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Discriminations et conflits, Contribution à l'étude de la « conscience de condition » de la population de Ngaba

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par Jean Pierre Mpiana Tshitenge wa Masengu
Université de Kinshasa - D.E.A en sociologie 2004
  

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UNIVERSITE DE KINSHASA

FACULTE DES SCIENCES SOCIALES, ADMINISTRATIVES ET POLITIQUES

DEPARTEMENT DE SOCCIOLOGIE ET ANTHROPOLOGIE

DISCRIMINATIONS ET CONFLITS

Contribution à l'étude de la « conscience de condition » de la population de Ngaba.

Par

Jean-Pierre Mpiana Tshitenge Wa Masengu

Gradué en Sociologie et Anthropologie

Licencié en Sociologie

Mémoire présenté et défendu en vue de

l'obtention de diplôme d'études supérieures en

Sociologie.

Directeur : SYLVAIN SHOMBA KINYAMBA

Professeur Ordinaire

Année académique 2003-2004

INTRODUCTION GENERALE

1. Problématique

Les hiérarchies et les conflits sont inhérents à tout système social. Ils en sont constitutifs et régissent continuellement sa composition. Et même les sociétés qui semblent les moins différenciées ou plus égalitaires, fonctionnent sous le régime de leur loi. Ce n'est pas sans raison que Pierre Bourdieu soutient que « le champ social constitue un espace de différenciation dans la mesure où les agents sociaux cherchent souvent à se distinguer les uns des autres partant de certaines ressources dont ils sont détenteurs. Ces ressources (capitaux) peuvent être matérielles, culturelles, ou sociales ou même symboliques. »1(*)

S'interrogeant sur leur omniprésence, Georges Balandier avance que « devant satisfaire aux exigences propres à tout système, le système social se constitue à partir de la mise en relation d'éléments différenciés. Ceux-ci sont définis en valeur et hiérarchisés. (C'est nous qui soulignons).L'ordre social découle de cette hiérarchie ; et étant ainsi constitué, le système social est nécessairement porteur de tensions, donc vulnérable. Ce sont ces inégalités instituées et informelles qui alimentent la contestation et poussent les forces de remise en question d'opérer. »2(*)

Ces hiérarchies constitutives de tout système social ne sont pas seulement instituées, mais aussi intériorisées, vécues, perçues et senties par les membres d'une société et gouvernent leur pratique sociale. Elles se traduisent dans la vie quotidienne par des classements différentiels des individus dans des catégories sociales par un processus de comparaison et de compétition. Ces classements différentiels assignent, en définitive, des individus à des status sociaux (inférieur ou supérieur), opposant les positions et les situations positivement et celles négativement appréciées.

En d'autres termes, par ces classements, les positions sociales sont définies, évaluées et distinguées sur l'échelle de valeurs dont les niveaux s'expriment en termes de supériorité et d'infériorité, de mieux ou de pire, de plus ou moins éminent, ou encore de plus grande valeur de l'opinion publique. Ces termes traduisent les types d'évaluation en fonction des ressources valorisées. Ces dernières constituent les enjeux pour lesquels les agents sociaux s'engagent dans le jeu social.

Cette étude se prépose de scruter les classements différentiels qu'opèrent quotidiennement les habitants de la Commune de Ngaba. Dans la pratique ces classements se réalisent par des discriminations dans l'attribution de la considération sociale, consistant à élever à un status supérieur ou à rejeter dans une position inférieure des agents sociaux ou groupes d'agents sociaux sur base de leur « poids social », et ce en les estampillant des labels. Ceux-ci, surtout lorsqu'ils sont péjoratifs, appellent la réaction des personnes infériorisées qui dégénère souvent en conflits. Ces discriminations, comme le relève notre observation, procède de la perception, mieux de la conscience des différences de conditions existentielles. D'où l'intitulé de notre travail : Discriminations et Conflits. Contribution à l'étude de la conscience de condition de la population de Ngaba.

En effet, la vie quotidienne et les discours populaires à Ngaba se ponctuent des pratiques discriminatoires. Celles-ci couvrent tous les domaines de la vie sociale, notamment la profession, la résidence, l'habillement, l'alimentation, le niveau d'instruction, etc. Il ne se tient une discussion ou une solennité sans que les gens se fassent prévaloir, encenser ou mépriser et dénigrer soit du fait de leur quartier de résidence, de la possession ou du manque de certains biens matériels valeureux comme les voitures de luxe, de leur habillement et parure, soit de leur métier, de leur style de vie, de leur niveau d'instruction ou de leurs affinités avec certaines personnalités marquantes de la Ville.

En fait, les discriminations statutaires (ou socio-économiques) s'expriment par le labelage ou l'étiquetage dont on estampille des individus suivant les catégories sociales auxquelles on les affecte. Dans cette Commune de la Ville de Kinshasa, les épithètes mélioratives telles que « grand prêtre », « grand pays », « mikiliste » (résident en Occident », mopreso ou mopao (président), congratulent et gratifient toute personne qui, soit habite les Communes et quartiers résidentiels comme Gombe, Ma campagne, Binza, Righini, soit roule avec une luxueuse voiture, soit s'habille chèrement et se pare avec des bijoux coûteux, soit qu'il est ami ou frère d'un haut officier militaire, d'un dignitaire du régime en place ou d'un bailleur de fonds, c'est-à-dire de quelqu'un qui dispose d'assez des moyens financiers.

Ces différents titres de noblesses font office d'actes de reconnaissance de la position sociale privilégiée de ces catégories sociales par ceux qui les confèrent. Les tenants de ces titres saisissent toute opportunité pour faire étalage de leur réussite sociale. Ils jouissent de la popularité et légitiment leurs positions sociales par des pratiquent ostentatoires, notamment les libéralités exhibitionnistes.

Par contre, le labelage péjoratif tel que mohuta ou mbokatier (villageois ou quelqu'un de moins civilisé), mungamba ou mobola (pauvre ou démunis) estampillent et relèguent dans un status inférieur, les résidants de certains quartiers ou les gens d'une condition sociale médiocre. Les habitants du quartier résidentiel Mbulambemba, par exemple, qui considèrent que leur quartier, qu'ils appellent Righini II, prolonge un autre du même nom de la Commune de Lemba et qualifient de ngabiens les autres habitants d'autres quartiers de la Commune de Ngaba, c'est-à-dire de gens moins civilisés aux conduites rétrogrades. Par ailleurs, certains ethnonymes et professions, du reste licites, revêtent un caractère classificatoire. Tel est le cas de Muyaka et de fonctionnaire devenus de termes génériques pour désigner toute personne aux allures misérabilistes et aux conditions sociales archaïques. C'est ainsi qu'il n'est pas étonnant qu'une personne fulmine parce qu'elle a été étiquetée enseignant, fonctionnaire, muyaka ou ngabien.

Les pratiques discriminatoires se font observer même au sein des églises (surtout des églises dites de réveil). Les prestations sociales ne sont pas assurées de manière égale à tous les fidèles. Nous n'avons qu'à considérer les différences dans la célébration de mariages, l'assistance sociale à l'occasion d'un deuil ou d'une maternité, les visites et les veillées de prière à domicile, la dispensation de la bénédiction, etc., qu'elles organisent pour nous en rendre compte. Les fidèles d'un standing social élevé bénéficient de l'attention particulière et soutenue de la haute hiérarchie de l'église, alors que le commun des mortels est renvoyé aux bons offices des diacres. Les fidèles trouvent normal que le mariage d'une haute personnalité soit célébré par un évêque et non pas par un simple prêtre alors que celui-ci peut également administrer ce sacrement. Tout se passe comme si au sein de ces églises la hiérarchie se fonde sur les considérations matérielles et non sur le degré de spiritualité des fidèles.

Ces quelques exemples suffisent pour montrer que dans la Commune de Ngaba, les gens ne témoignent pas de la même considération sociale à tout le monde et, par ricochet, assignent les habitants de leurs quartiers à des rangs sociaux différents.

Somme toute, nous pouvons lire dans ces différentes discriminations des positions sociales que les agents sociaux s'attribuent et attribuent aux autres dans l'espace social au regard des ressources qu'ils disposent et sur base desquelles ils fondent leur pouvoir ou leur domination dans les rapports sociaux avec autrui.

Toutefois, l'inflation des critères d'attribution des positions sociales et leur caractère diffus, tel qu'il apparaît dans les labelages aussi bien mélioratifs que péjoratifs ci-haut décrits, obscurcissent les principes objectifs à partir desquels les habitants de Ngaba structurent leur champ social, c'est-à-dire déterminent les positions ou les rangs des individus dans ce champ. Ces multiples critères agissent, certes, simultanément dans la comparaison évaluative des individus ou des groupes d'individus. Mais dans le faisceau qu'ils forment, ils n'ont pas tous le même poids, certains exercent une influence plus marquée que d'autres et constituent des capitaux agissant dans ce champ.

Ce faisant, notre effort dans ce travail consiste à dégager et à analyser les principes objectifs à partir desquels le champ social est structuré, les positions sociales qu'expriment ces discriminations, les conflits qu'elles engendrent, les schèmes culturels qui les sous-tendent ainsi que leurs implications sociales. Dès lors, il est question dans ce travail de savoir comment ces discriminations ont-elles pris corps dans la Commune de Ngaba et que traduisent-elles.

* 1 BOURDIEU, P., « Espace social et genèse des classes », in Actes de la recherche en sciences sociales, n° 52-53 juin 1984, p.2

* 2 BALANDIER, G., cité par SHOMBA, K. S., Dynamique sociale et culturelle, Notes de cours polycopiées destinées aux étudiants de deuxième licence en Sociologie et Anthropologie, UNIKIN,Kinshasa, 2003-2204.

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