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Analyse diachronique du phenomene partisan marocain 1925-2006


par Inan Abassi
Université Sidi Mohamed Benabdellah (Fes) - Licence en sciences politiques 2006
  

Disponible en mode multipage

UNIVERSITE SIDI MOHAMED BEN ABDELLAH

Faculté Des Sciences Juridiques Economiques et Sociales

F ès

Titre :

Mémoire pour l'obtention de licence

En : Droit Public

Option : Sciences Politiques

q Travail Elaboré par :

Mr ABBASSI INAN

CNE: 95773150

q Dirigé par le professeur :

Mr. FAKIHI MOHAMED

Année Universitaire : 2005-2006

« Né citoyen d'un Etat libre, et membre du

souverain, quelque faible influence que puisse avoir ma voix dans les affaires publiques, le droit d'y voter suffit pour m'imposer le devoir de m'en instruire. Heureux, toutes les fois que je médite sur les Gouvernements, de trouver toujours dans mes recherches de nouvelles raisons d'aimer celui de mon pays ! »

Jean-Jacques ROUSSEAU (Du contrat social)

« Il faut éviter la démagogie pour sauver la démocratie »

Aristote

1

AVANT PROPOS ET REMERCIEMENTS

Nul travail de recherche ne verrait le jour si celui

qui l'entreprenait n'estimait pas que ce dernier ne serve

à quelque chose.

Appliquer cette observation à ce mémoire de fin d'études peut être un moyen d'appréhender le rapport que nous avons pu entretenir avec ce dernier durant sa

préparation et sa rédaction.

Avant d'aller plus loin, nous tenons à remercier

tout spécialement Mr FAKIHI MOHAMMED pour sa patience, la pertinence de ses conseils et l'extrême richesse de son enseignement.

En outre, nous remercions tous ceux qui nous ont aidé quotidiennement ou ponctuellement et qui nous ont encouragé dans notre travail (ils se reconnaîtront).

2

LISTE DES SIGLES ET ABREVIATIONS

ADL : Parti d'Alliance des Libertés.

AML : Armé Marocaine de Libération. CAM : Comité d'Action Marocain.

CCDH : Conseil Consultatif des Droits de l'Homme. CNC : Conseil National Consultatif.

CNI : Congrès National Ittihadi.

CNPI : Confédération National du Parti de l'Istiqlal. FC : Parti des Forces Citoyennes.

FDIC : Front de Défense des Institutions Constitutionnelle. FFD : Front des Forces Démocratiques.

FNM : Front National Marocain.

ICD : Parti des Initiatives Citoyennes pour le Développement. MDI : Mouvement des Démocrates Indépendants.

MDS : Mouvement National Démocratique et Social.

MJIM : Mouvement de la Jeunesse Islamique Marocaine. MMLM : Mouvement marxiste-léniniste Marocain.

MNP : Mouvement National Populaire. MP : Mouvement Populaire.

MPCD : Mouvement Populaire Démocratique Constitutionnel. MPD : Mouvement pour la Démocratie.

OADP : Organisation d'Action Démocratique et Populaire. PA : Parti de l'Action.

PADS : Parti de l'Avant-garde Démocratique et Social. PI : Parti de l'Istiqlal.

PCD : Parti de la Constitution Démocratique. PCM : Parti Communiste Marocain.

3

PCS : Parti du Centre Social.

PDI : Parti Démocratique de l'Indépendance.

PDMHL : Parti Démocrate Marocain des Hommes Libres. PED : Parti de l'Environnement et du Développement.

PJD : Parti de la Justice et du Développement. PLI : Parti des Libéraux Indépendants.

PLP : Parti Libéral et Progressiste. PLR : Parti Libéral Réformateur.

PLS : Parti de Libération et du Socialisme. PML : Parti Marocain Libéral.

PND : Parti National Démocratique.

PNGI : Parti National Génération Indépendance. PNR : Parti National des Réformes.

PPM : Parti du Peuple Marocain.

PPS : Parti du Progrès et du Socialisme.

PRD : Parti des Réformes et du Développement. PRE : Parti du Renouveau et de l'Equité.

PSD : Parti Socialiste Démocrate.

PSU : Parti Socialiste Unifié. PUM : Parti d'Unité Marocaine. UC : Union Constitutionnelle. UD : Union Démocratique.

UMT : Union Marocaine des Travailleurs.

UNEM : Union Nationale des Etudiants du Maroc. UNFP : Union Nationale des Forces Populaires. USFP : Union Socialiste des Forces Populaires.

4

INTRODUCTION GENERALE :

Le parti politique est un ensemble de personnes ayant des opinions, des

aspirations et des affinités communes (LAROUSSE), c'est aussi selon le lexique des termes juridiques (DALLOZ) un groupement d'hommes (et de femmes) qui partagent les mêmes idées sur l'organisation et la gestion de la société et qui cherche à les faire triompher en accédant au pouvoir.

Les partis politiques constituent évidemment une institution principale dans tous

les régimes fonctionnant dans le monde et notamment dans ceux des pays en voie de développement, se sont ces formations qui assurent le fonctionnement de la représentation politique ; l'article 3 de la constitution marocaine dispose : « les partis politiques (...) concourent à l'organisation et à la représentation des citoyens »

Historiquement parlant, il faut signaler, que Maurice Duverger situe la genèse des partis politiques à la moitié du 19ème siècle. En effet, écrit t-il : « en 1850, aucun pays du monde (sauf les Etats-Unis) ne connaissait de partis politiques au sens moderne du mot. On

y trouvait des tendances d'opinion, des clubs populaires, des associations.... mais pas au

point de partis à proprement parler »1. Il convient d'ajouter que c'est juste en Europe et aux

Etats-Unis que le phénomène partisan a vu le jour. Les autres pays du monde ne faisaient que les imiter.

Au Maroc, le phénomène des partis politiques et leur histoire sont généralement associés à celle du mouvement nationaliste, lui même issu et largement inspiré de la pensée réformiste arabe.

En effet un certain nombre de forces convergentes ont préparé la voie à la création

des partis politiques marocains. Le dahir berbère en fut le puissant catalyseur, qui a opéré

la synthèse des tendances revendicatives existante .Il faut néanmoins attendre 1934 pour

1 DUVERGER MAURICE, Les partis politiques, 1979, p : 1

5

voir s'organiser en partis politiques des hommes et des idées que seul l'unanimité de leur opposition au dahir berbère a aboutit à la création du comité d'action marocain : CAM. Certes, l'expérience partisane marocaine est très riche, celle-ci dépasse aujourd'hui les quatre-vingts ans .ainsi vouloir retracer l'évolution des partis politiques tout au long de

cette période relève de la gageure vue les particularités et la complexité de la scène politique marocaine.

Du fait, l'idée de réaliser une analyse diachronique sur les partis politiques marocains de 1925 à 2006 pourrait s'avérer une activité bien vaine et sans grands effets. Position que le candidat ne partage pas et cela pour plusieurs raisons :

ü D'abord l'ensemble des travaux qui font autorité en la matière - les ouvrages de R.Rezette, R.Leveau ,JC Santucci,A Belhaj,M Darif - s'arrêtent en effet à 1999 ainsi cette contribution vise élargir ce champ chronologique de recherche.

ü Ensuite le sujet est d'actualité, en effet la volonté de restructurer et rationaliser le champ politique marocain parait ces derniers temps de plus en plus sérieux d'où l'importance d'une connaissance complète de la généalogie des parties.

ü En matière de contenu, le travail se veut le plus objectif possible essayant d'écarter tous les opinions subjectives que se soit de la part des auteurs marocains ou étrangers.

ü Enfin la crise du champ politique marocain marqué par l'éloignement des citoyens (et surtout les jeunes) de la chose politique fait de

cette contribution un modeste instrument de référence et d'appui logistique à des recherches de réflexion et de synthèse plus élaborés, portant sur le

fonctionnement et l'interprétation du système politique marocain.

Ce travail, en fait, ne constitue guère un jugement de valeur sur la marche de l'activité partisane, son organisation ou ses idéologies. Il ne s'agit pas non plus de faire une description structurelle ou organique de celle-ci. Notre intention est tout simplement d'exposer les grandes lignes qui ont caractérisé le phénomène dans notre pays à travers une fragmentation minutieuse de l'action politique dans le temps selon les phases évolutives du champ politique marocain.

6

Ainsi, nous nous proposons de consacrer la première partie de ce travail à l'étude

de l'évolution des partis politiques sous le protectorat, depuis la gestation du nationalisme jusqu'à l'indépendance. Cette phase revêt une importance éminente du fait que l'action partisane de cette période constitue la fondation de la construction partisane ultérieure.

Tandis que dans la deuxième partie, nous tenterons d'exposer les multiples enjeux des partis politiques dans le Maroc indépendant, leurs jeux de positionnements vis-à-vis du pouvoir et des échéances électorales ainsi que leurs divers tentatives de rationalisation de

leur action politique.

Cette lecture consécutive permettra notamment de retrouver année après année les faits marquants de l'histoire politique du Maroc durant cette période, la place et le rôle des forces politiques, les enjeux du moment et les interactions des partis avec des forces extérieures et notamment l'autorité politique qui n'est pas un facteur neutre dans le

processus de l'évolution et de l'apparition même de certains partis.

7

PARTIE I : LES PARTIS POLITIQUES MAROCAINS

SOUS LE PROTECTORAT

Contrairement à l'expérience Tunisienne ou Egyptienne, « le nationalisme » marocain ne s'est pas développé en opposition à la Monarchie en place, il a noué avec elle une alliance originale, et il a inscrit son combat pour l'indépendance du pays dans le cadre

de la légalité internationale.2

Cette vague de nationalisme apparue au Maroc depuis 1925 en opposition à la politique de la puissance protectrice a ouvert la porte à la genèse du phénomène partisan au pays que le comité d'action marocaine a été son premier venu.

Toutefois, on peut avancer que le manifeste du 11 Janvier 1944 était un tournant dans l'histoire du champ politique d'avant l'indépendance, du fait que les revendications formulés par les nationalistes (ch. I) sont passées au stade supérieur qui n'est autre que la revendication pour l'indépendance, revendication qui suscita une émergence de l'action partisane marocaine. (Ch. II)

2 BOUAZIZ MUSTAFA, Aux origines de la koutla démocratique, Casablanca 1997, page : 10.

8

CHAPITRE I : GENESE DU PHENOMENE

PARTISAN AU MAROC :

REVENDICATIONS NATIONALISTES DANS LE

CADRE DU PROTECTORAT (1925-1943).

SECTION I : Les causes de la Gestation du nationalisme

marocain (1925-1930)

Avant de traiter les causes de la gestation du nationalisme il convient d'apporter

deux observations.

La première est que le nationalisme marocain, n'est pas porté par un mouvement politique unifié, mais par un mouvement uni dans ses orientation générales et diversifié

dans son expression organisationnelle.

La deuxième est que les mouvements nationalistes étaient sans doute distincts en zone française et en zone espagnol du Maroc, mais cette dualité n'était qu'apparente et cachait une profonde similitude d'idées et de programme.

Ainsi, la gestation du nationalisme au Maroc a commencé entre 1925 et 1930 en raison de la conjonction de facteurs politiques (1) et psychologiques (2).

1 : les facteurs politiques.

Le nationalisme marocain s'est beaucoup influencé par la vague du panarabisme

où le mouvement de Chekib Arslan et le mouvement salafi étaient les principaux acteurs. Du même, l'existence de partis politiques français au Maroc dans cette période a

eu des effets sur la gestation de ce nationalisme.

D'abord, pour Chekib Arslan il ne saurait y avoir des "nations arabes"car il n'en existe qu'une seule et qu'il ne saurait y avoir d'unité arabe sans une indépendance préalable

de chaque état arabe, son rôle sur l'opinion marocain jusqu'en 1930 fut d'éduquer

9

politiquement quelques jeunes leaders européanisés avec lesquels il était en relations personnelles tel que Mohamed Hassan el-Ouezzani.3

Ensuite,un autre mouvement différent de celui de Chekib Arslan ,plus archaïque mais prenant sa source de l'aspiration profonde à l'unité de l'Islam ou du monde arabe,

avait à la même époque un retentissement beaucoup plus grand dans les milieux intellectuels et populaires marocains c'est le Mouvement Salafi.4

Les organisations estudiantines salafiyah répandaient leur doctrines par des brochures de propagande et par la diffusion de la presse arabe favorable à leurs idées. Cependant le recul du Mouvement Salafi depuis 1924 a poussé de nombreux

jeunes adhérents de ce mouvement de devenir de farouches adversaires des confréries;a

opté pour le panarabisme de Chekib Arslan qui n'avait jusqu'ici touché qu'un petit nombre d'intellectuels modernisés.

L'opinion international hostile à la France ne voulut retenir de la guerre du rif que son aspect de lutte d'un peuple opprimé contre une puissance colonisatrice c'est le cas notamment d'une compagne de presse Allemande, communiste, arabe ainsi que la

propagande anti-Française des émigrés syriens au Brésil et en Argentine ce qui explique clairement l'interdiction d'entrée des journaux et périodiques au Maroc.

L'effet de ces propagandes sur le peuple marocain contribua à semer le doute sur

la bonne foi de la puissance protectrice et sur l'efficacité de son oeuvre au Maroc et à encourager des marocains soutenus de l'étranger de voir une possibilité de reprendre à la France une partie du pouvoir exercé par elle en leurs lieu et place.5

Enfin les années 1925-1930 marquent le remplacement du général Lyautey par

Steeg à la Résidence générale. Avec le nouveau résident pénétrèrent au Maroc toutes les passions politiques qui agitaient les Français en métropole. Les partis politiques français furent tolérés, en marge de la législation sur les associations .Les marocains s'irritent de se voir refuser le droit que les Français s'arrogeaient en un pays auquel le traité de protectorat avait conservé sa souveraineté.6

3 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 62.

4 Op. cit. Pages : 62-63.

5 Idem, page : 62

6 Ibid, page : 60

10

2 : les facteurs psychologiques.

Ce brouillement de facteurs politiques trouvait un terrain tout préparé à le recevoir

dans les esprits de la jeunesse marocaine, qu'elle soit de culture islamique ou de culture occidentale.

En fait les étudiants sortis des grandes universités musulmanes notamment de la

karaouiyne à Fès sont des défenseurs de la civilisation arabe et de la religion musulmane orthodoxe ,leur profond attachement à ces deux valeurs les rendait hostiles à la civilisation européenne l'occidentalisation des moeurs marocaines. Le type de ces étudiants est Allal

el-fassi:fils d'alem, élevé dans l'atmosphère studieuse de l'université karaouiyne à Fès, il en devint en 1933 l'un des plus jeunes professeurs bénévoles.7

Tout à fait opposés de ce type de jeunes gens, les étudiants marocains de culture occidentale préfèrent toujours le français à l'arabe, ce simple fait est le signe d'une différence fondamentale entre les deux catégorie de la jeune élite intellectuelle du Maroc, leur attitude en face de la civilisation occidentale n'est pas la négation, mais l'aspiration à

assimiler les techniques grâces auxquelles une nation peut être qualifiée de"moderne",et ils

se croient capables d'accéder aux postes les plus importants du Maroc .les représentants de cette catégorie sont Mohamed El-Ouezzani; diplômé de l'école libre des science

politiques;et Ahmed Balafrej, diplômé des Hautes Etudes De la Sorbonne.8

7REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 62.

8 Idem, pages : 64,65.

11

SECTION II : Naissance du premier parti politique : CAM

La constitution du premier parti au Maroc n'est pas un fait aléatoire ; c'est le

résultat d'un processus bien ficelé (1).réunis autour d'un plan de réforme, les partisans du comité d'action marocaine ont tout fait pour réussir leur action politique (2). Mais la crise

de la CAM depuis 1935 fini par éclater ce dernier.

1 : Phase préparatoire.

C'est le dahir berbère9de 1930 qui a réalisé l'union des hommes et des idées

autour d'un programme minimum : la défense de l'islam contre une tentative d'évangélisation des berbères .mais l'unité réelle reste encore à faire c'est grouper ces hommes en une organisation commune et tirer de ces idées un programme cohérent et réaliste.

Les années 1930 à 1934 seront celles de la construction d'une structure et de l'élaboration d'un programme ces deux éléments seront cherchés dans un rapprochement avec les partis de gauches français, dans les leçons de Chekib Arslan, dans le groupement des sympathisants autour du comité de rédaction d'un journal l'Action du Peuple et enfin

dans la création des associations d'étudiants.10

a : Rapports des nationalistes avec les partis de gauche

Français.

Le parti socialiste SFIO fut le premier organisme politique français qui entra en

relation étroite avec les nationalistes marocains qui s'attachent à étudier la structure du

parti et ses techniques d'encadrement des masses, en effet ce rapprochement était l'oeuvre

9 Le dahir berbère consiste à retirer la juridiction des populations berbères au sultan et leur établit des

tribunaux propres appliquant le droit. Coutumier pour plus de détails voir l'annexe.

10REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 68.

12

personnelle du militant du SFIO Robert Jean Longuet, avocat, qui fonda en juillet 1932

une revue mensuelle de documentation économiques et sociale qu'il appela "Maghreb".les jeunes Marocains avec lesquels R-J Longuet était entré en relations et collaboraient régulièrement à la rédaction de Maghreb notamment:Mohamed Hassan El-Ouezzani,

Ahmed Balafrej, Omar Abdeljalil, Mohamed Kholti , Mekki Naciri. En 1933 au cours d'un meeting organisé par Maghreb à paris George Monnet invita les jeunes à adhérer au

parti socialiste Français, proposition que El-Ouezzani refusa dans un éditorial de l'Action

du Peuple du 25 aout1933 et reprochait aux socialistes du Maroc de ne pas se conduire en démocrates et de s'intéresser aux intérêts Français à l'exclusion de ceux des marocains ce

qui prouve que le rapprochement entre les socialistes Français et les nationalistes marocains était loin d'amener une fusion des organisation et des idées.11

La revue Maghreb n'était d'ailleurs pas l'expression du parti socialiste SFIO mais d'une équipe de militants d'extrême gauche et les militants et dirigeants politiques français favorables au nationalisme marocain ne représentaient que des tendances minoritaires au

sein de leurs partis.

b : Rapports des nationalistes avec Chekib Arslan.

L'adhésion de Chekib Arslan dans la campagne contre le Dahir berbère fut une

des causes principales de succès de celle-ci ,l'action de ce dernier se fit sentir tant au Maroc qu'à l'étranger ,où il inondait d'articles la presse panarabes et avait organisé à Genève un comité syrio-palestinien qui devait à l'origine, soutenir auprès de la SDN les intérêts des

pays sous mandat , Syrie et Palestine mais qui devint plus rapidement une sorte de bureau politique européen chargé de centraliser toutes les questions pouvant intéresser les pays arabes .12 Chekib Arslan publiait à Genève une revue dont le titre était aussi un

programme: la « nation arabe » parce que pour lui l'indépendance de chaque pays arabes doit nécessairement précéder l'unité de la "Nation Arabe" c'est ainsi que les nationalistes

marocains aient proclamer avoir pour but l'unité d'un Maroc libre ,ou l'unité d'une Afrique du Nord indépendante,mais devant l'échec des efforts pour la coordination des

mouvements nationalistes d'Afrique du Nord, ils cherchèrent à créer un mythe de la"Nation

11 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 70.

12Idem, page 71.

13

Marocaine"et c'est ainsi qu'au concept de "Nation Arabe"de Chekib Arslan se mêlait peu à peu un concept de "Nation Marocaine". 13

c : Origine du comité d'action marocaine.

Le nationalisme marocain de 1930 à 1933 n'est guère fait d'autre chose que d'une

opposition à "la politique berbère" de la puissance protectrice .En août 1933 Mohamad el- Ouezzani, principal organisateur au Maroc de la campagne de Chekib Arslan contre le

dahir berbère, devient le rédacteur en chef d'un hebdomadaire en langue Française"l'Action

du Peuple" qu'il fonde à Fès et qui essayera d'être un organe de liaison entre l'opinion Français et les diverses classes de la société marocaine et c'est son comité de rédaction qui sera le premier embryon du futur parti politique dit Comité d'Action Marocain.14

Comme tout parti politique,le CAM dans sa constitution avait besoin d'une

structure (C2) et d'un programme (C1).

C-1 - A la recherche d'un programme

L'abrogation du Dahir Berbère est un thème de revendications qui a trop servi sans l'abandonner, mais il convient de renouveler l'intérêt en trouvant autre chose,

l' « Action du Peuple » va pendant deux ans débattre les problèmes qui les agitent : l'octroi

des libertés démocratiques, réforme de l'enseignement, de la justice, de la structure agraire, égalité des Français et des Marocains, politique berbère, problème de la coexistence des

juifs et des musulmans au Maroc.15

L'Action du Peuple demande des réformes substantielles dans le cadre du protectorat, qui respectent la souveraineté marocaine tout en réalisant l'oeuvre de

modernisation à laquelle s'est engagé la puissance protectrice .Ces thèmes feront l'objet des éditoriaux hebdomadaires de Mohamad Hassan El-Ouezzani et des articles de fond d'Omar Abdeljalil, Mohamad El Kholti, Mohamad Lyazidi, entre autre.

13REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 72.

14 Idem, page 74.

15Op.cit, page 75.

14

C-2 A la recherche d'une organisation

Nombreux intervenants ont participé à l'installation de la structure du CAM.

*L'Action du Peuple

Le comité de rédaction de l'Action du Peuple se trouve à la casbah Boujelloud à

Fès dans ce comité on trouve pas seulement Mohamad Hassan el-Ouezzani,Omar

Abdeljalil,Mohamad El Kholti,Mohamad Lyazidi,Mohamad Hassar mais aussi les

étudiants et jeunes professeurs de l'université Karouiyine qui à cause de leur ignorance ou leur mauvaise connaissance de la langue Française restent un peu à l'écart même si ils entretiennent de bonnes relations avec El Ouezzani, ils n'écrivent pas dans son journal et l'Action du Peuple parle assez peu d'eux et des problèmes qui leurs sont particuliers.16

*Les associations d'étudiants

Dans l'Action du Peuple on parle beaucoup des activités des associations

d'étudiants et l'organisme de ce genre qui jouit de la plus large audience en France et dans l'Afrique du Nord est"l'Association des Etudiants Musulmans Nord-africaine

l'AEMNA"qui se donne pour tache de remédier à la situation matérielle des étudiants

marocains, algériens et tunisiens en métropole .Elle est en fait une association nationaliste

la seule qui fasse des efforts sérieux d'une"Nation Nord Africaine"et pour une action commune entre les organisations politiques des trois pays.

L'AEMNA tient chaque année à partir de 1931 un congrès annuel mais elle se vit interdire de le tenir à Fès le 19 septembre 1933 et c'est ainsi que des télégrammes de protestations émanant des congressistes des trois pays submergèrent le ministère des Affaires étrangères, le résident général le président de la commission des Affaires

étrangères de la chambre des députés, et le congrès se tint finalement à Paris en décembre

1933sous la direction du marocain Mohamad El-Fassi, président de l'AEMNA. 17

Sur le plan local les associations d'anciens élèves ont pour rôle de compléter celui

de l'AEMNA parmi celles-ci, l'Association des Anciens Elèves du collège Moulay Idriss

16 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 76.

17 Idem, page 76.

15

de Fès et l'Association des Anciens Elèves du collège Moulay Youssef de Rabat sont les plus importants.18

*L'activité nationaliste en zone Française de 1933 à 1934

A cette époque le comité de rédaction de l'Action du Peuple à chercher des

prétextes susceptible d'entraîner l'enthousiasme de la population marocaine en lançant une campagne tendant à instituer une "Fête du Trône"dont le succès renseignera les

nationalistes sur l'importance exacte de l'audience que leur accorde l'opinion. En novembre

1933 se constituent des "comités d'organisation de la Fête du Trône" à Rabat, Fès, Meknès, Tanger, Casablanca et Marrakech dont le comité central se trouve à Rabat composé de délégués des divers comités locaux.19

L'enthousiasme que la Fête du Trône conduisit la résidence à consacrer légalement ce qui était né d'une initiative privée et fixait le 18 novembre 1934 date de la première Fête du Trône officielle.

La visite du sultan à Fès le 8 mai 1934 était le premier contact public du souverain avec une jeunesse nationaliste ne manqua pas de donner à Sidi Mohamed Ben Youssef à réfléchir sur l'importance d'un mouvement dont il avait difficilement pu apprécier la nature exacte. Dépassée par l'événement, la Résidence générale provoqua le retour du souverain à

Rabat le 11 mai.20

Le numéro du 11 mai 1934 de l'Action du Peuple publiait en première page deux grandes photos du Sultan et du prince héritier Moulay Hassan, fut aussi le dernier:un ordre

du 16 mars le suspendait, pour contrecarrer la diffusion du nationalisme, la publication de l'Action du Peuple et l'entrée en zone Française du Maroc des revues Maghreb de Paris, El Hayat et Es Salam de Tétouan.21

*L'activité nationaliste en zone espagnole

En 1923 El Haj Abdesselam Bennouna, ancien vizir de la justice, fonde à Tétouan

une école libre destinée à la jeunesse marocaine, dont il confié la direction à Mohamed

Daoud. Abdesselam Bennouna essayait également de mettre sur pied des entreprises

18 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 258.

19 Idem, page : 80.

20Idem, page : 82.

21 Ibid, page : 83.

16

industrielles et commerciales purement marocaines dans le but d'évincer la tutelle économique de l'Espagne.

Et c'est en liaison étroite avec les jeunes marocains de la zone Française qu'une Association des étudiants Marocains, fut fondée à Tétouan ; Abdelkader Torrès et Mohamed Bennouna l'animaient et la représentèrent au congrès d'Alger de l'AEMNA de

1932.22

Néanmoins, et à la différence de la zone Française, la jeunesse ne joua qu'un rôle

de second plan dans la naissance du nationalisme en zone Espagnole, elle devait surtout s'occuper de s'instruire pour former les cadres de demain. Pour l'instant, l'action politique était le fait d'hommes murs, de l'age et de la classe d'Abdesselam Bennouna ce sont eux qui accueillent Chekib Arslan à Tétouan en 1930 et qui entretiennent des relations avec Allal

El-Fassi et Mohamed Hassan El Ouezzan.

A cette époque Tétouan devient un foyer actif de propagande nationaliste on y trouve tous les journaux du Proche-Orient interdits en zone française, les nationalistes publient des tracts et des journaux:la Feuille Verte et El Hayat. En octobre 1933, Daoud lancera une revue Es Salam.

Le dahir berbère suscite en zone Espagnole les mêmes protestations qu'en zone française .Avec l'avènement de la république en Espagne une mission marocaine ,conduite par El Haj Abdesselam Bennouna,se rend à Madrid et présente au chef du gouvernement provisoire ,Alcala Zamora ,un mémoire couvert de huit cent signatures le 1er mai 1931, et une liste de revendications qui comprend la création de conseil municipaux élus dans toute

la zone, création d'un conseil supérieur élu chargé de la défense des intérêts de la zone et

plus particulièrement de du vote du budget général effort accru en faveur de l'enseignement primaire et secondaire ,système de crédit aidant le fellah à surmonter ses difficultés, accès

aux postes administratifs des Marocains originaires de la zone.23

A leur retour à Tétouan, les membres de la mission Marocaine à Madrid s'organisent en une sorte de parti politique comprenant la "délégation" chargée des relations avec le gouvernement espagnol et le haut commissaire Lopez Ferrer, et la

commission locale de la Délégation, d'autre part, chargée des rapports avec la population,

de la collecte des signatures, de l'organisation éventuelle de manifestations, de la distribution de journaux et de tracts.24

22 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 84.

23 Idem, page : 84.

24 Idem, page : 85.

17

Le 24 septembre 1931, le Plan de Réformes de Bennouna reçoit un

commencement d'application:la population de Tétouan est appelée aux urnes pour élire au suffrage universel des représentants à la commission municipale .Mais le Plan de Réformes sera bientôt abandonné et c'est en vain que la délégation réitérera ses revendications de

1931 à Alcala Zamora, devenu Président de la République lors de son voyage à Tétouan fin

1933.25

Que se soit à Fès ou à Tétouan, les nationalistes professent en gros les mêmes réformes ils se rencontrent à Alger, au congrès de l'AEMNA en août 1932.Un courant d'échanges réciproques d'idées et de consignes s'établit:courant direct Tétouan- Fès d'une part, courant le succès d'El Hayat et Es Salam en zone française inquiétèrent tellement la Résidence qui les interdira en 16 mai 1934 et prohibera l'entrée en zone française de toute feuille de même ligne politique paraissant sous un autre titre avec la collaboration de tout

ou partie du personnel du personnel de Es Salam ou de El Hayat.26

2 : Le comité d'action marocaine.

L'absence d'activités due à la suppression de l'Action du Peuple incita l'ex-comité

de rédaction de ce dernier à s'orienter vers la rédaction d'un plan de réformes, à l'instar des nationalistes de la zone espagnole .Le plan de réformes marocains sera signé par six Marocains de culture arabe et quatre Marocains de culture française seulement, formant

ensemble le Comité d'Action marocaine.27

a : Le plan de réformes marocaines.

Le Plan de Réformes est rédigé en arabe et imprimé en cette langue au Caire en

septembre 1934.L'édition française n'en sera achevée que fin novembre 1934sous forme d'une brochure de 134 pages, comprenant un préambule et une liste de revendications relatives à la politiques générale d'une part :l'abolition de la politique dite de "grands caïds",la création des municipalités élues communes aux musulmans et aux israélites marocains, la création d'un conseil national élu compétent pour toute création d'impôts,

discuterait et voterait le budget et la création de chambres économiques régionales élues au

25 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 86.

26 Idem, page : 87.

27 Idem, page : 87.

18

scrutin de liste à deux degrés, représentants les agriculteurs ,les commerçants, les industriels et les propriétaires;et aux libertés publiques d'autre part ces derniers sont certainement plus essentielles que les premiers, car seul l'octroi des libertés publiques

permettra aux jeunes Marocains de se faire entendre et de poursuivre la réalisation de leur programme .28

Au 1er rang de ces libertés est la liberté d'expression des idées par tous les

moyens légaux, la suppression de l'arbitraire judiciaire, la reconnaissance de l'inviolabilité

du domicile et de la correspondance enfin la libertés de réunion, d'association sous toutes ses formes, même syndicale et la liberté d'aller et de venir par la suppression des

passeports à l'intérieur du Maroc. 29

Le Plan de Réformes fut présenté le 1er décembre 1934 à Paris par les députés des partis de gauche qui soutenaient le CAM ; et au Maroc il fut remis le même jour au

Résident Général Ponsot et c'était la première démarche officielle du CAM qui a marqué l'entrée en scène du premier parti politique marocain.30

b : Composition du CAM

Le CAM n'est pas né de la volonté de créer un parti politique, mais du

rapprochement de dix nationalistes apposant leur signature au bas d'une liste de revendications à la rédaction de laquelle tous n'avaient même pas contribué.

A l'inverse du comité de L'Action du Peuple, le CAM a le caractère d'un parti c'est

un groupement d'individus professant les même idées ou du moins s'étant mis d'accord sur

un programme moyen de réformes politiques et qui unissent leurs efforts pour obtenir la réalisation de ce programme, sans aucun but journalistique.31

Le CAM est composé de dix membres d'origine et de caractère fort différents:

1-Omar Abdeljalil. 6-Abdelaziz Bendriss

2-Ahmed Charkaoui 7-mohamed Diouri

3-Mohamed Ghazi 8-Boubker Kadiri

4-Mohamed Lyazidi 9-Mohamed Mekki Naciri

5-mohamed Allal El Fassi 10-Mohamed Hassan El Ouezzani

28 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 88.

29 Idem, page : 90

30 Idem, page : 90.

31 Ibid, page : 91.

19

La constitution du CAM avait été encouragée par les animateurs de la revue Maghreb, qui avaient fondé un comité de patronage de quinze membres dont la liste figurait en tête du Plan de Réformes et qui comprenait:

1-Jean Longuet

6-Pierre Renaudel

11-Jean Piot

2-François de Tessan

7-Gaston Bergery

12-André Berthon

3-Henri Clerc

8-C.Campinchi

13-Gabriel Cudenet

4-Felicien Challaye

9-Robert Jean Longuet

14-Georges Monnet

5-Louis Rouband

10-André Viollis

15-Magdeleine

L'étalage des noms de ces personnalités au commencement du Plan de Réformes

se révéla habile:les revendications contenues dans celui-ci semblaient ainsi recevoir la

caution d'hommes politiques et d'intellectuels connus, et cette alliance devait faire admettre

le caractère sérieux, positif et réaliste du Plan.32

3 : Crise de croissance du CAM.

Lorsque le CAM comprit que la puissance protectrice ne manifestait pas

l'intention de promouvoir la réalisation du Plan de Réformes, il essaya de susciter un vaste mouvement d'opinion capable d'appuyer son action, c'est ainsi que du parti de cadres, il voulut devenir parti de masses en se rapprochant du peuple mais l'absence de structure appropriée à ce changement d'orientation contribua à faire éclater le CAM.33

a : La recherche du contact avec l'opinion publique :

A partir d'octobre 1936 le CAM cherchera le contact avec les masses en

organisant, une série de congrès dans les différentes villes du Maroc. Le 25 octobre 1936,

le CAM a élaboré un nouveau texte de revendications qui à la différence du Plan de Réformes ce texte insiste moins sur des réformes politiques et d'avantages sur les libertés publiques.

Dans le but d'élaborer ces revendications le CAM entra en rapport avec les

différentes couches sociales, aussi bien dans les villes que dans les compagnes et le 1er

32REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 95.

33 Idem, page : 96.

20

meeting du CAM se tint à Fès le 2 novembre 1936 avec Allal El Fassi comme président de

la séance, devant trois cent personnes, la réunion se déroula sans incidents et aucune manifestation sur la voie publique ne la suivit, le 6 novembre une seconde réunion fut plus mouvementée, enfin une troisième réunion, prévue pour le 14 novembre à Casablanca, s'annonça si houleuse que le sultan l'interdit.34

Mais l'arrestation d'Allal el Fassi, Mohamed Hassan el Ouezzani et Mohamed

Lyazidi fut une lourde erreur, car la politique de rapprochement vis à vis du peuple pratiquée par le CAM avait porté ses fruits, simultanément, des cortèges se formèrent les

16 et 17 novembre 1936 à Fès, Salé, Casa, Oujda, Taza pour protester l'arrestation des trois leaders .C'est ainsi que le 17 décembre 1936 Le général Noguès devait prendre une mesure

de grâce général, inaugurant ainsi une nouvelle politique de détente qui aboutissait en janvier 1937 à l'autorisation de plusieurs journaux nationalistes.35

b : La scission du CAM

La politique libérale que le général Norguès inaugura en décembre 1936 par la

libération d'Allal El Fassi, d'El-Ouezzani et de Lyazidi, et poursuivit en janvier 1937 en autorisant la parution de la presse nationaliste, eut pour effet de faire apparaître au grand jour les divergences qui existaient entre le parti d'action marocaine d'Allal El-Fassi et les

partisans de Mohamed Hassan El Ouezzani, et peut-être de précipiter une scission devenue inévitable.

Alors qu'El-Ouezzani et ses quelques partisans s'en tenaient à l'ancienne formule des « clubs nationalistes » qui était celle du comité d'action marocaine de 1934, une

fraction importante de ce dernier avait dépassé cette ancienne structure pour adopter des formes d'organisation, susceptibles d'encadrer, non plus un petit nombre d'intellectuels, mais les masses populaires.

Dès le commencement de l'année 1937 il y'avait une scission de fait entre les

deux partis avant qu'il soit déclarée mais cette scission purement structurelle ne supposait nullement une scission idéologique.

La scission du CAM ne développera ses pleins effets que lorsque son cadre formel aura été brisé ce fut l'oeuvre de l'arrêté viziriel du 18 mars 1937 qui le dissolvait répondant

34 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 97.

35 Idem, page 99.

21

à l'inquiétude de la résidence devant l'extension continue du réseau de sections mis sur pied par cette organisation.36

SECTION III : Pluralité des partis marocains (1937-1939)

Le pluripartisme marocain s'est concrétisé depuis 1937 par la constitution de

nouveaux partis dans la zone française et espagnole.

1-Les partis marocains en zone française (Le Parti National et le

Mouvement Populaire37)

En effet l'interdiction du Comité d'Action Marocain n'atteignit pas sa presse et l'

«Action du Peuple » et « Al Atlas » continuèrent à paraître et c'est ainsi que ces journaux d'organe du CAM devinrent organes du mouvement marocain pour le plan de réformes.

L' « Action Populaire »a commencé la publication de ce dernier le 27 mars 1937.38

Après la dissolution du CAM, l'ancien comité avait pour objectif de continuer l'action par tous les moyens légaux afin de réaliser l'idéal du nationalisme marocain et obtenir l'exécution de ses justes revendications.

En Avril 1937 l'Action du Peuple paraissaient à nouveau à Fès sous le nom de :

« Hebdomadaire d'Action Nationale Marocaine »qui utilisait les mêmes thèmes de propagande que le Mouvement Marocain pour le Plan de Réformes et ne représentait que les comités de rédaction de l' « Action du Peuple ».

Allal el Fassi et un groupe de jeunes lettrés fondèrent à Fès le « Parti National » qui s'organisa dans le grand secret et ne manifesta pas sa présence qu'au 23 Juillet 1937 avec pour revendication essentielle l'abrogation du dahir berbère et Mohamed Hassan el-

Ouezzani créa à son tour le Mouvement Populaire : Alharaka alqawmiya

Et c'est à la suite des manifestations du 1er et 2eme septembre 1937 de la

population de Meknès pour protester contre le détournement des eaux de l'Oued Boufkrane

,qui alimentait la ville, au profit de quelques colons français et fit de nombreux morts et

36 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 103.

37 Mouvement populaire : alharaka alqua wmiya

38 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 104.

22

blessés que le « Parti National »organisa dans toutes les villes du Maroc des démonstrations populaires protestant la répression sanglante de Meknès ,ainsi qu'un

congrès du parti du 13 octobre 1937 s `acheva par l'envoi des télégrammes de protestation aux autorités de Paris, de Rabat, aux partis français et à l'ambassadeur du parti à Paris : A.Balafrej 39

Le 26 octobre un arrêté viziriel dissolvait le « Parti National »pour la réalisation

du plan de réformes qui n'était que la reconstitution du CAM. Le 29 octobre Mohamed Hassan el-Ouezzani fut arrêté à Fès et envoyé en résidence forcée au Sahara, ou il devait séjourner jusqu'en 1946.Alors que Allal el Fassi quitta à son tour le Maroc, le 3 novembre

et fut conduit au Gabon ou il devait demeurer neuf ans en résidence surveillée.40

L'arrestation des leaders avait détruit l'organisation des partis politiques de la

zone française et le nationalisme n'est plus dès lors représenté officiellement en cette zone, que par des « dissidents » non affiliés à un parti politique et qui ne songent pas eux mêmes

à en organiser un.

2-Les partis politiques en zone espagnole :

Le Parti des Réformes nationales et le Parti d'Unité marocaine étaient les deux

acteurs du champ politique dans la zone espagnole, mais ces deux partis devait être

toujours à la merci de l'Espagne qui ne manquait pas de leur opposer, lorsqu'ils devenaient trop puissants des rivaux comme le Parti des Hommes Libres de Raissouni ou le Bureau de Défense nationaliste de Brahim el-Ouezzani.

a -Le Parti des Réformes Nationales :

Le premier noyau nationaliste dans le nord du pays avait, des caractéristiques

propres. Son travail préparatoire qui dure de 1916 à 1930 se solde le 5 septembre 1930 par

la création de la première instance nationale. C'est une Instance clandestine formée de cinq membres dont Bennouna et Daoud. Et son travail le plus remarqué et la préparation

du document des revendication marocaine qui a été présenté à la République Espagnole

.Cette Instance est remplacée le 19 juin 1931 par un organe politique non

39 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 108.

40 Idem, page : 111.

23

clandestin : « wafd Matalib El Oumma »(délégation des revendication de la nation)le but politique de cet organe est la création d'une certaine pression interne et externe sur les responsables espagnols en vue de la réalisation des revendications présentées en 1931.La relève s'est faite plus nettement après la mort le 5 janvier 1935 du « père du

nationalisme », Haj Abdesslam Bennouna, avec la création de « Koutlat Al'Amal el

Wattania Fi Chamal El Maghrib »(Comité d'Action Nationale dans le Nord du Maroc),le premier février 1936. Ce comité est composé de 13 membres dominés par trois d'entre eux Abdelkhalek Torrès41, Thami El Wazzani et Abdesslam Benjelloun.42

Le 28 juin, le Comité dépose les statuts du nouveau parti appelé « le Parti

National des Réformes P.N.R qui n'est reconnu que le 18 décembre 1936. Depuis cette fin d'année 1936, le Parti National des Réformes domine la vie politique marocaine dans la

zone Nord et son leader Torrès en est le chef incontesté.

La propagande du PRN s'étendait peu à peu dans les tribus afin de se concilier les sympathies de celles-ci.

A l'issue, des manifestations anti-françaises, des télégrammes de protestations furent envoyées à Paris et à Rabat par le P.R.N.

b-Le Parti d'Unité Marocaine :

Expulsé de la zone française en 1936, pour son activité nationaliste, Mohamed Mekki

Naciri se réfugia à Tétouan, ou il retrouva son ami Abd Elkhalek Torrès.

Mais une rivalité personnelle va bientôt opposer ces deux hommes .Et c'est avec l'appui financier du colonel Beigbeder que Mekki Naciri lança un nouveau parti le«Parti d'Unité Marocaine »qui à la différence de Torrès dont le parti s'est élaboré petit à petit, repose sur

la personnalité du leader et n'a jamais eu de programme bien défini, Mekki Naciri va créer un parti qu'il organisera minutieusement et qu'il essaiera de doter dès le départ d'une doctrine cohérente.43

Le PUM entre officiellement en lice le 3 février 1937, date à laquelle parait le premier numéro d'un journal bihebdomadaire en langue arabe, dont le titre est le nom même du parti : El Ouahda Maghribia. A partir du 25 mars 1937, ce journal sera doté d'un

41 Abdelkhalek Torrès, dirigeant nationaliste ,ambassadeur, puis ministre du sultan Mohamed V et du Roi Hassan, fut la figure de proue politique du Maroc septentrional de 1940à 1970.ll a eu des contacts avec Goering, l'amiral Canaris ,la Ligue arabe ,Franco,Bourguiba,Ben Bella ou Nasser.

42BOUAZIZ MUSTAFA, Aux origines de la koutla démocratique , Casablanca 1997, page : 83-85.

43 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 121.

24

supplément hebdomadaire en langue espagnole « Unidad Marroqui »qui publia tout au long de ses treize premiers numéros le Plan de Réformes marocaines .Mekki Naciri éprouvait le besoin de préciser la position particulière des nationalistes à l'égard de l'Espagne, parce que le Plan de Réformes ne s'adressait qu'à la France.44

Si le PRN et le PUM sont également hostiles à la France ils s'opposaient en fait sur

l'attitude à prendre à l'égard du Sultan : Torrès acceptait volontiers une division définitive

du Maroc dont la zone nord eut été placée sous la souveraineté directe du Sultan .Mekki

Naciri, par contre, insistait sur l'unité du Maroc.

En effet le mouvement national dans le nord est organisationnellement représenté par le PUM avec une suprématie du PRN qui, politiquement, il est la base arrière du mouvement national dans le sud .Il a joué un grand rôle au niveau de la propagande et des liens avec

l'étranger.45

c-Le Bureau de Défense Nationaliste

Le Bureau de Défense Nationaliste est à peine un parti, il n'eut aucune audience

dans le public et ne se composait que de Brahim el-Ouezzani et deux ou trois Marocains

.Le 10 Janvier 1938 le bureau publia le premier numéro d'un journal imprimé en langue arabe, espagnol français dont l'objectif est d'énoncer le programme du bureau, il n'était pas vendu au public marocain, mais uniquement expédié à étranger et distribué dans les divers

consulats de Tétouan.46

Brahim El-Ouezzani distribua à Tanger des tracts en langue arabe appelant les marocains à la révolte contre la France et prononça lors d'une interview à un journal italien

un discours contre le dahir berbère et contre la France et a pris violement parti en faveur des régimes nazi et fasciste.

Le Bureau de Défense Nationalistes dédaignait l'action sur le plan marocain et les démarches auprès des gouvernements des puissances protectrices,pour porter la question marocaine devant l'opinion internationale .Mais le moment était mal choisi,car le monde avait d'autres préoccupations.

44 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 123.

45 BOUAZIZ MUSTAFA, Aux origines de la koutla démocratique, Casablanca 1997, page : 85.

46 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 122.

25

CHAPITRE II : LA REVENDICATION DE

L'INDEPENDANCE ET LA

NAISSANCE DES PARTIS ADVERSES (1943-1954)

SECTION I : Les partis marocains de 1943 à 1946.

1 : Naissance de l'Istiqlal

Agé de 36 ans, Ahmed Balafrej avait déjà à son actif de longues années de lutte

aux cotés des nationalistes. Véritable chef de mouvement, ses activités déployées au Maroc depuis Janvier 1943 vont aboutir en décembre à la création du Parti de l'Istiqlal.47

Dès sa création, le Parti de l'Istiqlal adopte un programme simple et négatif mais d'un grand succès : « Il refuse d'appuyer aucun projet de réformes tant que le principe de l'indépendance du Maroc ne sera reconnu par la puissance protectrice ».

La première manifestation officielle du parti fut la présentation d'un manifeste, le

11 janvier 1944, au sultan, au résident général et aux représentants des principaux gouvernements alliés.

Le Parti était pour l'indépendance du Maroc, pour la liberté, pour la

reconstruction du pays, pour une monarchie constitutionnelle et démocratique et enfin pour une coopération internationale.48

Signé par 58 personnes issues de milieux variés et appartenant presque toutes à la classe moyenne, le manifeste de l'Istiqlal était très simple.

Dans une mise au point publiée le 19 janvier 1944, le parti précisait qu'il n'était

pas son intention de réaliser son idéal par l'emploi de la violence qui gênerait l'effort de guerre.

47 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 143.

48 Idem, page : 144.

26

Mais les revendications d'indépendance et l'appui que semble donner le palais au parti inquiétait la résidence .Ainsi de multiples arrestations furent naturellement la conséquence de ces événements : Balafrej fût exilé en Corse, Abderahim Bouabid et dix autres nationalistes notoires restèrent en prison jusqu'en 1946.49

Pour réaliser ses aspirations, le parti commence à s'adresser à l'opinion

international, ainsi le 8 mars 1945, Mohamed Lyazidi (pour le comité exécutif du parti), adressa au président de la conférence de San Francisco, aux chefs des gouvernement français, américains, anglais et chinois, une requête sollicitant « l'admission du Maroc au sein de l'ONU ».50

Dans la même orientation, le parti publia `une note sur la question de Tanger'

pour défendre le point de vue du Maroc sur la ville internationale.

En 1946, Mohamed Lyazidi, véritable chef du parti de l'Istiqlal depuis l'exil de Balafrej, adresse au nouveau résident Erik Labonne un rapport intitulé `la crise marocaine qui examine le problème des libertés publiques et appelle l'attention du résident sur le sort des nationalistes détenus. Cet appel fût entendu et le général libère les détenus politiques.51

L'anathème lancé contre le parti de l'Istiqlal était en même temps levé, et pour

celui-ci s'ouvrait une période de large tolérance de la part des autorités, dont il devait profiter pour fortifier au Maroc ses positions.

2 : Les partis politiques marocains en zone espagnole :

Le « pacte national » du 18 décembre 1942 entre le PUM et le PRN ne survécut

pas aux premiers mois de l'année 1943 à cause d'une part de la sévérité du général Orgez à l'égard des partis nationalistes et d'autre part des rivalités personnelles qui opposaient

Torres et Naciri.52

Le parti des réformes nationales fût encore affaibli par le discrédit qui fut jeté sur son chef après la vente de ce dernier de documents importants (dont l'original de l'acte l'Algésiras de 1906) à des espagnols.

49 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 146.

50 Idem, page : 146.

51 Idem, page : 147.

52 Ibid, page : 149.

27

La capitulation de l'Allemagne porta le coup de grâce au parti réformiste, qui avait fait naguère de ce pays la pièce maîtresse de son jeu. En 1945, Torrès s'effaça et le parti des réformes nationales se désorganisa.

Par contre, le parti d'unité marocaine, ne s'étant pas compromis avec l'Allemagne, entretenait des contacts avec le consulat de Grande-Bretagne à Tétouan et attendait de la GB un efficace appui pour la cause nationaliste. Mais depuis le retrait de

Torrès de la scène politique, Mekki Naciri ne peut à lui seul réunir assez de troupes et ses manifestations épistolaires restaient sans grande portée.53

En février 1945, le général Varela autorisait le parti réformiste à se reconstituer. Le 5 février, une assemblée générale du parti était réunie à Tétouan au domicile

de Torrès et avait élue Taîb Bennouna comme secrétaire général du parti.54

Le rétablissement du statut international de Tanger obligea Naciri à abandonner la direction du PUM à Abdeslam Temsamani et à se réserver à la direction du PUM dans la

zone de Tanger, considérée comme plus importante.

En mars 1946, le PUM organisa à Tanger des manifestations pour demander la liberté de la presse et l'attribution à des marocains des emplois occupés par les étrangers dans les administrations marocaines de la zone.

SECTION II : L'hégémonie de l'Istiqlal sur les autres

partis marocains de 1946 à 1947.

La libération des détenus politiques de 1937 et de 1944 et le retour de Allal el

Fassi, Ahmed Balafrej et Mohamed Hassan el-Ouezzani ont ouvert une période d'intense activité pour les partis marocains qui gravitent tous autour de l'indépendance : le « Parti de l'Istiqlal » affermit ses positions dans le pays, Mohamed Hassan el-Ouezzani fonde le «

Parti Démocratique de l'Indépendance »et le « Parti Communiste marocain » se libère de

sa tutelle française.

Le champ politique de la zone espagnole de sa part était aussi riche de nouveaux événements.

53 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 149.

54 Idem, page : 154.

28

1-Retour des leaders de l'Istiqlal et développement du parti.

Après un exil de neuf ans au Gabon, Allal el Fassi rentrait au Maroc le 20 Juin

1946 et Ahmed Balafrej exilé en Corse était libérés également et deux chefs furent accueillis en triomphateurs et leur fit gagner la popularité. Balafrej dès son arrivée

reprenait ses fonctions de secrétaire général du Parti de l'Istiqlal et si aucune place n'a été prévue pour Allal el Fassi au sein du parti il est devenu théoriquement chef suprême du

Parti de l'Istiqlal et prit le titre de « leader du parti »55

Le Parti de l'Istiqlal demandait à nouveau l'abolition du traité de protectorat et

la constitution d'un véritable gouvernement marocain, dirigé par le sultan, pour entamer avec les représentants du gouvernement français des négociations franches et sincères en vue de conclure un nouveau traité garantissant la souveraineté marocaine.

Dès 1939, les partis nationalistes avaient axé leur propagande sur le sultan,

symbole de la souveraineté chérifienne.

En 1946 le Parti de l'Istiqlal fonda Al Alam quotidien de langue arabe, le 8 mars

1947 paraissait le premier numéro d'un hebdomadaire en langue française «l'Opinion du Peuple », qui se fixait pour tache de refléter la pensée et les aspirations de l'opinion marocaine et d'en être le guide sûr et éclairé.56

2-Le Parti démocratique de l'Indépendance (hizb choura wal

Istiqlal) PDI

Après avoir été libéré Mohamed Hassan el-Ouezzani avait le sentiment de sa

propre importance pour rejoindre les rangs du Parti de l'Istiqlal .Pourtant il a fondé en

1946 son propre parti le « Parti démocratique de l'Indépendance » dont il devient le secrétaire général.

Le P.D.I réclame comme le Parti de l'Istiqlal l'abolition du protectorat et une monarchie constitutionnelle .Mais si le P.D.I a soif d'indépendance pour le Maroc, il craint

55 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 158.

56 Idem, page 160.

29

que le régime futur ne soit une monarchie réactionnaire appuyée par un parti unique :

l'Istiqlal.57

3-Le Parti communiste marocain P.C.M

En Juillet 1943, le « Parti communiste du Maroc »ne relevait théoriquement plus

de la hiérarchie du Parti communiste français .Pour justifier son caractère marocain le Parti communiste a développé son influence dans les milieux autochtones, et plus tard à réserver

à ses militants issus de ces milieux la plupart des postes de commandement. Le parti

cherche surtout à s'imposer dans les campagnes, il prétend en effet être le parti du peuple.58

Malgré ses tentatives de rapprochement avec l'Istiqlal et le P.D.I, Allal el Fassi et

Mohamed Hassan el-Ouezzani répondront à toutes ces avances que la religion islamique est incompatible avec le communisme.

En 1945 Ali Yata devient secrétaire du parti qui de "Parti communiste du

Maroc"devient bientôt"Parti communiste marocain".

Dès février 1946,le P.C.M renverse sa politique et une résolution intérieure du comité centrale des 23-24 février 1946 recommande l'union des population du Maroc pour l'amélioration de leur niveau de vie et la conquête des libertés démocratiques,et en

demandant dans le manifeste des 3-4 août de la même année l'abrogation du traité de Fès,la suppression de la résidence générale,l'unification du Maroc,l'évacuation des troupes étrangères et l'élection au suffrage universel d'une assemblée nationale marocaine .Le 28

août 1946 une délégation du P.C.M était reçue par le sultan ce qui était la consécration officielle du caractère marocain du Parti communiste.59

En réalité entre le P.C.M et l'Istiqlal fut une épreuve de force et l'unité de l'Istiqlal lui assurait dans ce combat une supériorité évidente sur le P.C.M qui ne progressait plus,

mais encore il enregistrait un recul sensible, bon nombre de ses adhérents d'hier le quittant pour rejoindre l'Istiqlal.

Devant l'affaiblissement de son influence, il essaya en 1947 de provoquer la constitution d'un "Front national"groupant les trois partis nationalistes:P.C.M, Istiqlal et le P.D.I mais cette initiative était d'avance vouée à l'échec.60

57 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 161-162.

58 Idem, page : 162.

59 Idem, page : 165.

60 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page :167.

30

4-Les partis marocains de la zone espagnole

Pour Torrès et le PRN la libération d'el-Ouezzani, Allal el-Fassi et de Ahmed

Balafrej était une occasion de réviser leur position antifrançaise qui militaient pour l'union des deux zones et préconisaient la reconnaissance de l'obédience directe de tout le Maroc

au sultan.

Quand à le PUM il a continué à critiquer l'action de la France au Maroc, en août

1946 Mekki Naciri regrettait que le sultan se laisser égarer par les promesses fallacieuses

de la France, et prêchait le calme et l'union cet appel ne fut pas entendu par ses propres partisans.61

Dans des lettres aux vizirs et aux fonctionnaires marocains de la zone espagnole, Torrès demande aux bénéficiaires du régime de choisir sans délai entre l'Espagne et le sultan .c'est ainsi que le leader du P.R.N redonna à ses troupes l'esprit de combativité

nécessaire.62

Par contre, le discrédit dont souffrait Mekki Naciri à Tétouan se traduisit par une désaffectation de la population à l'égard du P.U.M sentiment dont le P.R.N fut naturellement le bénéficiaire.

Le voyage de sidi Mohamed Ben Youssef à Tanger était une affirmation de l'unité

du Maroc et une occasion de voir le P.R.N et le P.U.M unis élaborèrent une liste de revendication en vue de la présenter au sultan au cours de séjour à Tanger.

Le 10 avril 1947 le discours prononcé par le sultan et sa visite à Tanger dépassa ce que les partis nationalistes de zone espagnole avaient osé espérer.

61 Idem, page : 169.

62 Idem, page : 170.

31

SECTION III : Le front national marocain et les partis politique

non nationalistes (1951-1952)

L'influence prépondérante que l'Istiqlal conservait, lui donnait une importance

bien plus grande que celle des autres partis nationalistes marocains notamment le P.U.M, P.R.N et P.D.I qui voulurent profiter de cette situation en se liant à lui le 9 avril 1951 au sein du "Front national marocain".

Dans le but d'affaiblir l'Istiqlal, la résidence a opté pour la naissance de partis rivaux à ce dernier dont l'idéologie serait relativement conformiste et ne regrettait pas le principe du protectorat. Aidés par le mouvement d'opposition et de réformes des pachas et

caïds suscité par le Glaoui pacha de Marrakech qui a rompu officiellement avec le palais le

21 décembre 1950 les partis marocains dits"nationalistes modérés" ont été constitués.

1-Le Front National Marocain

La constitution du FNM fut le fruit d'une initiative de journalistes et de

personnalités politiques égyptiennes de passages à Tanger notamment le journaliste Salih Bou Raquiq qui en prenant contact avec les nationalistes chercha à leur faire admettre que seule leur désunion s'opposait à leurs revendications et les engagea à former un parti

unique si non au moins un front national au sein duquel chaque parti serait placé sur un plan de stricte égalité par rapport aux autres,c'est ainsi que le P.I ,le P.D.I ,le P.R.N et P.U.M concluaient le 9 avril 1951 le pacte de Tanger, qui traduisait leur accord sur un

certain nombre de principes et décidait par la suite la constitution du F.N.M.63

En effet l'unification des programmes de revendications n'avait pas été difficile à obtenir car les quatre partis nationalistes se réclamaient en principe de la même idéologie

et c'est le comité de liaison du F.N.M s'occupait de mettre au point les interventions des

quatre partis à l'extérieur, et notamment auprès de la ligue arabe et de l'ONU.

Mais parfois on trouve un nombre de télégrammes écrits signés « Front National

Marocain » par n'importe quel membre du comité de liaison et de coordination de sa

63 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 190.

32

propre initiative et sans qu'il ait reçu mandat de l'ensemble du comité à cet effet, et chacun des partis s'estimant fondé à parler au nom du FNM.64

2-les partis dits « nationalistes modérés »

La stratégie coloniale de la création de partis modérés a été concrétiser par la

constitution du Parti Démocrate Marocains des Hommes Libres, le Parti du Peuple

Marocain et le Parti Socialiste Marocain.

a- le Parti Démocrate Marocain des Hommes Libres :

Fondé en 1947 par cherif Moulay Idriss qui prétendait acheminer le Maroc vers

une monarchie constitutionnelle et un régime parlementaire, tout en acceptant la tutelle de

la France jusqu'à ce que les marocains soient en état de se gouverner seuls.65

En effet le PDMHL eut une vie et une croissance propre et ne fit pas toujours preuve d'un étroit conformisme et son rôle restera assez effacé jusqu'en 1952 ou le parti a fondé le 18 janvier de la même année un hebdomadaire en langue française : la Liberté qui

a adopté une attitude hostile au sultan, qui était celle des partisans du Glaoui.

A la suite des émeutes des 7 et 8 décembre 1952, la commission politique

prononça la radiation de vingt-deux membres du parti coupables d'avoir participé à celle-ci

et c'est à partir de ce moment que cherif Moulay Idriss fera ouvertement campagne aux cotés du cherif El-Kettani et du Glaoui, en faveur du renversement du sultan.66

b- Le Parti du Peuple Marocain :

Fondé en 1948 par Abdelkader Zemrani qui s'occupa de réunir quelques

partisans qui élaborèrent un programme en 1950.

A partir de 1952 le P.P.M sera fortement appuyé par la résidence lorsque le désaccord entre la France et le sultan deviendra plus profond.

En novembre 1952, le bruit se répandit que le sultan devait se rendre à la médina

de Rabat et en parcourir les rues alors Zemrani quitta Oujda avec trois mille marocains

64 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 193.

65 Idem, page : 207.

66 Idem, page : 208.

33

mobilisés qui devaient se mêler à la population de cette ville et compenser les protestations

de fidélité de l'Istiqlal envers le souverain par des manifestations d'hostilité celui-ci.67

L'échec de ce plan a finit par rendre Zemrani indésirable à Oujda, c'est pourquoi

il est parti à Fès et reconstitua le Parti du Peuple Marocain en cette ville et à Meknès, cependant ces organisations n'ont pas eu de succès.

c-Le Parti Socialiste Marocain :

Fondé par Mohamed Chemao en 1951 à Salé .Ce parti n'a pas d'existence réelle

en tant que « socialiste »car il n'est pas rattaché à l'internationale ouvrière,pas plus qu'il n'est en liaison avec les sections SFIO du Maroc.

En fait le parti comprend pour seul adhérents les frères et les cousins de Mohamed

Chemao soit une vingtaine de membres en tout.68

67 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 209.

68 Idem, page : 210.

34

SECTION IV : La mise hors la loi des partis politiques

marocains (depuis 1952)

A la suite des émeutes des 7 et 8 décembre 1952 le PI et le P.C.M ont été interdits

et leurs principaux chefs furent arrêtés, le P.D.I échappa à l'interdiction en zone française mais cessa presque complètement son activité. A partir de cette date Tanger devenait le centre directeur du nationalisme.

1-les partis politiques de la zone Française

a- les partis politiques nationalistes

a 1-Le parti de l'Istiqlal au Maroc et à l'étranger :

Après les émeutes des 7 et 8 décembre 1952 ,les dirigeants du PI furent arrêtés ou placés en résidence surveillée et c'était dans une mesure à éliminer définitivement l'Istiqlal

.Cette interdiction entraînait également la suppression de la presse nationaliste.

Malgré les efforts du PI, le conseil de sécurité rejeta, en septembre 1953 la plainte arabo-islamique au sujet du renversement du sultan, et l'ONU dans sa session de novembre 1953, n'adressa à la France aucune résolution ni recommandation relative à l'affaire marocaine.

Les leaders du PI ont multiplié leurs efforts que ce soit sur le plan international

avec A.Balafrej en Amérique notamment au conseil de sécurité de l'ONU ou au Caire avec

Allal El-Fassi qui agissait auprès de la ligue arabe ou sur le plan national ou le comité du

PI à Tanger était dirigé par le docteur Abdellatif Benjelloun.69

Après la déposition du sultan, la direction à Tanger fut abandonnée par docteur

Benjelloun à la fin du mois d'octobre et reprise par l'avocat Abderrahman el Youssfi.

Le 20 août 1953, Mohamed Ben Youssef était déposé et remplacé par Mohamed

Ben Arafa et dès ce moment, l'Istiqlal, en tant que parti, disparaît de la scène politique.

69 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 224.

35

a 2 - le P.C.M :

À la suite des émeutes de décembre 1953, il était interdit et sa presse suspendu. En octobre 1953 le parti diffusa une brochure protestant contre la déposition du sultan.

Son interdiction ait accéléré le processus de désintégration qui affaiblissait de plus en plus le P.C.M.70

a 3 - le P.D.I :

Les autorités française avaient le souci de conserver un élément de collaboration éventuel au cas ou le dialogue avec les nationalistes aurait du être repris que le P.D.I ne fut pas interdit comme l'Istiqlal et le P.C.M ET selon que l'on considère son action en zone française ou son action en zone espagnole ou séjournait Mohamed Hassan el-Ouezzani le P.D.I apparaît sous deux aspects bien différent ;en zone française il était dirigé par Abdelkader Benjelloun mais après les émeutes de Casablanca il donna une preuve du

faible crédit et en juin 1953 il mena une campagne en faveur du sultan et diffusait à Rabat

et Salé un tract dénonçant « les manoeuvres contre le trône ».71

Dès la déposition du sultan le 20 août 1953, plusieurs membres du parti furent arrêtés par mesure de précaution dont Abdelkader Benjelloun et dès lors le P.D.I ,s'abstint volontairement de toute activité politique apparente.

Alors c'est en zone espagnole que se trouvait son principal centre d'intérêt. Refoulés de Tanger, Mohamed Hassan el-Ouezzani et Ahmed Bensouda débarquèrent à Gibraltar, en août 1953 ils obtenaient l'autorisation de faire paraître provisoirement à Tétouan l'ancien journal Rai el Oma .Et c'est ainsi que le leader du parti recevait à Ceuta

la visite de nombreux membres du P.D.I de Tanger et même de la zone française mais sans pouvoir reprendre en mains la direction de l'ensemble du parti.72

Le jour de la déposition du sultan Mohamed Hassan el-Ouezzani se rencontrèrent

à Tétouan pour examiner l'attitude à prendre en face des graves événements de la zone française et en Janvier 1954 le leader du parti se rendit au Caire par l'Espagne et l'Italie sans avoir obtenu pour son parti la liberté d'action qu'il aurait souhaité en zone

espagnole.73

70 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 228.

71 Idem, page : 230.

72 Idem, page : 231.

73 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 233.

36

b-les partis dits nationalistes modérés :

b1-Le Parti Démocrate Marocain des Hommes Libres :

Après la pétition des caïds et pachas de décembre 1952 demandant la déposition

de Sidi Mohamed Ben Youssef, le PDMHL se rangea aux cotés du « Mouvement d'opposition et de Réformes ».74

Quelques mois plus tard l'hebdomadaire du parti, la « Libertés », reprochait à la résidence de n'avoir pas profiter du changement de souverain pour procéder à des réformes plus démocratiques.

L'attitude du PDMHL était plus que jamais hostile à l'Istiqlal contre qui il

demandait une répression plus active. Mais il ne retira pas l'avantage qu'il attendait de son appui au Mouvement d'Opposition et de Réformes.

b2-Le Parti du Peuple Marocain :

Le 30 mars 1953 le P.P.M organisa une manifestation qui connut un certain succès pour célébrer l'anniversaire du traité de protectorat et critiquer ceux qui ont demandaient son abrogation immédiate.75

En juin 1953 le P.P.M proposa au gouvernement français de s'adresser

directement au peuple par voie de référendum, pour lui demander de déterminer la solution susceptible de résoudre le conflit.

En effet le conformisme du P.P.M fut plus grand que celui du PDMHL, dans les mois qui suivirent le coup de force du 20 août 1953 auquel il ne participa à aucun titre à

vrai dire le parti s'abstint depuis ce moment de toute activité notable, privé d'organe de

presse il lui était difficile de se manifester efficacement.76

74 Idem, page : 242.

75 Idem, page : 243.

76 Ibid, page : 244.

37

2-les partis politiques de la zone Espagnole et de Tanger :

a- le P.R.N :

Après les émeutes du7 et 8 décembre 1952, Torrès reçoit lui-même des messages

du sultan et il informe de son mieux les autorités Espagnole de ce qui se passe réellement à Rabat, mettant en exergue tout ce qui peut l'être pour exciter d'avantage leur amertume à l'égard des Français, de plus il noie l'ONU, la Ligue arabe, le Résident général sous une

pluie de télégrammes qu'il signe au nom de son parti ou fait signé par toutes les personnalités amies de sa connaissance.77

En effet Torrès était en correspondance suivie avec les familles des nationalistes marocains placés en résidence surveillée au Maroc français et l'interdiction de l'Istiqlal et l'arrestation de beaucoup de ses membres laissaient des places à occuper par des

nationalistes du P.R.N envoyés par Torrès en zone française. 78

Après la déposition du sultan, Torrès exposa que l'intention de la France était de tuer le sultan et que les musulmans ne devaient pas laisser perpétrer un tel crime et

devaient être prêts à donner leur vie l'ex-souverain.

Quelque mois plus tard le P.R.N s'occupa d'accueillir les nationalistes de l'Istiqlal qui s'étaient enfuis de Tanger après la reconnaissance du nouveau sultan par le mendoub

.Le 21 décembre 1953 Taib Bennouna et Mohamed Khatib furent arrêtés et emprisonnés

et les efforts de Torrès et de ces amis pour les faire libérer restèrent vains.79

b- le P.U.M :

Après que Mekki Naciri regagnait l'Egypte en décembre 1953, Ben Mehdi Zaidi

dirigeait le parti, mais en absence de son vrai leader l'activité du P.U.M était nulle en zone espagnole et assez faible à Tanger.80

En avril 1953 Zaidi était relevé de ses fonctions de secrétaire du P.U.M sur la demande du mendoub et c'est Moktar Ahardan qui a repris en main le parti.

77WOLF JEAN, Epoppée d'abdelkhalek Torrès, Paris, 1994, Page : 264.

78 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 234.

79Idem, page : 236.

80 Idem, page: 238.

38

Après la déposition du sultan, le mendoub interdit le journal Echaab, le P.U.M s'abstint de toute activité politique apparente et de contacts trop étroits avec ses anciens alliés du Front national marocain.

39

CONCLUSION DE LA PREMIERE PARTIE

L'histoire des partis politiques marocains d'avant l'indépendance semble être

d'avantage l'histoire de certains hommes que celle des organisations qu'ils contrôlent et qu'ils dénomment « parti »et la meilleure illustration de cette état de chose est la stabilité des cadres supérieurs à travers les vicissitudes, les interdictions et les changement d'étiquette.

De 1933 à 1953 ce sont Allal el Fassi, Mohamed Hassan el-Ouezzani, A.Balafrej,

Lyazidi, Abdelkhalek Torrès, Mekki Naciri restent les grandes vedettes des partis politiques marocains.

Pendant le protectorat le problème majeur des partis politiques marocains était le plus souvent l'absence de tout programme véritable et si le parti de l'Istiqlal avait pour programme l'obtention de l'indépendance il n'a en fait jamais élaboré de projet du régime politique qu'il entend instaurer après la reconnaissance de cette indépendance.

40

PARTIE II : LES PARTIS POLITIQUES DANS LE MAROC

INDEPENDANT :

Lors des pourparlers d'Aix-Les-Bains fin août 1955 malgré des propositions alléchantes du côté français, les nationalistes présents (Ben Barka, Bouabid, El Yazidi pour

le parti de l'Istiqlal, Ben souda, Boutaleb, Cherkaoui pour le PDI) ne transigèrent pas quant

au retour du Sultan. Ils imposèrent que les propositions arrêtées à Aix-Les-Bains soient soumises à l'aval de Sidi Mohammed Ben Youssef et que les négociations pour l'Indépendance s'organisent sous son égide et après son retour.81

La conjonction des insurrections marocaine et algérienne contraignit Paris, qui choisit de consacrer l'essentiel de son effort militaire à l'Algérie, à engager des

négociations avec le sultan Mohammed V. En 1955, à la suite d'actes terroristes, la France

se résigna finalement à accepter le retour du sultan au Maroc. Le 2 mars 1956 fut signée

une convention qui abolit le traité de Fès et reconnut l'indépendance du Maroc. Le statut de Tanger fut aboli (29 octobre 1956). L'ampleur des manifestations populaires obligea également l'Espagne à mettre fin à son protectorat, le 7 avril 1956. Après quarante-quatre

ans de tutelle étrangère, le Maroc retrouvait son indépendance et son unité.

Toute l'ambiguïté d'aucuns diraient l'originalité, du nationalisme marocain dans l'articulation du sacré et du politique, et qui faisait de la lutte pour l'indépendance un rassemblement populaire autour d'un programme minimum : la fin du protectorat.

Cette articulation est aussi celle d'un nationalisme populaire voire démocratique et d'un nationalisme monarchique et royal.

L'alliance organique et tacite des deux formes du nationalisme marocain traduisait

une unité face aux mutations profondes que provoquait la modernité occidentale dans sa version coloniale.

Elles étaient certes diversifiées de par leurs origines sociales, leurs expressions politiques ou leurs formes d'action mais s'unissaient quant au refus du "fait colonial ".

Mais depuis l'indépendance on assistera à une rupture de cette unité du mouvement national.

81 BOUAZIZ MUSTAFA,Au-delà de l'icône,le journal,n°231,p : 28

41

CHAPITRE I : LA RUPTURE DE L'UNITE DU

MOUVEMENT NATIONAL ET LES VOIES DE

RECONVERSION (1956-1973)

Vouloir retracer en quelques pages l'évolution du champ politique marocain

pendant les deux premières décennies de son indépendance relève de la gageure, surtout si l'on souhaite en souligner toutes les nuances.

Depuis les premières années de l'indépendance, la consolidation du multipartisme a ouvert les portes a une expérience de démocratie parlementaire où les partis seront les principaux

(et non les seules) acteurs.

SECTION 1 L'impossible parti unique : la redistribution des

forces (1956-1959)

Certes depuis l'indépendance, le parti de l'Istiqlal était incontestablement le parti

largement dominant et qui se considérait comme le représentant légitime de la majorité du peuple marocain, voire même, le PI était la seule force en mesure de rivaliser avec la Monarchie. Mais cette force venait en partie du fait que le PI s'identifiait à la Monarchie,

de laquelle, aux yeux des Marocains, il était difficilement dissociable.

Sans aucun doute, le PI a cherché à conquérir place presque exclusive dans le pays.

Dans une conférence faite le 16 octobre 1959, le leader Allal Al Fassi déclarait

que « si une nation choisit librement de constituer un parti unique, cela ne peut qu'assurer son bonheur et personne n'a le droit de l'obliger à créer artificiellement d'autres partis »82

Mais cette volonté du PI d'occuper seul la scène politique menaçait la monarchie qui va fortifier les partis existant et appuyer la création de nouveaux.

82 DARIF MOHAMED,ala hzab assiyassiya a lmaghribiya ,Casablanca,1ère édition ,p : 73

42

SOUS-SECTION 1 : Le PI entre le parti dominant et l'aspiration

au parti unique

Placés dans une situation d'associés-rivaux, le Roi et l'Istiqlal vont se livrer

durant les premières années de l'indépendance à une confrontation dont l'enjeu est à la fois

le contrôle de l'appareil d'état et la conquête du leadership politique.83

En suivant le parcours du PI entre 1956 et 1959,on constate qu'il était obsédé par une seule volonté,qu'est celle de constituer un parti unique,arrivera t-il à sa finalité ?

1 : Le parti de l'Istiqlal : parti dominant

Lorsque le Maroc a eu son indépendance, il vivait dans une réalité partisane

multiple que la France a consacrée avec les pourparlers d'Aix les bains.

La représentativité du PI, qui voulait passer pour le parangon du patriotisme est

mise en cause par d'autres formations politiques qui lui-même reconnaissait leur légitimité

et coordinat avec plusieurs entre eux depuis avril 1951 par le biais du Front National

Marocains.

La réalité effective du multipartisme au Maroc a obligé le PI à accepter de participer au premier gouvernement cohérent comme choix transitoire même s'il avait déclaré lors de ses rencontres avec Mohammed V qu'il voulait former un gouvernement à lui seul et que selon Allal Al Fassi participer à un gouvernement cohérent ne serait qu'un

`'sacrifice `' du PI.84

L'Istiqlal qui n'a pu faire aboutir ses revendications d'un gouvernement

`'homogène'' va accepter de participer un premier gouvernement présidé par Mbarek Bakai entre le 07/12/55 et le 11/05/56 en coalisions avec le PDI, le PLD et les Libéraux avec dix postes ministériels dont le ministère de l'extérieur, la justice, le commerce et l'industrie et le ministère de l'éducation.

Le parti va accepter de même la participation dans le deuxième gouvernement

présidé par le même Bakai entre le 28/10/56 et le 11/05/58 avec le PLD et les Libéraux

après le refus du PDI de participer faute du nombre des portefeuilles ministériels accordés au parti qui selon lui ne convenait pas à sa taille réelle.

83 SUNTUCCI.J, L'évolution politique du Maroc indépendant de 1956 à 1970, (www.yassar.freesurf.fr)

84 Idem

43

Lors du 2eme gouvernement, le PI va prendre la direction du ministère de l'intérieur. L'acquisition de ce poste stratégique par le PI va lui pousser au 2eme plan, qui n'est autre que l'installation du parti unique.

2 : Le parti de l'Istiqlal a la recherche du parti unique

La volonté du PI à installer le parti unique est exprimée d'une part par sa pression

sur les autres formations politiques et d'autre part par ses revendications pour un gouvernement homogène.

a) Lutte contre les autres partis : PDI, PCM, PLI

Depuis la déclaration de l'indépendance, le PI a cherché à dissoudre plusieurs partis dans ses rangs, dans ce contexte vient l'intégration du « parti de reforme national

PRN » en 1956, mais le parti de Allal Al Fassi n'a pu convaincre tout les partis de la même conception ce qui oblige le PI a procéder à des offensives contre les partis opposés à son choix stratégique.

a1- La lutte contre le PDI :

Certes le PDI était la seule force partisane concurrente au PI car du moment où le

PI a procédé à l'intégration du PRN, le PDI a précipité à intégrer de sa part -dans le but d'élargir sa base- le parti du Maroc libre.

Depuis l'indépendance, le PDI a procédé à la réorganisation de ses structures et à l'élargissement de ses zones d'influences dans toutes les villes du Royaume ainsi que dans quelques zones rurales telles que la Chawiya.

En 1956, le nombre des militants du PDI était estimer à 150 milles adhérents.85

Cette force du PDI lui a fait place dans le premier gouvernement marocain avec cinq honorables postes ministériels.

C'est donc pour ces raisons, que le PI a procédé à stopper le PDI et à profiter de l'occasion de l'obtention du ministère de l'intérieur en la personne de Driss Mhammdi

pour entamer à une série de détention au sein du PDI qui a obligé le secrétaire général du

85 JEAN et SIMONE LACONTE, Le Maroc à l 'épreuve, Paris, éditions du seuil, 1958, p : 158

44

PDI M.H.Ouezzani à présenter plainte au roi pour demander l'arrêt des excès autoritaires du PI.

a2- lutte contre le PCM et le PLI :

Les principes communistes du PCM étaient la cause des ennuis du PCM avec le PI.

En effet, depuis « la marocanisation » du parti communiste en 1945, le PI a exprimé sa non reconnaissance à la marocanité du PC, encore plus le pacte de la

constitution du Front National Marocain FNM en avril 1951 entre le PI, PDI, PRN et PUN

énonçait dans son article 8 : « les partis signataires de ce pacte s'engagent à ne pas accepter

la constitution d'un front uni avec les communistes marocains ».86

De sa part, le parti des libéraux indépendants était crée en 1943 par Ahmed Reda

Guedira après sa rencontre avec quelques personnes comme Rachid Mouline fils du ministre des habous dans les années quarante et le Fqih Regragi.

Le PI trouvait que le PLI avait un aspect et une idiologie monarchique et allait procéder à son élimination depuis la fin de l'année 1957.

Les fruits des multiples attaques du PI seraient le rejet du PLI lors de constitution du 3eme gouvernement.

b) Les revendications pour un gouvernement homogène

Dès le début de l'année 1958, le PI va adresser une lettre de démission des

ministres istiqlaliens du gouvernement au Roi plaignant de la non neutralité des opinions et décisions du chef de gouvernement Driss Bakai et incitant le Roi à constituer « un gouvernement comprenant des membres veillant, capables de préserver l'unité du pays et

d'assumer leurs responsabilité ».87

C'est ainsi que le PI a réussi à exploser le deuxième gouvernement et à prendre en

12/05/1958 la direction du 3eme gouvernement qui sera confié à son secrétaire général, Ahmed Balafrej. Le poids de l'Istiqlal se voit conforté par la présence au Ministère de l'Economie nationale de l'un de ses leaders, A. Bouabid, mais les postes clés, notamment

86 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques marocains, Paris, Armand Colin, 1955, p : 192

87 DARIF MOHAMED, alahzab assiyassiya alma ghribiya , Casablanca, 1ère édition, 2001, p : 78

45

de l'intérieur et la Défense nationale, restent entre les mains de personnalités politiques choisies par le roi, «indépendantes» ou qui lui sont fondé sur un compromis qui va attiser

les dissensions internes du parti entre les partisans de la participation et ses adversaires, qui

la conditionnent à la pleine possession de tous les instruments du Pouvoir, et à une définition plus restrictive des prérogatives royales. Privé du contrôle de la Police et de l'Armée, ce gouvernement se révèle incapable de réagir devant la rébellion qui se produit

dans le Rif et les Zeuzères, tandis que se développe une vague de grèves déclenchées par la centrale syndicale, l'UMT. A ces difficultés qui servent de prétexte à la démission de A. Bouabid s'ajoute le durcissement des clivages internes du parti qui opposent une direction jugée conservatrice et traditionaliste, aux éléments progressistes rassemblés autour de

l'UMT, qui aspirent à des réformes économiques plus fondamentales et à une démocratisation des structures internes.

Le cabinet Balafrej condamné à l'impuissance, se retire en décembre 1958, pour laisser la place à une gouvernement présidé par Abdallah Ibrahim, représentatif de cette

aile «gauche» de parti, mais contraint également de cohabiter avec des personnalités favorables au Palais.88

Dans cet enjeu de contrôle de l'appareil d'état et de la conquête du leadership politique, le palais a aussi ses choix stratégiques.

SOUS-SECTION 2 : Les choix de la monarchie : Consolidation du

Multipartisme.

Pour le palais, il n'était pas question de se livrer à la stratégie du PI, c'est pour

cela qu'il a procédé à consolider le multipartisme mais avant il était contraint de préparer un cadre politique et juridique à ce multipartisme.

1 : Le cadre politique et juridique du multipartisme

Le palais a procédé à la consolidation politique du multipartisme par deux facteurs :

88 SANTUCCI.J, L'évolution politique du Maroc indépendant de 1956 à 1970, (www.yassar.freesurf.fr)

46

a) La constitution du Conseil National Consultatif

CNC :

Le conseil national consultatif est crée en 3 août 1956 par un dahir, le CNC était une traduction à la volonté royal a tenir à ces engagements de constituer une monarchie constitutionnelle.

La fonction du CNC selon son 1er article est consultatif c'est-à-dire ni législative

ni réglementaire.

Le conseil était constitué de représentatives de formations politiques, économiques, sociales et culturelles.

Mais ce qui nous intéresse ici est que les formations politiques étaient

représentées par 22 membres dans 10 pour le PI, 6 pour le PDI et 6 pour les indépendants.

b) La manière de constitution des gouvernements :

Comme on a pu voir avant, le palais faisait toujours en sorte que les formations politiques soient représentées dans les gouvernements.

C'est ainsi que dans le 1er gouvernement, en plus du PI, siégeaient des

représentants du PDI et PLI.

Dans le 2eme gouvernement siégeaient le PI et le PLI.

Même dans le 3eme gouvernement homogène siégeaient deux indépendants en plus que ce gouvernement n'était pas livré au PI mais à Ahmed Balafrej qui était un allié

au Roi plus que Secrétaire général du PI.

Ce même 3ème gouvernement qu'on croyait homogène ne l'était pas du tout, encore plus, il a participé à faire paraître les contradictions internes du PI.

Le palais a profité de l'existence de courants confrontés au sein du PI pour élargir

la marge entre eux et obliger le parti à accepter le multipartisme, ainsi la nomination de Abdallah Ibrahim en 04/12/58 à la tête du 4eme gouvernement vient dans ce contexte. Le palais a consolidé ce multipartisme aussi par la publication de plusieurs lois

depuis 1958 qui renforce le multipartisme d'où le fameux Dahir du 15 décembre 1958 sur les libertés publiques.

47

2 : la consolidation du multipartisme

La création du mouvement populaire MP en 1959 et de l'union nationale des forces

populaires dans la même année marque la fin de l'utopie istiqlalienne de constituer un parti unique.

a) La création du MP :

Quand en octobre 1957 est annoncée la constitution de mouvement populaire, le PI

dénonce avec énergie la création de `'partis artificiels qui ne peuvent que servir de refuge aux collaborateurs notoires et aux féodaux''.89

Le PI impose même l'interdiction du nouveau parti accusé de n'être que

l'instrument des complices du gouverneur rebelle Addi ou Bihi et s'oppose au dahir sur les libertés publiques privant d'autres partis de la possibilité de se constituer.90

Mais la réponse du palais ne va pas tarder, avec la publication du dahir du 15 novembre

1958, la constitution des partis politiques au Maroc sera garantie.

C'est ainsi et conformément au même Dahir, Ahardan va déclarer en février 1959 la constitution officielle du mouvement populaire. Le Roi va recevoir aussitôt Ahardan et son compagnon le docteur Al khattib.

Le congrès constitutif du MP se déroulera en Décembre 1959 où le parti déclare qu'il combattra la dictature partisane et l'installation d'un socialisme islamique, et que le chemin vers le socialisme islamique est la monarchie constitutionnelle. Le MP demande pour la même occasion d'élire un conseil constitutif chargé de rédiger une constitution démocratique pour le pays.

Porteur d'idéologie berbériste et rural, l'enjeu principal du MP était de faire -en étroite liaison avec le palais- contrepoids à la bourgeoisie citadine de l'Istiqlal.

C'est pourquoi le MP va participer au 5eme gouvernement formé le 24/05/1960 et présidé par Mohammed V.

89 BELHAJ.A, Les partis politiques marocains dans le Maroc indépendant, Thèse de Doctorat en Droit

Public, Paris, 1975 p : 81

90 SANTUCCI.J, L'évolution politique du Maroc indépendant de 1956 à 1970, (www.yassar.freesurf.fr)

48

b) La création de L'UNFP ou la fin du rêve istiqlalien

Le gigantisme du PI, n'était pas un signe de parfaite santé, sa faiblesse venait en premier lieu de l'antagonisme des tendances groupées en son sein.91

Effectivement le PI était une sorte de « front » où trois principales tendances peuvent être distinguées et individualisées. La résistance et l'armée de libération groupées dans le conseil national de la résistance crée en Novembre 1955,la classe ouvrière

organisée dans le syndicat de l'union marocaine de travail UMT et enfin la direction conservatrice où était représenté la première génération du mouvement national.

En effet,la direction conservatrice désignés pas des procédées autocratiques

comprenait des dirigeants -dont beaucoup étaient déjà a la tête du mouvement national depuis les origines comme Allal Fassi,Balafrej ou Lyazidi - qui constituaient,au début, la seule élite citadine bourgeoise susceptible de prendre la direction du mouvement.

Mais les émeutes de décembre 1952 qui provoquent l'interdiction du PI permettent à des dirigeants de la base de prendre la direction de la lutte sur laquelle les dirigeants traditionnels ne peuvent plus désormais exercer aucun contrôle.

Il paraissait des lors évident qu'un problème d'une extrême gravité allait se poser dès le lendemain de l'indépendance résultant de la disparité entre les masses du parti et sa direction.

La création de l'UMT le 20 mars 1955 concrétise le courant syndical dans le parti. Dès l'indépendance, l'UMT siège dans la commission politique du PI où, en

attendant la réorganisation sans cesse ajournée du parti, on avait accueilli également les représentants de la résistance.

Depuis la création de la commission politique du PI -qui n'avait autre but que d'éloigner le courant du syndicat et celui des représentants de la résistance du comité exécutif du parti-, on pouvait considérer qu'il avait plus qu'un seul parti mais deux : le PI

« comité exécutif » et le PI « comité politique ».92

Le 25 janvier 1959, Mehdi Ben Barka poussé par la nature de ses réflexions et ses orientations, crée la Confédération National du ·Parti de l'Istiqlal CNPI dans laquelle

Ben Barka voyait « le véritable visage du Maroc militant » où se regroupe ce qu'on peut

91 BELHAJ.A, Les partis politiques marocains dans le Maroc indépendant, Thèse de Doctorat en Droit Public, Paris, 1975 p : 102

92 DARIF MOHAMED, alahzab a ssiyassiya alma ghribiya, Casablaca, 1ère édition, 2001, p : 99

49

appeler la gauche, tous ceux qui aspirent au changement économique et sociale en faveur des masses.

Depuis, beaucoup d'éléments des autres formations politiques (PDI, LI, MP) qui partageaient cet idéal vont adhérer le CNPI.

Le 6 septembre 1959, la CNPI -qui avait l'allure d'une grande formation dirigée par des hommes brillants et soutenue par le mouvement de résistance et la classe ouvrière-

se réunit et se proclame « UNION NATIONAL DES FORCES POPULAIRES ».

Beaucoup d'auteurs pensent que le rôle du roi dans la scission a été important,bien qu'évidemment clandestin ,d'autres auteurs de renommé comme J.Waterbury considère

que l'essentiel de la scission est causé par un développement de segmentation provenant de l'intérieur du Parti.93

En tout cas la constitution de l'UNFP marque le gain de l'enjeu des emplacements par la monarchie au détriment du PI.

La monarchie qui va à partir de 1960 et suite à la démission du gouvernement de

Abdallah Ibrahim inaugurer une nouvelle ère de démocratisation où le multipartisme serait un aspect fondamental.

93 BELHAJ.A, Les partis politiques marocains dans le Maroc indépendant, Thèse de Doctorat en Droit

Public, Paris, 1975 p : 125

50

SECTION 2 : les partis politiques et l'expérience de la démocratie

parlementaire (1960-1973)

Entre 1960 et 1973, le Maroc a vécu deux phases politiques successives, ainsi on

peut avancer qu'entre 1960 et 1965 le pays a connu une transition démocratique ou du moins a recherché une « démocratie minimale ». Mais depuis 1965 et jusqu'à 1973 le

Maroc s'est lancé dans une nouvelle phase marquée par son contexte plus idéologique que politique avec la naissance d'une nouvelle gauche comme principal aspect.

SOUS-SECTION 1 : L'expérience démocratique (1960-1965)

En retour vers le 4ème gouvernement de Abdallah Ibrahim (1958-1960), on ne peut

nier l'apport de ce conseil qualifié comme la « première alternance »94 au royaume.

Ce gouvernement jettera les premiers fondements en particulier économiques du Maroc moderne : sortie de la zone franc, fondation de la CNSS, négociations des départs des bases américaines...

Ces réalisations auront lieu dans un climat politique plutôt agité et difficile, en

effet, ce gouvernement progressiste avait à faire avaliser la dure réduction de l'insurrection du rif et des troubles du moyen Atlas, l'interdiction du parti communiste ainsi que l'arrestation de personnalités de « la gauche » marocaine et la liquidation de l'armée de

libération entraînées par l'affaire du complot contre la vie du Prince Moulay Hassan.95

Mais la séparation entre l'Istiqlal et la mouvance qui constituera l'UNFP sera l'événement qui créera des fissures graves dans ce gouvernement car cette dernière formation politique représentée dans le conseil était déterminée à dénoncer certaines

tendances absolutistes du régime et résolue à s'attaquer aux privilèges de certaines par des

reformes de structures.

C'est ainsi qu'en 25/05/1960, le Roi Mohammed V se décidait-il sous la pression

de l'Istiqlal et du cabinet Royal, à dissoudre le gouvernement A.Ibrahim et à assurer en personne les fonctions de président du conseil où siègent le Prince héritier en tant que vice- président et Ministre de la défense, le PI avec 10 ministres dont Abdelkhalek Torres

94 Site officiel de l'USFP, (2006), A.Ibrahim n'est plus

95 SANTUCCI.J, L'évolution politique du Maroc indépendant de 1956 à 1970, (www.yassar.freesurf.fr)

51

comme Ministre de la justice, le MP en la personne de Abdelkrim Khattib comme Ministre

du Travail et des Affaires Sociales et enfin les indépendants avec 5 Ministres dont Mbarek

Bakaî comme Ministre de l'intérieur.

La constitution du 5ème gouvernement allait marquer une césure importante dans l'histoire politique du Maroc contemporain dans la mesure où on assiste à un effacement

de la fonction traditionnelle et arbitrale du Roi, au profit d'un rôle de chef politique et partisan, « le Roi refuse de remplir la tâche qui est naturellement la sienne, d'être l'arbitre qui aurait dû se situer au-dessus des partis et qui s'est transformé en chef d'une coalition d'intérêts ».96

Dans un discours devant le peuple le 24/05/1960 Feu Mohammed V a exprimé sa

volonté de démocratiser le pays et Etablir une constitution avant la fin de 1962.97

Le Roi est décédé le 26/02/1961 mais son successeur le Roi Hassan II va exécuter

la promesse de son père en établissant une constitution approuvée par le peuple par le referendum du 07/12/1962 permettant au pays d'accéder à la première expérience parlementaire. Mais cette expérience va être interrompu avec le déclenchement du Roi de l'état d'exception en 07/06/1965 conformément à l'article 35 de la constitution.

1-LES PARTIS POLITIQUES FACE A LA

CONSTITUTION DE 1962

La nouvelle expérience démocratique,la première dans l'histoire du

Maroc,marqué par l'installation de la première constitution,aura sans doute des percutions sur les partis politiques marocains d'abord dans leurs positionnement vis-à-vis de la

nouvelle constitution mais aussi dans leurs visions par rapport à cette expérience dans son intégrité.

Sur les problèmes constitutionnels,deux attitudes s'affrontent,d'une part celle de

l'UNFP et d'autre part celle du Souverain sur laquelle s'alignent les autres partis politiques

à l'exception du PCM et (d'un degré moins) le PCD.

96 Interview avec Ben Barka.M et Bouabid.A , Jeune Afrique,8-14 Avril 1963

97 DARIF MOHAMED, alahzab assiyassiya alma ghribiya , Casablaca, 1ère édition, 2001, p : 111

52

a) L'adoption de la constitution : LE PARTI DE LA CONSTITUTION DEMOCRATIQUE (PCD)

1962.

Dès Mai 1960, Mohammed V avait promis une constitution pour la fin de l'année

En s'inspirant du modèle français,il institua,par Dahir du 3 novembre 1960, le

conseil constitutionnel pour élaborer un projet qui sera par la suite soumis à un referendum populaire.

Les membres de ce conseil étaient choisis par le Roi `'en raison de leur compétence et de leurs qualités''. L'UNFP refusa d'y siéger par fidélité et sa position de principe.

Les représentants du PI étant majoritaires, c'est Allal Al Fassi qui est élu à la présidence.

Mais il sera récusé par les représentants du MP et du PCD qui en se retirant, condamneront le conseil constitutionnel à l'inaction.

Dans ce contexte, vient la création du PARTI DE LA CONSTITUTION DEMOCRATIQUE (PCD).

En effet, à cause de l'affaiblissement du PDI par la politique du PI depuis 1956 et

la création de l'UNFP qui va attiré beaucoup de `'chouriyinnes'' (partisans de la choura),

et devant le nouveau contexte politique national se dirigeant vers une démocratisation du pays, M.H.Ouazzani a choisit de transformé le parti démocratique et de l'indépendance

« hizb choura wa Istiqlal » au parti de la constitution démocratique en Janvier 1960.98

Le PCD a participé au Conseil Constitutionnel, mais s'est vite retiré pour exprimer son opposition catégorique à cette constitution et a appeler à boycotter le referendum à travers le journal du parti : « la constitution ».

L'UNFP revendiquait que la constitution doit porter une solution réelle et garantie

au problème de la séparation des pouvoirs où opérait un partage correct des pouvoirs et définissait avec précisons les attributions respectives des différents organes.

Dès avant son 2ème congres, l'UNFP avait pris la décision de boycotter cet

événement.

Quant au PI, il a appuyé à fond le projet de la constitution préparé par le

Souverain, réuni le 15 novembre, le lendemain du discours Royal où le Roi a recommander

98 DARIF MOHAMED, alahzab a ssiyassiya alma ghribiya, Casablaca, 1ère édition, 2001, p : 113

53

l'adoption de la constitution, le conseil national du parti décide à l'unanimité voter `'oui''

pour cette constitution considérée comme un pas vers un régime démocratique véritable.99

Le 14/12/1962, le Roi soumet à l'approbation du peuple marocain, un projet de constitution qui sera approuvé par 97% des votants (84% des inscrits).

Fortifié par son statut de monarchie constitutionnelle et le visage avenant de ce texte, le palais peut se passer de l'Istiqlal.100

Les ministres du parti sont poussés à la démission le 27 Janvier 1963.

Ce départ permet au Palais de chasser le parti du bastion du ministère de l'économie, d'améliorer ses relations avec ses voisins, mises à mal par le nationalisme du

`hizb' et de doter le pays d'une opposition modérée dans la perspective des élections futures.

Le PI ainsi passe à l'opposition pour près de 15 ans.101

Cette constitution confirme donc,au-delà de la reconnaissance formelle d'une monarchie constitutionnelle dans un cadre parlementaire et pluripartisan,la prééminence politique du Souverain et la suprématie institutionnelle de la monarchie.

Mais la monarchie avait néanmoins d'un appui politique partisan pour faire face aux élections de 1963 et c'est dans ce cadre où se crée le FDIC.

b) L'appui aux institutions : FDIC, PSD

Ahmed Reda Guedira était Directeur du cabinet du Prince héritier et vice

président du conseil après le renvoi des progressistes du gouvernement, il assume en outre, après l'avènement de Hassan II les responsabilités de ministre de l'intérieur et de l'agriculture.

Représentant la bourgeoisie libérale et moderniste, ARG a participé à la rédaction de la première constitution marocaine.102

Aux élections de 1963 (les premières dans l'histoire du pays), Hassan II se concerte avec Guedira omnipotent. Les deux hommes imaginent le concept du

99 BELHAJ.A, Les partis politiques marocains dans le Maroc indépendant, Thèse de Doctorat en Droit

Public, Paris, 1975 p : 207

100 Idem, p : 208

101 VERMEREN.P, Histoire du Maroc depuis l 'indépendance, 1ère édition, 2002, p : 72

102 BELHAJ.A, Les partis politiques marocains dans le Maroc indépendant, Thèse de Doctorat en Droit

Public, Paris, 1975 p : 215

54

FDIC (FRONT DE DEFENSE DES INSTITUTIONS CONSTITUTIONNELLE), un véritable `OVNI ' politique.103

Sans être réellement un parti, le front - qui regroupe le MP, le PCD (et là on remarque les contradictions de ce parti) et les libéraux -, se présente aux élections de 1963 faisant contrepoids a l'opposition (PI et UNFP).Il en sort ex-aequo avec l'opposition avec

69 sièges pour chacun.

Cet échec partiel du FDIC va peser sur la cohésion interne du rassemblement, et sur ses rapports de confiance réciproque avec le Roi.

R.Guedira en fera les frais en perdant son portefeuille de Ministre de l'Intérieur.

En janvier 1964, et en réponse aux revendications de ces adhérents, le mouvement populaire s'est retiré du FDIC. Cet événement va marquer la mort de ce front.

Devant la nouvelle situation et recherchant une majorité gouvernemental, R

Guedira était contraint de créer LE PARTI SOCIALISTE DEMOCRATIQUE le 14 Avril

1964 et proposait un programme similaire à celui du `'front'' mais la nouvelle institution ne trouvera aucun soutien et trouve l'échec dans l'établissement d'une majorité parlementaire stable, avant de se retrouver au néant, sa mission étant terminée.

2: Le déclin de l'expérience parlementaire

Les premières législatives de l'indépendance qui rappellons-le a été marquée par

une défaite cinglante au FDIC ne passera pas sans causer de grandes entraves au

`'poccessus démocratique souhaité'' au Maroc.

En effet et sous la pression du Mouvement Populaire,la majorité monarchiste va s'éffriter d'elle-même,ouvrant ainsi la porte devant l'opposition qui va utiliser le parlement comme une tribune politique et va harceler le gouvernement au nom des droits du

parlement.

A partir du 28/07/1963,cinq scrutins électoraux doivent déterminer la composition de la seconde chambre du parlement.

Ayant perdu le contrôle de la premiere chambre,le pouvoir est décidé à arrêter le processus.

Convaincu de la nécessité de démanteler l'opposition de gauche,le pouvoir va procèder suite à des informations de complot contre le Roi à arrêter le 16 Juillet 1963

103 BOUKHARI.K et KSIKES.D, Hassan II et les politiques, telquel, n°171

55

environ 5000 milittants de l'UNFP et du PCM, 102 entre eux sont accusés d'atteinte à la sûreté de l'état,parmis lesquels Fqih Bassri condamné a mort,de même que M.Benberka, M.Bensaîd, Hamid Berrada et Cheikh Al Arab,condamnés par contumace.104

Plusieurs entre ces socialistes pourchassés lors du complot se réfugient à Alger.

Sur le plan économique,le Maroc s'engage dans une décennie de stagnation de croissance à contresens de la tendance mondiale,y compris pour les pays du tiers monde.De plus,les carences du developpemet sont énormes.

En mars 1965 et suite à une circulaire de l'éducation nationale,qui limite le

passage du premier au second cycle de l'enseignement secondaire,des milliers de lycéens rejoignés par des parents d'élèves,de jeunes chômeurs et autres pauvres des bidonvilles,déclenchent le 23 mars une émeute qui tourne à l'insurecction.

Au-delà des dégâts humains (plus de 15000 morts selon Boukhari),les

conséquences politiques de l'événement sont très importantes.105

Le Roi prend langue avec l'opposition, ainsi L'UNFP exige la dissolution du parlement et de nouvelles élections,tandis que la Majorité parlementaire se divise.

Le 7 juin 1965 le Roi proclame l'état d'exception,renvoya le parlement et promet une révision constitutionelle.

Le Maroc vient de s'engager dans une phase de pouvoir personnel pour plus de

cinq ans.

Ce tournant signifie la victoire définitive du palais sur le mouvement national.106

104 VERMEREN.P, Histoire du Ma roc depuis l'indépendance, 1ère édition, 2002, p83

105Idem ,p87

106 Op.cit,p87

56

SOUS-SECTION 2 :L'état d'exception : Ajournement d'une

expérience parlementaire

L'état d'exception avait des percussions importantes sur beaucoup de partis

politiques.

Non seulement elle a mis fin au PSD de Guedira mais aussi a fait surgir des contradictions internes au sein du MP causant sa scission et a poussé le PCM à `'baisser le ton''.

De même, la création de la Koutla démocratique en 22 juillet 1970 est parmi les plus importants des résultats de cette phase.

1 : Les conséquences de l'état d'exception sur les Partis

Politiques

a) le Mouvement Populaire Démocratique

Constitutionnel : MPDC

Crée officiellement deux mois après la constitution de l'UNFP, le Mouvement populaire a tenu son congrès constitutif à Rabat le 9 Novembre 1959, soit six mois environ avant les premières élections municipales.

De la scission du PI,il a bénéficié,mais beaucoup moins que l'UNFP,en récupérant

un certain nombre de résistants qui ont suivi le Docteur Khattib,ancien chef de l'armée de libération,ce dernier dirigera avec Mahjoubi Ahardane,le parti qui veut exprimer essentiellement le mécontentement rural et notamment berbère.

L'opposition de Docteur Khatib à la décision de l'état d'exception n'a pas plu à

Ahardane qui avait exprimé devant le comité central du parti le 12/06/1965 son approbation à la participation au gouvernement dirigé par le Roi lui-même.

La décision d'Ahardane a poussé Dr.khattib et un certain nombre du comité central à se réunir le 07/10/1965 à Rabat et d'élire Dr.khattib comme secrétaire général succédant à Ahardane.

57

Mais la réponse de ce dernier ne fut pas attendre en renvoyant Dr.khattib de sa formation.

Ainsi, Docteur Dr.khattib crée en Février 1967 le MPDC.

b) le Parti de libération et socialisme : le PLS

Quoiqu'il en soit suspendu par décret signé par A.Ibrahim, le PCM va faire l'objet

le d'une requête aux fins de dissolution déposée le 22 septembre 1959 devant le tribunal moderne de casablanca.107

Le 28 Mai 1964, par arrêt de la cour suprême, l'interdiction du Parti communiste est désormais définitive.

Dissous, le PCM n'a pas participé en tant que tel aux élections législatives de

1963, sa proposition d'un front commun de l'opposition a été rejetée.

En 1965, le PCM n'a pas critiqué la décision du Roi ni protesté contre l'état d'exception car pour ce parti la constitution octroyée n'a rien à voir avec la démocratie car elle ne reconnaît pas au peuple le droit d'exercer sa souveraineté.108

En 1966, lors de son 3ème congrès, le PCM a décidé de se transformer en une

nouvelle formation politique : le PLS (PARTI DE LIBERATION ET DU SOCIALISME).

Présenté comme un instrument nouveau, effectivement adapté à la réalité

nationale, accueilli avec sympathie par les uns, surprise et méfiance pour les autres, le PLS

se définit comme un `'Parti Progressiste et Révolutionnaire'' et déclare qu'il s'adresse particulièrement à la classe ouvrière, à la paysannerie pauvre, aux intellectuels et à la jeunesse.109

Contrairement aux statuts du PCM qui faisaient de l'étude et l'approfondissement

du Marxisme-léninisme l'un des devoirs essentiels du militant, ceux du PLS sont muets à cet égard, mais associent le socialisme scientifique aux valeurs morales et spirituelles empruntées à l'esprit démocratique et révolutionnaire du peuple marocain et à la civilisation arabo-islamique.110

107 BELHAJ.A, Les partis politiques marocains dans le Maroc indépendant, Thèse de Doctorat en Droit

Public, Paris, 1975 p : 226

108 DARIF MOHAMED, alahza b assiyassiya almaghribiya, Casablaca, 1ère édition, 2001, p : 119

109 BELHAJ.A, Les partis politiques marocains dans le Maroc indépendant, Thèse de Doctorat en Droit

Public, Paris, 1975 p : 257

110Idem,p : 259

58

La création du nouveau parti n'a pas relié l'unanimité des militants de l'ex-PCM, une minorité s'est prononcée contre cette création préférant le maintien de la semi clandestinité dans laquelle vivait le parti communiste depuis 1960.

2 : La Koutla nationale entre deux constitution 1970-1972

En 1970, le Roi juge souhaitable de mettre fin à l'état d'exception en procédant à

une révision constitutionnelle qui en soit en quelque sorte la codification.

Le 24 juillet utilisant les pouvoirs exceptionnels de l'article 35, le Roi soumet à l'approbation populaire un nouveau projet de constitution dont la procédure d'élaboration

et le contenu soulèvent une protestation unanime des partis d'opposition. Jugé illégal, selon certaines interprétations juridiques de la constitution de 1962, et dénoncé par la plupart des organisations politiques et syndicales à l'exception du MP et PDC, ce referendum prend la dimension d'un véritable plébiscite, dont les résultats (98,70% de oui) ne paraissent pas traduire « l'expression libre et sincère d'un opinion populaire ».111

Cette nouvelle constitution comporte certaines innovations dans l'organisation des

pouvoirs publics, qui puisent leur justification dans le nouveau rapport de forces entre les partis et le Roi, entériné par l'état d'exception.

Pour réagir face à cette situation délicate, l'UNFP et le PI décidaient le 28 juillet

de créer une comité nationale (Al Koutla al wataniya) appelé à réaliser leur unité d'action sur la base d'une charte définie par leurs instances dirigeantes.

Ils refusent de participer à des élections législatives qui s'annoncent, selon eux,

comme la répétition d'une pure fiction démocratique, illustrée par le récent référendum.112

La décision de boycotter les consultations des 21 et 28 Août sera suivie par toutes les formations politiques et syndicales, à l'exception du MP qui obtient 60 sièges. Les candidats sans appartenance remportent 159 sièges sur les deux scrutins, ce qui assure le pouvoir d'une majorité confortable. Pour compléter le caractère fictif de ce « changement démocratique » le Roi ne prendra même pas la peine de nommer un nouveau

gouvernement qui soit issu des élections, il se limitera à remanier légèrement le ministère

formé en juillet 1967 et dirigé depuis 1969 par le Docteur A. Laraki.

111 BELHAJ.A, Les partis politiques marocains dans le Maroc indépendant, Thèse de Doctorat en Droit

Public, Paris, 1975 p : 153

112 VERMEREN.P, Histoire du Ma roc depuis l'indépendance,1ère édition, 2002,p : 34

59

La vie politique parait désormais absente de rouages parlementaires, concentrée autour du palais.

La répression s'accentue contre l'opposition groupée au sein de la Koutla.

Mais après les événements du coup d'état manqué du 10 juillet 1970,le Roi fait d'une part une autocritique en Août et nomme un gouvernement sensiblement différent du précédant dirigé par Karim Lamrani à la tête d'une équipe plus réduite mais disposant de pouvoirs plus étendus. D'autre part le Roi reprend le dialogue avec l'opposition avec deux

de ses dirigeants Al Fassi et Bouabid.

Le 17 février,le Roi annonce l'ouverture d'une compagne référendaire autour d'un projet de révision constitutionnelle sur lequel le peuple aura à se prononcer le 1er mars,la Koutla prend le parti de l'abstention jugeant que les élections sont constamment truquées.

Le projet est largement adopté (98% de oui), en dépit des contestations soulevées par les milieux de l'opposition.113

Néanmoins, les nouvelles dispositions de cette 3ème constitution pouvaient tenter

les partis d'opposition de sortir de leur réserve et les inciter à jouer le jeu d'une expérience qui se voulait libérale.

En effet, par rapport au texte de 1970, le parlement se voit réhabilité et le gouvernement doté d'un rôle et de responsabilités politiques plus importantes.

Le 4 avril 1972, le Roi charge K.Amrani de former un nouveau gouvernement,

des contacts sont pris avec les dirigeants de la Koutla mais ceux-ci refusent ne voulant pas cautionner un programme qu'elle dénonçait.

Encore une fois, après les attentats du 16 août, le Roi tente de dialoguer avec l'opposition mais celle-ci est affaiblie par ses divisions internes depuis la crise de Juillet.

En effet,depuis le 30 juillet,l'UNFP est divisée en deux tendances,l'une de Rabat,impulsée par les jeunes cadres tels que El Yazghi,Omar Benjalloun et coiffée par A.Bouabid ,l'autre de Casablanca animée par A.Ibrahim et M. Ben Seddik. L'origine de la crise est une décision de la commission administrative du 30/07 mettant fin au bureau politique et au secrétariat générale du parti.

Le 10 août,A.Ibrahim dans une lettre adressé à Allal Fassi annonce que la

participation de l'UNFP dans la Koutla est suspendue à titre provisoire,tandis qu'en septembre il est suspendu par la C.A du parti.

113 VERMEREN.P, Histoire du Maroc depuis l 'indépendance, 1ère édition, 2002,p : 36

60

Les années 1971 et 1972 apparaissent comme des années difficiles et pour le palais que pour l'opposition. Mais depuis 1973 le champ politique marocain va rentrer dans une nouvelle ère marquée surtout par la recherche d'une unanimité nationale.

61

CHAPITRE II : DU CONSENSUS

A L'ALTERNANCE (1973-1999)

Introduction : La recherche de l'unanimité nationale 1973

L'année de 1973 avait été surtout marquée par la révision du code des libertés

publiques et la relance économique et sociale.

En effet, les coups d'états marqués de juillet 1971 et août 1972 ont beaucoup pesé certainement dans la décision des pouvoirs publics de restaurer un nouvel « ordre moral »

et de remanier les textes de 1958 dans un sens plus restrictif.

Par rapport au texte initial, la référence constante au maintien de l'ordre public domine désormais toute la réglementation de l'exercice des libertés.

Ainsi, aux termes de cette nouvelle législation apportée par les trois dahirs du 14 avril, les peines d'amende et d'emprisonnement sont considérablement relevées, les associations de personnes devront faire l'objet d'une déclaration préalable, les réunions publiques pourront être également annulées si leur déroulement est susceptible de

« troubler l'ordre public ».114

D'autre part, et contrastant avec la rigueur de la politique consacrée au maintien

de l'ordre public, la relance économique et sociale décidée en 1973 se place sous le signe d'un plus grand libéralisme t d'une certaine `'ouverture'' retenue dans le plan 1973-77 et des mesures économiques et sociales adoptées dans l'année pour la réalisation de ces

objectifs (marocanisation du commerce et de l'industrie, récupération des terres étrangères,

le nouveau régime des investissements...).

Ces grandes réformes vont pousser les partis politiques à s'auto-réformer et à restructurer le champ politique dont les résultats vont apparaître depuis l'année 1974 dans

la recherche d'une nouvelle gauche ainsi qu'une nouvelle majorité.

114 SANTUCCI J, Chroniques politiques marocaines 1971-1982, Paris, édition du CNRS, 1985, p : 58

62

SECTION 1 La restructuration du champ politique (1974-1980)

La restructuration du champ politique marocain est concrétisé par un jeu de

positionnement qui n'est autre que la recherche d'une nouvelle majorité et d'une nouvelle gauche.

SOUS-SECTION 1 : La recherche d'une nouvelle gauche

Devant les grandes reformes que le pouvoir a entamé depuis 1973, les partis

politiques d'opposition vont montrer une volonté de surpasser leurs conflits avec ce premier depuis l'indépendance.

Ainsi, la création du PPS et de l'USFP rentre pleinement dans ce cadre.

1 : le parti du progrès et socialisme : PPS

La création du PPS est annoncée le 27 août 1974 par Ali Yata et apparaît comme

une contrepartie de ses prises de position en faveur de la récupération des territoires colonisés et de sa participation à la compagne d'explication lancée par le Roi.115

Le PPS faisant suite au parti communiste dissous en 1960 et au parti de libération et

du socialisme PLS interdit en 1970, aucune modification fondamentale ne ressort dans ses objectifs et son programme.

Se présentant comme le parti d'avant-garde de la classe ouvrière et de la paysannerie pauvre, se réclamant toujours du socialisme scientifique tempéré par les spécifiés nationales, ce parti entend agir dans le cadre des lois en vigueur au Maroc.

Ainsi, le PPS se prononce sur le plan institutionnel pour l'instauration d'une plus grande démocratie avec notamment l'élection d'une assemblée nationale constituante et préconise l'élargissement des libertés publiques.

115 SANTUCCI J, Chroniques politiques marocaines 1971-1982, Paris, édition du CNRS, 1985, p : 81

63

Sur le plan économique, le PPS prône entre autre la nationalisation des secteurs

clés, une reforme agraire radicale ainsi que la révision du système fiscal dans le sens d'une plus grande justice sociale.

Au plan international enfin, il proclame son soutien aux mouvements de lutte contre l'impérialisme et le néo-colonialisme.

Le 2ème congrès du parti tenue du 23 au 25 février à Casablanca a été l'occasion

pour le PPS de faire le point de ses analyses et ses positions.

Sans totalement avec le cadre théorique de ses précédentes analyses, le PPS s'est simplement attaché à les adapter dans la perspective d'une nouvelle phase de la

« révolution nationale démocratique » centrée sur la défense et le parachèvement de l'intégrité territoriale, l'élargissement des libertés publiques et la satisfaction des revendications des couches populaires.

Pour réaliser ces objectifs, le PPS appelle à l'unité syndicale au sein de l'UMT et à

la constitution d'un front national avec l'USFP et l'UNFP appelé à réaliser au sein d'un

« gouvernement de coalition nationale homogène » les tâches de la `'révolution nationale démocratique''.116

Sans jamais chercher à rompre l'unanimité nationale, le PPS n'a pas manqué une occasion, tout comme l'USFP, pour critiquer dans ses instances nationales les actions gouvernementales et presser le gouvernement pour recourir à de nouvelles méthodes et d'adopter des choix plus rigoureux et plus audacieux.

2 : L'union socialiste des forces populaires : USFP

L'USFP, dans la ligne idéologique qu'elle annonce en 1972 et qui est finalisée lors de

sont congres extraordinaire de 1975 se démarque très largement de la tradition d'opposition radicale de son «parti mère» l'UNFP. L'UNFP était en effet devenue face aux tendances de plus

en plus autoritaires de la monarchie, un parti hors système, n'hésitant pas à prôner la violence

pour renverser le régime. Ses militants et ses structures ont été victimes d'une violente répression qui les a réduits à l'inactivité politique. L'UNFP était « hors cible » et ses rapports avec le pouvoir ne se déclinaient que sur le mode de la conflictualité.117

Abderahim Bouabid tire une leçon majeure des luttes précédentes :

116 SANTUCCI J, Chroniques politiques marocaines 1971-1982, Paris, édition du CNRS, 1985, p : 82

117 BIGI.C, l'USFP et la participation gouvernementale au Maroc : une « hammoudisation » des ra ppor ts politiques ? Mémoire DEA en Droit Public, Aix Marseille .p : 24

64

« la démocratisation ne viendra que par une bataille politique, non par des opérations à la Che Guevara ».118

Le 10 Janvier 1975, naît officiellement l'USFP dans un congrès qui réunissait six cent cinquante militants venus de presque toutes les provinces du royaume, appartenant essentiellement aux classes moyennes.

Les congressistes ont élu les instances dirigeantes du parti et ont confié à l'unanimité à

A.Bouabid les fonctions de secrétaire général.

Ce congrès fut selon les termes du Dr A.Benjelloun, « le congrès de la clarté, de la continuité et de l'espérance ».

Clarté,car c'était l'occasion pour l'ancien parti de Ben Barka de rompre la confusion entretenue durant dix ans par le compromis passé avec A.Ibrahim et M.Ben Seddik et de définir une stratégie plus claire ; Continuité,car c'est « l'option révolutionnaire » définie par le leader disparu,lors de la fondation de l'UNFP,qui a encore largement inspiré l'ensemble des

documents notamment les rapports politique et idéologique ; Espérance enfin,à l'image de cette

nombreuse jeunesse qu'il réunissait et à la mesure de ses profondes convictions dans l'instauration du socialisme.

Ce congrès a été marqué par un sérieux effort de la part du parti dans l'analyse de la situation politique, l'approfondissement de sa ligne idéologique et la définition de sa stratégie.

Ainsi la création de l'USFP apparaît comme un tournant historique pour la gauche qui va passer d'une ligne révolutionnaire à une approche sociale-démocrate.

Des lignes de clivage très nettes se dessinent désormais dans la stratégie des partis de gauche d'un coté la double stratégie légaliste révolutionnaire qui correspond à l'attitude réformiste de l'USFP et du PPS, favorables aux pourparlers avec le pouvoir, et tentées par les promesses de l'ouverture démocratique ; de l'autre la stratégie des extrémistes convaincu de conquérir par la violence la légitimité populaire. Entre les deux, l'attentisme plus en moins suspect d'un UNFP isolée, bridée par l'appareil syndical de l'UMT et réduit ainsi à un parti fantôme.

En face à cette nouvelle gauche, se constituait une majorité qui ressemble à un « néo- FDIC » autour d'un parti moteur : le RNI.

118 KSIKES.D et BOUKHARI.K,le dernier homme d 'état,le journal,n°211,p : 37

65

SOUS-SECTION 2 : La recherche d'une nouvelle majorité

1 : Le rassemblement national des indépendants : RNI

On ne peut parler de la constitution du rassemblement national des

indépendants RNI sans invoquer deux événements importants influençant largement sur sa naissance.

D'abord la marche verte,ce grand événement qui a pu créer un climat d'entente et une unanimité nationale entre toute les forces politiques autour d'un « Nouveau Maroc » qui tient à son intégrité territoriale. A la tête de la marche verte se trouvait A.Osman, premier ministre depuis 1972.

Ensuite et toujours au nom de ce « nouveau Maroc » et de « l'unanimité

nationale », va se dérouler en 1976 les élections communales qui va connaître un succès spectaculaire des indépendants (8607 élus contre -pour exemple - 113 pour l'UNFP ou 26 pour le PPS), puis les élections législatives en 1977 qui ne fera que conforter les indépendants (140 élus contre 49 pour le PI, 45 pour le MP ou 15 pour l'USFP).119

Sitôt après leurs succès électoraux, les indépendants avaient ressenti la nécessité de

s'organiser pour transformer le `'mouvement d'électeurs'' en une véritable formation politique.

Ainsi le congrès constitutif du RNI s'est déroulé entre le 06 et le 08 octobre 1978,

réunissant 4000 participants (dont 3500 délégués), il a adopté ses statuts, une plateforme politique, économique et sociale, et confirmé à la présidence du RNI le premier ministre A.Osman.

Se plaçant sous le signe de la « nouveauté », cette formation a tenu à définir les

raisons de sa création, à savoir la poursuite et le succès du processus de démocratisation et

la défense de l'intégrité territoriale, et s'est fixé pour objectifs le développement du pays et l'édification d'une société plus juste, plus équilibrée, plus solidaire.

119 DARIF MOHAMED, alahza b assiyassiya almaghribiya, Casablanca, 1ère édition, 2001, p : 183

66

A la différence du FDIC qui pour s'affirmer avait à lutter contre les partis politiques

et à réduire une opposition conséquente, le RNI peut cohabiter en toute quiétude avec les autres formations de la coalition majoritaire qu'il domine à lui seul, et se prévaloir d'une base sociopolitique plus large du fait de la désaffection des partis politiques classiques auprès des générations de l'après-indépendance.120

Mais la naissance du RNI, a excité la verve des partis d'opposition. Pour l'USFP, le

RNI est l'instrument de l'administration et le défenseur de la politique du palais. Pour le PPS, ce regroupement ne peut cacher son caractère de « parti de classe » représentant les intérêts de la « bourgeoisie bureaucratique ».121

Même si les indépendants constituait une avant-garde parlementaire majoritaire

pour le gouvernement d'octobre 1977 présidé par A.Osman, cette majorité a été alimentée par le PI et le MP.

2 : Les partis alliés au RNI :

a) Le PI

Depuis 1974, l'aube de la restructuration du champ politique, le PI ne cache pas sa nostalgie au travail gouvernemental, épuisé d'exercer l'opposition depuis 1963.

En effet, dans le contexte d'ouverture et dans la perspective des consultations électorales, l'Istiqlal organise son 9ème congrès national à Casablanca entre le 13 et 15 septembre 1974, dont la réunion avait en outre à régler le délicat problème de la succession du « leader »

Allal Al Fassi, décidé subitement le 13 Mai à Bucarest.

Dans son rapport doctrinal qu'il présente comme le testament d'Allal Al Fassi, M'hammed Boucetta met l'accent sur les idées-forces qui vont guider tous les congressistes dans leurs travaux : Récupération des territoires spoliés et bien entendu retour du Sahara espagnol au Maroc, démocratie, égalitarisme.

Les élections législatives des 3 et 21 juin 1977 consacrent la prépondérance du PI en tant

que première force politique (51 sièges).

Ainsi,et après avoir consulté les principaux chefs des partis politiques,le Roi nomme le 10 octobre un nouveau gouvernement toujours conduit par M. Ahmed Osman,mais dont la composition tient compte du nouvel équilibre politique issu des

120 SANTUCCI.J, Chroniques politiques marocaines 1971-1982, Paris, édition du CNRS, 1985, p : 150

121 Idem, p : 151

67

dernières élections. Le PI dispose d'une représentation qui a été négociée, remettant ainsi à l'honneur une pratique qui remonte à l'indépendance et qui était tombée en désuétude

depuis 15 ans.

Depuis son entrée au gouvernement, on pouvait penser que la liberté de manoeuvre

du parti s'était trouvée réduite dans la mesure où toutes ses propositions avaient à recueillir l'accord de ses partenaires et surtout celui du Roi. Si sa position sur l'échiquier politique

était plus claire, son jeu partisan ne l'était pas pour autant dans la mesure où il ne lui était pas toujours facile ni plausible, de préserver une certaine identité, voire une relative

distance par rapport au pouvoir dont il paraissait cautionner toutes les options au nom de la solidarité gouvernementale.

Pour ménager son avenir électoral, le PI ne reste pas indifférent sur les questions socio-économiques du pays et demande au gouvernement de les satisfaire.

Partagé entre une attitude d'allié et une attitude d'opposant, son comportement offrant encore aux yeux de certains le double visage de Janus.122

Le 10ème congrès du parti n'apporte aucune lumière nouvelle sur cette question. A

travers les débats et résolutions qui ont marqué ses travaux du 21 au 23 avril 1978, on peur même voir se dessiner dans certains domaines un alignement pur et simple sur les thèses gouvernementales.

b) Le MP et naissance du PLP et PA.

Le mouvement populaire était crée en 1958 pour faire face au parti dominant : le PI. Mais la stagnation des structures du MP et ses positions, ont poussé quelques militants du parti à créer d'autres partis.

C'est ainsi que se sont crées le parti libérale et progressiste (PLP) et le parti de l'action (PA).

b1) LE PARTI LIBERAL ET PROGRESSISTE :PLP

Dans la perspective des élections législatives qui, selon les déclarations faites par le

Roi en septembre 1974, devraient avoir lieu en octobre 1975, le PLP à dominante berbère

se crée en Novembre à l'initiative de personnalités soussi, au premier rang desquelles un

122 SANTUCCI.J, Chroniques politiques marocaines 1971-1982, Paris, édition du CNRS, 1985, p : 152

68

grand industriel de Casablanca et le président des chambres de commerce et d'industrie du

Maroc.

Dans son manifeste, ce parti se déclare ouvertement monarchiste et prêt à participer

à la campagne électorale avec un programme économique très proche des objectifs gouvernementaux.123

Les promoteurs de ce parti « ouvert à toutes les classes sociales et qui veut s'intéresser à tous les aspects de la vie nationale et régionale » espèrent recruter parmi les milieux Jeunes, des professions libérales et parmi les techniciens, ceux de la génération d'après l'indépendance,124 mais leurs attaches ethniques font de cette formation à base essentiellement régionaliste, un second mouvement populaire.

b2) LE PARTI DE L'ACTION :PA

Le parti de l'action, crée en décembre 1974, regroupe de jeunes intellectuels

d'origine rurale et d'anciens résistants parmi lesquels, M Driss Khattabi fils de l'émir

Abdelkrim et Abdellah Senhaji un des fondateurs du MP.

Cette formation qui s'est contentée de définir ses objectifs en termes généraux, préconise « l'édification d'une société nouvelle par une élite nouvelle » et entend coopérer avec toutes les organisations « progressistes qui contribuent à éclairer l'opinion publique » dans le cadre d'une « monarchie constitutionnelle démocratique et sociale ».

Dans la nouvelle société qu'il projettent, les promoteurs de ce parti envisagent surtout de dégager une élite rurale, à la mesure de cette partie de la population qui est restée à leurs yeux la « majorité silencieuse » de la nation.

Le mouvement populaire a bien réagi aux tentatives récentes de scission ou de détournement de clientèle, opérées à la suite de la création des partis « Soussi » et

« Rifain » (le parti libéral progressiste et le parti de l'action) et a consolidé son implantation rurale et géographique traditionnelle.125

Ainsi lors des élections communales de 1976 et législatives de 1977, le MP a décroché la 3ème place, ce qui lui a permit de participer au gouvernement du 10 octobre

1977 présidé par le RNI.

123 DARIF MOHAMED, alahza b assiyassiya almaghribiya, Casablanca, 1ère édition, 2001, p : 204

124 Idem, p : 205

125 SANTUCCI.J, Chroniques politiques marocaines 1971-1982, Paris, édition du CNRS, 1985, p : 136

69

SECTION 2 : les partis politiques et l'ère des contradictions

(1981-1990)

Il est sûr que l'évolution incertaine de la position marocaine dans le conflit saharien

depuis 1981 n'a pas manqué de peser sur l'équilibre politique du régime126, au point de faire ressurgir de profonds clivages entre le pouvoir et l'opposition, ainsi que les

événements de contestations sociales succédés depuis le 20 juin 1981 sont les événements majeurs alertant la fin d'un consensus national et la naissance de nombreuse contradictions

au sein des partis.

SOUS-SECTION 1 : Les contradictions des partis de la majorité

La coalition partisane entre le RNI,le PI et le MP qui a fondé le gouvernement de

1977 changera d'apparence depuis le début des années 80 avec la scission du RNI et la recherche du PI et du MP à jouer des rôles plus avancés au sein de cette majorité.

1 : Les contradictions du RNI

Les contradictions du RNI se matérialisent d'une part dans la création de nouveaux

partis politiques et d'autre part dans le passage du RNI à l'opposition.

a) le parti national démocratique : PND

Depuis le congrès constitutif du RNI, de nombreuses divergences étaient apparues

au sein du mouvement, portant aussi bien sur les options politiques fondamentales que sur

le fonctionnement de ses structures internes.

126SANTUCCI J, Chroniques politiques marocaines 1971-1982, Paris, édition du CNRS, 1985, p : 217

70

Greffées sur des rivalités personnelles, mais non dénuées d'arrières pensées idéologiques, ces dissensions vont conduire à une première rupture du parti majoritaire, au niveau parlementaire.

En effet, le 13 avril 1981, soixante et un députés proclament dans une lettre

adressée au président du parlement, M Dey Ould Sidi Baba, leur décision de quitter cette formation et de se constituer en groupe autonome.

Tout en affirmant leur fidélité à la monarchie et leur attachement au souverain, les

« démocrates indépendants » entendent se démarquer de l'ancienne formation d'Ahmed Osman, regroupés autour de Abdelhamid El Kacimi qui fut le porte-parole du RNI au parlement, et qui fait déjà figure de leader du nouveau mouvement, ils se veulent les défenseurs attentifs et efficaces du « Monde rural qui représente 80% de la population

marocaine ».127

Apres les événements tragiques du 20 juin à Casablanca,effet de la conjonction

entre l'endettement de l'Etat et la crise agricole,et les émeutes qui les ont accompagnés,le Roi s'est prononcé devant la nation et a annoncé un plan de promotion rurale et des quartiers populaires des villes.

Le plan royale rimait avec le programme des « indépendants démocrates » qui vont

se précipiter à se constituer en parti quelques jours après sous le nom du : PARTI NATIONAL DEMOCRATIQUE.

Trois ministres font partie de la nouvelle formation, M Arsalan Eljadidi Ministre du

travail, Moussa Saadi Ministre de l'énergie et des mines et Khalid Ould Rachid secrétaire d'état aux affaires sahariennes.

Certain ont cru voir dans la création de ce parti des indépendants démocrates le fruit de manoeuvre souveraines du Ministre de l'intérieur destinées à stimuler et à

dynamiser l'actuelle majorité parlementaire en prévision de futures échéances électorales. Le palais pour sa part a semblé prendre parti pour ce mouvement dont le discours à consonance populiste lui permettait d'accréditer auprès des couches populaires urbaines et

rurales une nouvelle politique d'inspiration réformiste imposée par l'échec du gouvernement subi lors des derniers événements de casablanca.128 Le remaniement ministériel de novembre 1981 en témoigne largement, puisque le RNI n'y est plus représenté après avoir refusé un nombre de portefeuilles plus réduits.

127 DARIF MOHAMED, alahza b assiyassiya almaghribiya, Casablanca, 1ère édition, 2001, p : 212

128 SANTUCCI.J, Chroniques politiques marocaines 1971-1982, Paris, édition du CNRS, 1985, p : 217

71

Ecarté du gouvernement, le RNI reçu en audience par le Roi le 12 novembre, se

voit confier la « lourde et importante mission » de devenir une « opposition constructive »

pour les deux années de la législature qui est prolongée jusqu'en 1983.

Le passage à l'opposition permettra au RNI de se restructurer et ce qui s'est matérialisé par son 2ème congrès national organisé à Casablanca entre le 1 et 3 avril 1983.

Ce congrès constituait la naissance réelle du parti dans la mesure où il s'est procuré une identité idéologique.

b) L'union constitutionnelle : UC

Sous le prétexte de combler le vide politique, que Maati Bouabid - premier Ministre depuis 1979 - se déclare devant le peuple quelques jours après le 2ème congrès du RNI pour donner une légitimité à son nouveau cadre politique.

En effet, le 9 avril 1983 à Casablanca, l'union constitutionnelle organise son congrès constitutif. Se présentant étant « une nouvelle force sur la scène nationale

représentant la génération de l'après indépendance s'apprêtant à recevoir le flambeau de la génération de l'indépendance »129, l'UC tend à retirer la légitimité des partis traditionnels

tel que le PI, l'USFP, le MP ou le PPS.

Lors de son deuxième congre se déroulant à Casablanca le 3 et 4 juin 1989, le discours de l'UC s'est clairement tempéré et son enthousiasme pour les changements de l'ordre social et l'encadrement des jeunes est nettement régressé.

En effet,à l'encontre de son congrès constitutif et de son premier congres d'octobre

1985,le 2ème congrès de l'UC s'est détaché de son engagement à encadrer les jeunes et s'est prononcé pour le libéralisme sociale.130

Ainsi pour M.Bouabid, le libéralisme est une doctrine et une liberté, cette liberté doit être accompagné du sens de responsabilité. Pour lui, la liberté économique sert à satisfaire l'humain et l'intégrer dans une société libre solidaire et fraternelle.

c) le parti du centre social : PCS

Le parti de l'union et de la solidarité nationale PUSN est crée en 1982 par M Mohamed Semmar. Ce parti est d'une idéologie simpliste et n'a pas d'enjeu si ce n'est d'exister.131

129 Discours de Maati Bouabid devant le congrès constitutif de l'UC ,9 avril 1983

130 DARIF MOHAMED,ala hzab assiya ssiya alma ghribiya ,Casablaca,1ère édition , 2001, p : 218

72

M. Mohammed Semmar tenait à avoir son parti, en partant de rien. Il l'a eu, mais n'en a pas fait grand-chose.

En 1984, Mohammed Semmar renomme son parti qui devient depuis, le parti du centre social.

2 : Les partis alliés au RNI :

Les résultats des élections de 1984et la nouvelle composition gouvernementale du

11 avril 1985 ont poussé le PI à passer à l'opposition et ont causé la scission du MP.

a) Les contradictions du PI :

Si le 9ème congrès du PI en 1974 jusqu'ici parti opposant lui a permis de passer à la majorité en 1977,le 11ème congrès du parti de 1982 lui a permis de sa part, de revenir à l'opposition en 1985.

En effet, lors de son 11ème congrès, le PI a critiqué la prestation du gouvernement dont il fait partie. Le PI a aussi saisi l'occasion de la commémoration du manifeste du 11 janvier en 1983 pour critiquer le gouvernement,dénoncer la création de nouveaux partis

« d'occasions »132 et dénoncer de même,les résultats des élections législatives du 14

septembre 1984.

Ainsi avec la reconduction de M.Mohamed Karim Lamrani à la tête du gouvernement du 11 avril 1985, le PI est passé à l'opposition.

b) Les contradictions du MP :

Le mouvement populaire a participé aux élections communales de juin 1983 et

législatives de septembre 1984 et s'est abstenue quant aux résultats de ses élections jugés « non innocente »133 . Ainsi Mahjoubi Ahardan a décidé la non participation de son parti au gouvernement du 11 avril 1985 passant du fait à l'opposition. La décision a été reçue par la

131 Arbre généalogique de la classe politique marocaine , Telquel, Edition Spéciale Juillet2005 (voir annexe)

132 DARIF MOHAMED, alahza b assiyassiya almaghribiya, Casablaca, 1ère édition, 2001, p : 224

133 Alharaka, 20 septembre 1984

73

plus grande déception par les cadres du parti, la considérant comme une décision personnelle d'Ahardane et qui n'engage nullement le parti.

Pour stopper ses opposants, Ahardane s'est précipité à déclarer l'organisation d'un congres extraordinaire du parti à Khnifra en septembre 1986, mais les autorités n'ont pas autorisé le déroulement de la manifestation, mais a permis par contre à six parlementaires du parti à organiser un mois plu tard le congrès extraordinaire à Rabat permettant ainsi aux congressiste d'expulser Ahardane du parti et constituer un secrétariat générale pour diriger le parti.

SOUS-SECTION 2 : Les contradictions des partis de l'opposition

1 : Les contradictions de l'USFP

En 1980, deux amendements constitutionnels sont adoptés. Ils portent le mandat

législatif de quatre à six ans et celui du président de la chambre des représentants de un a trois ans. Le parti est en désaccord avec la décision d'appliquer cette reforme a la législature en cours (77-81). Les députés USFP démissionnent individuellement en octobre

81. Le roi ne l'entend pas de cette oreille. En invoquant l'article 1966 de la constitution, il

les accuse d' « hostilité à l'endroit de la communauté musulmane ». Menaces et sous pression, les députés USFP se soumettent et regagnent leur siège au parlement.134

Même s'ils le font a titre personnel et non en tant que groupe parlementaire, c'est bien une humiliation que leur impose la monarchie, en réaffirmant sa domination.

Progressivement, l'USFP cherche, tout en se situant dans une opposition plus ou moins domestique, à promouvoir une image de bon élève, d'un parti sérieux et crédible, capable d'assumer avec succès la gestion des affaires publiques. Le parti montre de plus en plus de dispositions à assurer des fonctions gouvernementales. Il affirme sa volonté de

devenir un disciple du roi.135

Ainsi, en 1984, le parti accepte de participer à un gouvernement d'union nationale. Les dirigeants des principaux partis politiques du pays ne se sont, pas plus qu'en 1977, mis d'accord sur les orientations communes d'un programme politique. Le bureau politique parle de défense de l'intégrité territoriale et de consolidation du processus démocratique. A.

134 BIGI.C, l'USFP et la participation gouvernementale au Maroc : une « hammoudisation » des rapports politiques ? Mémoire DEA en Droit Public, Aix Marseille .p : 31

135 Idem, p : 33

74

Bouabid, le secrétaire général de l'Union est ministre sans portefeuille, ce qui permet au parti d'adopter une position des plus ambiguë.

Il se considère comme étant toujours dans l'opposition, la participation de son secrétaire général n'engageant pas l'USFP en tant qu'organisation.

En effet, face à ce choix d'une participation gouvernementale sans garantie aucune, la direction de l'USFP décide d'accepter tout en essayant de garder une position critique par rapport au pouvoir. Ce genre de contradictions, non seulement a beaucoup de mal a être compris par la base du parti, mais suscite de profondes rivalités et de graves divergences au sein de ses instances dirigeantes.

Lorsque l'USFP organise son 5ème congres en 1989, les rivalités et les divergences

se manifestent. La direction tient a éviter a tout prix la division et veut maintenir face au pouvoir un parti uni. Pourtant, la participation à un processus démocratique qui, de l'avis

de certains, s'essouffle dangereusement ne va pas de soi. Au sein du parti, les divergences

se matérialisent en deux grandes tendances. Une tendance dite « amaouiste », du nom du dirigeant de la centrale syndicale de la CDT. Cette tendance est labellisée comme étant la gauche du parti, sa mouvance radicale critiquant fermement les orientations et les compromis de la direction. Et puis il y a la tendance « lyazghiste », de Mohamed El Yazghi, numéro 2 du parti, homme d'appareil et partisan d'une démarche plus progressiste

et soutenant la dynamique d'intégration de l'USFP.136

Le congrès s'achève sans véritable règlement des conflits d'intérêts. Noubir Amaoui devient membre du Bureau Politique, aux cotes d' A. Bouabid et de M. El Yazghi.

Cette absence de solution paralyse les instances dirigeantes du parti à la veille d'une décennie riche d'enjeux politiques.

2 : Les partis alliés à l'USFP :

Les nombreuses critiques portées par le PPS pendant les années 80 sont les sources de ses ennuis.

La naissance de l'OADP de sa part est une des figures des contradictions des

années quatre-vingts.

136 BIGI.C, l'USFP et la participation gouvernementale au Maroc : une « hammoudisation » des rapports politiques ? Mémoire DEA en Droit Public, Aix Marseille .p : 34

75

a) le PPS :

Le 4ème congrès du PPS est organisé entre le 17 et 19 juillet 1987 à Casablanca dans

un contexte économique et politique national critique dû à l'application du programme d'ajustement structurel ainsi qu'aux répressions des libertés publiques et des droits démocratiques.

Ainsi ce congrès est organisé dans un climat tendu entre le parti et les autorités publiques qui trouve son origine surtout dans la position du parti du programme d'ajustement structurel.

le 4ème congrès était aussi une occasion pour le PPS pour critiquer les choix

officiels dans les domaines économiques et sociaux.

Sur le plan politique, le PPS a accusé l'appareil administratif de jouer un rôle déterminant dans la création et la manipulation de la carte politique en créant de nouveaux partis en référence au RNI, au PND et à l'UC.137

Sur la même onde, le PPS s'est autocritiqué et a critiqué les forces d'alternance

démocratique pour leur déficit d'organisation pour faire face aux partis administratifs.138

Le 4ème congrès du PPS est clôturé par la reconduction de M. Ali Yata à la tête du parti pour la 4ème fois.

b) OADP :

En 1970, un groupe d'étudiants affiliés à l'UNFP et d'autres indépendants, ayant en commun le marxisme-léninisme comme idéologie et la révolution comme objectif, ont crée

le mouvement clandestin du 23 Mars (en référence aux émeutes du 23 mars 1965).

Le mouvement va subir une oppression intense qui obligera le mouvement depuis

1972 à réviser ces opinions sur nombreuses questions nationales et politiques.

Le mouvement va même publié un journal arabophone depuis 1979 nommé :Anwal

Le parcours légal du mouvement débute en Mai 1983 lorsqu'une partie de cette extrême gauche tente d'émerger sur la scène politique officielle.

Les héritiers du mouvement de 23 Mars créent l'ORGANISATION D'ACTION DEMOCRATIQUE ET POPULAIRE autour de la figure du vieux résistant de l'AML

137 DARIF MOHAMED, alahza b assiyassiya almaghribiya, Casablaca, 1ère édition, 2001, p : 245

138 Idem, p : 251

76

M. Mohammed Bensaîd.

Sous le slogan de « la défense de l'unité du pays et des droits de citoyenneté », le

1er congrès de l'organisation se déroule entre le 27 et 29 décembre 1985 à Casablanca pour principal enjeu : Convaincre les masses populaires de la raison de son intégration au jeu politique.

En proposant un « programme de réformes urgentes »139 dans les domaines

politiques, économiques et sociales, l'OADP justifie ainsi sa raison d'être dans la carte politique nationale.

Les travaux du premier congrès de l'organisation sont clôturés par l'élection d'un comité central se composant de 55 nombres, cette dernière a élu un secrétariat national de 9 membres.

L'OADP a participé aux élections législatives de 1984 mais n'a obtenu qu'un siège

pour son secrétaire général : Mohammed Bensaîd.

Les cinq premières années de création de l'OADP a connu beaucoup de contradictions qui vont apparaître nettement lors de son deuxième congrès avec

l'apparition de deux courant contradictoires au sein du parti ; le premier qui se positionne dans la continuité de la politique du parti appliquée depuis sa naissance en 1983, dans l'unanimité nationale et les réformes démocratiques. Le deuxième courant opte pour une rupture avec l'ancienne politique et une activation d'un militantisme avancé.

Ainsi le 2ème congrès de l'OADP concrétise le début d'une crise que ses

conséquences vont être retardé pour la décennie suivante.

139 DARIF MOHAMED, alahza b assiyassiya almaghribiya, Casablaca, 1ère édition, 2001, p : 253

77

SECTION 3 : la régularisation du champ politique et la marche

vers l'alternance (1991-1999)

Entre 1991 et 1999, le champ partisan marocain a connu une série d'essais de

régularisation en cohérence avec les changements nationaux et internationaux et préparant

à une opération « historique » : l'alternance.

SOUS-SECTION 1 : Les coalisions

La régularisation du champ politique se concrétise dans la création de coalitions en

but de la réalisation d'objectifs communs.

La Koutla et le Wifaq sont les deux cadres qui vont animer la scène politique des années

90.

1 : La Koutla démocratique et la marche vers l'alternance

En 1992, le Palais annonce une révision de la constitution, révision qui fait figure

de nouveau pacte institutionnel et qui est donc censée changer la donne politique. Le Roi

ne prépare donc pas seul le nouveau projet constitutionnel, il consulte les différentes forces politiques. Les partis dits de l'opposition : Istiqlal, USFP, PPS, OADP et UNFP se

regroupent dans le but que leur avis pèse plus lourd dans l'orientation des réformes. Ils se constituent en front démocratique, la Koutla, qui rappelle la brève tentative d'union politique de l'UNFP et de l'Istiqlal au début des années 70.

Ils adressent au souverain des mémorandums dans lesquels ils revendiquent

notamment une clarification des compétences respectives des deux institutions exécutives. Le gouvernement aurait ainsi la possibilité de définir et de mettre en oeuvre la

politique de la nation. Une autre des principales revendications est de faire de la Chambre des représentants une institution élue au suffrage universel dans sa totalité. Hassan II ne

cède sur aucune de ces propositions.

78

Au sein des instances dirigeantes de l'USFP, dont le charismatique secrétaire

général Abderrahim Bouabid 'est mort au mois de janvier, un débat a lieu pour savoir si le parti, dans ses conditions, doit ou non appeler à voter « oui » au référendum visant à entériner le projet de réforme. Le nouveau secrétaire général Abderrahmane Youssoufi

estime qu'il faut poursuivre le processus d'intégration. Cependant, beaucoup de militants et

de cadres du parti ne sont pas prêts à accepter une participation sans plus de garanties. L'USFP, ainsi que l'Istiqlal appellent finalement à boycotter le référendum visant à

entériner le projet de réforme mais ne renoncent pas à poursuivre leur engagement à

participer au processus qui doit conduire à l'avènement d'un fonctionnement plus démocratique des institutions.140 Le pouvoir a en effet promis des consultations électorales honnêtes et transparentes. Une commission de suivi des élections, dans laquelle tous les

partis politiques sont représentés, a d'ailleurs été mise en place. La monarchie, ainsi que toutes les formations politiques s'emploient à « accréditer l'idée d'une véritable alternance »141.

En dépit de leurs déceptions vis-à-vis de la réforme constitutionnelle, la Koutla a

poursuie sa logique de participation. Les scrutins communaux et législatifs de 1992 et 93 sont entachés de nombreuses irrégularités, fraudes et commerce de voix. Les élections législatives se soldent par une victoire relative des partis de la Koutla, victoire qui leur est retirée à l'issue de l'élection indirecte du « tiers socioprofessionnel ». L'Istiqlal et l'USFP,

qui ont présenté des candidatures communes, ont obtenu 91 sièges sur 222 aux élections

directes soit la moitié de plus qu'en 1984. Ce premier scrutin laisse entrevoir la possibilité

de former un gouvernement majoritaire avec les sièges du Rassemblement National Indépendant, (RNI), qui se positionne au centre-gauche et qui se définit comme « social- démocrate ». Cependant, au deuxième scrutin indirect, les partis de l'administration UC, MNP et PND remportent assez de sièges pour être majoritaires. En dépit d'importantes falsifications pour un scrutin annoncé conforme aux règles de la démocratie, Hassan II propose aux partis de la Koutla de participer à un gouvernement.

Ces derniers refusent au nom de leur attachement à deux exigences politiques majeures. Pour eux, si alternance il y a, elle devra être « majoritaire », c'est-à-dire que la Koutla conditionne son accès au gouvernement à l'élection d'une majorité parlementaire

issue d'un scrutin honnête et transparent. D'autre part, l'opposition refuse de participer à un

140 BIGI.C, l'USFP et la participation gouvernementale au Maroc : une « hammoudisation » des rapports politiques ? Mémoire DEA en Droit Public, Aix Marseille .p : 35

141Idem, p : 36

79

gouvernement où des champs primordiaux du pouvoir échapperaient au premier ministre, elle demande la fin des ministres dits de « souveraineté » et le départ de Driss Basri, au poste de Ministre de l'intérieur depuis presque vingt ans. Le processus d'alternance

avorte.142

En 1995, après une tentative infructueuse en cours de législature, le roi relance le processus d'alternance en annonçant une réforme constitutionnelle. Là encore, la perspective d'une révision permet aux partis politiques de penser en terme de nouveau

contrat, de bases renégociées et de dialogue renoué. Le contexte de 1995 n'est pas le même qu'en 92. Le pays est notoirement en crise. Le rapport de la Banque mondiale de 1995 sur « L'état du Maroc» appelle à de profondes et sérieuses réformes. Les circonstances sont propices au retour de l'USFP sur la scène politique dans une dynamique de participation.

Au mois de mars 1996, Hassan II présente son projet de réforme constitutionnelle

visant à établir un parlement bicaméral. La chambre basse serait élue au suffrage universel direct. La seconde chambre, élue au suffrage indirect représenterait les collectivités locales

et les intérêts socioprofessionnels.

Les partis de la Koutla adressent au souverain un mémorandum qui, tout en renouvelant l'allégeance faite au roi, plaide pour l'institution d'un pouvoir judiciaire indépendant, d'une double responsabilité du gouvernement : devant le roi et devant la chambre des représentants, qui selon eux devrait avoir des prérogatives plus étendues que

la chambre haute du fait de sa plus grande légitimité populaire. Le texte final retenu par le

roi ne fait que peu de cas du mémorandum de l'opposition. Il confirme les prérogatives essentielles de la monarchie et lui assure une tutelle sur le législatif, l'exécutif et le judiciaire.143

Si les députés de la Chambre des représentants sont dans leur totalité élus au

suffrage universel, la seconde Chambre du parlement dispose du pouvoir d'adresser une motion de censure au gouvernement.

Le souverain dit le pays « au bord de la crise cardiaque144» donc il tient à réaliser

un gouvernement d'union nationale, un gouvernement d'alternance afin d'assurer en douceur l'imminente succession monarchique. Pour cela, il doit arriver à négocier un

consensus encore plus large que celui qu'il a obtenu et renforcé depuis la Marche Verte en

1975. La participation gouvernementale des partis de l'opposition doit être une

142 BIGI.C, l'USFP et la participation gouvernementale au Maroc : une « hammoudisation » des rapports politiques ? Mémoire DEA en Droit Public, Aix Marseille .p : 38

143 Idem, p : 38

144 Lors de son discours de présentation du bilan de la banque mondiale.

80

participation contrôlée par un consensus sur la forme du régime et sur l'état du rapport de force entre autorité monarchique et gouvernement. Cet objectif est servi par les rivalités partisanes.

Chacun des deux frères ennemis de la Koutla, Istiqlal et USFP, ambitionne d'être le parti leader de l'alternance. Ils savent que s'ils refusent maintenant de soutenir le nouveau contrat institutionnel, ils seront exclus de la prochaine participation gouvernementale. C'est pourquoi, pour la première fois depuis l'indépendance, tous les partis politiques de la scène dite « officielle» (sauf l'OADP) appellent à voter «oui» au référendum du mois de

septembre destiné à entériner la réforme constitutionnelle.

En votant à l'unanimité pour le 'oui' lors du référendum constitutionnel de 1996, l'opposition a accepté de façon indirecte le principe de l'intangibilité de l'esprit

'autocratique' de la Constitution145.

En février 1997, les partis et le pouvoir s'engagent à respecter un «code de déontologie» dans leur pratiques électorales. Que ce soit lors des consultations communales de juin ou des législatives de novembre, ce code est sérieusement malmené par l'ensemble des parties.

Au sein de la Koutla, ces élections ont pour enjeu principal le leadership du futur gouvernement d'alternance. Il n'est plus question de candidatures communes. L'Istiqlal arrive en tête du scrutin communal alors que l'USFP est cinquième. Le parti de l'indépendance se met alors à revendiquer avec peut être un peu trop d'assurance la

primature du prochain gouvernement.146

La campagne pour les législatives est plus une course à la cooptation qu'à la représentation. Istiqlal et USFP n'hésitent pas à bafouer leurs engagements déontologiques

de février, ce qui ravive les violentes divergences internes de ces partis.

Les résultats ne permettent pas aux partis de la Koutla de constituer une coalition majoritaire dans la très probable éventualité d'un appel du roi à former un gouvernement. La cooptation se fait au prix de profonds bouleversements en terme de représentation.

Le 4 février 1998, le souverain Hassan II appelle Abderrahmane Youssoufi au poste de premier ministre.

Il faut tout d'abord être bien conscient que ce ne sont pas les législatives qui ont commandé l'avènement de l'alternance. Elles ne représentent tout au plus qu'une étape,

145 BIGI.C,l'USFP et la participation gouvernementale au Maroc :une « hammoudisation » des rapports politiques ?. Mémoire DEA, Aix Marseille. P : 40

146Idem, p : 40

81

presque symbolique, dans sa mise en place. L'alternance est en effet beaucoup plus certainement le fruit d'un accord, d'un «pacte» a-t-on beaucoup dit dans la presse, négocié

en amont entre Hassan II et Youssoufi.147

Le résultat des législatives n'a fait que compliquer la démarche participative de l'USFP, qui, engagée dans une logique de consensus renforcé depuis la réforme constitutionnelle de 96, en arrive à céder sur des conditions qu'elle continuait à considérer jusque là comme non négociables : une alternance portée par une majorité parlementaire et

le retrait de Driss Basri du ministère de l'Intérieur.

La configuration de la chambre des représentants ne permet pas, en effet, de constituer une «coalition Koutla» majoritaire. Youssoufi accepte ensuite de présider un gouvernement où l'omnipotent Driss Basri est maintenu au ministère de l'Intérieur.

A l'issue de près d'un mois et demi de négociations, le gouvernement s'avère

pléthorique, 35 ministres et secrétaires d'Etat. Il faut dire que la coalition avec laquelle Youssoufi doit composer est pour le moins éclatée. Sept partis s'y trouvent rassemblés. Outre les partis membres de la Koutla : USFP, Istiqlal et PPS, y figurent des partis

«d'administration» : RNI, MNP, FFD et PSD, dont l'affiliation idéologique avec la Koutla est loin d'être évidente. Les Affaires Etrangères, l'Intérieur, la Justice, les Habbous et le Ministère d'Etat de Moulay Ahmed Alaoui sont imposés par la monarchie. L'USFP hérite

de quatorze ministères, soit deux fois plus que l'Istiqlal ou le RNI.

Dans cette expérience de l'alternance, Youssoufi n'est pas un Premier ministre comme les autres au Maroc. Il est un Premier ministre dont tout le monde connait le nom. C'est la première fois que, dans la presse, on parle autant d'un Premier ministre. Sa

notoriété concurrence celle de Basri. Son capital moral le place au dessus de tous soupçons.

Il semble que le gouvernement de Youssoufi ai contribué à un changement institutionnel qui reste très largement symbolique. Dans la réalité des rapports entre ces derniers et « l'arsenal bureaucratique» de l'Intérieur, il apparaît que le gouvernement d'alternance a beaucoup de mal à gouverner réellement.148 Au delà d'un jeu institutionnel entre les ministres et le Parlement, il s'avère que les ministres de l'ancienne opposition ont très peu de marge de manoeuvre et beaucoup de mal à faire appliquer leurs décisions.

147BIGI.C, l'USFP et la participation gouvernementale au Maroc : une « hammoudisation » des rapports politiques ? Mémoire DEA en Droit Public, Aix Marseille .p : 41

148 Idem, p : 90

82

En parallèle avec cette Koutla, un groupement ne tardera pas à se constituer, ce n'est autre que le fameux Wifaq.

2 : Le wifaq national

Il est tout à fait clair que la création du Wifaq en 25 mai 1993 après une semaine de

la création de la Koutla n'a d'autres objectifs si ce n'est de faire un contre poids à ce

nouveau bloc démocratique. Mais ce « réflexe politique » n'avait qu'un rôle timide dans la régularisation du champ politique marocain.

Lors de la réunion constituante de ce Wifaq,le parti de l'union constitutionnelle,le mouvement populaire et le parti national démocrate ont publié une déclaration commune comprenant une base de concertation entre ces trois partis.

En effet cette déclaration a essayé de justifier la raison d'être de ce Wifaq dans la coordination visant à réaliser des bons résultats lors des prochaines législatives tout en préservant l'identité de chacun de ces partis.149

Cette déclaration a tracé, pour la même occasion, les objectifs communs de cette union qui reste très ordinaire, manque d'innovation (lutte contre le chômage, donner plus d'intérêt aux jeunes et aux femmes....) et manque de précision (instauration d'un barrage politique face aux idéologies qui ont prouver leur échecs à résoudre les problèmes sociopolitiques des peuples...).

Le Wifaq national est parue dès sa création comme un simple cadre formel qui n'a pu cacher les multiples différends entre les forces constituantes de cette union et leur concurrence quant à la direction de ce Wifaq.

Le rôle principal du Wifaq était toujours d'approuver les choix officiels des différents gouvernements auxquels il a participé.

Lorsque la Koutla a proposé au Roi de faire des réformes constitutionnelles, le

Wifaq a considéré cette action comme un acharnement sur les attributions de l'institution royale.

Dans le même sens, le Wifaq a approuvé les résultats des élections du 14 novembre

1997 malgré les flagrantes falsifications qu'ont connu ces dernières.

Après la constitution du gouvernement d'alternance le 14 mars1998,les partis du

Wifaq sont basculé vers l'opposition parlementaire mais leurs oppositions n'était guère à

149 DARIF MOHAMED, alahza b assiyassiya almaghribiya, Casablaca, 1ère édition, 2001, p : 276

83

destination des « choix officiels » mais seulement pour contrarier les propositions de la

Koutla.

On peut avancer que le Wifaq n'a pas pu jouer pleinement son rôle d'opposition parce que ces partis se sont habitués aux fonctions d'approbations ce qui ne les a pas permis de développer une vision d'opposition claire.

Pour le Wifaq, sa faiblesse en opposition est due à la faiblesse de la prestation du

nouveau gouvernement d'alternance.

SOUS-SECTION 2 : Le centre et les partis à portées idéologiques

Après les coalitions et la naissance des deux blocs,la Koutla et le Wifaq,la carte

politique marocaine assistera naissance d'un centre politique pour donner une configuration optimale et plus équilibré au champ politique.

Mais ce champ assistera aussi la constitution de nouveaux partis avec des charges

idéologiques intenses et qui marginalisent l'intérêt de se positionner dans les nouveaux blocs

de la carte politique marocaine.

1) le centre

Lors de son discours du 10 octobre 1996, feu Hassan II a incité sur la nécessité de

création d'un centre politique.

Ainsi les années 90, assisteront la naissance d'un centre gauche et d'un centre droit.

A): Le centre droit :

Le centre s'est constitué du Rassemblements National des Indépendants, du Mouvement National Populaire et de l'Union du centre démocratique et social constitué à son tour du Mouvement Démocratique et Social et du parti de l'Action.

Avec l'apparition de partis de centre gauche à partir de 1996, les partis dits du centre deviendra automatiquement dorénavant des partis de centre droit.

a) Le RNI

Lors des élections législatives du 25 juin 1993, le RNI n'a pu obtenir que 34 sièges,

résultat dévoilant la crise interne des composants du parti, entre ceux qui optent pour un rapprochement du bloc démocratique et ceux qui préfèrent le soutien du Wifaq national.

84

Apres le discours royal incitant sur la création du centre,le RNI va se trouver automatiquement comme leader de ce nouveau bloc et c'est en cette qualité qu'il va participé aux élections communales du 13 juin 1997.

En octobre, le RNI va présenter un projet social où il essai de déterminer son

identité politique en accentuant sur sa volonté de représenter le centre démocrate social et de renforcer les institutions démocratiques du pays.

Ainsi le RNI « se positionne entre les idéologies qui sont pour l'intervention de l'état dans tous les secteurs et les courants libéraux cherchant ainsi l'installation d'un

équilibre entre le secteur public et le secteur privé, entre la ville et le monde rural, entre le libéralisme et le socialisme, entre l'industrie et l'agriculture, entre l'industrie moderne et l'industrie traditionnelle, entre l'individu et la société »150.

Ainsi le RNI participe aux élections législatives du 14 novembre 1997 et obtient 46

sièges et 42 sièges aux élections concernant la chambre des représentants.

Ces résultats ont permis au RNI de participer au gouvernement d'alternance du 14 mars

1998 dirigé par Abderahman Youssfi profitant de 6 portefeuilles ministériels.

b) Le MNP

Depuis l'expulsion de Mahjoubi Ahardane du Mouvement Populaire en octobre

1986, ce dernier a toujours cherché à reprendre contact avec le pouvoir dans le but de constituer un nouveau parti politique.

En Mai 1990, feu Hassan II nomme Ahardane comme représentant des résistants au conseil consultatif des droits de l'homme (CCDH).

Cette nomination a été perçue comme une lettre de « réconciliation » permettant à

Ahardane de reprendre son activité politique.

Ainsi, entre le 17 et 18 juin 1991, le mouvement national populaire organise son congrès constitutif à Marrakech et désigne Mahjoubi Ahardane comme secrétaire général

du Parti.

Le MNP a participé aux élections législatives du 25 juin 93 et a obtenu 25 sièges ce qui lui avait permis de constituer un groupe parlementaire (groupe du mouvement

national).

150 Le RNI : Le projet rassembliste (machrouâ ta jamouî), Octobre1997), p : 7

85

Le MNP a aussi participé aux élections législatives du 14 novembre 1997 et a obtenu 19 sièges, ainsi que 15 sièges au terme des législatives concernant la chambre des représentants de décembre de la même année.

Se positionnant dans la majorité parlementaire, le Mouvement National Populaire a participé au gouvernement d'alternance de 1998 avec 3 portefeuilles ministériels.

c) L'union du centre démocratique et social :

En 1998, deux formations politiques se sont réunies dans un cadre coordinateur,

profitant de leur appartenance au courant centriste.

Mais ce cadre de coordination constitué par le mouvement démocratique social et le parti de l'action n'a pas connu un grand succès.

C1) Le MDS

Le scénario de la dictature d'Ahardane au sein du MP (et qui été à l'origine de son

expulsion du parti au 1986) va se reproduire au sein du MNP pour donner cette fois naissance à un nouveau parti : le MDS.

Effectivement, le 17 octobre 1995,17 scissionnistes de ce parti créent un nouveau groupe parlementaire sous le nom du « Mouvement national démocratique ».

Ce groupe parlementaire était l'embryon d'un nouveau parti qui fera naissance en 29 Mai

1996 sous le nom du « Mouvement National Démocratique et Social » et qui changera de nom le 20 octobre 1996 après un congrès extraordinaire pour devenir le « Mouvement démocratique et social ».

Le MDS a participé aux élections législatives de la première chambre du 14 novembre 1997 et a obtenu 32 sièges, ensuite lors des élections de la chambre des représentants le MDS a obtenu 33 sièges.

Perdant l'espoir de siéger au gouvernement d'alternance, Mahmoud Archane a déclaré lors du congrès extraordinaire de l'union constitutionnel du 10 Mai 1998 que son parti rejoint l'opposition.151

151 DARIF MOHAMED, alahza b assiyassiya almaghribiya, Casablaca, 1ère édition, 2001, p : 309

86

C2) le Parti de l'Action :

Après la mort de Abdellah Senhaji, fondateur du PA en 1986, le parti a presque

gelé ses activités.

Entre le 22 et 23 juin 1996, le PA a organisé son 3ème congrès national qui a désigné

Najam Aba Akil comme président du parti et a offert à ce dernier des pouvoirs absolus. Le 31 Mars 1998, Mohammed Idrissi (nouveau secrétaire général du PA depuis

janvier 1998) signe un accord avec Mohammed Archane secrétaire général du MDS pour

la création d'un cadre de coordination entre les deux partis : l'union du centre démocrate social.

Cette union a tenté de joindre le PDI mais c'est ce qui n'a pu aboutir à cause de la nature des équilibres au sein de ce parti.

B : Le centre gauche :

La constitution du PSD et du FFD marque la naissance d'un nouveau centre

gauche, partageant ainsi le centre politique marocain en deux blocs : un centre droit et un centre gauche.

a) Le PSD

En 1996, c'est au tour de l'OADP de connaître le goût de la scission.

En effet, le 5 et 6 Octobre 1996 à Salé, des scissionnistes de l'OADP organisent le conseil des cadres du nouveau parti, qui a approuvé les feuilles d'orientation politique et organisationnelle, a donné le nom du « Parti Socialiste Démocrate » au nouveau parti et a

élu un bureau politique composé de 10 membres dont Aicha Ouadighi comme secrétaire général.

Le PSD a participé aux élections législatives du 14 Novembre 1997 et a obtenu 5

sièges dans la première chambre du parlement.

Le parti de Ouadighi a participé du fait au gouvernement d'alternance du 14 Mars 1998

avec un seul portefeuille ministériel.

87

b) Le FFD

Depuis 1943, Ali Yata était l'image du leader absolu du communisme puis du

socialisme du Maroc. Ali Yata n'a pu tenir à sa promesse de céder le fauteuil du

Secrétaire général du PPS après le 5ème congrès de juillet 1995.

Cette promesse non tenue a fait surgir une confrontation interne dans le parti entre le

courant de « Ismaïl Alaoui » et celui de « Thami Khiyari » qui décidera en juillet 1997 de constituer le FFD.

Pour les fondateurs de ce parti, « les conditions de la constitution du FFD ont été réunie au terme de la volonté exprimée par une élite d'acteurs politique de différentes régions du pays et de divers milieux sociaux,tous animés par le désir de contribuer au projet de démocratisation de l'état et de la société , et de développer la réflexion sur la

situation générale du pays,en s'appuyant sur les données relatives à sa dynamique et tirer

les enseignements du cours de la vie politique nationale. »152

Pour les adeptes de ce parti, « la constitution d'un parti politique entreprenant et influent, est tributaire de l'adoption d'un discours politique nouveau, qui s'inspire de l'esprit de l'époque et de ses exigences, tourné vers l'avenir et rejetant la démagogie et toute forme d'intolérance ou d'extrémisme et ouvert sur les idées nouvelles et

moderniste ».153

Le congrès constitutif du FFD a élu un bureau exécutif composé de 31 membres et

a désigné Thami Khiyari comme secrétaire national du parti.

Le FFD a participé aux élections du 14 novembre 1997,quatre mois après sa constitution,et

a obtenu 9 sièges dans la première chambre des représentants bénéficiant ainsi d'un groupe parlementaire au sein de ce conseil.

Pour le FFD, « la participation au gouvernement d'alternance quoique limité à deux portefeuille,puis à un seul par la suite,était liée à des secteurs vitaux du domaine

économique (la pêche maritime) et au secteur social (santé et solidarité).le FFD a oeuvré,depuis sa position au sein du gouvernement pour la réussite de l'expérience de l'alternance dans ses deux dimensions essentielles :la dimension politique générale dans le

152 Le FFD-Bilan et perspectives (site du FFD, www.FFD.ma)

153 Idem.

88

cadre du renforcement de l'édifice démocratique et la consolidation des coutumes démocratiques en matière de gestion de la chose publique ».154

2-les partis à portées idéologiques :

Les années 90 ont connu la naissance de trois partis à portée idéologique intense, le

PADS et le MPD qui se nourrissent des idéologies contestataires de gauche alors que le

PJD se référence à l'idéologie islamiste.

a) Le PADS

De 1983 à 1989, l'USFP vivait une tension interne entre les membres du bureau

politique, tenants de « l'option démocratique » et ceux de la commission administrative, plus à gauche. Ahmed Benjelloun qui en faisait partie a fini par claquer la porte.

En effet, lors de la réunion de la commission administrative du 6 octobre 1991 à

Rabat, l'assemblée a décidé de changer le nom du parti (l'union socialiste/la commission administrative nationale) pour devenir : le PARTI DE L'AVANT-GARDE DEMOCRATIQUE ET SOCIALISTE.

D'après son secrétaire général, «le PADS est la continuité légitime et historique du

mouvement populaire de libération, du mouvement unioniste, celui de l'UNFP puis de l'USFP ».155

Lors de sa première réunion du 18 juillet 1992, le PADS a exposé ses positions à propos de divers sujets politiques.

Le PADS exige « une réforme constitutionnelle substantielle qui favoriserait

l'émergence d'une assemblée législative ayant les peins pouvoirs de légiférer et de

contrôler l'action de l'exécutif et un gouvernement responsable devant les élus de la nation

et ayant la faculté réelle d'élaborer et de mettre en oeuvre la politique générale de

l'état »156.le PADS demande aussi « l'adoption de lois garantissant la transparence des élections et une vraie volonté politique de rompre avec le passé ».157

154 Le FFD-Bilan et perspectives (site du FFD, www.FFD.ma)

155 Entretien de Ahmed Benjelloun avec Maroc Hebdo

156Idem

157 Idem

89

Partant de cette vision qui se contredit avec le projet royal de la révision constitutionnelle du 20 août 1992,le PADS appelle les masses populaires à boycotter le referendum du 4 septembre 1992.

Fidèle à sa politique de boycotte, le PADS a appelé lors de la réunion du comité central du parti le 19 octobre 1997, à s'abstenir de la participation aux élections législatives

du 14 novembre 1997 considérant que « les politiques de consensus existantes ne peut

ouvrir la porte à une alternance démocratique réelle et ne vise qu'à marginaliser les forces vivantes du pays ».158

b) Le Mouvement Pour la Démocratie : MPD

Le MPD trouve son origine dans le mouvement clandestin « 23 mars » crée en 1970

par un groupe d'étudiants dissident de l'UNFP chargés d'une idéologie marxiste léniniste

et qui avait pour enjeu de poser les bases d'une révolution culturelle.

Fatigué de la rude pourchasse du pourvoir, nombreux militants de cette organisation optent pour le choix démocratique et l'intégration du champ partisan.

Le 16 juin 1996, le MPD organise à Al Jadida son congrès constitutif pour avoir son récépissé de légalité le 15 octobre 1997, un mois avant les élections législatives.

Le MPD n'a pas attendu l'acquisition de son récepissé juridique pour participer aux élections communales du 13 juin 1997 mais a proposé ses candidats au nom de l'OADP.

Le MPD a participé aux élections législatives de 1997 mais n'a pas pu obtenir aucun siège.

Après la nomination de Abderahman Youssfi à la tête du gouvernement

d'alternance, le MPD a estimé que « l'alternance réelle ne peut être que celle résultant des urnes après des élections transparentes ».159

c) Le PJD

Le PJD trouve son origine dans le MPDC fondé par Docteur Khattib en 1967 après

sa scission du MP a cause d'un conflit avec Ahardane sur la position du parti de l'Etat d'exception annoncé en 1965.

Le MPDC a participé aux élections législatives du 14 novembre 1997 et n'a pu former un groupe parlementaire après avoir obtenu 9 sièges.

158 Entretien de Ahmed Benjelloun avec Maroc Hebdo

159 Déclaration du conseil national du MPD (22/02/1998)

90

Lors de la constitution du gouvernement d'alternance,Abderahmane Youssfi a proposé un portefeuille ministériel au MPDC mais ce dernier refuse l'offre préférant d'établir un

« soutien critique » sur le nouveau gouvernement.

Apres l'exil de Motiî fondateur du mouvement de la jeunesse islamique marocaine

« MJIM », des anciens révolutionnaires comme Abdelilah Benkirane créent le

« mouvement Attawhid Wa Islah.

Ce mouvement va rejoindre le MPDC en 1998 et devenir la matrice spirituelle du parti. Lors des travaux du conseil national du 3 et 4 octobre 1998, le parti décide de

changer de nom pour devenir le PJD.

Se considérant comme « la continuité organique du MPDC »160,le PJD est « un parti politique national oeuvrant ,à partir du référentiel islamique et dans le cadre de la monarchie constitutionnelle fondée sur la commanderie des croyants,à contribuer dans l'édification d'un Maroc Moderne,démocratique,prospère et solidaire ».161

160Charte constitutive du PJD disposition I

161 La mission du parti (www.PJD.ma)

91

CHAPITRE III : DE L'OUVERTURE A LA

POLARISATION 1999-2006

Le 23 juillet 1999, feu Roi Hassan II est décédé, les marocains sont saisis par le

deuil et la peur .Mais cette peur cède vite le pas à l'enthousiasme devant la jeunesse du nouveau Roi .le champ politique marocain était une parmi des scènes où a manifesté cet enthousiasme par l'apparition de plusieurs nouveaux partis politiques depuis 2001 et la réalisation des premières élections libres et transparentes depuis l'indépendance. (Sect. 1)

Depuis 2002, le champ politique marocain rentre dans une crise marquée entre

autres, par la déconnexion des partis de la réalité politique et la perte de vitesse des grands partis traditionnels.

Ainsi la réforme de la scène politique marocaine devint une nécessité majeure. En octobre 2005, une nouvelle loi sur les partis politiques162 a été le premier pas qui sera accompagné par une série de coalitions et d'unifications entre les partis qui s'inscrivent

dans la volonté de recomposer ce paysage politique.

Les prochaines élections de 2007 seront sans doute un examen pour tous les acteurs politiques ; le pouvoir qui veut voir ses réformes de la loi sur les partis et le mode de

scrutin163 aboutir à des majorités cohérentes et stables et les partis politiques qui veulent

montrer leur aptitude d'adhérer et de réussir ces grandes réformes sachant que les résultats

de ces élections seront déterminante quant à leur avenir politique voir même à leur existence. (Sect. 2)

162 Voir annexe

163 Le mode de scrutin des élections de 2007 n'est pas encore déclaré au moment de la réalisation de ce mémoire.

92

SECTION I : Les partis politiques et la nouvelle ère (1999-2002)

Par une série de gestes politiques symboliques comme la création d'une

commission royale d'indemnisation des anciens prisonniers politiques en août 1999 ou la permission du retour d'exil d'A.Serfaty ou encore la révocation de D.Basri de l'intérieur, le Roi Mohammed VI a donné une concrétisation aux slogans de la nouvelle ère.

L'ouverture politique inauguré par le monarque a ouvert l'appétit de l'action politique ; entre 2001 et 2002 et à la veille des premières élections de la nouvelle ère, pas moins de 14 nouveaux partis politiques ont vu le jour, une vraie hémorragie (1) qui aura

des conséquences néfastes sur les élections de 2002 (2).

1 : L'hémorragie partisane (2001-2002)

Il est vrai que depuis l'alternance, la cadence de la création des partis s'est beaucoup

accélérée. Rien qu'en 2002, nous avons assisté à l'apparition de 11 nouveaux partis. Toutefois, « il ne faut pas voir cela comme une balkanisation ou un affaiblissement du champ politique», explique Mohamed Darif avant d'ajouter que « le Maroc vit une dynamique politique qui se matérialise par une volonté de nouvelles élites à accéder à un champ jusque-là totalement verrouillé par les anciennes générations » 164.

Mais ne risque-t-on pas d'assister à la multiplication de «petites officines» sans réel

impact sur les électeurs et qui risquent de brouiller encore plus les identités politiques ? Si l'on se réfère aux résultats des élections 2002, la réponse est plutôt oui.

En effet, la plupart des partis créés lors de cette période se sont révélés souvent de simples " déclarations d'intention ", incapables de mobiliser les électeurs et de présenter des programmes clairs et rénovateurs.

Ainsi, nous nous contenterons d'une présentation brève de la plupart de ces partis.

164 La «hizbomania» s'empare du champ politique national, www.yabiladi.com

93

a) Annahj addimocrati : la voie démocratique

La voie démocratique a été fondée en 1995 comme courant politique militant dans

la légalité, elle constitue la continuation politique et idéologique du Mouvement Marxiste- léniniste Marocain (MMLM), et en particulier de l'organisation Ila al Amam, qui militait dans la clandestinité.165

La voie démocratique considère que son rôle est de participer à l'essor de l'organisation de toutes les masses opprimées, et à leur tête la classe ouvrière, et à l'épanouissement des initiatives militantes et autonomes de la société civile.166

La 7ème rencontre nationale tenue les 4 et 5 décembre 1999 à Casablanca a constitué

un point d'inflexion décisif dans la marche militante et combative de la voie démocratique

en annonçant l'entrée dans la phase de demande de la reconnaissance par les autorités

(dépôt du dossier de constitution juridique auprès des autorités).167

Pour la voie démocratique, « la voie d'accès au véritable changement passe par la mise en place d'une constitution démocratique (...) se basant sur une séparation des pouvoirs et incarnant la volonté politique en tant que source de tout pouvoir ».168

La voie démocratique ne sera reconnue par les autorités qu'en 2001.

Annahj a appelé au boycotte des élections de 2002 car pour ce parti « la participation aux élections ne signifie qu'appui à un processus tracé par le pouvoir makhzénien,avec la complicité des forces impérialistes,avec pour objectif principal la reproduction du statu quo ».169

Le PADS qui forme avec Annahj l'extrême gauche marocaine a aussi appelé à

boycotter ces élections. .

b) Parti de la Gauche Socialiste Unifiée : GSU

Le «rêve» de l'unité de la gauche radicale est, finalement, une réalité. Au terme

d'un congrès constitutif, organisé les 13,14 et 15 juillet à Casablanca, quatre composantes

de l'extrême gauche marocaine, L'Organisation de l'Action démocratique et populaire

165 Site d'Annahj : www.annahjaddimocrati.org

166 Idem

167 Idem

168 Ibid

169 Ibid

94

(OADP), le mouvement des Démocrates indépendants (MDI) crée en 2000 qui vient d'une variante du mouvement estudiantin AlQuaidiyyine (basistes)170 , le Mouvement pour la démocratie et Potentialités de Gauche ont fondu en une seule structure partisane. Baptisée

la Gauche socialiste unifiée (GSU), la nouvelle formation politique, fruit d'un long processus unitaire engagé depuis deux ans, semble avoir un projet politique clair. La

«déclaration politique», rendue publique à l'issue du congrès, met en effet, l'accent sur

deux idées centrales : l'urgence de la réforme constitutionnelle et le primat de la question sociale.

La direction de la GSU est collégiale, l'ancien chef de l'OADP, Mohammed

Bensaïd, n'occupera que le poste honorifique de président.

La création de la GSU constitue, en elle-même, un pas en avant vers la constitution du

«grand pôle démocratique» au Maroc dont la GSU veut être à la fois la colonne vertébrale

et le fer de lance.

c) Le Congrès National Ittihadi : CNI

En 2001, et après une série d'hésitation, les syndicalistes du CDT militant au sein

de l'USFP décident de quitter exprimant leurs refus des politiques du parti au sein du gouvernement d'alternance ainsi qu'au plan interne du parti.

Ainsi et partant d'une idéologie syndicalo-populiste le CNI a tenu son congrès constitutif et a élu Abdelmjid Bouzoubaa comme secrétaire général.

Mais cette formation n'aurait jamais pu aboutir sans l'engagement du fameux syndicaliste Noubir Amaoui sur qui dit Bouzoubaa : « Je ne vais pas nier que mon camarade

et frère Amaoui est le père spirituel et la référence politique et éthique de notre parti. Je ne nierai pas, non plus, qu'il a eu un rôle majeur dans mon élection au poste de secrétaire général du CNI dont je le remercie infiniment ». 171

d) Forces Citoyennes : FC

Le 10 novembre 2001, l'ex président de la CGEM Abderahim Lahjouji et un

nombre de ces compagnons de « patronat » constituent le parti des forces citoyennes.

170 La foire des sigles. Maroc hebdo international n°407-du 25 février au 02 mars 2000

171 RIDOUANE.K, Congrès national ittihadi : Noubir Amaoui reprend du service , LE MATIN, 30 mars 2006

95

Pour Lahjouji, son parti répond au besoin de combler un certain vide politique et de dépasser aussi le discrédit qui frappe les structures partisanes au Maroc. Ce parti ajoute Lahjouji compte intéresser les jeunes compétences à la chose politique par une implication effective et sérieuse dans les problèmes du pays en abandonnant les discours

démagogiques et les slogans creux.172

e) Parti d'Alliance Des Libertés : ADL

La formation politique de Ali Belhaj et ses amis, «l'Alliance des libertés», a vu le

jour le 16 mars 2002 à Casablanca. Ses fondateurs comptent faire la politique autrement. L'ADL ambitionne d'insuffler «un nouveau souffle à l'action politique, pour faire en sorte que la jeunesse de ce pays s'engage pour un véritable projet de société».173

Belhaj croit nécessaire et possible de constituer au Maroc un grand centre-droit dont l'ADL ambitionne d'être la locomotive. Un peu contre le libéralisme intégral mais surtout contre la déliquescence de la gauche. «Notre grand défi c'est d'être en partie les acteurs qui consolideraient les institutions qui sont les fondements de toute véritable démocratie».174

f) Parti Marocain Libéral : PML

Après sa démission du gouvernement Mohamed Ziane jusque là militant de l'UC, a

commencé par sortir un journal libéral .en 1997 et en rupture de banc avec son parti initial

Ziane s'est présenté aux élections sous les couleurs du PA.

En 2002, Ziane constitue le PML car pour cet homme « le Maroc a besoin du libéralisme. Il n'existe pas au Maroc d'esprit libéral, rien au Maroc n'est libéral ».

g) Parti libéral réformateur : PLR

Alouah M crée le Parti libéral réformateur (PLR). Un parti qui, comme son

prédécesseur (PML), s'est illustré par des communiqués contre tout ce qui ne cadre pas

172 LAHJOUJI, c'est parti. Maroc hebdo international, n°481

173 El AZIZI.A, Une nouvelle race de politiques, Maroc hebdo international n°502 -Mars 2002

174 Idem.

96

avec la vision de Alouah. M Le gouvernement de Mer Abderrahmane Youssoufi en a pris une bonne dose.175

h) Parti de l'environnement et du développement : PED

L'écologie politique a un nom : Fatima Alaoui. le 29 juin 1992, Fatima devient

l'unique femme marocaine à la tête d'un parti politique, le Parti National des Verts pour le développement, mais ce parti n'a pas pu être reconnu par l'état.

En 2002, Alami Ahmed l'ex ministre de santé profite du vide du créneau pour

constituer le parti de l'environnement et du développement. Le PED est paradoxalement écologiste et libéral.

i) Parti des réformes et du développement : PRD

En 2001, l'ancien membre du cabinet royal et l'ex ministre Abderahmane El Cohen

claque la porte du RNI pour jouer au « zaîm », S'expliquant sur les raisons qui ont présidé

à la naissance de sa formation, le secrétaire général du PRD a affirmé que le parti vise à redonner confiance aux citoyens en l'action politique en vue d'une mobilisation générale

de toutes les énergies afin de réaliser le décollage économique et garantir un développement global et durable.176

j) Parti du renouveau et de l'équité : PRE

Constitué par Chakir Achehbar en 2001 jusque là militant au sein du mouvement

populaire, ce parti n'a pas tarder à faire apparaître ses limites.

k) Parti de l'Union démocratique : UD

Depuis 2002, on ne parle plus de mouvements populaires mais de la famille du

mouvement populaire puisque la scène politique abritera 7 partis politiques tous nés

175 JOUHARI.N, Jouer avec le feu, Maroc hebdo international n°593

176 La percée de El Cohen, Maroc hebdo international, n°496 -Janvier 2002

97

directement ou indirectement du mouvement populaire. L'UD crée en 2001 par Bouazza

Ikken en fait une illustration.

Les conflits personnels opposant Ikken a Ahardane a poussé ce premier à procéder

à une scission au sein du groupe parlementaire du MNP (Mouvement national populaire)

de Mahjoubi où le nouveau rapport de forces qui se dégage atteste que le groupe Bouazza

Ikken compte 22 députés dans la première chambre et 24 dans la seconde alors que les

amis de Aherdan ne sont respectivement que 19 et 17. Ikken finit par prendre ses dauphins avec lui pour créer son parti.

l) Parti du pacte (Al Ahd)

A l'image de ce que a fait Ikken avec le MNP, Najib Ouazzani a suivi le même

chemin pour créer en 2002 le parti d'Al Ahd après une scission du mouvement populaire

MP.

m) Parti des Initiatives Citoyennes pour le Développement : ICD

Dans le même sens,Mohamed Benhamou était chargé par le MP de diriger la

fondation Lahcen El Youssi,cela a évolué en ambition partisane d'où la création de l'ICD

en 2002.

n) Parti Albadil Alhadari (Alternative Civile)

Albadil Alhadari a vu le jour le 22 octobre 1995 comme un mouvement islamique

opposant qui trouve son origine dans le mouvement national puis dans le mouvement de la jeunesse islamique marocaine.

Le 14 juillet 2002 le mouvement a organisé à casa son congrès constitutif pour se

transformer en parti politique. Mais ce parti n'a pu obtenir son récipissé des autorités et du fait n'a pas participé aux élections de 2002.

98

2 : les élections de la nouvelle ère

Intervenant pour la première fois sous le règne de Sa Majesté Mohammed VI, le

premier enjeu des élections législatives du 27 septembre 2002 était celui de les entourer d'un maximum de garantie de rupture avec le passé. L'intelligence avec laquelle les

services du ministère de l'intérieur ont su gérer leur affaire conforte l'impression générale

de la volonté des pouvoirs publics à changer l'ordre des choses.

En respectant l'échéancier qui lui a été attribuée et en inaugurant des instruments électoraux novateurs, elle s'est voulue dans sa forme, comme le souhaitaient les marocains : l'annonce d'une nouvelle phase politique en totale rupture par rapport au passé. Toutefois, dans le fond et à travers ses différentes phases de déroulement, elle a donné lieu à un piteux spectacle qui, lui, n'augure rien de bon pour l'avenir, exacerbant davantage l'état ambiant de crise.

a) des logos pour les partis

Les vingt-six partis en lice pour les élections des membres de la Chambre des

représentants, prévues le 27 septembre, ont choisi, conformément aux dispositions du mode de scrutin de liste, des logos au lieu des couleurs, précédemment en usage dans le scrutin uninominal.

Si certains partis ont conservé les symboles qui les distinguent depuis des années, d'autres formations politiques ont opté pour des logos faciles à retenir et qui ne supportent pas souvent des interprétations qu'on a tenté de leur coller.

Ainsi, les partis "traditionnels" comme le Parti de l'Istiqlal (1944) et de l'Union Socialiste des Forces Populaires (1975) ont présenté leurs symboles habituels, respectivement "la balance" et "la rose", tandis que le Parti Démocratique et de l'Indépendance (1946) a opté pour "le dromadaire".

Le Rassemblement National des Indépendants (1978) a choisi "la colombe", l'Union Constitutionnelle (1983) "le cheval" et le Parti National Démocrate (1981) "la clef".

Dans le camp des partis à sensibilités de gauche, le Parti du Progrès et du Socialisme (1974) a fait le choix du "livre", le Parti de la Gauche Socialiste Unifiée (ex- OADP, 1983) des "bougies", le Parti Socialiste démocratique (1996) de "la main", le Congrès National Ittihadi (2001) "le voilier" et le Front des Forces Démocratiques (1997)

"le rameau d'olivier".

D'autres choix à forte symbolique ont été faits par d'autres partis : le Mouvement

Populaire (1959) a choisi "le poignard", le Mouvement National Populaire (1991) "l'épi",

le Parti de la Justice et du Développement (1967, ex-MPCD) "la lampe" et le Parti Al-Ahd

(2002) "l'automobile".

99

Chez les formations politiques à tendance libérale, "la maison", "le lion" et

"l'horloge" seront les signes distinctifs respectivement du Parti des Forces Citoyennes

(2001), du Parti Marocain Libéral (2002) et de l'Alliance des Libertés (2002).

Dans la catégorie des partis à mouvance "citoyenne" ou "environnementale", la plupart nouvellement créés, les logos sont les suivants : "la porte" pour Initiatives Citoyennes pour le Développement (2002), "la silhouette humaine" pour le Parti du Renouveau et de l'Equité (2002) et "la gazelle" pour le Parti de l'Environnement et du Développement (2002).

Le Mouvement Démocratique et Social (1996), Le Parti de la Réforme et du Développement (2001) et l'Union Démocratique (2001) ont choisi respectivement "le palmier", "le croissant" et "la théière".

"L'oeil" et "l'abeille" seront les logos respectivement du Parti de l'Action (1974) et du Parti du Centre Social (1984). 177

b) les résultats des élections

Les résultats définitifs des législatives, annoncés le 1er octobre par Driss Jettou

alors ministre de l'Intérieur, avaient placé en tête quatre familles politiques sur un échiquier parlementaire composé de vingt-deux formations. Dans l'ordre : les socialistes

du Premier ministre sortant, les conservateurs de l'Istiqlal, les islamistes du PJD (même

s'il n'a été autorisé à présenter des candidats que dans la moitié des circonscriptions,le RNI

et le MP, que l'on disait proches des socialistes, mais s'étaient rapprochés du pôle conservateur. Un casse-tête dans la mesure où la coalition la plus large rassemblait droite

et islamistes, mais où le parti de tête, au sein duquel se choisit traditionnellement le

Premier ministre, était socialiste. Le débat s'était, par ailleurs, vite porté sur les modalités

de la participation du PJD au gouvernement. Pour beaucoup il n'y avait aucun doute : l'USFP socialiste, arrivée en tête, allait conduire un nouveau gouvernement. Le quotidien L'Economiste avait même titré en Une, le 1er octobre : «Youssoufi reconduit pour deux

ans». Et si le parti de l'Istiqlal, de l'ancienne coalition gouvernementale, pouvait prétendre

diriger un gouvernement de droite, son leader, Abbas El Fassi, ministre de l'Emploi sortant, était empêtré dans une affaire d'emplois fictifs aux Emirats Arabes Unis, qui a écorné son image.

Entre un Youssoufi au bilan plutôt moyen, un El Fassi jugé ambitieux, des

islamistes qui inquiètent et des partis du «centre» versatiles, il était effectivement difficile

de composer un gouvernement solide. D'autant plus que la «transhumance» politique d'un parti à l'autre avait commencé dès le lendemain de l'annonce des résultats officiels. Le

177 Les partis en lice, www.map.co.ma

100

RNI, «centriste», serait ainsi passé de 41 sièges à 57. Une pratique dangereuse puisque le parti de tête n'avait que deux sièges d'avance. Le Roi a donc opté pour un homme de consensus, «au-dessus» des partis, comme la Constitution l'y autorise. Driss Jettou est

apparu comme l'homme de la situation. Les dirigeants économiques lui font confiance, les partis politiques lui reconnaissent une capacité de travail et une rectitude au service de ses objectifs. On a salué de façon quasi unanime le scrutin «transparent» du 27 septembre, orchestré par son ministère.178

La nomination de l'un des proches de Mohamed VI à la tête du gouvernement

s'inscrit dans la logique de la «nouvelle ère» que connaît le Maroc. Un mode de gouvernement dans lequel le Roi conserve toutes ses prérogatives, limitant le champ d'action de la politique partisane.179

SECTION II : Vers la rationalisation de l'action (2002-2006)

Certes, la crise partisane au Maroc n'est pas un fait nouveau, mais depuis 2002

cette crise n'a cessé de s'aggraver. (1)

La nouvelle loi sur les partis politiques a essayé de mettre le doigt sur les symptômes de la vie partisane et à les soigner par un ensemble de mesures. (2)

Mais cette législation a elle seule ne peut remplir sa tache si elle n'est pas accompagnée par une volonté sincère de la part du pouvoir et des partis à assainir le champ politique marocain.

Dans ce sens, et depuis l'apparition du projet de la loi sur les partis, la scène politique marocaine parait de plus en plus agitées et riches d'événements politiques (ralliements ou intégrations, coalitions, unifications, constitutions de nouveaux partis) ce qui rend la tâche

de cerner le phénomène par le chercheur assez compliquée surtout à la veille des échéances électorales de 2007.

Néanmoins, on peut parler depuis 2005 d'une volonté de polarisation à laquelle s'oppose une série de créations de nouveaux partis (3).

178 BROZ.I, Un Premier ministre en dehors des partis, www.rfi.fr ,10 octobre 2002

179 Idem.

101

1) La crise du champ partisan marocain

Les élections législatives de 2002 et la manière avec laquelle s'est constitué le

gouvernement de Jettou a dévoilé au grand jour la crise des partis politiques marocains. Un des principaux enseignements des dernières élections demeure

incontestablement celui d'un déplacement sensible des grands clivages sociaux structurant

les grands choix politiques. L'opposition entre la gauche et la droite semble ainsi avoir

perdu de sa vigueur, en particulier du fait du déclin des idéologies. Ce déclin s'exprime par une mutation forte des mentalités et des modes de vie des couches populaires vers ceux des classes moyennes : il constitue un indice majeur de la rupture idéologique avec le passé.

Aux clivages de classes se sont progressivement substituées de nouvelles oppositions, mettant face à face les partis islamistes et les partis laïques, les partis nationalistes ou urbains et les partis amazighs ou du terroir.

La difficulté croissante pour les partis politiques à répondre à leurs fonctions essentielles contribue à la rupture du pacte social entre les citoyens et leurs élites politiques

et à l'aggravation de la méfiance des citoyens. Sous de multiples aspects, les partis traditionnels paraissent moins capables d'agir en tant qu'intermédiaires au sein du système pluraliste marocain, en termes de représentation des groupes sociaux, d'intégration et de mobilisation des individus pour les projets de société.

Le succès des islamistes sur le terrain se réaffirme par une véritable capacité à

proposer un nouveau pacte de solidarité sociale; et c'est peut-être là que réside le moteur principal de leur dynamique électorale. L'apparition des mouvements islamistes peut être regardée comme une conséquence directe de l'impasse du système, de la fracture grandissante entre les organisations partisanes traditionnelles et les masses populaires. 180

Le système de coalition a contribué à brouiller les repères et à restreindre le champ

de la compétition partisane. La recherche de compromis et de consensus entre les partis visant à assurer l'équilibre du système politique au détriment des idéaux et de l'alternance réelle, a produit un système de partis très bureaucratiques.

Tels sont quelques figures de crise un champ politique qui nécessite plus que jamais

la sortie des acteurs du silence et d'adopter de profondes réformes.

180 SIHADDOU M , Le sévère diagnostic du Souverain sur le paysage politique marocain ,Le matin

29octobre 2005

102

Le premier pas a été sans doute la nouvelle loi sur la partis, qui n'est comme affirme le Roi qu' « un premier jalon essentiel dans un processus fondateur visant à favoriser l'émergence d'une nouvelle culture politique, qui conforte la confiance dans les formations politiques et les assemblées élues ».181

2) La nouvelle loi sur les partis politiques marocains

En effet, S.M. le Roi a affirmé, lors de l'ouverture de la première session de la

quatrième année législative, que « les partis politiques constituent des écoles du nationalisme et de la citoyenneté authentique et l'instrument idoine pour initier tous les Marocains à une bonne implication dans la gestion des affaires publiques et la pratique de l'action politique dans son sens le plus noble »182.

L'objectif ultime, a ajouté S.M. le Roi, étant de "doter les partis nationaux des antidotes

nécessaires et de prémunir le paysage partisan contre les risques de balkanisation susceptibles d'empêcher ces formations de jouer convenablement leur rôle constitutionnel"183.

Le 21 octobre 2005, les députés marocains ont adopté à une large majorité une loi

sur le financement et l'organisation des partis politiques qui remplace un décret royal

datant de 1958. Le projet de loi a été approuvé par 44 voix contre deux et 22 abstentions. Ce texte prévoit que l'Etat participe financièrement aux frais de fonctionnement des partis

ayant obtenu au moins 5% aux élections législatives.

Le projet de loi stipule également la mise en place de mécanismes, dont le contrôle par la Cour suprême des Comptes, afin de s'assurer de la "transparence" des finances des partis. Elle bannit aussi la "transhumance" en interdisant à tout député ayant bénéficié du soutien d'un parti pour son élection de changer d'appartenance politique durant tout son mandat.

Le projet de loi interdit la création de partis dont "les objectifs sont contraire à la Constitution ou dont le but est de porter atteinte à la religion islamique, au régime monarchique ou à l'intégrité territoriale".

181 Discours prononcé par SM le Roi lors de l'ouverture de la première session de l 'année législative 14

octobre 2005

182 Idem.

183 Idem

103

Sont également interdites les formations fondées sur "une base religieuse, linguistique, ethnique ou régionale ou d'une manière générale sur toute base discriminatoire ou contraire au droits humains".184

Les partis politiques sont donc appelés à dépasser leur mission traditionnelle, qui

était liée uniquement à la préparation des élections, pour jouer un rôle beaucoup plus large allant dans le sens de leurs responsabilités constitutionnelles consistant notamment à

élaborer des programmes pragmatiques qui répondent aux aspirations des citoyens et à une vision d'un Maroc moderne et démocratique.

L'adoption de ce projet de loi a été plus que nécessaire pour que les prochaines échéances se déroulent dans de meilleures conditions, d'autant plus que l'adoption de la loi sur les partis permet d'envisager les échéances électorales de 2007 sous de meilleurs auspices.

Mais une question qui se pose d'elle-même, la nouvelle loi sur les partis politiques génèrera t-elle une bipolarisation du champ politique ?

3) Vers la polarisation du champ politique marocain ?

A l'occasion de son Discours qui s'inscrit dans l'oeuvre de modernisation

institutionnelle et politique, et parlant de la nouvelle loi sur les partis, S.M. le Roi a explicité que «ce cadre devrait favoriser l'émergence de partis à même d'apporter des

réponses collectives, spécifiques et originales, à des questions sociétales très larges plutôt

que de chercher à satisfaire des ambitions personnelles ou catégorielles étriquées (...). Il est susceptible également d'inciter les partis politiques homogènes à se fédérer en pôles forts et solides (...). Ce projet de loi est de nature à contribuer à la rationalisation, la

rénovation et l'immunisation du paysage politique national (...) Il traduit de surcroît, Notre volonté de consolider la modernisation institutionnelle, et de veiller à ce que la polarisation politique efficiente ne pâtisse d'un multipartisme anarchique et débridé».185

La polarisation du champ politique est une opération à la fois nécessaire et délicate. Nécessaire parce q'une polarisation du champ politique permettra de redonner de la vie à l'action politique,de clarifier cette carte de plus en plus balkanisée,d'installer un pacte

social entre les élites politiques et les citoyens et d'acquérir leur confiance.

184 Adoption d'une loi régissant les partis politiques marocains, www.aujourd'hui.ma, Octobre 2005

185 Extrait du Discours Royal du 8 octobre 2004

104

Nécessaire aussi car elle permettra de former des gouvernements avec des programmes claires et homogènes,dirigés par des partis qui partagent des visions communes de la chose politique ,contrôlés par une opposition capable à critiquer et à proposer des alternatives.

Nécessaire et tant espérer par le pouvoir car cette polarisation pourra participer à l'émergence de quelques grands partis qui pourront faire face à la « menace » islamiste.

Mais cette opération est aussi très délicate pour plusieurs raisons :

Les grandes formations n'accepteront pas moins d'un rôle moteur dans toute possibilité de polarisation qui lui permettra de préserver ses « privilèges ».

Pour les petites formations, une quelconque polarisation peut menacer leur existence et peut précipiter leur disparition.

De là et de l'autre,la culture des « dictatures partisanes » et les images charismatiques des

leaders politiques marocains s'est enraciné depuis des décennies dans le champ partisan et toute tentative d' «assainissement » présente un vrai défit.

Du même la création de plus en plus de nouveaux partis complexe la tache.

Pour Pr. Omar Bendourou186 , Si la tendance actuelle est favorable au regroupement

de certains partis jugés proches et par conséquent la création de deux ou trois pôles, il est plus indiqué d'adopter un système électoral qui faciliterait la recomposition du champ politique marocain. Le scrutin majoritaire uninominal à deux tours pourrait contribuer à la réalisation de cet objectif. En effet, au premier tour, les partis se présenteraient sous leur propre couleur politique et au deuxième tour, les partis dont les programmes sont proches seraient contraints de se regrouper s'ils veulent remporter les sièges en compétition. Ce système pourrait par la suite faciliter les alliances solides, voire les fusions entre les

formations proches idéologiquement et aboutir à la création de pôles.187

De ce qui précède, il parait clairement qu'on ne peut parler d'aboutissement de pôles politiques au Maroc qu'après les échéances électorales de 2007.mais la machine politique elle, est toujours en marche en deux trajectoires opposées .Alors que plusieurs partis s'engagent depuis 2005 dans ce processus de polarisations, de nouveaux partis politiques (comme avant chaque échéance électorale) se précipitent à se constituer.

186 Professeur de sciences politiques

187 BENDOUROU, La loi sur les partis ne génèrera pas de bipolarisation, le journal, N°189, janvier 2005

105

a) dans le processus de polarisation

Entre 2005 et mars 2006, quatre initiatives politiques ont vu le jour et rentrent

pleinement dans ce processus de polarisation.

a1) Le Parti Socialiste Unifié : PSU

Il est incontestable que la création de la GSU en 2002 s'inscrivait déjà dans la

vision d'unification puisque rappelons-le, cette formation a unie l'OADP, le MDI, le MPD

et des potentialités de gauche.

En octobre 2005, une fusion-union a rassemblé le GSU avec « Fidélité à la démocratie » une association politique, il est dirigé par Mohamed Moujahid (ancien secrétaire général de la GSU) et Mohamed Sassi (de Fidélité).

Le PSU tend à convaincre les autres formations de la même idéologie (PADS, annahj, CNI) pour former un grand parti de `'la nouvelle gauche `'.

La constitution du « rassemblement démocratique » entre ces formations rentre pleinement dans ce cadre.

a2) l'intégration du PSD au sein de l'USFP

L'intégration des militants de l'ex parti social démocrate (PSD) au sein de l'USFP

est certainement le prélude à la mise en place d'un grand pôle de gauche unifié dans la perspective des législatives de 2007.

Pour Aissa Ouardighi,le secrétaire général de l'ex PSD : « pour garantir le succès de

la transition démocratique, il faut aller vers les grands rassemblements, l'unification, afin

de mettre fin à la division, à la dispersion, voire à une certaine balkanisation et qui a été, faut-il le rappeler, provoquée. »188

L'adhésion du parti de Ouardighi à l'USFP risque de sonner le glas de l'alliance socialiste (qui regroupe PSS, PSD et Al Ahd).

188 USFP-PSD : Vers le grand Parti de la Gauche , La Nouvelle Tribune, du 26 au 01 février 2006

106

a3) Accords de partenariat PJD - FC

Le Parti de la justice et du développement (PJD) et les Forces citoyennes (FC) ont

signé, le 17 novembre 2005 à Casablanca, un accord de partenariat « dans le but d'activer les initiatives politiques à même de relever les défis qui se présentent à

l'échelle nationale et internationale ». Cet accord a été signé par le secrétaire général du

PJD, Saâdedine Othmani, et le président des FC, Abderrahim Lahjouji.

L'accord vise, comme l'indiquent ses termes, à « élaborer des initiatives politiques communes en vue de constituer une force de proposition à même d'enrichir la vie

politique nationale, coopérer et échanger les expériences et les expertises dans les domaines de l'organisation et de l'encadrement et se concerter autour des diverses questions nationales et internationales, en vue d'élaborer des visions et des programmes

communs à l'échelle nationale et internationale ».189

a4) le Mouvement Populaire

En prévision de l'échéance 2007, la famille du mouvement populaire se prépare en

sortant l'artillerie lourde. Un congrès de fusion s'est déroulé le 24 et 25 mars pour unir le

MP, le MNP et l'UD, les trois partis fusionnent sous l'appellation de Mouvement National. Mouvement populaire, une histoire mouvementée si on utilise la logique, la fusion du Mouvement Populaire, du Mouvement National Populaire et de l'Union Démocratique est tout à fait normale puisque ces trois formations ont la même idiologie.190

A la suite de ce congrès historique, Ahardane est élu Président du MP alors que

Laansar est élu secrétaire général du parti.

Après la réussite de l'expérience de l'unification des 3 partis « harakis » au sein du

MP, des négociations sont en cours pour rapatrier le MDS et le AHD, les deux autres partis originaires de la mouvance populaire.

189 Stratégie commune du PJD et Forces Citoyennes, le matin, 18 novembre 2005

190 El HAMRAOUI.A, Mouvance populaire Un bloc uni ? , www.lereporter.ma

107

b) la création de nouveaux partis

On se le rappelle, à la veille des élections législatives de 2002, une multitude de

nouveaux partis politiques a vu le jour. Il s'agit de petits partis qui ne sont pas arrivés à s'imposer sur la scène politique. Les résultats insignifiants qu'ils ont obtenus lors des élections le démontrent largement.

D'autres partis qui n'ont pas été légalisés et qui n'ont pas participé aux élections ont tout simplement disparu. C'est le cas du parti Al Amal (espoir). Créé par Al Madani Alaoui, il a été repris par Abdesslam Slaoui (ex-président de l'Union du Crédit). C'est le

cas aussi du Parti Libéral Réformateur de Mohamed Alouah et du Parti National

Génération Indépendance (PNGI) qui avait pour Secrétaire général Omar Benslimane. Il en est de même du Parti Djihad du Peuple pour le Développement économique et social qui prétendait avoir ses origines dans différentes associations qui existent depuis plus de 20

ans, dirigé par Dr Mekki Almalki (un historien) qui prônait la philosophie musulmane...

Aujourd'hui, on n'entend plus parler de ces petits partis politiques qui se sont manifestés à

la veille des élections 2002. Or, de nouveaux partis ont été créés ou sont en cours de création c'est qu'à la liste des organisations politiques s'ajoutent de nouveaux noms : le parti Al Badil Al Hadari de Mustapha Lmoatassim, le parti Annahda Wal Fadila de

Mohamed Khalidi qui a déserté le PJD l'autre parti d'Annahda scissionniste du FFD, deux partis amazighes : le Parti Démocratique amazighe marocain créé par Ahmed Dgharni et l'autre (le Parti Démocrate Amazigh) annoncé par Omar Louzi. L'on entend aussi parler de

la constitution d'un autre parti par l'ex-ministre et ambassadeur UC, Abdallah Azmani191...

Et la liste ne semble pas vouloir s'arrêter là.

191 MOKHLISS.B, De nouveaux partis en prévision de 2007 , www.le reporter.ma

108

POUR CONCLURE :

Il est certainement très difficile d'établir une synthèse à un phénomène mouvant tel

que l'évolution des partis politiques au Maroc.

En effet, la création des partis politiques marocains depuis le commencement, n'est

soumise à aucune logique stable ni dans leur finalité ni dans leur manière de se constituer

ou de s'organiser. De la lutte pour l'indépendance ,à la consolidation du régime existent ou l'expression des ambitions de diriger ,aux multiples tentatives de démocratisation ou simplement la servitude d'un instrument de blocage et de compromis,les partis politiques

au Maroc ont toujours été au coeur de l'histoire politique marocaine .

De retour à nos jours, statistiquement, entre l'année 2000 et 2006 le nombre des partis politiques au Maroc s'est pratiquement doublé. N'est t - il pas un signe du grand

malaise de la scène politique marocaine ? N'est t-il pas réaction à un échec de l'alternance suivi d'un faible rendement des technocrates ?

Selon un sondage conçu par l'Institut Républicain International (IRI)192, 47% des

Marocains voterons en 2007 pour le parti de la justice et du développement (PJD) contre

17% seulement pour l'Union Socialiste des Forces Populaire (USFP) et 12% pour le parti

de l'Istiqlal (PI).Est-ce un retour au fondamentalisme au Maroc ?ou une manière du peuple pour punir une gauche non satisfaisante et les expériences gouvernementales précédentes ? Mais un éventuel retour de la gauche gouvernementale à l'opposition accompagné d'une vitalisation des structures partisanes internes ne serait-t-il pas bénéfique pour le processus

de régulation du champ politique susceptible de rétablir la confiance des citoyens et de permettre leur adhésion et surtout les plus jeunes ?

Ces questions d'ordre stratégique et temporel ouvrent la porte à des questions plus large. En effet, que représentent les partis politiques nationaux et les marocains se

reflètent-ils parfaitement dans ces partis ? Existe-t-il une projection linéaire entre la société

192 JAMAI.A, IRAQI.F et RHANDI.M, Demain les islamistes ? , le journal, n°247, p : 16

109

et l'éventail des partis ? Y a-t-il une quelconque cohérence dans leur démarche politique et d'alliances ? Quelles sont les missions qui leur sont dévolues et jusqu'à quel point ils les remplissent ? Correspondent-ils dans leur façon de s'organiser, de se mouvoir et de se comporter à ce que la société attend d'eux et aux missions qui leur incombent ?

Tel est un échantillon de questions qui se posent et sur lesquels nous ouvrons le débat à travers ce mémoire.

110

ANNEXES

111

112

Texte intégral du Dahir sultanien du 16 mai 1930 nommé "Dahir berbère"

Louange à Dieu,

Que l'on sache par la présente, que notre Majesté Chérifienne, Considérant que le dahir de notre Auguste père, S.M. le Sultan Moulay Youssef, en date du 11 septembre 1914 a prescrit dans l'intérêt du bien de nos sujets et de la tranquillité de l'Etat de respecter le statut coutumier des tributs berbères pacifiées..., qu 'il devient opportun de préciser aujourd'hui

les conditions particulières dans les quelles la justice sera rendue dans les mêmes tribus:

A décrété ce qui suit :

Art. 1

Dans les tribus de Notre Empire reconnues comme étant de coutume berbère, la répression des infractions commises par les sujets marocains(1) qui serait de la compétence des Caïds dans les autres parties de l'Empire, est de la compétence des chefs de tribus.

Pour les autres infractions, la compétence et la répression sont réglées par les articles 4 et

6 du présent dahir.

Art. 2

Sous réserve des règles de compétence qui régissent les tribunaux français de Notre

Empire, les actions civiles ou commerciales, mobilières ou immobilières sont jugées, en premier ou dernier ressort, suivant le taux qui sera fixé par arrêté viziriel, par les juridictions spéciales appelées tribunaux coutumiers. Ces tribunaux sont également compétents en tout matière de statut personnel ou successoral. Ils appliquent, dans les cas, la coutume locale.

Art. 3

L'appel des jugements rendus par les tribunaux coutumiers, dans les cas où il serait recevable, est portée devant les juridictions appelées tribunaux d 'appel coutumiers.

Art. 4

En matière pénal, ces tribunaux d'appel sont également compétents, en premier et dernier ressort, pour la répression des infractions prévues à l'alinéa 2 de l'article premier ci-dessus,

et en outre de toutes les infractions commises par des membres des tribunaux coutumiers

dont la compétence normale est attribuée au chef de la tribu.

Art. 5

Auprès de chaque tribunal coutumier de première instance ou d'appel est placé un commissaire du Gouvernement, délégué par l'autorité régionale de contrôle de laquelle il dépend. Prés de chacune de ces juridictions est également placé un secrétaire-greffier, lequel remplit en outre les fonctions de notaire.

Art. 6

Les juridictions françaises statuant en matière pénale suivant les règles qui leur sont propres, sont compétentes pour la répression des crimes commis en pays berbère quelle

113

que soit la condition de l'auteur du crime(2). Dans ces cas est applicable le dahir du 12 août

1913 (9 ramadan 1331) sur la procédure criminelle.

Art. 7

Les actions immobilières auxquelles seraient parties, soit comme demandeur, soit comme défendeur, des ressortissants des juridictions françaises, sont de la compétence de ces juridictions.

Art. 8

Toutes les règles d'organisations, de composition et de fonctionnement des tribunaux coutumiers seront fixés par arrêtés viziriels successifs, selon les cas et suivants les besoins.

Fait à Rabat, le 17 Hijja 1348 (16 mai 1930) vu pour promulgation et mise à execution : Rabat, le 23 mai 1930.

Le commissaire-Résident général, LUCIEN SAINT.

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BIBLIOGRAPHIE

Ouvrages

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édition du CNRS, 1985.

SANTUCCI JEAN CLAUDE, les partis politiques marocains à l'épreuve du pouvoir

,1ère édition, 2001.

VERMEREN PIERRE, Histoire du Maroc depuis l'indépendance, 1ère édition, 2002.

WOLF JEAN, Epoppée d'abdelkhalek Torrès, P aris, 1994.

Thèses

BELHAJ.A, Les partis politiques marocains dans le Maroc indépendant, Thèse de

Doctorat, Droit public, Paris, 1975.

BIGI.C, l'USFP et la participation gouvernementale au Maroc : une « hammoudisation »

des rapports politiques ? Mémoire DEA, Droit public, Aix Marseille.

Articles

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BOUAZIZ MUSTAFA, Au-delà de l'icône, le journal, n°231.

BOUKHARI.K et KSIKES.D, Hassan II et les politiques, tel quel, n°171.

128

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KSIKES.D et BOUKHARI.K, le dernier homme d'état, le journal, n°211. LAHJOUJI, c'est parti. Maroc hebdo international, n°481.

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RIDOUANE.K, Congrès national ittihadi : Noubir Amaoui reprend du service, LE MATIN,

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SIHADDOU M, Le sévère diagnostic du Souverain sur le paysage politique marocain, Le matin 29octobre 2005.

Stratégie commune du PJD et F orces Citoyennes, le matin, 18 novembre 2005.

USFP -PSD : Vers le grand Parti de la Gauche, La Nouvelle Tribune, du 26 au 01 février

2006.

Sites Internet

www.annahjaddimocrati.org

www.aujourd'hui.ma

www.F FD.ma

www.lereporter.ma

www.map.co.ma

www.PJD.ma

www.rfi.fr

www.yabiladi.com

www.yassar.freesurf.fr

129

TABLE DES MATIERES

AVANT PROPOS ET REMERCIEMENTS ............................................................................................2

LISTE DES SIGLES ET ABREVIATIONS ..........................................................................................3

INTRODUCTION GENERALE : ................................................................................................................5

PARTIE I : LES PARTIS POLITIQUES MAROCAINS SOUS LE PROTECTORAT ........................................8

CHAPITRE I : GENESE DU PHENOMENE PARTISAN AU MAROC : REVENDICATIONS NATIONALISTES DANS LE CADRE DU PROTECTORAT (1925-1943). .............................................9

SECTION I : Les causes de la Gestation du nationalisme marocain (1925-1930)...............................9

1 : les facteurs politiques....................................................................................................................................9

2 : les facteurs psychologiques......................................................................................................................... 11

SECTION II : Naissance du premier parti politique : CAM ............................................................... 12

1 : Phase préparatoire...................................................................................................................................... 12

a : Rapports des nationalistes avec les partis de gauche Français. ......................................................... 12

b : Rapports des nationalistes avec Chekib Arslan. ................................................................................. 13

c : Origine du comité d'action marocaine. ................................................................................................ 14

C-1 - A la recherche d'un programme ................................................................................................. 14

C-2 A la recherche d'une organisation ............................................................................................... 15

2 : Le comité d'action marocaine. ................................................................................................................... 18

a : Le plan de réformes marocaines........................................................................................................... 18

b : Composition du CAM ........................................................................................................................... 19

3 : Crise de croissance du CAM. ..................................................................................................................... 20

a : La recherche du contact avec l'opinion publique : ............................................................................. 20

b : La scission du CAM .............................................................................................................................. 21

SECTION III : Pluralité des partis marocains (1937-1939) ............................................................... 22

1-Les partis marocains en zone française (Le Parti National et le Mouvement Populaire) ....................... 22

2-Les partis politiques en zone espagnole : .................................................................................................... 23

a -Le Parti des Réformes Nationales : ....................................................................................................... 23

b-Le Parti d'Unité Marocaine : ................................................................................................................. 24

c-Le Bureau de Défense Nationaliste......................................................................................................... 25

CHAPITRE II : LA REVENDICATION DE L 'INDEPENDANCE ET LA NAISSANCE DES PARTIS ADVERSES (1943-1954) ........................................................................................................................... 26

SECTION I : Les partis marocains de 1943 à 1946. ............................................................................ 26

1 : Naissance de l'Istiqlal ................................................................................................................................. 26

2 : Les partis politiques marocains en zone espagnole : ................................................................................ 27

SECTION II : L'hégémonie de l'Istiqlal sur les autres partis marocains de 1946 à 1947. ............... 28

1-Retour des leaders de l'Istiqlal et développement du parti. ...................................................................... 29

2-Le Parti démocratique de l'Indépendance (hizb choura wal Istiqlal) PDI ............................................... 29

3-Le Parti communiste marocain P.C.M ........................................................................................................ 30

4-Les partis marocains de la zone espagnole .................................................................................................. 31

SECTION III : Le front national marocain et les partis politique non nationalistes (1951-1952) .... 32

1-Le Front National Marocain ........................................................................................................................ 32

2-les partis dits « nationalistes modérés » ...................................................................................................... 33

a- le Parti Démocrate Marocain des Hommes Libres : ............................................................................ 33

b- Le Parti du Peuple Marocain : .............................................................................................................. 33

c-Le Parti Socialiste Marocain :................................................................................................................. 34

SECTION IV : La mise hors la loi des partis politiques marocains (depuis 1952) ........................... 35

1-les partis politiques de la zone Française .................................................................................................... 35

a-les partis politiques nationalistes ............................................................................................................ 35

b-les partis dits nationalistes modérés : ..................................................................................................... 37

2-les partis politiques de la zone Espagnole et de Tanger : ........................................................................... 38

a-le P.R.N :................................................................................................................................................... 38

b-le P.U.M : ................................................................................................................................................. 38

130

PARTIE II : LES PARTIS POLITIQUES DANS LE MAROC INDEPENDANT :............................................ 41

CHAPITRE I : LA RUPTURE DE L'UNITE DU MOUVEMENT NATIONAL ET LES VOIES DE RECONVERSION (1956-1973)................................................................................................................. 42

SECTION 1 L'impossible parti unique : la redistribution des forces (1956-1959) ............................ 42

SOUS-SECTION 1 : Le PI entre le parti dominant et l 'aspiration au parti unique ................................... 43

1 : Le parti de l'Istiqlal : parti dominant .................................................................................................. 43

2 : Le parti de l'Istiqlal a la recherche du parti unique ........................................................................... 44 a)Lutte contre les autres partis : PDI, PCM, PLI ............................................................................... 44 b)Les revendications pour un gouvernement homogène .................................................................... 45

SOUS-SECTION 2 : Les choix de la monarchie : Consolidation du Multipartisme. ................................. 46

1 : Le cadre politique et juridique du multipartisme ............................................................................... 46

a) La constitution du Conseil National Consultatif CNC : ................................................................. 47

b) La manière de constitution des gouvernements : ............................................................................ 47

2 : la consolidation du multipartisme ........................................................................................................ 48

a) La création du MP : .......................................................................................................................... 48

b) La création de L'UNFP ou la fin du rêve istiqlalien....................................................................... 49

SECTION 2 : les partis politiques et l'expérience de la démocratie parlementaire (1960-1973) ...... 51

SOUS-SECTION 1 : L 'expérience démocratique (1960-1965) ..................................................................... 51

1-LES PARTIS POLITIQUES FACE A LA ............................................................................................ 52

CONSTITUTION DE 1962 ........................................................................................................................ 52

a) L'adoption de la constitution : LE PARTI DE LA CONSTITUTION

DEMOCRATIQUE (PCD) .................................................................................................................... 53

b)L'appui aux institutions : FDIC, PSD .............................................................................................. 54

2: Le déclin de l'expérience parlementaire ............................................................................................... 55

SOUS-SECTION 2 :L 'état d'exception : Ajournement d'une expérience parlementaire ......................... 57

1 : Les conséquences de l'état d'exception sur les Partis Politiques........................................................ 57

a) le Mouvement Populaire Démocratique Constitutionnel : MPDC ................................................ 57

b) le Parti de libération et socialisme : le PLS ..................................................................................... 58

2 : La Koutla nationale entre deux constitution 1970-1972 ..................................................................... 59

CHAPITRE II : DU CONSENSUS A L'ALTERNANCE (1973-1999) .................................................... 62

Introduction : La recherche de l'unanimité nationale 1973 ............................................................................ 62

SECTION 1 La restructuration du champ politique (1974-1980) ....................................................... 63

SOUS-SECTION 1 : La recherche d 'une nouvelle gauche ........................................................................... 63

1 : le parti du progrès et socialisme : PPS ................................................................................................. 63

2 : L'union socialiste des forces populaires : USFP.................................................................................. 64

SOUS-SECTION 2 : La recherche d 'une nouvelle majorité ........................................................................ 66

1 : Le rassemblement national des indépendants : RNI ........................................................................... 66

2 : Les partis alliés au RNI : ....................................................................................................................... 67

a) Le PI ................................................................................................................................................... 67

b)Le MP et naissance du PLP et PA. .................................................................................................... 68

SECTION 2 : les partis politiques et l'ère des contradictions (1981-1990)........................................ 70

SOUS-SECTION 1 : Les contradictions des partis de la majorité ............................................................... 70

1 : Les contradictions du RNI .................................................................................................................... 70

a)le parti national démocratique : PND ............................................................................................... 70

b) L'union constitutionnelle : UC ......................................................................................................... 72

c) le parti du centre social : PCS .......................................................................................................... 72

2 : Les partis alliés au RNI : ....................................................................................................................... 73

a) Les contradictions du PI : ................................................................................................................. 73

b) Les contradictions du MP : .............................................................................................................. 73

SOUS-SECTION 2 : Les contradictions des partis de l 'opposition ............................................................. 74

1 : Les contradictions de l'USFP................................................................................................................ 74

2 : Les partis alliés à l'USFP : .................................................................................................................... 75

a) le PPS : ............................................................................................................................................... 76

b) OADP : ............................................................................................................................................... 76

SECTION 3 : la régularisation du champ politique et la marche vers l 'alternance (1991-1999) ...... 78

SOUS-SECTION 1 : Les coalisions ................................................................................................................. 78

1 : La Koutla démocratique et la marche vers l'alternance .................................................................... 78

2 : Le wifaq national ................................................................................................................................... 83

SOUS-SECTION 2 : Le centre et les partis à portées idéologiques ............................................................. 84

131

1) le centre ................................................................................................................................................... 84

A): Le centre droit : ............................................................................................................................... 84 a) Le RNI........................................................................................................................................... 84 b) Le MNP......................................................................................................................................... 85

c) L'union du centre démocratique et social : ................................................................................ 86

B : Le centre gauche :............................................................................................................................ 87 a) Le PSD .......................................................................................................................................... 87 b) Le FFD .......................................................................................................................................... 88

2-les partis à portées idéologiques : ........................................................................................................... 89

a) Le PADS ............................................................................................................................................. 89

b) Le Mouvement Pour la Démocratie : MPD..................................................................................... 90

c) Le PJD ................................................................................................................................................ 90

CHAPITRE III : DE L'OUVERTURE A LA POLARISATION 1999-2006 ............................................ 92

SECTION I : Les partis politiques et la nouvelle ère (1999-2002) ...................................................... 93

1 : L'hémorragie partisane (2001-2002) ......................................................................................................... 93

a) Annahj addimocrati : la voie démocratique ......................................................................................... 94

b) Parti de la Gauche Socialiste Unifiée : GSU ......................................................................................... 94

c) Le Congrès National Ittihadi : CNI ....................................................................................................... 95

d) Forces Citoyennes : FC .......................................................................................................................... 95

e) Parti d'Alliance Des Libertés : ADL ..................................................................................................... 96

f) Parti Marocain Libéral : PML ............................................................................................................... 96

g) Parti libéral réformateur : PLR ............................................................................................................ 96

h) Parti de l'environnement et du développement : PED ........................................................................ 97

i) Parti des réformes et du développement : PRD .................................................................................... 97

j) Parti du renouveau et de l'équité : PRE ................................................................................................ 97

k) Parti de l'Union démocratique : UD ..................................................................................................... 97

l) Parti du pacte (Al Ahd) ........................................................................................................................... 98

m) Parti des Initiatives Citoyennes pour le Développement : ICD ......................................................... 98

n) Parti Albadil Alhadari (Alternative Civile) .......................................................................................... 98

2 : les élections de la nouvelle ère .................................................................................................................... 99

a) des logos pour les partis ......................................................................................................................... 99

b) les résultats des élections ..................................................................................................................... 100

SECTION II : Vers la rationalisation de l'action (2002-2006) ......................................................... 101

1) La crise du champ partisan marocain ...................................................................................................... 102

2) La nouvelle loi sur les partis politiques marocains .................................................................................. 103

3) Vers la polarisation du champ politique marocain ? .............................................................................. 104

a) dans le processus de polarisation ......................................................................................................... 106 a1) Le Parti Socialiste Unifié : PSU.................................................................................................... 106 a2) l'intégration du PSD au sein de l 'USFP....................................................................................... 106 a3) Accords de partenariat PJD - FC ................................................................................................ 107 a4) le Mouvement Populaire ............................................................................................................... 107

b) la création de nouveaux partis ............................................................................................................. 108

POUR CONCLURE : ............................................................................................................................... 109

BIBLIOGRAPHIE .................................................................................................................................... 128

TABLE DE MATIERES........................................................................................................................... 130

132

133