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La grande pauvreté dans l'agglomération bordelaise en 2006: Etat des lieux


par Maia MICHEL
Université Bordeaux 2 - Master 2 Professionnel Chargé d'études sociologiques 2006
  

Disponible en mode multipage

Introduction

Cet état des lieux de la grande pauvreté dans l'agglomération bordelaise en 2006 a été réalisé pour l'antenne bordelaise d'ATD Quart Monde, mouvement international de lutte contre la misère et l'exclusion sociale. Celui-ci a été créé en 1957 par le père Joseph Wresinski et les familles d'un camp de sans-logis à Noisy-le-Grand, en région parisienne. «Aide à toute détresse» (ATD) est le nom de la première association qui donnera naissance au Mouvement et «Quart Monde» désigne les plus pauvres du monde entier. En France, le Mouvement est présidé par Pierre Saglio depuis 2002, à la suite de Joseph Wresinski, Geneviève Anthonioz De Gaulle et Paul Bouchet. ATD Quart Monde agit grâce à l'engagement de «volontaires permanents» salariés du mouvement, de «militants» vivant ou ayant vécu dans la très grande pauvreté, et d' «alliés» bénévoles engagés dans leur vie quotidienne. Le Mouvement compte 373 volontaires de 33 nationalités différentes, dans 23 pays ; 4 000 alliés et militants du Quart Monde ; 100 000 amis ou correspondants en Europe.

Les équipes d'ATD Quart Monde agissent en partenariat avec les familles très défavorisées qu'elles rencontrent et développent des actions destinées à permettre l'accès de tous aux droits fondamentaux : accès à la culture et au savoir, accès à la formation et à l'emploi, accès à la santé, accès à la justice. Le Mouvement mène une action auprès des pouvoirs publics, des organismes et institutions, afin d'obtenir la représentation des familles du Quart Monde, la garantie de leurs droits, de leurs responsabilités, de leurs possibilités de s'exprimer sur tous les domaines qui les concernent. Il milite pour le respect de la pensée, de l'expérience et des aspirations de ces familles et se fait leur porte-parole auprès des principales organisations internationales :

« Les volontaires, tous différents, choisissent de lier leur vie avec celle des familles les plus pauvres et s'entraînent à les connaître et à identifier les mécanismes d'exclusion qui les frappent. Avec peu de moyens et des initiatives nouvelles, ils essayent de faire respecter les droits des plus pauvres... » 1(*)

Le Mouvement est présent dans de nombreuses villes de France et du monde entier. Son installation dans la région bordelaise date du début des années 1960, et différentes actions y ont été engagées depuis auprès des personnes en grande difficulté sociale. On compte aujourd'hui notamment : la bibliothèque de rue, le groupe d'animation pour les enfants Tapori, le journal Liens, le groupe Culture, le service de la diffusion du livre, l'atelier d'écriture, l'accompagnement des familles, la journée mondiale du refus de la misère le 17 octobre etc. Parmi ces diverses initiatives, le groupe Jeunes est une priorité dans l'action d'ATD Quart Monde à Bordeaux. En effet les volontaires permanents ont reçu de la part du collectif national la mission spécifique d'accompagner ce groupe. Il s'adresse aux adolescents et jeunes adultes de 16 à 30 ans vivant des situations de grande pauvreté et d'exclusion :

« C'est un groupe où des jeunes parmi les plus exclus, peuvent avec d'autres reprendre confiance en eux-même, mettre en valeur leurs capacités, exprimer leurs aspirations, prendre part au débat dans la vie locale, à travers des projets artistiques, des rencontres et débats sur un thème d'actualité, une réflexion personnelle sur sa propre place dans la société. » 2(*)

En janvier 2006, le groupe Jeunes rassemble une vingtaine de personnes pour des temps de rencontre hebdomadaires, en particulier les mercredis après-midi, dans les locaux de la «Maison Quart Monde» qui accueille les membres et les visiteurs de l'association. Chacun est libre de participer aux discussions, aux activités ou à l'élaboration des projets collectifs. Certains membres font partie du Mouvement depuis leur enfance, soit plus de vingt ans, mais les portes sont ouvertes à tous et les nouveaux venus y côtoient les plus anciens. Mais d'autres jeunes défavorisés qui désireraient peut-être assister aux réunions du groupe sont encore laissés de côté. Or une des préoccupations principales d'ATD Quart Monde est d'aller toujours à la rencontre des plus démunis, des plus exclus. L'association cherche donc à rejoindre ces jeunes restés à l'écart, afin de pouvoir faire leur connaissance, nouer un dialogue avec eux, dans des relations de confiance mutuelle et toujours avec un souci de discrétion et de respect. C'est en particulier le souhait des volontaires permanents responsables du groupe Jeunes à Bordeaux.

L'équipe actuelle est composée de quatre volontaires arrivées récemment dans la région, en 2004 et 2005, pour prendre le relais des précédents responsables. Ils doivent tout d'abord apprendre à connaître les jeunes, les familles et les alliés qui se retrouvent à ATD Quart Monde depuis un certain temps, et se familiariser avec les habitudes et le fonctionnement du Mouvement à Bordeaux. D'autre part, ils découvrent la ville et n'ont pas encore de connaissance approfondie de la situation locale. La nouvelle équipe de volontaires cherche donc à évaluer la façon dont elle peut envisager son action, avant d'aller effectivement à la rencontre des jeunes du Quart Monde et de leurs familles. C'est pour cette raison que les bénévoles ont décidé d'engager un travail d'exploration du contexte bordelais. Le projet envisagé est de réaliser un état des lieux de la grande pauvreté dans l'agglomération bordelaise, en procédant par étapes. Il s'agit de mettre au jour quelles situations de misère ou d'exclusion existent dans Bordeaux et ses communes environnantes, et de savoir où résident les plus pauvres pour pouvoir les rejoindre. Par la suite, le but des volontaires sera également de connaître quelles sont les actions déjà mises en oeuvre en direction des publics en grande difficulté sociale, quelles personnes ou structures les côtoient et peuvent éventuellement aider à les rencontrer.

Dans le cadre de mon cursus universitaire de sociologie, j'ai proposé aux volontaires de m'associer à eux pour cette recherche. A la suite d'un entretien il a été convenu que je suive un stage à l'association pendant cinq mois, de février à juillet 2006. Au cours des premières réunions nous nous sommes mis d'accord sur les objectifs de l'enquête et sur la façon dont elle pourrait se dérouler. Ce travail d'investigation doit se faire en collaboration entre les bénévoles de l'association. Les informations recueillies de différentes manières au cours de l'état des lieux sont échangées lors de réunions mais aussi de façon informelle, pour que chacun puisse profiter des découvertes des autres et acquérir une plus grande proximité avec le terrain. Par ailleurs, comme l'ont souligné les volontaires, cette étude est également l'occasion d'inviter autant que possible les jeunes, les militants et les alliés du Mouvement à participer au projet, à exprimer leur point de vue, à faire part de ce qu'ils connaissent déjà de la situation. Cette approche de la réalité bordelaise sous l'angle de la grande pauvreté doit aboutir à la rédaction d'un rapport de stage, ainsi qu'à la constitution d'un dossier de documentation. Ceux-ci resteront internes à l'association et pourront servir de façon pratique dans les futures démarches du Mouvement à Bordeaux à la rencontre des familles du Quart Monde.

Les trois grandes parties de ce mémoire correspondent au déroulement de l'état des lieux, conformément à la commande et au calendrier prévisionnel fixé pour la réalisation de l'enquête. La première étape est l'exploration du sujet, avec un travail de documentation et de lecture, pour aboutir à la définition précise de l'objet de recherche et de la méthodologie. C'est ce que nous verrons avec la présentation de la démarche d'enquête (partie I). La phase suivante regroupe la collecte et l'analyse des données statistiques disponibles au niveau de l'agglomération bordelaise, puis à l'échelle plus fine des quartiers. Nous présenterons les principaux résultats de l'étude de la répartition spatiale de la grande pauvreté (partie II). Enfin, le dernier temps de l'état des lieux sera consacré à un portrait socio-démographique détaillé des zones de l'agglomération bordelaise les plus touchées par le phénomène de la pauvreté (partie III).

Première partie : DEMARCHE D'ENQUETE

L'objectif de l'état des lieux est d'identifier les situations et les lieux de grande pauvreté existant dans l'agglomération bordelaise, en gardant le souci premier de ce que peuvent vivre des jeunes de 16 à 30 ans. Ce travail est un recueil de données principalement descriptif qui ne nécessite pas l'élaboration d'hypothèses. Cependant plusieurs questions se posent au début de l'enquête :

· Qu'est-ce que la pauvreté, la précarité, la misère, l'exclusion sociale ?

· Comment les mesurer localement, par rapport à quels critères ou indicateurs ?

· Quelles sont les limites et les caractéristiques du territoire choisi pour l'étude ?

Dans cette partie nous aborderons donc précisément ce qui fait l'objet de la recherche, en définissant les notions et les indicateurs qui seront utilisés et en présentant le territoire étudié (chapitre I). Ensuite nous décrirons les différentes étapes de la démarche d'enquête à Bordeaux, élaborée selon les indications d'ATD Quart Monde ; nous évoquerons aussi les moyens dont nous pourrons disposer pour réaliser cet état des lieux (chapitre II).

I. CONSTRUCTION DE L'OBJET DE RECHERCHE

A. Définition des notions et indicateurs :

Nous avons évoqué jusqu'à maintenant le cas de personnes vivant en situation de grande pauvreté, de misère ou d'exclusion sociale. Ces trois notions peuvent passer pour synonymes alors qu'elles recouvrent des réalités différentes. Un premier travail théorique s'impose afin de clarifier les termes employés et délimiter le sujet. Ensuite, l'observation et la mesure des phénomènes que ces notions désignent n'est possible qu'à condition d'élaborer des indicateurs pertinents.

1. Pauvreté, misère, exclusion sociale :

La pauvreté est une notion essentiellement normative et relative, donc difficile à définir. On peut rappeler en premier lieu la définition adoptée par le Conseil Economique et Social à l'occasion du rapport Wresinski, qui demeure une référence en la matière :

« La précarité est l'absence d'une ou plusieurs des sécurités, notamment celle de l'emploi, permettant aux personnes et aux familles d'assumer leurs obligations professionnelles, familiales et sociales et de jouir de leurs droits fondamentaux. (...) Elle conduit à la grande pauvreté quand elle affecte plusieurs domaines de l'existence, qu'elle devient persistante, qu'elle compromet les chances de réassumer ses responsabilités et de reconquérir ses droits par soi-même, dans un avenir prévisible.» 3(*)

La pauvreté est communément comprise, dans un sens monétaire, comme une insuffisance de ressources, définie par un seuil. En réalité c'est un phénomène multidimensionnel (matériel, culturel et social) qui touche plusieurs domaines de l'existence et se manifeste de différentes manières. Les facteurs de pauvreté peuvent être de divers ordres :

· économique : faiblesse des revenus, chômage, surendettement, dépendance aux prestations sociales, perte de logement ;

· sociopolitique et culturel : asile politique, échec scolaire, faible qualification professionnelle ; 

· familial et personnel : rupture familiale, violence conjugale, isolement social, délinquance, conduites addictives, problèmes de santé.4(*)

On constate ainsi que les situations de pauvreté sont souvent consécutives à des phénomènes de rupture dans la vie des individus : licenciement, maladie, accident, séparation, deuil... Par ailleurs, il est fréquent de considérer que la misère ou les formes extrêmes de pauvreté résultent d'un cumul des désavantages ou handicaps sur l'ensemble de ces domaines. Un autre concept intéressant dans le cadre de cette enquête est celui de la «pauvreté présumée»5(*). Cette approche s'avère utile pour décrire et qualifier des situations observées, comme l'illustre cette citation : « l'aspect misérable de certaines habitations est une présomption forte de la pauvreté de leurs occupants »6(*). Dans cette optique on suppose a priori que la probabilité d'être pauvre est plus élevée sur un lieu identifié comme un site de pauvreté. Ceci revient à faire le postulat d'une correspondance globale entre les territoires et les situations sociales : à une segmentation des territoires serait associée une segmentation sociale des populations. Toutefois il ne faut pas oublier que d'autres formes de pauvreté plus profondes peuvent exister dans l'interstice des habitats, dans l'isolement et l'absence de tout regard, quel que soit le niveau de richesse des environs. C'est ce qui constitue justement le coeur des préoccupations d'ATD Quart Monde.

Dans tous les cas, les phénomènes de pauvreté ou de misère évoquent des situations d'inégalité de fait. Au contraire, l'exclusion sociale désigne un processus s'inscrivant dans le temps de dégradation des conditions de vie et surtout de fragilisation du lien social7(*). Ce processus peut conduire à la rupture effective avec des formes essentielles des relations sociales et de l'échange économique telles que le travail, la famille, le voisinage, l'habitat, la participation au mode de vie matériel et culturel dominant. Les personnes concernées se trouvent dès lors privées des biens et services sociaux auxquels elles ont légitimement accès. Par conséquent les situations d'exclusion sociale constituent une atteinte majeure aux droits fondamentaux des personnes, explicitement énoncés dans les déclarations et conventions des Droits de l'Homme8(*).

Dans le cadre de cet état des lieux, nous avons à évaluer et quantifier des phénomènes objectifs sur une courte durée, c'est pourquoi nous retiendrons avant tout le concept de pauvreté, laissant de côté l'étude diachronique des processus d'exclusion sociale. Nous avons vu que la pauvreté peut être appréhendée de différentes façons. Elle est directement dépendante des seuils fixés, en dessous desquels on estime une personne pauvre. Pour caractériser des situations de «grande pauvreté» au niveau des territoires de l'agglomération bordelaise, nous aurons besoin de nous appuyer sur des indicateurs statistiques, que nous allons maintenant définir.

2. Indicateurs de pauvreté :

La pauvreté n'est pas un phénomène nouveau, pourtant ce n'est que depuis le début des années 1990 en France que les statistiques officielles fournissent des indicateurs. Ceci traduit l'absence de consensus parmi les spécialistes sur la définition et les méthodes de mesure de la pauvreté. On peut cependant retenir une approche majeure au plan national : celle que développe l'Observatoire National de la Pauvreté et de l'Exclusion Sociale (ONPES)9(*). Ce centre de recherche utilise trois types de critères :

a) Indicateurs de pauvreté monétaire :

Ils déterminent les personnes dont le niveaux de vie est inférieur à un montant donné, dit «seuil de pauvreté», absolu ou relatif. Le seuil de pauvreté traditionnellement utilisé en France est fixé à 50 % du niveau de vie médian (qui partage la population en deux), soit 645 € par mois pour une personne seule. En 2003, environ 6 % de la population vit sous ce seuil, soit 3,7 millions de personnes. La France occupe une position intermédiaire en Europe en matière de pauvreté monétaire, avec 13 % de personnes au-dessous du seuil à 60 % du niveau de vie médian, pour une moyenne de 15 % dans l'ensemble de l'Union européenne.10(*)

b) Indicateurs de pauvreté en conditions de vie ou d'existence :

Ils mesurent l'absence ou la difficulté d'accès à des biens ou services de consommation jugés indispensables, selon une enquête prenant en compte la fréquence et le consensus autour de l'usage de ces biens. Les personnes considérées comme pauvres en conditions de vie ne recoupent pas nécessairement celles qui sont pauvres selon l'indicateur de pauvreté monétaire : ainsi, 10 % des personnes pauvres au sens monétaire ne le sont pas au sens des conditions de vie et 95% des personnes pauvres au sens des conditions de vie le sont également selon l'indicateur de pauvreté monétaire. Le taux de pauvreté en conditions de vie diminue depuis 1998.11(*)

D'autres critères socio-démographiques peuvent s'y ajouter pour mieux cerner les situations sociales existant sur les territoires étudiés et comprendre à quelles difficultés sociales sont confrontés  leurs habitants :

- indicateurs de population : nombre d'habitants, structure par âge et par nationalité de la population, taille et nature des ménages (familles nombreuses, monoparentales) ;

- indicateurs du rapport au lieu d'habitation : densité résidentielle, proportion de logements sociaux, statut d'occupation des ménages (locataires ou propriétaires), éloignement du lieu de travail, moyens de transports ;

- indicateurs de formation et d'activité professionnelle : retard scolaire, niveau de diplôme, taux d'activité, type d'emplois (stable ou précaire : contrats à durée déterminée, emplois aidés ou intérim), taux de chômage et durée.

c) Indicateurs de pauvreté administrative :

Comme dernier type de critère, l'ONPES utilise des indicateurs de pauvreté administrative, qui identifient le nombre de personnes bénéficiaires d'une aide dont l'objectif est de lutter contre la pauvreté.  En France, la récente dégradation de la conjoncture économique et du marché du travail s'est traduite par une augmentation du nombre d'allocataires de minima sociaux12(*) en âge de travailler. Ils sont 3,4 millions à la fin de l'année 2004 13(*). Les cinq principales aides sont : l'allocation supplémentaire de vieillesse (ASV), le revenu minimum d'insertion (RMI), l'allocation parent isolé (API), l'allocation adulte handicapé (AAH) et l'allocation de solidarité spécifique (ASS). Ces prestations sont versées par la Caisse d'Allocations Familiales (CAF), la Mutuelle Sociale Agricole (MSA), l'Association pour l'Emploi dans l'Industrie et le Commerce (ASSEDIC) ou le fonds national de solidarité. Une autre variable de pauvreté administrative souvent analysée est le taux de dépendance budgétaire des ménages aux prestations sociales. Ainsi, la CAF considère ses allocataires comme dépendants lorsque les prestations qu'elle leur verse dépasse la moitié de leurs ressources totales. Les services statistiques de la Direction Régionale des Affaires Sanitaires et Sociales (DRASS), quant à eux, ont choisit un seuil fixé à 75% des revenus.

Au cours de notre état des lieux nous chercherons donc à recueillir des données statistiques locales répondant à des critères de pauvreté monétaire, de pauvreté en conditions de vie et de pauvreté administrative, sachant qu'un indicateur seul ne peut pas être interprété : il faut toujours comparer un résultat à une autre période ou à un territoire similaire. Il importe à présent de délimiter la recherche dans sa dimension spatiale.

B. Présentation du territoire :

Dès le départ, nous avons choisi de ne pas nous concentrer seulement sur Bordeaux mais d'étudier la situation sociale de l'ensemble de l'agglomération bordelaise. En effet, le Mouvement ATD Quart Monde implanté à Bordeaux accueille des personnes résidant souvent à l'extérieur de la ville et il paraissait nécessaire de prendre en compte au moins ses communes limitrophes. Nous considérons donc comme territoire d'enquête l'agglomération bordelaise dans sa globalité, qui comprend au total 52 communes.

Liste des communes de l'agglomération bordelaise : Ambarès-et-Lagrave, Ambès, Artigues-près-Bordeaux, Arveyrès, Bassens, Bègles, Blanquefort, Bonnetan, Bordeaux, Bouliac, Bruges, Cadaujac, Camblanès-et-Ménac, Canéjan, Carbon-Blanc, Carignan-de-Bordeaux, Cénac, Cenon, Cestas, Eysines, Fargues-St Hilaire, Floirac, Gradignan, Izon, Latresne, Le Bouscat, Le Haillan, Léognan, Le Pian-Médoc, Le Taillan-Médoc, Lignan-de-Bordeaux, Lormont, Martignas-sur-Jalles, Mérignac, Montussan, Parempuyre, Pessac, Pompignac, Quinsac, Salleboeuf, St Aubin-de-Médoc, St Jean-d'Illac, St Loubès, St Louis de Montferrand, St Médard-en-Jalles, St Sulpice-et-Cameyrac, St Vincent-de-Paul, Talence, Tresses, Veyrès, Villenave d'Ornon, Yvrac.

A l'intérieur de l'agglomération, la Communauté Urbaine de Bordeaux (CUB) est également une unité géographique de référence particulièrement cohérente et pertinente. Elle correspond approximativement au pôle urbain de Bordeaux, c'est-à-dire à la ville-centre plus les communes de sa première périphérie14(*), et de nombreuses données sont accessibles à cette échelle. Nous allons présenter les principales caractéristiques des territoires de la CUB et de Bordeaux par rapport au sujet qui nous intéresse, ainsi que les projets qui les concernent.15(*)

1. La Communauté Urbaine de Bordeaux 16(*) :

a) Inscription territoriale :

La CUB appartient à la région Aquitaine, au sixième rang des régions françaises avec 5% de la population métropolitaine (2,9 millions d'habitants), et se situe au centre du département de la Gironde, le plus grand de France. Celui-ci concentre 1,4 millions d'habitants dans 542 communes sur une superficie de 10 000 km² (soit une densité moyenne de 130 hab/km²). La Gironde est un lieu de passage situé sur les axes ferroviaires et routiers Nord-Sud : les migrations ainsi que les flux estivaliers ou de travailleurs saisonniers y sont importants. La croissance annuelle moyen de la population dans le département entre les deux derniers recensements a été positive (+0,66%) et cette variation est due pour deux tiers au solde migratoire. Le taux de chômage moyen est de 10% en Aquitaine et de 11% en Gironde en 200417(*).

La CUB est née en janvier 1968. Actuellement présidée par Alain Rousset, c'est la sixième agglomération française, avec 27 communes membres. Elle regroupe 700 000 habitants sur une superficie de 552 km² (soit une densité moyenne de 1360 hab/km²). La concentration urbaine est très forte et le milieu rural très étendu autour de la CUB, ce qui pose des problèmes d'isolement et d'inégalité d'accès aux services et aux droits18(*). Depuis 2000, on y compte environ 8 500 naissances par an et sur les dix dernières années, la croissance démographique de l'agglomération a été presque le double de la moyenne nationale (+6,2 %). On remarque que la population de la CUB est particulièrement jeune : un habitant sur trois est âgé de moins de 25 ans. Quant aux populations nouvelles qui viennent s'installer, 40 % d'entre elles ont entre 24 et 40 ans.19(*)

b) Le contrat de ville de Bordeaux Métropole :

Le contrat de ville est un programme élaboré conjointement entre l'Etat et les collectivités territoriales, dans le cadre de la politique de la ville20(*). Il vise à mettre en cohérence et en synergie un ensemble d'actions destinées à réintégrer des quartiers stigmatisés socialement, spatialement, dans le fonctionnement normal d'une agglomération. Sa mise en oeuvre implique un large partenariat entre acteurs aux niveaux national, régional, départemental, communautaire et communal. Il inscrit des actions menées au sein des quartiers eux-mêmes (réhabilitation de logements, aménagements sociaux, entretien d'espaces publics...), de la commune ou de plusieurs communes associées (insertion et emploi, prévention et sécurité).

En Aquitaine des contrats ont été définis pour la période 2000-2006 dans sept agglomérations, dont celle de Bordeaux21(*). Ce contrat succède au premier contrat de ville de l'agglomération bordelaise (1994- 1999). Son application concerne au total 110 000 habitants répartis sur 13 communes appartenant toutes à la CUB sauf Ste Eulalie. Il atteint 1,2 milliards d'euros pour la totalité des projets inscrits.22(*) Il est conduit par un comité de pilotage assisté par un bureau, un groupe de projet et une équipe permanente qui anime l'action intercommunale en complément des Maîtrises d'Oeuvres Urbaines et Sociales (MOUS) communales. Les principaux axes du projet d'agglomération sont les suivants :  renforcer la place de la métropole bordelaise sur l'axe atlantique ; développer les coopérations inter-cités ; renforcer la cohésion territoriale et sociale de l'agglomération ; organiser un système de déplacement performant, préserver durablement l'environnement et le cadre de vie.23(*) Ceci implique entre autre un grand chantier de rénovation urbaine concernant les communes et quartiers de la CUB.

En 2006 la politique de la ville a été renouvelée à la suite du vote de la loi Egalité des chances des 7 et 8 mars. Le Comité Interministériel des Villes (CIV) lance le «contrat urbain de cohésion sociale» de trois ans reconductibles pour succéder au contrat de ville, ainsi qu'une cinquantaine de mesures en faveur des quartiers en difficulté24(*). Ces nouvelles orientations dessinent le cadre dans lequel s'inscrira nécessairement toute action en direction des habitants des quartiers dans les prochaines années. Elles auront un impact majeur sur l'évolution des situations urbaines ; il faudra donc les prendre en compte dans une perspective de long terme. Toutefois, pour cette étude ce sont les résultats de l'application de la politique de la ville durant la période 2000-2006 qui nous intéressent avant tout, dans la mesure où nous en voyons dès à présent les effets.

c) La rénovation urbaine 25(*) :

Le logement social figure parmi les thématiques cibles de la CUB. Depuis 2000 la loi Solidarité Renouvellement Urbain (SRU) impose aux communes de plus de 3500 habitants une dotation en logements sociaux qui soit supérieure à 20% du nombre total de logements, sachant que les pénalités sont de l'ordre de 150 € par logement manquant. Or au 1er janvier 2004, le constat est clair : dix communes de la CUB ont un taux inférieur au seuil des 20%26(*), dont Villenave d'Ornon (17%) et Bordeaux (14%). A contrario, Lormont est la commune la plus pourvue (68%), suivie de Cenon (52%) et Floirac (49%), puis Bassens, Bègles, Eysines (plus de 30%). Les communes de Mérignac, Bruges, Le Bousquat, Le Haillan, Blanquefort, Pessac et Talence sont également au-dessus du quota légal.27(*) Dans l'agglomération les chantiers de rénovation représentent la destruction de plus de 2500 logements, localisés en majorité dans des immeubles collectifs. Les communes prioritaires sont :

- LORMONT : cités Carriet (375 logements) et Génicart (897)

- CENON : cité 8mai 45 (541)

- FLOIRAC : cité Libération (542)

- BASSENS : quartier du Bousquet (200)

- BEGLES : cité Y. Farge 

- BORDEAUX : cité St Jean (440)

- TALENCE : cité Thouars

- SAINTE EULALIE : cité les Bleuets- les Acacias. 28(*)

En complément, les travaux comprennent la construction de 5240 nouveaux logements au total, dont 1700 logements sociaux. La rénovation urbaine doit être financée par l'Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine (ANRU), le Fonds Européen de Développement Régional (FEDER), le Conseil Général et le Conseil Régional. L'agglomération reçoit également l'aide de la dotation sociale urbaine pour la construction de logements conventionnés à caractère social. Elle s'élève à 14 millions d'euros. Selon l'avis de M. Le Préfet :

« Le problème ce n'est pas d'arbitrer entre certains projets faute de crédits. Bien au contraire, nous n'avons pas assez de projets pour y mettre les crédits dont nous disposons. » 29(*)

2. La ville de Bordeaux :

a) Présentation :

La ville de Bordeaux, appelée le «port de la lune» du fait du tracé de la Garonne, possède une position centrale à l'intérieur de la CUB. Elle compte une population totale de 230 000 habitants. A l'heure actuelle, son attractivité est certaine : « Cette ville longtemps surnommée la belle endormie connaît un réveil tonitruant... » 30(*). En l'espace de quelques années Bordeaux s'est profondément transformée, dans un vaste mouvement de recomposition urbaine... à tel point qu'on présente souvent l'expérience bordelaise comme une référence nationale pour la réalisation de projets ou d'initiatives diverses31(*). La métropole concentre une grande partie des ressources économiques et sociales du département, elle exerce donc une attraction majeure sur les publics en grande difficulté de la Gironde et de l'Aquitaine. Le taux de chômage y est de 11% en 200432(*).

b) Le projet de cohésion sociale :

A propos des orientations choisies pour la ville, l'année 2006 peut symboliser l'amorce d'un tournant : après le projet urbain de 1995 et le premier projet social 1999-200533(*), un nouveau «projet de solidarité et de cohésion sociale» a été lancé en décembre 2005, dans la lignée directe du plan gouvernemental et de la loi de cohésion sociale. Le document de présentation de la mairie en évoque les lignes directrices :

« Miser sur les capacité de chacun à construire son propre projet, faire appel à la société civile, à la fraternité pour lutter contre l'isolement et la solitude, croire aux capacités de chacun, même en ceux dont la misère a amenuisé la combativité, à se prendre en charge grâce aux politiques mises en place.» 34(*)

Le texte met en avant la nécessaire participation des citoyens et un fort accent est mis sur les actions en faveur des personnes en situation de précarité et des familles les plus pauvres :

« Tout homme est porteur d'une expérience, d'une pensée, de savoirs, d'un projet de vie qui fondent sa dignité et sa citoyenneté. Cette conviction doit sans relâche se traduire dans les faits pour donner à chacun sa place et son utilité dans notre ville. La Ville encourage toute initiative allant dans le sens d'une plus grande implication de ses habitants et d'un `mieux être dans sa ville'. Hier sujets de l'aide sociale, habituellement cantonnés dans leur statut de `bénéficiaires', les personnes les plus démunies doivent elles aussi se voir offrir les opportunités de contribuer à la vie sociale locale pour en devenir partenaires. » 35(*)

Il s'agit d'éviter la marginalisation, l'exclusion sociale, et d'accompagner la vie quotidienne de celles et ceux « qui sont fragilisés et luttent pour conserver leur autonomie ». Par exemple le Groupe de Dialogue Citoyen du Centre Communal d'Action Sociale (CCAS) doit renouveler et élargir sa composition, en s'ouvrant à d'autres quartiers et « en cherchant à y rejoindre les plus exclus ». Le bénévolat est fortement encouragé, et un Espace Ressources est créé pour les associations. Le texte évoque la question du stationnement des Gens du voyage. Il mentionne que dans le cadre de la promotion de l'égalité des chances et conformément à la loi Besson, la ville réalise un projet d'aire d'accueil à Bordeaux Nord : « Un projet éducatif et social sera élaboré pour et avec ces familles ». Une deuxième aire d'accueil est en projet, avec la collaboration des communes de la rive droite. Les jeunes font aussi partie des priorités, au même titre que les personnes âgées ou handicapées. La ville a élaboré une politique pour les jeunes de Bordeaux et créé un Conseil des Jeunes. Elle cherche à lutter contre les discriminations dont ils souffrent avec l'aide de la Mission Locale Avenir Jeune. Enfin, le logement figure également parmi les grands axes du projet social :

« L'accès au logement reste très problématique pour de nombreux concitoyens et notamment pour les plus démunis. » 36(*)

c) Les projets d'aménagement :

La ville de Bordeaux entend impulser une nouvelle dynamique en partenariat avec la CUB pour contribuer à l'accroissement de l'offre de logements et favoriser leur attribution aux publics prioritaires. Il est question du rattrapage nécessaire pour atteindre d'ici 2008 le seuil de 20% de logements sociaux imposé par la loi SRU. Rappelons que la commune n'en comporte que 14% en janvier 2004, ce qui laisse une marge de 1480 logements à réaliser pour combler l'écart37(*). La ville veille donc à ce que toutes les grandes opérations sur lesquelles elle peut intervenir comportent un programme de logements sociaux supérieur à 25%. 600 logements sociaux seront ainsi construits à moyen terme à la Bastide, 300 aux berges du Lac, 600 aux Bassins à flot. Par ailleurs une opération de réhabilitation du centre historique prévoit la livraison de 340 logements à loyer modéré d'ici 200838(*).

De nombreux chantiers de rénovation urbaine sont en cours dans les douze quartiers de la ville, notamment au niveau des Zones d'Aménagement Concerté (ZAC).39(*) Celles-ci tiennent une place à part dans le changement de visage de Bordeaux et constituent souvent les sites les plus importants de renouvellement urbain pour renforcer le poids démographique de la ville-centre. L'objectif est l'aménagement de nouveaux quartiers :

« Il s'agit dans un contexte urbain discontinu de lutter contre les facteurs de ségrégation liés au mono-fonctionnement de quartiers enclavés et constitués majoritairement d'habitat collectif social.» 40(*)

A Bordeaux se développent actuellement les projets des ZACs suivants: Bassins à flot, Berges du Lac, Ravezies Nord et Sud, Coeur de Bastide, Bastide 2, Centre historique, Chartrons, Ilôt Bonnac, Hôpital des enfants, Ilôt d'Armagnac, Ilôt Dupaty. Les opérations, pilotées par la CUB et la Ville, sont réalisées avec des acteurs publics mais également des acteurs économiques privés. Elles touchent la voirie, l'habitat, les espaces publics, les équipements de proximité, les commerces et les bureaux. Ces travaux auront nécessairement un impact social qu'il faudra prendre en compte, en particulier pour ce qui concerne la question du relogement des habitants.

A l'issue de cette présentation, il reste à mettre en place une méthodologie pour réaliser l'état des lieux que nous envisageons.

II. METHODOLOGIE D'ENQUETE

A. Démarche préconisée par ATD Quart Monde :

Le Mouvement ATD Quart Monde a développé un important savoir-faire en matière d'enquête sociale, avec la contribution de chercheurs en sciences humaines ou d'autres disciplines41(*). Il est donc très instructif de s'y référer pour élaborer une démarche adaptée à notre objet d'étude. On peut retenir deux axes méthodologiques sur lesquels s'appuyer pour construire cette démarche d'enquête : le «croisement des savoirs» et la détection de terrain.

1. Le croisement des savoirs :

Toute étude cherchant à repérer et à quantifier des situations sociales de pauvreté doit pouvoir s'appuyer sur la production locale de savoirs statistiques. L'approche statistique s'avère indispensable afin d'éviter la formation de décalages entre les représentations de la pauvreté et la réalité. En effet, comme l'ont montré de nombreux travaux, les représentations locales de la pauvreté ont tendance à se focaliser sur le vécu des jeunes et des personnes sans domicile, au risque de rendre invisible la situation des personnes handicapées, des familles monoparentales ou encore des personnes d'origine étrangère42(*). Toutefois l'analyse statistique reste limitée : elle permet de mesurer un phénomènes, mais n'explique pas son sens ou ses causes. Les données quantitatives et qualitatives sont en réalité complémentaires. Les premières servent à identifier des situations pouvant être à risques. Les secondes aident à comprendre pourquoi ces situations existent.  Elles sont également pertinentes pour décrire les dynamiques territoriales de la pauvreté et la variation de son intensité. Ces éléments peuvent intervenir pour conforter ou infirmer l'analyse qui se dégage des observations statistiques, ou pour en combler les lacunes.

C'est dans cette optique que le Mouvement a mis en avant l'importance d'un «croisement des savoirs» à la base de l'observation sociale. Cette démarche nécessite d'avoir recours à une combinaison des savoirs statistiques et des savoirs pratiques que possèdent les différents acteurs locaux. Ainsi, comme l'évoque l'ONPES, il s'agit d'appuyer les diagnostics sur  un croisement des regards entre les professionnels, les experts et les personnes directement confrontées à la pauvreté :

« Les professionnels du travail social, de l'insertion, des métiers de la ville, du développement social local disposent d'une quantité de savoirs sur la pauvreté, sur ce que vivent les gens, sur les situations locales, etc. De même, dans les associations, les bénévoles disposent de connaissances sur la pauvreté, par la fréquentation continue des populations pauvres.» 43(*)

Un des principes fondamentaux du Mouvement de toujours chercher à prendre en compte le point de vue des personnes concernées, et de ne pas vouloir parler à leur place :

« Il s'agit d'acquérir une connaissance approfondie de l'extrême pauvreté - retracer l'histoire des plus pauvres, mieux comprendre ce qu'ils vivent- avec les plus pauvres eux-mêmes, car marginalisés voir exclus de la vie communautaire en raison de leur trop grande pauvreté(...) ils offrent une contribution irremplaçable dans le domaine de la lutte contre l'extrême pauvreté et la promotion d'une société respectueuse du droit de tous.» 44(*)

Le croisement des savoirs proposé par ATD Quart Monde doit donc se faire selon une démarche participative, c'est-à-dire dans une logique de co-élaboration de la connaissance de la grande pauvreté. Ce travail de coproduction substitue une posture côte à côte à celle plus habituelle de face à face. La méthode participative se construit au fur et à mesure de l'enquête. Par exemple, dans un premier temps on peut faire un travail par groupe pour favoriser l'expression de chacun. Des «personnes-ressources» sont repérées en vue de faire le trait d'union entre les deux mondes (usagers/institutions). Puis, dans un deuxième temps, des relais au niveau régional - composés de responsables institutionnels et associatifs - aident à ce que la réflexion collective s'ancre bien dans la parole des membres des groupes locaux.

Par ailleurs, pour ce qui concerne notre sujet, une étude qualitative de l'histoire locale, du contexte socioculturel et des modes d'application des politiques publiques serait également très utile pour une meilleure compréhension des évolutions territoriales des situations de pauvreté. En effet, ces facteurs jouent un rôle déterminant dans la construction des dispositifs publics de réponse aux situations de pauvreté car ceux-ci ont souvent d'abord été conçus à l'échelon local, et non national, à la suite de certains épisodes historiques.

2. La détection de terrain :

Un document interne du Mouvement ATD Quart Monde présente la façon dont on peut procéder pour le type de travail d'exploration que nous envisageons :

« Pour démarrer une nouvelle action ou recentrer sa programmation, tout groupe régional a besoin d'entreprendre régulièrement une recherche des plus pauvres et de tenter de nouer des liens avec ceux qui sont à leurs côtés ». 45(*)

Le texte indique les pistes suivantes pour réaliser une détection locale des personnes en «situation de non droit» :

· Découvrir où vivent les plus pauvres, les plus exclus, quelles formes de pauvreté existent localement,  dans un village, un quartier, une ville ;

· Connaître les dispositifs qui existent pour lutter contre la pauvreté et leur impact réel ;

· Nouer des relations avec les personnes qui sont proches des plus pauvres et refusent qu'ils soient en échec ou exclus, ainsi qu'avec les habitants du lieu.

Notons que la démarche d'état des lieux rapportée dans le cadre de ce mémoire ne correspond approximativement aux deux premières de cette détection. Les méthodes proposées sont : le repérage sur le terrain (à pied ou motorisé), l'étude des documents existants, la rencontre de témoins privilégiés. D'autre part, il est conseillé au groupe qui met en oeuvre ce travail de se réunir fréquemment pour faire le point, partager les informations recueillies par chacun et orienter en conséquence la suite des recherches.

Nous nous sommes appuyés sur ces différentes indications pour définir la démarche d'enquête au niveau de l'agglomération bordelaise, en restant le plus possible fidèles à l'optique générale du Mouvement.

B. Déroulement de l'état des lieux à Bordeaux :

On peut qualifier cet état des lieux d' «étude opérationnelle», c'est-à-dire en vue de l'action. Elle doit permettre d'acquérir une connaissance globale du contexte bordelais et de savoir où se situent principalement les personnes démunies que l'association cherche à rencontrer dans l'agglomération bordelaise. Plusieurs étapes y sont nécessaires, et les moyens qui pourront être mis en oeuvre sont variés, comme nous allons le montrer.

1. Les différentes étapes :

Les réunions d'initialisation du projet ont été l'occasion de concevoir et de programmer les phases successives de l'état des lieux. Pour faciliter un futur travail de terrain, l'équipe des volontaires a décidé de choisir des zones jugées prioritaires sur lesquelles concentrer son regard et son action. L'analyse de la répartition spatiale de la pauvreté sur l'agglomération a donc pour but ultime de cerner les zones «sensibles» les plus concernées par les phénomènes de pauvreté. Les résultats doivent permettre de cibler les communes puis les quartiers de l'agglomération dont les habitants connaissent la plus forte pauvreté économique, en conditions de vie et/ou administrative (première étape). Le choix des zones prioritaires conduira ensuite à affiner l'analyse par une photographie socio-démographique plus détaillée (deuxième étape). La dernière partie de ce travail s'ouvre sur la rencontre avec les partenaires institutionnels et acteurs associatifs entrant dans la lutte contre la pauvreté au niveau de ces territoires retenus comme prioritaires (troisième étape). Cependant, cette dernière étape est seulement esquissée ici car elle nécessiterait un délai plus long que celui dont nous disposons pour être menée de façon exhaustive.

Elle consiste à connaître les initiatives et les dispositifs qui existent en terme de soutien ou d'accompagnement des jeunes en difficulté sociale, que ce soit le fait d'individus isolés, d'associations ou d'institutions. Ces derniers ne doivent pas être négligés dans la mesure où ils peuvent être des relais pour faire la connaissance des jeunes avec lesquels ils sont en contact. L'objectif final serait donc d'étudier la mise en oeuvre locale des différentes mesures de lutte contre la pauvreté, en particulier en direction des jeunes, dans les zones les plus touchées. On chercherait à comprendre quel rôle jouent les différents acteurs de ces politiques au niveau local, quelles sont leurs modalités d'action et comment leurs différentes interventions se complètent ou se coordonnent. Cette approche peut être réalisée de deux façons : par le biais d'une recherche documentaire, ainsi que par des rencontres et des entretiens. La démarche se baserait sur la contribution de toutes les «personnes ressources» qu'il serait possible de rencontrer et qui pourront aider à nourrir cette réflexion : les alliés du mouvement d'une part, les différents acteurs impliqués sur le terrain, d'autre part.

2. Les outils de portrait mobilisables :

Nous avons évoqué l'importance de l'utilisation combinée des approches quantitatives et qualitatives pour ce genre d'enquête sociale. Les principaux moyens envisagés pour réaliser le repérage géographique de la pauvreté sur l'agglomération sont le recueil de données statistiques, la recherche documentaire et les entretiens. A propos des statistiques, une étude localisée telle que celle-ci nécessite de mobiliser d'autres sources que les enquêtes nationales, habituellement utilisées pour mesurer la pauvreté monétaire ou les conditions de vie mais trop imprécises. D'après l'ONPES, les indicateurs monétaires disponibles au niveau infra-départemental  sont de trois types :

· les données issues de la base ressource des CAF, généralement qualifiés d' «indicateurs de bas revenus», avec un seuil proche du seuil de pauvreté (698 € en 2002). Toutefois ils ne portent que sur les allocataires de la CAF (et non sur l'ensemble des ménages).

· le nombre de bénéficiaires des minima sociaux, auprès de la CAF, pour ce qui concerne le RMI, l'API et l'AAH. Pour les autres prestations, notamment l'ASS, l'information est plus limitée.

· les données issues des sources fiscales : le niveau de ressources des ménages (revenu global avant impôt) à partir des fichiers DGI/Filocom. Par contre les transferts sociaux ne sont pas pris en compte, alors que ceux-ci font baisser de moitié le taux de pauvreté.

Les sources mobilisables pour notre étude sont principalement l'INSEE, la CAF, la Direction Générale des Impôts (DGI), la Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales (DDASS), l'Agence Nationale Pour l'Emploi (ANPE). Mais nous savons déjà que les chiffres délivrés à un niveau local sont rares et d'accès difficile. Les données infra-départementales ne sont pas toujours disponibles et ne recouvrent pas les mêmes territoires, qui diffèrent d'une politique publique à l'autre. Certaines ne sont pas diffusées, car considérées comme sensibles (surendettement, état et surpeuplement des logements). Nous projetons donc d'utiliser des enquêtes ayant déjà été menées sur le sujet à Bordeaux. Pour cela, un travail de recherche documentaire et de traitement secondaire des données devra être entrepris.

L'analyse statistique sera complétée par une approche qualitative, avec le recueil des informations et des connaissances personnelles que possèdent les membres de l'association, volontaires, alliés et militants (jeunes et familles). Ceci se fera au cours de discussions libres, d'ateliers improvisés ou encore d'entretiens individuels. La participation des alliés bénévoles sera également sollicitée, lors des réunions mais aussi de façon plus formelle par l'envoi d'un courrier exposant les objectifs et les besoins de l'état des lieux.

Nous pouvons maintenant mieux cerner l'objet de la recherche. Notre regard sera concentré sur la situation de personnes vivant dans la grande pauvreté, c'est-à-dire pour lesquelles les indicateurs de pauvreté monétaire, d'existence et administrative au sens où nous les avons définis sont les plus critiques. L'étude portera sur le territoire de l'agglomération bordelaise, à l'intérieur duquel il est possible de distinguer plusieurs échelles : la CUB, les communes, en particulier celle de Bordeaux, les quartiers. Ces différents sites font l'objet de nombreuses opérations de rénovation urbaine ou d'aménagement, ou encore de mesures sociales, qui ne sont pas sans conséquences à moyen et long terme sur les conditions de vie de leurs habitants.

Pour ce qui concerne la démarche d'enquête, nous suivrons les trois étapes programmées de l'état des lieux, à savoir : le repérage cartographique des sites de pauvreté de l'agglomération, des communes aux quartiers ; la présentation plus détaillée des zones les plus touchées par le phénomène ; la rencontre des acteurs de terrain du domaine social. Les moyens d'investigation seront triples (statistique, documentation, entretiens) et les éclairages conjugués afin de mettre en évidence la multiplicité des points de vue sur le sujet.

Deuxième partie : REPARTITION SPATIALE DE LA PAUVRETE

La première étape de l'état des lieux telle que nous l'avons définie consiste en une analyse secondaire de données statistiques, comparée aux informations issues d'autres sources, notamment des entretiens, dans le but de dresser une cartographie ciblée de la grande pauvreté dans l'agglomération bordelaise. Cependant il n'a pas été possible d'avoir accès directement aux sources statistiques, toutes nos tentatives pour obtenir des données assez précises ayant échoué : l'INSEE nous a renvoyé au site Internet régional, la CAF a refusé de répondre à nos demandes par souci de confidentialité, les autres démarches entreprises n'ont pas non plus trouvé suite.

Nous étudierons donc la situation sociale de l'agglomération et de ses différentes communes à partir des travaux de l'ONPES puis des données de l'INSEE, de la CAF et de la DRASS d'Aquitaine (chapitre I). Par la suite, nous aborderons les résultats obtenus au niveau plus précis des quartiers, en nous basant sur des enquêtes réalisées sur les quartiers prioritaires de la politique de la ville (chapitre II).

I. SITUATION SOCIALE DE L'AGGLOMERATION

A. Dimensions territoriales de la pauvreté :

Si les études statistiques faites sur le thème de la pauvreté sont souvent de dimension nationale, on peut cependant prendre en compte les indications et les résultats généraux fournis par l'ONPES dans son rapport 2006.46(*) Ces renseignements permettront de mieux comprendre les facteurs pouvant influencer la répartition spatiale de la pauvreté et serviront à éclairer notre recherche à l'échelle de l'agglomération bordelaise. Ils montrent que l'observation locale est incontournable pour mieux comprendre la formation des situations de pauvreté. De plus, la recherche révèle que les déterminants des situations territoriales de pauvreté se combinent aujourd'hui de multiples façons.

1. Localisation de la pauvreté urbaine :

On peut tirer un certain nombre de conclusions des monographies disponibles sur le territoire français. Tout d'abord, la pauvreté se situe le plus souvent au centre des agglomérations. La pauvreté n'est pas extérieure au périmètre communal, bien au contraire, les centres des aires urbaines sont partout plus touchées que leur périphérie.47(*) Or la résidence des ménages pauvres en centre ville les maintient éloignés des zones d'emploi, et cet éloignement a plusieurs conséquences négatives. D'une part la distance représente un obstacle pour trouver un travail : elle élève les coûts de recherche d'emploi et réduit l'information disponible. D'autre part elle peut également dissuader d'accepter un emploi du fait des coûts de transport. Les ménages les plus pauvres auront donc d'autant plus de difficultés à accéder à l'emploi. Ceci explique qu'on constate une quasi-superposition des aires géographiques du chômage de longue durée et des ménages à bas revenus. C'est le cas en particulier à Bordeaux. Des «poches de pauvreté» apparaissent également dans les petites couronnes urbaines : « au croisement de choix contraints en matière de résidence et de logiques de localisation de l'emploi, variables selon les secteurs d'activité. »48(*)

Or cette géographie de la pauvreté se définit de plus en plus en creux des stratégies résidentielles des ménages riches. En effet, l'étalement urbain et le desserrement de l'activité économique ont conduit à la déconcentration des emplois de services vers la périphérie des villes. Celle-ci est alors devenue plus attractive et donc plus prisée par les ménages aisés. On assiste de ce fait à une recombinaison des liens entre pauvreté et zones dites «résidentielles», au détriment des zones dites «productives». Ainsi dans les secteurs traditionnellement les plus riches le nombre de personnes pauvres a tendance à augmenter, alors qu'il diminue dans les secteurs les moins riches. La politique des transports urbains joue aussi un rôle majeur dans l'organisation de l'espace social. On voit notamment que dans les villes ayant le moins de problème de congestion de la circulation, les classes aisées résident principalement en périphérie, alors que c'est le contraire à Paris, où les transports urbains sont insuffisants. A Bordeaux, les nombreux chantiers urbains de restructuration et l'essor des transports en commun tels que le tramway auraient plutôt tendance à favoriser la résidence des plus riches à l'extérieur de la ville. L'observation prouve que les programmes fiscaux des communes ont également un impact sur le choix de la localisation résidentielle des ménages.

2. Cumul des handicaps sociaux :

La configuration spatiale de la pauvreté découle de la valeur des logements. Celle-ci n'est pas liée seulement au marché de l'emploi, mais aussi à la qualité du site (naturelle, historique...) et des équipements publics disponibles (écoles, complexes sportifs, modes d'accueil des jeunes enfants...). Or il existe d'importantes disparités entre les territoires. Dans l'espace urbain les «quartiers riches» sont aussi ceux qui sont les mieux pourvus en équipements de proximité. Par contre les communes industrielles, de population ouvrière, sont beaucoup moins pourvues que les «quartiers pauvres urbains» en services publics tels que les centres socioculturels, les équipements sportifs, les bibliothèques, les transports en commun etc. Autre handicap : les zones de pauvreté sont des zones globalement caractérisées par la faiblesse des réseaux sociaux. Par exemple leurs habitants ont des difficultés à compter sur leurs familles, amis, voisins ou relations pour accéder à un emploi. L'effet du lieu de vie sur le taux de chômage peut être ainsi lié à la composition sociale du voisinage, notamment à la part des cadres dans la population.

Enfin, les mobilités ont également un effet cumulatif sur les situations territoriales de pauvreté. La mobilité résidentielle est plus élevée dans les zones de pauvreté, tandis que le solde migratoire y est fortement déficitaire. Il en résulte que les départs ne sont que partiellement compensés par les nouvelles arrivées, souvent déterminées par les problématiques de logement (entrée en parc locatif social). Les arrivants sont plus défavorisés que les sortants et ce fait accentue le poids des personnes en difficulté dans ces zones. Certains auteurs comme J. Donzelot peuvent y voir une logique de «disqualification sociale» des quartiers les plus pauvres :

« Ce n'est plus la société qui se trouve envahie par les pauvres, mais bien plutôt elle qui prend ses distances physiques par rapport à eux, elle qui redoute toute confusion avec eux ». 49(*)

Le Comité de pilotage et l'agence bordelaise d'urbanisme A'Urba, chargée de l'évaluation de la politique de la ville dans l'agglomération, parvient à des conclusions similaires :

« La situation socio-économique des quartiers est très défavorable, y compris pour des quartiers ayant bénéficié depuis de nombreuses années d'actions politique de la ville. Ces actions ont contribué à une nette amélioration de la situation personnelle des habitants. Ceux-ci profitent fréquemment de la liberté que leur donne l'amélioration de leur situation pour déménager hors du quartier. Ils ont été souvent remplacés par de nouveaux résidents dans une situation difficile, ce qui contribue à la relative stabilité des indicateurs malgré les actions engagées. »50(*)

Dans l'agglomération bordelaise, les territoires de pauvreté se trouvent soit « à la périphérie d'ensembles morphologiques constituant le centre de l'agglomération », soit dans des emprises proches de celles où devait passer la rocade, qui constituaient des opportunités foncières au moment de la construction de ces quartiers. Or ces localisations sont devenues favorables par rapport à la forme urbaine globale. La périphérie des quartiers centraux est devenue attractive et les zones périphériques le long de la rocade ont été englobées par les extensions urbaines récentes. La plupart de ces quartiers ont donc acquis un avantage. La conséquence risque d'être la délocalisation des ménages ayant le moins de ressources vers des zones moins favorables, situées plus en périphérie.

En France les sites de pauvreté sont finalement caractérisés à la fois par leur localisation typique, au centre des aires urbaines, et le cumul des handicaps sociaux de leurs habitants. Plusieurs dynamiques se combinent et tendent à renforcer la position dévalorisée de ces secteurs. Ces conclusions s'appliquent bien à l'agglomération bordelaise, comme le prouvent les résultats des études statistiques menées sur ce territoire.

B. Résultats d'enquêtes statistiques :

Les données suivantes sont tirées de plusieurs enquêtes réalisées en 2003 par l'INSEE Aquitaine51(*) et les services statistiques de la DRASS52(*). Les chiffres proviennent des différentes sources que nous avions envisagées : CAF, INSEE, DGI, ANPE pour l'essentiel, auxquelles s'ajoute la Base de Données Sociales Localisées (BDSL)53(*). Les résultats donnent un aperçu global des phénomènes de pauvreté sur le territoire par le biais des indicateurs de pauvreté monétaire, de pauvreté administrative et de pauvreté en conditions de vie que l'on peut comparer aux différents échelons : France, région, département, agglomération, communes.

1. Pauvreté monétaire :

a) Niveau de revenus :

Bordeaux fait partie des cinq agglomérations françaises de plus de 500 000 habitants qui se distinguent par un niveau de revenus supérieur de plus de 1 200 € au revenu médian français (qui partage la population en deux). Ainsi en 2002 la moitié des ménages de l'agglomération bordelaise a un revenu supérieur à 16 500 € par unité de consommation54(*).

En revanche le niveau de revenus est très variable d'une commune à l'autre. Dans 17 communes dont 11 situées à l'Est de la Garonne le revenu médian par unité de consommation est inférieur à celui de l'agglomération. Il est le plus faible à Lormont (10 500€). Dans 17 des 18 quartiers que comptent Cenon et Lormont, une personne sur deux appartient à un ménage déclarant moins de 9 800 € par unité de consommation et par an. A l'inverse, la couronne Ouest ainsi que les petites communes du Sud-Est de l'agglomération sont les plus aisées, avec un revenu médian supérieur à 17 000 €.

Source : DGI -Revenus fiscaux 2002. 55(*)

b) Dispersion des revenus :

Dix pour cent de la population de l'agglomération vit dans un ménage déclarant moins de 5 980 € par unité de consommation (premier décile) et dix pour cent dans un ménage déclarant plus de 32 190 € (neuvième décile). Le rapport entre ces deux seuils, hauts sur bas revenus, est de 5,4. La valeur de cet indicateur de dispersion des revenus se classe parmi les plus faibles observées dans les grandes agglomérations françaises.

Source : DGI -Revenus fiscaux 2002. 56(*)

Mais là encore, les disparités sont importantes. Les écarts de revenus sont plus marqués au coeur de l'agglomération. A Bordeaux, Cenon, Floirac et Lormont, où le seuil de bas revenus est particulièrement faible, l'hétérogénéité est plus grande (rapport de 8) et des ménages relativement aisés côtoient les plus modestes. Par contre dans les communes où le niveau de revenu est élevé, souvent les plus éloignées du coeur de l'agglomération, les inégalités sont moins grandes entre les ménages (rapport entre 3 et 4). La disparité des revenus progresse donc de manière concentrique, comme nous l'avons vu plus haut.

Généralement, plus le référent fiscal du ménage est jeune, plus les inégalités de revenus sont importantes. Cet écart reflète entre autres l'existence de situations économiques plus contrastées avant 30 ans qu'après. Mais plus que l'âge, la composition des ménages met au jour des écarts de revenus conséquents. Les disparités sont les plus fortes pour les ménages d'une personne et ceux de cinq personnes ou plus. Pour ces familles nombreuses, le seuil de hauts revenus est 8 fois supérieur au seuil de bas revenus.

c) Exonération d'impôt :

Le fait d'être exonéré de l'impôt sur le revenu est révélateur d'un faible niveau de vie des ménages. Or en 2002, dans l'agglomération bordelaise, un peu plus d'un ménage sur trois (115 000) a été exonéré de l'impôt sur le revenu, contre quatre ménages sur dix en Aquitaine comme en France métropolitaine.

Source : DGI -Revenus fiscaux 2002. 57(*)

Ici encore la situation est très contrastée au sein de l'agglomération : la part des ménages non imposés s'échelonne de 15% à St Aubin de Médoc à 55% à Lormont, en passant par 42% à Bordeaux. Au coeur de l'agglomération, les foyers de contribuables représentent moins de six ménages sur dix, et même moins d'un sur deux à Lormont et Cenon notamment. Dans certains quartiers de ces deux communes (Carriet, Génicart ; Palmer, La Marègue) plus de six ménages sur dix ne sont pas imposables. Il en est de même à Bordeaux dans le quartier de centre-ville Victoire-Capucins, où vivent de nombreux étudiants qui ne sont plus tous rattachés au foyer fiscal de leurs parents.

2. Conditions de vie et pauvreté administrative :

a) Allocataires de minima sociaux :

Les services statistiques de la DRASS ont retenu sept indicateurs pour dresser un portrait de la situation sociale de la région par zone d'emploi58(*). Deux indicateurs de pauvreté administrative permettent de connaître la proportion des personnes relevant de la solidarité nationale : le nombre d'allocataires de l'un des trois principaux minima sociaux (RMI, API, AAH) et la part des ménages dont les prestations représentent plus de 75% des revenus en 2000, rapportés au nombre total des ménages. Les cinq autres sont des indicateurs de condition de vie : le taux de chômage en décembre 2000 ; la part des emplois précaires dans la population active totale en 1999 ; la part des enfants en retard scolaire, ayant 11 ans ou plus en primaire en 2000 ; la part des ménages habitant en logement locatif social en 2000 ; la part des foyers fiscaux non imposés en 199859(*).

L'analyse comparative de ces indicateurs fait apparaître des écarts importants entre les départements de l'Aquitaine, mais également au sein de chacun d'entre eux. En Gironde les indicateurs de pauvreté administrative et surtout le taux de chômage sont plus élevés que dans l'ensemble de la région et la situation du département est assez hétérogène. La zone d'emploi de Bordeaux-Zone-Centrale (B-Z-C), qui nous intéresse dans le cadre de l'état des lieux, présente des indicateurs de pauvreté administrative plutôt défavorables.

Sources : INSEE-BDSL, CAF, MSA, DARES, ANPE, DPD, DRE, DGI. 60(*)

En Aquitaine, fin 2000, environ 174 000 personnes disposant de faibles revenus recevaient une prestation de solidarité destinée à leur assurer un minimum de ressources, soit 14 % des ménages aquitains. Bien qu'en forte baisse, l'ASV reste, avec le RMI, l'allocation prééminente de la région. Ces deux minima sociaux s'adressent à environ 8,5 % des ménages aquitains. 61(*)

Sources : INSEE, CNAV, CAF, MSA, UNEDIC-BDSL. 62(*)

Au niveau de l'agglomération bordelaise, d'après l'INSEE, plus de 160 000 ménages sont allocataires de la CAF et 16 000 personnes perçoivent le RMI en 2003. Comme en Aquitaine ou en France, plus de la moitié de ces bénéficiaires sont présents dans le dispositif depuis plus de deux ans. On remarque que plus de trois RMIstes girondins sur quatre habitent l'agglomération, ce qui illustre bien la concentration urbaine de la précarité économique.

* âgés de 20 à 59 ans.

Source : CAF Gironde -31/12/2003 - INSEE- Recensement de la population 1999. 63(*)

Quasi absents de la périphérie pavillonnaire, les allocataires du RMI sont par contre très présents dans les quartiers populaires qui s'étalent le long de la Garonne. La concentration est très forte en particulier à Bordeaux avec 9% des habitants de 20 à 59 ans bénéficiaires du RMI, ainsi qu'à Lormont, Cenon et Talence. Dans les communes de la dernière couronne, le nombre de RMIstes est rarement supérieur à 1,5%. Moins de 40% des allocataires du RMI logent dans le parc public. Entre autres parce plus de 60% d'entre eux n'ont ni conjoint ni enfants, or les logements sociaux sont plutôt destinés à des familles.

Une publication du Conseil Général de Gironde datant de 2003 précise que les jeunes, les femmes et les personnes isolées sans enfants sont les plus concernées par le RMI64(*). Il RMI touche 53% de femmes en Gironde. La répartition par situation familiale n'a pas évolué depuis la création du RMI en 1988 : les personnes isolées sans enfant restent majoritaire (64%) et les familles monoparentales représentent plus de 19% des bénéficiaires. La plus grande part du public a moins de 35 ans (46 %). Plus de la moitié des bénéficiaires a connu une période de chômage avant le RMI, soit de longue durée, soit en alternance avec l'emploi. 10% du public n'a jamais travaillé. Le texte officiel ajoute :

« Avec la hausse du taux de chômage depuis quelques mois, le contexte socio-économique redevient plutôt défavorable et nécessite une plus forte mobilisation de tous les acteurs institutionnels et associatifs pour prévenir une nouvelle montée de l'exclusion. Cette mobilisation est bien réelle en Gironde. En effet depuis 2002, et malgré la conjoncture défavorable, le nombre des bénéficiaires du RMI reste stabilisé à moins de 1 % de croissance. » 65(*)

b) Familles monoparentales :

La présence d'un seul parent dans une famille augmente fortement le risque d'être confronté à des difficultés économiques. Or la monoparentalité est un phénomène prégnant en Gironde : elle concerne 26% des ménages allocataires de la CAF.

Source : CAF Gironde -31/12/2003. 66(*)

Dans l'agglomération bordelaise, les familles monoparentales représentent 25% des allocataires à bas revenus, alors qu'elles ne constituent que 13% de l'ensemble des allocataires de la CAF. Ces familles sont souvent contraintes par leurs ressources pour l'accès au logement. Neuf parents isolés sur dix vivent avec un ou deux enfants, et un quart des monoparents ont moins de 33 ans.

Source : CAF Gironde -31/12/2003. 67(*)

A Bordeaux, Lormont, et dans une moindre mesure Floirac, Cenon et Bègles, un tiers au moins des familles allocataires de la CAF sont constituées d'un seul parent avec un ou plusieurs enfants, et dans quelques quartiers de Bordeaux comme Victoire-Capucins et Hôtel de ville-Quinconces, plus de la moitié des familles allocataires sont monoparentales.

c) Allocataires dépendants :

L'extrême dépendance aux prestations de la CAF est une autre mesure de la précarité financière car les prestations peuvent être remises en cause, leur montant subir des modifications et leur versement être temporaire. Or pour un quart des allocataires de l'agglomération la moitié au moins de leurs ressources sont des allocations de la CAF, et pour un cinquième, ces prestations sont leur seule ressource.

Source : CAF Gironde -31/12/2003. 68(*) 

C'est dans la ville de Bordeaux que la part des allocataires dépendants est la plus élevée, avec 37%, soit 15 000 ménages dont les ressources sont composées au moins pour moitié de prestations de la CAF. Les situations sont les plus difficiles dans cinq quartiers de Bordeaux dont le Lac et Victoire-Capucins, où environ la moitié des allocataires est fortement dépendante à la CAF. Le ratio est également très important dans les Hauts de Garonne et à Talence. Dans le reste de la première couronne environ un allocataire sur cinq est en situation de dépendance.

d) Travailleurs pauvres :

Même s'il y a peu de RMIstes qui travaillent, il existe de nombreux allocataires ayant des ressources d'un montant équivalent tout en travaillant. Dans l'agglomération, la CAF verse des prestations à près de 10 000 ménages dont les ressources sont inférieures au seuil de bas revenus fixé par la CAF.

** Allocataires dont le revenu par uc est inférieur à environ 720 €.

Source : CAF Gironde -31/12/2003. 69(*) 

Les emplois précaires, le travail à temps partiel et les périodes de chômage doivent expliquer le faible niveau de revenus déclarés par ces populations. Cependant celui-ci reste supérieur aux critères d'octroi des prestations de subsistance, ce qui explique leur faible dépendance aux prestations de la CAF. Par contre presque tous les «travailleurs pauvres» bénéficient d'une aide au logement. Un ménage allocataire actif sur cinq est dans cette situation de pauvreté à Lormont et à Bordeaux, notamment dans les quartiers Victoire-Capucins et Hôtel de ville-Quinconces. La proportion est également de plus d'un sur quatre dans les secteurs Saige à Pessac, Cauderès à Talence et La Marègue à Cenon.

Les conclusions à tirer de l'analyse de ces indicateurs de pauvreté sont assez marquées. On voit que le niveau de revenu élevé sur l'ensemble de l'agglomération cache des disparités très profondes, en particulier au coeur même du territoire, lorsqu'on se rapproche du centre-ville de Bordeaux. De même, les conditions de vie sont très disparates suivant le type de ménage et le lieu d'habitation. Ce constat permet déjà de différencier à l'intérieur de l'agglomération certains sites pour lesquels les indicateurs sont critiques. Les chiffres montrent que les situations les plus difficiles sont concentrées dans certaines zones récurrentes, notamment à Bordeaux et dans les communes de la première couronne. Nous allons poursuivre cet état des lieux statistique au niveau des quartiers.

II. ENQUETE SOCIALE SUR LES QUARTIERS

A. Quartiers prioritaires de la politique de la ville :

L'unité socio-économique et territoriale du quartier est une unité d'analyse particulièrement adéquate pour la recherche que nous avons à mener, suffisamment précise tout en évitant un trop grand particularisme. Il est très intéressant de s'appuyer sur les «quartiers prioritaires» tels qu'ils sont définis dans le cadre de la politique de la ville pour cerner les situations des communes de l'agglomération bordelaise face à la pauvreté. Nous en établirons un classement à partir de données de l'INSEE. D'autres sources de renseignements seront également utiles pour enrichir cet état des lieux, dans une optique comparative.

1. Les quartiers prioritaires de l'agglomération :

Le dispositif bordelais de la politique de la ville est constitué de différents niveaux contractuels comprenant la convention cadre et les conventions d'applications. Quatre commissions permanentes sont chargées d'une thématique faisant l'objet d'une convention particulière : renouvellement urbain, tranquillité publique, développement économique et insertion professionnelle, développement social. Le contrat est inséré dans un contexte réglementaire et programmatique précis, avec notamment le Plan Local d'Urbanisme (PLU) et le Programme Local d'Habitat (PLH). Il comprend également des dispositifs spécifiques.

Tableau 1: Dispositifs spécifiques du contrat de ville de Bordeaux :

- un Grand Projet de Ville (GPV) : 2 enjeux majeurs : désenclaver la rive droite et créer une zone de développement ouverte sur l'agglomération. 

communes de Bassens, Cenon, Floirac et Lormont

- une Opération de Renouvellement Urbain (ORU) : requalification urbaine et développement social et local de la cité d'habitat social

quartier Y. Farges à Bègles

- un programme européen : le PIC URBAN : projets de revitalisation et de valorisation des quartiers et d'amélioration de la qualité de vie des habitants.

partie centrale de l'agglomération sur les trois communes de Bordeaux, Cenon et Floirac

Une cartographie associée au contrat de ville définit les «quartiers prioritaires» appelés à bénéficier d'interventions publiques plus fortes. Le profil de ces quartiers les singularise par rapport à leur environnement et au reste de l'agglomération :

« Les quartiers concernés sont principalement constitués de grands ensembles mal intégrés à la structure urbaine, dont l'organisation interne et la qualité des logements sont souvent obsolètes.  Leurs caractéristiques générales sont le taux de chômage élevé et le faible niveau d'instruction des habitants, la forme urbaine où domine l'habitat collectif relativement dense. » 70(*)

Différentes zones avaient déjà été instituées en 1996 pour préciser les modalités d'application locale de la politique de la ville. Ces périmètres, emboîtés du plus au moins large, correspondent à des niveaux d'aide croissants et cumulatifs :

· Zones Urbaine Sensibles (ZUS) : zones d'intervention prioritaire qui bénéficient d'aides à l'aménagement et au développement et sont le cadre des opérations de rénovation urbaine ;

· Zones de Redynamisation Urbaine (ZRU) : ZUS ayant des difficultés particulières et où l'on cherche à rééquilibrer la relation habitant-emploi par des allégements de charges sociales et fiscales ;

· Zones Franches Urbaines (ZFU) : territoires les plus en difficulté où l'on veut attirer des entreprises par des exonérations de cotisations patronales.

Tableau 2: Liste des treize ZUS de Gironde71(*) :

-Bègles : Paty, Monmousseau.

-Bègles : Thorez, Goëlands.

-Bègles/Bordeaux : Farges, Belcier.

-Bordeaux : Bacalan, Claveau.

-Bordeaux : Les Aubiers.

-Bordeaux : Saint Michel.

-Bordeaux/Cenon/Floirac :Benauge (Bastide), Bas Cenon, Libération.

-Bordeaux/Cenon/Floirac/Lormont : Hauts de Garonne, Bastide : Quais Queyries, Brazza.

-Mérignac : Beaudésert.

-Pessac : Alouette, Haut Livrac.

-Pessac : Saige, Châtaigneraie, Ladonne.

-Talence/Villenave-d'Ornon : Thouars.

-Villenave-d'Ornon : Sarcignan.

La quasi totalité des périmètres des quartiers prioritaires définis dans le cadre des contrats de ville incluent le plus souvent les périmètres des ZUS, ZRU ou ZFU. Cependant ils ne les recoupent pas exactement et constituent un ensemble plus vaste que ces derniers. L'agglomération bordelaise compte 37 quartiers prioritaires. Ils y sont plus nombreux que dans les autres villes de la région et représentent la moitié de la population des espaces urbains retenus dans les contrats de ville d'Aquitaine. Une analyse quantitative permet de dresser le profil de ces différents territoires.

2. Classification des quartiers prioritaires :

L'INSEE produit une série d'indicateurs statistiques ayant pour sources le recensement de la population de 1999, le fichier des demandeurs d'emploi de l'ANPE ou le fichier des allocataires des CAF. Les résultats fournissent un état des lieux des espaces urbains aquitains en difficulté, à la veille de la mise en oeuvre des nouveaux contrats de ville. Toutefois il convient de souligner que les résultats sont largement influencés par la maille géographique retenue :

« Un quartier comprenant une petite poche de pauvreté pourra apparaître en situation relativement favorable, les difficultés se trouvant «dissoutes dans la masse». » 72(*)

Une première publication de l'INSEE datant de 2002 donne les résultats d'une étude comparative sur les quartiers prioritaires aquitains73(*). L'auteur y propose un classement des quartiers des diverses communes selon six catégories. Le tableau suivant en fait une présentation résumée, sachant que l'agglomération bordelaise est la seule en France où les six classes sont présentes.

Tableau 3: Typologie des quartiers prioritaires aquitains établie par l'INSEE :

1. Quartiers à forte précarité : cumul des handicaps sociaux ; beaucoup de jeunes de moins de 15 ans, de ménages de 6 personnes et plus, d'étrangers hors UE ; chômage élevé surtout pour les jeunes, les femmes et les étrangers ; près de 2/3 des locataires en logement collectifs sociaux.

Classe bien représentée dans l'agglomération bordelaise : 18% de la population des quartiers prioritaires de l'agglomération contre 15% pour l'Aquitaine.

2. Ensembles périphériques en difficulté : moindre précarité que pour les précédents ; population de 25 à 60 ans plus importante, taux d'activité plus élevé ; chômage plus bas qui touche surtout les étrangers ; très faible stabilité résidentielle.

Classe la plus représentée dans l'agglomération : près de 40% de la population des quartiers prioritaires contre 20% pour l'Aquitaine.

3. Centres villes : sur-représentation des 15-25 ans ; très forte proportion de personnes seules ; faible stabilité résidentielle ; taux d'activité modéré ; locataires essentiellement en immeuble collectif ancien : une population jeune qui s'installe provisoirement.

Quatre quartiers bordelais soit 20% de la population des quartiers prioritaires, plus de 30% en Aquitaine.

4. Grands ensembles anciens : combinent précarité, petite taille des ménages et population âgée ; taux d'activité les plus faibles ; chômage élevé surtout pour les femmes et les jeunes ; 2/3 de logements sociaux.

17% de la population des quartiers prioritaires, 15% en Aquitaine

5. Quartiers résidentiels populaires : habitat individuel prédominant, occupé majoritairement par des propriétaires ; part des personnes âgées la plus forte, celle des jeunes la plus faibles ; stabilité résidentielle la plus élevée ; chômage élevé pour les jeunes.

Moins de 15% de la population des quartiers prioritaires, 11% en Aquitaine.

6. Zones résidentielles épargnées : inscrites en contrat de ville pour des interventions ciblées ou préventives.

Moins de 5% de la population, près de 8% en Aquitaine.

Dans une autre publication datant de 200574(*), l'INSEE définit cette fois trois grands types de quartiers prioritaires aquitains :

· Les quartiers en difficulté qui cumulent les handicaps sociaux, même s'ils ne sont pas tous situés en ZUS. Généralement composés d'un habitat collectif, soit ils se situent dans les communes les plus proches de la ville-centre, soit ils correspondent au centre-ville lui-même.

· Les quartiers moins défavorisés qui restent cependant en situation de précarité. Ils ont un habitat hétérogène, mélange de collectif et d'individuel. Ce sont également des quartiers de centre-ville, appartenant à la ville pôle de l'agglomération ou aux communes de banlieue immédiate.

· Certains quartiers résidentiels populaires, moins touchés par les handicaps sociaux, qui sont classés prioritaires du fait de problèmes spécifiques d'aménagement. Ils ne sont pas localisés au centre de l'agglomération, mais plutôt à sa périphérie.

En réalisant la synthèse de ces deux études on aboutit à une grille qui met en évidence les quartiers de l'agglomération bordelaise qui connaissent le plus de difficultés socio-économiques75(*). D'après ce classement, l'agglomération de Bordeaux regroupe à elle seule 60 % des quartiers aquitains considérés comme les plus précaires, confrontés à des difficultés sociales : 29 quartiers prioritaires sensibles, dont 16 en grande difficulté. Parmi eux on peut citer les quartiers des communes suivantes :

- Bègles : Y. Farge, Paty-Monmousseau ;

- Bordeaux : les Aubiers, Bacalan-Claveau etc. ;

- Cenon : La Marègue ;

- Eysines : Grand Caillou ;

- Lormont : Carriet, Génicart etc. ;

- Mérignac : Beaudésert, Le Burck, Beutre ;

- Sainte Eulalie : les Bleuets, les Acacias.

Cette approche quantitative doit être maintenant complétée avec les renseignements récoltés lors d'entretiens individuels ou collectifs auprès des membres du Mouvement. Le but est de savoir quelle est leur opinion sur la situation sociale de l'agglomération, puis quelle connaissance plus précise ils détiennent des différents quartiers.

B. Comparaison avec le point de vue des membres du Mouvement :

Nous avons tout d'abord interpellé les militants d'ATD Quart Monde : beaucoup d'entre eux habitent dans les quartiers concernés depuis de longues années et il était indispensable de recueillir leur avis. Les alliés bénévoles du Mouvement ont également été invités à participer à cette démarche. Certains côtoient la misère au quotidien, dans leur environnement résidentiel ou par leur proximité avec des familles ; leur expérience du terrain était essentielle pour enrichir notre constat.

1. Contribution des militants :

En dehors d'échanges informels, les jeunes du groupe ont manifesté leur vision des différents quartiers de l'agglomération lors d'un premier forum sur le thème de l'insécurité et de la violence urbaines, organisé à la Maison Quart Monde en novembre 2005. La discussion avait pour point de départ les évènements survenus dans les banlieues en automne de la même année. Les opinions exprimées ont trait principalement au phénomène de la violence, cependant elles peuvent servir d'éclairage sur la situation sociale des quartiers que nous étudions. La retranscription complète de cet entretien collectif a mis en évidence les différents sites les plus stigmatisés. Plusieurs jeunes sont d'avis que les difficultés sociales sont partout, et qu'il ne faut pas croire que la délinquance soit localisée seulement dans les cités de banlieue. Pourtant certains lieux reviennent avec insistance au cours du débat, en particulier à Bordeaux les quartiers St Pierre, St Michel, La Victoire, Les Aubiers, Bacalan et Pey Berland. Les jeunes ont également évoqué les communes de Floirac, Mérignac et Bègles. Voici une des réponses d'un jeune militant  sur le site de la Victoire à Bordeaux :

« Ça fait un peu bizarre pour tout le monde, j'ai dit c'est le centre de la misère. Pourquoi ? Parce que y a tous les foyers autour, les gens sont là dedans, c'est malheureux d'en arriver là ... parce que plus ça va, plus les chômeurs augmentent, plus la pauvreté augmente et voilà pourquoi on en est là aujourd'hui ».

Un second atelier de discussion a été improvisé avec une dizaine de jeunes au printemps, un mercredi après-midi, autour d'une carte de la CUB. Les questions posées étaient : « Comment voyez-vous votre ville et les communes alentours ? Quels sont les endroits selon vous les plus touchés par la pauvreté ?». Ceux qui voulaient participer ont pu dire quels quartiers ils connaissaient et exprimer leur opinion sur la situation des jeunes et des familles dans ces quartiers. Les lieux où les jeunes ont déjà résidé ou résident actuellement sont : à Bègles : les quartiers Monmousseau et Y. Farge ; à Bordeaux : Gambetta, St Nicolas et le Grand Parc; à Cenon : La Marègue; à Mérignac : Beaudésert ; à Villenave d'Ornon : Sarcignan; et les communes de Bassens, Bruges et Floirac. Les quartiers qui ont été cités comme les plus en difficulté par les militants sont : à Ste Eulalie : les Bleuets- les Acacias ; à Bordeaux : les Aubiers, Bacalan- Claveau, la Bastide- Benauge et le Grand Parc ; à Lormont Génicart et Carriet. Plusieurs personnes ont bien insisté sur le fait qu'il pouvait être dangereux de s'aventurer seul aux Aubiers.

Nous avons également interviewé une mère de famille, militante au sein d'ATD Quart Monde, résidant à Mérignac après avoir vécu quinze ans à Floirac. Voici quelques remarques qu'elle fait sur les communes suivantes :

· Bordeaux :

« Saint Michel, c'est chaud là bas ! Pire qu'à Mérignac ! Parce qu'il y a plus de drogue, ils se battent à coup de couteau » ; « Les Aubiers, ça craint ! » ; « Je préfère être à la rue qu'être là bas [cité Saint Jean]. »

· Floirac :

« C'était bien avec les voisins. Maintenant, tout ça, c'est mort. C'est plus pareil. Les gens y sont froids... Nous l'été quand j'y étais, on amenait le café en bas [de l'immeuble], et puis on buvait ensemble ».

· Mérignac, quartier Beaudésert :

« C'est des HLM modérés, ils louent ça à des gens qui n'ont pas grand-chose pour vivre. »

· Ste Eulalie, cité des Acacias :

« Sainte Eulalie, c'est pourri là bas ! C'est une honte de louer des appartements comme ça ! Tout est défoncé, les portes d'entrée...parce que les gens, ils sont dégoûtés. C'est une honte, ils se moquent des gens. Ils ne devraient pas traiter les gens comme ça, c'est inhumain ! »

2. Contribution des alliés :

La réponse principale que nous avons obtenue de la part des alliés, en dehors d'échanges personnels, était une lettre accompagnée d'une carte des quartiers prioritaires de l'agglomération. Elle indiquait où logent des familles connues par ATD Quart Monde :

· à Mérignac : quartier Beaudésert (une dizaine de familles), Thiriot (2 familles), Les Pins (2 familles), Salengro (1 famille) ;

· à Villenave d'Ornon : Sarcigan (1 famille),

· à Eysines : Grand Caillou- Hippodrome (1 famille),

· à Ste Eulalie : Les Acacias.

Selon les alliés, la situation a changé depuis les débuts de l'implantation du Mouvement à Bordeaux. La frange la plus pauvre de la population n'est plus regroupée dans un seul cantonnement mais éparpillée dans toute l'agglomération. Un allié nous resitue le contexte :

« Le Mouvement s'est construit ici sur un bidonville, maintenant tout est éclaté. Ils ont cassé les ghettos ».

On peut regretter cependant de ne pas avoir eu plus de retour de la part des alliés d'ATD Quart Monde, faute de temps et de disponibilité.

D'après ces nombreuses informations, les caractéristiques de l'agglomération bordelaise sont le reflet de tendances valables sur l'ensemble du territoire national. En effet, les enquêtes statistiques y révèlent une concentration de la pauvreté urbaine comme dans la plupart des agglomérations françaises. Cette concentration apparaît dans les deux sens du terme. Il s'agit à la fois d'une pauvreté localisée sur un nombre de sites globalement restreint (mais toutefois répartis sur l'agglomération), et d'une pauvreté progressant de manière concentrique par rapport à la ville-centre. Le croisement des diverses sources mobilisées converge à ce propos et l'apport des membres du Mouvement vient renforcer ce constat.

En dehors des quartiers de Bordeaux, il faut donc citer parmi les secteurs les plus concernés par des difficultés sociales les communes de la première couronne, et plus précisément celles qui bordent les rives de la Garonne, puis celles de l'Ouest. Les communes les plus éloignées de Bordeaux et celles du Sud-Est paraissent plus épargnées. Lors d'une réunion de mi-parcours l'ensemble de l'équipe a finalement défini quelles zones - les plus touchées par la pauvreté d'après les statistiques - seraient retenues pour une étude plus approfondie. Ces sites sont répartis sur quatre communes de l'agglomération : Bordeaux, Lormont, Mérignac et Pessac.

Troisième partie : PORTRAIT DES ZONES LES PLUS TOUCHEES

Pour la deuxième et troisième étape de cet état des lieux, nous présentons les informations que nous avons pu recueillir sur chacune des zones retenues, accompagnées de quelques réflexions ou témoignages sur la mise en oeuvre des politiques locales d'aide sociale.

Les données et les descriptifs relatifs aux secteurs étudiés sont issus d'une recherche documentaire.76(*) D'autres informations ont été obtenues par le biais d'entretiens individuels avec des responsables institutionnels intervenant dans lutte contre la pauvreté au niveau de ces territoires. Nous ferons d'abord le portrait socio-démographique des quartiers choisis à Bordeaux (chapitre I). Puis nous verrons la situation des quartiers localisés dans les trois autres communes (chapitre II).

I. TROIS QUARTIERS DE BORDEAUX

La politique de la ville a été engagée à Bordeaux en 1977 avec les opérations «Habitat et vie sociale» sur les quartiers de Bacalan et des Aubiers. Elle s'est poursuivie en 1985 avec la convention de Développement Social des Quartiers (DSQ) et le premier contrat de ville en 1994. Les trois zones que nous présentons sont toutes classées parmi les quartiers prioritaires de la ville et se trouvent également incluses dans des périmètres de ZRU : Bacalan-Claveau, les Aubiers et St Jean-Belcier-Carle Vernet77(*).

En plus des structures de l'agglomération, de nombreux dispositifs d'aide sociale institutionnels ou associatifs existent à Bordeaux, auxquels les habitants de ces quartiers peuvent avoir recours. On peut citer entre autres : le Point Ecoute Jeunes du Centre d'Accueil, d'Information et d'Orientation (CAIO), le Groupement de Recherche et d'Intervention sur les Conduites Addictives (GRICA), le Comité d'Animation Lafontaine Kleber (CALK), les Correspondants de quartier de la Mission Locale, Habitat et Humanisme etc. Le Diaconat de Bordeaux - Entraide Protestante établit chaque année à l'usage des accueillants un répertoire des associations et des services spécialisés, recensés par thème, intitulé «Orienter à Bordeaux». D'autres services ont également été mis en place spécifiquement au niveau des zones que nous étudions.

Nous avons interviewé Mlle Marisa Naclério, responsable du Programme Local d'Aide aux Jeunes (PLAJe), dans les locaux du CCAS. Le PLAJe est un dispositif unique au niveau national, émanant d'une volonté institutionnelle et financé par l'Etat, le Conseil Général de Gironde, la Ville de Bordeaux. Il permet de centraliser l'accueil des jeunes en difficultés78(*). Nous avons aussi rencontré M. Florent Faure, conseiller à la Mission Locale «Bordeaux Avenir Jeunes», à l'antenne de Barbey près de la gare St Jean. Ces deux interlocauteurs nous ont exposé leur point de vue sur la situation sociale des différents quartiers de la ville, et la façon dont les mesures de lutte contre la pauvreté étaient mises en oeuvre à Bordeaux. Ils nous ont également indiqué quels acteurs il serait intéressant de rencontrer pour la suite des démarches d'ATD Quart Monde.

 

Bacalan-Claveau

Les Aubiers

St Jean-Belcier- Carle Vernet

Bordeaux

CUB

Population :

Nb habitants en 1999

7 540

3 740

6 350

215 370

660 090

-Moins de 15 ans

17 %

31 %

16 %

13 %

16 %

-15-24 ans

13 %

15 %

15 %

19 %

16 %

-25-59 ans

46 %

47 %

49 %

49 %

49 %

-60 ans et plus

24 %

8 %

21 %

20 %

19 %

Etrangers

8 %

19 %

11 %

6 %

5 %

Familles et logements :

Nb de ménages

3 160

1 290

3 300

114 130

269 560

Ménages d'1 personne

38 %

26 %

48 %

52 %

39 %

Ménages de 6 pers. ou +

3 %

8 %

2 %

1 %

2 %

Familles monoparentales

20 %

33 %

26 %

18 %

16 %

Locataires

63 %

97 %

72 %

 
 

-en HLM

45 %

96 %

10 %

13 %

19 %

-hors HLM

18 %

1 %

37 %

48 %

31 %

Propriétaires

33 %

1 %

21 %

30 %

44 %

Résidences principales (+de 2 logements)

35 %

99 %

75 %

69 %

52 %

Logements HLM

45 %

96 %

34 %

13 %

19 %

Personnes en logement HLM

42 %

96 %

38 %

15 %

19 %

Activité- formation :

Pop active totale

3 210

1 570

3 020

100 600

308 100

Niv de formation des 15 ans et + :

 
 
 
 
 

- études en cours

9 %

14 %

13 %

18 %

16 %

- sans diplôme- CEP

48 %

39 %

33 %

21 %

24 %

- CAP-BEP

32 %

31 %

31 %

23 %

29 %

- BAC ou plus

12 %

17 %

24 %

38 %

32 %

Taux d'activité

43 %

42 %

48 %

47 %

47 %

- des femmes

38 %

38 %

43 %

42 %

43 %

Taux de chômage

24 %

38 %

26 %

19 %

16 %

- des 15-25 ans

43 %

54 %

36 %

31 %

30 %

- des femmes

27 %

42 %

27 %

19 %

17 %

Chômeurs de + d'un an

66 %

61 %

59 %

55 %

57 %

Surface et densité (ha) :

Surface totale

180

70

90

5 000

55 110

Densité brute

40

60

70

40

10

Surface résidentielle

60

10

40

1 550

13 360

Densité résidentielle

130

810

180

140

50

Source : d'après A'Urba : Atlas de la politique de la ville de l'agglomération bordelaise, 2003

Chiffres arrondis à la dizaine et pourcentages arrondis à l'unité.

A. Bacalan - Claveau :

Le secteur Bacalan- Claveau, le plus au Nord de la ville, est délimité par plusieurs barrières : au Sud les bassins à flot, à l'Est les rives de la Garonne, et au Nord la rocade passant sur le pont d'Aquitaine. Autrefois faubourg portuaire et manufacturier conquis sur les paluds, le quartier s'est replié sur lui-même au XXème siècle, tournant le dos au fleuve, à la ville et aux usines pour préserver son identité «populaire, familiale et cosmopolite».

1. Un ancien quartier ouvrier en mutation :

C'est un vaste secteur (180 ha) à dominante de maisons individuelles et d'habitat social essentiellement bas, avec de nombreux équipements et services. Le quartier comprenant deux tiers de zones industrielles est classé en ZRU. Il regroupe environ 7 540 habitants au total, et la densité résidentielle y est de 130 hab/ha (contre 140 en moyenne pour Bordeaux et 50 pour la CUB). La tranche d'âge des 25 à 59 ans y est la plus représentée (46%) comme au niveau de la commune, alors que les moins de 25 ans sont peu nombreux. 8% des habitants sont nés étrangers. Le niveau de qualification de la population est faible en moyenne : près de la moitié des plus de 15 ans n'ont aucun diplôme. Le taux de chômage est important (24%) surtout chez les jeunes (43%) et deux tiers sont des chômeurs de longue durée. M. Faure, interrogé quant à la situation sociale des différents quartiers de Bordeaux, est d'avis que le niveau de pauvreté est élevé dans cette zone :

« Bacalan c'est un peu différent, en périphérie il y a quand même beaucoup de maisonnettes en mauvais état et tout ça, où il doit y avoir des gens en difficulté... »

Les principaux équipements disponibles sont les suivants : Maison Départementale Solidarité Insertion (MDSI), Maison de la Justice et du Droit (MJD), bureau de police, pôle de services publics, piscine, city-stade, écoles maternelles et primaires, collèges, régie de quartier, commerces et services répartis sur le boulevard Brandebourg et la rue Achard, anciennement appelée «chemin bleu» du fait du passage des ouvriers. On trouve également des équipements nuisibles dont une station d'épuration et un centre de tri des ordures ménagères.

Des éducateurs de rue interviennent sur place auprès des jeunes de 13 à 21 ans « susceptibles d'évoluer en marge de la société » (d'après l'arrêté du 4 juillet 1972 définissant leur statut). Ils sont salariés de l'Union Bordelaise d'Assistance et de Prévention Spécialisées (UBAPS) dont l'antenne Bordeaux Nord couvre les zones : Bacalan, le Lac, le Grand Parc, les Aubiers et St Louis- Dupaty. L'un de ces éducateurs de rue témoigne :

« Ca commence par un `bonjour, ça va ?' Si on nous répond à peine alors faut pas insister, on va voir ailleurs et on reviendra quand on sera les bienvenus. Si le dialogue s'engage, on peut travailler. Tout est basé sur la souplesse, la confiance et les échanges d'infos avec les collègues. Educ, c'est un travail de fourmi, il faut laisser le temps à la relation de s'instaurer. »79(*)

2. Rénovation urbaine et projet de ZAC80(*) :

Le quartier compte 45 % de logements sociaux. Plusieurs opérations de rénovation urbaine ont été menées, dont celles concernant la cité du Port de la lune (352 logements) et la cité Claveau. L'ancienne et célèbre cité Lumineuse de 360 logements a de même été détruite pour céder la place à une résidence basse de 72 appartements : le «Parc de Bacalan». La mairie veut inciter les promoteurs privés et les organismes HLM à construire au Nord - la seule réserve foncière de la ville- des bâtiments adaptés aux nouvelles normes sociales. Bruno Canovas, Conseiller municipal chargé du quartier, s'exprime ainsi :

« Nous voulons agir avec souplesse sur la sociologie et inciter une autre population à venir ici afin d'en finir avec le regroupement de personnes défavorisées ».81(*)

Les enjeux locaux de la politique de la ville sur le quartier sont : la diversification de l'offre d'habitat et le rééquilibrage socio-démographique ; le désenclavement et la requalification du quartier, l'aménagement de la ZRU, le développement d'équipements structurants et d'activités culturelles et sportives ; l'insertion sociale et professionnelle des jeunes ; l'amélioration de la sécurité ; la coordination du réseau associatif.

La ZAC en préparation dans le quartier concerne la partie Sud-Est des bassins à flot : frange de Bacalan, bassin à flot n°1 et frange Nord des Chartrons autour de la rue Lucien Faure. Son objectif est de désenclaver le quartier de Bacalan et d'organiser l'urbanisation des franges de la future rue Lucien Faure élargie à 45 mètres, élargissement rendu nécessaire par la future construction du pont Bacalan-Bastide. Cette ZAC sera créée courant 2006, ce qui permettra les premières délivrances de permis de construire début 2007. Son programme mixe logements, bureaux et commerces.82(*) Le projet de ZAC aux Bassins à flots devrait conduire à la création de 1500 à 2500 logements, dont 20 à 30% de logements conventionnés.83(*) La reconquête du coeur de quartier, le réaménagement du bassin à flot, la reconversion de la base sous-marine, la création du parc Bacalan, l'arrivée du tramway, l'agencement de liaisons autour du parcours Tonic vont permettre à Bacalan de s'ouvrir sur le centre ville, le fleuve et la rive droite.

B. Les Aubiers :

La clairière des Aubiers se situe au Nord de Bordeaux, à l'extérieur des boulevards. Elle est isolée au milieu d'une zone délimitée par des coupures fortes dans l'environnement paysager : voie ferrée au Sud, axes routiers à l'Est et à l'Ouest, berge du lac artificiel au Nord. La construction de la cité des Aubiers sur des marais assainis, au début des années 1970, faisait partie d'un plan ambitieux d'urbanisation du quartier. Son architecte X. Arsène-Henry projetait d'y conjuguer habitat, activités économiques et loisirs.

1. Une banlieue stigmatisée :

Le quartier de 70 hectares environ est composé de deux résidences sociales denses : Les Aubiers (1020 logements) et Le Lauzun (330 logements). La première souffre aujourd'hui d'un manque de réhabilitation, tandis que la seconde ne pose pas de problème. La densité résidentielle est très forte : 810 hab/ha. La population totale, plus de 3700 habitants, est jeune : 31% ont moins de 15 ans. La proportion de familles monoparentales y est très forte (un tiers) et près d'un dixième des ménages compte plus de six personnes. Les habitants nés étrangers y sont aussi très nombreux : 19% de la population, soit près de quatre fois plus que sur la CUB. Le niveau de formation est faible : 70% des plus de 15 ans n'ont pas de diplôme ou un niveau CAP- BEP. Le taux de chômage est très élevé (38%), particulièrement pour les jeunes et les femmes, et souvent de longue durée (61%). En revanche, le quartier est bien équipé et comporte de nombreux commerces de proximité, un bureau de police, un centre social, une bibliothèque et trois écoles dont une maternelle. Le terminus du tramway y est prévu à l'avenir. Les Aubiers sont marqués par une image très fortement dévalorisée84(*). Le quartier a défrayé la chronique en décembre 2001, lors de l'assassinat du petit Larbi Fanousse, et en mai 2002, lorsque le centre social et le poste de police ont été incendiés. Voici la description qu'en fait un journaliste :

« Les Aubiers sont une cité à part... Entre gare et rocade, entre boulevard et Garonne, en marge de Bordeaux, la cité des Aubiers accueille une importante population d'exclus économiques. Une erreur d'urbanisme faite de barres denses et compactes, occupées par la misère. » 85(*)

Le responsable local de la Confédération du logement et du cadre de vie (CLCV) et l'un des plus anciens habitants du quartier commente également :

« Dès qu'on entre chez les gens, on voit qu'il y a de la misère, trop de misère. » 86(*)

2. Projets d'aménagement :

L'objectif poursuivi par la politique de la ville est de favoriser l'insertion du quartier dans son environnement et de le rendre plus attractif, en réalisant une double ouverture vers la ville au Sud et vers le Lac au Nord. Pour cela sont envisagés : la restructuration à terme de l'offre de logements ; la réorganisation de la trame viaire et des espaces publics ; l'intégration des Aubiers dans la réflexion globale portant sur la berge du lac ; l'amélioration du traitement paysager et environnemental.

Le quartier est également situé près d'un chantier de ZAC. En effet, la CUB dispose de 25 hectares vierges situés entre les Aubiers et le Palais des congrès, sur les berges du Lac. Elle a lancé un appel d'offre concepteur-aménageur pour la création d'une ZAC privée et devrait développer un site d'accueil d'activités tertiaires et industrielles. Son programme prévoit sur la partie Est l'extension du centre commercial du Lac, la partie Ouest en bordure du lac étant consacrée à du logement.87(*)

C. St Jean- Belcier- Carle Vernet :

Ce quartier prioritaire de 90 hectares de terrain, le plus au Sud de Bordeaux, constitue l'une des entrées majeures de Bordeaux. Il est séparé de la Garonne par de larges quais encombrés à l'Ouest, coupé au centre par les voies ferrées, et limité au Sud par les boulevards de la ville. Le quartier fait partie d'une zone industrielle en déclin et en cours de réhabilitation.

1. Un quartier de gare hétérogène :

Le quartier se compose en réalité de trois zones distinctes : St Jean, centré sur la gare du même nom, fréquenté par des populations «marginales» ; Belcier, enclavé entre de grandes emprises, caractérisé par sa vie nocturne et ses discothèques ; Carle Vernet, secteur d'habitat social, tourné vers Bègles pour les commerces. Dans les deux premières zones la population est relativement diversifiée, avec une sur-représentation des 20-34 ans. Dans la troisième, les plus de 60 ans sont les plus nombreux ainsi que, dans l'habitat social, les familles monoparentales. Dans l'ensemble la densité résidentielle est élevée : 180 hab/ha, pour 3 750 habitants au total. La proportion de familles monoparentales est importante (26%) et la moitié des ménages sont composés d'une seule personne. La proportion d'étrangers est forte (11%). Le niveau de qualification de la population est plus faible que la moyenne de la commune. Le taux de chômage très élevé (26%) touche surtout les femmes ; il est surtout de longue durée (59%). L'avis de M. Faure sur ce quartier est le suivant :

« Il y a tous les quinze jours les pompiers, on voit des ordures, des vitres cassées : c'est des signes que des gens en difficulté y habitent. (...) Il y a beaucoup de prostitution, c'est quand même pas évident. Là faut être vigilant, c'est pas trop un gros quartier, c'est plutôt une rue, une zone où il faut être attentif.»

Malgré un déficit dans le secteur Belcier, le quartier est relativement bien équipé. Par contre le tissu associatif n'est pas très développé sur ce territoire. Les éducateurs de rue du CALK y interviennent, cependant, pour M. Faure, leur action est nécessairement limitée :

« Les éducs du CALK connaissent les jeunes de la rue mais celui qui est enfermé chez lui, il pose pas de problème, ils le connaissent pas. (...)  Il y a [des jeunes] à la marge des structures. Je suis sûr qu'il y a des jeunes encore qui sont isolés, qui n'ont rencontré personne. »

On peut souligner également sur le secteur la présence et l'action des correspondants de quartier  de la Mission Locale que M. Faure nous a conseillé d'interroger pour notre enquête. D'après un document de présentation que ce dernier nous a donné, ils participant d'une volonté de créer du lien, d'instaurer un dialogue et d'assurer une présence attentive dans les quartiers en difficulté. Samira Zaryah coordonne une équipe des cinq correspondants salariés par l'association des Centres d'animation de quartiers de Bordeaux, sur des financements de la Ville et de l'Etat au titre du DSU. Ceux-ci sillonnent tous les jours la Bastide (rive droite), et un secteur Bordeaux Sud englobant La Victoire, les Capucins, St Jean et Belcier. Ils y menent un travail de prévention, à l'écoute et au service des habitants. L'un d'eux décrit ainsi leur action sur le terrain :

« C'est une présence active qui relève à la fois de la veille sociale, de la veille technique, de l'information et de la régulation de micro conflits. Veille sociale et humaine car nous sommes au contact directs des habitants, des commerçants, des personnes sans domicile. Notre bureau, c'est le banc, la rue. On nous connaît, on vient nous parler, nous demander conseil, nous signaler un problème. Si on ne peut pas répondre on transmettra l'information... Avec l'expérience nous savons à quelle porte il faut frapper, mais jamais nous ne faisons les démarches à la place des gens. Nous servons d'intermédiaire à l'établissement du contact et du partenariat. »

2. Opérations de rénovation urbaine :

De nombreux projets structurants pour l'agglomération et attractifs pour le quartier sont annoncés pour valoriser les secteurs résidentiels (création d'équipements et d'opérations de requalification de l'environnement du paysage urbain) et assurer le développement d'un pôle d'activité tertiaire. Profitant d'un vaste potentiel immobilier et d'un rare patrimoine architectural (manufacture, entrepôts, habitat de «cité ouvrière»), les premiers chantiers de rénovation ont été engagées dans le quartier. La requalification urbaine concerne en particulier l'îlot St Jean, dans le cadre d'une Opération de Rénovation Urbaine (ORU). La phase de déconstruction était prévue de janvier à mars 2006, et la tour B de la cité a été démolie. La construction des deux immeubles qui la remplacent doit se terminer en décembre 2006 et mars 2007. 320 logements - dont 88 logements locatifs à caractère social et intermédiaire - seront ainsi créés, contre 440 détruits. La création d'espaces verts et de commerces est incluse dans le projet. 3% des locataires ont déménagé d'eux-mêmes et les autres sont relogés : 100 familles ou personnes âgées seules dans les deux autres immeubles de la cité ; les autres à Bordeaux, dans la CUB ou hors de la CUB.88(*) Voici le point de vue de M. Faure sur ces opérations :

« St Jean-Belcier-Carle Vernet, derrière la gare, ils sont en train de réhabiliter. Ils ont relogés les familles un peu partout, beaucoup à Barbey, Nansouty, gare st Jean-Sacré Coeur, rue de Bègles et limitrophe aux Capus [Capucins], dans des vieilles maisons. »

La politique de la ville envisage des actions ciblées pour favoriser : la constitution d'un quartier de gare et l'unité future de l'ensemble ; l'amélioration de l'habitat et de l'espace public ; la préservation de la mixité et de la diversité du quartier. Les projets de renouvellement correspondent à la reconquête des friches industrielles, à la construction de logements neufs, au renforcement des équipements, commerces et services. A terme sont prévus l'aménagement des quais, la construction d'un pôle éducatif et culturel, le déploiement de la plate-forme intermodale d'Hourcade, l'arrivée du TGV Atlantique, la construction du franchissement amont de la Garonne et la modernisation du pôle agroalimentaire (MIN de Brienne, abattoirs). 

En conclusion, les chiffres montrent que l'on retrouve à peu près toujours les mêmes caractéristiques socio-démographiques dans les quartiers les plus pauvres de Bordeaux : une densité résidentielle souvent élevée, une prédominance du logement social, un fort taux de chômage, une part importante de familles monoparentales, un faible niveau de qualification des habitants... De nombreux acteurs interviennent localement, mais les besoins restent importants. Les axes majeurs du développement social de ces quartiers, par le biais notamment des opérations de rénovation urbaine, sont les équipements publics et la diversification de l'offre d'habitat.

L'entretien passé avec Mlle Naclério est instructif en ce qui concerne la mise en oeuvre des politiques sociales sur Bordeaux, même s'il ne donne que le point de vue particulier d'un responsable institutionnel sur la situation. Notre interlocutrice trouve regrettable qu'il n'y ait pas d'outil statistique ni d'observatoire sur Bordeaux qui mette en évidence la problématique des jeunes en difficulté :

« Pour savoir d'où viennent ces jeunes, ce qui a fait dans leur histoire qu'ils en viennent à cette situation de précarité. »

La présidente du PLAJe considère que les différents services et dispositifs du domaine social sont éclatés, ce qui nuit à l'efficacité des mesures prises en faveur des jeunes défavorisés  :

« Moi dans la position où je suis, je trouve qu'il n'y a pas de politique jeunesse générale, il y a des politiques. Chacun oeuvre pour ses objectifs. C'est pas tant éclaté. C'est pas un manque de coopération. C'est pas une volonté de diviser, mais chacun fait sa politique. »

Ensuite, la responsable évoque les questions que suscite la relation d'accompagnement entre les travailleurs sociaux et les publics aidés :

« Les gens viennent en disant : «Je suis RMIste», et pas «Je suis un tel»... Pour moi c'est vraiment la définition du dominant- dominé. Le dominant dit : «Je suis, moi», et le dominé dit ce que le dominant a décidé qu'il serait. »

Elle insiste sur l'ambivalence du système institutionnalisé de l'aide sociale qui conduit à considérer les personnes rencontrées comme des problèmes :

« Le besoin de subvention fait qu'on a une commande, donc des exigences particulières à chaque fois. L'être humain, vous le hâchez entre différents problèmes. Il y a une personne au milieu de ça, pas des problèmes... »

Il est intéressant de souligner le fait qu'une militante du Quart Monde nous avez fait une remarque tout à fait similaire :

«  Au CCAS, ils vous disent : «Bonjour, quel problème avez-vous ? » Ils vous accueille comme un problème. Ils te prennent pas pour un être humain mais pour un problème... Il y a un fossé... faudrait qu'il y ait un dialogue. »

Finalement, à l'issue de cet entretien, Mlle Naclério nous a conseillé de nous tourner vers la Mission Locale et vers le directeur du Développement Social Urbain (DSU) pour de plus amples renseignements sur la situation sociale des quartiers. De son côté, M. Faure proposait de rencontrer d'autres acteurs de terrain tels que les éducateurs de rue du CALK et du BPAS, ainsi que les médiateurs de quartiers de la mairie de Bordeaux. Après cet examen des quartiers de Bordeaux nous allons aborder dans une deuxième chapitre la situation de quartiers des trois autres communes.

II. TROIS COMMUNES DE L'AGGLOMERATION

Les communes les plus en difficulté de l'agglomération bordelaise : Lormont, Mérignac et Pessac, font toutes partie de la première couronne de Bordeaux.89(*) Elles comportent chacune plusieurs quartiers prioritaires, zones classées ZUS ou ZRU. Les principaux acteurs institutionnels de l'action sociale territoriale intervenant sur l'ensemble de l'agglomération sont : les CCAS, les MDSI, l'ANPE, la CAF, le CAIO, les MOUS, les Missions locales, les Centres sociaux et culturels, le Centre Régional des OEuvres Universitaires et Scolaires (CROUS), la Caisse Régionale d'Assurance Maladie (CRAM), les Centres d'Hébergement et de Réinsertion Sociale (CHRS), la Fédération Nationale des établissements d'Accueil et de Réinsertion Sociale (FNARS), le Développement Social Urbain (DSU) etc. Parmi les associations on compte par exemple : la Ligue des Droits de l'Homme, Réseau 32, Logia 33, ATD Quart Monde. Enfin, au niveau caritatif on retrouve entre autres : la société St Vincent de Paul, le Secours Populaire Français, le Secours Catholique, le Secours Islamique, le Diaconat (Entraide protestante), les Restaurants du coeur, Emmaüs, la Croix Rouge Française.

A Lormont, nous avons interviewé M. Alain Coqblin, directeur-adjoint du CCAS de Lormont, dans les locaux du CCAS. Celui-ci nous a rappelé quelques éléments historiques pour nous expliquer la formation de certaines zones de pauvreté dans la ville, avant d'évoquer les questions du logement et de l'aide sociale sur la commune. A Pessac, nous avons rencontré M. Thierry Lemière, Chef de projet de la MOUS communale de Pessac, à la mairie. La MOUS est un dispositif visant l'accès au logement des personnes défavorisées. C'est une démarche associant localement des équipes pluridisciplinaires (action sociale et logement) et dont l'objectif est de concevoir et de mettre en oeuvre des «solutions-logement» adaptées aux besoins de personnes défavorisées. Elle est généralement ciblée sur des catégories de personnes marginalisées nécessitant une action d'insertion spécifique.

 

Lormont

Mérignac

Pessac

Bordeaux

CUB

Population :

Nb habitants en 1999

21 340

61 990

56 150

215 370

660 090

-Moins de 15 ans

21 %

16 %

16 %

13 %

16 %

-15-24 ans

15 %

14 %

18 %

19 %

16 %

-25-59 ans

48 %

50 %

47 %

49 %

49 %

-60 ans et plus

16 %

19 %

19 %

20 %

19 %

Etrangers

12 %

4 %

4 %

6 %

5 %

Familles et logements :

Nb de ménages

8 270

27 650

22 070

114 130

269 560

Ménages d'1 personne

29 %

35 %

30 %

52 %

39 %

Ménages de 6 pers. ou +

4 %

1 %

2 %

1 %

2 %

Familles monoparentales

22 %

16 %

14 %

18 %

16 %

Locataires

 
 
 
 
 

-en HLM

58 %

18 %

19 %

13 %

19 %

-hors HLM

9 %

29 %

23 %

48 %

31 %

Propriétaires

30 %

48 %

54 %

30 %

44 %

Résidences principales (+de 2 logements)

71 %

56 %

39 %

69 %

52 %

Logements HLM

58 %

18 %

19 %

13 %

19 %

Personnes en logement HLM

59 %

19 %

18 %

15 %

19 %

Activité- formation :

Pop active totale

10 060

30 300

24 630

100 600

308 100

Niv de formation des 15 ans et + :

 
 
 
 
 

- études en cours

12 %

13 %

20 %

18 %

16 %

- sans diplôme- CEP

39 %

23 %

22 %

21 %

24 %

- CAP-BEP

33 %

31 %

28 %

23 %

29 %

- BAC ou plus

17 %

34 %

31 %

38 %

32 %

Taux d'activité

47 %

49 %

44 %

47 %

47 %

- des femmes

44 %

46 %

40 %

42 %

43 %

Taux de chômage

26 %

13 %

13 %

19 %

16 %

- des 15-25 ans

41 %

26 %

29 %

31 %

30 %

- des femmes

31 %

15 %

14 %

19 %

17 %

Chômeurs de + d'un an

64 %

54 %

55 %

55 %

57 %

Surface et densité (ha) :

Surface totale

790

4 790

3 880

5 000

55 110

Densité brute

30

10

20

40

10

Surface résidentielle

290

1 390

1 690

1 550

13 360

Densité résidentielle

70

50

30

140

50

Source : A'Urba : Atlas de la politique de la ville de l'agglomération bordelaise, 2003

Chiffres arrondis à la dizaine et pourcentages à l'unité.

A. Lormont :

La commune de Lormont, située sur la rive droite de la Garonne, fait partie de l'ensemble des Hauts de Garonne, classé en ZRU. Sa situation géographique lui confère certaines caractéristiques qui ne sont pas sans conséquences, comme nous le verrons.

1. Question urbaine et sociale :

Au XIXème siècle, Lormont était un lieu important de villégiature, comme en témoigne la présence de dix-sept châteaux. La ville a connu ensuite une phase de croissance lors de la période de plein emploi des années 1960, et c'est à cette époque qu'ont été construites les cités d'habitat social. Trois facteurs y ont contribué : le projet de développement du port de Bordeaux (qui n'a finalement pas été réalisé) ; la destruction de quartiers comme Mériadeck, nécessitant de reloger les populations ; l'arrivée des pieds noirs d'Afrique du Nord ou d'autres immigrants. La non extension du port de Bordeaux n'a pas engendré les emplois escomptés, ce qui posa un problème social majeur. De plus, le choc pétrolier et la crise économique qui suivirent dans les années 1970 aggravèrent cette situation et laissèrent les quartiers de Lormont de plus en plus défavorisés. La commune de Lormont compte aujourd'hui cinq quartiers prioritaires, parmi lesquels les plus en difficulté sont : Carriet et Génicart.

a) Carriet :

La cité a été créée au milieu des années 1960. Elle est localisée sur un site vallonné dominant la Garonne, dans un triangle pris entre la rocade, une voie ferroviaire et une voie rapide, avec vue sur le pont d'Aquitaine. Elle est composée de deux ensembles : d'un côté des petites maisons, de l'autre 1 400 logements HLM, regroupant au total 3 800 habitants - près d'un cinquième de la population lormontaise- sur 60 hectares (la densité résidentielle est de 130 hab/ha en moyenne). Ce quartier est une concentration d'habitat social à près de 95%. Son caractère a priori de quiétude cache de grosses difficultés, liées notamment au fort taux de monoparentalité, à des conflits de générations et à l'obsolescence de l'ensemble du patrimoine bâti, privé comme public.

La population de l'habitat social a les caractéristiques des quartiers périphériques en difficulté, celle du tissu pavillonnaire est plus âgée. Les moins de 15 ans sont nombreux (26%), les 25- 59 et les plus de 60ans sont sous-représentés (45% et 15%). Il y a une très forte proportion d'étrangers (16%) et de ménages de plus de six personnes (6% contre 2% sur la CUB). Les habitants de Carriet sont très peu qualifiés : la moitié des plus de 15 ans n'a aucun diplôme, 10% ont le bac ou plus, contre 32% sur la CUB. Le taux de chômage est particulièrement élevé (35%), et affecte surtout les femmes et les jeunes, plutôt sur une longue durée (67%). Le secteur est bien équipé mais la plupart des équipements nécessitent une requalification.

b) Génicart :

Le quartier fait partie de l'ancienne ZUP (Zone d'Urbanisation Prioritaire) de Lormont construite à la fin des années 1960, située sur le plateau de l'Entre-Deux-Mers. La cité est formée de la juxtaposition de 15 résidences d'habitat social, où logent 10 000 habitants - soit la moitié de la population lormontaise - sur 70 hectares, avec une densité résidentielle très forte de 250 hab/ha (soit cinq fois plus que sur la CUB). Le quartier est caractérisé par une forte concentration d'habitat social : 77% de son parc immobilier. La population est jeune : la part des moins de 15 ans y est élevée (25%), celle des plus de 60 ans très faible (12%). La proportion de familles monoparentales et de ménages de plus de six personnes est forte (respectivement 29% et 5%), celle des étrangers très forte (17%). Le niveau de qualification est faible. Le taux de chômage est aussi très important (33%) pour les mêmes catégories de la population. Le quartier souffre également de l'obsolescence du patrimoine bâti et d'enclavement. Une partie des immeubles a été réhabilitée et leur état est variable. A côté de ces difficultés, le territoire présente de nombreux éléments porteurs de dynamique pour son renouvellement, notamment un niveau d'équipements élevé, de réelles qualités paysagères, et enfin l'arrivée du tramway au coeur même du quartier.

c) Autres sites :

D'après M. Coqblin, il existe aussi de nombreuses petites «poches de pauvreté», pas forcément visibles, dans le vieux Lormont - comme à Pessac, Mérignac ou Gradignan. Il commente :

« C'est plus ou moins conscient dans la société, après ce sont des poches qui sont sacrifiées. C'est un cercle vicieux : ils ne peuvent pas aller autre part. »

Il cite en particulier des maisons à l'entrée de Lormont proches de la zone portuaire, une « enclave portugaise » selon lui. Il ajoute que le quartier Lissandre connaît également une grande pauvreté, il est « très isolé, très ancien », et sa situation en fait une autre véritable enclave, comprise entre la barrière naturelle de la falaise, la voie ferrée et la voie du tramway en construction. En 2006 le CCAS a été appelé à intervenir plusieurs fois après le signalement de situations humaines limites. Le premier cas était celui d'une famille allocataire de l'AAH, du RMI et de la retraite , vivant « dans un taudis le long de la falaise ». Le second était celui de quatre adultes expulsés de Génicart et refugiés dans l'ancienne halte SNCF. Une autre intervention a eu lieu dans l'ancien logement des gardes barrières, où les conditions d'hygiène sont déplorables. Les personnes qui y habitent sont « très exclues, désociabilisées ». La Ligue des Droits de l'Homme leur a proposé un relogement en terrain de camping à Ambarès. Enfin, la dernière intervention évoquée est celle concernant « un laisser aller dans l'alcoolisme » pour une personne vivant dans « un taudis en HLM ». Finalement M. COQBLIN conclut pour cette question :

« En grande précarité, le public que vous touchez il y en a quand même peu à Lormont ».

d) Renouvellement urbain :

Avec Bassens, Cenon et Floirac, Lormont est inscrite dans le dispositif commun d'un Grand Projet de Ville (GPV). La convention territoriale du GPV comporte deux enjeux majeurs : le désenclavement de la rive droite, et le développement social et économique du territoire. Le parc des Coteaux, espace vert de plus de 400 hectares en face des quais de Bordeaux, doit constituer la colonne vertébrale de ce projet intercommunal. D'après Etienne PARIN, directeur du GPV :

« En France il n'y a pas d'équivalent de programme de rénovation urbaine qui concerne quatre communes comme c'est le cas pour la rive droite ».

Le grand problème actuel à Lormont demeure la question du logement, du fait de la demande interne de relogement, combinée à la forte attractivité de la commune sous la pression immobilière. Le sujet est d'autant plus douloureux que d'après M. COQBLIN :

« Bordeaux est entouré par sa ceinture rouge. Il n'y a pas d'entente entre les maires. Le PLH 90(*) est lettre morte, il ne s'applique pas. »

La commune possède le taux record de l'agglomération avec 68% de logements sociaux. Le renouvellement urbain programmé sur dix ans, avec la construction de 1750 nouveaux logements, aboutira encore à 65% de logements sociaux. Les enjeux du renouvellement urbain sont triples : redonner la place aux habitants dans leur espace quotidien ; redonner un sens aux espaces en déclinant un projet de ville ; ancrer la ville dans l'agglomération. Comme le rappelle M. Coqblin, la perspective des opérations est de « recréer une mixité sociale ». Un des moyens pour cela est de diversifier l'offre d'habitat par la construction de petits pavillons et de logements HLM, pour la propriété et la location. La ville recevra l'aide de la dotation de solidarité urbaine. Entre 2004 et 2005 celle-ci a augmenté de 57% en moyenne dans l'agglomération, mais de 171% à Lormont91(*). Notre interlocuteur pense que dans le futur les communes préfèreront payer les amendes92(*), que de payer pour la construction de nouveaux logements sociaux car celle-ci entraîne des effets secondaires onéreux, notamment une demande accrue en équipements.

Les deux objectifs territoriaux à Lormont concernent les quartiers de Carriet et de Génicart : opérations de démolition- reconstruction, écoles et équipements, locaux d'activité commerciale, requalification des espaces publics, tramway, parc des Coteaux, intégration dans la ville et liaison avec les pôles urbains environnants. Les travaux représentent la destruction de 375 logements à Carriet et 900 à Génicart, et environ 380 et 500 reconstrucations. Les nouveaux bâtiments n'excédant pas trois étages devraient être livrés fin 2009. Evidemment toutes ces opérations soulèvent la question du relogement des habitants. Pour M. COQBLIN, le « relogement des minima sociaux » reste très problématique :

« Demander un logement est pire que demander du travail. »

D'après l'Observatoire du relogement, l'attachement au quartier est très fort dans les Hauts de Garonne puisque selon une étude 70% des interrogés font le voeu d'être relogés sur la même commune, et 85% dans une des communes du GPV93(*). Selon M. COQBLIN, à Carriet les neuf tours cèderont la place à une seule tour, et le relogement des populations se fera pour 50% sur place, 25% à Lormont et 25% ailleurs. Tout le Haut Carriet sera « remodelé ».

2. Action sociale territoriale :

Dans un dernier temps de l'entretien, M. Coqblin nous a décrit la situation de l'aide sociale à Lormont. Les associations recensées dans la commune sont nées pour la plupart à Carriet dans les années 1960, avec la contribution des acteurs de gauche et des protestants. Les premiers centres sociaux et assistantes sociales y sont aussi apparus :

« Historiquement tout est né là. »

Parmi les 250 acteurs associatifs présents à Lormont on trouve : Citoyens pour s'entraider, Un peu pour tous, Contact Amitié Lormont, Dialogu', Dimo Distribution, Le Marché des quatre épis, Lormont Solidarité, le Foyer Populaire, Les Compagnons de la vie, Actions solidarité, les Restaus du Coeur, le Secours Populaire, l'Epicerie Solidaire (à reconstruire) etc. Au niveau institutionnel il faut citer l'intervention sur la commune du Comité des Oeuvres Sociales (COS), rattaché à la mairie, du Club prévention, des Centres sociaux de Mireport et de Gravières. Par ailleurs, dans le domaine caritatif on peut mentionner la présence de prêtres ouvriers jésuites habitant Génicart et d'un prêtre coopérateur.

En 2006 le projet social de la ville vise à redonner aux habitants un rôle dans leur vie quotidienne au sein de la cité, à faciliter l'appropriation de leur place d'usager et à lutter contre les phénomènes d'exclusion. Aujourd'hui le but des différents acteurs est de « lutter contre l'assistanat », de favoriser l'autonomie des personnes aidées ( M. Coqblin évoque la notion d'« empowerment »). Cependant le directeur du CCAS reste mitigé sur le niveau de coordination des différentes actions de lutte contre la pauvreté :

« Il y a des associations qui réfléchissent et d'autres qui font n'importe quoi, qui donnent pour se faire plaisir. C'est pas n'importe quoi d'être bénévole. Il y a tellement à faire. Il faudra se serrer les coudes de plus en plus : associations, professionnels, sociaux. Ca va devenir quasiment un métier. Le gouvernement définit en ce moment un statut du bénévole. Le tissu associatif va devenir très important car il n'existe pas d'autres moyens financiers et humains pour intervenir. Mais il y a des effets pervers : l'obligation de résultats. »

Enfin, lorsqu'on lui demande quelles personnes rencontrer, M. Coqblin nous indique : le service Jeunesse et Sport à la mairie, les assistantes sociales de l'ex-CMS devenu la MDSI, les élus, le GRICA, les directeurs des deux Centres sociaux, les dispositifs TRACE et CAA, les éducateurs de rue du Club de prévention.

B. Mérignac :

La ville de Mérignac est la troisième ville d'Aquitaine et la seconde de Gironde. Elle connaît actuellement une forte expansion du fait de l'attractivité de l'aéroport, du développement de zones commerciales et de l'arrivée du tramway.

1. Quartiers défavorisés :

A Mérignac, on trouve les indicateurs de pauvreté les plus élevés dans les quartiers prioritaires et ZUS de Beaudésert, Beutre et Le Burck, qui font l'objet de nombreuses mesures de développement territorial.

a) Beaudésert :

Ce secteur se trouve à l'extérieur de la rocade, dans une zone de bruit de l'aéroport, en relative autarcie et enserré de zones industrielles. Ses 1 000 habitants sont répartis sur 70 hectares et la densité résidentielle est plutôt faible avec 50 hab/ha. Il est composé pour moitié d'immeubles collectifs. La part des moins de 25 ans y est élevée (43%), les ménages de plus de six personnes sont sur-représentés (13% contre 1% pour la commune) et la part des ménages d'une seule personne est très faible (19%). La proportion d'habitants nés étrangers est particulièrement élevée (31%, soit près d'un tiers). Le niveau de formation est très faible (56% des plus de 15 ans sont sans diplôme), le taux de chômage élevé (31%) mais souvent de courte durée pour près de la moitié des cas. Ce quartier fait l'objet d'un ambitieux programme de recomposition et de désenclavement. Les opérations réalisées ont déjà transformé l'habitat, l'environnement et le comportement des habitants. Il y a pas ou très peu de dégradations. Les problèmes qui demeurent sont la circulation de transit excessive et l'isolement du quartier.

b) Beutre :

C'est le quartier le plus éloigné de la rocade, également à proximité de l'aéroport. Il compte 1 000 habitants sur 28 hectares de terrain et la densité résidentielle y est moyenne (70 hab/ha). Une partie des habitants ressent un fort sentiment d'isolement, d'insécurité et d'oubli. Le secteur est composé essentiellement de logements individuels en location HLM, de type pavillonaire, et de maisons en bande. La proportion des moins de 15 ans est forte (23%), celle des 15- 24 ans faible (11%). Il y a très peu de ménages d'une seule personne (16%contre 35% sur la commune). Le niveau de qualification est assez faible (33%sont sans diplôme), le taux de chômage élevé (20%), en particulier chez les jeunes (39%). Les principaux équipements sont : une école maternelle, un centre social et d'animation, un centre de loisirs, un centre d'animation, un city- stade, une annexe de la mairie et une agence postale.

c) Le Burck :

Ce quartier se situe entre la rocade et les boulevards, à la limite entre urbanisation et espaces verts. Il est regroupe 1 800 habitants sur 20 hectares, avec une densité résidentielle très élevée de 280 hab/ha (contre 50 sur la CUB). L'habitat est formé de 22 barres vétustes de quatre étages, ainsi que de nombreuses copropriétés. La proportion des 15- 59 ans est très élevée (70%), celle des plus de 60 ans très faible (12%). Près de la moitié des ménages ne sont formés que d'une seule personne, tandis que la part de familles monoparentales est élevée (27% contre 16% à Mérignac et sur la CUB). Le niveau de qualification de la population est faible, le taux de chômage très élevé (26%), surtout chez les jeunes (39%) et les femmes (28%). Le château du Burck est au centre et en bordure du quartier se trouve un alignement complet de commerces de proximité et de services, une agence postale, une annexe de la mairie, un centre social, une salle de sport et un terrain de foot ainsi qu'une école maternelle et primaire.

d) Développement territorial :

La lutte contre la relégation et l'exclusion dans ces quartiers s'est engagée résolument dans les années 1990 avec la signature d'un premier contrat de ville, la mise en place d'un Conseil Communal de Prévention de la Délinquance (CCPD), de la Mission Locale Technowest et du service du Développement Social Urbain (DSU) et de son observatoire. A Pessac, la politique de la ville a été menée autour de deux ambitions. D'une part, la consolidation et la prolongation du travail de renouvellement urbain initié, et le renforcement du lien social dans ces quartiers. D'autre part, le développement du travail partenarial autour des axes prioritaires en lien avec les acteurs de terrain, les associations et les institutions, en favorisant l'émergence d'acteurs nouveaux.

Le renouvellement urbain vise à lutter contre le déséquilibre de l'offre locative et l'effet de ségrégation persistant dans ces quartiers. Les axes sont les suivants : poursuite des projets urbains et opérations de démolition-reconstruction, développement d'une offre de logements sociaux ainsi qu'en hébergement d'urgence ; mise en place d'une gestion urbaine de proximité en partenariat avec les acteurs locaux ; étude et diagnostic des copropriétés privées et construction d'une stratégie d'intervention. Ces priorités s'accompagnent d'actions de redynamisation urbaine sur d'autres territoires proches, notamment en centre ville dans le cadre d'une ZAC.

2. Démocratie de proximité et action sociale :

La démocratie de proximité s'est construite à travers les conseils de quartier créés en 1997 et rassemblant élus, associations, experts et habitants. Le développement social porte sur l'accès aux activités culturelles et sportives, en particulier pour les jeunes ; l'accès aux soins et à la prévention via les réseaux de santé de la ville ; l'apprentissage de la citoyenneté et l'aide à la parentalité ; le soutien à l'intégration des populations immigrées ; l'animation et le renforcement de la vie associative. Une attention particulière est portée aux situations de grande précarité par la promotion de l'accompagnement social, notamment dans l'accès au logement. De plus, dans le domaine économique, les priorités de la ville sont la réduction des disparités entre quartiers, la diminution des inégalités d'accès à l'emploi et la revitalisation économique de certains territoires.

Les principaux acteurs du domaine social à Mérignac sont : le CCAS, la MDSI, la Commission Locale d'Insertion (CLI), la CAF, la Mission Locale Technowest, la Maison des Jeunes et de la Culture (MJC), la Maison Départementale de la Santé (MDS). Cette dernière a été créée à l'initiative du Conseil Général de la Gironde et s'adresse aux personnes de toutes générations en situation précaire et qui ne prennent plus soin de leur santé. On recense également une cinquantaine d'associations intervenant sur la commune, supervisées par le Conseil Local de la Vie associative. On peut aussi remarquer que le secteur caritatif est assez développé dans les quartiers pauvres de Mérignac. Le Comité Mérignac Solidarité a été mis en place en 2000 par la Ville. Il se compose de sept associations caritatives et humanitaires : Secours Populaire, Secours Catholique, St Vincent de Paul, Croix Rouge, Restaus du Coeur, ATD Quart Monde et Médecins du Monde. L'objectif de ce comité consiste à favoriser les échanges entre les associations pour leur permettre d'agir dans la complémentarité auprès du public accueilli et de réaliser des actions communes. D'autre part, en plus des associations les plus connues, on trouve de nombreuses congrégations religieuses, dont les Petites Soeurs résidant dans la Cité l'Envol.

C. Pessac :

La ville de Pessac est la troisième ville de Gironde, située aux portes du massif forestier des Landes. C'est une cité viticole, universitaire et technologique avec six parc d'activités tournés vers les technologies nouvelles et un pôle cardiologie renommé. La convention ville-habitat et le premier contrat de ville ont contribué à stopper la dégradation de certains quartiers et à leur redonner une place dans la cité.

1. Trois quartiers en grande difficulté :

La commune compte trois quartiers importants d'habitat social : Saige, Châtaigneraie- Arago et Haut Livrac, tous situés à proximité de la rocade. Les deux premiers sont classés en ZRU et le dernier en ZUS. A propos des zones les plus touchées par la pauvreté, M. Lemière cite les trois quartiers que nous avons évoqué et commente :

« C'est vrai que nos quartiers d'habitat social sont les quartiers où les habitants sont les plus touchés ; c'est l'endroit où il y a deux fois plus de chômage qu'ailleurs. Tous les chiffres sont multipliés par deux. Il y a des problèmes de solvabilité, d'énergie, alimentaires... Des femmes seules, des familles monoparentales, des difficultés économiques. »

a) Alouette- Haut Livrac :

C'est un quartier de 1 700 habitants sur 30 hectares, dans un environnement de maisons et de petits immeubles, à l'extérieur de la rocade. La densité résidentielle y est forte par rapport à la commune et à la CUB (140 hab/ha contre 30 et 50). Il compte deux résidences d'habitat social de 350 logements, une copropriété et des équipements : trois écoles, un collège, une bibliothèque, une mairie annexe, un parc, un espace social, des centres sportifs et un petit centre commercial. La présence des moins de 15 ans est forte (23%), celle des plus de 60 ans très faible (11%), les familles monoparentales sont sur-représentées (près d'un tiers, soit le double de la moyenne sur la CUB). Le taux de chômage est élevé (21%), notamment chez les moins de 25 ans, et le chômage de longue durée est important (62%). Le quartier a déjà fait l'objet d'interventions urbaines lourdes de reconstruction- démolition et de réhabilitation. Les cités de Macédo et des Ailes Françaises sont concernées en priorité.

b) Châtaigneraie- Arago :

Le secteur forme un triangle calé entre la rocade et une voie ferrée, à l'extrémité Nord- Ouest d'un ensemble de résidences collectives. 3 100 habitants sont réunis sur 30 hectares et la densité résidentielle est élevée : 190 hab/ha. Le quartier est de composition homogène, avec de longues barres de quatre à neuf étages et une tour de quinze étages, complétée par des équipements : un centre social, deux groupes scolaires et un collège, un centre de loisirs, une médiathèque, un parc et un château, un bureau de poste, un centre commercial. La différence d'aspect est marquée entre la résidence Arago, dégradée et enclavée, et celle de la Châtaigneraie, en grande partie réhabilitée. Le profil de la population est hétérogène. La présence de familles monoparentales est importante (26%), celle d'habitants nés étrangers notable (10%, soit près du double de la moyenne sur la CUB). Le niveau de qualification est faible (37% sont sans diplôme), le taux de chômage élevé (22%) surtout pour les jeunes et les femmes, mais plutôt de courte durée.

c) Saige :

Le troisième quartier sensible de Pessac est localisé dans un secteur de résidences collectives entre la rocade et les tissus de maisons et de petits immeubles jouxtant le campus universitaire. A terme, le tramway longera le quartier au Nord. Les immeubles y sont de formes variées : huit tours, six barres formant des motifs orthogonaux et trois bâtiments triangulaires. La population est de 4 300 habitants, sur 50 hectares, et la densité résidentielle s'élève à 200 hab/ha (quatre fois plus que sur la CUB). Les habitants sont jeunes en moyenne, les plus de 60 ans sont sous-représentés (10%). La proportion de familles monoparentales est très forte (30%) et celle des étrangers forte (13%). Le taux de chômage est élevé (26%), important chez les jeunes de moins de 25 ans et les femmes, avec une forte part de chômeurs de longue durée (60%). Les principaux équipements sont : une plate-forme de services publics, un espace social, une maison du droit et de la médiation, une maison municipale, un pôle sportif, une crèche, un centre commercial rénové. Malgré des améliorations importantes et le développement d'actions sociales et de services publics, le quartier conserve une image plutôt négative, et des problèmes de sécurité et de délinquance se posent périodiquement.

d) Projets de rénovation :

Des actions d'envergure ont déjà été menées dans ces quartiers. Le contrat de ville 2000-2006 vise à poursuivre et intensifier cette politique partenariale, afin d'enrayer durablement les processus d'exclusion et de discrimination sociale et territoriale. La requalification urbaine vise une intégration complète des quartiers dans la ville : l'implantation à Saige d'une station de tramway doit y contribuer, comme la présence d'équipements majeurs pour le quartier Châtaigneraie-Arago. A l'extérieur de la rocade, le quartier Haut Livrac doit s'intégrer à la nouvelle polarité urbaine Ouest de la ville. Le PLH doit garantir durablement la production d'un habitat homogène et équilibré sur la commune, au service de la mixité sociale. Il recommande en particulier : la maîtrise du développement urbain ; le maintien du parc de logements locatifs à au moins 20% de résidences principales produites ; une offre en logements permettant un renouvellement démographique (déficit de jeunes adultes à compenser et accueil des étudiants).

2. Coordination du travail social :

Lorsqu'on lui demande qui intervient principalement dans la lutte contre la pauvreté dans les quartiers, M. Lemière cite : les services Solidarité- insertion  du Conseil Général de la Gironde ; le CCAS ; les associations caritatives telles que le Secours Populaire, la Croix Rouge, les Restaus du Coeur et ATD Quart Monde. Douze alliés du Mouvement ATD Quart Monde sont présents à Mérignac. La commune compte quinze associations dans le domaine social et trois centres sociaux. La Mission Locale de Pessac accompagne aussi les recherche d'emploi. D'après le directeur de la MOUS, le travail social sur Pessac regroupe : le développement les services publics de proximité ; des actions de prévention en matière de santé, d'endettement, de logement ; des mesures pour favoriser l'intégration, les activités de loisir, la réussite scolaire. Il ajoute :

« Ca fait 15-20 ans qu'on prend des mesures. On garde une très grande vigilance sociale pour que la situation ne se dégrade pas. Le but est de soutenir les familles, c'est le fondement même de l'action sociale de la politique de la ville. On travaille avec tous les partenaires. »

Les techniciens de la MOUS ont trois objectifs : bien connaître les situations, mobiliser les institutions, créer des projets en matière de logement, d'équipement. Cependant ils n'agissent « pas tous seuls » mais en collaboration avec les assistantes sociales et les responsables d'antenne des bailleurs HLM. La commune a une véritable tradition de travail en partenariat avec les associations, « dans le respect des prérogatives de chacun ». Il existe des instances de concertation, notamment Pessac Social, en lien avec le CCAS et la MDSI, pour « partager, échanger, se concerter » :

« Les gens se connaissent et ont des habitudes de travail ensemble. »

Parmi les thèmes abordés figurent le logement, la distribution alimentaire, l'intervention sociale. Les réunions ont lieu six fois par an, à quoi s'ajoutent des rencontres de projet et des réunions de quartier. Les trois permanents de la MOUS y jouent un rôle d'animation :

« C'est vraiment le rôle de la MOUS que tout le monde agisse de façon concertée. »

Une autre question a été évoquée lors de l'entretien, celle de la présence de communauté de Gens du voyage à Pessac. Notre interlocuteur estime que la majorité des Gens du voyage de la commune sont désormais sédentarisés :

« Ils sont de plus en plus chassés... Il y a tout un arsenal juridique, c'est pas sécurisant comme situation. Donc maintenant ils s'installent dans les aires d'accueil. Le schéma départemental avait prévu de construire plusieurs aires de passage mais on se rend compte que les familles ont plutôt besoin d'aires de sédentarisation. Elles peuvent s'y installer sur une certaine durée, toujours en caravanes, et voyager à la belle saison. »

Une aire d'accueil spécialisée a donc été créée en 2002 à la Chaye, en cogestion entre Pessac et Mérignac. Les familles arrivent en général en automne (« l'aire est pleine en septembre »), et y restent neuf mois. Un travailleur social accompagne les familles sur place mais aucune véritable action spécifique n'est engagée. Il réalise surtout un travail de sensibilisation aux questions de l'hygiène et des dépenses d'eau. D'après la presse, deux associations au moins concernent également ces publics : l'Association des Gens du voyage (AGV), et l'association des Habitants de logements éphémères ou mobiles (HALEM). D'autre part, à propos de la scolarisation des enfants de moins de seize ans, M. Lemière reste vague :

« C'est une communauté avec laquelle on compose vous savez. Les garçons préfèrent souvent travailler avec leur père. »

A la fin de l'entrevue, M. LEMIERE nous conseille de rencontrer par la suite les responsables des trois centres sociaux de la ville, ainsi que la directrice de la MDSI.

Ce portrait socio-démographique des quartiers les plus pauvres de l'agglomération met en évidence des constantes quant aux difficultés que rencontrent leurs habitants, qui les rapprochent du profil des quartiers de Bordeaux. La valeur des indicateurs de pauvreté économique, administrative ou d'existence y est en général supérieure à celle que l'on mesure à l'échelle des communes ou de la CUB. En dehors de la question du chômage ou des tensions sociales, le logement fait partie des problématiques prioritaires pour ces secteurs d'habitat social.

D'autre part, que ce soit à Lormont, Mérignac ou Pessac, de très nombreux acteurs entrent en jeu dans la lutte contre la pauvreté, l'exclusion sociale et la relégation dans les quartiers. Certains dispositifs institutionnels ou associatifs y sont bien implantés depuis plusieurs années, tandis que de nouvelles initiatives apparaissent pour palier aux besoins émergents. Toutefois, la mise en oeuvre de l'action sociale territoriale sur les trois communes est assez contrastée. Si on peut parler d'un haut niveau de collaboration entre ces acteurs du domaine social à Pessac et Mérignac, tel n'est pas le cas à Lormont où la coordination entre les bénévoles et les services sociaux semble plus problématique. La politique de la ville doit donc en permanence adapter ses objectifs aux situations variées rencontrées sur les différents territoires. L'outil principal de cette politique demeure la rénovation urbaine, programmée sur un moyen terme.

Conclusion

« Nos sociétés riches et sophistiquées sont brutalement renvoyées à leur échec le plus cruel : la pauvreté, l'exclusion, la détresse matérielle dans laquelle se trouvent des hommes et des femmes qui campent dans le voisinage des temples de la consommation et que rien souvent ne prédestine à un pareil sort. C'est alors seulement que la misère sort vraiment des tableaux statistiques pour se poser dans la rue, sous nos fenêtres et sous nos regards honteux. » Franck DE BONDT

Cette démarche d'état des lieux de la grande pauvreté dans l'agglomération bordelaise a finalement été menée du début du mois de février à la fin du mois de juin 2006, les principales conclusions rédigées jusqu'en septembre, et le rapport final rendu début octobre, conformément aux délais impartis. Elle s'est déroulée en collaboration entre les différents volontaires d'une part, avec la contribution de membres du Mouvement ATD Quart Monde et de responsables institutionnels d'autre part.

D'un point de vue méthodologique, on peut évoquer les problèmes rencontrés pour mener à bien l'ensemble de l'étude. Le premier écueil était le peu de retour face à nos demandes d'entretiens ou d'accès à des données statistiques. Il faut souligner le manque d'indicateurs de pauvreté disponibles au niveau local (infra-départemental) pour ce genre de travail. Ensuite s'est posée la difficulté d'allier les préconisations du Mouvement en matière d'enquête sociale avec les conditions réelles de cette étude. En effet pour réaliser un véritable croisement des savoirs il aurait fallu obtenir la participation d'un plus grand nombre de personnes, notamment des alliés. La rencontre d'autres associations oeuvrant sur le territoire aurait également permis d'enrichir notre connaissance du contexte bordelais. Toutefois, cette recherche menée sur un court délai représente une introduction utile pour une future enquête de terrain beaucoup plus conséquente et approfondie.

Compte-tenu de ces limites, nous sommes parvenus à faire une présentation de la situation sociale contrastée des communes de l'agglomération, sur la base d'un traitement secondaire de données. Il ressort de l'analyse que l'agglomération bordelaise présente une grande disparité interne, que ce soit par rapport à des indicateurs de pauvreté monétaire, d'existence ou administrative. On peut conclure que la pauvreté est avant tout urbaine, bien que localisée dans différentes communes de l'agglomération, et qu'elle progresse de manière concentrique par rapport à Bordeaux. Certains secteurs répartis de part et d'autre de la Garonne concentrent un maximum de difficultés sociales, en priorité des quartiers de Bordeaux, des Hauts de Garonne, et des communes de la première périphérie de Bordeaux situées à l'Ouest, en bordure de rocade. Le cumul des handicaps sociaux tend à un renforcement de la disqualification sociale de ces zones, qui font pourtant l'objet de nombreuses politiques de rénovation urbaine ou de développement local.

Nous avons ensuite réalisé une approche de la mise en oeuvre de l'action sociale territoriale dans les secteurs étudiés. Le constat qui s'impose à l'issue de cette recherche est la multiplication des réponses institutionnelles ou associatives aux situations de pauvreté ou d'exclusion sociale. Ce fait soulève plusieurs questions. Tout d'abord celle de l'accessibilité de ces dispositifs aux personnes les plus démunies, ne serait-ce que du fait de leur grand nombre et de leur complexité.94(*) Ensuite celle du degré de coopération entre les divers acteurs du domaine social. Des initiatives se développent pour favoriser leur meilleure coordination, cependant le sentiment global demeure celui d'un certain éclatement des acteurs, des pratiques et des connaissances, pouvant nuire à l'efficacité des mesures mises en place. Par la suite il serait intéressant de poursuivre une analyse comparative des points de vue des différents individus concernés par la lutte contre la pauvreté, qu'ils soient bénéficiaires ou accompagnants, afin de mieux cerner la façon dont ils évoquent leur vécu, leurs représentations, leurs attentes respectives, les contraintes qu'ils subissent par rapport à la relation d'aide. Ceci pourrait permettre de cerner d'éventuels décalages, voire de favoriser un certain rapprochement entre les personnes par une meilleure connaissance réciproque.

En guise de conclusion générale pour ce travail, on peut évoquer le bilan de l'état des lieux dressé en commun avec l'équipe des volontaires :

« Les partenaires institutionnels (CCAS de Lormont, PLAje, Mission Locale, MOUS de Pessac) nous ont apporté un regard plus global sur les situations d'exclusion. Les administrateurs sociaux ont conscience de la multiplication des stratégies publiques ainsi que de leur charge notable. Même si de nombreux programmes sont mis en place pour aider les résidents, le contact humain reste un souci. L'un de ces interlocuteurs nous rappelle :

« On n'a pas les outils pour aller à la rencontre des plus exclus. Ils restent chez eux, ils n'ont pas l'info. Et même s'ils font la démarche, ils arrivent à l'accueil, dans un groupe où c'est dur de parler et en général ils repartent ».

Cela a été un moyen d'approfondir une démarche constructive et relationnelle envers ces associés qui participent à une meilleure résorption de l'échec d'insertion sociale d'une certaine catégorie de citoyens. Mais aussi d'être aiguillé vers d'autres acteurs ou organismes : Centre d'Accueil, d'Information et d'Orientation (CAIO), Groupement de Recherche et d'Intervention sur les Conduites Addictives (GRICA), coordination des correspondants de quartier ; Développement Social Urbain (DSU), Maisons Départementales de la Solidarité et de l'Insertion (MDSI).

Les associations de terrain ont permis de comparer l'écart entre ce qui se vit directement au quotidien et les statistiques. Leur perception des situations n'est pas négligeable car c'est un point de vue conforme à la réalité et utile pour l'investissement futur de proximité avec les plus pauvres. Les différentes actions hebdomadaires menées par le Mouvement à Bordeaux (Bibliothèque de Rue, Tapori, Groupe de Dialogue Citoyen, accompagnements et suivi de familles...) vont dans ce sens : cheminer avec ces collaborateurs proches des gens pour s'enquérir des situations dramatiques afin de mieux les combattre.

Cette étude a permis d'accroître notre vision des lieux de la pauvreté sur l'agglomération, d'établir des ponts avec les acteurs locaux et de ressentir ce qui se vit sur Bordeaux et sa communauté urbaine. L'éclatement géographique global des personnes en état de grande pauvreté nous laisse à penser que ce combat contre la misère doit s'accomplir conjointement avec l'ensemble de la population. »

Table des matières

Introduction................................................................................................... ......1

Première partie : DEMARCHE D'ENQUETE...............................................................5

I. Construction de l'objet de recherche...............................................................5

A. Définition des notions et indicateurs................................................................5

1. Pauvreté, misère, exclusion sociale........................................................5

2. Indicateurs de pauvreté......................................................................6

a) Pauvreté monétaire..........................................................................8

b) Pauvreté en conditions de vie.............................................................8

c) Pauvreté administrative.....................................................................9

B. Présentation du territoire............................................................................10

1. La Communauté Urbaine de Bordeaux..................................................11

a) Inscription territoriale.....................................................................11

b) Le contrat de ville de Bordeaux Métropole..........................................12

c) La rénovation urbaine.....................................................................13

2. La ville de Bordeaux.......................................................................14

a) Présentation..................................................................................14

b) Le projet de cohésion sociale............................................................15

c) Les projets d'aménagements.............................................................16

II. Méthodologie d'enquête............................................................................18

A. Démarche préconisée par ATD Quart Monde....................................................18

1. Le croisement des savoirs..................................................................18

2. La détection de terrain.....................................................................19

B. Déroulement de l'état des lieux à Bordeaux......................................................21

1. Les différents étapes........................................................................21

2. Les outils de portrait mobilisables........................................................22

Deuxième partie : REPARTITION SPATIALE DE LA PAUVRETE.................................24

I. Situation sociale de l'agglomération.......................................................24

A. Dimensions territoriales de la pauvreté..................................................24

1. Localisation de la pauvreté urbaine..........................................25

2. Cumul des handicaps sociaux................................................26

B. Résultats d'enquêtes statistiques.........................................................28

1. Pauvreté monétaire.............................................................28

a) Niveau de revenus...............................................................28

b) Dispersion des revenus.........................................................29

c) Exonération d'impôt............................................................30

2. Conditions de vie et pauvreté administrative...............................31

a) Allocataires de minima sociaux................................................31

b) Familles monoparentales........................................................34

c) Allocataires dépendants..........................................................35

d) Travailleurs pauvres...............................................................37

II. Enquête sociale sur les quartiers............................................................38

A. Quartiers prioritaires de la politique de la ville.........................................38

1. Les quartiers prioritaires de l'agglomération...............................38

2. Classification des quartiers prioritaires......................................40

B. Comparaison avec le point de vue des membres du Mouvement....................42

1. Contribution des militants.....................................................43

2. Contribution des alliés.........................................................44

Troisième partie : PORTRAIT DES ZONES LES PLUS TOUCHEES...............................46

I. Trois quartiers de Bordeaux.................................................................46

A. Bacalan- Claveau...........................................................................49

1. Un ancien quartier ouvrier en mutation.....................................49

2. Rénovation urbaine et projet de ZAC.......................................50

B. Les Aubiers.................................................................................51

1. Une banlieue stigmatisée......................................................51

2. Projets d'aménagements......................................................52

C. St Jean-Belcier-Carle Vernet..............................................................53

1. Un quartier de gare hétérogène...............................................53

2. Opérations de rénovation urbaine............................................54

II. Trois communes de l'agglomération.......................................................57

A. Lormont......................................................................................59

1. Question urbaine et sociale...................................................59

a) Carriet................................................................................59

b) Génicart..............................................................................60

c) Autres sites...........................................................................60

d) Renouvellement urbain...........................................................61

2. Action sociale territoriale......................................................63

B. Mérignac.....................................................................................64

1. Quartiers défavorisés..........................................................64

a) Beaudésert...........................................................................64

b) Beutre..................................................................................64

c) Le Burck..............................................................................65

d) Développement territorial.......................................................65

2. Démocratie de proximité et action sociale..................................66

C. Pessac........................................................................................67

1. Trois quartiers en grande difficulté..........................................67

a) Alouette-Haut Livrac..............................................................67

b) Châtaigneraie-Arago..............................................................68

c) Saige...................................................................................68

d) Projets de rénovation.............................................................68

2. Coordination du travail social................................................69

Conclusion................................................................................................72

Table des matières.......................................................................................75

Bibliographie et références.............................................................................78

Bibliographie et références

· Ouvrages et articles académiques 95(*) :

- ALIOUM Y., 2006, Les Services d'accueil de jour de Bordeaux : vers une meilleure réponse aux besoins des personnes en errance, Mémoire pour le concours d'Inspecteur de l'Action sanitaire et sociale, Ecole Nationale de la Santé Publique ENSP de Rennes

- Comité de pilotage du Contrat de ville de l'agglomération bordelaise et A'URBA Agence d'Urbanisme Bordeaux Métropole Aquitaine, 2003, Atlas de la politique de la ville de l'agglomération bordelaise, Offset Services Bordeaux.

- CUILLER F. et SCHRANTZ M. (dir.), Atlas de la métropole bordelaise, 2000, A'urba agence d'urbanisme de Bordeaux, Mollat, INSEE

- DIACONAT de Bordeaux, Entraide protestante, 2006, Orienter à Bordeaux : Répertoire des associations et services spécialisés à l'usage des accueillants [en ligne]

- GODIER P. et TAPIE G., 2004, Recomposer la ville. Mutations bordelaises, L'Harmattan

- JACQUEMIN H., 2004, Les Représentations des risques en espace urbain. L'exemple du quartier des Aubiers à Bordeaux, Mémoire de Maîtrise de Géographie Université M. Montaigne Bordeaux 3

- JOIN-LAMBERT M-Th. (dir.), 1994, Politiques sociales, coéd. Dalloz/Presses de la Fondation nationale des Sciences politiques, Coll. Amphithéâtre

- POUCHADON M.-L., VERETOUT A., ZAFFRAN J., 2005, Les Modes d'organisation des communes en matière de politique d'action sociale facultative : l'exemple des villes de Pessac et de La Rochelle, Rapport final Juillet 2005, Institut Régional du Travail Social Aquitaine (IRTSA) et Laboratoire d'Analyse des Problèmes Sociaux et de l'Action Collective (LAPSAC)

Ouvrages de méthode sociologique :

- BEAUD S. et WEBER F., 1998, Guide de l'enquête de terrain, La Découverte

- BLANCHET A. et GOTMAN A., 1992, L'Enquête et ses méthodes : l'entretien, Nathan

- COENEN-HUTHER J., 1995, Observation participante et théorie sociologique, L'Harmattan

- VAN CAMPENHOUDT, 1995, Manuel de recherche en sciences sociales, Dunod

· Rapports officiels :

- GILLES M.-O. et LEGROS M., 1995, Politiques Sociales : l'épreuve de la pauvreté, Enquête réalisée par le CREDOC, Rapport au Conseil Economique et Social, la Documentation française [en ligne]

- WRESINSKI J. (dir.), 1987, Grande pauvreté et précarité économique et sociale, Rapport au Conseil Economique et Social, 10 et 11 février 1987, La Documentation française [en ligne]

- Rapports de l'Observatoire National de la Pauvreté et de l'Exclusion Sociale (ONPES), 2000, 2002, 2004 et 2006, La Documentation française [en ligne]

· Publications et revues :

- JACQUEMIN H., 2005, « Les risques en quartier «sensible»: des mythes médiatiques aux réalités quotidiennes. L'exemple des Aubiers à Bordeaux », in Mappemonde n°77, janvier 2005 [en ligne]

- Publication du Conseil Général de la Gironde : Embellir la vie, pour toute la vie, Dossier Insertion : « 15 ans de RMI en Gironde : état des lieux », 2003 [en ligne]

- Publications de la Direction Interministérielle à la Ville (DIV) : Lettre de la DIV : n° 89 de janvier-février 2004 à n°109 de février-mars 2006 [en ligne]

- Publication de la Direction de la Recherche, de l'Evaluation, des Etudes et des Statistiques (DRESS) : « Les allocataires des minima sociaux en 2000 », décembre 2001, Etudes et résultats n°148 [en ligne]

- Publication de la Direction Régionale des Affaires Sanitaires et Sociales (DRASS) : « Les principaux minima sociaux en Aquitaine : situation fin décembre 2000 », Infostat n°76, février 2003 ; « Les enfants et les adolescents en difficulté au 31 décembre 1997 », Infostat n°70, mai 1999 [en ligne]

- Publications de l'Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques (INSEE) : Atlas de l'agglomération bordelaise, chapitre « Revenu, social », INSEE Aquitaine[en ligne]

- Revue Alternatives économiques : « Le seuil de pauvreté », n°155, janvier 1998 ; « Les indicateurs de mesure de la pauvreté », n° 159, mai 1998avril 05

- Revue Bordeaux Magazine : « Bordeaux Cohésion sociale, ensemble pour agir », n°337, janvier 2006 [en ligne]

- Revue IGN Magazine : « La Communauté Urbaine de Bordeaux. Bordeaux ville pionnière », n°28, mars-avril 2005 [en ligne]

· ATD Quart Monde :

- « Comment faire pour savoir où sont les plus pauvres, là où on est ? Détection des personnes en situation de non droit. Recherche des plus pauvres et de ceux qui les soutiennent. » Document interne du Mouvement ATD Quart Monde

- « Atteindre les plus pauvres », ATD Quart Monde - UNICEF, 1996.

· Rencontres et entretiens :

- avec Mme B. PECHEUX, militante d'ATQ Quart Monde, résidante du quartier Beaudésert à Mérignac, le 23/03/2006

- avec M. A. COQBLIN, directeur adjoint du Centre Communal d'Action Sociale (CCAS) de Lormont, le 20/04/2006

- avec M. F. FAURE, conseiller à la Mission Locale Bordeaux Avenir Jeunes, le 17/05/2006

- avec Mlle M. NACLERIO, présidente du Programme Local d'Action auprès des Jeunes (PLAJe), le 10/05/06

- avec M. Th. LEMIERE, Chef de projet de la Maîtrise d'oeuvre Urbaine et Sociale (MOUS) de Pessac, le 18/05/2006

· Conférences et forums :

- DUBET F., conférence du 01/02/2006 : « Les précaires qualifiés », à l'Université V. Segalen Bordeaux 2, à propos de l'ouvrage de SALLENAVE, RUISTI et RUMEAU, 2006, La précarité n'est pas encore ce qu'elle était... Les rois mages qualifiés de la mondialisation, Bastingage

- Forum AGORA, architecture et urbanisme, les 3, 4 et 5 mars 2006 à Bordeaux. Présentation des projets de réhabilitation et d'aménagement de Bordeaux Lac et Bordeaux Rive droite.

Voir aussi « Une bibliographie pour approfondir », en annexe de l'état des lieux.

·

Alternatives Economiques

http://www.alternatives-economiques.fr/

Annuaire des acteurs de la lutte contre l'exclusion

http://aalce.social.gouv.fr/

Aide à Toute Détresse (ATD) Quart Monde

http://www.atd-quartmonde.org/

http://www.atd-quartmonde.asso.fr/

ATD Quart Monde à Bordeaux

bordeaux@atd-quartmonde.org

Caisses d'Allocations Familiales (CAF) de Gironde

http://www.gironde.caf.fr/

Centre Régional de Documentation Pédagogique (CRDP)

http://www.crdp-montpellier.fr/

http://www.crdp-montpellier.fr/ressources/dda/exclusion/

Communauté Urbaine de Bordeaux (CUB)

http://www.lacub.com/

http://www.bordeaux-metropole.com/

Conseil Général de Gironde

http://www.cg33.fr/

Diaconat de Bordeaux, Entraide protestante

http://diaconat.bordeaux.free.fr/

Direction Régionale des Affaires Sanitaires et Sociales DRASS/ DDASS Gironde 

http://aquitaine.sante.gouv.fr/

Documentation française

http://www.ladocumentationfrancaise.fr

Institut Géographique National (IGN)

http://www.ign.fr/

Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques (INSEE)

Rubrique : Portail Collectivités Locales

Problématiques : Population, politiques sociales et aménagement urbain, logement

Index:Pauvreté-précarité

http://www.insee.fr/

http://www.insee.fr/fr/insee_regions/aquitaine/

Direction Interministérielle à la Ville (DIV)

http://www.ville.gouv.fr/

http://www.i.ville.gouv.fr/

Les Echos

http://www.lesechos.fr/regions/atlas/villes/

Lien Social

http://www.lien-social.com/

Ministère de l'Emploi, de la Cohésion Sociale et du Logement

http://www.travail.gouv.fr/

Ministère des Solidarités, de la Santé et de la Famille

http://www.sante.gouv.fr/

Portail gouvernemental sur le Plan de Cohésion Sociale 

http://www.cohesionsociale.gouv.fr/

Pays et quartiers d'Aquitaine (PQA)

http://www.aquitaine-pqa.fr/

Ville de Bordeaux

http://www.bordeaux.fr/

Ville de Lormont

http://www.ville-lormont.fr/

Ville de Mérignac

http://www.ville-merignac33.fr/

Ville de Pessac

http://www.mairie-pessac.fr/

Ressources Internet et contacts :

* 1 ATD Quart Monde - UNICEF, 1996, Atteindre les plus pauvres.

* 2 Extrait du Power Point de présentation du Mouvement à Bordeaux élaboré par un volontaire en 2006.

* 3 WRESINSKI J. (dir.), 1987, Grande pauvreté et précarité économique et sociale, Rapport au Conseil Economique et Social, 10 et 11 février 1987, La Documentation française [en ligne].

* 4 D'après ALIOUM Y., 2006, Les Services d'accueil de jour de Bordeaux : vers une meilleure réponse aux besoins des personnes en errance, Mémoire pour le concours d'Inspecteur de l'Action Sanitaire et Sociale, ENSP de Rennes.

* 5 GILLES M-O. et LEGROS M., 1995, Politiques Sociales : l'épreuve de la pauvreté, Enquête réalisée par le CREDOC, Rapport au Conseil Economique et Social, la Documentation française [en ligne].

* 6 Ibid.

* 7 JOIN-LAMBERT M-Th. (dir.), 1994, Politiques sociales, coéd. Dalloz/ Presses de la Fondation nationale des Sciences politiques, Coll. Amphithéâtre.

* 8 Logement salubre, conditions de vie décentes ; santé et soins, protection sociale, bénéfice d'avantages sociaux ; éducation, scolarisation, formation professionnelle ; emploi, ressources économiques, biens et services publics ou commercialisés ; ressources culturelles et informationnelles, moyens de communication, médias ; équipements publics, transports, libre circulation ; participation à la vie sociale, culturelle, associative et sportive ; participation politique, libre exercice de la citoyenneté ; accès au droit et à la justice.

* 9 L'Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques (INSEE) se fonde en partie sur les mêmes indicateurs de mesure. Il s'appuie également sur une approche subjective de la pauvreté : est pauvre celui qui déclare que son revenu ne lui permet pas d'atteindre ce qu'il estime être le revenu minimal nécessaire. Cf. « Le seuil de pauvreté », Alternatives économiques  n°155, janvier 1998 et « Les indicateurs de mesure de la pauvreté », Alternatives économiques n° 159, mai 1998.

* 10 Données issues de la fiche « Mesures et évolution de la pauvreté » en annexe du rapport 2006 de l'ONPES.

* 11 Données issues de la fiche « Mesures et évolution de la pauvreté » en annexe du rapport 2006 de l'ONPES.

* 12 Minima sociaux = désigne des dispositifs légaux garantissant un minimum de revenu au travers d'allocations à des personnes ne pouvant tirer des revenu suffisants de leur activité.

* 13 Données issues de la fiche « Mesures et évolution de la pauvreté » en annexe du rapport 2006 de l'ONPES.

* 14 Il faut y ajouter la commune de Ste Eulalie qui n'appartient pas à la CUB.

* 15 Cf. Présentation de la CUB et de Bordeaux en annexe.

* 16 Chiffres de l'INSEE, Recensement général de la population,1999 [en ligne].

* 17 Chiffres du taux de chômage extraits de l'article de P. MATEO, « Bordeaux, l'attractivité de la ville », Les Echos, article du 15/11/2004.

* 18 D'après ALIOUM Y., 2006, Les Services d'accueil de jour de Bordeaux : vers une meilleure réponse aux besoins des personnes en errance, Mémoire pour le concours d'Inspecteur de l'Action sanitaire et sociale, ENSP de Rennes.

* 19 Cf. Site Internet de la CUB.

* 20 La politique de la ville est une politique de développement du territoire visant à lutter contre les processus de ségrégation sociale et de dévalorisation de certains territoires urbains : « La politique de la ville, visant à insérer durablement dans la ville des quartiers en difficulté, traite avant tout les facteurs à l'origine de l'exclusion urbaine et sociale dont souffrent ces quartiers. Elle veut mettre en oeuvre, dans le cadre d'un projet global de territoire, un véritable développement économique, social et urbain de ces quartiers défavorisés, pour améliorer les conditions de vie quotidienne de ses habitants. Elle mobilise et coordonne des moyens d'action sur ces territoires. Les grands enjeux sont la promotion de la mixité sociale, en luttant contre toutes les formes d'exclusion et de discrimination. » in : Comité de pilotage du contrat de ville de l'agglomération bordelaise et A'URBA Agence d'Urbanisme de Bordeaux Métropole Aquitaine, 2003, Atlas de la politique de la ville de l'agglomération bordelaise, Offset Services Bordeaux.

* 21 La convention-cadre 2000-2006 a été signée le 15 janvier 2001 par l'Etat, la CUB, les communes de Bordeaux, Mérignac, Pessac, Talence, Bègles, Cenon, Lormont, Floirac, Bassens, le Bouscat, Villenave d'Ornon, Sainte Eulalie, Eysines, le Fonds d'action et de soutien pour l'intégration et la lutte contre les discriminations (FASILD), la CAF, le Conseil Général de la Gironde, le Conseil Régional d'Aquitaine, la Confédération départementale des offices HLM et la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC).

* 22 Cf. Site Internet de la CUB.

* 23 Cf. site Internet de Pays et Quartiers d'Aquitaine (PQA).

* 24 « De nouvelles orientations pour la politique de la ville », Lettre de la DIV n°109, février-mars 2006.

* 25 En France la rénovation urbaine été initiée par le Ministre de l'Emploi, du Travail et de la Cohésion sociale, Jean-Louis Borloo, en vue notamment de favoriser la mixité sociale dans ce qu'on appelle les grands ensembles ou les banlieues.

* 26 La loi Solidarité Renouvellement Urbain (SRU) de 2000 impose aux communes de plus de 3500 habitants une dotation en logements sociaux qui soit supérieure à 20% du nombre total de logements, sachant que les pénalités sont de l'ordre de 150 € par logement manquant.

* 27 Article paru dans le quotidien Sud Ouest du 26/12/2005.

* 28 Article paru dans le quotidien Sud Ouest du 22/11/2005.

* 29 Ibid.

* 30 P. MATEO, « Bordeaux, l'attractivité de la ville », Les Echos, article du 15/11/2004. Voir aussi « La Communauté Urbaine de Bordeaux. Bordeaux ville pionnière », Revue IGN Magazine n°28, mars-avril 2005 [en ligne].

* 31 GODIER P. et TAPIE G., 2004, Recomposer la ville. Mutations bordelaises, L'Harmattan.

* 32 Chiffre du taux de chômage extraits de l'article « Bordeaux, l'attractivité de la ville », Les Echos, article du 15/11/2004.

* 33 Cf. Document « 1999-2005 : Le chemin parcouru », sur le site Internet de la mairie de Bordeaux.

* 34 Cf. « Le projet de cohésion sociale. Un nouveau pacte de fraternité » dans la rubrique Social du site Internet de la mairie de Bordeaux, et « Bordeaux Cohésion sociale, ensemble pour agir », Bordeaux Magazine n°337, janvier 2006.

* 35 Cf. « Le projet de cohésion sociale. Un nouveau pacte de fraternité » dans la rubrique Social du site de la mairie de Bordeaux.

* 36 Ibid.

* 37 Article paru dans le quotidien Sud Ouest du 26/12/2005.

* 38 Ibid.

* 39 Cf. Carte en annexe.

* 40 « Nouveaux quartiers : les ZAC » sur le site Internet de la Mairie de Bordeaux.

* 41 Il dispose notamment d'un Institut de Recherche et de Formation aux Relations Humaines (IRFRH), à Pierrelaye en banlieue parisienne.

* 42 Cf. Rapport de l'ONPES 2006 chap. III : « Territoires et pauvreté. Les figures locales de la pauvreté ».   

* 43 Cf. Rapport de l'ONPES 2006 chap. III : « Territoires et pauvreté. Les figures locales de la pauvreté ».     

* 44 ATD Quart Monde - UNICEF, 1996, Atteindre les plus pauvres.

* 45 « Comment faire pour savoir où sont les plus pauvres, là où on est ? Détection des personnes en situation de non droit, recherche des plus pauvres et de ceux qui les soutiennent. » Document interne du Mouvement ATD Quart Monde (extraits).

* 46 Cf. Rapport 2006 de l'ONPES, chap. III : « Territoires et pauvreté. Les figures locales de la pauvreté ».

* 47 Sauf à Paris et Lyon, dont les banlieues sont plus pauvres.

* 48 Cf. Rapport 2006 de l'ONPES, chap. III : « Territoires et pauvreté. Les figures locales de la pauvreté ».  

* 49 DONZELOT J. (éd.), 2003, Faire société : la politique de la ville aux Etats-Unis et en France, Seuil.

* 50 Comité de pilotage du contrat de ville de l'agglomération bordelaise et A'URBA Agence d'Urbanisme de Bordeaux Métropole Aquitaine, 2003, Atlas de la politique de la ville de l'agglomération bordelaise, Offset Services Bordeaux.

* 51 INSEE Aquitaine, 2003, Atlas de l'agglomération bordelaise, chapitre « Revenu- social » [en ligne].

* 52 « Les principaux minima sociaux en Aquitaine : situation fin décembre 2000 », Infostat n°76, février 2003 [en ligne].

* 53 Base de données mise à disposition des DDASS et DRASS, destinée à accompagner le suivi des politiques sociales. Elle regroupe des données fournies par divers acteurs du domaine social : Ministère de l'Emploi et de la Solidarité, de l'Equipement, de l'Education Nationale, CAF, UNEDIC, INSEE, MSA, etc.

* 54 Pour comparer les revenus des ménages, le revenu est exprimé par unité de consommation (uc) et devient ainsi un revenu par équivalent adulte. Le premier adulte du ménage compte pour 1 uc, chaque personne de 14 ans ou plus pour 0,5 uc et les enfants de moins de 14 pour 0,3.

* 55 D'après INSEE Aquitaine, 2003, Atlas de l'agglomération bordelaise, chapitre « Revenu- social » [en ligne].

* 56 D'après INSEE Aquitaine, 2003, Atlas de l'agglomération bordelaise, chapitre « Revenu- social » [en ligne].

* 57 Ibid.

* 58 Zone d'emploi = découpage géographique créé par l'INSEE : espace dans lequel une majorité d'actifs résident et travaillent.

* 59 D'après « Les principaux minima sociaux en Aquitaine : situation fin décembre 2000 », Infostat n°76, février 2003 [en ligne].

* 60 D'après « Les principaux minima sociaux en Aquitaine : situation fin décembre 2000 », Infostat n°76, février 2003 [en ligne].

* 61 Ibid.

* 62 Ibid.

* 63 D'après INSEE Aquitaine, 2003, Atlas de l'agglomération bordelaise, chapitre « Revenu- social » [en ligne]. Champ : RMI versé par la CAF hors RMI versé par la MSA.

* 64 Dossier Insertion Gironde : « 15 ans de RMI en Gironde, état des lieux », in Embellir la vie pour toute la vie, publication du Conseil Général de Gironde  2003 [en ligne].

* 65 Dossier Insertion Gironde : « 15 ans de RMI en Gironde, état des lieux », in Embellir la vie pour toute la vie, publication du Conseil Général de Gironde  2003 [en ligne].

* 66 D'après INSEE Aquitaine, 2003, Atlas de l'agglomération bordelaise, chapitre « Revenu- social » [en ligne].

* 67 D'après INSEE Aquitaine, 2003, Atlas de l'agglomération bordelaise, chapitre « Revenu- social » [en ligne].

* 68 D'après INSEE Aquitaine, 2003, Atlas de l'agglomération bordelaise, chapitre « Revenu- social » [en ligne]. Hors étudiants, personnes de 65 ans ou plus et allocataires ne déclarant pas leurs ressources à la CAF.

* 69 D'après INSEE Aquitaine, 2003, Atlas de l'agglomération bordelaise, chapitre « Revenu- social » [en ligne].

* 70 Comité de pilotage du contrat de ville de l'agglomération bordelaise et A'URBA Agence d'Urbanisme de Bordeaux Métropole Aquitaine, 2003, Atlas de la politique de la ville de l'agglomération bordelaise, Offset Services Bordeaux.

* 71 Atlas des Zones Urbaines Sensibles, Décret n°96-1156 du 26/12/1996 [i.ville.gouv.fr].

* 72 « Les quartiers prioritaires de la politique de la ville », INSEE Aquitaine n° 103, février 2002.

* 73 Ibid.

* 74 « Inégalités sociale des quartiers prioritaires », INSEE Aquitaine n° 145, août 2005.

* 75 Cf. Classification INSEE des quartiers prioritaires de la politique de la ville et Tableau récapitulatif en annexe.

* 76 Extraits d'une revue de presse locale et de : Comité de pilotage du contrat de ville de l'agglomération bordelaise et A'URBA Agence d'Urbanisme de Bordeaux Métropole Aquitaine, 2003, Atlas de la politique de la ville de l'agglomération bordelaise, Offset Services Bordeaux.

* 77 Cf. cartes et photos des quartiers en annexe.

* 78 Le public spécifique est celui des 18-25 ans, en résidence stable, sans enfants à charge et non étudiants.

* 79 Article paru dans le quotidien Sud Ouest du 29/11/2005.

* 80 Cf. Présentation de Bordeaux en annexe.

* 81 Article paru dans le quotidien Sud Ouest du 26/10/2005.

* 82 D'après « Nouveaux quartiers : les ZAC » sur le site Internet de la Mairie de Bordeaux.

* 83 Article paru dans le quotidien Sud Ouest du 26/10/2005.

* 84 Cf. JACQUEMIN H., 2005, « Les risques en quartier «sensible»: des mythes médiatiques aux réalités quotidiennes. L'exemple des Aubiers à Bordeaux », in Mappemonde n°77, janvier 2005 [en ligne].

* 85 Article paru dans le journal l'Humanité du 31/01/2004.

* 86 Patrice DELETTREZ, cité dans l'article paru dans le journal l'Humanité du 31/01/2004. .

* 87 D'après « Nouveaux quartiers : les ZAC » sur le site Internet de la Mairie de Bordeaux.

* 88 Article paru dans le quotidien Sud Ouest du 22/03/2006.

* 89 Cf. Tableau statistique comparatif en annexe.

* 90 PLH = Programme Local d'Habitat.

* 91 Article paru dans le quotidien Sud Ouest du 22/11/2005.

* 92 Pénalité de 150 € par logement manquant par rapport au seuil de 20% de logements sociaux imposé par la loi SRU depuis 2000, pour les communes de plus de 3 500 habitants.

* 93 Article paru dans le quotidien Sud Ouest du 09/11/2005.

* 94 Il suffit de penser à la prolifération des sigles et des formules qui rendent le système relativement opaque pour les non-initiés ou encore au cadre juridique et aux conditions très strictes de l'aide sociale...

* 95 Lorsqu'elle n'est pas précisée, la ville d'édition est Paris.