédent travail de maîtrise, nous nous étions attardés sur une presse gay en soumettant le corpus pictural à l'analyse dite de la « rhétorique de l'image447(*) » de R.Barthes afin d'observer une certaine mise en scène de l'homosexualité en vue de la construction sociale d'une culture homosexuelle. En effet, ce qui ressortait le plus d'une telle analyse était le fait que les images étaient ancrées dans une certaine norme reconnue par la communauté gay, et défendue par la rédaction du magazine en question. Les images qui étaient mises en scène visaient à influer sur le lecteur, obéissant dans un certain sens à certains codes, normes ou mêmes à certains clichés. L'analyse sémiologique de R.Barthes est parfaitement adaptée aux images publicitaires qui sont construites à partir d'une intention, comme par exemple, la couverture d'un magazine. Ces dernières sont en effet, le fruit d'une intention de construction du sens de l'image, dans la mesure où elles doivent être la vitrine du produit. Ainsi, le graphisme, le choix de l'image et des titres accrocheurs révèlent le positionnement et l'identité revendiquée par le magazine. La signification est intentionnelle par la transmission claire de signifiés en vue d'une meilleure lecture. Le message iconique ou symbolique qui est connoté, nécessite souvent un savoir d'ordre culturel, même s'il est parfois difficile de le distinguer du message littéral, dénoté. Le spectateur reçoit en même temps le message perceptif et le message culturel, et cette confusion correspond à la fonction de l'image de masse. La lecture de l'image va donc dépendre du « savoir » du lecteur, de sa situation culturelle, et de tout un apprentissage de signes.

Rappelons que les argumentations effectives s'inscrivent toujours dans le cadre d'une interaction. On se justifie toujours par rapport à quelqu'un, ou par rapport à soi-même quelquefois. Le postulat veut que « tout discours est une construction collective » ou « une réalisation interactive ». Les différents participants de l'interaction exercent les uns sur les autres un réseau d'influences mutuelles448(*). Le sens d'un énoncé est le produit d'un travail collaboratif, l'émetteur et le récepteur sont actifs et procèdent à des opérations de codage et de décodage. Les divers procédés de rhétoriques, comme celui de R.Barthes ne peut se faire donc qu'en présence, réelle, fictive ou virtuelle, d'un auditoire qui va représenter l'ensemble de ceux sur lesquels l'orateur veut influer par son argumentation.

Dans le cas d'un magazine gay et lesbien, les journalistes exercent leur pouvoir d'argumentation sur une cible bien précise car ceux qui lisent ces magazines sont à priori positionner sexuellement parlant. De la même façon, les personnes se rendant sur les forums de discussions Internet soutenant une jeune chanteuse lesbienne sont susceptibles d'être sexuellement marquées, quoi que ce soit un peu moins évident que dans notre premier exemple, car malgré l'analyse à laquelle nous venons de soumettre notre corpus, rien n'est clairement dit. En ce sens, le vecteur qu'est Internet permet une approche en terme de « communauté virtuelle ». Pour permettre l'adhésion de son auditoire, celui qui veut convaincre doit procéder à des choix dans son discours : « toute argumentation implique une sélection préalable, sélection des faits et des valeurs, leur description d'une façon particulière, dans un certain langage et avec une insistance qui varie selon l'importance qu'on leur accorde »449(*). Dans notre étude actuelle, l'orateur, lequel peut être soit un des modérateurs du forum, soit même un autre membre -mais qui a une relative importance au sein du forum- va utiliser, pour convaincre, des arguments en faveur de la promotion de la chanteuse d'une part, mais également en faveur d'une concentration communautaire voire familiale que les membres du forum sont sensés constituer, et cela dans un langage que tous les membres peuvent clairement identifier et surtout s'approprier. Ces messages, ces discours ont pour fonction de créer la présence de certains éléments à la conscience de l'auditoire. Nous constatons le même processus dans les pages du magazine de notre premier corpus.

Dans une communication argumentée, il faut avant tout comprendre ce que l'autre veut dire. Cette étape est nécessaire pour l'adhésion. Pour se faire comprendre et tenter de convaincre, il faut donc s'appuyer et employer des principes reconnus par tous, des lieux communs, des institutions sociales selon E.Durkheim450(*). Les procédures d'argumentation comportent donc bien des éléments sociaux reconnaissables comme tels et quasiment autonomes, ils ne relèvent pas seulement des processus psychologiques individuels. Les différentes sociétés aux différentes cultures offrent donc une multitude de lieux communs utilisables dans une argumentation afin d'être interprété par tous. Dans notre cas, nous avons déjà posé, dans le cadre d'une construction sociale d'une culture gay, l'hypothèse d'une mémoire collective451(*), commune aux gays et lesbiennes, qui regrouperaient les différents éléments jalonnant l'histoire du mouvement homosexuel mais aussi les expériences communes de la socialisation primaire voire secondaire que les acteurs sont amenés à vivre en position de minoritaire. Cette « connaissance partagée »452(*) par les interlocuteurs constitue sans doute l'élément le plus important du contexte. Dans le cas, d'un forum de discussion, il peut s'agir également d'une « histoire conversationnelle commune » autour du sujet principal du forum, c'est-à-dire la chanteuse ; le cotexte a été appréhendé comme étant les événements survenus dans sa courte carrière, les membres évoquent par exemple son évolution dans l'émission Star Academy, la tournée Star Academy à laquelle elle a participé, et autres souvenirs connus de tous au sein des membres. Ainsi, les membres du forum forment un certain groupe « virtuel », ils ne se connaissent pas nécessairement dans la réalité mais en s'inscrivant à ce fan-club à travers Internet, ils adhérent à un certain nombre d'idées et contractent en quelque sorte, un genre d'engagement tacite qu'il n'est plus permis de rompre arbitrairement. Comme le montre M.Gilbert453(*) dans le fait de marcher ensemble à deux, une situation pourtant éphémère. Elle y voit le véritable atome du social, la source même de ce qui constitue, à des niveaux plus complexes, une nation, une communauté. Lorsque deux personnes marchent ensemble dans la rue et que l'une d'elle accélère soudain, l'autre attend d'elle des justifications. Ce même constat a été vérifié lors de notre analyse de messages du forum de discussions, dans la catégorie « Coups de gueule » notamment.. En effet, lorsqu'un membre veut quitter le groupe, il doit se livrer à toute une série de justifications, et suscite parfois l'incompréhension des autres, comme si le fait de faire parti d'un groupe, celui du fan-club, entraînait certaines obligations, sous forme d'accord, de contrat.

3. La mobilisation et la solidarité comme ressources identitaires

Le collectif ainsi formé, répond, on l'a vu, aux attentes d'un groupe de fans d'une part mais également, à un besoin de reconnaissance identitaire, c'est du moins ce que nous avons supposé, au vue de la faiblesse des moyens de reconnaissance d'une population minoritaire, et des discours majoritairement homophobes à certains degrés de notre société. Le choix des membres de se réunir au sein de ce forum pour défendre cette chanteuse plutôt qu'une autre, n'est donc pas dénué de rationalité, de même que les arguments qui sont développés par certains membres qui « avouent » plus explicitement que d'autres leur attachement à cette chanteuse du fait de son homosexualité et en laquelle ils et surtout elles, peuvent se reconnaître. Comme le préconisait M.Weber, il faut donc tenir compte des motivations de l'acteur. Cependant, nous avons constaté que les membres de ce forum donnent des raisons, que V.Pareto appellerait de « bonnes raisons », c'est-à-dire des raisons jugées moralement parlant acceptables ; on retrouve la stratégie appliquée de la culpabilisation de la rhétorique homophobe. En effet, très peu de membres mettent en avant l'homosexualité de la chanteuse comme vecteur de leur engouement. Or, il est bien évident qu'il y a un lien d'après notre recherche. Ces raisons peuvent se faire sous la pression du groupe et ne sont pas forcément effectives aux individus454(*). Avec le modèle de l'action rationnelle, le processus de mobilisation est appréhendé comme un rassemblement de ressources rares permettant de « rémunérer » une participation individuelle qui ne va pas de soi. En effet, l'individu est rationnel et procède à un calcul coût / avantage. Dans son paradoxe, M.Olson455(*) démontre que la mobilisation n'est ni automatique, ni spontanée. Si les individus rationnels partagent un intérêt, ici en faveur de la reconnaissance minoritaire, cela ne suffit pas à les mobiliser. Par exemple, si l'enjeu est l'obtention d'un avantage collectif et s'il n'y a pas de pression sur les individus pour les inciter à agir, chaque individu pourra profiter des avantages acquis par l'engagement des autres membres du groupe. L'individu n'a pas intérêt à participer à l'action collective puisqu'elle a un coût, ici il s'agit de se faire « mal voir » par les autres en abordant des sujets jugés « privés » comme celui de l'homosexualité, par certains modérateurs et certains membres. Le risque est que si tout le monde raisonne ainsi, alors il n'y aura pas d'action collective, ce que R.Boudon appellerait un effet pervers. Certains des paradoxes peuvent s'expliquer par la socialisation et la culture. Il serait alors question d'une contrainte sociale et culturelle456(*) qui fixeraient les logiques d'argumentations et d'action des individus. Les cadres pré-formés de l'esprit imposeraient une certaine perception, ces cadres de référence orienteraient la décision. En tant que sujet encore tabou, l'homosexualité, et notamment celle revendiquée de la chanteuse, n'est pas mise en avant dans les arguments des fans, pour expliquer leur engouement au collectif du forum.

Parler d'action collective dans le cadre d'un fan-club pourrait être jugé un peu inadéquat, cependant, on peut tout à fait replacer cette situation dans une situation bien plus globale comme celle de la reconnaissance d'un mouvement social minoritaire. Pour dépasser le paradoxe Olsonien, A.Obershall457(*) introduit les liens unissant les individus du mouvement social aux groupes supérieurs et de pouvoir, et les liens existant au sein même du groupe du mouvement social. La mobilisation sera d'autant plus aisée que les groupes concernés par l'action collective sont plus organisés. Ce modèle croise donc deux dimensions : la première au niveau de la cohésion sociale du groupe, plus la cohésion est forte, plus le potentiel de mobilisation sera élevé, d'où un grand effort de revendication communautaire, que ce soit dans la presse gay et lesbienne ou dans les messages du forum de discussions, avec notamment l'emploi massif du « nous » pour convaincre de l'appartenance des individus; la deuxième au niveau de l'intégration du groupe à la société globale, surtout avec les groupes supérieurs de la pyramide sociale et politique, la segmentation sera propice à la mobilisation.

La participation au collectif offre à l'individu la possibilité de revendiquer de l'appartenance. En ce sens, l'individu cherchant des repères, va agir selon son affectivité, cela s'oppose à la théorie du calcul de M.Olson. On pourrait dire qu'il va être guidé par son expérience, ses idées, ses valeurs. L'action collective répond à un besoin de resserrer les solidarités sociales au sein de son groupe d'appartenance. La dimension identitaire est encore plus forte si le groupe se heurte à une stigmatisation de la part de la société globale. Cela peut être le cas des communautés homosexuelles, qui au départ ne s'érigent pas contre un adversaire mais plutôt pour une reconnaissance de leur identité.

D'une façon générale, nous pouvons dire que « la répression de l'homosexualité a historiquement nourri la détermination de l'exprimer »458(*), et à son tour, la détermination de l'exprimer a historiquement renforcé le désir de réprimer l'homosexualité. Par conséquent, de ces deux termes du couple expression / répression, il serait faux de croire que les progrès de l'un affaiblissent nécessairement l'autre. Les deux peuvent, au contraire, se renforcer mutuellement. Ainsi, si le spectateur lambda voit dans la présence de plus en plus importante et visible de l'homosexualité, au cinéma, à la télévision, dans la rue, dans les journaux et magazines, une évolution des mentalités, mais il faut garder à l'esprit que cette plus grande visibilité peut faire ressurgir des regains d'homophobie, quelle qu'elle soit.

III ) LE FAN-CLUB : UN PRETEXTE MOBILISATEUR ?

L'homophobie, le besoin de reconnaissance, le processus de construction identitaire, l'organisation réflexive autour de la sexualité, la redéfinition des territoires de l'intime, tous ces moments de vie auxquels chacun est soumis, essentiellement dans le cadre de la jeunesse dans notre étude de cas, nécessitent un certain d'outils mais aussi d'interactions pour pouvoir « faciliter » le passage d'un moment à un autre, ou pour leur donner une cohérence. Pour ce faire, l'offre associative s'accroît de plus en plus, chaque « caractéristique » sociale peut se retrouver dans une association, une corporation, voire même se recouper. Il y en France environ 880 000 associations à ce jour459(*) Ce chiffre progresse peu ce qui veut dire que le nombre de créations s'équilibre avec celui des dissolutions. On sait que la durée de vie moyenne d'une association n'excède pas 3 ans et que la dissolution est rarement prononcée. Les associations gays et lesbiennes établies de manière physique dans un local ou un établissement, c'est-à-dire, présente ailleurs que sur Internet, se comptent environ à 800 d'après une estimation d'un annuaire spécialisé460(*). De ce constat va découler la dernière partie de ce travail récapitulant les différents points comme autant d'enjeux dans une lutte toujours plus poussée pour la reconnaissance, composante la plus socialement considérée dans le processus de construction identitaire.

1. La mobilisation autour d'une artiste : la construction de la notoriété

Comme nous l'avons déjà mentionné, le public est activé par l'oeuvre. La signification de l'objet ou de l'oeuvre va susciter le comportement du public461(*) : l'oeuvre peut refléter l'esprit de l'auteur, et le travail du public consistera à retrouver l'auteur dans cette oeuvre ; elle peut également déployer une structure qui devra être déchiffrée par le public ; ou encore elle peut exploiter un univers bien connu dont les stéréotypes doivent être reconnus par le public.

En effet, le public peut être capable d'associer à l'oeuvre un projet d'auteur, lui-même déterminé par une biographie particulière. Cet acte de réception peut être conçu comme celui d'une sensibilité commune, c'est-à-dire que le public va chercher à retrouver dans l'oeuvre des éléments familiers auxquels il est sensible, du fait de sa position, quelle soit minoritaire ou autre : il peut s'agir alors de former des « communautés d'interprétation attachées à des stratégies interprétatives spécifiques »462(*). Il peut y avoir dans les oeuvres telles qu'elles soient, des notations se rapportant à des cadres communs de la vie sociale, c'est-à-dire que certaines connotations pouvant répondre à certains clichés usuels que seul un certain public peut interpréter comme tels. Ses oeuvres peuvent être le prétexte autour duquel se construisent des communautés spectatorielles avec leurs valeurs, leurs usages, leurs rituels.

Ses théories peuvent s'illustrer notamment par des oeuvres littéraires telles celles de Jean Genet. Tout au long de son oeuvre, il analyse ce que signifie être un minoritaire463(*). Il recense les manières qu'invente l'ordre social pour intérioriser la honte dans le coeur des parias, et invite paradoxalement les individus voués au rejet des autres à revendiquer ce sentiment : transformer la honte en orgueil permet, en effet, une reformulation par les parias eux-mêmes, individuellement et collectivement, de leur subjectivité. J.Genet développe l'idée d'une esthétique de l'existence, qui ne saurait jamais trouver de fin, par le moyen de laquelle les dominés peuvent se créer eux-mêmes et façonner une nouvelle culture et de nouvelles formes de relations. C'est une politique du minoritaire qui se met en place.

Les stéréotypes peuvent être pensés comme un facteur de cohésion sociale, un élément constructif dans le rapport à soi et à l'autre. En effet, certaines communautés minoritaires défendent leur identité contre toute menace d'assimilation et donc de disparition par la réaffirmation de leurs stéréotypes d'origine. L'adhésion à une « opinion entérinée, une image partagée, permet par ailleurs à l'individu de proclamer indirectement son allégeance au groupe dont il désire faire partie. Il exprime en quelque sorte symboliquement son identification à une collectivité en assumant ses modèles stéréotypés »464(*). C'est dans ce sens que le stéréotype favorise l'intégration sociale de l'individu.

La mobilisation autour d'un artiste va donc lui apporter une certaine notoriété qui va reposer aussi sur son public, c'est-à-dire, que le public va conditionner le déroulement de la carrière de l'artiste. En ayant été récupéré par un certain nombre de fans, le coming-out d'Anne-Laure lui vaut de s'insérer dans un cadre défini de la notoriété. Elle est étiquetée en tant que chanteuse lesbienne et a du mal à faire « oublier » cette image afin d'élargir son public, d'autant plus qu'elle est issue d'un programme télévisé suscitant de nombreuses controverses. Ceci explique peut être le fait que les modérateurs du site essaient de limiter les sujets concernant l'homosexualité. Il est difficile de doser la subversion que peut représenter le fait d'être une artiste lesbienne et la commercialisation à laquelle doivent se soumettre les artistes. Anne-laure a pris clairement le parti de ne pas être une artiste lesbienne dans ses compositions tout en ne cachant pas sa vie amoureuse aux médias.

Le forum se veut discret à ce propos, pourtant les chiffres parlent d'eux-mêmes, malgré que ce soit un site de fans, les messages concernant l'album d'Anne-Laure et ses prestations médiatiques sont en nombre dérisoire contre les messages concernant des sujets prêtant à discussions dans le cadre de la vie personnelle des membres ou de celle de la chanteuse mais toujours sous couvert du couperet des modérateurs pour ne pas être trop explicite, eux même sous couvert, nous le supposons, de la production directe d'Anne-Laure.

2. La mobilisation pour soi : une reconnaissance de substitution ?

Il est donc difficile de concevoir qu'une starification aussi formatée que celle d'une artiste conçue par la télévision - même si cette dernière tend à se défaire de ces liens - puisse engendrer des formes de solidarité aussi importantes que celles que nous avons constaté au sein du fan-club. Il serait quasiment paradoxal d'imaginer qu'un monde marchand exerçant parfois autant de censure symbolique, comme nous l'avons vu, entraîne la formation presque communautaire d'un groupe. Cependant, le besoin de se voir représenté à l'écran pour un groupe minoritaire et de façon aussi proche de la réalité que peut l'être une émission de télé-réalité, a pu être comblé par ce biais là. En effet, en France, les images de l'homosexualité féminine sont rares, malgré la diffusion de certaines séries américaines, mais qui ne représentent pas forcément la vie réelle : le seul exemple est la série « Lword » diffusée en prime time durant l'été sur canal plus. Cette série, bien que mettant en scène uniquement des personnages lesbiens et évoquant des situations auxquelles les lesbiennes peuvent être confrontées, le fait dans un contexte idyllique et hollywoodien, ne favorisant pas forcément une identification morale et sociale adaptée aux adolescentes que nous retrouvons sur le forum d'Anne-Laure.

Ainsi, l'identification permet une meilleure acceptation de soi, une possible intégration dans un réseau qui nous lie à des personnes qui nous ressemblent, et qui nous apportent la reconnaissance espérée.

D'une façon générale, la vie commune est imposée aux individus, qui ont besoin de la reconnaissance d'autrui pour exister, l'absence de considération étant le plus grand mal de l'Homme. Nous avons constaté que le champ des relations humaines est semblable au marché, c'est un échange de satisfaction de besoins, et que toute coexistence est une forme de reconnaissance465(*).

Au sein du groupe social minoritaire qui nous préoccupe ici, il peut y avoir deux sortes de reconnaissance pour les individus membres. Il peut s'agir d'une reconnaissance de conformité, ou d'une reconnaissance de distinction ; c'est l'opposition que nous avons déjà établie entre les partisans d'une homosexualité discrète et qui souhaitent obéir aux même schémas que l'hétérosexualité, et les partisans d'une homosexualité subversive. Mais pour l'une ou l'autre, il est toujours question de stratégies de défenses sociales. L'individu peut se demander si la non-reconnaissance ne touche pas tous ceux qui sont comme lui (toutes les femmes, tous les gays...pour ne prendre que ces exemples) , dans ce cas, la violence qu'il subissait individuellement fait place à une révolte sociale dont le but est de transformer les institutions de sorte qu'elles accordent le respect et la considération à ceux qui en manquaient.

Cependant, au lieu d'une reconnaissance officielle, il est loisible d'en obtenir une autre, une reconnaissance par procuration notamment, grâce à l'attention, voire à l'admiration que suscite tel personnage célèbre, comme une forme de reconnaissance substitutive. Il s'agit donc d'une forme d'idolâtrie entraînant des phénomènes de satisfaction par transfert. Ainsi la reconnaissance que je porte à mon idole rejaillit sur moi. L'autre avantage que cela procure est celui de se sentir appartenir à un groupe, à nos yeux également prestigieux, celui des admirateurs de la vedette où chacun est confirmé de sa conviction par celle des autres. Je bénéficie de ce que j'ai moi-même produit, à savoir de la communauté à laquelle j'adhère. Le groupe des Choupifans, ici étudié, s'est peut être construit dans cette optique là, de façon plus ou moins consciente. Le fait qu'Anne-Laure ait révélé son homosexualité entraîne d'une certaine façon de la part de ses admiratrices une reconnaissance substitutive à l'égard de leur propre homosexualité. En s'érigeant en groupe, voire en réseau, voire en communauté virtuelle, elles aspirent peut être à une reconnaissance, certes de la notoriété de leur idole qu'elles veulent voir réussir, mais aussi peut être bien à une reconnaissance personnelle et collective. Il s'agit alors de défendre une artiste en laquelle on croit, mais surtout une artiste qui a dit son homosexualité. L'effet de reconnaissance substitue au désir de connaître les autres, le besoin de s'y reconnaître, de reconnaître le même466(*).

Nous laisserons de côté ici, les dérives de l'idolâtrie que constitue le fanatisme où le fait de se battre pour son groupe, pour l'identité collective, pourrait entraîner la haine des autres-différents. Il n'est pas question de cela dans notre cas, le regroupement de fans est quelque chose de ludique au départ. C'est d'ailleurs ce qui ressort visuellement des messages avec l'utilisation par les membres de dessins, de smileys, de photographies, de couleurs ; un peu de la même façon qu'Anne-Laure à réussi à assumer sa personnalité467(*) en participant à ce qui n'est, concrètement, qu'un jeu télévisé d'une genre un peu particulier.

3. La mobilisation identitaire : enjeu d'un collectif

Pour clore ce chapitre, nous voudrions revenir sur le terme de « communauté virtuelle » qui nous a préoccupé ici. Nous l'avons pensé dans cette dernière partie, plutôt comme une entité plus vaste que celle du regroupement sur Internet. En effet, nous avons posé la communauté comme quelque chose qui dépasse l'individu et dans laquelle il s'insère en prenant conscience d'un certain nombre de choses, ici sa sexualité. Une certaine reconnaissance identitaire homosexuelle se créé, comme nous l'avons vu, car il existe toujours une rhétorique homophobe qui présume tous les individus comme hétérosexuels. Nous n'affirmons pas qu'il existe une communauté homosexuelle mais nous supposons fortement qu'il existe, au moins, en germe une idée communautaire fondée sur une appartenance minoritaire.

Les mouvements sociaux, comme tout autre regroupement collectif sont aussi des moments privilégiés de construction et de maintenance des identités. L'identité est à la fois « le sentiment subjectif d'une unité personnelle, d'un principe fédérateur du moi, et un travail permanent de maintenance et d'adaptation de ce moi à un environnement mobile »468(*). Elle est aussi « le fruit d'un travail incessant de négociation entre des actes d'attribution, des principes d'identification venant d'autrui et des actes d'appartenance qui visent à exprimer l'identité pour soi, les catégories dans lesquelles l'individu entend être perçu ». Ainsi, l'action protestataire ou militante constitue un terrain propice à ce travail identitaire. Elle constitue un acte public de prise de position qui va classer les individus, pour eux-mêmes et au regard des autres469(*).

Le militantisme ou le fait d'appartenir à un groupe constitue une « forme d'institution de réassurance permanente d'une identité valorisante »470(*). En effet, l'acteur investit dans un collectif, organisé pour défendre une cause quelle qu'elle soit, se trouve en accord avec sa biographie individuelle. Le simple fait de partager et de parler avec les autres membres de ce collectif vient réactiver le sentiment d'appartenance. Cette dimension identitaire prend une place très importante dans le travail de mobilisation des groupes qui se heurtent à une forte stigmatisation ou qui doivent gérer des images sociales plutôt négatives. La mobilisation des gays et des lesbiennes passe par un moment identitaire initial où le militantisme ne se déploie pas tant contre un adversaire mais plutôt comme un travail du groupe sur lui-même, une sorte de « célébration identitaire »471(*).

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ANNEXES

INDEX DES ANNEXES

* 411 in Têtu n°62, décembre 2001

* 412 BARTH F. « Les groupes ethniques et leurs frontières » (trad. Française, 1ère éd en anglais, 1969) in POUTIGNAT P. & STREIFF-FENART J. « Théorie de l'ethnicité », PUF, Paris, 1995 in CUCHE D. La notion de culture en sciences sociales, La découverte, Coll. Repères, Paris, 1996

* 413 GALISSOT R. « Sous l'identité, le procès d'identification » in L'homme et la société n°83, 1987 in CUCHE D. op.cit.

* 414 BOURDIEU P. « L'identité de la représentation » in Actes de la recherche en sciences sociales n°35, 1980, pp 63-72

* 415 FASSIN E. & FABRE C. Liberté, égalité, sexualités, Ed. Belfont, Coll.10/18, Paris, 2003

* 416 ERIBON D. Réflexion sur la question gay, Fayard, Paris, 1999

* 417 MOULIN C. op.cit.

* 418 BOZON M. Sociologie de la sexualité, Nathan Université, Coll.128, Paris, 2002

* 419 NADEAU N. « Sexualité et espace public : visibilité lesbienne dans le cinéma récent » in Sociologie et sociétés, vol.XXIX n°1, Printemps 1997

* 420 ERIBON D. (dir.) op.cit.

* 421 GOFFMAN E. Stigmates. Les usages sociaux des handicaps, Ed. de Minuit, Paris, 1975

* 422 in entretien n°14

* 423 in entretien n°11

* 424 in entretien MSN n°6

* 425 in entretien test

* 426 ERIBON (dir.) op.cit.

* 427 AMOSSY R. &HERSCHBERG PIERROT A. Stéréotypes et clichés, Nathan Université, Coll.128, Paris, 1997

* 428 ERIBON D. Papiers d'identité. Intervention sur la question gay, Fayard, Paris, 2000

* 429 CASTENADA M. Comprendre l'homosexualité, Ed. Michel Lafont, Paris, 1999

* 430 NEVEU E. Sociologie des mouvements sociaux, La découverte, Coll. Repères, Paris, 1996

* 431 CORCUFF P. Les nouvelles sociologies, Nathan Université, Coll.128, Paris, 1995

* 432 Citons Têtu pour les gays, et La dixième muse ou Oxydo pour les lesbiennes.

* 433 GOFFMAN E. Stigmates. Les usages sociaux des handicaps, Ed. de Minuit, Paris, 1975

* 434 PERELMAN C. L'empire rhétorique. Rhétorique et argumentation, Ed. Vrin, Paris, 2002

* 435 BOURDIEU P. « Quelques questions sur le mouvement gay et lesbien » in La domination masculine, Seuil, Paris, 1998

* 436 Enquête Ipsos-Têtu (février 2004)

* 437 Euro-baromètre n°57 (Printemps 2001), EORG/ Commission européenne

* 438 Enquêtes Ipsos-Têtu (Février et Novembre 2004)

* 439 TIN L.G. (dir.) Dictionnaire de l'homophobie, PUF, Paris, 2003

* 440 VON KRAFFT-EBVING R.«Psychopathia sexualis«, 1886 in TIN L.G. op.cit.

* 441 Propos tenus par Christine Boutin, députée UDF et membre du Conseil pontifical de la famille, 1998

* 442 BOURDIEU P. La domination masculine, Ed. du seuil, Paris, 1998

* 443 ERIBON D. « Ce que l'injure me dit. Quelques remarques sur le racisme et la discrimination » in L'homophobie, comment la définir, comment la combattre ?, Ed. Prochoix, Paris, 1999 in TIN L.G. (dir.) op.cit.

* 444 WELZER-LANG D. « La face cachée du masculin » in DORAIS M., DUTEY P. & WELZER-LANG D. (dir.) La peur de l'autre en soi, VLB, Montréal, 1994 in TIN L.G. (dir.) op.cit.

* 445 BOURDIEU P. Ce que parler veut dire. L'économie des échanges linguistiques, Fayard, Paris, 1982

* 446 BOURDIEU P. Op.cit

* 447 BARTHES R. « La rhétorique de l'image » in Communication n°04, 1964, pp 40-51

* 448 KERBRAT-ORECCHIONI C. Des intercations verbales (T.1) , A. Colin, Paris, 1990

* 449 PERELMAN C. Op.cit

* 450 DURKHEIM E. Les règles de la méthode sociologique, PUF, Paris, 2002

* 451 HALBWACHS M. Les cadres sociaux de la mémoire, Albin Michel, Paris, 1994 (1925)

* 452 KERBRAT-ORECCHIONI C. Les interactions verbales, A. Colin, Paris, 1990

* 453 GILBERT M. Marcher ensemble : essais sur les fondements des phénomènes collectifs, PUF, Paris, 2003

* 454 BOUVIER A. Philosophie des sciences sociales, PUF, Paris, 1999

* 455 OLSON M. La logique de l'action collective, PUF, Paris, 1978 (1966) in NEVEU E. Sociologie des mouvements sociaux, La découverte, Coll. Repères, Paris, 1996

* 456 BOUVIER A. op.cit

* 457 OBERSHALL A. Social conflicts and social movements, Englewood Cliffs, Prentice Hall, 1973 in NEVEU E. op.cit.

* 458 ERIBON D. Réflexions sur la question gay, Fayard, Paris, 1999

* 459 http://www.loi1901.com, au 24.05.06

* 460 D'après l'annuaire France Queer Ressources Directory (http://www.france.qrd.org) au 24.05.06

* 461 ESQUENAZI J.P. Sociologie des publics, La découverte, Coll. Repères, Paris, 2003

* 462 FISH S. Is There a Text in This Class ?, Harvard University Press, Cambridge, 1980 in ESQUENAZI J.P. op.cit.

* 463 ERIBON D. Une morale du minoritaire, Fayard, Paris, 2001

* 464 AMOSSY R. & HERSCHBERG PIERROT A. op.cit.

* 465 TODOROV T. La vie commune, Seuil, Paris, 1995

* 466 AUGE M. Le sens de l'autre, Fayard, Paris, 1994

* 467 Elle évoque ce fait dans son livre : SIBON Anne-Laure, Telle quelle !, Michel Lafon, Paris, 2003

* 468 DUBAR C. La socialisation. Construction des identités sociales et professionnelles, Armand Colin, Paris, 1991

* 469 NEVEU E. op.cit.

* 470 HUNT S. & BENFORD D. «Identity Talk« in Journal of Contemporary Ethnography vol.22, 1994 in NEVEU E. op.cit.

* 471 NEVEU E. op.cit.

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