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Agriculture et croissance économique au Cameroun


par Hervé BELLA
Institut Sous-régional de Statistique et d'Economie Appliquée (ISSEA) - Ingénieur d'Application de la Statistique 2009
  

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4.4 Analyse des résultats

Le modèle à correction d'erreur utilisé pour mesurer l'impact du secteur agricole sur la croissance économique au Cameroun durant la période allant de 1966 à 2005 a présenté une faible structure causale entre les différents secteurs d'activité. Au seuil de significativité de 5 %, il n'existe pratiquement aucune relation de causalité entre les taux de croissance des PIB sectoriels ; le seul sens significatif est celui de l'industrie vers l'agriculture avec tout de même une p-value de 4,91 % au seuil de 5 %. Ce résultat peut s'expliquer par la désarticulation des économies d'Afrique subsaharienne en général et de l'économie camerounaise en particulier. L'économie camerounaise est une économie extravertie, les matières premières issues du secteur primaire sont exportées à l'état brut et l'industrie n'utilise pas toujours les matières premières produites localement. Les produits finis commercialisés sont issus des importations pour la plupart. Un article de Syfia International sur le secteur du cacao souligne que les industriels utilisant la poudre de cacao dans leur processus de production l'acquièrent à l'étranger à un prix valant 5 fois le prix auquel cette poudre produite localement est exportée. Avant la libéralisation, la société industrielle camerounaise des cacaos (Sic-cacaos) achetait le cacao de mauvaise qualité auprès des planteurs à un prix subventionné, tandis que le meilleur cacao était entièrement exporté. L'application des PAS les a mis en concurrence avec les exportateurs privés. Et depuis quelques années, la Sic-cacaos exporte également le cacao qu'elle rachète. Conséquence de cette situation, les industriels importent de la poudre de cacao alors même que le Cameroun est le cinquième producteur mondial de ce produit.

De plus, l'hypothèse d'un transfert de main d'oeuvre du secteur agricole vers le secteur industriel est difficilement observable au Cameroun. D'une part, le secteur industriel n'est pas structurellement apte à absorber la main d'oeuvre sous-employée du secteur agricole. D'autre part, cette main d'oeuvre n'est pas suffisamment qualifiée. Le transfert de main d'oeuvre se fait alors vers le secteur informel avec le phénomène d'exode rural. On a observé au cours des dernières années, une évolution croissante du secteur informel dans l'économie camerounaise. Concernant le sens de la causalité entre croissance de l'agriculture et croissance de l'économie en général, un seul sens de la causalité est significatif. Sur la période 1966-2005, la croissance du secteur agricole n'a pas causé celle de l'économie en général, par contre, le sens inverse de la relation est significatif.

Ces résultats montrent ainsi que le secteur agricole n'a pas encore joué un rôle de secteur en amont dans l'économie camerounaise, c'est-à-dire, le secteur qui par son expansion peut induire le développement des autres secteurs, pourtant l'importance qu'avait ce secteur en terme de contribution au PIB et d'emplois pourvus pendant les années 60 laissait envisager qu'il serait le moteur du développement des autres secteurs. Or, depuis son indépendance en 1960, le gouvernement camerounais a toujours mis l'agriculture au centre du développement économique. Durant les plans quinquennaux, les agriculteurs ont été en quelque sorte taxés par le gouvernement. L'écart entre prix au producteur et prix mondial pour le cacao et le café en sont des illustrations. Ces revenus tirés du secteur agricole étaient censés financer le développement du secteur industriel, plus apte à mettre sur pied de véritables conditions d'un développement économique, et dans le même temps, la part du secteur agricole dans le PIB était vouée à la décroissance telle que le prévoient les théories du développement. Les raisons évoquées dans la littérature font état de nombreux problèmes dont au premier plan la mauvaise gestion35(*). Les fonds prélevés ont été utilisés à d'autres fins qu'au financement du développement. Une autre raison de cette incapacité du secteur agricole à induire la croissance des autres secteurs et de l'économie est la fluctuation du cours des matières premières. Les prix des produits de base sont fixés sur le marché mondial, les producteurs des produits de base sont des "price-taker", ils subissent les variations à la baisse de ces prix sans possibilité d'y exercer une influence. La crise économique survenue au Cameroun en 1987 a eu pour principale cause une baisse de 50 % du cours des produits de base.

L'existence d'une relation de co-intégration montre une certaine stabilité de l'économie camerounaise à long terme. Ainsi, dans le long terme, la structure économique est restée la même. Par structure, on entend la répartition de la part des différents secteurs dans l'économie. Ce résultat rejoint l'analyse précédente : la croissance du secteur agricole n'a pas été à même d'influencer la croissance des autres secteurs. L'effet d'entraînement du secteur agricole tel que le prédisait LEWIS n'a pas encore été observé au Cameroun, plus de 40 ans après son indépendance.

L'examen des fonctions de réponses impulsionnelles montre que l'effet d'un choc de l'agriculture sur la croissance économique est faible et négatif. Le coefficient de TCPRA apparaît négatif et significatif dans la relation de long terme, les autres composantes ont un coefficient positif. Ainsi, sur la période allant de 1966 à 2003, une croissance du PIB agricole a eu en moyenne pour effet un recul du PIB réel par habitant, toute chose étant égale par ailleurs. Ce résultat fait penser au phénomène de croissance appauvrissante relevée dans les pays dotée d'un fort potentiel en ressources naturelles comme le montre une étude réalisée par THORVALDUR (2000). En considérant les pays d'Europe centrale et de l'Est, il montre que l'abondance des ressources naturelles et une agriculture extensive peut entraver la croissance économique. La dépendance vis-à-vis des produits agricoles peut générer un comportement de rente et entraîner la corruption et la mauvaise gestion.

* 35 MINADER (2004), «Diagnostic du sous-secteur agricole 1960-1980»

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