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L'annonce de la maladie d'Alzheimer aux aidants naturels : les facteurs influençant leur vécu


par Caroline Chapelier
Université Toulouse Le Mirail - Master Géronto-Psychologie 2008
  

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2.2 Analyse thématique par entretiens

Nous avons mis en évidence au sein de la partie concernant les résultats de la recherche les thèmes évoqués par les sujets lors des entretiens. Ici, à l'aide de l'analyse de contenu, nous allons réaliser une analyse de ces thèmes, en fonction des variables recherchées dans notre étude et en nous appuyant sur les éléments théoriques présentés dans la première partie de notre étude. Nous avons choisi d'étudier chaque entretien de manière indépendante (Cf. ANNEXE 8), puis de synthétiser ces analyses.

2.3 Synthèse de l'analyse qualitative

Il est important de souligner que les entretiens révèlent un vécu singulier pour chaque aidant au moment de l'annonce. Chaque sujet réagit selon son passé, le lien établit avec le parent atteint de la maladie, le soutien qu'il a pu obtenir auprès de son entourage...Néanmoins, certaines réactions sont communes aux aidants lors de l'annonce de la maladie d'Alzheimer de leur proche. Par conséquent, nous allons essayer de mettre en évidence les facteurs à l'issus de ces réactions pour les aidants de notre population.

Nous avons pu synthétiser les perceptions des aidants concernant la réaction de leur parent à l'annonce de la maladie. Sur les 10 sujets, 4 ont été très confus par rapport à cette réaction, sans pouvoir la spécifier ou en exprimant des propos très contradictoires. Il apparait que ces sujets ont utilisé des stratégies de coping essentiellement centrées sur le problème lors de l'annonce, en intellectualisant par exemple ou en se centrant sur l'organisation matérielle de l'aide. Un seul aidant ayant été confus concernant la réaction de son parent a acquiescé passivement lors de l'annonce, mais cela peut être expliqué par le sexe masculin de l'aidant, qui a intériorisé sa réaction.

Quatre des autres aidants ont perçu un refus plus ou moins actif de la maladie par leur parent. Ce type de réaction s'est manifesté de deux manières différentes selon les patients : un refus actif centré sur le maintien des activités et la volonté de guérir, ou le déni, c'est-à-dire que la personne ne reconnaît pas ses symptômes et sa maladie. Les réactions des aidants sont diverses : coping vigilant ou centré sur le problème, sentiment de soulagement, effondrement émotionnel.

Concernant les deux derniers aidants, l'un n'a pas perçu de réaction particulière de la part de son parent à l'annonce de la maladie et l'autre n'a pas mis au courant son proche de sa maladie. Les réactions des deux aidants sont semblables à l'annonce, se traduisant par un effondrement émotionnel.

Hormis un sujet, chacun est devenu aidant par assignation naturelle. Aucun choix n'a pu être effectué directement par la personne, mais un rapprochement géographique, une proximité affective ou la présence unique de cette personne, expliquent la manière dont elle est devenue aidant principal. Un seul sujet est devenu aidant par obligation, ayant été délaissé par le reste de la famille pour s'occuper de sa mère.

La plupart des sujets ayant participé à notre étude qualitative paraissent avoir refusé la maladie de leur proche avant l'annonce. Effectivement, le déni est une réaction commune aux aidants qui justifient les différents troubles (cognitifs ou comportementaux) par le vieillissement de la personne ou par un manque de vigilance à cet égard. La plupart des aidants, avec le recul, se rendent compte des éléments qu'ils ont occultés avant l'annonce et que certains signes auraient pu les avertir du lien avec la maladie d'Alzheimer. Il apparait qu'à l'annonce, c'est l'effondrement du déni qui constitue la difficulté du vécu. Les sujets se sont construit leurs propres explications sur les troubles de leurs parents et ils ont repoussé le plus possible le moment de l'annonce. Lorsque quelqu'un d'autorité les informe de la pathologie de leur proche, leurs explications s'écroulent, ils se retrouvent alors face à la réalité, indéniable et douloureuse. De plus, des signes de culpabilité de ne pas « avoir vu avant » se greffent à cela.

Le déni ne constitue pas pour nos sujets une réaction à l'annonce mais est présent avant celle-ci. C'est l'effondrement du déni qui va engendrer les difficultés d'acceptation du diagnostic. Nous avons effectivement vu que pour les sujets préparés à l'annonce, c'est-à-dire qui se doutaient de la concordance entre les troubles et la maladie d'Alzheimer, l'acceptation de la nouvelle, même si elle est difficile, est moins vécue sur un mode catastrophique.

Les deux principales réactions des aidants ayant participé à l'étude sont l'effondrement émotionnel à l'annonce et l'utilisation d'une stratégie de coping centré sur le problème.

L'annonce peut être vécue sur le mode d'une catastrophe, d'un effondrement. Pouillon (2003) montre que les sujets pleurent souvent, ce que nous retrouvons au cours des entretiens : les sujets se mettent à pleurer lorsqu'ils évoquent le sujet difficile de l'annonce de la maladie d'Alzheimer de leur proche. Nous pouvons analyser cette réaction d'effondrement par deux éléments : pour les enfants, il peut s'agir du sentiment de perte d'identité personnelle et sociale du parent comme il était avant, de l'effondrement de la dynamique familiale à travers la maladie. Nous avons remarqué que le sentiment de menace de la maladie (lié à la notion d'hérédité) était également présent chez ces sujets, même si cela est exprimé rarement. Pour les conjoints, nous pouvons supposer que le vieillissement de l'autre sert de modèle à la représentation de son propre vieillissement : l'aidant éprouve la perte de l'être aimé, ce qui traduit la « dimension narcissique du deuil de l'autre passé » (Pouillon, 2003), mais aussi affronter la peur d'être soi même atteint de la maladie. [35]

Outre cette réaction d'effondrement, les sujets évoquent des inquiétudes proches des dimensions concrètes de la réalité. Comme l'analyse thématique le montre, le thème « organisation matérielle de l'aide » est souvent exprimé par les aidants lors des entretiens. Cela traduit l'utilisation de stratégie de coping centré sur le problème à l'annonce de la maladie. Soit après avoir ressenti un sentiment de catastrophe soit pour éviter celui-ci, les aidants se rattachent à des éléments concrets pour contenir leur angoisse en leur donnant un espace psychique et une représentation. Les réponses opératoires et les actions réalisées permettent de s'approprier la maladie de l'autre et en quelque sorte d'avoir l'impression de la maîtriser. Le coping centré sur le problème mis en place par les aidants de notre étude correspond par conséquent à la recherche de solution immédiate, la recherche d'informations dans le but de comprendre et de se rassurer, l'élaboration de plans d'action (recherche d'institution, sécurisation du domicile, organisation de l'aide au quotidien...). Le but de cette étude qualitative était de mettre en évidence les réactions et les réajustements psychologiques des aidants lors de l'annonce de la maladie d'Alzheimer de leur proche ainsi que les facteurs communs à ce vécu. L'axe principal de recherche était de montrer l'impact de la perception de la réaction du parent et de la manière dont le sujet est devenu aidant principal sur les réactions à l'annonce.

Notre recherche qualitative a pour but d'étudier les différentes circonstances selon lesquelles les sujets sont devenus aidants ainsi que l'impact de celles-ci sur le vécu de la personne à l'annonce. Nous avons vu que 90% des sujets ayant participé à notre étude sont devenus l'aidant principal de leur parent de manière naturelle, selon une explication familiale (enfant unique, conjoint) ou une proximité géographique. Par conséquent, cette variable ne possédant pas différentes modalités, nous ne pouvons mettre en évidence son impact sur le vécu des sujets.

La perception de la réaction du parent à l'annonce ne parait pas avoir un impact direct sur les réactions du sujet à l'annonce. Cependant, nous pouvons noter que les sujets sont souvent confus lorsqu'ils expliquent leur perception de la réaction de leur parent à l'annonce. Cela traduit des difficultés de communication autour de ce thème au sein des familles de nos sujets. Nous avons remarqué que parmi nos sujets ayant été très confus dans la perception de cette réaction, plusieurs ont utilisé une stratégie de coping centré sur le problème. Cela implique que les aidants ayant du mal à évoquer la réaction de leur parent à l'annonce de la maladie se réfugient dans la gestion matérielle de l'aide, dans le concret, pour échapper aux angoisses liées à la maladie elle-même.

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"L'ignorant affirme, le savant doute, le sage réfléchit"   Aristote