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Contribution à l'etude du processus creatif dans un laboratoire de physiologie médicale norvégien

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par jean-francois Doucet
Université d'Oslo - Ingénieur Diplomé 2008
  

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3.1. Les 4 phases du processus créatif. ( Rappels )

Dès 1926 G. Wallas51 propose un modèle général en 4 phases appliquable à chaque chercheur en 4 phases :

3.1.1.- Préparation : la phase de préparation qui peut durer des heures, des mois voire des années définit le problème, le besoin ou le désir, rassemble toutes informations utiles et statue sur la validité de la réponse. La phase de préparation se déroule avant tout dans ce que J. Lacan appelle l'ordre Symbolique constitué par le langage52.

3.1.2.- Incubation : la phase d'incubation prend ses distances vis à vis du problème ou de la question posée et se laisse « travailler par la création » pendant des heures, des jours voire des années comme la phase de préparation. Cette phase fait appel à des ressources inconscientes décrites par des auteurs comme S. Freud et H. Poincaré. L'incubation est la phase où intervient les 3 ordres lacaniens du Réel53, du Symbolique et du Réel qui, lui, est impensable et impossible à symboliser.

49 Ce jeu des forces destructrices et constructrices se retrouvent dans différentes traditions en particulier celle de Shiva Nataraja, dieu hindou qui danse à l' origine du cosmos. Dans une de ses mains, il tient le Damaru petit tambour sacré assistant à la création et de l' autre une flamme président à sa destruction.

50 Voir : S. Spielrein « La destruction comme cause du devenir » in Entre Freud et Jung, Editions Aubier, Paris 1981. Ce texte est cité par Freud comme l'une des sources de ses propres réflexions sur la pulsion de mort.

51 Le nombre de phases du processus créatif varie d' un auteur à l'autre : le modèle de Roger von Oech, par exemple, comporte 7 phases,

52 J. Lacan. Écrits Le Seuil, Paris, 1966. p 445.

53 J. Lacan. Radiophonie. Scilicet, 2-3:55-99, 1970. p 69

Comme dans le rêve, les éléments constitutifs de la création ne suivent pas la logique sous jacente aux résultats qui n'en sont que la façade. Derrière elle, la plus rationnelle des découvertes scientifiques cache toute une série de croyances54 impossibles à fonder55 rationnellement.

Objet de recherche

paramètre

Idée directrice
=
Hypothèse

Tableau 5.- Intuition de chaînes causales de l'hypertension artérielle

54 En premier lieu, les convictions religieuses.

55 Les arguments de Copernic en faveur de la sphère comme forme du monde ne sont pas du tout rationnels . « Tout d'abord, il nous faut remarquer que le monde est sphérique, soit parce que cette forme est la plus parfaite de toutes, totalité n'ayant besoin d'aucune jointure ; soit parce qu'elle est la forme ayant la capacité la plus grande, qui convient le mieux à tout contenir et tout embrasser ». Quant à la place centrale du Soleil, elle n'est pas déterminée par des impératifs d'ordre mécanique mais par une croyance relevant de la tradition platonicienne: de par sa perfection, parce qu'il donne au monde sa lumière, le Soleil doit être en position centrale; «le Soleil assis sur le trône royal dirige la ronde de la famille des astres», écrit Copernic dans le De revolutionibus.

3.1.3.- Illumination .- La phase d'illumination56 voit émerger les idées à l' origine de la réponse créative. Ces idées qui s' accompagnent lors de leurs expression d'une jubilation esthétique57 peuvent faire partie d'un tout, ou le tout lui-même. Au contraire des autres phases, l' illumination est une phase brève comptées en minutes ou, au plus en heures. Les 3 ordres lacaniens du Réel, du Symbolique et de l' Imaginaire concourent à faire exprimer au « Je » des organisations signifiantes nouvelles.

Illustration.- 8.- Le "Je" créateur lors de la phase d'illumination

La forme la plus élémentaire de solution exprimée lors de la phase d'illumination est l'analogie qui est « la règle de trois de l'innovation ». Dans le cas de l'hypertension artérielle, l'analogie la plus utilisée est celle du coeur analogue à une pompe aspirante et refoulante.

56 L'illumination est le plus souvent associée à « Eurêka » le cri qu'aurait poussé Archimède en sortant de son bain au moment de découvrir la solution au problème posé Hiero II, roi de Syracus. Censé déceler la fraude d'un orfèvre sur une couronne d'or ( auquel l' orfèvre aurait substitué une certaine quantité d' argent ), Archimède eut l'idée de mettre un poids d'or pur égal à celui de la couronne dans un récipient rempli d'eau jusqu'à ras bord. Ensuite l'or pur était enlevé et la couronne suspecte mise à sa place. Un ajout d'argent plus lèger que l'or devait accroitre le volume de la couronne et provoquer un débordement du récipient.

57 Oscillation métaphoro-métonymique de G. Rosolato. Essai sur le Symbolique, Gallimard Paris 1969.

Ill.- 3.-L' appareil circulatoire assimilé à une pompe ( le coeur ) et à une vanne ( contraction des artérioles )

Mais d'autres analogies sont envisageables. En particulier, la complexité du système de régulation nerveux cardiaque fait penser à une approche systèmique58 qui redéfinit la causalité en interraction circulaire. Le coeur peut, également, être comparé à une écluse selon le schéma suivant :

Ill.- 4.- Fonctionnement d' une écluse (Phase 1)

58 Ludwig von Bertalanffy, biologiste, a présenté, dès 1937, le concept de "système ouvert" qui évoluera petit à petit vers la "théorie générale des systèmes" («General System Theory).

Le schéma correspond à l'écluse pour le coeur est présenté dans le schèma suivant.

Ill.- 5.- Le fonctionnement cardiaque analogue à une écluse

3.1.3.1. Depuis Aristote, on distingue plus généralement, deux sortes d'analogies : l' analogie d'attribution et l'analogie de proportionalité. :

Dans la première, ( analogie d' attribution ) un lien direct est affirmé entre plusieurs termes, les analogates59. Pour l' un des termes, la propriété est attendue tandis que pour les autres cette propriété est affirmée par extension.

Dans le second type d'analogie ( de proportionalité), le rapport analogique est calqué sur la quatrième proportionnelle : dans l'analogie (a,b,c,x) l'analogue x est à c ce que a est à b. L'analogie de forme ou de fonction est à l'origine du transfert de technologie. Dans l'analogie de la pompe aspirante et refoulante , on peut écire :

Le sang est au coeur ce que l' eau est à la pompe.

Pour ce qui concerne l' analogie de l'écluse , on écrira :

Le sang est au coeur ce que l' eau est à l'écluse.

Dans les 2 cas le « tertium comparationis » est le fluide ( eau, ou sang ) qui permet de passer du coeur à la pompe aspirante et refoulante ou à l'écluse. L'analogie de la circulation sanguine avec la circulation automobile jouerait-elle sur l'ambivalence du terme artères qui désignent à la fois des voies de circulations et des vaisseaux sanguins.

59 Ou analogues.

3.1.4.- Vérification : la phase de vérification, c' est la phase finale du processus où les réponses à la question posée sont confrontées aux critères de validité de la phase de préparation.

Ce modèle, d' autre part, suppose lors de son déroulement qu'une réponse ( ou solution ), en partie à l' aide de processus inconscients, puisse-t-être donnée et évaluée selon des critères énoncés à l' avance.

Le bon déroulement du processus permet d'exprimer une grande variété de « pistes » de recherche avant que la ou les réponses convenables soient choisies dans l' ensemble des idées émises. Quelques phases peuvent être cependant parcourues sans problème spécifique : on a à faire alors à une « solution qui cherche son problème ». Ces dernières sont alors un cas particulier des faits d'observation de la recherche qui « cherche sans trouver et trouve ce qu'elle ne recherche pas »

3.1.1. Observation du laboratoire

Bien longtemps la créativité, caractéristique de l'esprit humain est restée le privilège des arts mais si l'on adopte les critéres de Rogers (1954) des esprits créatifs :

1.- l'ouverture d' esprit curieux à l'expérience nouvelle sans exigence de cohérence ni de certitudes et tolérance à l' inconnu, l' ambigü et l'incertainune source interne d'évaluation

2.- l'autonomie intellectuelle indépendante de la recherche d' une approbation

3.- l'aptitude à jouer avec les concepts propre à la fluidité et la flexibilité conceptuelles.

On remarquera que ces caractéristiques ne sont pas l'apanage des milieux artistiques mais traversent métiers et classes sociales. D'ailleurs bien des savants ont eu des préoccupations esthétiques si l' on ne présuppose pas que, comme la plupart, ils essaient d'éviter du déplaisir en recherchant le plaisir (souvent, de leur dire même, leur seule motivation )!

3.1.2. Les difficultés liées à la Science triomphante.

La faible fécondité des laboratoires tient entre autre à la confusion entre :

.- la présentation des résultats selon une logique parfaite et rigoureuse de la branche de connaissance considérée, la valeur épistémologique des résultats étant estimée « par les pairs » ou les « referee » des revues. Ainsi le raisonnement qui aboutit à de nouvelles recherches sur le SIDA semble logique : L'Adn de notre ancêtre le plus proche, publie60 une revue scientifique, comporte la trace de 130 copies d'un virus61 aujourd'hui éteint. C'est un retrovirus qui aurait touché les chimpanzés et d'autres primats il y a environ 4 millions d' années. Mais en se penchant sur notre propre génome, les chercheurs n'ont pas identifié de marque de ce virus. Ils ont donc suspecté la présence d'un facteur antiviral présent chez l'homme. Une protéïne62 protège, présente chez les primates, contre les rétrovirus et semble avoir perdu cette propriété en s'adaptant pour lutter contre ce virus éteint, la protéine aurait donc perdu de ses capacités à protéger l'organisme contre le virus du SIDA. Si le raisonnement est parfaitement logique, le cheminement qui aboutit à porter son attention vers tel ou tel composé ne l' est pas. Bien des protéïnes ont été examinées avant que le mécanisme ainsi découvert ait pu être formulé.

et

-le processus qui mène à ces résultats.

Cette confusion tend à faire croire que la subjectivité du savant n'intervient pas dans le processus de recherche alors que l'objectivité scientifique n'est, en fait, que le partage de toutes sortes de subjectivités.

Peut-être cette confusion est-elle l'origine d'une certaine dévalorisation de la subjectivité et des croyances (voir le statut épistémologique de l'analogie) qui leur interdit d'entrer en ligne de compte et ainsi privilégie les aspects rationnels au détriment des éléments irrationels de la recherche pourtant nécessaires.

Cette réduction au silence de la subjectivité s'accompagne d'une disparition des doutes du champ de la recherche pourtant partie intégrante du processus et de leur expression lors de la recherche de telle sorte que se trouve amplifiée l'impression que la science produit des certitudes absolues voire la « réalité vraie » elle-même par simple déduction rationnelle.

60 Ancient disease resistance made us vulnerable to HIV.- http://www.nature.com/news/2007/070618/full/070618-15.html

61 Nommé PtERV1

62 Nommée TRIMa5

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