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L'impact de la libéralisation financière sur l'intermédiation bancaire

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par Amal Ben Hassena
Université de Sfax : Ecole Supérieure de Commerce de Sfax - Diplôme de maîtrise en Hautes Etudes commerciales 2006
  

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Section 2 : Le processus de la libéralisation financière

1- La libéralisation financière interne

Les théoriciens de la libéralisation financière, dont les plus connus sont Mc Kinnon et Shaw, estiment donc qu'il suffit que la répression financière soit éliminée pour promouvoir le développement. La libéralisation financière interne consiste à centraliser l'épargne entre les mains des intermédiaires financiers officiels, centralisation qui permettra l'unification du marché financier.

Les tenants de la libéralisation financière estiment que dans un système financier sur-réglementé et/ou la concurrence est limitée, les banques ressentent moins le besoin de rechercher de nouveaux clients et d'attirer des dépôts, tandis que les épargnants et les emprunteurs potentiels, n'étant pas sollicités, sont amenés à se tourner vers les circuits financiers parallèles.

La répression financière apparaît comme une situation caractérisée par des restrictions et des dysfonctionnements qui conduisent à une fragmentation des marchés financières.

Parmi ces restrictions on cite :

-La structure des taux d'intérêt reflète un profond déséquilibre:

Les taux d'intérêt réels négatifs observés pendant de longues périodes a entraîné une diminution de l'incitation aux placements bancaires et surtout, a renforcé le rationnement du crédit bancaire traditionnel, pourtant nécessaire à la dépense d'investissement privé.

-L'endettement du Trésor auprès de la banque centrale :

Cet endettement est lié au déficit budgétaire et aux déficits des entreprises publiques, ce qui crée des effets d'éviction vis-à-vis du secteur privé, notamment des petites unités et se traduit par des créances douteuses contraignant les banques à privilégier des prêts à court terme et à garanties élevées.

-La lourdeur administrative :

Les coûts de gestion et les délais de décaissement: ceux-ci interdisent les grandes organisations d'atteindre les acteurs produisant à petite échelle.

On peut citer comme autres formes de restrictions imposées par le gouvernement: le contrôle des changes, les coefficients de réserves obligatoires, la régulation de la concurrence....

Selon M.Fry qui a adressé des critiques à l'égard de la répression financière, l'administration des taux à des niveaux inférieurs aux taux d'équilibre du marché peut influencer négativement l'économie par le biais de cinq canaux10(*) :

-Des faibles taux d'intérêt entraînent la préférence des individus pour la consommation immédiate au lieu de la consommation future. Ceci a pour effet la réduction de l'épargne à un niveau inférieur de celui qui serait optimal du point de vue de l'ensemble de la collectivité.

-Des faibles taux d'intérêt sur les dépôts bancaires par rapport au taux des marchés financiers informels peuvent réduire l'offre des fonds du système bancaire et favoriser la désintermédiation.

-Les emprunteurs qui peuvent obtenir les fonds dont ils ont besoin à des bas taux d'intérêt auront tendance à choisir des projets relativement capitalistiques étant donnée le coût modique de leur endettement,facteur considéré comme abondant dans les pays en voie de développement

-Les emprunteurs potentiels sont des entrepreneurs dont les projets sont relativement peu rentables et qui ne désirent pas de s'engager dans des crédits à taux élevés.

-Une mauvaise allocation des fonds prétables du fait du niveau réduit de l'intermédiation financière et du niveau faible de responsabilisation des banques dans le quadrillage des crédits.

Selon M.Fry, ces effets pervers de la répression et la ferme conviction dans la relation positive entre croissance économique et finance qui ont jalonné le paradigme de la libéralisation financière et qui constituent l'épine dorsale de la thèse de Mc kinnon et Show.

Dans ce contexte, libérer le secteur financier, accroître le niveau des taux d'intérêt réels servis sur les dépôts (par une augmentation des taux nominaux ou par une baisse de l'inflation) va stimuler l'accumulation d'encaisses monétaires (l'épargne) et donc permettre la croissance de l'investissement. Cela devrait aussi permettre d'accroître l'intermédiation bancaire ; d'où une réduction des frais d'intermédiation entre prêteurs et emprunteurs grâce à la réalisation d'économie d'échelle, une meilleure diversification du risque, un accès facilité des emprunteurs au fonds prêtables.

Pour Mc kinnon et Shaw, la libéralisation financière a un impact positif sur la croissance économique. Cette hypothèse repose sur deux arguments :

-D'une part, le plafonnement des taux d'intérêt à des niveaux artificiellement bas réduit l'épargne, l'offre des fonds prêtables, ceci conduit à un rationnement de l'investissement et un ralentissement de la croissance économique.

-D'autres part, la répression financière entraîne une mauvaise allocation des crédits.

D'autres modèles qui s'inspirent de la thèse de Mc kinnon et Show, tel que celui de Bencivinga et Smith (1991), mettent l'accent sur le rôle positif exercé par les intermédiaires financiers dans l'amélioration de l'efficacité de l'investissement plutôt que sur l'augmentation du volume de l'épargne et de l'investissement qui en résulte.

Ce rôle moteur des intermédiaires financiers dans la propulsion de la croissance est dû selon Greenwood et Javanovic (1990), au pouvoir de collecte de l'information pertinente sur les différents projets et à leurs fonctions de partage et de diversification du risque qui peut aider leurs clients à faire un choix plus judicieux des projets d'investissement ainsi leur efficacité et leur productivité. C'est ainsi, la libéralisation financière est considérée nécessaire pour encourager plusieurs activités productives.

Selon Hugon (1990) le tableau suivant décrit les avantages qu'apporterait la libéralisation financière en comparaison avec la répression financière:

Répression financière

Libéralisation financière

Analyse

-Rôle favorable des taux d'intérêt réels négatifs sur l'investissement.

-L'investissement crée l'épargne
-Dissociation épargne/crédit: les déposants ne profitent pas des crédits liés à leurs dépôts.
-Les crédits font les dépôts.

-Rôle favorable des taux d'intérêt positifs sur l'épargne.

-L'épargne crée l'investissement.

-Les dépôts font les crédits.

Politique

-Transfert inflationniste et politique sélective du crédit.
-Pas de rémunération des dépôts des ménages.


-L'économie non monétisée et la rareté des liquidités suppose une centralisation de la politique. Les gisements d'épargne ne peuvent être mobilisés.
-Les structures financières sont des préalables aux politiques monétaires financières.
-Critères enveloppe et quotas: rationnement quantitatif.

-Désengagement du Trésor et politique de rigueur monétaire.
-Le seul actif financier des ménages doit être rémunéré.
-Monétiser l'économie et créer des réseaux par la décentralisation, Possibilité de mobiliser les encaisses oisives.
-La hausse des taux d'intérêt permet les innovations financières.
-Critère de rentabilité: rationnement par les prix.

* 10 Saïdane Dhafer(1995), «  Annales d'économies et de gestion » n°5.Octobre.

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