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Volodine : le post-exotisme est-il un genre littéraire?

( Télécharger le fichier original )
par Jean Daniel Chevrier
Université Rennes 2 - Master 2008
  

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Le projet post exotique

Là où des textes contemporains affrontent l'Histoire de face, à la recherche d'une vérité qui semble définitivement vouée à l'échec, Volodine choisit une posture particulière, et refuse toute référence au réel. Le concept d'une littérature post-exotique ou d'écrivains post-exotiques questionne d'abord sur son origine. Comment considérer le post-exotisme ? Doit-on en faire un genre littéraire, une case remplie uniquement des oeuvres de Volodine ? Et dans ce cas, puisque par définition le genre littéraire n'est pas une propriété privée, peut-on imaginer que d'autres auteurs - des auteurs bien réels - s'approprient le genre et écrivent des oeuvres post-exotiques ?

Il convient d'interroger l'origine du terme « post-exotique ». Dans un entretien publié dans Le matricule des Anges, Volodine déclarait à propos de la naissance du terme même :

Au départ un terme en -isme a été choisi, à peu près au hasard pour affirmer que je ne me situais pas dans les catégories littéraires où l'on voulait, tant bien que mal, me faire rentrer9(*).

Volodine, inclassable selon une taxinomie générique traditionnelle, s'autoproclame, « écrivain post-exotique » afin d'échapper à un étiquetage qu'il refuse. Cependant, la volonté de regrouper ses oeuvres sous un terme générique est bien présente ; vouloir échapper au classement traditionnel, ne veut pas dire, refuser une étiquette. Volodine, non étiqueté conventionnellement, est associé tout de même à un genre, ou du moins à ce qui ressemble à un genre : il est bien question d'auteurs post-exotiques et de littérature post-exotique. Voici ce qu'il déclare en 2001, à l'occasion d'un colloque à Bari :

J'ai inventé ce nom qui sonne très bien, qui sonne scientifique (...) j'ai été conduit à rassembler mes romans sous une étiquette fantaisiste qui avait l'avantage d'être vide et de pouvoir être remplie par des textes qui allaient lui donner un sens10(*).

Ce sont donc les textes qui font le genre. C'est une façon d'échapper à la tyrannie taxinomique de la généricité évoquée par Marielle Macé :

La réticence des jeunes écrivains vient de ce qu'ils prennent les genres comme des ensembles d'injonctions qui font recette, un manuel aux mains des auteurs. (...) Il existe en effet une pression des genres sur les oeuvres qui s'écrivent11(*) (...)

Sur le terme et une définition éventuelle du post-exotisme, la définition du Robert donne ceci : « ce qui n'appartient pas à nos civilisations de l'occident ». Comme le souligne Dominique Viart, « la concaténation du préfixe et du radical opère un croisement des catégories temporelles (post-) et spatiale (exotiques)12(*). La notion de post-exotisme dépasse la simple question générique. Nous avons vu que les textes font le « genre », et qu'ils sont par conséquent, la partie visible d'un univers fictionnel dont la finalité est d'écrire l'Histoire du XXe siècle. L'oeuvre de Volodine ne peut être appréhendée que dans son ensemble, en tant que projet expérimental d'un nouveau cadre de représentation de l'Histoire, obsédée par une mémoire traumatique. Sur ces traumatismes du siècle, Volodine évoque l'impossible capacité de l'humain pour endiguer un processus d'autodestruction. Le post-exotisme se construit sur les espoirs avortés des révolutions successives :

J'appartiens à une génération en Europe, en France marquée par les échos de la guerre d'Indochine, de Corée, d'Algérie, du Viêt-nam. J'appartiens à la génération qui a découvert les abominations de l'Holocauste (...) Tout cela je le porte dans ma vision du monde. C'est le monde d'aujourd'hui, absolument pas stabilisé, avec un élément nouveau qui est l'absence d'espoir. Cette déchirure permanente que vit l'humanité, c'est quelque chose qui me hante, qui a rapport avec cette volonté d'écrire, de crier, de créer quelque chose, hors de tout ça13(*).

Le projet est affiché : « créer quelque chose, hors de tout ça ». Le Post- exotisme naît avant tout d'un refus, d'une exclusion. Un univers où cohabite mensonge et réalité. Il s'agit de convoquer la mémoire collective dans un univers fictionnel, délirant :

Je souhaite décrire des mondes intérieurs, des zones où se rencontrent la pensée consciente, le fantasme et l'inconscient sous sa double forme : l'inconscient individuel et l'inconscient collectif. (...) Je veux déplacer tout cela à une mémoire qui soit commune à tous les individus quel que soit leur oirigine, et, en gros, à tout être humain connaissant l'histoire de l'humanité au XXe siècle14(*).

La question de la référence aux genres littéraires établis est convoquée. Nous l'avons souligné, les premiers oeuvres de Volodine ont été publiées dans des collections réservées à la science fiction. L'auteur, s'il refuse tout estampillage  traditionnel, sait toutefois convoquer des références génériques traditionnelles, même s'il refuse l'étiquette d'un choix éditorial. A cet égard, le genre « science- fiction » avec lequel Antoine Volodine entretient des rapports ambigus, permet la dérive référentielle déjà évoquée. Fictionnaliser l'Histoire permet une réécriture de celle-ci comme le souligne Lionel Ruffel15(*) : « (...) la science fiction apparaît sous un nouveau jour : un simulacre, qui permet de transmettre un sens peut-être inacceptable, sans doute une réécriture de l'histoire. Volodine s'en sert, tout comme il la conteste, pour élaborer un fantastique spécifiquement post-exotique (...).

* 9 A. Volodine/P. Savary, « L'écriture une posture militante », Le Matricule des Ange, n°20, juil.-août 1997, p. 20-22.

* 10 A. Volodine/S. Bonomo, « Le goût du roman », Ed. Matteo Marjorano, 2002, p. 243-54.

* 11 M. Macé, op. cit., p. 18.

* 12 D. Viart, « Situer Volodine ? Fiction du politique, esprit de l'histoire et anthropologie littéraire du post-exotique », Ecritures contemporaines, n°8 : Antoine Volodine : fictions du politique, Caen, Minard, 2006, p. 54.

* 13A.Volodine/P. Savary, Op.Cit. p. 43.

* 14 A. Volodine, « Ecrire en français une littérature étrangère », chaoïd n°6, « International », p.6. www. Chaoïd.com. Consulté le 20 février 2009.

* 15 L. Ruffel, op. cit., p. 31.

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