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RÉSEAU DES HAUTES ÉTUDES DES PRATIQUES
SOCIALES
COLLÈGE COOPÉRATIF DE PARIS
COLLEGE COOPERATIF EN BRETAGNE
Diplôme de Chargé de Projet d'Insertion
Professionnelle
Des Travailleurs Handicapés
Homologué niveau II (J.O. du 6 avril 2002 - code nsp
332p
« Une escale, pour découvrir un
autre rivage »
Le détachement en entreprise
Transporter ses connaissances et
compétences
Hors les murs de l'ESAT
Présenté par
Michel RUISI
(Promotion 10)
Sous la direction de
Jean-Christophe LEFORESTIER
2010
Remerciements
Je tiens à remercier mon Directeur de recherche
Jean-Christophe LEFORESTIER pour sa patience et son aide durant ces deux
années. Je te dis : « Merci de m'avoir redonné
confiance en moi dans des moments difficiles, lorsque j'ai voulu, doutant de
mes compétences, abandonner la formation DUPITH à plusieurs
reprises, de m'avoir permis d'acquérir une méthodologie par la
recherche-action ».
Merci à Philippe WALQUEMANE, enseignant-chercheur au
Collège Coopératif de Paris d'avoir accepté de m'aider
à finaliser mon mémoire. Merci de tes conseils et de ta
disponibilité accordés dans la dernière ligne droite.
A mon épouse Sandra, mes enfants pour leur patience et
pour avoir accepté mon indisponibilité, ces longs week-ends et
ces soirées passés devant le clavier de l'ordinateur.
Aux travailleurs des prestations extérieures, à
mes collègues de l'ESAT le Colombier à Montmagny, d'avoir
supporté mes nombreuses absences.
Au groupe DUPITH 10, avec lequel j'ai partagé des
moments difficiles et sympathiques.
A tous ceux encore qui m'ont aidé de près ou de
loin.
Merci aux différentes personnes du Collège
Coopératif de Paris.
A Catherine pour son accueil et sa disponibilité.
A tous les intervenants, qui m'ont enrichi de leurs
« savoirs ».
Merci enfin et surtout
aux travailleurs de l'équipe reliure et à leur
moniteur Jean-Yves BAUDUIN, aux travailleuses de l'atelier façonnage de
l'ESAT le Colombier à Villiers-le-Bel, pour m'avoir permis d'effectuer
mon enquête auprès d'eux.
Et aux salariés du comité d'entreprise de la
banque parisienne une reconnaissance pour avoir accepté de me recevoir
et répondre à mon enquête.
Sommaire
Remerciements p. 2
Sommaire p. 3
Index des sigles p. 4
Introduction p. 6
Première partie - Contextes personnel et des
pratiques professionnelles p. 11
Chapitre 1 - Histoire(s) d'un déracinement /
enracinement p. 12
Chapitre 2 - Les Etablissements de Service et
d'Aide par le Travail p. 25
Chapitre 3 - Association Le COLOMBIER :
« l'usager au centre du dispositif » p. 38
Deuxième partie - Le moniteur d'atelier et le
détachement p. 48
Chapitre 4 - Le moniteur d'atelier en ESAT
p. 49
Chapitre 5 - Le détachement en
entreprise p. 54
Chapitre 6 - Analyse de mes pratiques
p. 59
Troisième partie - Enquête
p.80
Chapitre 7 - méthode de recherche- la
parole aux acteurs p. 81
Chapitre 8 - analyse des données : de
l'idée du détachement à la réalité de
l'entreprise p. 89
Chapitre 9 - les grands enseignements
dégagés : amarré, à quai, à border
p. 107
Conclusion p. 110
Bibliographie p. 115
Table des matières p. 118
Annexes (volume séparé)
Index des sigles
A.A.H. Allocation Adulte Handicapé
A.D.I.P.H. Association Déplacement Insertion Personnes
Handicapées
A.F.P.A. Association nationale pour la formation
professionnelle des adultes
A.G.E.F.I.P.H. Association de Gestion du Fonds pour
l'Insertion Professionnelle des Personnes Handicapées
A.P. Atelier Protégé
A.P.A.J.H. Association pour adultes et jeunes
handicapés
A.P.F. Association des paralysés de France
C.A.E. Contrat d'Accompagnement dans l'Emploi
C.A.P. Certificat d'aptitude professionnel
C.A.S.F.
Code de l'Action Sociale et des Familles
C.D.A.P.H. Commissions des Droits et de l'Autonomie
des Personnes Handicapées
C.D.D. Contrat de Durée Déterminé
C.D.T.D. Centres de Distribution de Travail à
Domicile
C.E. Comité d'Entreprise
C.F.M Centre de formation marine
C.I.E. Contrat Initiative-Emploi
C.I.F. Classification Internationale du Fonctionnement du
handicap et de la santé
C.I.H. Classification Internationale des Handicaps
C.M.2. Cour moyen de deuxième année
C.N.S.A. Caisse nationale de Solidarité pour
l'Autonomie
C.O.T.O.R.E.P. Commission Technique d'Orientation et de
Reclassement Professionnel
C.Q.F.M.A. Certificat de Qualification aux Fonctions de
Moniteur d'Atelier
C.R.P. Centre de reclassement professionnel
CAT Centre d'Aide par le Travail
D.A.R.E.S. Direction de l'Animation de la Recherche, des
Etudes et des Statistiques
D.D.A.S.S. Direction Départementale des Affaires
Sanitaires et Sociales
D.R.E.S.S. Direction de la recherche, des études, de
l'évaluation et des statistiques
DOM-TOM Départements et Territoires d'Outre Mer
E.A. Entreprise Adaptée
E.P.M.O. Emplois Protégés en Milieu Ordinaire
E.P.S.R. Equipe de Préparation et de Suite du
Reclassement
E.P.S.R. Equipe de Préparation et de suite du
Reclassement
ESAT Etablissement de service et d'aide par le travail
F.I.P.H.F.P. Fonds pour l'Insertion des Personnes
Handicapées dans la Fonction Publique
H.A.L.D.E. Haute autorité de lutte contre les
discriminations et pour l'égalité
I.A.S.S. Inspecteurs de l'Action Sanitaire et Sociale
I.G.A.S. Inspection Générale des Affaires
Sociales
I.M.E, IMPRO Instituts Médico Educatifs ou
Professionnels
I.T.E.P. Instituts
Thérapeutiques, Éducatifs et Pédagogiques
M.D.P.H. Maisons Départementales des Personnes
Handicapées
M.G.E.N. Mutuelle Générale de l'Education
Nationale
O.M.S. Organisation Mondiale de la Santé
O.R.T. Organisation Reconstruction-Travail
P.D.I.T.H. Programmes Départementaux pour l'Insertion
des Travailleurs Handicapés.
R.A.T.P. Régie Autonome des Transports Parisiens
R.Q.T.H. Reconnaissance de la Qualité de Travailleurs
Handicapés
S.A.S. Section d'Adaptation Spécialisée
S.A.V.S. Services d'Accompagnement à la Vie Sociale
S.E.S. Sciences économiques et sociales
S.E.S.S.A.D. Service d'éducation spéciale et de
soins à domicile
S.M.I.C. Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance
S.M.I.G. Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti
Introduction
Ce mémoire poursuit un double objectif :
réaliser un travail d'enquête, procéder à l'analyse
d'une pratique singulière :
« le détachement », appelée
« mise à disposition ».
J'interroge aujourd'hui une pratique particulière,
déjà inscrite précédemment dans le décret du
14 mars 1986 et la circulaire du 27 mars 1987, liée à l'insertion
des travailleurs handicapés de CAT aujourd'hui ESAT vers le milieu dit
« ordinaire ». Elle se voit renforcée dans la loi
2005.
Depuis 1992, je suis moniteur d'atelier dans un ESAT.
J'encadre une équipe de 6 personnes dans une activité espaces
verts. Ces personnes sont des adultes reconnus travailleurs handicapés
mentaux dont j'ai la responsabilité dans un atelier de production en
espaces verts.
La variété des tâches et les initiatives
qu'elles nécessitent, constitue un terrain de formation professionnelle
pour les travailleurs handicapés en vue, pour certains, d'une insertion
professionnelle en entreprise adaptée1(*) ou en milieu ordinaire2(*).
A travers mes observations et mes années
d'expériences, je constate aujourd'hui des changements et un glissement
dans la mission médico-sociale des ESAT. La dimension économique
devient de plus en plus prégnante même s'il s'agit « de
lieux d'éducation, de soins, d'adaptation au travail qui ne doivent pas
à ce titre être gérés selon des critères de
rentabilité ». 3(*)
La réalité est tout autre. Ces
établissements doivent demeurer rentables et compétitifs tout
comme une entreprise privée. Face à la concurrence du
marché extérieur, et des subventions de l'Etat qui
s'amoindrissent de plus en plus et se rigidifient, leurs comptes commerciaux
sont davantage sollicités pour couvrir des dépenses auparavant
financées par un budget à caractère social.
La réalité économique du milieu dit
« ordinaire » devant être de plus en plus
compétitive et rentable, entraîne la priorité d'emploi des
travailleurs handicapés les plus compétents, les plus en mesure
d'intégrer le milieu de l'entreprise ordinaire.
Le souci des ESAT de conserver une rentabilité est
d'autant plus crucial que les meilleurs éléments sont conduits
à quitter l'établissement, constat qui m'amène à
émettre l'hypothèse selon laquelle pour maintenir un certain
niveau de compétitivité l'ESAT s'efforcera de remplacer les
éléments qui partent par de bons éléments capables
à leur tour de partir, en opérant ainsi à une
sélection lors d'une admission.
D'un autre côté, il est possible de s'interroger
sur l'intérêt, sur l'enjeu de la pratique de
détachement4(*) pour
les usagers et pour l'établissement. Souvent le détachement
collectif, se résume à sa dimension comptable de prestation de
service. Le détachement individuel, par contre, semble plus pertinent en
termes d'insertion. En effet il permet une confrontation plus du travailleur au
milieu ordinaire et semble comporter une prise en compte de la personne plus
importante.
Dans ce cadre, la situation permet des apprentissages qui ne
sont pas possibles au sein de l'ESAT. Elle permet la conscientisation des
compétences du travailleur, participe à sa
construction identitaire, à la manière dont il se
représente le travail dit « normal », si
convoité, signe pour les usagers de l'ESAT d'une normalité, d'une
reconnaissance, d'un statut social.
Autant d'aspects qui méritent d'être
interrogés tant ils concernent le travailleur handicapé5(*).
La loi 2005-102 veut renforcer des
« passerelles » entre le secteur du travail
protégé et le milieu dit « ordinaire » de
travail en clarifiant des règles concernant la mise à disposition
(détachement) « des travailleurs d'ESAT en milieu
ordinaire de travail. Elle confirme la possibilité pour les travailleurs
admis en ESAT d'être mis à disposition d'une entreprise, d'une
collectivité publique ou tout autre organisme afin d'exercer une
activité à l'extérieur de l'ESAT. »6(*) Cet article de loi vise à
décloisonner le travail protégé par une activité de
certains de ses travailleurs handicapés à l'extérieur et
à favoriser leur embauche ultérieure en milieu ordinaire de
travail.
Dans le cadre de ma recherche, j'interroge cette pratique
liée à l'insertion des travailleurs handicapés en ESAT
vers le milieu dit « ordinaire » : le
détachement individuel. Dans un contexte où le facteur
économique entraîne des modifications dans les pratiques
d'accompagnement des travailleurs handicapés en ESAT, notamment au
regard des soutiens, il est pertinent d'interroger le devenir de l'insertion
professionnelle de ces travailleurs.
La personne handicapée qui arrive en ESAT a souvent un
parcours institutionnel important conditionnant son identité. Dans le
contexte de l'ESAT, le travail et les changements de statut font évoluer
l'identité du travailleur handicapé. Toutefois comme le souligne
Willem Richard dans son mémoire DUPITH, en citant Marcel
Calvez « l'individu habite un monde défini par des
caractéristiques institutionnelles » se traduisant par
une socialisation particulière.7(*)
En 2007, suite à un questionnaire « de
performance » émanant de différents ministères
que chaque directeur d'établissement doit remplir et rendre tous les 30
avril de chaque année, la pratique du détachement, qui ne faisait
pas partie de la politique de la direction de l'établissement, devient
une priorité.
Ce changement de politique soudain, me pose de nombreuses
interrogations en tant que moniteur d'atelier. J'essaie de prendre du recul
avec ma fonction. Cela n'a pas été facile au bout de 17 ans de
pratique. Je me positionne alors en tant que chercheur. J'essaie de donner du
sens. Je m'interroge sur les interprétations que je peux émettre,
parfois négativement. Je me renseigne auprès d'autres
professionnels, j'écoute, j'observe, j'interroge...
Pourquoi faire des détachements ? La pratique
du détachement individuel permet-elle d'organiser une rencontre
protégée entre les entreprises et les travailleurs
handicapés ? Cette expérience est-elle susceptible
d'enrichir la palette d'apprentissage que seul l'ESAT ne peut fournir ?
Peut-elle répondre à une insertion différente ou
complémentaire de celle proposée en ESAT ? Permet-elle de
faire prendre conscience aux usagers et à l'entreprise que leurs
compétences sont transportables au-delà de l'ESAT ?
Je m'appuie sur une enquête de terrain. Mon
enquête de terrain s'oriente vers l'ESAT le COLOMBIER à
Villiers-le-Bel. Des travailleurs de l'atelier reliure sont en
détachement au comité d'entreprise d'une banque parisienne pour
effectuer de la plastification de livres pour la création d'une
médiathèque.
Le choix de cet ESAT est un parti pris de ma part. Cet
établissement a déjà effectué un détachement
dans une entreprise. Il ne s'est pas bien déroulé faute d'une
mauvaise préparation et d'une organisation, matérielle et
humaine, faite dans la précipitation. Une des travailleuses
handicapées en a subi les conséquences. Elle a mal vécu
cette expérience. Suite à cela les moniteurs d'atelier ont
élaboré un tableau pour mettre en place un détachement,
chaque acteur y a une place bien déterminée durant le
déroulement de cette mise à disposition.
Je décide avec l'accord de chaque acteur, de mener mon
enquête auprès d'eux. Pour mener cette enquête j'ai
posé un cadre conceptuel ajusté. De ces concepts j'ai
tissé des hypothèses, des thèmes à partir desquels
j'ai construit trois questionnaires différents : pour les usagers,
le moniteur de l'atelier reliure et les personnes de l'entreprise
accueillante.
Je conçois ce travail de recherche comme une
réflexion partagée avec les moniteurs d'atelier de la structure,
mais aussi un outil de travail pouvant s'adapter à une meilleure mise en
place de futurs détachements, de prise en charge et de l'accompagnement
des travailleurs handicapés en prenant en compte le ressenti de
chacun.
En entreprenant cette recherche-action, je souhaite apporter
un éclaircissement sur la signification opérationnelle de ce
qu'est un détachement. Mais aussi trouver des réponses à
la perception de ce « terme » par les usagers et les
responsables de l'entreprise. Enfin, faire partager mes interrogations, mes
sentiments à ce sujet, pour étayer des connaissances
raisonnées.
Dans un premier temps, j'aborderai mon parcours de vie
privée et professionnelle. Je m'appuierai sur l'importance de la
« (re)connaissance » des compétences, de sa
conscientisation. Elles peuvent être un point d'ancrage pour l'ouverture
aux autres pour ensuite favoriser l'épanouissement d'une vie personnelle
et professionnelle, afin d'être considéré comme une
personne à part entière.
Dans un second temps, je m'intéresse aux ESAT. Je
rappelle les aspects principaux de l'histoire de leur création, de leur
mutation d'aujourd'hui vers un fonctionnement d'entreprise basé sur
l'économique et la rentabilité. Je présenterai alors les
différentes lois, circulaires et décrets qui ont participé
à son évolution à travers le temps, notamment le
changement de la population accueillie.
Je présente alors le cas plus précis de l'ESAT
le COLOMBIER de Montmagny/Villiers-le-Bel : la population accueillie, les
différents ateliers de production, l'équipe pluridisciplinaire,
leurs missions auprès des usagers et tout ce qui gravite autour d'eux.
Cela me conduit à éclairer mes interprétations du
rôle et de la mission d'un moniteur d'atelier, puis à
préciser mes analyses des pratiques en qualité de moniteur
d'atelier.
Dans un troisième temps, la pratique du
détachement me permet d'émettre des hypothèses
« négatives » basées sur la prégnance
de la dimension économique, de rentabilité, de
l'établissement, plus que sur une dimension humaine ouverte sur la
découverte, l'insertion des travailleurs handicapés vers le
milieu dit « ordinaire », les interactions entre l'usager
et les salariés de l'entreprise, la conscientisation des
compétences de l'usager par lui et les responsables de l'entreprise
accueillante. Découvrir que ces personnes sont porteuses de
compétences transférables ailleurs qu'à l'ESAT.
Dans un quatrième temps, je propose une enquête
basée sur des entretiens menés auprès des usagers, du
moniteur de l'atelier reliure et des salariés qui ont été
durant tout le temps de ce détachement les coordinateurs directs entre
les usagers, l'ESAT et l'entreprise, pour conclure sur les perspectives
offertes par ce travail.
Première partie
Contextes personnel et des pratiques
professionnellesChapitre 1
Histoire(s) d'un déracinement / enracinement
Eléments d'autobiographie
raisonnée
Dans ce chapitre je souligne les liens que j'ai pu
établir entre mes expériences, personnelles et professionnelles,
et le thème général de mon mémoire, le
« détachement ». Ce texte autobiographique retrace
certains éléments de mon parcours qui motivent aujourd'hui cette
recherche-action. Je tente d'y montrer mon enracinement dans un champ de
l'intervention sociale : le handicap. J'espère y donner encore
à voir mon cheminement personnel vers l'émergence d'un acteur
chercheur.
L'intégration malgré la
différence
Mon histoire commence avant ma naissance. Mes parents sont
tous deux rapatriés de Tunisie en 1958, suite à l'arrêt du
protectorat Français. Ce fut pour eux, comme pour de nombreuses
familles, l'exode, l'adieu à une terre natale, à leur histoire et
celle de plusieurs générations. Jusqu'à aujourd'hui, mon
père n'a cessé de me répéter :
« Je ne veux pas en parler, il faut oublier tout
ça. C'est le passé. »
Venir en France, dans un pays qu'ils n'avaient jamais vu, bien
que de nationalité Française ; dans un pays, où rien
n'avait été préparé matériellement et
psychologiquement, pour accueillir un si grand nombre de personnes ; des
Français venus d'ailleurs, qui descendaient d'un bateau au port de
Marseille, avec seulement quelques valises. Ce n'était pas une aventure
mais une déchirure. Ce déracinement fut pour beaucoup un
effondrement, une perte de repères, plus de travail, de domicile.
L'intégration fut longue, douloureuse et difficile de
part la non acceptation des Français de métropole, dans leur
différence culturelle et sociale, avec une administration lourde et
discriminatoire, ignorante de leur propre histoire coloniale. Des stigmates
sont encore présents aujourd'hui.
Depuis Marseille, mes parents sont partis rejoindre ma
grand-mère paternelle en banlieue parisienne. Ils logent alors avec mes
oncles dans un ancien pigeonnier du vieux manoir de Miraville (actuellement la
mairie de Sarcelles).
En Tunisie, mon père avait travaillé plusieurs
années comme contremaître dans une compagnie
pétrolière française, en qualité de responsable du
ravitaillement des avions civils. Un poste de chef de piste à
l'aéroport d'Orly lui avait été promis à son
arrivée en France. D'après les dires de mon père, il
s'agissait d'une promotion par mutation. Il ne l'obtînt pas du fait de la
difficulté de se rendre alors de Sarcelles à Orly.
Mes parents vivaient donc avec le peu d'économies qui
leur restaient suite aux frais qu'avaient occasionné leur
« rapatriement ». Ils n'avaient aucun moyen de locomotion.
Mon père, trouva néanmoins un emploi de gardien de square
à Paris au parc Monceau, avant d'être recruté dans la
fonction publique comme commis en cuisine pour une maison de retraite à
Sarcelles. À cette époque, elle appartenait au bureau d'aide
sociale de la ville de Paris. Entre temps mon frère Claude et moi avons
vu le jour.
En 1962, la directrice, voyant les motivations de mon
père et les conditions dans lesquelles nous étions logés,
proposa à mon père un emploi de chauffeur avec un logement de
fonction. L'obtention de ce logement de fonction n'alla pas sans susciter les
jalousies. Mon père effectue alors des livraisons et la distribution du
courrier dans les différents services administratifs de la ville de
Paris.
En 1963, du fait de son logement de fonction, mon père
doit se rendre disponible jour et nuit et encore les week-ends. C'est l'homme
à tout faire : chauffeur de direction, ambulancier pour les
urgences hospitalières, accompagnement des personnes âgées,
sorties en groupe. Ma soeur Patricia naît au moment où j'entre
à l'école.
J'ai donc passé mon enfance dans une maison de
retraite. Ce fut pour moi une grande expérience de savoir être, de
respect envers des personnes d'une autre génération. Dès
mon plus jeune âge, j'ai été confronté aux
différentes étapes du vieillissement de la personne et de tout ce
qu'elle occasionne, perte de capacités motrices, mentales et la mort.
Toutes ces années furent pour moi très riches en termes de
relations humaines et d'affects.
Je me souviens notamment des gâteaux à
« l'arôme de naphtaline » :
Dans la maison de retraite où
nous étions logés, il y avait un grand parc paysager de 10
hectares, sillonné par de longues allées gravillonnées et
ornées de quelques statues. Au printemps, j'aimais sentir l'odeur des
premières tontes de gazon, entendre le bruit des tondeuses, le chant des
oiseaux qui annonçait l'arrivée des beaux jours. C'était
l'époque de l'année à laquelle les personnes
âgées commençaient à sortir et se promener dans le
parc. Les infirmières accompagnaient les moins valides pour les
installer sur les bancs afin qu'elles puissent profiter des premiers rayons du
soleil. Nous avions hâte de revoir certaines personnes âgées
qui étaient pour nous comme des grands parents. Et celles qui ne
pouvaient pas sortir, nous allions leur rendre visite dans leur chambre ou
à l'infirmerie.
Par leur fenêtre, certaines nous regardaient jouer
dans la cour et guettant notre passage, nous appelaient pour que nous montions
les voir. Elles avaient une « surprise pour nous »,
disaient-elles. Nous la connaissions la surprise ! Une véritable
torture, pensez-vous ! Des gâteaux qu'elles nous avaient
gardés tout l'hiver dans une boîte métallique,
rangés dans l'armoire au milieu du linge et du produit antimites :
la naphtaline. Le piège se refermait chaque fois de la même
manière sur nous. Une fois entré dans l'appartement, il nous
fallait honorer l'assiette de biscuits qui nous attendait avec un grand verre
de lait, ce même lait qu'elles donnaient aux chats errants dans la cour.
Assis, nous mangions notre goûter, ces biscuits à
« l'arôme de naphtaline », du bout des dents, le
reste finissait invariablement au fond de nos poches dès qu'elles
avaient le dos tourné. Mais les occasions de s'y soustraire
étaient rares car, le plus souvent, elles restaient assises à nos
côtés à raconter toujours les mêmes histoires et
insistant pour que nous avalions nos biscuits. Malgré tout, l'air de
rien, nous prenions quelques leçons de vie à peu de prix
finalement.
Je me souviens aussi d'une statue dans le parc.
Une statue grandeur nature qui
représentait un homme avec un enfant dans ses bras. Cet homme semblait
épuisé et marcher péniblement comme s'il remontait une
rive ; l'enfant dans ses bras semblait inanimé, les bras pendants
et la tête basculée en arrière. Cette statue nourrissait
mon imaginaire ; je me posais plein de questions, demeurant toujours sans
réponses. Pourquoi cet homme portait-il cet enfant inanimé dans
ses bras ? Sur le socle de la statue, je pouvais lire ce mot : la
charité. Je passais des heures à la regarder, tant elle
m'apparaissait vivante.
A cette époque, sans m'en rendre compte, ma fibre
sociale commençait à se forger. J'avais compris que l'on pouvait
se forcer à faire quelque chose simplement parce que cela pouvait faire
plaisir à l'autre. La relation sociale n'est pas sans certaines
contraintes.
L'apprentissage de la différence et de
l'intolérance
A l'école, durant mes premières années,
je suis dans le rang, élève apprécié, que l'on
trouve poli et gentil, dynamique, plein de vie, peut-être parfois un peu
turbulent. C'est au cours moyen 2ème année, peu de
temps avant mon entrée au collège, que je suis confronté
pour la première fois à l'obligation
« administrative » de dire mes origines devant les autres.
Je prends conscience que, bien qu'étant Français, je suis
différent par mes origines d'Afrique du Nord. Je deviens objet de
curiosité pour mes camarades qui voient en moi un étranger.
L'indigène d'un pays que je ne connais pas moi-même alors !
Quelques réflexions d'instituteurs ou de camarades m'ont alors
blessé. On allait jusqu'à nous reprocher, moi et les autres, une
responsabilité dans les « évènements »
liés à l'arrêt des protectorats et aux indépendances
des pays du Maghreb. Notre présence en France semblait les
déranger et je représentais une sorte d'envahisseur.
On nous appelait les « pieds noirs » je
n'en saisissais pas le sens. Je ne l'avais jamais entendu auparavant. Mon
père m'expliqua un jour « ce n'est rien, c'est un mot que
les Français de métropole emploient pour parler des
Français venus d'Algérie ». Un « pied
noir » est ainsi le « Français
d'Algérie », rapatrié8(*) en France à partir des années cinquante,
les chrétiens et les juifs. Les musulmans sont des
« harki ». Bien qu'originaire de Tunisie, j'étais
assimilé à ceux là.
Je n'osais plus parler à personne de mes
origines ; j'avais honte. J'avais peur de dire que mes parents
étaient nés en Tunisie, car on me qualifiait alors de
« bougnoule ». Un mot que je prenais, fort justement, pour
une insulte. Si l'origine wolof (langue du Sénégal) du terme
signifie simplement « qui est noir », le terme a
progressivement désigné les personnes d'origine nord-africaine,
et pris une signification insultante.
Je n'avais plus envie d'aller à l'école. Je ne
croyais plus qu'elle défendait les droits de l'homme. Mes parents
découvrant avec désespoir l'effondrement de mes résultats
scolaires et malgré la faiblesse de leurs revenus,
décidèrent alors de me placer dans une école
privée. Cette période scolaire fut difficile pour moi et, avec
les punitions et autres corrections physiques que les professeurs nous
infligeaient, mon dégoût de l'école grandissait. Je ne
souhaitais plus qu'arrêter mes études pour aller travailler et
aider mes parents financièrement.
ORT et l'effacement des différences
En 1973, une connaissance de mes parents, me fit admettre
à l'école ORT10(*) de Montreuil, après un rendez-vous qui dura
plus de trois heures, non pour parler de mes résultats scolaires
(« cela n'en valait pas la peine », mais
plutôt des souvenirs de Tunis (ORT est une école juive, dont les
professeurs et les élèves venaient pour la majorité
d'Afrique du nord).
Dans cette école, je me sentais bien, les professeurs
m'avaient redonné confiance en moi, et leur objectif principal
était notre réussite professionnelle. Dans cette école
régnait une chaleur sécurisante et familiale. J'avais
retrouvé l'envie de poursuivre mes études, je me retrouvais avec
des jeunes qui avaient une histoire et un parcours scolaire en plusieurs points
semblables aux miens.
Ces trois années passées à l'école
ORT m'ont appris à faire abstraction de cette stigmatisation qui avait
été pesante pour moi durant toutes ces années. J'ai appris
à être fier de mes origines. L'Histoire de la Shoah m'avait fait
prendre conscience que ce que j'avais vécu durant ma scolarité,
n'était rien par rapport à ce que d'autres peuples avaient
vécu.
Je garde encore en mémoire l'adage appris lors de mon
passage à l'ORT :
« Donne un poisson à un homme, il aura
à manger pour un jour.
Apprends-lui à pêcher, il pourra manger toute
sa vie. »
Je retiens également le fait qu'il s'agissait de nous
donner à chacun, à notre niveau, les meilleures chances
d'intégration scolaire, sociale et professionnelle. C'est encore ces
principes que j'ai en mémoire lorsque j'accompagne les usagers de l'ESAT
où je travaille.
Avec l'ORT, en 1976, j'obtiens mon Certificat d'Aptitude
Professionnelle de mécanicien ajusteur ; en parallèle,
durant ma dernière année de C.A.P., je fais une
préparation militaire marine, tous les samedis et pendant mes vacances
scolaires, pour entrer dans l'école des fusiliers marins.
L'armée : partages, voyages,
découvertes, rencontres avec les autres
1978, j'entre dans la marine nationale, au Centre de Formation
Marine « le C.F.M. » de Hourtin près de Bordeaux.
Les premiers jours sont pénibles, déstabilisants. Nous nous
retrouvons tous dans ce même centre, appelés et futurs
engagés volontaires, en attendant notre affectation. On vient de toutes
les régions de France et des DOM-TOM, répondre à nos
obligations nationales.
Dans ce centre de formation, il règne une grande
tension nerveuse, des bagarres. Les groupes se forment selon les pays d'origine
de chacun. Ma demande d'affectation est rapide. Avec mon diplôme de la
Préparation Militaire Marine et mes tests sportifs, je suis
orienté dans l'école des fusiliers marins basée à
Lorient. La discipline et les entraînements y sont durs physiquement et
psychologiquement. Nous poussant toujours au-delà de nos limites. Pas de
place pour les faiblesses. Nous sommes les maillons d'une même
chaîne, interdépendants. La réussite des opérations
en dépend. Les tâches sont réparties ; chacun son
rôle. Je suis grenadier voltigeur.11(*)
Après ma formation à l'école des
fusiliers marins, j'embarque comme quartier-maître sur un escorteur
d'escadre, basé à Toulon. A bord, je fais partie du corps de
débarquement. J'ai trois gradés au-dessus de moi, un capitaine
d'armes (maître principal major), un maître principal et un second
maître, tous trois commandos de la marine. Sur ce navire, durant
plusieurs mois, j'apprends la vie en collectivité, le respect de
l'espace vital de chacun, dormant dans une chambre de 30 m² avec 18
marins, sur des bannettes (lits) superposées, avec un simple rideau pour
notre intimité.
Nous devions nous supporter, travailler, manger, dormir
à côté de personnes que l'on ne supportait pas toujours,
respirer les odeurs corporelles de certains dont l'hygiène
n'était pas une priorité. Nous devions faire abstraction de
toutes ces gênes, pour éviter tout conflit. A bord, nous devions
encore nous aider, être à l'écoute de chacun, nous remonter
le moral, qui n'était pas toujours au plus haut, dû notamment
à l'éloignement et à la séparation avec nos proches
après plusieurs jours de mer.
Un moment très fort était l'arrivée du
courrier que chacun attendait avec impatience, le lien avec nos proches ;
lecture que nous partagions parfois avec les camarades de chambrée, pour
exprimer nos joies, nos tristesses. Cette relation d'échange et
d'entraide, fait partie de la vie à bord d'un navire dont la devise
est : « Tous unis comme à bord ».
L' « escale » était un autre
moment fort, soupape de décompression, un lieu de relâche, qui
nous faisait penser à autre chose, où l'on rencontre d'autres
personnes, un bref retour à la vie civile. Toutes mes escales, en
Europe, Amérique latine, Afrique, ont été pour moi d'une
grande richesse personnelle car elles m'ont permis d'avoir une autre vision des
personnes, d'être plus attentif et réceptif aux autres. La vision
de la pauvreté, de la faim et de la violence, que j'ai vue pendant mes
escales, notamment au Brésil, cette grande différence sociale,
entre les favelas et les quartiers riches à Salvador de Bahia et
à Fortaleza, ne m'a pas laissé insensible et indifférent
au sort des personnes en souffrance.
Mais le continent dont je garde le plus de souvenirs, c'est
l'Afrique, de part la simplicité et la gentillesse des gens. L'accueil
de « l'étranger » avec beaucoup de joie et de
curiosité, une perception qu'ils avaient à l'époque de la
France, un pays de rêves et de bien-être dirigé par
« Papa De Gaulle ».
Je me souviens des arrivées au port :
Lorsqu'un navire de la marine
Française arrivait dans un port, de nombreuses personnes nous
attendaient sur le quai. Des groupes de la marine étaient invités
dans un village, nous avions droit à un accueil
cérémonial. Nous étions reçus par le patriarche
fièrement coiffé de son casque colonial et de toutes ses
médailles épinglées sur sa poitrine, une preuve pour lui
du dévouement qu'il avait eu pour la France pendant la guerre et dont il
était fier. Un homme heureux de te présenter tous les membres de
sa grande famille, femmes enfants, et petits enfants, qui étaient
très nombreux. La présentation et le bonjour semblaient durer une
éternité, te demandant des nouvelles de chacun de tes proches,
comme s'ils les connaissaient personnellement. Puis une grande table, avec de
la nourriture, nous attendait, préparée et décorée
en notre honneur par les femmes du village. Pendant le repas, des enfants nous
lisaient un discours, nous récitaient des poèmes, écrits
spécialement pour nous souhaiter la bienvenue. Puis en fin de
journée des chants et danses clôturaient notre visite.
Ce qui reste gravé dans ma mémoire, ce sont les
gens vivant dans certains petits villages éloignés de la
civilisation moderne, sans se soucier, me semblait-il, de ce qui pouvait se
passer ailleurs, dans la simplicité, vivant au rythme du jour. Je n'ai
pas oublié l'odeur qui se dégageait de cette terre rouge
d'Afrique, un parfum que je ne peux pas décrire.
Nos missions dans ces différents pays étaient
d'ordres militaires et non touristiques. Nous étions là-bas pour
la protection de la population civile, une force de dissuasion par notre
présence, dans la prévention des conflits qui étaient
nombreux en Afrique.
Les histoires de mon enfance expliquent peut-être ce
choix d'entrer dans la Marine.
Enfant, mon père nous parlait souvent
et avec fierté de son frère, son aîné de deux ans,
ce jeune héros qui s'était engagé comme volontaire dans
les commandos d'Afrique. Mort pour la France au fort de Mauvane, dans le Var,
à l'âge de 19 ans au cours du débarquement en Provence en
1944, ce frère dont ma grand-mère avait retrouvé la trace
30 ans après son décès.
Ma mère, elle, nous parlait souvent de son
admiration pour la tenue vestimentaire des marins qu'elle voyait, jeune, au
port de Bizerte en Tunisie et à Toulon près de l'arsenal, lorsque
nous allions nous recueillir tous les ans sur la tombe de mon oncle
enterré au cimetière du Lavandou. A l'époque le souhait de
ma mère était d'avoir un fils dans la Marine. Elle fut
exaucée trois fois car ses trois garçons y sont
allés.
En 1980, je quitte la Marine. Je rencontre une fille
Hollandaise à la Londe-les-Maures près de Toulon, avec laquelle
j'ai eu un garçon, né en 1984. Après 5 ans de vie
maritale, nous décidons de nous marier en mai 1985. En août, trois
mois plus tard, nous entamons une procédure de divorce.
Séparé de mon fils, je dois apprendre à vivre loin de lui.
Autre détachement, autre déracinement.
La rencontre du handicap
De 1980 à 1981, j'ai occupé quelques emplois de
courtes durées, en intérim, puis grâce aux recommandations
d'un ami d'enfance, je suis embauché comme livreur dans un grand magasin
de meubles jusqu'en 1983, date de mon licenciement pour raison
économique. On me propose un poste de chauffeur dans une association de
transport pour personnes handicapées.
Ce poste m'est proposé par le directeur de la maison de
retraite où travaillait mon père. Cet homme en était le
fondateur et le président. Cette association était en partie
financée par le Conseil général du Val d'Oise et le
Ministère des transports parisiens. L'association fonctionnait comme une
société de taxi, avec des tarifs de transport semblables à
ceux des transports en commun. Les transports se faisaient avec des minis-bus,
à la demande du client (des personnes à mobilité
réduite). Avec ces véhicules, nous allions chercher les personnes
à leur domicile pour les emmener sur un lieu de leur choix, travail,
grandes surfaces et autres. Ces minis-bus étaient équipés
afin de permettre aussi le transport des personnes en fauteuil roulant :
rampes d'accès, système de fixation à l'intérieur
du véhicule, etc.
Lors de mon embauche en 1983, l'association commençait
son activité depuis peu. Nous étions cinq salariés, le
directeur, la secrétaire et trois chauffeurs. Et nous ne
possédions que deux véhicules. Pour « faire
tourner » les deux véhicules, chacun à notre tour, nous
faisions le transport de quelques personnes, pour les emmener dans
différents CAT, hôpitaux psychiatriques, hôpitaux de jour et
foyers. De nouveaux CAT ouvraient leurs portes, dont celui dans lequel je
travaille actuellement. Des parents, des foyers, des maisons de retraites et
des hôpitaux psychiatriques nous demandaient d'effectuer le transport de
leurs enfants, usagers et patients.
Pendant que des chauffeurs effectuaient leur tournée,
d'autres restaient au bureau avec la secrétaire, pour créer de
nouveaux plannings de ramassage, de nouvelles zones géographiques sur un
plan du Val d'Oise avec un compas, pour calculer les distances, effectuer des
secteurs de ramassage et les tarifications.
Les chauffeurs pendant leur tournée, distribuaient des
plaquettes de l'association, pour faire connaître notre existence dans
différents centres (APF, maisons de retraites, hôpitaux
psychiatriques, mairies et associations accueillant des personnes
handicapées). En quelques mois, le nombre de chauffeurs et de
véhicules ne suffisait plus pour répondre à toutes les
demandes. Il fallut acheter de nouveaux véhicules, recruter de nouveaux
chauffeurs. Nous devions encore élargir nos zones et créer de
nouveaux secteurs de ramassages. Par manque de locaux pour stationner nos
véhicules, nous étions dans l'obligation de demander l'accord au
Conseil général pour stationner nos véhicules dans
différentes casernes de pompiers du Val d'Oise.
En 1984, le conseil général et la Direction
Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales donnent leurs accords
pour la construction d'un local, pouvant accueillir les véhicules et les
bureaux administratifs. (Le local, se trouve à Sarcelles). Début
1985, un nouveau local de l'ADIPH 95 ouvrait ses portes.
Mon accident
Pendant mes congés annuels, en juillet 1985, j'ai eu un
accident lors d'un entraînement sportif au Pays-Bas. Une chute qui
m'occasionne un arrachement du plateau tibial et des ligaments croisés.
Je suis rapatrié en France avec mon épouse pour subir une
intervention chirurgicale.
Trois mois plus tard, mon épouse, ne supportant plus
cette situation, est en dépression et décide de rejoindre notre
fils qui était resté chez ses grands parents aux Pays-Bas. Elle y
restera. C'est un grand choc pour moi. En trois mois de temps, ma vie a
basculé. J'ai alors l'impression de me trouver au fond d'un gouffre dont
je ne pourrais jamais sortir.
Cette situation de handicap provisoire me rend
dépendant des autres dans la gestion de ma vie quotidienne. Pendant ma
longue convalescence, le directeur de l'association où je travaille,
voyant que je ne peux pas me déplacer seul, m'inclut dans le planning
d'une tournée journalière avec d'autres usagers que ceux que je
transportais avant. Je deviens un usager. Je me fais transporter par mes
collègues. Ils m'emmènent faire de la rééducation.
Parfois c'est le directeur qui vient me chercher personnellement. Je
déprime et souhaite rester seul. Inquiet de mon état, mon
directeur m'oblige en plus de ma rééducation, à faire de
la natation. Il venait me rendre visite régulièrement à
mon appartement, pour me remonter le moral et m'affirmer qu'il me fallait me
battre, que mon handicap pouvait être surmonté.
Cette longue situation de handicap me fait beaucoup
réfléchir et comprendre les difficultés que peuvent
rencontrer certaines personnes handicapées dans leur vie quotidienne. La
solitude, se cacher du regard et de la compassion des autres, un enfermement
que l'on s'inflige parfois soi-même, créant notre propre
exclusion.
Lorsque les déplacements et l'accessibilité,
dans les appartements ou dans la rue, deviennent un parcours du
combattant ; se faire à manger, transporter son assiette sur une
table, des gestes quotidiens rendus difficiles, parfois impossibles lorsque
l'on doit se déplacer avec des béquilles, nous obligeant à
manger debout face à une casserole posée sur une plaque de
cuisson ; monter et descendre les quelques marches d'un escalier, geste
devenu impossible ou pénible, nous demandant un effort qui nous semble
surhumain ; un simple trottoir dans la rue devient un muret
infranchissable... Devenir dépendant des autres, pour nous aider
à faire sa toilette intime, entrer et sortir d'une baignoire, une
situation qui nous fait perdre toute dignité.
Après dix mois de situation de handicap et mes
difficultés de motricité, je demande à reprendre le
travail malgré le désaccord des médecins.
Bénévolat
Pendant ma période de solitude, je donne tout mon temps
libre au service des personnes handicapées, en faisant du
bénévolat dans différentes associations. Le soir
après mon travail, ne voulant pas rentrer chez moi, je vais à
handisport pour aider un éducateur sportif, lui-même
handicapé (amputé d'une jambe), entraîner des adultes
handicapés en haltérophilie et en athlétisme. Par la
même occasion je fais la rééducation de ma jambe.
Certains week-ends, je participe aux sorties, aux
soirées organisées par différentes associations, comme
l'Association des Paralysés de France, l'Association Nationale des
Invalides Moteur Cérébraux, l'Union Nationale des Polios de
France, et le centre de réadaptation de Bouffémont où
s'entraînent de nombreux marathoniens en fauteuil roulant. Certains
s'entraînent alors pour les jeux paralympiques.
Je deviens membre actif d'une association d'aide et d'entraide
de personnes handicapées et en difficulté sociale. Le
président de cette association était devenu paraplégique
suite à une chute d'un échafaudage lors d'un travail non
déclaré. Comme cette personne était fonctionnaire, elle
avait perdu ses droits, et ne pouvait pas toucher le chômage. A sa sortie
de l'hôpital, il se retrouve seul dans un appartement vide. Sa femme l'a
quitté sans laisser d'adresse. N'acceptant l'aide de personne, il se
marginalise et quitte son appartement. Pendant plusieurs mois il dort dans un
bureau libre d'un centre commercial de Sarcelles. Il est recueilli par une
famille, elle aussi en grande difficulté. Ces personnes l'avaient
remarqué errant dans les couloirs du centre commercial. Il s'agissait
d'un couple de personnes en situation de handicap, avec trois enfants à
charge. Lui travaillait dans un atelier protégé et son
épouse était sans emploi. Ils croulaient sous les dettes, ayant
des factures impayées et des menaces d'expulsion. Se sentant redevable
envers ses personnes, il prit en main cette famille et entama des
démarches administratives, pour obtenir des aides afin de les sortir de
cette impasse. Il décida de créer une association pour les exclus
de la société.
En 1987, je fais la connaissance d'une collègue de ma
soeur venue passer quelques jours avec elle chez mes parents. Quelques semaines
après notre rencontre, nous décidons de vivre ensemble. En 1989
naît notre fils Julien, puis en 1991 notre fille Anaïs. Cette
même année, un poste de contremaître est à pourvoir
dans la compagnie de transport. Je pose ma candidature. Mon directeur accepte
ma demande. Je reste un an avant de remettre ma démission pour prendre
un poste de chauffeur au CAT.
Mon embauche à l'ESAT
En novembre 1992, je commence mon travail comme chauffeur au
CAT. Entre mon entretien d'embauche et ma première fiche de salaire, je
me suis aperçu que le directeur ne me reprenait pas toute mon
ancienneté antérieure. Sur mes dix années de travail dans
le médico-social, avec la même convention collective, il ne me
reprend que cinq ans d'ancienneté. D'un coefficient de maître
ouvrier je me retrouve agent technique.
Je ne peux qu'accepter cette situation, je ne veux pas risquer
de perdre mon emploi, et je ne peux plus retourner à l'ADIPH 95. Ce
serait pour moi un échec. De plus, mes jumelles Manon et Fanny, sont
tout juste nées et j'ai désormais quatre enfants.
Pendant un an mon travail de chauffeur a consisté dans
le ramassage des déchets de tonte des espaces verts du CAT et de
l'atelier protégé. J'effectue aussi les quelques livraisons des
ateliers intra-muros. Je n'apprécie pas ce travail. Je ne le trouve pas
gratifiant. Je deviens l'homme de service pour qui le travail n'est que de
ramasser les déchets. Je n'ai pas réellement de relations avec
mes collègues ni les travailleurs handicapés que je côtoie
seulement lors du ramassage des déchets sur les chantiers ou du
chargement de mon camion pour effectuer une livraison pour les ateliers.
Mes débuts dans cet établissement sont
difficiles. J'avais été pendant des années habitué
à côtoyer beaucoup de monde. Des personnes avec lesquelles je
pouvais discuter. De plus, dans cette nouvelle fonction, je me retrouve seul
dans mon camion toute la journée.
Ma motivation première était de travailler dans
un CAT comme éducateur, car j'appréciais le milieu du travail
protégé, la mission de l'éducateur, le travail qu'il
faisait avec les travailleurs handicapés. Une idée que je
m'étais faite lorsque je travaillais dans le transport de personnes
handicapées, quand nous discutions le temps du trajet, du travail qu'ils
faisaient, du moniteur qui les encadrait, pour qui les travailleurs avaient une
grande admiration et une grande estime. Il faisait partie intégrante de
leur quotidien.
En 1993, un poste de moniteur d'ateliers en espaces verts
était à pourvoir, car un de mes collègues prenait un poste
de responsable en atelier protégé. Je pose frileusement ma
candidature par une lettre de motivation au directeur pour obtenir se poste. Je
dis frileusement, car un an avant moi, un agent technique avait obtenu un poste
de moniteur d'atelier en conditionnement. Cette promotion fut très mal
acceptée par des personnes de l'équipe éducative de
l'époque qui n'admettaient pas qu'un agent d'entretien puisse
accéder à un poste de moniteur d'atelier. Pour elles, une
personne des services généraux n'avait pas les compétences
pour encadrer des personnes en situation de handicap. Poser ma candidature me
faisait donc un peu peur. Ma candidature fut acceptée par la direction
et les psychologues de l'époque. La prise de ma nouvelle fonction se
déroula sans problèmes. Et, sans aucune réaction
négative de mes collègues.
Chapitre 2
Les Etablissements de services et d'aide par le travail
(ESAT)
Dans ce chapitre, je vais présenter les ESAT qui se
nommaient avant la loi 2005 CAT (Centres d'Aide par le Travail). Les ESAT ont
été reconnus établissements médico-sociaux. En
raison de leur double vocation de mise au travail et de soutien
médico-social ces établissements disposent de personnels
d'encadrement, des moniteurs d'atelier, pour les activités de production
et de travailleurs sociaux assurant les soutiens éducatifs.
Ces établissements de travail protégé ont
vu le jour au lendemain de la seconde guerre mondiale. C'est dans ces
années là qu'ont commencé à apparaître des
structures innovantes, permettant aux personnes handicapées d'exercer un
travail. L'émergence de la notion de travail protégé se
situe durant la période que l'on nommera « les Trente Glorieuses
». À l'issue de la seconde guerre mondiale, l'Europe est en
reconstruction. L'offre de travail est conséquente, de sorte que
l'insertion professionnelle des personnes souffrant de handicap, quel que soit
l'origine de celui-ci, se fait « naturellement ». C'est
donc surtout après la seconde guerre mondiale que le travail
protégé va s'imposer, se développer et se
généraliser comme l'un des outils de politique sociale en faveur
des personnes handicapées.
Les évolutions législatives dans le
champ du handicap
En 1949, la loi dite Cordonnier du 5 août est
promulguée, considérant les personnes handicapées comme
des incapables auxquels il convenait de donner des moyens de subsistance.
Le 11 février 1950, la demande de main d'oeuvre reste
importante générant une obligation salariale. Les
évolutions technologiques, l'accentuation des rythmes de travail, durant
ces décennies, font naître les premières structures en
direction des personnes handicapées. Les prémices sont apparues
dans le cadre de la loi de finance de 1953, et ont été
officialisés, par le décret du 02 septembre 1954, portant
création des « Centres d'Assistance par le Travail » et des
« Centres de Rééducation Professionnelles ».
C'est la loi du 23 novembre 1957 qui pose le principe
légal du travail protégé. Elle distingue « les
ateliers protégés », auxquels sont assimilés les
centres de distribution du travail à domicile et les centres d'aide par
le travail. Ceux-ci devaient permettre la déshospitalisation de
100 000 malades âgés de 18 à 60 ans
dénommés « infirmes, incurables, malades
chroniques ». Ils végétaient dans des conditions
asilaires et coûtaient très chers à la
société.
C'est la naissance du Travail Protégé12(*), le reclassement des
travailleurs handicapés. La loi institue d'une part la
dénomination des « Centres d'Aide par le Travail »13(*); et d'autre part, la
reconnaissance de « Travailleur Handicapé »,
établie par la Commission Départementale d'Orientation des
Infirmes14(*).
L'introduction du terme « travailleur handicapé » renvoie
alors à un statut social.
En 1960, nés avec le mouvement parental les premiers
CAT se créent dans les régions de Lyon et de Carcassonne.
En 1963, la loi du 31 juillet relative aux mineurs infirmes,
continue à s'inscrire dans le champ de l'assistance, cherchant d'abord
un cadre qui permet aux populations concernées d'accéder aux
activités sociales, prioritairement scolaires et professionnelles.
Ces lois marquent une rupture fondamentale vis-à-vis de
la loi Cordonnier.
Bien que l'intégration des personnes handicapées
devienne une préoccupation essentielle pour le législateur, elle
n'était comprise qu'à travers l'acquisition de compétences
nécessaires à l'activité professionnelle, dans un contexte
économique en pleine expansion.
En 1971, à l'initiative du général De
gaulle père d'une fille handicapée mentale, la loi Dienesch
reconnaît le handicap : le handicap mental en France. Cette
même année, est adoptée la déclaration des droits
du déficient mental.
La loi du 13 juillet 1971 avait amorcé la loi du 30
juin 1975, dite loi d'orientation en faveur des personnes handicapées.
Après avoir rappelé les principaux objectifs des
précédentes lois, elle affirme : « la
prévention et le dépistage des handicaps, les soins,
l'éducation, la formation et l'orientation professionnelle, l'emploi, la
garantie d'un minimum de ressources, l'intégration sociale et
l'accès aux sports et aux loisirs du mineur et de l'adulte
handicapé physique, sensoriel ou mental constituent une obligation
nationale ». Elle précise également que :
« l'emploi et le reclassement des personnes handicapées
constituent un élément de la politique de l'emploi, ce qui
représente politiquement une véritable révolution par
rapport à la législation antérieure ».15(*)
Le travailleur handicapé est alors reconnu et tout sera
fait pour son placement dans un établissement de travail
protégé.
En 1975, autre évolution législative, la loi du
30 juin 1975. Elle crée le statut de la personne handicapée et
définit un cadre légal aux associations. Elle définit les
établissements et fixe leur mode de financement. Elle donne une pleine
et entière reconnaissance aux établissements
médico-sociaux, au sein desquels figure le secteur du travail
protégé. Elle précise trois types de structures :
« les Centres d'Aide par le Travail, les Ateliers
Protégés, et les Centres de Distribution de Travail à
Domicile ».
Initiée par le rapport de François
Bloch-Lainé en 1966, la loi n°75-534 du 30 juin 1975,
« loi d'orientation en faveur des personnes
handicapées », institue parallèlement les COTOREP en
remplacement des commissions départementales des infirmes de l'article
18.
La COTOREP, Commission technique d'orientation et de
reclassement professionnel. Elle fut Créée en
1975. Elle gérait les
problèmes liés au
handicap et notamment
à la réinsertion professionnelle des personnes handicapés.
Elle était présente dans chaque
département
et dépendait du
ministère
de l'Emploi, de la Cohésion sociale et du Logement.
Avec la
Loi
n° 2005-102 du 11 février 2005 pour l'égalité des
droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes
handicapées, la COTOREP disparaît.
A partir de janvier 2006, la
Maison
départementale des personnes handicapées intègre la
Commission des Droits et de l'Autonomie des Personnes Handicapées (
CDAPH).
C'est dans cette nouvelle instance que se prennent les décisions de
compensation humaine / techniques de prestations le plus souvent
financières, comme l'
Allocation
aux Adultes Handicapés.
L'évolution juridique des structures de travail
protégé et l'insertion professionnelle
La loi du 30 juin 1975, impose aux collectivités, aux
entreprises publiques et privées, une obligation de réservation
d'emplois attribués aux personnes handicapées ayant la
reconnaissance en qualité de travailleur handicapé. Elle valorise
l'insertion professionnelle en milieu ordinaire chaque fois que cela est
possible. Elle confirme le statut des CAT et les définit comme un moyen
spécifique à une meilleure insertion en accordant un minimum de
revenu.
La circulaire de 1978, précise que les CAT doivent
permettre aux personnes accueillies de quitter ces lieux si elles ont acquis
les capacités suffisantes.
Le 27 mars 1987 une circulaire autorise les travailleurs
handicapés à exercer à l'extérieur de
l'établissement.
Cette même année la loi du 10 juillet 1987 en
faveur de l'emploi pose le principe de l'obligation de l'emploi de 6 % de
travailleurs handicapés dans l'entreprise. Elle met aussi l'accent sur
le lien entre le secteur protégé et le milieu ordinaire par
l'instauration de contrats de sous-traitance pour les entreprises ne pouvant
pas remplir leur obligation d'emploi.
La loi 2 janvier 2002 rénove l'action sociale et
médico-sociale. Ses articles 1 et 2 définissent les fondements de
l'action sociale, la promotion de l'autonomie de la personne, l'exercice de la
citoyenneté, la prévention de l'exclusion et la correction de ses
effets. Elle renforce les droits de l'usager qu'elle place au centre du
dispositif. Ce n'était pas le cas dans la loi de 1975.
Trois ans plus tard, « la loi du 11 Février
2005 » officialise la création dans chaque département,
d'une maison départementale des personnes handicapées où
une seule instance existe : « la commission des droits et de
l'autonomie des personnes handicapées ». Cette instance prend
les décisions relatives à l'ensemble des droits des personnes,
leur orientation, la désignation des établissements, la
reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé et
l'accompagnement des personnes handicapées de plus de soixante
ans.»
Les Centres d'Aide par le Travail deviennent des Etablissement
et Service d'Aide par le Travail. La vocation médico-sociale est
réaffirmée ainsi que leur rôle dans l'insertion des
personnes handicapées. Elle définit de nouvelles conditions
d'emploi en structure d'aide par le travail. Elle incite à
établir des relations entre le milieu protégé et le milieu
ordinaire par la mise à disposition de travailleurs handicapés en
entreprise.
Un dispositif « passerelle » est
finalisé par une convention conclue entre l'établissement ou le
service d'aide par le travail, l'employeur en milieu ordinaire et
éventuellement un service d'accompagnement à la vie sociale.
En cas de rupture du contrat de travail, ou, lorsque
l'employeur ne la recrute pas définitivement, la personne
handicapée bénéficiera d'un droit à
réintégration de « plein droit » dans son
ESAT d'origine.
On entend par « milieu ordinaire » le secteur des
entreprises de droit commun et des administrations. Les dispositions qui s'y
appliquent en matière d'emploi de personnes handicapées sont
régies par la loi du 11 février 2005.
Les structures relevant du milieu dit ordinaire, doivent
répondre à une obligation d'emploi de personnes
handicapées de 6 % de leur effectif.16(*) Si elles ne respectent pas cette obligation, elles
versent une compensation à des fonds spécifiques :
l'AGEFIPH17(*) pour les
entreprises, le FIPHFP18(*) pour les administrations.
En E.S.A.T. les personnes accueillies ont une reconnaissance
de travailleur handicapé par la Commission des Droits et de l'Autonomie
des Personnes Handicapées (ex. C.O.T.O.R.E.P.) après avoir
constaté que les capacités de travail ne leur permettent,
momentanément ou durablement, à temps plein ou à temps
partiel, ni de travailler en entreprise dit ordinaire ou dans une Entreprise
Adaptée (ex. Atelier Protégé), pour le compte d'un Centre
de Distribution de Travail à Domicile, ni d'exercer une activité
professionnelle indépendante.
La personne handicapée accueillie en ESAT, n'a pas le
statut de salarié soumis au code du travail, mais d'usager. Elle ne
bénéficie pas d'un contrat de travail, mais d'un contrat de
soutien et d'aide par le travail. Ce contrat est conclu pour une durée
d'un an. Il est reconduit chaque année par tacite reconduction.
Elles ne perçoivent pas un salaire mais
une rémunération garantie qui s'est substituée
à l'ancienne garantie de ressources. Cette rémunération
est versée aux travailleurs par l'ESAT dès l'admission en
période d'essai du travailleur handicapé sous réserve de
la conclusion du contrat de soutien et d'aide par le travail.
Pour les travailleurs handicapés admis en ESAT et qui
exercent à plein temps une activité à caractère
professionnel, le montant de cette rémunération garantie est
compris entre 55% et 110% du S.M.IC. 19(*). L'exercice d'une activité à temps
partiel, quelle qu'en soit la durée, entraîne une réduction
proportionnelle du montant de cette rémunération garantie. Afin
d'aider les ESAT à la financer, l'Etat verse une aide au poste pour
chaque personne handicapée accueillie.
Du handicap à la situation de
handicap
Les ESAT accueillent des personnes ayant une reconnaissance de
« travailleurs handicapés », qui sont deux termes
dont l'un est « travailleur » et l'autre
« handicapé »
En premier lieu « handicapé » qui
est l'adjectif du substantif handicap.
Si le sujet de mon mémoire n'est pas de faire une
thèse sur le handicap et les différents types, il est
nécessaire néanmoins de préciser le terme de handicap.
Le terme handicap a été emprunté à
la langue anglaise : Hand in (the) cap, qui veut dire la main dans le
chapeau. Ce terme a connu une histoire qui la conduit de la dénomination
d'un jeu de hasard hippique populaire à son utilisation pour
désigner un des phénomènes sociaux les plus importants de
la fin du vingtième siècle.
Le handicap est à l'origine d'un verbe :
handicaper, d'un adjectif handicapé, d'un participe présent ayant
valeur d'adjectif : handicapant. Son intrusion dans la langue
française a suivi bien des détours qu'il est important de
comprendre, si l'on veut éviter des dérives que son sens a
connues et lui restituer le sens initial qui est à l'origine de son
choix dans le domaine social.
En effet, le succès incontestable de ce mot a
détrôné les termes
« infirme », « invalide » ou
encore « inadapté », des termes
considérés comme négatifs et stigmatisants. Cela
s'explique par une volonté et un espoir de définir sur des bases
« d'intégration », ou tout au moins de
tolérance, un phénomène qui jusque-là entrainait
l'exclusion.20(*)
Pour ce qui est du handicap, selon la définition de
Philip Wood, il s'agit du « préjudice qui résulte
de sa déficience ou de son incapacité et qui limite ou interdit
l'accomplissement d'un rôle considéré comme normal compte
tenu de l'âge, du sexe et des facteurs socioculturels
».21(*)
La classification internationale du fonctionnement
récemment adopté par l'OMS, avance plus loin que ne l'avait fait
Philip WOOD dans la prise en compte et la classification des facteurs
environnementaux, mais surtout ne donne pas de définition pour cette
raison contextuelle. Elle laisse à chaque pays le soin d'élaborer
sa propre définition en accord avec sa culture, ses choix et offre une
série d'outils qui permettent une estimation des besoins en prenant
compte le mode et le cadre de vie de la personne dans l'évaluation de sa
situation, de ses besoins et des compensations qui peuvent lui être
attribués.
La loi du 11 février 2005 dit que :
« constitue un handicap, toute limitation
d' « activité » ou restriction de participation
à la vie en « société » subie dans son
« environnement » par une personne en raison d'une
« altération substantielle, durable ou
définitive » d'une ou plusieurs fonctions physiques,
sensorielles, mentales, cognitives ou physiques, d'un polyhandicap ou d'un
trouble de santé invalidant ».22(*)
Le handicap, est reconnu comme une situation, ce qui ne l'a
pas toujours été. Les situations de handicap apparaissent chaque
fois qu'une personne ayant des limitations fonctionnelles rencontre des
obstacles dans une situation nécessaire à sa participation
sociale. Elles peuvent survenir dans la vie courante et quotidienne, dans la
vie familiale, dans les loisirs, les sports, la pratique du tourisme, dans la
vie scolaire et de formation, ainsi que dans les activités
professionnelles ou dans toute autre activité sociale (extrait du
préambule de la charte « Ville et Handicap »
Nîmes, janvier 1989).23(*)
La Reconnaissance de la Qualité de Travailleur
Handicapé, « un statut social »
Pour être admises en ESAT, les personnes
handicapées que l'on nomme « usagers », doivent
avoir une Reconnaissance de Qualité de Travailleur Handicapé
(R.Q.T.H.)
Ces derniers ont alors un statut social propre
« travailleur handicapé » qui fait passer le mot
travailleur avant handicapé, mais en même temps qu'il le
définit comme tel (un travailleur), ce qui le distingue.
Les politiques actuelles accordent au travail une place
primordiale quant à la place et à la reconnaissance
accordées à chacun dans la société, laquelle se
définit comme la part « active » de la population
à l'inverse des « inactifs », ou devrait-on les
nommer « les passifs » par opposition à
« actifs ».
Dans quelle catégorie classe-t-on les personnes en
situation de handicap ayant la reconnaissance de « travailleur
handicapé » ? Si elles ne font pas partie du monde des
actifs qu'à la seule condition que leur orientation professionnelle soit
en milieu dit « ordinaire » de travail.
Pourtant, ces personnes revendiquent leur statut de
travailleur et à l'accès à un travail comme tout le monde,
qu'il soit dans le milieu protégé ou dans le milieu dit
« ordinaire » du travail. On peut dire qu'une personne est
insérée si elle a le sentiment de partager avec l'autre un
minimum de culture commune et d'y prendre une place reconnue dans sa vie
quotidienne, scolaire et professionnelle. L'insertion, doit être une
occasion de créer du lien social, de se construire une identité.
Etre comme tout le monde.
Personnes handicapées et travailleurs
handicapés : deux terminologies, l'une complétant
l'autre.
Les travailleurs handicapés constituent une
catégorie administrative au sein de cet ensemble de population :
Celle ayant la « reconnaissance de la qualité de travailleur
handicapé ». Une catégorie administrative que l'on
pourrait par ailleurs interroger quant au sens qu'elle en donne de ce terme
de « qualité » que l'on qualifie en tant
que nom qualifiant « les aptitudes » d'une personne.
« Ce qui fait la valeur de quelqu'un ».24(*)
Ce terme de qualité s'apparente là, plus
à la « condition sociale », civile et juridique, ou
comme « un titre » donnant certains droits et devoirs.
Cette reconnaissance marque aussi une frontière entre
ceux pouvant être « dispensé de l'obligation de
travailler » et ceux « ayant l'obligation »,
puisque bénéficiant de cette qualité de
« travailleur handicapé. »
Dans le texte précédent, il en ressort deux
termes : qualité et aptitudes. Deux termes qui m'interroge, et qui
me mènent à faire une recherche sur leur définition.
Définitions de ces deux termes :
qualité et aptitude.
Qualité, est un nom féminin, qui vient du latin
qualitas, de qualis, quel. C'est une manière d'être qu'elle soit
bonne ou mauvaise. Cela peut être une qualité de la vie, avec tout
ce qui contribue à créer des conditions d'une vie plus
harmonieuse. D'aptitude, ce qui fait le mérite de quelqu'un, ce qui fait
la valeur.25(*)
l'aptitude, en psychologie différentielle,
définit les compétences d'un individus quant à sa
capacité de mettre en oeuvre plus ou moins efficacement des
opérations mentales et à maîtriser plus ou moins bien des
classes de situations où l'on doit résoudre des
problèmes.26(*)
L'aptitude en sociologie, est une disposition qui fait qu'un
individu est considéré par apport aux tâches d'une
profession ou d'un emploi ; cette disposition qui présuppose un
substrat anatomique, physiologique, neurophysiologique et biologique conforme
à celui requis pour une tâche donnée, est en fait
orientée, développée, consolidée par
l'éducation et la formation dans le but de rendre l'individu propre
à une activité spécifique, professionnelle notamment. Dans
ce sens, l'aptitude est acquise.27(*)
L'aptitude fait référence comme nous l'avons vu
précédemment dans sa définition en psychologie
différentielle à des compétences. Et en sociologie
à une disposition qui fait qu'un individu est considéré
comme aux tâches d'une profession ou d'un emploi.
La Compétence, est un nom féminin, qui vient du
latin, competentia, juste rapport. Une capacité reconnue en telle ou
telle manière, et qui donne le droit d'en juger. Avoir les connaissances
approfondies dans une matière».28(*)
La notion de compétence fait davantage
référence aux « savoirs », aux
« savoir-faire », et aux
« savoir-être » exigés de l'exécutant
pour l'efficience du système homme-machine dans une tâche
concrète précise. 29(*) La compétence, est la caractéristique
positive d'un individu témoignant de sa capacité à
accomplir certaines tâches. La compétence est souvent
distinguée par la « performance. »
La performance, est un nom féminin qui a
été emprunté en 1839 de l'anglais
performance : « qui est l'accomplissement, la
réalisation, les résultats », la performance, est
dérivée de l'ancien français, performer : accomplir,
achever.
En faisant une recherche sur la signification de
« reconnaissance en qualité de travailleur
handicapé », des termes tels que compétence,
performance, savoir, savoir-faire, savoir-être en sont ressortis ainsi
que dans le terme « reconnaissance », où l'on
retrouve le mot « connaissance. » Ce qui me fait
émettre l'hypothèse : « si pour avoir la
reconnaissance de travailleur handicapé, il faut en avoir les
capacités, l'aptitude, les compétences, la performance, la
reconnaissance et les qualités. »-« Les personnes
handicapées pour être admises en ESAT, doivent posséder
tout ces critères pour avoir accès à un travail ne
serait-ce qu'en milieu protégé. »
Dans une société où tout est souvent
basée sur le statut social et les diplômes ce qui permet à
une personne d'être reconnue et faire parti des
« actifs » et d'une chaîne économique.
Mesures en faveur de l'intégration
professionnelle des travailleurs handicapés en milieu dit
« ordinaire. »
De nombreuses mesures en faveur de l'intégration
professionnelle des travailleurs handicapés, ont été
annoncées par différents ministres et par la secrétaire
d'Etat à la solidarité.
En ce qui concerne le passage du milieu protégé
en milieu ordinaire, il y a une grande insatisfaction, en ce qui concerne les
modalités des aides à l'emploi et l'accompagnement des soutiens
nécessaires.
Les aides à l'emploi
Les Emplois Protégés en Milieu Ordinaire ont
été remplacés par des aides à l'emploi, lorsqu'un
travailleur handicapé est embauché par entreprise.
Des textes d'application, aux financements les relient au
financement d'aménagements physiques et humains, dont la réforme
repose sur le fait qu'un travailleur handicapé dont l'aménagement
de poste est en parfaite adéquation avec son handicap, peut être
aussi performant qu'un travailleur valide.
Ce qui pose question : comment un travailleur
handicapé mental ou psychique peut devenir valide par un accompagnement
humain ou par un aménagement de poste ?
92 % de la population en ESAT sont des personnes
handicapées mentales ou psychique, si ce qui est annoncé, est
réel, cela ne remet-il pas en question l'existence des
établissements de travail protégé et sa mission
médico-sociale ?
Ce qui peut être réalisable pour certains types
de handicap ne peut-il pas l'être pour d'autres ?
La réalité économique des
E.S.A.T : Des ressources en diminution.
Toutes ces évolutions législatives ont lieu dans
un contexte économique difficile pour les ESAT. La diminution des
financements publics fait peser des charges de plus en plus lourdes sur les
comptes commerciaux des ESAT et met en péril leur mission
d'accompagnement médico-social. Faute de financement disponible, il leur
devient de plus en plus difficile de proposer des actions de soutien.
Le financement d'un ESAT
Il se compose d'un compte social,
alimenté par l'Etat et destiné à la
rémunération des travailleurs handicapés et aux
activités du soutien social. D'un compte commercial qui est
alimenté par les prestations de service des travailleurs
handicapés et à la commercialisation du produit de leur
travail.
Aujourd'hui, plusieurs phénomènes risquent de
faire diminuer les ressources financières des ESAT. Les comptes
commerciaux sont de plus en plus sollicités pour couvrir des
dépenses autrefois financées par le budget social, comme certains
postes obligatoires liés à la rémunération des
personnels d'encadrement.
Jusqu'en octobre 2003, le compte commercial des ateliers de
production, ne devait payer que les salaires directs des travailleurs
handicapés, les matières premières et les investissements
professionnels.
Or, le nouveau texte règlementaire prévoit, dans
sa version actuelle, que les ESAT participent également au cofinancement
du siège social de leur organisme gestionnaire, et ce en prenant sur
leur compte commercial au prorata du chiffre d'affaires total et non de la
seule valeur ajoutée.
En ESAT, un travail protégé
rigidifié
J'ai pu observer ainsi que de nombreux collègues de
différent ESAT, une plus grande rigidité du nouveau cadre des
ESAT. Un certain irréalisme pousse les ateliers de production à
être de plus en plus productifs et plus performants.
« De lieu d'insertion sociale et
professionnelle qu'il était au départ, le CAT devient peu
à peu un simple lieu de production. Le problème des
équilibres gestionnaires se trouve ponctuellement résolu. Mais la
faillite de la mission d'insertion voulue par le législateur est
complète. Dans un CAT, on choisissait auparavant les productions en
fonction des personnes accueillies ; on choisit aujourd'hui les personnes en
fonction des productions.»30(*)
J.M. Miramon31(*)
Cette rigidité, pousse certain ESAT dans un contexte
économique difficile à sélectionner lors d'une demande
d'admission, des travailleurs handicapés avec un potentiel performant.
Si les ESAT pour survivre et encore exister n'accueillent que
des personnes handicapées avec un bon potentiel et une bonne
performance, leur mission médico-sociale sera à terme remise en
cause. Ce ne sera pas sans risques, car cela engendrera la mise à
l'écart de personnes les plus en difficultés psychologiques et
les moins performantes, les plus fatigables, les personnes vieillissantes et
les personnes présentant une déficience intellectuelle profonde
...
Les conséquences de cette
rigidité
Comme je l'ai écrit précédemment, de plus
en plus d'ESAT, sélectionnent et choisissent lors d'une admission des
personnes avec un bon potentiel technique et une déficience
légère. Ils gardent le plus longtemps possible les travailleurs
handicapés les plus performants.
Ces établissements sont normalement destinés
à offrir aux personnes en situation de handicap une activité
à caractère professionnel, dans le milieu de travail
protégé, où elles bénéficient, en fonction
de leurs besoins, d'un suivi médico-social et éducatif. Ces
activités présentent souvent une faible valeur ajoutée,
mais permettent de n'exclure personne.
Chapitre 3
Association Le COLOMBIER : « l'usager
au centre du dispositif ».
Dans ce chapitre, je vais vous présenter dans un
premier temps l'association le COLOMBIER, par laquelle est rattaché
l'ESAT où j'exerce ma fonction de moniteur d'atelier. Puis l'ESAT de
Montmagny/Villiers-le-Bel.
(« Je veux faire une parenthèse avant de
continuer mon écriture, d'une situation qui me perturbe et me parasite
actuellement dans ma vie quotidienne, professionnelle et de recherche. Le jour
où je vais soutenir mon mémoire, l'association le
« COLOMBIER » sera probablement dissoute et reprise par
d'autres gestionnaires. Son nom disparaîtra et fera partie du
passé, de l'histoire, comme beaucoup d'associations
actuellement. »)
Présentation de l'association le
Colombier.
L'Association le Colombier s'est implantée, depuis
1961, dans la vallée de Montmorency, en créant une halte garderie
pour enfants handicapés qui a évolué en Institut
Médico Éducatif, puis progressivement a étoffé son
offre de service et son rayon d'action plus important.
Extrait du projet associatif, rédigé par
le Président de l'association, en avril 2007 :
«
Dès l'origine, les statuts de notre Association mettaient l'accent sur
la défense des intérêts généraux de toutes
les familles comportant des personnes handicapées mentales, pour
favoriser le plein épanouissement de celles-ci, sur l'esprit familial et
de solidarité nécessaire et sur l'ouverture de tout
établissement ou service destiné à satisfaire aux besoins
des personnes handicapées mentales dans toutes les circonstances de leur
vie. La société et la législation ont évolué
mais c'est dans ce même esprit que notre Association propose aujourd'hui
une large palette de possibilités adaptées et
différenciées d'accompagnement pour ces enfants et adultes plus
démunis. »
L'association Le Colombier offre actuellement 602 places
d'accueil et porte plusieurs projets d'extension, de reconstructions et de
créations.
Dans un esprit de mutualisation interne entre toutes les
structures, il existe une certaine fluidité favorisant la mise en oeuvre
de parcours de vie, individualisés et évolutifs pour les
personnes accueillies.
Implantation des différents
établissements sur le Val d'Oise
Depuis sa création, l'association s'est voulue
promoteur et porteuse de projets dynamiques. Ainsi, on dénombre
aujourd'hui 13 établissements gérés par l'Association Le
COLOMBIER :
Un S.E.S.S.A.D.32(*), accueille 42 enfants de 0
à 20 ans. Les interventions se situent géographiquement sur tout
le secteur ouest du Val d'Oise.
Un I.M.E.33(*), reçoit 36 enfants en semi-internat et 48 en
internat,
Deux ESAT, accueillent 121 personnes avec son
annexe ayant les mêmes cadres dirigeants.
L'autre a une capacité de 80 travailleurs
handicapés dirigés par d'autres cadres,
Une Entreprise Adaptée, offre un
emploi à 45 salariés handicapés,
Trois foyers d'hébergement, disposent
également d'appartements collectifs. Ils offrent des services
adaptés en direction de 84 personnes handicapées
présentant des handicaps différents,
Un S.A.V.S.34(*), accueille 42 personnes
handicapées,
Un foyer d'accueil médicalisé,
pour 30 résidants,
Un accueil de jour, avec 19 personnes
handicapées,
Deux foyers de vie situés dans le
Vexin, accueillent 36 résidants. Ils sont repris par
l'association depuis janvier 2007 à la demande du Conseil
Général.
À l'origine, implantée principalement dans la
vallée de Montmorency, l'association oeuvre maintenant sur une grande
partie du département, allant du Vexin à la limite de l'Oise.
Dans la continuité de cette démarche
d'expansion, l'association a, en cours, plusieurs projets :
La création d'une structure d'accueil de jour. Cette
structure se veut, à la demande du Conseil Général,
novatrice en termes d'évaluation des besoins sur le département
en matière de places en structures de travail protégé. En
effet, le projet de cet établissement est de pouvoir accueillir des
jeunes, sortant ou non de structures spécialisées, sur un temps
défini. Puis d'évaluer, durant leur prise en charge, leurs
aptitudes à intégrer, ou non un lieu de travail en milieu
protégé. L'accompagnement mis en place vise alors à
préparer leur parcours vers un établissement à
visée professionnelle ou occupationnelle.
Le projet de déménagement de l'ESAT de
Montmagny / Villiers le Bel.
Un projet de cuisine centrale, produisant les repas pour
l'ensemble des établissements de l'association en partenariat avec une
société spécialisée dans ce domaine, est en cours
d'élaboration. L'implantation de cette cuisine centrale se ferait
à Deuil le Barre futur site de l'ESAT et en lien avec le
déménagement de l'établissement.
L'ESAT Le Colombier de Montmagny / Villiers le
Bel
Une mission médico-sociale
réaffirmée
« L'usager au centre du
dispositif ».
L'établissement se situe au Sud Est du Val d'Oise,
à la limite de la Seine Saint-Denis. L'ESAT, est une structure de
travail adaptée, dans laquelle chaque personne handicapée mentale
exerce des activités à caractère professionnel,
adaptées à ses capacités et à ses aspirations.
L'Établissement accueille des personnes
handicapées, hommes et femmes, à partir de 18 ans.
Personnes accueillies
Cet établissement, accueille 121 personnes à ce
jour avec, en attente d'agrément pour 2009, d'une augmentation de 4
places.
Cette augmentation de capacité d'accueil s'inscrit dans
le projet de développement des détachements de
travailleurs handicapés en entreprise.
L'établissement offre aussi ses services auprès
de personnes souffrant de surdité avec un handicap mental
associé, en vue des demandes de divers établissements concernant
l'accueil et la prise en charge de ce public.
Les personnes que nous accueillons, sont orientées par
la Commission des Droits et de l'Autonomie des Personnes Handicapées.
Les critères d'orientation en milieu
protégé font référence à l'article R-243-3
du code de l'action sociale et des familles.
Il stipule que : « la commission des droits et de
l'autonomie des personnes handicapées prend une décision
d'orientation en établissement et service d'aide par le travail des
personnes handicapées, dont la capacité de travail est
inférieure ou égale au tiers de la capacité normale,
lorsque leurs besoins d'un ou plusieurs soutiens médicaux,
éducatifs, sociaux, psychologiques, expressément motivés
dans la décision, le justifie et qui ne peut être satisfait par
une orientation vers le marché du travail ».
La personne est accueillie sous la forme d'une prise en charge
d'aide sociale. Elle n'a pas le statut de salarié, mais celui
« d'usager ». Elle n'est pas soumise au Code du Travail et
ne bénéficie donc pas d'un contrat de travail.
Cependant, elle et/ou son représentant légal
doit signer avec l'ESAT un contrat de soutien et d'aide par le travail,
officialisant la prise en charge et permettant sa
rémunération.
L'admission d'une personne fait suite à une
période de stage plus ou moins longue selon la situation de la personne.
Admission de la personne accueillie
Avant l'admission, le directeur de l'établissement avec
un membre de l'équipe soutien extraprofessionnel, rencontrent cette
personne en présence ou non de sa famille (et/ou de son
représentant légal) selon la situation et sa volonté.
La signature du Contrat de Soutien et d'Aide par le Travail
marque la fin de l'entretien par l'engagement réciproque d'avancer
ensemble, dans un respect mutuel, vers la réalisation de ses projets.
Le projet de l'établissement fait état de son
engagement à faire bénéficier à la personne
accueillie, de toute action d'entretien et de développement des
connaissances, du maintien de ses acquis scolaires, de formation
professionnelle susceptibles de favoriser le développement de ses
compétences et de son parcours professionnel, au sein du milieu
protégé ou vers le milieu ordinaire de travail.35(*)
Pour ce faire, l'ESAT propose des activités
d'accès à l'autonomie et d'implication dans la vie sociale
correspondant aux aspirations personnelles et aux besoins des personnes
accueillies. Pour cela plusieurs équipes mettent en oeuvre diverses
formes d'accompagnement.
Les équipes qui mettent en oeuvre les diverses
formes d'accompagnement :
L'équipe éducative des ateliers de
production : accompagnement quotidien et adaptation de
l'activité professionnelle aux personnes accueillies dans les
ateliers.
L'équipe de soutien dit
extraprofessionnel : accompagnement spécifique
individuel ou en petit groupe lié aux aspects d'autonomie, de
psychomotricité, de socialisation et de soutien psychologique.
L'équipe administrative : gestion
des documents administratifs, retards, absences, congés,
rémunérations.
L'équipe de direction : garante
de la mise en oeuvre du projet de la personne et après avoir convenu, si
besoin, de modalités particulières de prise en charge avec la
C.D.A.P.H., décide de l'admission.
Parallèlement des instances participatives
permettent l'expression des travailleurs handicapés au sein de
l'établissement:
Conseil de la vie sociale : il donne son avis
sur toute question intéressant le fonctionnement de
l'établissement. Il est composé de représentants des
personnes accueillies, du personnel de l'établissement, des
représentants de l'association, de parents ou tuteurs des personnes
accueillies et du directeur de l'établissement qui n'a qu'une voix
consultative.
Je suis membre du conseil de la vie sociale depuis 2000. Avant
la loi 2002 il se nommait conseil d'établissement.
Durant 3 années de 2000 à 2003, j'ai
occupé le poste de président et représentant du personnel
de l'établissement. Puis de 2004 à ce jour, je suis
représentant du personnel.
Les membres du conseil sont élus tous les trois ans.
Réunions pour que chaque usager ait un
représentant par atelier.
L'établissement a mis en place des réunions pour
que chaque usager ait un représentant par atelier. Ces réunions
n'ont aucune valeur en terme juridique lié au code du travail. Elles
permettent aux usagers de l'établissement d'exprimer leurs souhaits, de
soulever certains points négatifs afin d'améliorer leur
quotidien.
Délégués des
ateliers : chaque atelier élit des
délégués « délégués du
personnel handicapé » qui présentent à la
direction trimestriellement, les améliorations souhaitées pour
les ateliers. Pour ce faire, des réunions mensuelles ont lieu avec le
soutien de l'éducatrice spécialisée.
Commission restauration : elle donne son
avis sur toutes les questions intéressant le fonctionnement de la
restauration du midi, l'amélioration des repas. Cette commission est
composée de délégués des ateliers (usagers), de
représentants du personnel (salariés de l'établissement),
du responsable du service traiteur de la cuisine et de la direction de
l'établissement.
Cette commission se réunit une fois par trimestre.
Projets des personnes accueillies
En matière de fonctionnement, des temps relatifs aux
projets des personnes, ainsi qu'à l'organisation interne sont
posés institutionnellement :
Rencontres avec les familles :
des rencontres avec les familles ont lieu à chaque fois que
nécessaire, à la demande de l'usager, de la famille ou de
l'établissement.
Bilan de synthèse :
temps de rencontre avec les autres structures partenaires
(foyers, S.A.V.S., tuteurs, lieux de soins) pour le suivi du projet personnel
de la personne accueillie. L'établissement fera appel à un
prestataire extérieur chaque fois qu'il ne sera pas en mesure, en
interne, de répondre au besoin de la personne accueillie.
Réunions institutionnelles pour les cadres
et salariés de l'établissement
Réunions des cadres de
l'établissement.
Synthèse d'atelier réunit
l'ensemble des moniteurs d'un même atelier, de l'équipe soutien
extraprofessionnel, et des cadres. Dans cette réunion, nous parlons des
projets de la personne accueillie, des difficultés rencontrées,
où chaque référent de la personne concernée donne
son point de vue.
Synthèse plénière :
réunion générale qui réunit l'équipe
pluridisciplinaire au complet. La direction parle de la vie associative, de
l'établissement. C'est une réunion d'information et
d'échange. Elle peut aussi servir pour traiter un thème choisi
où un intervenant extérieur peut être invité.
Réunion technique : c'est une
réunion technique qui réunit les moniteurs d'un même
atelier avec l'adjoint technique, qui traite tout ce qui touche la
production.
Réunion du service
soutien : union avec la chef de service et l'équipe de
soutien extraprofessionnelle.
Réunion d'analyse des pratiques :
réunit tous les moniteurs d'une même prestation, avec la
psychologue.
Population accueillie dans l'ESAT
La volonté de la direction de l'établissement, a
toujours été orientée vers un accueil diversifié
offrant une prise en charge adaptée à la pathologie
présentée, sans s'arrêter à l'unique critère
de capacité de travail. Elle prend aussi en compte le sens, la valeur et
l'identité que la personne accueillie pouvait ressentir de sa place en
ESAT
Cette volonté génère l'accueil d'un
public aux handicaps divers, allant de la déficience intellectuelle
moyenne et légère à des pathologies mentales, en passant
par celles porteuses de troubles psychiatriques importants, jusqu'à des
personnes ayant des handicaps sensoriels associés telles que :
surdité et déficience.
Ces dix dernières années nous avons vu
l'arrivée de plus en plus importante d'un public présentant une
déficience associée à des troubles du comportement ou
à des troubles psychosociaux, des personnes souffrant de maladie
mentale.
Lorsque j'ai commencé à exercer dans le secteur
médico-social, les Centres d'Aide par le Travail accueillaient des
personnes présentant un handicap mental tel que : déficience
intellectuelle moyenne à profonde, psychose déficitaire,
présentant un niveau d'aptitude leur permettant de réaliser des
tâches simples et répétitives. Ces personnes étaient
principalement issues d'I.M.P. et d'IMPro.
Les personnes que nous accueillons aujourd'hui, viennent
d'horizons et via des parcours différents. Par le biais de candidatures
spontanées, ou accompagnées par les Instituts Médico
Éducatifs ou Professionnels, par les Hôpitaux de Jours, par les
Centres d'Accueil Thérapeutique à Temps Partiel, par les Missions
Locales, par l'Agence Nationale Pour l'Emploi, par la Maison
Départementale du Handicap, et d'autres interlocuteurs oeuvrant dans le
domaine de l'insertion professionnelle (C.R.P., E.P.S.R., Cap Emploi,
etc....).
L'ESAT, n'a pas été en marge de ce processus et
a vu s'accroître des demandes de places pour un public souffrant de
troubles psychiques. Des personnes inadaptées sociales ou encore avec
des troubles du comportement avérés sont prises en charge.
Ces personnes, qui malgré un potentiel intellectuel et
cognitif leur permettant d'exercer un emploi, même adapté, en
entreprise, se retrouvent maintenant dans les établissements de travail
protégé, du fait de leur problématique psychosociale.
Parallèlement, les exigences du monde professionnel et
les difficultés économiques que nous rencontrons actuellement,
ont également eu des répercussions sur les activités,
à caractère professionnel. Les mises en oeuvre au sein des
ateliers de production demandent plus d'habileté manuelle et plus
d'aptitudes techniques.
De fait, cela influe également sur les capacités
recherchées auprès des travailleurs handicapés afin de
pouvoir « fournir » le travail qui leur est demandé.
Indirectement, cela génère une discrimination, laissant de
côté les personnes ayant une déficience plus importante.
Cette diversité d'accueil se manifeste à
travers une sorte de « mixage » des pathologies. Pour exemple, une
déficience moyenne associée à une pathologie psychique
avérée ou à des troubles importants de la
personnalité ou du comportement.
Cette évolution a pour répercussion une
nécessaire adaptation de la prise en charge des personnes accueillies
face à la complexité de leur handicap.
L'établissement propose 7 ateliers de
production :
A l'ESAT de Montmagny
Conditionnement : 40 travailleurs
handicapés.
Espaces verts : 4 équipes (3
équipes de 6 travailleurs handicapés et une de 3 travailleurs
handicapés ce qui permet d'accueillir des stagiaires).
Entretien et rénovation des
locaux : 4 travailleurs handicapés.
Restauration : 5 travailleurs
handicapés : réchauffage des repas livrés, mise en
place et service.
Entretien nettoyage des locaux : 2
travailleurs handicapés.
A l'ESAT annexe de Villiers-le-Bel
Reliure : 6 travailleurs
handicapés.
Façonnage : 43 travailleurs
handicapés
Aux quels s'ajoutent 3 travailleurs en prestation en
entreprises.
Une équipe soutien
L'établissement dispose d'un « service soutien
». Il est composé d'une éducatrice
spécialisée, d'une conseillère en économie sociale
et familiale, d'une psychomotricienne et de deux psychologues à temps
partiels.
Cette particularité est un plus pour l'accompagnement
de la personne accueillie au sein de l'établissement.
Dans de nombreux établissements, les soutiens
extraprofessionnels se font généralement à
l'extérieur et en dehors des heures de travail ceci pour ne pas entraver
le rythme de la production et de rentabilité de leurs ateliers.
L'équipe soutien oeuvre en
complémentarité avec les équipes de moniteurs d'atelier
dans la réalisation des projets personnels des travailleurs
handicapés accueillis.
Une dynamique de l'accompagnement des personnes
accueillies
L'établissement est dans une dynamique de
l'accompagnement des personnes accueillies vers une mobilité
professionnelle ce qui génère un turn-over d'une moyenne de 8
personnes par année.
La moyenne d'âge des personnes reste relativement jeune.
Nous sommes peu confrontés au problème du vieillissement,
d'autant que la mutualisation mise en oeuvre au sein de l'association, inscrit
précédemment sur les différentes structures que
l'association possède, favorise un accompagnement modulable pour une
cessation de l'activité professionnelle progressive.
Le choix stratégique de mixité de la population
accueillie a pour particularité d'accueillir, au sein des ateliers de
production, des pathologies et handicaps différents. Cela
génère, de fait, des aptitudes différentes à se
saisir des instances et services proposés au sein de
l'établissement, lié à la disparité des niveaux de
capacités et compétences en termes de facultés cognitives,
de compréhension de situation, d'aptitudes à l'autonomie.
En conséquence, les équipes éducatives et
pédagogiques sont en questionnement permanent quant à
l'adaptation des outils de communication et des outils de travail pour
favoriser une meilleure compréhension de chacun sur le plan de
l'autonomisation tant professionnelle que sociale.
Deuxième partie
Le moniteur d'atelier et le détachement
Chapitre 4
Le moniteur d'atelier en ESAT
Dans l'établissement j'exerce la fonction de moniteur
d'atelier. Un travailleur social peu ou pas reconnu comme tel que ce soit en
milieu dit « ordinaire » ou dans le social.
Et pourtant, le moniteur d'atelier dans l'ESAT a un rôle
important dans l'insertion professionnel et social des personnes
handicapées qui lui sont confiées au sein d'un atelier de
production.
Dans un ESAT, les travailleurs handicapés et les
moniteurs d'atelier sont les maillons forts d'une même chaîne
économique. Ce qui renforce une de mes conceptions :
« Sans eux un ESAT ne peut fonctionner, sans eux
un ESAT n'a plus lieu d'exister. »
Le moniteur d'atelier
Le rôle et la mission d'un moniteur d'atelier, sont
inscrits dans la convention 66,36(*) annexe 10, grille moniteur d'atelier.
Le moniteur d'atelier bien que travaillant dans le
médico-social, n'est pas souvent reconnu comme un travailleur social
à part entière par des travailleurs sociaux diplômés
d'état.
Bien que travaillant ensemble ces professionnels entrent
souvent en conflits.
A la fois enseignant technique et travailleur
« social », le moniteur d'atelier travaille au sein d'une
équipe pluri-professionnelle et d'un réseau
socio-économique.
Il prend en charge des personnes en situation de handicap ou
d'inadaptation accueillies dans différents types
d'établissements spécialisés.
La transmission d'un savoir professionnel
Le moniteur d'atelier, a pour objectifs principaux :
La transmission d'un savoir professionnel et technique. Il est
à ce titre responsable de l'encadrement des travailleurs
handicapés dans les activités d'atelier. Il doit veiller à
leur présence, à l'intégrité physique et aux
comportements des personnes handicapées placées dans son atelier.
Il signale à son directeur d'établissement tout incident
susceptible de mettre en cause ces personnes.
L'accompagnement et le soutien des personnes qui lui sont
confiées. Ce rôle d'intervenant social consiste à
favoriser, en adaptant le poste de travail aux capacités de chacun,
l'évolution de la personne handicapée vers une autonomie de plus
en plus large et le développement maximal de ses potentialités.
Il participe également à l'élaboration d'un projet
personnel pour chaque personne handicapée et à la
réalisation de ce projet par le biais d'actions de soutien
individualisées. Il gère techniquement une activité de
production. Il doit s'assurer de la parfaite qualité des produits qui
sortent de son atelier et associer les personnes handicapées à
cette gestion.
Cette profession requiert, outre des compétences
techniques, des qualités d'écoute, d'analyse, de
disponibilité. Mais aussi l'envie de transmettre les savoirs et les
savoir-faire d'une profession manuelle. Le moniteur d'atelier doit
également savoir travailler en équipe.
Les travailleurs handicapés comme les moniteurs
d'atelier font parti de la chaîne économique de ce type
d'établissements de travail protégé.
Le moniteur d'atelier, n'est pas qu'un savoir faire. Il doit
posséder le savoir être. Ce qui ne s'apprend pas dans un manuel ou
à l'université, mais principalement à travers la relation
à l'autre.
Ce savoir, il s'acquiert, il est composant de la
personnalité, de son propre référentiel de ce que la
personne va construire par son milieu familial, par le développement de
ses capacités et personnelles et ses compétences
professionnelles.
Ainsi je tente de mettre en acte dans ma fonction de moniteur
d'atelier cette affirmation de Jean Jaurès : « On
n'enseigne pas ce que l'on sait ou que l'on croit savoir : on enseigne et
on ne peut enseigner que ce que l'on est. »
Une personne peut avoir un savoir et un savoir faire, ce n'est
pas pour autant qu'il saura le
transmettre.
La fonction de moniteur d'atelier n'est pas connue du
milieu dit « ordinaire ».
Les moniteurs d'atelier exercent leurs activités dans
les secteurs : sanitaire, social ou médico-social ; dans des
établissements dits « de travail
protégé » (ESAT, Entreprises Adapté) ; dans
des établissements d'enseignement et d'éducation
spécialisés, en institut médico-éducatifs ou
médico-professionnels... ; dans des établissements d'accueil
et d'accompagnement social de personnes en situation de précarité
(centres d'hébergement et de réinsertion sociale...). Enfin dans
des ateliers en milieu carcéral.
Les seules formations qu'il peut obtenir durant sa
carrière professionnelle, et seulement s'il en fait la demande
auprès de la direction de l'établissement (qui doit en donner son
accord), sont le Certificat de Qualification aux Fonctions de Moniteur
d'Atelier (C.Q.F.M.A.) pour être moniteur 2e classe et celle
de moniteur 1e classe qui est un diplôme de pédagogie
et de gestion de travail délivré par l'A.F.P.A.
La formation d'éducateur technique
spécialisé, ne lui sera très rarement accordée en
ESAT, parce que sa mission, dans ce type d'établissement, est
l'accompagnement de personnes dans une chaîne de production.
Le moniteur qui arrive dans le monde du handicap,
découvre une terre inconnue avec laquelle il devra s'adapter en
s'appropriant petit à petit un langage social. Celui ci ne lui
appartient pas car, il est issu du milieu ordinaire. Il se conforme en
employant au début de sa prise de fonction des mots maladroits, bourrus,
choquant parfois certains psychologues et travailleurs sociaux.
Les relations entre les moniteurs d'atelier et les
travailleurs handicapés
La relation que peut avoir le moniteur d'atelier
vis-à-vis du travailleur handicapé dans un atelier de production,
de l'empathie que peut caractériser les relations que les moniteurs ont
avec les travailleurs, sont presque « amicales », sans
arrière pensée, seulement une manière pédagogique
d'expliquer le travail et de communiquer.
Les moniteurs d'atelier sur un poste de travail sont
physiquement proches des travailleurs handicapés avec lesquels ils
travaillent. Cette distance presque familière, lui est souvent
reprochée.
Mais quelle est la distance
appropriée ?37(*)
Si la distance personnelle s'illustre par un
éloignement séparant les interactants de 45 à 125
centimètres, la distance sociale oscille 120 et 360 centimètres.
HALL (1971, p, 153) note que « les personnes qui
travaillent ensemble pratique et généralement la distance sociale
proche » soit de 120 à 210 centimètres. Or les
moniteurs d'atelier ont des rapports qui s'apparentent plutôt à la
distance personnelle qu'à la distance sociale permettant les relations
professionnelles.
Souvent, il était mal vu par les psychologues qu'un
moniteur, mette la main sur l'épaule d'un travailleur pour lui
parler.
Comment peut-on se tenir à distance d'une personne
pour lui expliquer un geste ou une posture ?,
Comment peut-on sourire à une travailleuse sans que
cela devienne de la séduction ?,
Peut-on rejeter une personne (trisomique) qui vous
embrasse, sans qu'il y ait une arrière pensée de certains
travailleurs sociaux et ressentie par la personne comme un rejet ?
Dans un atelier le moniteur peut se tenir à distance du
poste de travail pour regarder le travailleur effectuer une tâche, mais
il peut avoir une posture entourant le travailleur de ses bras pour lui montrer
les gestes à reproduire.
Je me rappelle de certains repas de fin d'année,
où j'avais l'impression d'être une personne du troisième
âge que l'on voit souvent dans les fêtes de famille, assis sur leur
chaise regardant les petits et arrières petits enfants danser.
« Lors de
ces repas de fin d'année, nous étions obligés de rester
assis à notre table, sans pouvoir danser avec les travailleurs
handicapés (ce n'est pas l'envie qui me manquait) sous
prétexte que la danse pouvait engendrer un jeu de séduction par
le mouvement du corps auprès de la personne handicapée
mentale.
Un jour, lors d'un
repas de fin d'année, un moniteur espaces verts qui était nouveau
dans l'institution, avait été invité par une travailleuse
à danser, sans arrière pensée, il accepta.
De nombreux regards
se sont dirigés vers lui, de nombreuses critiques sur son comportement
fusaient à la table où se trouvaient les psychologues et les
membres de l'équipe soutien. Lorsque la danse fut terminée une
psychologue demanda à la chef de service soutien de l'époque,
d'interpeller le moniteur d'atelier pour lui faire un sermon sur la
« déontologie » et lui dire que ce qu'il venait de
faire, ne devait plus se reproduire, que cela ne se faisait pas qu'un membre du
personnel encadrant danse avec les travailleurs handicapés. (Je
tiens à préciser aussi, qu'il nous était même
interdit de danser entre collègues.)
Comment ne pas refuser une invitation à danser lors
d'une fête de fin d'année,
où il était préconisé par les psychologues de
l'époque de se tenir à une distance physique entre le moniteur
d'atelier et la personne handicapée, sous prétexte que cette
personne était « psychotique » et qu'elle pouvait
fantasmer et même parfois avoir un orgasme lors de cette danse. Comme si
le moniteur ou la monitrice d'atelier n'était pas capable d'analyser une
situation qui pouvait induire à un jeu de séduction de la part
d'un(e) travailleur (se) ».
Chapitre 5
Le détachement en entreprise
Dans ce chapitre, je présente ce qu'est un
détachement que l'on nomme par mise à disposition. Ce type de
pratique consiste à mettre à la disposition d'une entreprise, des
travailleurs issus d'un ESAT avec ou sans l'encadrement d'un moniteur
d'atelier.
Ce mémoire poursuit un double objectif :
réaliser un travail d'enquête et d'analyse sur une pratique, le
« détachement individuel », appelé par le
terme de mise à disposition.
En premier lieu, je cherche comprendre ce qu'est un
détachement, à connaître son historique. Une pratique ni
nouvelle ni récente. Certains CAT à l'époque et
jusqu'à aujourd'hui ne l'ont pas adoptée c'est le cas de notre
établissement. Une pratique, qui ne faisait pas partie de la politique
de notre direction, mais qui le devient aujourd'hui suite à un
questionnaire émanant des ministères auquel chaque directeur
d'ESAT doit répondre et rendre tous les 30 avril de chaque
année.
Historique des détachements
Le premier ministre Français et les ministères
concernés de l'époque, votent l'application d'un nouveau
décret le 14 mars 1986. Ce dernier apporte des changements dans la
manière de fonctionner des CAT. Il fixe les modalités selon
lesquelles les travailleurs admis dans les centres d'aide par le travail
peuvent être autorisés à exercer une activité
à l'extérieur de l'établissement.
Une activité à caractère professionnel,
exercé à l'extérieur est susceptible de favoriser
l'épanouissement personnel et l'intégration sociale de
travailleurs handicapés admis dans un CAT. Dans ce cas, ce centre peut,
avec l'accord des intéressés et dans les conditions
définies par le présent décret, organiser l'exercice de
cette activité à l'extérieur, soit en équipe avec
l'encadrement permanent du moniteur d'atelier de l'établissement, soit
la manière individuelle.
La circulaire du 27 mars 1987, cosignée par le
ministère des affaires sociales de l'emploi et du ministère de
l'agriculture, amène des précisions quant aux possibilités
de travail à l'extérieur du CAT pour les personnes
handicapées. Deux formules y sont proposées. Soient des
activités en équipe avec l'encadrement du moniteur d'atelier de
l'établissement. Soient des activités individuelles avec un suivi
éducatif par le personnel de l'établissement.
Un arrêté du 17 mars 1988 fixe les
modèles de contrats de fournitures, de sous-traitance et de prestations
de services devant être utilisés par les employeurs, les Ateliers
Protégés., les Centres de Distribution de Travail à
Domicile., les Centres d'Aide par le Travail dans le cadre de
l'exonération partielle de l'obligation d'emploi des travailleurs
handicapés, toujours d'actualité.
Juridiquement, les ESAT (ex : CAT) sont des
établissements médico-sociaux relevant non du code du travail
mais du code de l'action sociale et des familles. Ils relèvent du milieu
« protégé » par opposition au milieu
« ordinaire » de travail. Ils ont une double vocation, de
production et de soutien car selon le Conseil Economique et Social, il
s'agit : « de lieux d'éducation, de soins, d'adaptation
au travail qui ne doivent pas à ce titre être gérés
selon des critères de
rentabilité ».
Les ESAT ne dépendant pas du droit du travail. On peut
légitimement s'interroger sur le statut du travailleur handicapé
en ESAT et sur la question de ses droits.
C'est la loi du 11 février 2005 dite :
« loi pour l'égalité des droits et des chances des
personnes handicapées » qui a valorisé le travail
en ESAT en modifiant le mode de rémunération et en reconnaissant
au travailleur handicapé en ESAT de nouveaux droits.38(*)
Les travailleurs handicapés en ESAT qui ont
donné leur accord, peuvent être mis à la disposition d'un
tiers qui peut-être toute personne morale de droit privé ou public
ou personne physique, ce qui est inscrit dans les articles R.344-16 à
R-344-21 du code de l'action sociale des familles.
La loi 2005-102 du 11 février 2005 pour
l'égalité des droits et des chances, la participation et la
citoyenneté des personnes handicapées, se décline par le
décret N°2007-874 du 14 mai 2007 dans ses articles relatifs
à la mise à disposition (C.A.S.F.) : articles R344-16 à
R344-21.
L'Article L344-2-4 du C.A.S.F., dit
que : « les personnes handicapées admises dans un
ESAT peuvent, dans le respect des dispositions de l'article L125-3 du Code du
travail devenu L8241-1 et L8241-2, relatif au prêt illicite de main
d'oeuvre et selon des modalités fixées par voie
règlementaire, être mises à disposition d'une entreprise
afin d'exercer une activité à l'extérieur de
l'établissement ou du service auquel elles demeurent
rattachées ».
Il prévoit, dans le cadre de l'embauche d'un
travailleur handicapé d'ESAT sous contrat tels que C.D.D., C.I.E.,
C.A.E., la possibilité de poursuivre l'accompagnement de la personne par
l'ESAT, et éventuellement par le S.A.V.S. afin de faciliter son
insertion dans ce nouvel emploi.
La convention précise les modalités de l'aide
apportée par l'établissement, et éventuellement le
S.A.V.S., au travailleur et à son employeur pendant la durée du
contrat de travail dans la limite d'une durée maximale d'un an
renouvelable deux fois pour la même durée.
Il prévoit le retour. Si en cas de rupture de contrat
ou lorsque la personne n'est pas définitivement recrutée, le
travailleur handicapé sera réintégré de plein droit
dans l'ESAT d'origine ou, à défaut, dans un autre
établissement avec lequel un accord a été conclu à
cet effet. La convention d'accompagnement en entreprise devra prévoir
les modalités de cette réintégration.
Les différents articles du
CASF39(*), sont les suivants :
articles R344-16 : Lorsque l'exercice
d'une activité à caractère professionnel en milieu
ordinaire de travail est susceptible de favoriser l'épanouissement
personnel et professionnel et de développer la capacité d'emploi
de travailleurs handicapés admis dans un ESAT, cet établissement
peut, avec l'accord des intéressés mettre une ou plusieurs
personnes handicapées à disposition d'une entreprise, d'une
collectivité territoriale, d'un établissement public, d'une
association ou de toute autre personne morale de droit public ou de droit
privé aussi qu'auprès d'une personne physique quelles que soient
les modalités d'exercice de cette activité à
caractère professionnel en milieu ordinaire de travail, les travailleurs
handicapés concernés continuent à bénéficier
d'un accompagnement médico-social et professionnel assuré par
l'E.SA.T., auquel ils demeurent rattachés.
Articles R344-17 : un contrat
écrit est passé entre l'établissement ou le service d'aide
par le travail et la personne physique ou morale auprès de laquelle la
mise à disposition est réalisée. Le contrat précise
: Le nom du ou des travailleurs concernés, en cas d'équipe dont
la composition peut varier, le nombre de travailleurs, la nature de
l'activité ou des activités confiées aux travailleurs
handicapés, ainsi que le lieu et les horaires de travail, la base de la
facturation à l'utilisateur du travail fourni ou du service rendu et des
dépenses correspondant aux charges particulières d'exploitation
incombant à l'ESAT entraînées par la mise à
disposition, les conditions dans lesquelles l'ESAT assure au travailleur
handicapé l'aide et le soutien médico-social qui lui incombent,
les conditions dans lesquelles est exercée la surveillance
médicale du travailleur handicapé prévue par le code du
travail, les mesures prévues pour assurer l'adaptation du travailleur
handicapé à son nouveau milieu de travail.
Article R 344-18 : Lorsqu'il porte sur
la mise à disposition individuelle d'un ou plusieurs travailleurs
handicapés nommément désignés, le contrat a une
duré maximale de 2 ans. Il est communiqué à la maison
départementale des personnes handicapées dans les quinze jours
qui suivent sa signature. La prolongation au-delà de 2 ans de cette mise
à disposition du travailleur handicapé est subordonnée
à l'accord de la C.D.A.P.H. Cet accord doit être demandé
par le directeur de l'ESAT
Article R 344-19 : Les dispositions
concernant l'hygiène et la sécurité auxquelles est
assujettie la personne physique ou morale qui a passé contrat avec
l'ESAT sont applicables aux travailleurs handicapés qui sont mis
à sa disposition
Lorsque l'activité exercée par le travailleur
handicapé nécessite une surveillance médicale
renforcée ou particulière, les obligations sont à la
charge de l'utilisateur.
Article R 344-20 : Les dispositions des
articles R243-5 à R243-13 (Droits des travailleurs handicapés
admis en ESAT : rémunérations et droits sociaux) et des articles
R344-6 à R344-15 (Dispositions générales relatives au
fonctionnement des ESAT) demeurent applicables dans le cas où des
travailleurs handicapés exercent une activité dans les conditions
définies précédemment.
Article R 344- 21 : Les travailleurs
handicapés qui exercent leur activité dans les conditions
définies par les articles précédents sont compris dans les
effectifs des personnes accueillies par l'E.S.A.T
Le travailleur handicapé va donc être en position
d'exercer une activité dans un cadre dit
« ordinaire » de travail (par opposition au travail
protégé). Cette mesure vise à contribuer au
développement de la capacité d'emploi des personnes
handicapées et de favoriser leur épanouissement personnel et
professionnel.
Les ESAT représentent pour bon nombre de travailleurs
handicapés le seul lieu d'épanouissement professionnel. Au
1er janvier 2006, 107811 places étaient offerts dans 1406
ESAT et environ 2500 places ont été créées en
2007.
La vocation première de ces établissements, est
de permettre à des personnes reconnues handicapées,
orientées par la commission des Droits et de l'autonomie, d'exercer une
activité professionnelle tout en bénéficiant d'un soutien
médico-social ; contrairement aux entreprises adaptées,
devenues des entreprises à part entière avec la loi de
février 2005 dans lesquelles on reconnaît le statut de
salariés aux travailleurs handicapés.
Les ESAT n'ont pas pour vocation première de favoriser
le passage de « leurs usagers » en milieu ordinaire.
Toutefois, les politiques plus ou moins récentes,
s'articulent autour de deux axes principaux : système
d'aide personnalisée et accès au monde
du travail, démontre bien une volonté d'insertion des
personnes handicapées dans le milieu dit
« ordinaire » de travail et par extension dans la
société.
Cette volonté politique s'est traduite à travers
les diverses législations dont l'une des plus significative est
« la loi pour l'égalité des droits et des chances
des personnes handicapées du 11 février 2005 (J.O du
12) » qui a valorisé le travail en ESAT et reconnu un
statut de travailleur aux personnes handicapées en ESAT sans toutefois
leur reconnaître la qualité de salarié, notamment par la
reconnaissance de droits et avantages accordés aux salariés du
milieu dit « ordinaire ».
Aujourd'hui les ESAT se développent dans une
démarche d'entreprise afin de permettre aux travailleurs
handicapés de trouver leur place dans une chaîne
économique.
La pratique du détachement, devient un moyen
intermédiaire qui va permettre aux travailleurs handicapés issus
d'un ESAT et aux salariés d'une entreprise dit
« ordinaire » de travail, de se rencontrer, de se
connaître et de s'apprécier.
Chapitre 6
Analyse de mes pratiques
Je vous propose dans ce chapitre une analyse de mes pratiques
professionnelles. Je vous propose aussi un projet de détachement que
j'ai mis en place pour un travailleur handicapé de mon groupe. Dans
une MGEN40(*). Suite
à un questionnaire de « performance » en 2007
émanant de plusieurs ministères, la pratique du
détachement, devient une priorité pour les cadres de notre
établissement.
Comme je l'ai écrit précédemment, je suis
moniteur d'atelier dans une activité espaces verts. Dans cet atelier,
j'encadre une équipe de 6 personnes, des adultes ayant eu une
reconnaissance de travailleur handicapé mental.
Notre travail est l'entretien, des parcs et jardins communaux,
les abords de lotissements, des entreprises et quelques jardins de
particuliers.
La variété des tâches et les initiatives
qu'elles nécessitent, constituent un excellent terrain de formation
professionnelle pour les travailleurs.
Mon travail consiste à faire travailler et transmettre
mes connaissances à des personnes dans une activité de production
en adaptant « au mieux » le travail aux capacités de
chacun, dans le respect des délais et de la qualité du travail
fourni par les travailleurs.
Cela me permet d'évaluer les capacités
techniques de chacun, par l'adaptation à l'activité
professionnelle et à l'acquisition de nouvelles connaissances.
L'évaluation technique de chaque travailleur, est
assurée par une grille d'évaluation des compétences. Elle
permet de mettre en valeur les capacités acquises et de repérer
les difficultés de la personne.
L'atelier, est un lieu d'échange pour les
travailleurs
L'atelier, est un lieu d'échange pour les travailleurs.
Il peut y avoir des conflits.
Dans ces cas là, j'ai un rôle de
médiateur, de conciliateur.
Lors d'un conflit ou d'une crise, je dois savoir calmer,
éloigner du groupe la personne en crise. Dans ces moments là elle
peut avoir des comportements dangereux pour elle ou pour les autres. Je dois
rassurer le groupe et faire tomber la pression. Pour cela je dois user de
stratégies de communication. Je dois être rassurant, apaisant et
ferme à la fois.
Pour le travailleur en ESAT, le moniteur a une place
importante. Il est le référent, l'entité du groupe. Il est
le premier confident lors d'un mal être. Il est la personne à qui
le travailleur demande conseil, qui oriente la personne vers d'autres
partenaires sociaux lorsque le problème n'est pas de ses
compétences ou sortant du cadre de son atelier.
Dans l'établissement, je participe au projet individuel
de la personne dont je suis le référent technique. J'aide la
personne à élaborer son projet avec un membre de l'équipe
du soutien extraprofessionnel.
Ce projet, doit s'approcher le plus possible des aspirations
de la personne tout en étant réaliste. En effet, les aptitudes de
la personne devant être suffisantes pour accéder à la
réalisation de son projet.
Comme pour exemple, le projet de la personne peut être
l'apprentissage. L'utilisation d'une machine pour un travailleur en espaces
verts. Tailler une haie, avec un outil mécanique. Se perfectionner
à la conduite d'une autoportée (tondeuse de type tracteur).
L'autonomie dans les transports. Les acquis scolaires...
Les résultats de l'ensemble des points
précités formalisent une étude de cas. Ils sont
exposés lors d'une réunion de synthèse d'atelier à
laquelle participent les moniteurs de l'atelier concerné,
l'équipe extraprofessionnelle de soutien, les psychologues et
l'équipe de direction.
Ceci afin que l'ensemble l'équipe connaisse au mieux la
personne.
Pour favoriser la réalisation des projets, nous
sollicitons, avec l'accord de la personne, la participation de partenaires
extérieurs comme les tuteurs, les familles, les foyers
d'hébergement, les lieux de soins (hôpitaux, dispensaires).
Je participe aux évaluations et aux bilans des projets
des travailleurs de mon groupe et travaille en partenariat avec d'autres
travailleurs sociaux en intra-muros ou en extra-muros comme en tutelle, centre
médico-psychologique, hôpitaux psychiatriques, S.A.V.S.
Je participe aux réunions institutionnelles
nommées réunions de synthèses.
Dans l'établissement, j'assiste comme l'ensemble des
moniteurs, à trois types de réunions :
Ces réunions se font à partir de 16 h 45
après que les usagers soient partis de l'établissement.
Les réunions de
plénière, au rythme de 2 heures toutes les 4 semaines.
Les membres participants sont l'ensemble des moniteurs de
l'établissement, l'équipe soutien, l'équipe cadre de
direction et les psychologues.
Les objectifs de ces réunions, sont : la
transmission des informations et des orientations de l'association,
l'élaboration et le suivi des projets généraux de
l'établissement.
Les réunions des ateliers, au rythme
de 2 heures toutes les 4 semaines par atelier, dont les membres sont les
moniteurs d'un même atelier, équipe soutien, l'équipe
cadres de direction et psychologues.
Les objectifs de ces réunions, sont : le suivi des
projets individuels des travailleurs, une présentation d'une
étude de cas. L'étude de cas, est une autobiographie de la
personne accueillie, proposition d'admission d'un travailleur, ajustement des
prises en charge.
Un échange des capacités techniques,
relationnelles et sociales des travailleurs accueillis et la
méthodologie des encadrants, qui permettent de valoriser le travail
fourni par les personnes.
Réunion de l'analyse des pratiques, au
rythme de 1 heure, 1 fois tous les 15 jours pour les prestations externes
(espaces verts, entretien des locaux, et cuisine.). Les membres se composent,
de la psychologue et des moniteurs de prestation concernés.
Les objectifs de ces réunions s'articulent autour du
partage de ressentis vis-à-vis des travailleurs et des
expériences vécues dans leur prise en charge. Des
réflexions communes autour de situations du quotidien permettent aux
encadrants d'envisager ces situations d'un point de vue différent,
nourries par l'élaboration du groupe.
Analyser des pratiques pédagogiques et
éducatives afin de valider celles qui semblent le mieux adaptées
à la personne accueillie.
Cette réunion, permet d'élaborer
d'éventuelles difficultés de collaboration entre moniteurs
d'atelier ou différences de vue en termes de pratiques
éducatives.
Pour ma part, je m'occupe parallèlement de ma fonction
de moniteur d'atelier en espaces verts, d'un soutien extraprofessionnel.
Ce soutien, est la percussion (nommé soutien
djembé.). Ce soutien, n'est pas un loisir comme certains peuvent le
penser, ni un cours de musique.
Il a pour objectif de travailler la concentration, et la
mémorisation à travers la reproduction des rythmes, de favoriser
l'écoute de l'autre en suivant un tempo commun, de développer
l'observation et la synchronisation en adaptant les rythmes aux
chorégraphies de danses Africaines. Une activité que je fais en
collaboration avec ma collègue psychomotricienne qui s'occupe d'un
groupe de danses africaines.
Ces séances de soutien percussion et danse africaine,
se font tous les jeudis de 14 heures à 16 heures à
l'extérieure de l'ESAT dans une salle de la maison de quartier que la
municipalité de Villiers-le-Bel nous prête.
Le moniteur d'atelier peut être porteur de
projets
Depuis que je travaille à l'ESAT, j'ai à mon
actif plusieurs projets, établis et en cours.
Ces projets sont souvent basés sur la reconnaissance,
la valorisation, l'évolution sociale et professionnelle de la personne.
Comme l'adage que j'ai toujours en mémoire et qui me
fait souvent écho, c'est celui de l'école ORT, que j'ai
cité dans mon parcours autobiographique.
« Donne un poisson à un homme, il aura
à manger pour un jour,
Apprends-lui à pêcher, il pourra manger toute
sa vie. »
Donner à chacun, à notre niveau, les meilleures
chances d'intégration scolaire, sociale et professionnelle.
« Donner le droit à la différence
et non à l'indifférence. »
Ma collègue Magali, éducatrice
spécialisée, évoquait avec moi le fait que :
« Les personnes qui travaillent en
ESAT, ont de réelles capacités qu'elles peaufinent au fil du
temps. Le plus souvent, elles leur manquent la confiance en elles. C'est
à nous travailleurs sociaux, de leur faire prendre conscience de tout
cela, de valoriser ce qu'elles font déjà pour les encourager
à tenter de nouvelles expériences. »
Travailler dans le milieu
dit « ordinaire » est pour certaines personnes
reconnues travailleurs handicapés, travaillant dans un ESAT, une
reconnaissance sur son travail, une valorisation de l'image de soi, montrer que
malgré leur reconnaissance de travailleur handicapé, elles
peuvent travailler comme toute personne en entreprise. Elles ont des droits
comme tout le monde, une impression d'accéder à un statut, leur
propre perception d'eux-mêmes. Ce qui est de l'ordre de
l' « identitaire ».
L'évolution de l'identité de la personne se
trouve au coeur des missions de l'ESAT. Dans mon action quotidienne de
moniteur d'atelier, j'y contribue. Ainsi je cherche à comprendre les
significations de ce vocable.
Dans ce
terme « identitaire », il y a le
mot : « identité » emprunt du
bas latin identitas « qualité de ce qui est le même,
identité. »
Le mot identité, qui vient du mot latin Idem
(le même), désigne ce dans quoi je me reconnais et dans quoi les
autres me reconnaissent. L'identité est toujours attachée
à des signes par lesquels elle s'affiche. De sorte qu'elle est à
la fois affirmation d'une ressemblance entre les membres du groupe identitaire
et d'une différence avec les « autres ».41(*) Être un individu
à part entière
Individu, vient du latin individuus
« qu'on ne peut couper ; indivisible »
Comme l'entend son étymologie, l'individu est ce qui
n'est pas divisé ni divisible, sans perdre sa nature, son essence. Pour
les sciences de l'homme, l'être humain est considéré comme
distinct des autres, le sujet concret. La question qui traverse la sociologie
est évidemment celle de la relation individu/société.
On peut résumer la question des rapports entre
l'individu et la société de la façon suivante :
« comment l'homme est-il à la fois différent de
tous les autres hommes, semblable à certains hommes, et semblable
à tous les hommes ? ». La complexité du
problème tient à la façon dont se nouent les
déterminations biologiques et les déterminations culturelles dans
la singularité d'une existence ».42(*)
Illustrons cet éclairage à la
lumière des pratiques.
Depuis plusieurs jours un travailleur de mon groupe,
n'arrête pas de me demander un stage en entreprise. Son père lui
dit sans cesse « demande à ton éducateur de te
trouver un travail en entreprise car au CAT tu gagnes une
misère ». Voyant dans quel état de mal
être est cette personne et la pression que lui met son père, je
dis à ma collègue qui s'occupe des stages, de lui trouver un lieu
de stage pour que ce jeune homme puisse répondre à la demande de
son père.
Elle me répond : « je n'ai rien
actuellement, de plus. Il vient d'en faire un il y a un mois. Nous avons fait
son bilan la semaine dernière à la mairie de Villiers-le-Bel. Ce
qui avait été pointé était son manque de prise
d'initiative et sa rapidité d'exécution ».
Il est vrai qu'il lui avait été pointé ce
jour là son manque d'initiative, durant sa période de stage. Ce
fait m'interpelle, car, sur les chantiers ce n'est pas le cas, il prend des
initiatives et son travail il le connaît bien. De plus, il veut partir de
l'ESAT pour travailler en milieu ordinaire.
« Mais le hasard faisait bien les
choses »
En décembre 2006, en effectuant l'entretien des espaces
verts à La MGEN avec mon équipe, je croise dans le parc le
directeur de la maison de retraite, qui sortait de son logement de fonction. Il
se dirigeait vers son bureau. Je vais à sa rencontre pour lui dire
bonjour. Chemin faisant, lors de notre conversation nous parlons des
travailleurs handicapés, de leur compétences, de l'envie pour
certains de trouver un travail en milieu ordinaire et des
difficultés que nous avons de trouver un lieu.
« J'avais appris que ce monsieur
avant d'être directeur de la MGEN, a été longtemps
professeur et directeur dans un collège avec des jeunes en
difficultés. Il était aussi père d'une fille lourdement
handicapée, placée dans un centre dans le sud de
Paris. »
Je profitais de cette information que j'avais eue et le moment
opportun pour lui émettre mon projet de placer une personne en
détachement au sein de la MGEN.
« Ce qui serait bien, c'est que nous
puissions placer une personne en autonomie à la MGEN,
pour effectuer l'entretien des espaces verts, ce qui permettrait de garder la
résidence toujours propre, le temps que nous intervenions en
équipe tout les quinze jour.
De plus, cela permettrait à cette personne qui en
a les compétences professionnelles, de travailler en
autonomie «à ce moment là, je pensais à une personne
de mon groupe ». L'endroit si prête bien, il est
sécurisé et sécurisant pour la personne. De par sa
diversité en travail espaces verts, le site est un excellent terrain de
formation. De plus, la personne à laquelle je pense, connaît bien
le site et certains salariés de la MGEN, car elle y travaille depuis
plusieurs années, ce qui ne posera pas de problème de
repères.
Le directeur me dit : « ce serait
une bonne idée, je vais y réfléchir, sachez que je trouve
cette idée intéressante. Ce qui serait bien, c'est que vous
puissiez me faire un projet pour que je puisse en parler au président de
la MGEN, lui aussi s'occupe d'une association de personnes handicapées
dans le sud ouest ».
J'en parle au directeur de l'ESAT en rentrant. Il me
dit : « fais comme tu le sens».
Mes collègues moniteurs d'atelier espaces verts de
l'époque, me disent gentiment : « c'est pour un gars
de ton équipe ? Ce projet, c'est ton idée ».
En 2006, je mets en place pour une personne de mon
équipe ce projet de
« détachement » à la
M.G.E.N. située à Fontenay en Parisis dans le Val d'Oise.
L'objectif de ce détachement, est de placer une personne qui en a les
compétences techniques et les
aptitudes.
Ces différents stages en milieu dit
« ordinaire » l'ont prouvé. Ce qui lui manque,
c'est la prise d'initiative et son rythme de travail, que les différents
responsables d'entreprises avaient pointés.
De plus, ce travailleur présente de plus en plus une
lassitude dans son travail. Il est en perte de motivation. Il a besoin de
valorisation. Ce qui est légitime, cette personne est
à l'ESAT depuis plus de dix ans.
Ce travail en autonomie, va permettre au travailleur de mettre
en valeur ses compétences. En travaillant seul, sans l'encadrement d'un
moniteur, il va développer sa prise d'initiative, découvrir que
son savoir et son savoir faire peut être transportable à
l'extérieur de l'ESAT. Il va aussi prendre conscience qu'il peut
adapter, et mettre en application ce qu'il a appris durant toutes ses
années d'apprentissage.
Dans cette situation d'autonomie, il sera confronté
à certaines difficultés, qu'il devra gérer parfois seul et
trouver une solution adaptée.
Se trouvant dans une maison de retraite, il aura d'autres
relations, avec des personnes âgées, le personnel de
l'établissement avec qui il devra discuter et communiquer avec d'autres
personnes que ceux de l'ESAT.
Une des difficultés qu'ont certaines personnes
handicapées mentales, la relation avec l'autre. Cet « autre
», le plus souvent se situe soit « rejetant »,
soit « protecteur ».
Cette relation avec l'autre, les personnes extérieures
de son milieu sociale et professionnel lui permet de créer du
lien social, de construire un savoir être.
La personne à laquelle je pense, pour moi, est
prête. J'ai son accord. N'étant pas sous le service d'une tutelle,
son accord suffit.
Je n'attends plus que l'aval du directeur de la MGEN.
Deux semaines après notre conversation, le directeur me
contacte. Il me demande de le rencontrer pour en discuter et voir comment il
est possible de mettre en place ce détachement car son président
est très intéressé par ce projet.
Je suis content pour le travailleur. Je l'en informe. Il est
heureux. Il veut appeler ses parents pour les informer. Je lui dis de se
calmer, et ne pas trop se hâter, ce n'est encore qu'un projet. Il y a
encore beaucoup de travail : « un détachement, ne
s'improvise pas, tout doit être bien
réfléchi ».
J'appelle mon directeur, qui me dit : «
c'est super ».
Maintenant, c'est moi qui panique ! Je ne sais pas par
où commencer. Je me sens seul, je vais passer encore un week-end
génial.
Je me mets à l'écriture, il faut que ce projet
accroche pour qu`il puisse aboutir.
Et le projet prend forme, je le nomme :
« Le détachement d'un travailleur
handicapé, en vue d'une insertion dans une
entreprise. »
Ce projet a pour objectifs : de
permettre à un travailleur de l'atelier espaces verts de l'ESAT de
Montmagny, qui a acquis une polyvalence et des compétences dans son
activité professionnelle, de travailler en autonomie.
Ce travail, se fera sur un site qui lui est
familier. C'est pour cela que je choisis la MGEN. Un site que la personne
connait bien.
Ce projet d'autonomie, a pour objectifs,
d'apporter à la personne qui sera mis à la disposition de cet
établissement, une valorisation dans son travail, une mise en valeur de
ses compétences, davantage de responsabilités, de concentration
dans son travail.
Pour les encadrants référents du
travailleur, ce détachement, apportera une
complémentarité, ainsi qu'une meilleure vision des
compétences du travailleur. Mais aussi une meilleure évaluation
sur un travail en autonomie, en vue d'une réorientation en entreprise
adaptée ou en milieu ordinaire de travail, en rapport avec le projet
individuel et professionnel de la personne mise à la disposition de
l'établissement.
Un partenariat est
nécessaire. Il doit respecter les règles du détachement et
permettre à l'entreprise qu'accueille d'exercer son rôle de
soutien.
Pour cela, il faut qu'un partenariat soit fait
entre la MGEN qui va accueillir le travailleur de l'ESAT, sans pour cela que la
MGEN en soit responsable.
L'ESAT sera le seul garant de tout incident et
accident qui pourrait intervenir, ainsi que tout dommage que le travailleur
pourrait occasionner durant son travail.
Un contrat, ou une convention de mise à
disposition du travailleur sera établi avec la mention « lu et
approuvé » et signé par les responsables des deux
structures ainsi que le travailleur.
Des moyens humain et matériel sont mis en
place.
La MGEN,
L'entreprise accueillante, doit mettre
à la disposition du travailleur en situation de détachement, un
local pour qu'il puisse se changer et ranger ses vêtements et effets
personnels. Si nécessaire l'ESAT fournira un vestiaire.
Permettre au travailleur de prendre ses repas au
restaurant de l'entreprise, ou dans un local adapté avec les
salariés ou agents.
La MGEN, doit donner la possibilité au travailleur
d'avoir un endroit dans lequel stocker son matériel de travail, manuel,
mécanique, ainsi que le carburant.
L'ESAT,
Doit mettre à la disposition du
travailleur, un téléphone portable, ou une carte
téléphonique, pour lui permettre d'appeler son moniteur d'atelier
ou l'ESAT en cas de problème.
L'ESAT, doit financer ses repas.
Fournir au travailleur le matériel adapté
pour l'entretien des espaces verts, une quantité de carburant suffisante
et adaptée aux différentes machines qui seront mis à sa
disposition (mélange, sans plomb et gasoil).
Mettre en place une fiche d'évaluation de ses
compétences.
Un moyen de contrôle de présence et du
respect des horaires de travail. Pour permettre au travailleur handicapé
de respecter le fonctionnement en entreprise et de se l'approprier.
L'usager,
Son travail, sera l'entretien des espaces
verts. Ce travail doit se faire à proximité des bâtiments
et non dans un secteur isolé (pour exemple, fond du parc).
Ce travail en proximité des bâtiments, est
plus rassurant, sécurisant pour la personne. Le travailleur travaille
depuis plusieurs années en équipe avec l'encadrement de son
moniteur. Le travailleur handicapé, même sur un site familier,
peut en se trouvant seul, être pris d'angoisses, perdre ses
repères, lors d'une situation qu'il ne peut pas gérer
seul.
Travailler à proximité des bâtiments,
permet au travailleur, d'être vu par les personnes de la MGEN à
travers les fenêtres et baies vitrées. Cette position permet
d'intervenir ou alerter les secours lors d'une chute, ou d'un malaise du
travailleur.
Ce projet fut accepté par le directeur de la MGEN,
le directeur de l'ESAT, et le travailleur.
Cette acceptation se formalise par un courrier du directeur de
l'ESAT.
Montmagny, le 6 mars 2007
Monsieur le directeur,
Dans le cadre de notre contrat d'entretien des espaces
verts de votre établissement, les responsables techniques de l'ESAT ont
déjà échangé avec vous sur l'opportunité de
mettre en détachement un travailleur handicapé de notre
établissement.
Afin d'évoquer cette perspective avec vous, je me
rendrai disponible pour un rendez-vous à votre convenance.
Dans cette attente,
Veillez agréer, monsieur le directeur, l'expression
de nos sentiments distingués.
.
Suite à ce courrier, le directeur de la MGEN
répond par un courrier, nous demandant un report pour ce rendez-vous,
car le délégué de la MGEN nationale veut personnellement
venir signer cette convention de détachement.
Dans ce courrier, le directeur de la MGEN, nous demande par la
même occasion, d'inviter le président de notre association, pour
que cette signature devienne un partenariat officiel.
Le jour de la signature de cette convention, je me rends avec
ma voiture personnelle à la MGEN car ce jour là je suis en
congé. Le directeur de l'ESAT, m'attend sur le parking avec le
travailleur, il discute avec le président de l'association du COLOMBIER.
Nous nous dirigeons vers l'accueil de la MGEN, de nombreuses
personnes sont présentes. Je suis loin d'imaginer que ces personnes
sont là pour assister à la signature de la convention de
détachement.
Nous sommes dirigés vers la salle du conseil où
le délégué de la MGEN nationale nous attend,
entouré de ses nombreux collaborateurs, des officiels de la mairie, et
de tout les cadres de la MGEN de Fontenay en Parisis.
Des personnes, dès notre entrée, nous mitrailles
de photos. Dans la salle, le délégué de la MGEN national
s'approche de nous pour nous accueillir. Lors de la présentation, des
photographes nous demandent de prendre la pose.
Le délégué de la MGEN nationale prend la
parole. Il nous raconte son parcours autobiographique, son militantisme
auprès de la MGEN depuis la création, sa vocation pour
l'intégration de la personne handicapée.
Le président de l'association le COLOMBIER prend la
parole à son tour. Ils échangent tous deux des idées, des
projets, à chaque parole, des personnes dans la salle applaudissent.
Après une heure d'échange entre les 2
représentants, je suis invité à prendre la parole. Je
remercie les deux représentants et l'ensemble des personnes qui se
trouvent dans la salle. Je remercie le travailleur handicapé pour
m'avoir suivi dans ce projet car sans son accord, il n'aurait pas abouti.
Après ces remerciements, je parle du projet. Le
délégué de la MGEN m'écoute puis, à la fin
de mon discours, me dit : « cette idée de
partenariat est très bien, ainsi que votre projet de détachement,
qui peut comme vous l'avez dit être une
« passerelle » pour l'insertion de personne
handicapée en milieu ordinaire de travail ».
Le délégué des MGEN dit :
« nous allons officialiser ce partenariat, et signer la
convention de détachement. »
Les deux représentants, ont signé chacun
à leur tour la convention avec le travailleur, puis nous nous sommes
dirigés vers un grand buffet qui nous attendait.
Ce détachement, dure toujours. Les personnes
handicapées ont changé. Une des premières raisons, c'est
que la première personne a arrêté cette prestation à
cause d'un accident de travail survenu à la MGEN suite à une
chute. Cette personne est restée longtemps après une intervention
chirurgicale, un an inapte au travail. Depuis elle a été
remplacée par deux autres travailleurs handicapés.
Pour la personne qui a été remplacée, un
autre projet est en cours.
Après 30 années de militantisme à la MGEN
et 10 ans au sein du Bureau, le délégué de la MGEN, a
officiellement quitté sa fonction de délégué
national à l'Action sociale. Il se consacre entièrement à
la Présidence de la Fédération des APAJH. Il garde
cependant un siège au conseil d'administration de la MGEN.
Cette pratique de détachement, est la première
à l'ESAT du Colombier.
Elle n'avait aucun but commercial. Elle s'est faite dans une
volonté de mettre en acte l'insertion, de permettre à une
personne issue d'un ESAT de découvrir le travail classique en milieu
ordinaire. Lui offrir la possibilité de mettre en valeur ses
compétences, de connaître ses capacités, d'effectuer un
travail en autonomie.
Par cette notion d'autonomie, et sa source étymologique
grecque autos : soi-même, et nomoï :
lois, le travailleur handicapé devra effectuer son travail seul. Il est
accompagné pour le gérer, le planifier sans aide ou directive de
son moniteur d'atelier. Il devient ainsi indépendant sans pour autant
être livré à lui-même. C'est une preuve de confiance
interactive, de valorisation, de reconnaissance de ses aptitudes.
En 2007, suite au questionnaire émanant des
différents ministères, un vent de folie règne dans
l'établissement ! Il faut faire du détachement.
A l'ordre du jour des réunions de synthèse, le
détachement devient une priorité. Alors ça devient
angoissant pour les équipes. Il y a un flou, quant à la
différence entre une prestation de service et un détachement qui
interroge les moniteurs d'atelier. D'autant plus que cela se fait dans
l'urgence sans réflexion, sans concertation.
Lorsqu'un détachement, est fait dans
l'urgence : cas de l'atelier de façonnage de l'ESAT à
Villiers-le-Bel. D'après les dires des moniteurs de cet
atelier, alors des réponses alimentent nos interrogations.
Lors d'une soirée au Rotary club, un
monsieur, (directeur d'une entreprise), rencontre le père de la chef de
service « soutien » de l'établissement. Elle est en
formation de directrice à cette époque. Il lui demande sachant
qu'il a une fille, cadre dans un établissement de travail
protégé, si elle peut envoyer des travailleurs handicapés
dans son entreprise pour effectuer un travail.
Le père, pris donc contact avec sa fille, qui
l'informe : « il n'y a aucun
problème ».
Le 9 septembre 2008, l'établissement
propose une prestation de service à l'équipe de moniteurs.
Celle-ci doit commencer le 15 septembre 2008.
Les cadres proposent les noms des travailleurs à
mettre dans la société.
Les moniteurs d'ateliers disent aux cadres :
« nous ne sommes pas contre et ne refusons pas d'effectuer cette
prestation, mais par contre, nous refusons d'effectuer une prestation dans
l'urgence sans qu'il y ait eu une réflexion. Nous n'avons pas
été concertés sur le choix des
travailleurs »-« nous demandons que la date de cette
prestation soit reportée après la réunion de
synthèse ».
Ce report doit permettre aux moniteurs d'atelier de faire
une visite du site avant la réunion. Par la même occasion voir le
travail à réaliser et faire une proposition adaptée aux
différentes personnes nous paraît incontournable.
Après un état des lieux et un constat du
travail à effectuer, les moniteurs d'atelier proposent 3 personnes qui
peuvent avoir les compétences requises pour effectuer ce type de
travail.
Le choix, des 3 personnes fait, les moniteurs proposent
aux travailleurs cette prestation.
Après accord des travailleurs pour effectuer cette
prestation, une visite des lieux est mise sur pieds avec eux ainsi qu'un test
du travail à réaliser par les travailleurs.
Le 22 septembre, Réunion de
synthèse atelier.
Les moniteurs
d'atelier, soulèvent plusieurs problèmes :
Les repas : « les
travailleurs mangent où ? »-« Qui s'occupe des
repas ? »-« Si les travailleurs mangent au
restaurant, Qui paye ? »-« Et de quelle
manière ? »
Le transport : «
par quels moyens les travailleurs vont s'y rendre ? »-« qui
fait la formation et leur explique
l'itinéraire ? »-« qui
paye ? ».
Les soutiens : «
sont-ils maintenus ou pas ? »-« et le
suivi des rendez-vous avec les psychologues pour ceux qui en ont besoin
? ».
Fiches de paies :
« qui leur donne ? »-«
comment font-ils pour les récupérer ? ».
A toutes ces questions peu de réponses ont
été donnés par les cadres. Ils n'avaient aucune solution
et n'y avaient pas réfléchi.
Un moniteur pose une
question : « si au bout d'un mois, ces trois personnes, ne
veulent plus continuer ? »
Réponse de la chef de
service : « ils devront continuer car le
contrat est prévu pour trois mois, et nous devons l'honorer
jusqu'à la fin ».
Suite à cette réponse, les moniteurs
d'atelier réagissent: « Nous
demandons qu'un bilan soit fait à la fin du premier mois. Nous demandons
de mettre en place un protocole pour les prestations, pour que les
travailleurs, et l'ensemble de l'équipe, ne soient pas une nouvelle fois
dans l'obligation de gérer dans l'urgence ».
Durant cette même réunion, 4
différents autres détachements, ont été
proposés :
La banque où j'ai effectué mon
enquête, Décathlon, Kiabi, et Jardiland.
Le lendemain, le 23 septembre, les 3 travailleurs
partent faire leur prestation.
Ce même jour, à 8 heures devant l'entreprise,
sont présents :
Les 3 travailleurs, le moniteur d'atelier
référent, la chef de service soutien, l'éducatrice, et la
conseillère sociale et familiale.
La mise en place du poste de travail est effectuée
par le moniteur d'atelier, pendant que le reste de l'équipe, trouve une
solution pour que les travailleurs mangent le midi.
Pendant le premier mois de cette
prestation, le suivi des trois travailleurs a
été effectué par le moniteur d'atelier à raison
d'une à deux visites par semaine.
Après une durée d'un mois de prestation, les
moniteurs d'atelier demandent et exigent que soit fait un bilan. Comme il avait
été convenu lors de la réunion d'atelier.
Au cours de ce bilan, étaient
présents : les 3 travailleurs handicapés, l'adjoint
technique, l'éducatrice et le moniteur d'atelier.
Durant ce bilan, deux sur les trois travailleurs
handicapés demandent d'arrêter car ils sont trop fatigués
et le travail les stresse.
A partir du deuxième mois de
prestation, on fait comprendre aux moniteurs d'atelier,
qu'ils ne doivent plus effectuer le suivi du travailleur. Seule
l'éducatrice effectuera le suivi.
Un mois plus tard lors de la réunion d'atelier du
20 octobre 2008, l'équipe demande de faire le point de cette prestation
et demande : « qui est responsable de
quoi ? »
Une question légitime de la part des moniteurs
d'atelier qui n'ont plus le suivi du travailleur et se sentent exclus. Les
seules informations, qu'ils ont, sont celles de l'éducatrice qui leur
dit tout simplement : « tout va bien ».
J'ai oublié de mentionner que les deux travailleurs
handicapés de l'ESAT ont été remplacés par des
travailleurs de l'entreprise adaptée qui fait partie de la même
association.
Après deux mois, sans
nouvelles, la travailleuse handicapée vient à l'ESAT pour le
repas de fin d'année. Durant cette journée elle reste
silencieuse. La travailleuse part en vacances d'hiver.
À la rentrée des vacances, les moniteurs
d'atelier apprennent que cette personne est retournée effectuer sa
prestation dans l'entreprise sans qu'ils en soient informés.
Durant cette période de prestation de service, la
travailleuse se trouve confrontée à des conflits internes entre
employés de l'entreprise, qui la prennent à parti. Ce trouvant
confronté à ce genre de conflits, la travailleuse
handicapée ne supporte plus l'ambiance, l'environnement et le travail.
Malgré cela, lors des visites de
l'éducatrice, elle ne veut rien lui dire.
C'est lors d'une visite médicale, lorsque la
travailleuse est venue à l'ESAT le 1 mars 2009, qu'elle se confie aux
moniteurs d'atelier. Elle leurs dit : « je ne veux plus
retourner là-bas, je m'y sens trop mal, mais je n'ose pas le dire
à l'éducatrice. J'ai peur de sa
réaction. »
Le 9 mars 2009, réunion
d'atelier.
L'équipe des moniteurs d'atelier, prend position
pour que la travailleuse, ne retourne plus dans l'entreprise et
réintègre l'ESAT.
Les moniteurs d'atelier référents:
« une prestation de service, ne doit pas dépasser 1 mois sans
qu'il y a un suivi, non seulement de l'éducatrice mais aussi d'un
moniteur d'atelier. ». Cette prestation, ne devait
durée que 3 mois pour la travailleuse, elle a duré 6 mois.
« Les prestations doivent être
organisées à l'avance et non dans
l'urgence. »-« à ce jour, aucun Protocole n'a
été fait par l'institution. Le seul dossier que nous avons, est
celui que les moniteurs ont mis en place. »-« il ne faut
pas oublier, que ce sont les moniteurs d'atelier qui sont les plus à
même de suivre les personnes de leur atelier étant donné
qu'ils les connaissent le mieux »-« les personnes qui
effectuent une prestation, doivent obligatoirement conserver leur soutien ce
qui n'a pas été le cas durant la durée de cette
prestation. »-« un travailleur en détachement,
rapporte 10€ de l'heure à l'ESAT»-« sa prime de
détachement, est de 50 centimes d'€ de
l'heure »-« nous voulons savoir si l'objectif de cette
prestation, est de développer les capacités et l'insertion des
travailleurs handicapés, ou uniquement de ce qu'ils rapportent
? »
Suite à cela, il y a eu des réunions avec
l'ensemble de l'équipe pour discuter de ce type de pratique. Un compte
rendu a été fait. Il se nomme: « réflexion,
détachement et prestation de service ».
Dans ce compte rendu six points ont été
soulevés.
- Le premier point : Différence entre une
prestation de service et un détachement.
Un flou est présent chez les moniteurs d'atelier qui ne
font pas la différence entre un détachement et une prestation de
service.
Les moniteurs d'atelier se posent des questions sur
l'accompagnement du travailleur handicapé durant la période de
mise à disposition : Qui dirige le travailleur handicapé
dans son travail ? Qui l'encadre ?
Les moniteurs d'atelier ont besoin que tout soit clair pour
eux. Pour qu'il en soit de même pour les travailleurs handicapés.
La démarche de ce type de pratique doit être
précisée dans son ensemble ainsi que son sens statué, pour
une prestation de service ou d'un détachement, d'autant plus que cela ce
fait dans l'urgence. Cette complexité demande la mise en place d'une
organisation et d'une communication efficiente. Pour une meilleure adaptation
et accompagnement du travailleur, dans son projet.
- Second point : la propension du travailleur
handicapé à être détaché de
l'ESAT.
La volonté du travailleur handicapé à
être dans une telle démarche est nécessaire dans un
objectif d'épanouissement. Personnel. Professionnel.
Une prestation de service comme un détachement
individuel, demande une certaine autonomie et une régularité de
la part du travailleur. Dans son travail.
- Troisième point : préparation
d'un détachement.
Un détachement, ne s'improvise pas. Sa
préparation nécessite une organisation et une communication
rigoureuse et efficiente.
Elle doit se faire en amont. Avec les travailleurs
handicapés qui vont être mis à la disposition d'une
entreprise.
Avec l'équipe pluridisciplinaire de l'ESAT. Les
moniteurs d'atelier et toutes personnes concernées dans l'accompagnement
du travailleur handicapé pendant la durée du
détachement.
Avec l'entreprise accueillante. Les salariés. Les
personnes qui vont durant la durée du détachement, être
leurs référents. Les coordinateurs, entre l'entreprise et
l'ESAT.
Ces points sont importants. Un détachement ou une
prestation de service qui se déroule mal pour le travailleur
handicapé, peut avoir de graves conséquences. Une entreprise non
préparée à recevoir une personne handicapée
mentale, peut donner lieu à des brimades. Des agressions. Des conflits.
Ces maltraitances peuvent marquer temporairement, ou définitivement, le
travailleur handicapé d'une expérience pénible, voire
traumatisante, ce qui peut réduire ses possibilités d'insertion
professionnelle.
Cette préparation avant un détachement,
auprès d'une entreprise accueillante, permet la prévention de
tels risques.
Elle permet des interactions. Un accompagnement adéquat
à la situation de mise à disposition. Elle vise à
travailler la communication par les échanges entre l'entreprise et
l'ESAT : sur les appréhensions, les préjugés, les
risques de dévalorisation. Qui peuvent être présents sur
les lieux. En dernier recours l'annulation du détachement en cas de
risque de maltraitance.
Elle doit aussi se faire auprès des travailleurs
handicapés. En effectuant des stages préliminaires de courtes ou
longues durées, avant d'effectuer un détachement. Des prestations
de services. Des visites en entreprise dit de milieu
« ordinaire ». Cette démarche progressive, doit
permettre d'évaluer les difficultés rencontrées par le
travailleur handicapé. Ses besoins. S'adapter le plus possible, au
projet individuel de la personne handicapée. Dans une démarche
d'insertion professionnelle et sociale.
- Quatrième point : le rôle du
moniteur d'atelier.
Le moniteur d'atelier joue un rôle important. Par sa
connaissance du travailleur handicapé de son groupe. Sur le potentiel
technique du travailleur. Ses particularités. Le moniteur d'atelier,
peut être à l'origine d'une dynamique d'insertion, pour le
travailleur handicapé. Il peut participer à l'évaluation
d'une entreprise à accueillir un travailleur handicapé. Il peut
jouer un rôle de médiateur entre le travailleur handicapé
et l'entreprise. Il peut participer à l'accompagnement du travailleur
handicapé dans l'entreprise, durant la période de
détachement. Pour une adaptation optimale à la situation de
handicap rencontrée.
- Cinquième point : Déroulement du
détachement ou de la prestation de service.
Dans le déroulement d'un détachement ou d'une
prestation de service, sept questions ce sont posées : Comment
s'organise le détachement ou la prestation de service ? Qui assure
le fonctionnement ? Qui y participe ? De quelle manière ?
Quel est le rôle, la fonction du moniteur d'atelier pendant le
détachement ? Quel type d'accompagnement ? De quelle manière
se déroule l'accompagnement social du travailleur handicapé,
durant la durée du détachement ?
Lors de la mise à disposition d'un travailleur
handicapé dans une entreprise, il peut s'opérer une exploitation
de la personne. Les personnes handicapées mentales, peuvent
présenter une certaine fragilité. Face à ce genre de
risque, une question se pose : quelle(s) protection(s) peuvent être
mises en place ?
Une réponse à se questionnement est
donnée : désigner un référent unique. Un
salarié de l'entreprise qui accueille le travailleur handicapé.
Cette personne serait le référent unique au sens
hiérarchique du terme. Cette personne aurait la responsabilité,
la prévention d'une déviance professionnelle.
La question du risque fait écho à celle de la
responsabilité engagée vis-à-vis du travailleur
handicapé.
Trois questions se posent : qui intervient en cas de
problèmes ? Qui est garant du bon déroulement ?
Une réponse à ce questionnement est
donnée : pour le travail, l'accompagnement social, et la
sécurité.
Un référent unique qui aurait pour tâche
de garantir : le bon déroulement de cette prestation de service. Le
suivi professionnel et social du travailleur handicapé.
Le respect de ces différents points doit être
établit auparavant, dans la procédure et le fonctionnement de la
mise à disposition du travailleur handicapé en entreprise.
- Sixième point : intérêt de
la démarche du détachement.
Pour le travailleur handicapé, cette démarche
peut permettre à une personne issue d'ESAT, de s'épanouir
professionnellement, socialement. Elle permet au travailleur de conscientiser
ses compétences. Adhérer pleinement à une démarche
d'intégration socioprofessionnelle.
Pour les salariés d'une entreprise dite de milieu
« ordinaire ». Un jugement autre que sur le handicap. Elle
permet aux salariés et à l'entreprise, de prendre conscience que
les travailleurs handicapés issue d'un ESAT ont un savoir faire. Un
regard biaisé peut être modifié, sur les personnes
handicapées. Un regard qui peut fortement freiner une
intégration, basé sur le handicap et non sur les
compétences.
Suite au détachement qui s'est fait dans l'urgence,
où chaque personne, ne trouvait pas sa place, un tableau a
été mis en oeuvre par les moniteurs d'atelier de l'ESAT de
Villiers-le-Bel.
Il se nomme : « proposition d'une mise en
perspective d'une prestation de service »
Dans ce tableau, les moniteurs d'atelier, émettent
trois points : Réflexion. Mise en action. Accompagnement du
travailleur handicapé.
- Le premier point : la réflexion.
Pour ce premier point, cinq thèmes sont
évoqués : Contact. Echanges de points de vue.
Présentation du travail. Prise de décision. Proposition,
explication de la prestation.
Contact : le premier contact se fait
entre l'adjoint technique de l'ESAT et l'entreprise qui demande une prestation
de service.
Présentation du travail : suite
au premier contact avec l'entreprise, l'adjoint technique discute avec les
moniteurs de l'atelier concerné sur la faisabilité du travail
demandé.
Echanges de points de vue :
l'échange de points de vue s'effectue avec l'équipe
technique, l'équipe soutien, les psychologues, et les cadres de
direction.
Lors de cet échange de points de vue, plusieurs
questions doivent être posées : quel type de travail ?
Lieu du détachement ? L'environnement de travail est-il
adapté ? Le nombre de travailleurs handicapés, pour
effectuer cette prestation? La durée du détachement ? Les
moyens de transport ? Lieu des repas ?
Après avoir répondu à ce questionnement,
une répartition des tâches est faite.
Présentation du travail :
rencontre avec les personnes de l'entreprise qui ont fait appelle aux
services de l'ESAT. Avec les moniteurs d'atelier, pour qu'ils puissent se
rendre compte du travail à effectuer. Visite de l'entreprise. Agencement
du poste de travail.
Cette présentation, doit se faire avec le moniteur
référent, pour la partie technique et agencement du poste de
travail. L'équipe soutien extraprofessionnel, pour l'apprentissage des
transports. Les soutiens extraprofessionnels.
Prise de décision: l'équipe
technique et l'équipe extraprofessionnelle de soutien se
réunissent. proposent un ou plusieurs travailleurs handicapés.
Des personnes qui ont les compétences requises. Suivant son projet
personnel. Ses objectifs. Maintien des actions de soutien en cours. Les
rendez-vous avec leur psychologue.
Ceci fait.
Après avoir validé ces cinq points,
les équipes, technique et de soutien extraprofessionnel,
rencontrent le travailleur, lui explique le travail à effectuer,
l'entreprise d'accueil, les conditions du détachement.
- Deuxième point : Mise en
action.
Dans ce deuxième point, deux thèmes sont
évoqués : confirmation. Validation.
Confirmation : pour tout projet de
détachement, le travailleur handicapé, doit donner son accord.
Une visite du lieu de détachement doit être effectuée, avec
le travailleur, son moniteur référent et un membre de
l'équipe soutien.
Après l'accord des trois parties : le travailleur
handicapé, l'équipe pluridisciplinaire de l'ESAT, l'entreprise,
le projet de détachement peut être validé.
Validation : une validation de la
convention ou du contrat, doit être écrit. Signée par le
travailleur et/ou son tuteur. L'ESAT, l'entreprise accueillante.
Une copie doit être envoyée à la famille.
Aux tuteurs. Au foyer.
Sur la convention ou le contrat doit être
mentionné : le lieu du détachement, le travail à
effectuer, les horaires de travail. Les jours de soutien. Les rendez-vous avec
le psychologue.
- Troisième point : l'accompagnement
socioprofessionnel du travailleur handicapé en
détachement.
Dans ce troisième point, trois thèmes sont
évoqués pour le début de la prise en charge du/des
travailleur(s) handicapé(s). Apprentissage, explication.
Transmission des informations. Evaluation.
Apprentissage, explication : En premier
lieu l'apprentissage du trajet, pour se rendre sur le lieu du
détachement. Cet apprentissage se fait avec un membre de l'équipe
soutien. L'apprentissage, l'explication du travail à effectuer, se fait
avec le moniteur d'atelier.
Transmission des informations : le suivi
du travailleur handicapé, doit être effectué par un membre
de l'équipe soutien ou par un moniteur d'atelier. Pour cela, il faut
déterminer les fréquences de visites. Un coordinateur de
l'entreprise doit être désigné. Cette personne doit faire
le lien entre la personne handicapée, l'ESAT et l'entreprise. Elle doit
avertir l'ESAT de tout incident : travail, comportements, relationnel, qui
peut nuire au travailleur handicapé, ou au bon fonctionnement de
l'entreprise.
Evaluation : il faut fixer des dates de
bilans. Ces bilans se font avec la participation du travailleur
handicapé. Le moniteur référent de l'atelier. Un membre de
l'équipe extraprofessionnel de soutien, le référent du
travailleur handicapé en entreprise.
Troisième partie
EnquêteChapitre 7
Méthode de recherche - la parole des acteurs
Dans le cadre de ce mémoire DUPITH, ma
préoccupation principale a été de saisir la signification
de la pratique du détachement, à travers le parcours de cinq
personnes, reconnues travailleurs handicapés et issues d'ESAT, qui ont
été mises à la disposition de deux entreprises
différentes en milieu « ordinaire ». Puis je cherche
à comprendre l'importance de ce type de pratique pour les usagers.
Savoir ce qu'ils connaissent de la pratique du détachement. Pour cela
j'ai choisi de réaliser une enquête de terrain basée sur
des entretiens semi-directifs. A ces données collectées sont
venues s'ajouter celles qui ont pris naissance au cours des différents
entretiens.
Pour effectuer mes entretiens, j'ai sélectionné
trois personnes issues d'un même atelier qui ont effectué leur
détachement dans un même lieu et fait le même travail de
plastification de livres. Ce choix visait à recueillir des opinions et
un ressenti qui ont été différents pour chacun. Mais
également auprès de leur moniteur d'atelier et de deux
salariés du comité d'entreprise d'une banque parisienne, qui ont
été tout au long de cette mise à disposition, leurs
« référents » et les interlocuteurs directs
entre l'entreprise et l'ESAT.
Les outils d'investigation
Pour réaliser cette enquête, j'ai conçu
trois guides d'entretien, le premier orienté vers les travailleurs
handicapés de l'ESAT avec un questionnaire semblable, le second vers le
moniteur d'atelier, référent technique de l'atelier reliure dont
trois usagers sont issus.
Le troisième vers les deux salariés du
comité d'entreprise de la banque parisienne, lieu où les usagers
ont été mis à la disposition pour effectuer un travail de
plastification de livres.
Pour établir ces guides d'entretien43(*), j'ai d'abord
élaboré une vingtaine de questions ayant un rapport avec le
détachement. Pour chacun des types de personnes interrogés. J'ai
regroupé ensuite, les questions en fonction des trois dimensions
définies du détachement qui sont dans un premier temps, la
signification et la connaissance de ce type de pratique. Dans
un deuxième temps, la conscientisation des compétences par
l'usager et les salariés de l'entreprise dite
« ordinaire » pour permettre aux travailleurs
handicapés de comprendre que leurs compétences sont
transférables ailleurs que dans l'ESAT. Le détachement est un
moyen qui permet de créer du « lien social » par le
biais des différentes interactions qui se tissent entre le travailleur
handicapé et les salariés de l'entreprise.
Outils d'enquête
Pour mener mes entretiens, je me suis muni d'un dictaphone
ainsi que d'un bloc notes.
Pour l'utilisation de cet appareil d'enregistrement, j'ai
demandé la permission aux différents acteurs, qui me l'ont
accordée.
Je leur ai dit que cet enregistrement est un outil qui me
permet de retranscrire l'entretien dans son intégralité, pour ne
pas qu'il ait une fausse ou mauvaise interprétation de ma part durant ma
retranscription. Je leur ai dit que tout ce qui sera dit tout au long de notre
entretien, sera connu que de moi et effacé par la suite ; que leur
nom, ainsi que celui de l'entreprise, ne seront pas cités dans mon
mémoire.
Ce que dévoilent ces entretiens
Pour mon analyse, j'ai choisi trois thèmes qui
sont : relation, représentation, conscientisation
des compétences.
Avant d'explorer les différentes relations liées
aux interactions entre les travailleurs handicapés et les
salariés de l'entreprise. Il convient de rappeler que ces personnes ont
une reconnaissance de travailleur handicapé mental.
Les personnes qui travaillent en ESAT ont de réelles
compétences qu'ils peaufinent au fil du temps, ce qui leur manque, c'est
la confiance en eux.
Travailler en entreprise classique (dit de milieu ordinaire),
est pour la personne issue d'ESAT, une reconnaissance sur son travail, une
valorisation de l'image de soi, montrer que malgré leur handicap, ils
peuvent travailler comme tout le monde en entreprise, une impression
d'accéder à un statut (leur propre perception d'eux
même).
De l'analyse des données à
l'interprétation
Je vous propose dans ce chapitre tout d'abord de vous
présenter les personnes que j'ai interviewées durant cette
enquête ainsi que l'historique de la mise en place d'une prestation de
service qui, pour une question de logistique s'est transformée en un
détachement de travailleurs handicapés issus d'un même
atelier.
Dans une deuxième partie je soumettrai l'analyse des
propos recueillis dans les entretiens. Ils ont été
réalisés auprès de cinq travailleurs handicapés
issus de l'ESAT le « Colombier » situé à
Villiers-le-Bel dans le Val-d'Oise. Trois travaillent dans l'atelier reliure,
les deux autres dans l'atelier façonnage. Le moniteur de l'atelier
reliure, deux salariés dont l'une est la responsable de la mise en place
d'une médiathèque au sein du comité d'entreprise d'une
banque parisienne ont été investigués. La responsable de
la médiathèque et son collègue ont été
durant tout le temps de la mise à disposition des travailleurs, leurs
tuteurs44(*) ainsi que
les coordinateurs45(*)
entre l'entreprise et l'ESAT.
« Durant cette enquête, j'emploie le terme
détachement plus que celui de mise à disposition. Ce terme de
mise à disposition est un terme qui me renvoie un état de
soumission et d'attente de l'un vis-à-vis de l'autre, être
prêt et disponible à son bon vouloir, se tenir à sa
disposition ».
Ce détachement se fait en individuel. Ce que je veux
dire par individuel, c'est que chaque travailleur travaille seul au sein de
cette entreprise, sans l'encadrement de leur moniteur d'atelier.
Articulation de l'enquête
Ce travail d'enquête s'articule aux différents
éléments théoriques mis en évidence dans le cadre
de l'élaboration de ma problématique. Il doit permettre une
tentative d'interprétation des résultats de l'analyse des
données.
L'analyse renvoie ainsi aux différentes dimensions du
détachement. Il s'agira de tenter de mettre en évidence et en
relation les données renseignant.
« L'interprétation et la
signification du détachement par les travailleurs et les
salariés de l'entreprise ».
Ø La représentation du
travailleur handicapé: par lui et les salariés de
l'entreprise.
Ø Des interactions qu'il
y a entre les usagers de l'ESAT et les
salariés de l'entreprise.
Ø La perception du milieu dit
« ordinaire » par les travailleurs issus de l'ESAT.
Ø La représentation et l'attente des
travailleurs, du service rendu par l'institution.
Ø La perception de la transportabilité de leurs
compétences professionnelles : par le travailleur
handicapé et les salariés de l'entreprise.
Avertissement
Il est important que le lecteur sache que la plupart des
travailleurs interviewés me connaissent ainsi que leur moniteur
d'atelier. Bien que n'étant pas situé géographiquement
dans le même établissement et ne travaillant pas dans les
mêmes ateliers, nous faisons partie de la même association. Nous
avons les mêmes cadres dirigeants.
Je choisis de faire un historique de la mise en place du
détachement à l'ESAT du Colombier en partant de propos recueillis
avec le moniteur d'atelier dans un premier temps, puis de la responsable du
comité d'entreprise de la banque parisienne dans un deuxième
temps.
Pourquoi effectuer des
détachements ?
Pour l'ESAT de Montmagny/Villiers-le-Bel la mise à
disposition de travailleurs en entreprise est une première. Bien
qu'étant déjà inscrite dans L'article 167
aliéna 2 du Code de la famille et de l'aide sociale
fixée par le décret n°85-510 du 14 mars 1986,
lui-même modifié par le décret n°96-669 du 26 mars
1996, elle se voit renforcée par la loi 2005.
Les détachements ne font pas partie de la politique de
la direction de l'établissement. Ils le deviennent à partir de
2007 suite à un questionnaire émana des ministères de
tutelles.
Ce questionnaire se nomme : « rapport de
performance » un rapport que doivent remplir chaque directeur
d'ESAT et rendre tous les trente Avril de chaque année.
Suite à ce rapport, les cadres de direction de
l'établissement, n'ont que pour objectifs la recherche de nouveaux
détachements pour répondre à ce rapport de performance.
Lors des réunions de synthèses générales, les
détachements sont souvent à l'ordre du jour.
Suite à cela un groupe de réflexion s'est
formé au niveau de l'équipe pluridisciplinaire pour trouver des
solutions afin que chaque personne de l'encadrement trouve leur place dans
l'élaboration et le suivi commercial, technique et social des usagers en
détachement.
Ce nouveau type de pratique crée certains blocages, de
la résistance par certains moniteurs d'atelier qui en avaient une image
négative.
Cette nouvelle pratique dans l'établissement
fait émerger de nombreuses hypothèses.
H1 : « Si l'.ESAT fait des
détachements, c'est pour gagner plus d'argent ».
H2 : « Si la pratique du détachement
fait gagner plus d'argent à l'ESAT, elle deviendra une priorité
et un mode de fonctionnement »
H3 : « Si la pratique du détachement
devient une priorité et un mode de fonctionnement, les usagers doivent
posséder certains critères de
compétences. »
H4 : « Si la pratique du détachement
demande aux usagers de posséder certaines compétences, il y aura
un critère de sélection qui se fera lors de l'admission en ESAT
d'un usager ».
H-5 : « Si l'ESAT pour effectuer des
détachement sélectionne des usagers plus performant lors de leur
admission sa mission médico-social est à remettre en
question ».
Ces hypothèses se trouvent confirmées suite aux
déclarations du directeur de l'ESAT. En effet j'entends un matin le
directeur de l'établissement dire lors d'une discussion avec l'adjoint
technique : « le détachement c'est
l'avenir. »
Ayant entendu ces propos, en partant sur les chantiers avec
les usagers de mon équipe, je me pose des questions :
« l'avenir pour qui ? L'avenir pour
quoi ?».
De ce simple mot qui me fait écho, je veux faire une
enquête sur la pratique du détachement, dont ma priorité
est « l'usager au centre de ce dispositif».
Je veux savoir si cette pratique, n'est pas que pour faire du
chiffre d'affaire pour l'ESAT et que le travailleur ne devienne qu'une valeur
ajoutée.
Je veux savoir ce que la pratique du détachement peut
apporter à l'usager, sachant que pour lui cette pratique ne lui
rapportera pas grand-chose pécuniairement. Sa rémunération
sera toujours la même puisque dans ce dispositif il reste toujours usager
de l'ESAT.
J'ai demandé, par curiosité, de voir la fiche de
paye d'un usager. J'avais entendu dire qu'ils percevaient une prime de
détachement. Après vérification, je me suis aperçu
qu'effectivement l'ESAT, lui verse 70 € en plus de sa
rémunération. Cette prime peut varier, car elle est
calculée au prorata des heures effectuées au sein de
l'entreprise.
Ainsi lorsque la personne s'absente pour effectuer son
soutien « Ce qui est inscrit dans la loi
2005-102. » sa prime diminue.
Construction de mon enquête
Pour mener mon enquête, j'ai établi un
questionnaire semi-directif en me basant sur certains critères,
compétences, détachement ou mise à
disposition, interactions entre les usagers et les
salariés de l'entreprise, représentation identitaire
du travailleur handicapé : par lui, par les
autres, perception du milieu dit « ordinaire »
par les travailleurs handicapés.
Mon enquête s'est construite à partir d'une
problématique qui est un questionnement :
« En quoi le détachement constitue t-il une
passerelle vers le milieu ordinaire de travail pour les travailleurs
handicapés issus d'un ESAT? ».
Partant de ce questionnement, je me suis appuyé sur
deux concepts, l'un
« l'identité » et
l'autre « Le transfert des
compétences ». En m'appuyant sur ces deux
concepts, j'ai émis deux hypothèses.
Ma première hypothèse : «le
détachement, est un moyen intermédiaire qui favorise la
construction identitaire».
Ma seconde hypothèse : «le
détachement permet aux usagers issus d'un ESAT de prendre conscience que
leurs compétences sont transportables dans l'entreprise».
Dans ma première hypothèse, il en ressort cinq
thèmes :
Th-1 Signification du détachement pour les
travailleurs de l'ESAT;
Th-2 Représentation du travailleur handicapé par
lui et les autres ;
Th-3 Interactions entre le travailleur handicapé et les
salariés de l'entreprise ;
Th-4 Découverte du milieu dit ordinaire de
travail ;
Th-5 Représentation de l'institution par les
travailleurs handicapés.
Dans ma seconde hypothèse, il en ressort trois
thèmes :46(*)
Th-1 savoir faire ;
Th-2 savoir être ;
Th-3 reconnaissance/valorisation.
Le public d'enquête.
J'ai effectué des entretiens avec huit personnes :
cinq usagers de l'ESAT; le moniteur de l'atelier reliure; les
représentants du comité d'entreprise de la banque : madame
L et son collègue MAT.
Les travailleurs handicapés de
l'ESAT
Trois travailleurs handicapés usagers de l'ESAT de
Villiers-le-Bel, ont été mis à la disposition du
Comité d'entreprise d'une banque parisienne pour effectuer de la
plastification de livres en vue de la création d'une
médiathèque au sein de cette entreprise.
Pour les travailleurs de l'ESAT le questionnaire a
été le même. Le choix d'avoir utilisé un même
questionnaire pour les cinq usagers n'est pas une question de facilité,
mais sert à ce que chacun me donne leurs points vue ainsi que leurs
ressentis. Révéler ce qui a été différents
pour chacun et les caractéristiques communes. Même si sur les cinq
travailleurs trois ont fait un travail différent dans une autre
entreprise.
Ces travailleurs handicapés, je les nommerais par une
initiale afin de garder leur anonymat.
Les personnes que j'ai interviewées sont
M, R et B. Ils travaillent
tous les trois dans un atelier reliure de l'ESAT. Elles ont été
mises à la disposition d'un comité d'entreprise d'une banque
parisienne. Leur travail consiste à réaliser la plastification de
livres.
Puis S et J. Ces deux
personnes travaillent dans un atelier façonnage. Elles ont
été mise à la disposition d'une entreprise
différente de celle de leurs trois camarades. Leur travail a
été de faire du nettoyage de bobine de films dans une entreprise
située à Epinay/seine.
Le moniteur référent de l'atelier
reliure.
Il est le responsable de l'atelier reliure. Il est le
référent technique des travailleurs de son atelier. Durant cette
prestation, il a eu la responsabilité du suivi des travailleurs de son
atelier et du bon déroulement de cette prestation dans son ensemble. Il
a été l'interlocuteur direct entre l'entreprise et l'ESAT.
Les responsables du comité d'entreprise de la
banque
Madame L et son collègue
MAT.
Madame L, est la personne qui a fait appel au
service de l'ESAT pour effectuer la plastification des livres. Elle est
responsable de la mise en place d'une médiathèque au
comité d'entreprise de la banque. Durant tout le temps de cette mise
à disposition des travailleurs handicapés au CE. de la banque,
Madame L a été la tutrice des travailleurs
handicapés. Elle a été la coordinatrice entre l'entreprise
et notre établissement.
Son collègue MAT travaille dans le
même bureau, en collaboration avec elle. Par ricochet il a
côtoyé en situation les travailleurs handicapés en
détachement. Sa présence m'a permis pendant l'entretien d'avoir
son point de vue durant le déroulement de cette enquête.
Outils et lieux :
Pour effectuer ces différents entretiens, je me suis
déplacé à l'ESAT pour recueillir des réponses
à ma problématique auprès des usagers de l'atelier reliure
qui avaient effectué ce détachement, et de leur moniteur
d'atelier.
Puis au comité d'entreprise de la banque où les
travailleurs ont effectué leur prestation en situation de
détachement, pour rencontrer la responsable et son collègue qui
les ont accueillis au cours de cette période.
Pour effectuer mes différents entretiens, je me suis
muni d'un questionnaire semi-directif que j'avais élaboré
à partir de mes différents thèmes ; d'un bloc note et
d'un dictaphone.
Ce dictaphone m'a permis par la suite de mieux retranscrire
l'intégralité de chaque entretien, pour ne rien oublier,
grâce à ma retranscription avec les mots de chacun et non de
l'interprétation que je pouvais faire.
L'usage de cet outil m'a permis de ne pas oublier
d'éléments importants, que j'aurai omis de noter à cause
de certains évènements qui auraient pu parasiter l'entretien
(porte qui s'ouvre, bruits dans le couloir, une interruption inattendue,
pauses.)
Muni de mes outils d'enquêteur j'ai pu reprendre notre
échange là où il s'était interrompu.
Chapitre 8
Analyse des données
De l'idée du détachement à la
réalité de l'entreprise
Dans un premier temps je vais demander à chaque
acteur : les travailleurs handicapés de l'ESAT et les
salariés de l'entreprise accueillante, ce qu'ils savent de cette
pratique. Ma question est : Qu'est-ce qu'un détachement ?
Des appréhensions, des inquiétudes,
méconnaissances... en milieu ordinaire de travail, d'accueillir
des personnes handicapées mentales.
Des travailleurs handicapés qui ont également
exprimé des inquiétudes, de leur « perception
du milieu dit « ordinaire ». De la
« conscientisation des compétences des travailleurs
handicapés. » par les salariés de
l'entreprise. Par les travailleurs handicapés. Des
« interactions » entre les travailleurs
handicapés et les salariés de l'entreprise accueillante.
Historique de la mise en place du
détachement au comité d'entreprise de la banque
parisienne.
Pour mieux comprendre, je vais faire l'historique de ce
détachement à travers les propos recueillis auprès du
moniteur d'atelier ainsi que ceux de madame L.
Propos du moniteur de l'atelier reliure.
Historique, de la mise de place du
détachement : les dires du moniteur de l'atelier
reliure
« [...] madame L, [...] nous a contactée
pour plastifier 9000 livres, car ils ouvrent et mettent en place une
médiathèque au CE, ce sont des livres neufs. Madame L, m'a
donné rendez-vous ici, puis elle s'est déplacée à
l'ESAT. Nous l'avons rencontrée avec l'adjoint technique de l'ESAT. Nous
avons discuté tous les trois pour réfléchir et
répondre à sa demande, et trouver une solution pour que nous
puissions lui faire une proposition »-« lors de cette
réunion, face à ces 9000 livres qu'elle nous demandait de
plastifier, nous lui avons proposé plusieurs options. Soit, nous, ce qui
nous paressait le plus simple, était: pour éviter de
déplacer 9000 livres de la banque à L'ESAT, était de
déplacer des personnes qui avaient les compétences pour
plastifier les livres, de les placer en prestation, en détachement dans
son bureau là bas, sur place.
Ou, une autre option, qui était de faire les deux,
qui était soit, de faire un détachement et une prestation en
prenant des livres à l'ESAT pour qu'elle puisse avoir dans son
délai de 6 mois les 9000 livres plastifiés»-« [...]
Nous lui avons proposé un détachement, nous lui avons
expliqué en même temps ce qu'est un détachement. Je pense
qu'au départ, elle n'avait pas imaginé que l'on pouvait
déplacer un travailleur sur son site à elle. Au début elle
pensait juste au niveau du travail, c'est à dire faire de la
plastification ».
Propos de madame L.
Historique, de la mise de place du
détachement : les dires de la responsable de la mise en place de la
médiathèque au sein du comité d'entreprise de la banque
parisienne.
« [...] tout est venu du secrétaire du
CE, moi je cherchais l'été dernier une ou deux personnes pour
nous aider pour couvrir les livres, car nous sommes en création de
médiathèque, d'ici septembre prochain j'ai 9000 livres à
cataloguer et à recouvrir.
C'est mon responsable qui m'a dit de chercher au
niveau des E.S.A.T., une raison aussi, c'est que dans cette
société, les normes pour l'accueil de personnes
handicapées ne sont toujours pas respectées, donc
l'arrivée de gens venus d'ESAT et le coût de cette prestation est
pris en charge par la direction. Ce qui relève son quota d'emplois de
personnes handicapées. »-« j'ai
téléphoné à différents centres de travail
adapté en région parisienne, et aucun ne faisait de
l'équipement de livres, c'est au bout du troisième ou
quatrième appel qu'une secrétaire m'a donné le
numéro de téléphone du Colombier en me disant que vous
faisiez de la reliure. Après cela, j'ai pris contact avec l'adjoint
technique de l'E.S.A.T., que j'ai
rencontré. »-« j'ai signé avec l'ESAT
assez rapidement pour répondre à la demande de mon responsable,
que j'ai trouvé très intéressante, après, ça
été assez vite.
Une fois que j'ai rencontré l'adjoint technique,
j'ai visité l'atelier, j'ai vu le travail que les travailleurs
effectuaient. À l'époque, l'idée était que nous
envoyons les livres à l'ESAT et que le travail soit fait dans l'atelier
et en suite l'adjoint technique m'a recontacté au bout de deux ou trois
semaines pour me proposer un détachement d'une personne. Nous en avons
discuté lors d'une réunion au CE. L'idée nous a
semblé intéressante pour les personnes et pour nous aussi.
Ensuite, nous avons élargi ça à quatre
personnes. »
Présentation des différents
acteurs.
Dans un premier temps, je vais vous présenter les
travailleurs de l'ESAT de Villiers-le-Bel., qui sont partis en
détachement, le moniteur de l'atelier reliure, ainsi que les
salariés du comité d'entreprise de la banque parisienne.
Première travailleuse M
M. est une jeune femme célibataire de
37 ans. Elle a été reconnue travailleuse handicapée et
orientée en ESAT. Elle travaille depuis 1993 dans un atelier reliure
à l'ESAT le « Colombier ».
Avant son admission à l'ESAT de Villiers-le-Bel,
M. était dans une S.A.S.47(*) à Stains en Seine
Saint-Denis.
M. a eu une enfance
difficile. Elle a perdu sa mère lorsqu'elle était très
jeune ce qui d'après les dires de M.
lui a créé un blocage. Refusant de
parler elle a accumulé du retard à l'école et a
séjourné quelques temps à l'hôpital.
M. a peur de l'extérieur48(*) (« M. a un long
vécu institutionnel ») son moniteur d'atelier dit que
M. a beaucoup progressé tant au niveau technique que
relationnel.
M. a effectué un détachement
par une mise à disposition en entreprise au CE d'une banque parisienne.
Son travail a été de faire de la plastification de livres. Pour
elle, cette expérience de travailler hors des murs de
l'établissement est une première.
Nous allons durant cette enquête connaître son
ressenti, les inquiétudes qu'elle a pu avoir, sa vision du milieu dit
ordinaire ainsi que celle de l'ESAT dont elle est usager.
Commentaires
Cette enquête avec M fut un plaisir,
elle a eu beaucoup d'humour durant toute la durée de cette
enquête. Durant cette enquête, son moniteur d'atelier a
été présent avec son consentement ainsi que le mien. La
présence du moniteur d'atelier fut pour moi une aide car par moment,
j'ai eu des difficultés à comprendre M qui avait
un parlé infantile et argotique.
Deuxième travailleur R:
R est né en juillet 1980. Il est le
deuxième d'une fratrie de trois enfants. Il a un frère
aîné de trente deux ans et une soeur plus jeune, elle a 25 ans.
Ses parents sont divorcés. La période de divorce de ses parents
et le fait de quitter son père pour aller en foyer ont été
très difficiles pour R. Durant cette période il avait des
comportements agressifs (verbalement). R est sous curatelle d'Etat
renforcée.49(*)
Il fut orienté en I.M.E. après une
scolarité dans cursus normale de l'école maternelle jusqu'au CM2.
Dans cette institution, il y restera de l'âge de 10 à 20 ans.
Durant cette période en institution spécialisée, R
effectuera plusieurs stages dans divers CAT En Janvier 2000 il
effectuera une période d'essai dans un atelier espaces verts à
l'ESAT le Colombier de Montmagny. Après une période de trois
mois, R rencontre des difficultés. Il n'arrive pas
à suivre le rythme du travail. Il a des douleurs au dos. Suite à
cela, il est orienté dans un atelier de façonnage à
Villiers-le-Bel. En mars 2003 suite à sa demande il intègre
l'atelier reliure. D'après les dires de son moniteur, R
est une personne de contact très agréable toujours prêt
à aider. Il a de bonnes capacités techniques, son rythme est
assez "pépère". Il doute de ses capacités. Il n'ose pas
aller de l'avant trop rapidement. Il aime bien ses petites habitudes.
Commentaires
Cette enquête fut difficile, j'ai eu beaucoup de
difficultés car R n'arrivait pas à se concentrer
et à retenir les questions que je lui posais. Il a fallu que je lui
repose plusieurs fois la même question. Sa réponse était
souvent hors sujet. Il avait des moments d'absences où il était
ailleurs tout en étant là physiquement. Ma retranscription fut
difficile car R partait dans tout les sens.
Troisième travailleuse B :
B, est l'aînée d'une fratrie de
deux enfants. Elle a un frère plus jeune de 19 ans. Son père est
retraité de la R.A.T.P. Sa mère est gérante d'un magasin
de vêtements pour enfants.
B a eu un parcours scolaire normal de
l'école maternelle à sa primaire jusqu'au CM2. Elle entre au
collège de la six ème à la troisième. Elle
s'oriente dans une filière S.E.S.
Ensuite elle entre dans un collège technique en classe
de quatrième jusqu'en troisième technologique. Elle effectue
quelques formations: pressing, couture, à la R.A.T.P. (aide aux
voyageurs pour l'ouverture et la fermeture des portes.)
B a fait plusieurs stages: petite enfance en
crèche et maternelle; fleuriste; pressing; ménage dans une
école à Montmagny dans le Val d'Oise; cuisine en cantine;
ménage à la RATP; et vendeuse en boulangerie.
En 2003, suite à des problèmes, il y eu une mise
en place d'un suivi avec un psychiatre. Suite à cela il y eu une
orientation par la C.O.T.O.R.E.P. et une reconnaissance de travailleuse
handicapée. En mai 2004, B est admise au CAT le
Colombier de Villiers-le-Bel dans l'atelier façonnage. Après
quelques mois dans cet atelier, elle effectue un stage dans l'atelier reliure
puis elle intègre cet atelier jusqu'à ce jour.
B, vit dans un appartement collectif à Montmagny
géré par l'association le Colombier. D'après les dires de
son moniteur d'atelier, B a progressé depuis son admission à
l'ESAT tant dans son comportement que techniquement. Elle a de bonnes
capacités techniques qu'elle n'exploite pas à 100%.
B a tendance à se reposer et compte sur ses
collègues. Pour se mettre en avant elle a tendance à
dénigrer ses collègues, ainsi que l'institution.
B a conscience de ses difficultés même si elle a
du mal à les accepter. Elle cherche à être
valorisée. B a des difficultés à tenir un
rythme de travail constant, elle va vite puis elle s'arrête de travailler
et s'évade dans ses pensées.
Commentaires
Cette enquête avec B fut
révélatrice d'un mal être et difficile de par son
côté dénigrement de ses problèmes. Elle pense que
tout est contre elle. Que personne ne fait rien pour l'aider. Elle se sent
prisonnière d'un système institutionnel dont elle ne peut se
délivrer. Sa reconnaissance de travailleuse handicapée et son
orientation en ESAT est un profond stigmate pour elle.
Quatrième travailleuse : J, est
une jeune femme âgée de 25 ans environ. Elle travaille,
d'après ses dires depuis cinq ans environ à l'ESAT de
Villiers-le-Bel. Avant d'y être admise, elle était dans un IME
à Noisy-le-Sec. Elle dit avoir été orientée en ESAT
à cause de ses difficultés à travailler vite. Elle a des
problèmes de communication avec les gens, et que maintenant, elle
communique mieux avec eux et ça va mieux avec le temps.
Cette personne, a effectué un détachement dans
une entreprise qui s'occupe du matériel cinématographique. Son
travail, a été de faire le nettoyage de bobines de films.
Commentaires
J, est une fille timide, et introvertie. Lors de l'entretien,
j'ai eu quelques difficultés à communiquer avec elle. Il a fallu
que je me fasse accepter et qu'elle puisse avoir confiance en moi. Lors de
notre entretien, son regard était fuyant. Elle ne me regardait jamais
en face, lorsqu'elle parlait elle effectuait des balancements sur sa chaise de
plus en plus rapides ainsi que des gestes incontrôlés.
Lors de l'entretien, elle a eu à plusieurs reprises les
larmes aux yeux, lorsqu'elle parlait de son vécu et de son relationnel
avec certains salariés de l'entreprise où elle a effectué
son détachement, qui l'ont prise à parti lors de conflit interne.
Un moment qui me semble t-il a été très pénible
pour elle.
Après l'entretien, elle s'est confiée pour me
dire, qu'elle n'a pas aimé cet endroit, que certaines personnes ont
été dures avec elle. Elles l'ont fait pleurer à plusieurs
reprises.
Elle s'est sentie un moment abandonnée par l'ESAT et ne
comprenait pas pourquoi son moniteur d'atelier, ne prenait pas de nouvelles
d'elle, et ne venait pas la voir.
Elle me dit, qu'elle a trouvé le temps long, car ce qui
lui avait été dit. C'est qu'elle ne devait rester qu'un mois et
elle y est restée six mois. Son mal être, elle n'a pas osé
le dire à l'éducatrice qui venait lui rendre visite de temps en
temps.
Ce détachement, fut pour elle une pénible
expérience.
C'est pour cela, que j'ai voulu mener cette enquête avec
les personnes qui ont effectué cette prestation de service dans une
entreprise différente.
Ce qui me permet de prendre certains éléments
des thèmes de ma recherche.
Cinquième travailleuse :
S, est une jeune femme qui a environ le même âge
que J. Son parcours est semblable à certains travailleurs qui viennent
d'IME. Elle travaille à l'ESAT de Villiers-le-Bel dans le même
atelier que J en façonnage. Lorsque je lui ai demandé depuis
combien d'années, elle m'a répondu qu'elle ne se rappelait
plus.
Avant d'être admise à l'ESAT, elle était
dans un IMPro à Saint-Denis. D'après ses dires, elle a
été orientée vers un ESAT à cause de ses
difficultés scolaires.
Comme J, elle a effectué un détachement dans la
même entreprise.
Dans cette entreprise elle est restée que quatre jours.
Car au bout du deuxième jour, elle a demandé d'arrêter le
détachement. Elle trouvait que le travail était trop stressant et
pénible. Lors de notre entretien, elle m'a dit qu'elle était
partie car, il n'y avait plus de travail.
Commentaires
S, pense ne pas être à sa place
à l'ESAT. Elle en a marre des réflexions sur son travail que lui
font les moniteurs d'atelier et certains clients. Elle ne supporte pas, lorsque
le travail est abimé, que le client le ramène à l'ESAT
pour qu'ils le recommencent. Ça l'agasse.
Présentation du moniteur d'atelier reliure de
l'ESAT de Villiers-le-Bel J-Y:
J-Y est un homme âgé d'une quarantaine
d'années. Son travail d'origine est l'imprimerie.50(*)
Il travaille au CAT le Colombier comme moniteur d'atelier
depuis 1991. Avant l'ouverture du CAT de Villiers-le-Bel, il a travaillé
au CAT de Montmagny dans un atelier de conditionnement. En 1993 à
l'ouverture du CAT de Villiers-le-Bel, il met en place un atelier reliure dont
il en est toujours le référent.
Suite à une demande de prestation de service, pour
effectuer de la plastification de livres au sein du comité d'entreprise
d'une banque parisienne, J-Y a mis en place un
détachement de travailleurs handicapés de son atelier reliure.
Même si cette démarche a été faite
dans un premier temps pour une question de logistique et pour répondre
à un marché, cette pratique a permis aux travailleurs de cet
atelier de connaître le milieu ordinaire du travail, de montrer que leurs
compétences sont transférables dans un autre secteur que l'ESAT.
Mais aussi montrer à l'entreprise que les travailleurs handicapés
d'un ESAT ont un savoir, un savoir faire et un savoir être. Ce qui a
permis comme le dit J-Y dans l'enquête de créer
du lien social.
Commentaires
Cette enquête fut une bonne interaction entre le
moniteur d'atelier et moi-même. Ce fut un échange de point de vue
et de questionnement sur la pratique du détachement. Pour J-Y,
le détachement par une mise à disposition de
travailleurs d'un ESAT dans une entreprise de : « milieu
ordinaire de travail, permet de tisser du lien interactif entre les usagers
reconnus travailleur handicapé et les salariés d'une entreprise.
Il permet aux usagers de prendre conscience, que leurs compétences
peuvent être transposables ailleurs. Il permet aux usagers d'être
jugés sur leurs compétences et non sur le handicap. Par un savoir
faire et un savoir être ».
Les responsables de la médiathèque du
comité d'entreprise d'une banque parisienne :
Tout au long de la retranscription de cet entretien, et pour
garder l'anonymat de leurs noms, je nommerais la responsable de la
médiathèque par l'initiale L et son
collègue par MAT.
Ces deux personnes ont été les
« tuteurs » des travailleurs durant cette prestation et les
principaux coordinateurs entre l'entreprise et l'ESAT.
Pour mener mon enquête, j'ai
demandé à rencontrer madame L.
Elle est la responsable de la mise en place de la
médiathèque au sein du comité d'entreprise de la banque
parisienne. Cette prise de rendez vous s'est faite à ma demande par
l'intermédiaire du moniteur de l'atelier reliure qui l'a
contactée et lui a expliqué l'objet de ma demande.
Mon objet d'enquête est de savoir pourquoi les
responsables du comité d'entreprise ont fait appel à un ESAT pour
effectuer une prestation.
Pour effectuer cette prestation, l'ensemble de l'équipe
reliure a effectué un détachement individuel qui s'est fait par
une mise à disposition de travailleurs en situation de handicap issus de
l'ESAT en entreprise.
Cette enquête, s'est effectuée dans les locaux du
comité d'entreprise situés à Paris.
Déroulement
Prévenue de mon arrivé, madame
L est venue me recevoir dans le hall d'entrée, pour
dire au vigile de la banque de me laisser entrer. Ensuite madame
L m'a dirigé vers son bureau où était
installé le poste de travail des travailleurs de l'ESAT
Lors de mon arrivée dans le bureau, se trouvait un
travailleur de l'ESAT qui effectuait un travail de plastification de livre. Ce
travailleur fut, lors de mon arrivée agréablement surpris de me
voir. « Comme je l'ai écrit, les travailleurs de l'ESAT me
connaissent » avant que je sois rentré dans le bureau,
R avait entendu ma voix dans le couloir, il devait avoir
été averti par madame L que je devais venir pour
faire une enquête.
Le lieu
Dans ce bureau d'environ 40 m2, en entrant il y avait
d'installée une grande étagère où se trouvaient de
nombreux livres déjà plastifiés et
répertoriés. Dans un coin du bureau il y avait de nombreux
cartons remplis de livres et de CD.
Face à la porte d'entrée deux bureaux se
trouvaient face à face, celui de madame L et de son
collègue MAT qui était présent et
installé devant son ordinateur.
A droite de l'entrée, dans un coin qui tournait le dos
aux deux autres bureaux, le poste de travail des travailleurs de l'ESAT qui
étaient installés face à une grande fenêtre donnant
sur un joli jardin paysagé.
Madame L me présenta
MAT son collègue, et m'invite à faire le tour
des lieux, R présent dans le bureau est fier de me
présenter son travail. Il m'explique ce qu'il faisait.
Présentation de Madame L :
Madame L, est une femme
âgée d'une quarantaine d'année environ, d'un
tempérament jovial et dynamique. Avant cette demande de prestation, elle
ne connaissait pas le fonctionnement d'un ESAT. De plus, elle ne savait pas que
ces établissements dits de travail protégé, pouvaient
mettre à la disposition d'une entreprise une ou plusieurs personnes en
détachement pour effectuer une prestation de service au sein d'une
entreprise avec ou sans l'encadrement de leur moniteur d'atelier.
Pour madame L, travailler avec des personnes
ayant une reconnaissance de travailleur handicapé est une
première expérience. Durant cette enquête, nous allons
recueillir son ressenti, sa vision. Celle, qu'elle avait du handicap et des
compétences techniques des travailleurs handicapés. Je pense que
pour madame L cette expérience fut riche en
découverte de la personne handicapée mentale par son savoir,
savoir faire, et savoir être.
Commentaires
Durant cette période de détachement, madame
L a eu un comportement dans ses rapports un peu maternant et
protectrice vis-à-vis des travailleurs plus qu'un côté
dirigeant, ce que les travailleurs ont bien ressenti en elle. Et qui peut
fausser la vision et la réalité du « milieu dit
ordinaire de travail » de production, rentabilité et
économique.
Présentation du collègue de madame
L, MAT :
Ce monsieur est âgé entre trente cinq et quarante
ans. Il est d'un tempérament plus réservé, dû, je
suppose à son problème de bègue. Durant cette
enquête ce léger handicap m'a posé quelques
difficultés de compréhensions.
Durant son stage de découverte de l'entreprise en
classe de quatrième ce monsieur a effectué son stage dans un CAT.
Il a ainsi découvert le secteur du travail protégé. Bien
qu'ayant effectué son stage en CAT comme il le dit lors de
l'entretien : « ce que je connaissais en ayant fait mon
stage en C.A.T., c'est que les CAT pouvaient envoyer des travailleurs
handicapés chez les particuliers comme les espaces verts, mais toujours
sous la tutelle d'un moniteur d'atelier, mais je ne pensais pas qu'ils
pouvaient être autonomes, ce que je savais c'est qu'il pouvait y avoir
des voies d'insertion pour certains cas rares d'une personne à qui l'on
pouvait confier un travail qui sortait du cadre de l'ESAT. Mais c'est la
première fois que je vois une prestation de service sans l'encadrement
d'un moniteur. »
La présence de ce monsieur lors de mon enquête,
va donner un autre regard que celui apporté par madame L. Il aura
souvent un discours un peu critique sur le comportement d'une travailleuse.
Même s'il dit que cela ne l'a pas dérangé :
« par exemple si elle51(*) n'avait pas envie de me dire bonjour le matin, cela
ne me dérangeait absolument pas, le lendemain elle arrivait en me disant
bonjour. Elle n'avait pas envie de manger avec moi et parfois elle partait un
peu en catimini, mais moi cela ne me dérangeait pas plus qu'autres
choses. Ce sont des choses que j'apprécie car c'est
naturel. »
Commentaires
MAT a eu une expérience du travail en
milieu protégé durant son stage de découverte en
entreprise, mais quinze jours n'est pas suffisant pour connaître le
fonctionnement d'un établissement. Durant cette enquête, j'ai eu
des difficultés à comprendre MAT qui avait
d'énormes difficultés d'élocution. De plus ne voulant pas
le placer en situation de mal aise, je n'osais pas le faire
répéter. Aussi je me suis fié à l'enregistrement de
notre entretien. Malgré cela il a fallu que je réécoute
à plusieurs reprises ses dires pour pouvoir les retranscrire.
Complément d'enquête
Pour avoir un complément d'enquête sur le
détachement, j'ai envoyé par mail un questionnaire à
quatre personnes. Ces personnes sont : deux anciens collègues de
l'ESAT. La psychologue de l'établissement et le moniteur de l'atelier
reliure.
Sur les quatre questionnaires, deux personnes m'ont
répondu par mail. Mon ancienne collègue STEPH Conseillère
Economique Social et Familiale, et J-Y, le moniteur de l'atelier reliure.
Ce questionnaire a été le suivant, je vais le
retranscrire dans sa totalité.
Complément d'enquête par mail: le
détachement individuel constitue-t-il une passerelle vers le milieu
ordinaire?
Trajectoires et construction
identitaire de travailleurs handicapés issus du travail
protégé.
dans ce que j'entend dans ce terme de
passerelle, c'est un moyen
intermédiaire, qui va permettre à des travailleurs
issues d'E.S.A.T. de pouvoir traverser le fossé qui sépare les
deux rives (travail protégé et milieu ordinaire) pour que chacun
puissent se rencontrer et mieux se connaitre pour travailler ensemble.
Puis dans la trajectoire et la
construction identitaire, c'est de savoir si cette
expérience peut permettre l'abandon du « marquage »
que la quasi-totalité d'une vie passée en institution
spécialisé entraine chez l'individu ?
Cette expérience est elle susceptible d'enrichir la
palette d'apprentissages sociaux et professionnels que seul l'E.S.A.T. ne peut
fournir ?
Cette expérience, peut-elle répondre à
une insertion différente ou complémentaire que celle
proposée à l'E.S.A.T. ?
A propos du détachement :
les usagers de l'ESAT ne connaissent pas
particulièrement cette démarche. M affirme ne
pas savoir de quoi il s'agit. « Je ne sais pas »,
dit-elle, tout comme B qui connaît le terme de mise
à disposition : « ça je sais, mais je ne sais
pas comment l'expliquer ». Elle essaie ensuite de définir
en disant qu'il s'agit « d'aider les personnes à
aller en entreprise ». Quant à R, il en
exprime une vague idée. Le terme l'interroge. « Je sais ce
que ça veut dire, mais je ne sais pas comment
l'expliquer. » Selon lui, « ça veut dire
que je travaille en entreprise mais que je suis payé par
l'ESAT ». Ni lui ni les autres ne savent pas comment se
déroule le détachement en entreprise. Il lui a été
proposé, comme aux autres, « d'aller travailler en
entreprise ». Il a accepté, « comme tout le
monde », précise-t-il, sans que le terme
détachement ait été forcément prononcé.
M croit se souvenir. La
majorité des travailleurs handicapés affirment que le
choix d'aller en détachement n'est pas vraiment le sien mais
plutôt celui « des éducateurs ».
B précise « ils m'ont juste
expliquée que j'allais faire de la reliure et de la plastification, et
c'est tout. » Elle précise encore
« c'est mon moniteur, c'est lui qui nous l'a expliqué et
nous l'avons accepté ». S souligne qu'on
lui « a expliqué un peu, avant de partir »,
mais qu'elle ne savait pas de quoi il s'agissait, quand J dit
qu'être en détachement : « c'est faire un autre
travail en restant ici, c'est-à-dire être toujours
embauchée ici en faisant un travail ailleurs ».
Lorsqu'on évoque la question du choix : est-ce un
choix de votre part d'aller en détachement ?, les uns et les autres
travailleurs handicapés répondent que c'est leur choix puisqu'ils
l'ont « accepté ».
Si le détachement est peu connu des usagers, il l'est
également du personnel du comité d'entreprise de la banque. Ce
que me confirment les propos de Madame L qui me dit l'avoir
découvert lorsqu'elle a fait une demande de prestation de service
auprès de l'ESAT. Ne pas avoir eu connaissance de cette pratique
« avant que l'adjoint technique de l'ESAT (ne lui en)
parle. »
De la même manière, son collègue
MAT affirme que « c'est la première
fois (qu'il voit) une prestation de service sans l'encadrement d'un
moniteur, ce que je connaissais, précise-t-il, en ayant
fait mon stage en CAT, c'est que les CAT pouvaient envoyer des travailleurs
handicapés chez les particuliers comme les espaces verts, mais toujours
sous la tutelle d'un moniteur d'atelier ».
Ces réponses posent une distinction entre le
détachement et la prestation de service. Madame L
souligne ainsi : « Ce que je connaissais, c'est que des
ESAT, pouvaient envoyer des jardiniers avec leur moniteur en prestation, mais
en détachement, je ne le savais pas ». Son
collègue s'étonnant pour sa part qu'ils puissent aller en
entreprise sans tutelle : « [...], je ne pensais pas qu'ils
pouvaient être autonomes ». Il ajoute :
« ce que je savais c'est qu'il pouvait y avoir des voies
d'insertion pour certains cas rares, d'une personne à qui l'on pouvait
confier un travail qui sortait du cadre de l'ESAT mais c'est la première
fois que je vois une prestation de service sans l'encadrement d'un
moniteur ».
Pour autant, la démarche leur apparaît positive.
Madame L me dit : « je trouve ça
positif, du moins manifestement [...] pour les travailleurs d'ESAT et pour
nous, du moins pour moi ». L'accueil de personne
handicapée en détachement dans une entreprise lui apparaît
une « expérience très
intéressante. » Elle ajoute « On voit des
personnes tout à fait différentes. Ce n'est pas du tout ce que je
pensais des personnes handicapées ».
Ces dernières remarques nous amènent à
interroger les perceptions que les salariés de l'entreprise peuvent
avoir du handicap et de la personne handicapée.
Des appréhensions, inquiétudes,
méconnaissances... en milieu ordinaire de travail
Lorsque j'ai demandé à Madame L
s'il y avait eu une certaine appréhension de sa part ou de ses
collègues, à accueillir des travailleurs handicapés
mentaux, celle-ci exprime ses inquiétudes du début :
« Oui et non... [...] Les uns et les autres, nous ne savons pas
ce qui les a amenés à être en ESAT. Ce qui m'a
inquiétée au départ et pour chacun je l'ai craint, c'est
qu'ils se retrouvent dans un milieu où ils ne sont plus avec leurs
camarades, où il n'y a plus de pauses pour discuter ensemble et aller
dehors, car ici, c'est la réalité du « monde du
travail » » Son inquiétude est davantage
tournée vers les travailleurs accueillis. « Je me
demandais comment les personnes de l'ESAT allaient réagir sans leurs
camarades, sans pauses. Il y a des pauses ici et on leur demande d'en faire,
mais ce ne sont pas des pauses où ils peuvent bavarder pendant 10
minutes avec quelqu'un ». Elle ajoute qu'elle craignait
aussi « qu'il y ait trop de monde, dans les transports. Je ne
savais pas trop finalement. ». Et de poursuivre en soulignant
que malgré ces craintes, « manifestement tout c'est bien
passé ». Les craintes, difficultés et
réserves pour le travailleur handicapé accueilli en entreprise
sont prioritairement déterminées par les situations de vie
sociale et quotidienne.
Son collègue s'interroge sur le public accueilli :
« Je me suis dit, c'est des handicaps lourds ? Je ne sais
pas, je ne pensais pas. Je ne savais pas du tout à quels types de
pathologies nous allions avoir affaire. Lorsque j'ai appris que c'était
un CAT, ça ne m'a pas posé de question particulière car je
savais qu'on pouvait communiquer. »
Madame L précise
: « Avec mes collègues nous avons fait une
réunion avant que M, qui était la
première, arrive. Deux ou trois de mes collègues, pensaient que
c'était du handicap plus lourd, ce qui aurait été plus
difficile à gérer dans le quotidien et les relations tout
simplement ». Lors de cette réunion, les collègues
s'interrogent et d'autres craintes s'expriment : « ce
sont des questions que tout le monde a dans la tête. Je me rappelle de la
réaction de deux ou trois personnes, qui n'était par une
réaction négative, mais plus une interrogation, qui ne savaient
pas ce que c'était un ESAT ». Elle ajoute en parlant
des travailleurs handicapés: « [...] savoir exactement
pourquoi les uns et les autres sont arrivés là, quel est son
problème, ça je pense que cela ne nous regarde pas plus que
ça, franchement ».
De leur côté, les travailleurs handicapés
ont également exprimé des inquiétudes. Ainsi M
me dit-elle que « le premier jour, oui »
elle a eu des inquiétudes, car « c'est la première
fois qu'elle faisait un travail normal dans un lieu normal. » Sa
remarque interroge autant sa perception du lieu de travail qu'une crainte ou
une inquiétude. Liée sans doute au fait que « les
premiers jours (elle) ne connaissait pas les personnes ». C'est
encore le fait de prendre les transports en commun :
« monter et descendre du métro. Il y avait trop de monde.
Et la foule ça m'angoisse. [...] les gens me
stressent. » Dit-elle.
S exprime une autre inquiétude :
« J'avais peur qu'ils me fassent des réflexions sur mon
travail », point sur lequel elle insiste encore en disant
« j'avais toujours peur que l'on me fasse des réflexions
sur mon travail en me disant que c'est mal fait et qu'il fallait que je
refasse », ce qu'elle aurait « pris très
mal ». Mais ses inquiétudes sont tombées
lorsqu'elle dit : « je pensais que c'était beaucoup
plus difficile. » Avec la reconnaissance de son travail
« bien fait ».
B n'a pas évoqué
d'inquiétude particulière. Elle n'était pas
inquiète « du tout »-« je connaissais
déjà ». R me dit :
« [...], j'avais peur de me perdre en métro, j'ai
même failli me perdre une fois, en prenant un mauvais train. Si je me
perds, je panique et je suis très angoissé. [...] j'avais eu
un peu le trac car je ne connaissais personne, j'avais des difficultés
à m'exprimer, je suis timide».
J : « Ce
qui m'inquiétait, c'était les problèmes que j'ai avec la
vitesse, [...] j'ai des problèmes parfois pour travailler plus
vite. Toutes ces inquiétudes demandent à interroger la
perception du travail en milieu dit « ordinaire » par les
usagers de l'ESAT.
Perception du milieu dit
« ordinaire » par les usagers.
Lorsque j'ai demandé à M ce
que représente pour elle le travail en entreprise dite de milieu
« ordinaire » elle me dit : « Ce n'est
pas... je ne sais pas comment, je peux le dire... ce n'est pas comme ici,
là-bas c'est un lieu normal » je lui demande ce qu'elle
veut dire par un lieu normal : «.C'est resté
sérieux, et respecter les gens. C'est un lieu où il y a des gens
comme vous normal ils travaillent. Là bas, ils ont un travail normal,
sur des ordinateurs, ils ne font pas le même boulot que nous. À
l'ESAT je travaille dans un atelier et là bas je travaille dans un
bureau. C'est mieux là bas. [...] ce n'est pas pareil ».
Pour M dans le milieu ordinaire :
« Il y en a qui travaillent sur des ordinateurs, dans
les magasins, pour nous ce n'est pas pareil car nous ne pouvons pas
faire ces métiers là. Parce qu'il faut avoir des diplômes
ou quelques choses comme ça. Y en a qui gagne plus que nous. Parce que
nous à l'ESAT ce qu'on gagne, c'est presque rien ».
Lorsque j'ai posé la même question à B,
elle me dit, le milieu ordinaire : « j'y suis
allée plusieurs fois ». Je lui ai demandé
pourquoi elle n'y est pas restée : « Parce que
je n'ais pas d'initiatives. Je ne sais pas quoi faire ».
Après une expérience de quelques jours B
dit qu'elle préfère travailler en milieu
ordinaire : « À la banque, je trouve qu'ils
travaillent à leur allure, ils viennent à l'heure qu'ils veulent.
[...] du moment qu'ils font les heures qu'il faut »-« C'est
un travail »-« là-bas [...] ils sont
normaux ». R, dit le milieu ordinaire je le
connais : « Un peu, car j'ai plusieurs fois aidé mon
père sur des chantiers, et j'ai trouvé que c'était trop
difficile et fatiguant, il fallait se lever tôt le matin, et rentrer tard
le soir. Il dit aussi le travail en milieu ordinaire :
« C'est différent »-« [...], tu n'as
pas un chef qui vous suit partout. Qui vous dit fais si, fais ça toutes
les cinq minutes. Ça me fatiguerait ». Le milieu
ordinaire : « C'est un lieu normal où il y a des gens
comme vous ».
Pour J dans le milieu ordinaire du
travail : « ils parlent des handicapés comme ci
c'étaient... des gens différents. Elle se pose la
question : « pourtant on est
pareil ? »-« où on a
été, parfois on nous a considéré bien, mais des
fois ils disaient des méchancetés derrière notre
dos »-« là bas nous étions comme des
êtres humains, mais..., ce que je veux dire...je ne sais pas... ils sont
plus gentils avec nous ici,(à l'ESAT) ils sont plus gentils, les gens
(les éducateurs) ils nous comprennent et tout le reste... quand tu
travailles dans l'autre là bas...le milieu ordinaire, ils ne nous
comprennent pas trop »-« Ce n'est pas
pareil »-« Déjà le travail n'était pas du
tout le même, c'était plus difficile »-« il
fallait avoir une bonne vue, il fallait travailler assez vite, et moi j'avais
du mal des fois. Ce que je n'aimais pas, ils disaient des choses...ils disaient
que c'était bien et par derrière ils disaient des choses
complètement différentes »-« ici, ils (les
personnes de l'entreprise) ont dit que je pleurais souvent, et tout le reste,
mais c'était faux, ce n'est pas vrai, ils mentent et moi je n'aime pas
ça, c'est pour ça que j'ai dit que je ne voulais plus retourner
là bas »-« au début je me sentais bien
là bas, mais après, je me suis aperçue qu'ils
n'étaient pas vraiment honnêtes avec
moi »-« Ils me disent à moi que c'est bien, et par
derrière, ils disent le contraire aux
moniteurs »-« ils ont dit des choses sur moi qui
n'étaient pas vraies et moi ça ne m'a pas
plût »-« ils essayaient de me faire travailler plus
vite, ils me disaient « plus vite, plus vite, plus vite, ils
oubliaient parfois que je viens d'un ESAT ».
Pour S sa perception du travail en milieu
ordinaire est différente lorsqu'elle dit :
« je pensais que c'était beaucoup plus
difficile »-« Ça m'a fait du bien de voir autres
choses »-« Je me suis sentie plus à l'aise, j'ai
moins peur de l'extérieur ».
Conscientisation des compétences des
travailleurs handicapés, par les salariés
Lorsque je demande à madame L et
MAT ce qu'ils pensent des
compétences des travailleurs handicapés. MAT
dit: « [...] les uns et les autres ont un savoir faire qui est
d'une grande qualité. [...] ils ont les uns et les autres à coeur
de montrer qu'ils savent faire. [...] ils ont une bonne connaissance de leur
travail. Ils sont très attentifs à ce qu'ils font, s'il y a un
livre un peu abimé de suite ils me le montrent, on sent qu'ils ont envie
de produire quelque chose de qualité, j'ai l'impression que ce travail
est un travail qu'ils aiment, c'est l'impression que j'ai »
madame L : « tout à fait, ils sont
fiers de faire ce travail là et après le résultat que nous
avons, est que nos livres sont recouverts d'une manière formidable, il
n'y a aucun problème, c'est du beau travail.
Madame L dit avoir été bluffé sur leur
savoir être : « ils sont différents les
uns et les autres, certains ont plus de problème pour exprimer les
choses que d'autre, [...] ils ont tous une relation ouverte. Madame L dit
que les travailleurs handicapés : « font
extrêmement attention, et sont attentifs aux
relations » qu'ils peuvent avoir avec : «
les autres »-« J'ai trouvé que c'était des
gens très riches » qu'ils ont une : «
facilité de communication » ils sont à
: « [...] l'écoute des autres. Pas tous au
même niveau mais... beaucoup de gentillesse de leur part, de
générosité ».
Pour les usagers : le
détachement, leur a fait prendre conscience que leurs compétences
peuvent être transportables en dehors de l'ESAT. Comme le dit
S : « [...] je sais maintenant que j'ai les
capacités de travailler ailleurs, et j'ai plus de chances de partir
d'ici car je réfléchis plus que les
autres »-« j'ai de suite compris ce qu'il fallait faire,
je n'ai pas eu besoin d'aller voir plusieurs fois la personne, pour lui
redemander ce qu'il fallait faire »-« Je le suis
capable ». Madame L a dit à M
: «Que c'était bien, que j'avais bien travaillé, et
que c'est du beau boulot que j'ai fait » son moniteur d'atelier
lui demande si madame L était capable de faire aussi
bien le travail de plastification qu'elle :
« Non »-« Ce n'est pas son
métier ».
Les interactions entre les salariés de
l'entreprise et les travailleurs handicapés.
Madame L : « Je
vais vous citer des exemples : lorsque je suis allé un matin
avec B boire un café, elle m'a dit
« aujourd'hui c'est moi qui t'invite, j'ai trouvé ça
gentil, et R, voulait toujours nous aider. [...] ce que j'ai trouvé
formidable. En quinze jours, ils se sont bien
intégrés » MAT : « moi je
pense à M, qui avait un côté... qui ne connaissait pas les
conventions sociales, mais moi ça ne m'a pas trop
embêté »-« par exemple si elle n'avait pas envie de
me dire bonjour le matin, cela ne me dérangeait absolument pas, le
lendemain elle arrivait en me disant bonjour, elle n'avait pas envie de manger
avec moi et parfois elle partait un peu en catimini mais moi cela ne me
dérangeait pas plus qu'autres choses, ce sont des choses que
j'apprécie car c'est naturel » madame L :
« trouve » que les travailleurs
handicapés : « ont une facilité d'adaptation
par rapport aux gens. » elle cite pour exemple
R : « lorsqu'il rencontrait des personnes à la
machine à café il disait « bonjour comment ça
va ? » à des gens qu'il ne connaissait pas du tout,
il nous a même dit ils ne sont pas polis les gens
ici »-« pour D à partir du moment que c'était des
gens qui travaillaient ici, il pensait que tout le monde se
connaissait ».
Lors du détachement, les interactions entre les
salariés de l'entreprise et les travailleurs handicapés ont
été différentes pour chacun. Pour M
ce qu'elle a apprécié dans sa relation
avec les salariés comme elle le dit : « Là
bas, on parle, on rigole, on parle du boulot »-« Ça
c'est bien passé avec les gens là-bas, il y avait plein de
personnes qui m'embêtaient »-« Ils me taquinaient
pour plaisanter »-« J'ai fait des connaissances pendant mes
pauses, je discutais avec eux » le moniteur d'atelier dit
aussi : « il y avait aussi le midi lorsque tu
déjeunais avec les employés au restaurant de
l'entreprise ». Je lui ai demandé si dans l'entreprise
des salariés lui avaient posé des questions, sur son travail,
l'ESAT. Elle me dit : « Il y en a oui, mais je ne leur
répondais pas » Pourquoi ne pas leur avoir
répondu : « [...] ça ne les regardait
pas, c'est tout » dans la relation et les interactions qu'ils
pouvaient y avoir, M se protégeait de certaines
questions qui pour elle était trop intrusives, elle pouvait accepter la
plaisanterie. Par contre les questions qui lui semblaient de l'ordre de
l'intimité et de sa vie personnelle, elle dit : « [...]
ça ne les intéresse pas, ça ne regarde que
moi ». Pour M, l'ESAT lui apporte beaucoup,
elle ne se sent pas prête à travailler à l'extérieur
comme elle le dit : «je n'ai jamais travaillé
ailleurs »-« là bas, je me sentais bien, mais
j'avais besoin d'avoir les éducateurs avec moi ». Par
contre : « je ne dis pas que je travaille en CAT, car on m'a
plusieurs fois traitée de débile »-« à
côté de chez moi ».
Lorsqu'une personne lui demande, quel métier elle fait,
elle répond : « [...] je travaille à la
reliure de Villiers-le-Bel, mais je ne dirais pas que je travaille en
CAT»-« Je ne le dirais pas, je ne pourrais pas le
dire ».
En entendant les propos de M, j'interroge la
perception que les travailleurs handicapés ont de l'ESAT et d'eux
mêmes.
Lorsque que j'ai demandé à chaque travailleur
handicapés de l'ESAT interviewés, pourquoi ils ont
été orientés dans un ESAT, ils m'ont dit pour la
plupart : « Parce que j'ai des problèmes, quelques
problèmes mais pas beaucoup.» Chacun a un type de
problème différent lié à sa situation de vie
personnelle, son intégration sociale d'abord. Leur orientation est due
à : « [...] des difficultés en math, et
en Français ». B dit que d'être en
ESAT: « Ça
m'énerve »-« Parce qu'on est mal
payé »-« il y a aussi l'ambiance et
puis...ce n'est pas ça quoi... mais ce n'est pas grave ».
Puis : « il y a aussi l'image de l'handicapé
Gogol ». B comme S et
R, ne se reconnaissent pas dans le handicap, ce qui n'est pas
le cas de M, qui dit : « je suis reconnue
travailleuse handicapée ». R dit
j'ai : « [...] des difficultés à retenir ce
que l'on me dit, par exemple les questions que vous me posez je les
oublie ce qui m'empêche de vous répondre, je suis obligé de
redemander la question ». L'ESAT pour lui :
« permet d'apprendre un métier » mais ne
sait pas réellement ce que l'ESAT doit lui apporter en disant :
« l'ESAT m'aide au niveau familial, je crois, des trucs comme
ça ». Lorsque que je lui demande si l'ESAT répond
à ses attentes il me répond : « Je ne sais
pas, car je ne leur ais pas posé la question, mais je pense que
oui ». Pour B l'ESAT l'aide :
« Un petit peu mais pas beaucoup.» Elle
pense : « [...] qu'ils devraient nous aider plus pour aller
en milieu ordinaire, parce que là, ils ne nous aident pas, ils nous
enfoncent ». Les moniteurs d'atelier :
« [...] ne nous aident pas ».
Pour S l'ESAT : « C'est un
endroit où j'apprends un boulot, pour partir ailleurs dans un autre
endroit »-« [...] partir de là où je
suis, pour aller à l'extérieur ». À l'ESAT
« Je ne me sens pas toujours à ma
place »-« ils sont trop longs, j'ai
déjà demandé à faire des stages à
l'extérieur, j'attends toujours. Ils me disent qu'il faut que je fasse
des démarches de mon côté, mais ce n'est pas facile ;
Il faut que j'écrive un courrier et attendre la réponse, je
trouve que c'est trop long ».
Pour J, son orientation est dû
a : « des difficultés » elle
dit : « j'ai un problème de travailler vite, avant
j'avais des problèmes de communication [...]. Pour elle
l'ESAT : « c'est pour
aider »-« à mieux améliorer notre niveau pour
pouvoir partir ailleurs après ».
Chapitre 9
Les grands enseignements dégagés :
amarrés, à quai, à border...
Après un retour rapide sur les éléments
décryptés au fil de l'analyse, je me propose de présenter
les points d'interprétations essentiels qui remontent de ce travail de
recherche-action sur la pratique liée au détachement des
travailleurs handicapés issue d'un ESAT.
Le détachement est une pratique qui consiste à
mettre à la disposition de n'importe quelle entreprise des travailleurs
handicapés issue du secteur « travail
protégé ». Il participe à ce que ces personnes
s'impliquent dans la société française. Egalement
utilisé comme outil d'émancipation, d'autonomie du travailleur
handicapé en ESAT, il évolue de plus en plus comme un moyen
économique pour l'institution de placement.
L'enquête visait à saisir ce que les
différents protagonistes connaissent de la pratique du
détachement. Quelle signification elle revêt à leurs
yeux ? Quelle part de conscientisation elle recèle notamment dans
le champ de la reconnaissance par les usagers et par les autres de leurs
compétences.
Ma recherche-action sur les pratiques du détachement,
conduit par le moyen d'entretiens, montre clairement une méconnaissance
du dispositif de la part des travailleurs handicapés interrogés.
Certaines personnes de l'entreprise accueillante, interviewées, nous
confirment cette ignorance.
Evoquant le détachement, les usagers
révèlent leur méconnaissance de cette démarche. Ni
les uns ni les autres ne savent véritablement comment se déroule
ce détachement en entreprise. Une majorité d'entre eux affirme
que le choix d'aller en détachement n'est pas vraiment leur choix
raisonné mais que celui-ci est largement induit par les
éducateurs.
Si le détachement est peu connu des travailleurs
handicapés, il l'est encore moins par le personnel de l'entreprise qui
les accueille. Ainsi, dans notre enquête, la responsable affirme ne pas
connaître la pratique du détachement. Cependant, après
l'avoir mis en pratique, elle souligne que l'accueil de la personne
handicapée dans une entreprise lui paraît une expérience
très intéressante.
La problématique et les hypothèses ont pour
fondement le détachement dans le cadre de la loi de 2005.
L'hypothèse qui consiste à affirmer que ce dispositif met
davantage l'accent sur l'institution et l'entreprise accueillante, qu'elle ne
décline les conditions de l'acquisition de l'autonomie sociale des
travailleurs handicapés, est validée par les usagers de l'ESAT.
En effet tous sans exception nous disent ne pas savoir en quoi consiste un
détachement dans une entreprise ordinaire. La plupart ne connaissent
même pas la signification du terme, et encore moins le dispositif qui est
sous-tendu pour leur permettre une socialisation plus grande en prenant
conscience puis acte de leurs capacités à travailler en milieu
ordinaire comme et avec les autres travailleurs.
Par ailleurs le choix même
« d'accepter » ce dispositif est lié à la
confiance que les travailleurs handicapés ont vis-à-vis du
moniteur d'atelier, qui les invite à franchir le pas. Mais, les
témoignages éclairent que, après un temps de mise en
situation, les travailleurs handicapés se rendent compte de leurs
possibilités, de leurs capacités à réaliser des
tâches comme d'autres personnes les exécutent.
Les salariés de la banque interrogés, nous
disent avoir découvert le dispositif au moment où ils cherchaient
à intégrer des travailleurs handicapés dans leur
entreprise.
Les salariés de l'entreprise ont une idée du
handicap, véhiculée par la conscience collective, les
clichés sociaux. Ainsi, eux-mêmes se dévalorisent à
tel point qu'ils se disent incompétents pour réaliser un accueil
adapté. Ce qui peut être une raison suffisante pour qu'ils
n'accueillent pas de travailleurs handicapés.
Pour les usagers de l'ESAT les craintes d'affronter le
« normal » n'est pas lié au type d'entreprise
ordinaire ou protégé mais à la nature de la relation
humaine. L'enquête a souligné combien le détachement est
une pratique créatrice de lien social à travers les
différentes interactions qui se tissent entre le travailleur
handicapé et les salariés de l'entreprise.
L'analyse s'appuie sur les termes de relations, de
représentations (ou perceptions), de conscientisation des
compétences. Elle démontre combien travailler en milieu ordinaire
est, pour la personne en situation de handicap, un critère de
normalité.
Pour M, ses craintes étaient de
travailler dans un lieu « normal » avec des gens
« normaux », le métro car les gens la stress. Tout
comme R qui dit avoir eu peur de se perdre en prenant les
transports en commun.
Seules J et S
s'inquiètent de leur adaptation dans l'entreprise. Ce qui
inquiète J ce sont ses difficultés à
travailler vite. Pour S : les réflexions sur son
travail le conduisent à exprimer sa peur de recommencer un travail
jugé mal fait. Comme elle le dit « ça
m'agace ».
Si la crainte d'affronter le monde ordinaire est
réelle, les inquiétudes pointées (non limitées au
travail dans l'entreprise) tombent peu à peu avec la reconnaissance du
travail bien fait. Le travail en milieu ordinaire rallie progressivement les
suffrages et la préférence de certains va alors vers un contexte
d'emplois où il pourra adapter son rythme sans pour autant en faire
moins que les autres membres de l'équipe.
L'analyse montre aussi combien les travailleurs
handicapés sont très attentifs à ce qu'ils font. Ils
démontrent une bonne connaissance de leur travail, un savoir-faire de
grande qualité. S'ils sont tous différents dans leurs
comportements, attitudes, ils démontrent tous une attention
particulière aux relations humaines, une attention aiguisée
à l'entourage. L'ouverture aux uns et aux autres se traduit par la
volonté d'être acceptés comme ils sont, mais aussi de
prendre en compte leurs collègues comme eux sont.
Les modalités du détachement leur font davantage
prendre conscience de leurs compétences et plus encore, leur font
prendre conscience du « transfert » de leurs
compétences hors l'ESAT.
Une telle expérience est riche d'échanges et
d'apports réciproques. Chacun apporte, fait preuve d'une facilité
d'adaptation aux autres. Les relations de l'un à l'autre, entre les uns
et les autres, sont différentes, mais dénotent un même
fondement des pratiques du « vivre ensemble ».
Conclusion
Ce mémoire est l'aboutissement d'un long cheminement en
formation d'adultes.
Le travail de recherche-action que j'ai entrepris au fil de
mon parcours de formation DUPITH... a été pour moi l'occasion
d'interroger mes pratiques sociales et professionnelles. J'ai pu le
réaliser en m'appropriant les connaissances, les méthodes des
sciences sociales et humaines. Cette posture m'a amené à tester
un outil d'enquête : l'entretien semi directif, à collecter
les données à partir d'une problématique issue du terrain,
mise en perspective, en distance par quelques approches théoriques et
conceptuelles.
J'ai ainsi cherché à comprendre les objectifs de
la pratique du détachement qui consiste à mettre à la
disposition d'une entreprise, des travailleurs handicapés issus d'un
ESAT. En premier lieu, j'ai émis des hypothèses négatives
sur ce type de pratique. Le côté vénal, une valeur
ajoutée pour l'ESAT. Un profit sur le compte des travailleurs
handicapés.
Je souligne par mon histoire personnelle et mon parcours
professionnel, certains évènements de ma vie parfois anecdotique,
ce qui explique ma motivation, ce qu'ont été les fils qui m'ont
amenés à travailler dans le milieu du handicap.
Ce parcours me fait comprendre que l'intégration d'une
personne. D'une personne handicapée mentale, se prépare, elle ne
s'improvise pas. Que sa réussite prend du sens si elle a le sentiment de
partager avec l'autre, un minimum de culture commune, d'y prendre une place
reconnue. Elle doit être une occasion de créer du lien social. De
se construire une identité.
Je travaille dans le milieu du handicap depuis 1983. J'exerce
ma fonction de moniteur d'atelier depuis 1992 dans un ESAT. Toutes ces
années d'expérience en tant que moniteur d'atelier me font
comprendre que la mission d'un moniteur d'atelier, n'est pas que la
transmission d'un savoir faire professionnel à des personnes
handicapées. Mais aussi d'un savoir être.
Ainsi, je tente de mettre en acte dans ma fonction de moniteur
d'atelier cette affirmation de Jean Jaurès : « On
n'enseigne pas ce que l'on sait ou que l'on croit savoir : on enseigne et
on ne peut enseigner que ce que l'on est. »
Je souligne ma vision, ma conception de la fonction et la
mission d'un moniteur d'atelier.
Je fais une analyse de mes pratiques. Mon implication au sein
de l'établissement et mes services auprès des travailleurs
handicapés. La mise en place d'un projet de détachement d'une
personne de mon équipe.
Je présente les Etablissements de Service et d'Aide par
le Travail (ex : CAT), l'historique de leur création ainsi que les
différentes lois qui ont fait leurs évolutions dans le temps.
Je présente l'association le COLOMBIER, ses
différents établissements, l'ESAT de Montmagny/ Villiers-le-Bel
dont elle dépend, où j'exerce ma fonction de moniteur
d'atelier.
Je montre le fil qui m'a conduit à entreprendre mon
enquête sur la pratique du détachement.
Suite à un rapport de performance en 2007
émanant des ministères de tutelles, qui demandent à chaque
directeur d'ESAT de remplir et rendre tous les 30 avril de chaque année.
Un vent de folie règne dans notre établissement : la
pratique du détachement qui ne fait pas partie de la politique de la
direction de notre établissement, le devient.
De nombreuses recherches de détachement sont en
cours.
Un détachement dans une entreprise de matériel
cinématographique, est en cours. D'après les échos que je
peux en avoir, il ne se déroule pas bien. Les travailleurs, les
moniteurs d'atelier, vivent mal cette situation. Je ne peux pas me rendre sur
place pour faire un constat.
Je décide de mener une enquête par
téléphone auprès de mes collègues de l'ESAT de
Villiers-le-Bel.
Je leur demande un compte rendu de la situation. Ils me font
un compte rendu rapide écrit à la main. Ce compte rendu, je le
retranscris et l'intègre dans mon mémoire.
Je mène mon enquête auprès de deux
travailleuses, qui ont effectué ce détachement. En plus des trois
travailleurs qui eux ont effectué un détachement au comité
d'une banque parisienne.
Je me souviens d'un mot du directeur de
l'établissement, qui dit un matin : « le
détachement, c'est l'avenir ». Je m'interroge :
« l'avenir pour qui ? Pourquoi ?».
Ce simple mot fait émerger en moi de nombreuses
hypothèses. Je pense au côté vénal de cette
pratique, du profit financier de l'établissement. Je me dis :
« Si l'ESAT fait des détachements, c'est pour gagner plus
d'argent »-« Si la pratique du détachement
fait gagner plus d'argent à l'ESAT, elle deviendra une priorité
et un mode de fonctionnement »-« Si la pratique du
détachement devient une priorité et un mode de fonctionnement,
les usagers doivent posséder certains critères de
compétences. »-« Si la pratique du
détachement demande aux usagers de posséder certaines
compétences, il y aura un critère de sélection qui se fera
lors de l'admission en ESAT d'un usager ».
Je profite d'une occasion. Un détachement, avec les
travailleurs handicapés de l'atelier reliure de Villiers-le-Bel
s'effectue dans un comité d'entreprise. D'une banque parisienne. Je
décide de mener mon enquête sur la pratique du détachement.
Je veux savoir ce que la pratique du détachement peut apporter aux
travailleurs handicapés. Je prends de la distance avec les
hypothèses.
J'établis un questionnaire semi-directif en me basant
sur certains concepts : conscientisation,
compétences, interactions. Entre les travailleurs
handicapés et les salariés de l'entreprise. Perception du
milieu dit « ordinaire » par les travailleurs
handicapés.
Je construis mon enquête à partir d'une
problématique. Je me pose la question : « En quoi le
détachement constitue t-il une passerelle vers le milieu ordinaire de
travail pour les travailleurs handicapés issus d'un
ESAT? ».
Je pars de ce questionnement, je m'appuie sur deux
concepts :
« l'identité »-«transfert
des compétences ». De ces deux concepts,
j'émets deux hypothèses. «Le détachement, est un
moyen intermédiaire qui favorise la construction
identitaire»-«il permet aux usagers issus d'un ESAT de
prendre conscience que leurs compétences sont transportables dans
l'entreprise».
De cette première hypothèse, je fais ressortir
quatre thèmes. Je veux savoir, ce que signifie pour les travailleurs
handicapés, le terme détachement. Les
interactions entre le travailleur handicapé et les
salariés de l'entreprise. La découverte du milieu dit
« ordinaire » de travail par les travailleurs
handicapés.
De ma seconde hypothèse, je fais ressortir trois
thèmes :52(*) « savoir
faire ». Je veux savoir si les travailleurs
handicapés prennent conscience qu'ils ont un savoir faire. Que leurs
compétences sont transférables ailleurs qu'à l'ESAT.
« Savoir être » dans les
interactions, les liens qui se créent entre les travailleurs
handicapés et les salariés de l'entreprise. La
« reconnaissance/valorisation ». Que les
salariés de l'entreprise et les travailleurs handicapés
reconnaissent, les compétences. Cette reconnaissance permet à la
personne de se valoriser professionnellement, socialement.
Pour mener cette enquête j'ai sélectionné
huit personnes : cinq travailleurs handicapés de l'ESAT de
Villiers-le-Bel ; le moniteur de l'atelier reliure; les
représentants du comité d'entreprise de la banque.
La lecture que j'ai pu faire de ces paroles, donne à
voir ce que la pratique du détachement est un bon compromis. Cette
enquête ma permis de comprendre qu'elle est un moyen d'insertion,
même si l'objectif n'est pas l'embauche des travailleurs
handicapés en entreprise. Elle permet une découverte interactive
entre les travailleurs handicapés et les salariés de
l'entreprise. Ces interactions ont permis de créer du lien. De
conscientiser les compétences des travailleurs handicapés. De les
valoriser. Ça a permis aux salariés de l'entreprise d'avoir un
autre regard sur le handicap mental. De faire tomber les appréhensions
de l'un vis-à-vis de l'autre.
Quoi qu'il en soit, ce travail reste inachevé. La
richesse des matériaux, mais aussi leurs insuffisances me laissent
penser qu'il faut le poursuivre.
Les perspectives de la recherche peuvent évoluer
en projets d'actions. Ainsi des pistes peuvent être proposées et
explorées. Je propose ici quelques grandes lignes possibles
d'actions.
L'objectif de la pratique du
détachement, qui consiste à mettre à la
disposition d'une entreprise de droit commun, des personnes issues d'un ESAT.
Reste un bon compromis pour les travailleurs handicapés, l'ESAT et les
entreprises.
Le détachement permet aux travailleurs
handicapés d'accéder aux entreprises du milieu ordinaire. Comme
il est inscrit dans l'articles R344-16 : Lorsque
l'exercice d'une activité à caractère professionnel en
milieu ordinaire de travail est susceptible de favoriser
l'épanouissement personnel et professionnel et de développer la
capacité d'emploi de travailleurs handicapés admis dans un ESAT,
cet établissement peut, avec l'accord des intéressés
mettre une ou plusieurs personnes handicapées à disposition d'une
entreprise, d'une collectivité territoriale, d'un établissement
public, d'une association ou de toute autre personne morale de droit public ou
de droit privé aussi qu'auprès d'une personne physique quelles
que soient les modalités d'exercice de cette activité à
caractère professionnel en milieu ordinaire de travail, les travailleurs
handicapés concernés continuent à bénéficier
d'un accompagnement médico-social et professionnel assuré par
l'E.SA.T., auquel ils demeurent rattachés.
Pour l'entreprise, cette pratique leur permet de
répondre à un quotta de travailleurs handicapés qu'ils
doivent embaucher. C'est un avantage pour elle surtout en période de
crise économique. Avec ce type de pratique les entreprises risquent, ne
plus embaucher de personnes en situation de handicap.
Pour l'ESAT l'avantage de ce type de pratique, leur permet de
gagner plus d'argent qu'une simple prestation de service. Il répond
à sa mission d'insertion.
Ce type de pratique bien qu'étant avantageuse pour les
trois partie : le travailleur handicapé, l'ESAT et l'entreprise,
elle demande à rester vigilant de toutes dérives de la part des
entreprise et des ESAT. Le travailleur handicapé peut devenir qu'une
valeur ajoutée. La mission médico-sociale des ESAT va disparaitre
et devenir une entreprise à part entière.
Pour effectuer des détachements, l'ESAT opèrera
à une sélection de personnes performantes lors de leur admission,
pour pallier à leur équilibre économique, en remplacement
de ceux qui travaillent hors les murs de l'ESAT.
Ce constat me ramène à mes premières
hypothèses : « Si la pratique du détachement
fait gagner plus d'argent à l'ESAT, elle deviendra une priorité
et un mode de fonctionnement »-« Si la pratique du
détachement devient une priorité et un mode de fonctionnement,
les usagers doivent posséder certains critères de
compétences. »-« Si la pratique du
détachement demande aux usagers de posséder certaines
compétences, il y aura un critère de sélection qui se fera
lors de l'admission en ESAT d'un usager ».
Les perspectives de la recherche m'amène à faire
une recherche sur la pratique du détachement. Sur son évolution,
dans la pratique de l'ESAT. Sur le devenir de l'ESAT, dans sa mission
médico-sociale.
Il me semble qu'un partenariat avec les entreprises peut
être envisagé pour offrir aux travailleurs handicapés la
possibilité de travailler en milieu ordinaire.
Bibliographie
Ouvrages
BARREYRE Jean-Yves, Nouveau dictionnaire critique de
l'action sociale, Paris, Bayard, 2006, spécialement :
« Centre d'Aide par le Travail », pp. 110-112,
« Evaluation », pp. 247-248,
« Qualité », pp. 479-480
« Travail », pp. 587-589
BLANC Alain, Les handicapés au travail. Analyse
sociologique d'un dispositif d'insertion professionnelle, Paris, Dunod,
1999 (2ème éd.)
BLANC Alain, BLOCH-LAINE François, STICKER
Henri-Jacques, L'insertion professionnelle des personnes handicapées
en France.
Bilan et avenir d'un
demi-siècle d'expérience, Paris, Desclée de
Brouwer, 1998
CAMBERLEIN Philippe, Le dispositif de l'action sociale et
médico-sociale en France, Paris, Dunod, 2005
(2ème éd.), spécialement :
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usagers », pp. 65-143, et « L'aide aux personnes
handicapées », pp. 179-245
CHALAGUIER Claude, Travail culture et handicap. Des droits
de la différence aux droits de la ressemblance pour les
handicapés mentaux, Paris, Bayard, 1992
GOBRY Pascal, L'enquête interdite :
handicapés : le scandale humain et financier, Paris, Le
Cherche Midi, 2002
GOFFMAN Erving, Stigmate. Les usages sociaux du
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LEGUY Patrice, Travailleurs handicapés :
reconnaitre leur expérience. 24 établissements et services d'aide
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Ramonville-Saint-Agne, Erès, 2007
ZRIBI Gérard, SARFATY Jacques, Construction de soi
et handicap mental. L'enfant et l'adulte dans leur environnement familial,
social et institutionnel, Rennes, ENSP, 2003
ZRIBI Gérard, L'avenir du travail
protégé (Centres d'aide par le travail et
intégration), Rennes, ENSP, 1998
Rapports, articles et mémoires
BLANC Paul, Rapport d'information fait au nom de la
Commission des Affaires Sociales sur l'application de la loi N°2005-102 du
11 février 2005, pour l'égalité des droits et des chances,
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extraordinaire de 2006-2007, annexe au procès verbal de la séance
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HUBLIN Catherine, Initier une démarche
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l'École des Hautes Études en Santé Publique, 2008
ROINE Jean-Yves, Les contours et enjeux de
l'intimité en centre d'hébergement d'urgence. Les sans domicile
fixe d'un « Lits halte soins santé »,
Mémoire de diplôme des hautes études des pratiques sociales
(DHEPS), Paris, Collège Coopératif de Paris, 2008
Dossier « Le rôle des ESAT dans l'emploi des
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N°848-849, pp 11-37.
Handicap La Classification Internationale du Fonctionnement
(CIF) récemment adoptée par l'OMS.
Textes législatifs et
règlementaires
Loi du 11 février 2005 dite « Loi
pour l'égalité des droits et des chances des personnes
handicapées » qui a valorisé le travail en
ESAT en modifiant le mode de rémunération et en reconnaissant au
travailleur handicapé en ESAT de nouveaux droits,
légis.soc.-D3-n°8573 du 22 mars 2005.
Loi N°2002-2 du 02 janvier 2002 rénovant l'action
sociale et médico-sociale, publiée au Journal Officiel du 03
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Loi N°87-517 du 10 juillet 1987, en faveur de l'emploi
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Loi N°75-534 du 30 juin 1975, d'orientation en faveur des
personnes handicapées, publiée au journal officiel du 1er juillet
1975,
http://www.alize.finances.gouv.fr/criph/default.htm
Loi 2005-102 du 11 février 2005 pour
l'égalité des droits et des chances, la participation et la
citoyenneté des personnes handicapées, publiée au Journal
Officiel, N° 36 du 12 février 2005, page 2353.
Sites internet consultés :
http://informations.handicap.fr
http://vosdroits.servicepublic.fr
http://www.agefiph.fr
http://www.alize.finances.gouv.fr
http://www.anesm.sante.gouv.fr
http://www.cnsa.fr
http://www.cohesionsociale.gouv.fr
http://www.fr.wikipedia.org
http://www.halde.fr
http://www.iso.org
http://www.legifrance.gouv.fr
http://
www.sante.gouv.fr/dress
Table des matières
Remerciements p. 2
Sommaire p. 3
Index des sigles p. 4
Introduction p. 6
Première partie - Contextes personnel et des pratiques
professionnelles p. 11
Chapitre 1 - Histoire(s) d'un déracinement / enracinement
- Eléments d'autobiographie raisonnée p.
12
L'intégration malgré la différence
p. 12
L'apprentissage de la différence et de
l'intolérance p. 15
ORT et l'effacement des différences p.
16
L'armée : partages, voyages, découvertes,
rencontres avec les autres p. 17
La rencontre du handicap p. 20
Mon accident p. 21
Bénévolat p. 22
Mon embauche à l'ESAT p. 23
Chapitre 2 - Les Etablissements de services et d'aide par le
travail (ESAT) p. 25
Les évolutions législatives dans le champ du
handicap p. 25
L'évolution juridique des structures de travail
protégé et l'insertion professionnelle p.
28
Du handicap à la situation de handicap p.
30
La Reconnaissance de la qualité de travailleur
handicapé, un statut social p. 32
Définitions des termes qualité et aptitude
p. 33
Mesures en faveur de l'intégration professionnelle des
travailleurs handicapés en milieu dit « ordinaire »
p. 34
Les aides à l'emploi p.
35
La réalité économique des ESAT. Des
ressources en diminution p. 35
Le financement d'un ESAT p. 36
En ESAT, un travail protégé rigidifié
p. 36
Les conséquences de cette rigidité
p. 37
Chapitre 3 - Association Le COLOMBIER : « l'usager
au centre du dispositif p. 38
Présentation de l'association le Colombier
p. 38
Extrait du projet associatif, rédigé par le
Président de l'association, en avril 2007 p.
38
Implantation des différents établissements sur
le Val d'Oise p. 39
Le projet de déménagement de l'ESAT de Montmagny
/ Villiers le Bel p. 40
L'ESAT Le Colombier de Montmagny / Villiers le Bel - Une
mission médico-sociale réaffirmée - « L'usager
au centre du dispositif » p. 40
Personnes accueillies p. 41
Admission de la personne accueillie
p.42
Les équipes qui mettent en oeuvre les diverses formes
d'accompagnement p. 42
Parallèlement des instances participatives permettent
l'expression des travailleurs handicapés au sein de
l'établissement p. 43
Conseil de la vie sociale
Réunions pour que chaque usager ait un
représentant par atelier.
Délégués des ateliers
Commission restauration
Projets des personnes accueillies
Rencontres avec les familles
Bilan de synthèse
Réunions institutionnelles pour les cadres et
salariés de l'établissement p. 44
Population accueillie dans l'ESAT p.
44
L'établissement propose 7 ateliers de production
p. 46
Une équipe soutien p. 47
Une dynamique de l'accompagnement des personnes accueillies
p. 47
Deuxième partie - Le moniteur d'atelier et le
détachement p. 48
Chapitre 4 - Le moniteur d'atelier en ESAT p.
49
Le moniteur d'atelier p. 49
La transmission d'un savoir professionnel p.
49
La fonction de moniteur d'atelier n'est pas connue du milieu
dit « ordinaire » p. 50
Les relations entre les moniteurs d'atelier et les
travailleurs handicapés p. 51
Mais quelle est la distance appropriée ?
p 51
Chapitre 5 - Le détachement en entreprise
p. 54
Historique des détachements p.
54
Les différents articles du CASF, sont les suivants
p. 56
Chapitre 6 - Analyse de mes pratiques p.
59
L'atelier, est un lieu d'échange pour les travailleurs
p. 59
Les réunions de plénière p.
61
Les réunions des ateliers p.
61
Réunion de l'analyse des pratiques p.
61
Le moniteur d'atelier peut être porteur de projets
p. 62
Illustrons cet éclairage à la lumière des
pratiques p. 63
« Mais le hasard faisait bien les choses »
p. 64
Des moyens humain et matériel sont mis en place
p. 67
La MGEN
L'ESAT
L'usage
Lorsqu'un détachement, est fait dans l'urgence
p. 71
Différence entre une prestation de service et un
détachement p. 74
La propension du travailleur handicapé à
être détaché de l'ESAT p. 75
Préparation d'un détachement p.
75
Le rôle du moniteur d'atelier p.
76
Déroulement du détachement ou de la
prestation de service p. 76
Intérêt de la démarche du
détachement p. 77
Réflexion. Mise en action. Accompagnement du
travailleur handicapé p. 77
Troisième partie - Enquête p.
80
Chapitre 7 - Méthode de recherche - la parole des acteurs
p. 81
Les outils d'investigation p.
81
Ce que dévoilent ces entretiens p.
82
De l'analyse des données à
l'interprétation p. 82
Articulation de l'enquête p.
83
« L'interprétation et la
signification du détachement par les travailleurs et les
salariés de l'entreprise » p.
83
Avertissement p. 84
Pourquoi effectuer des détachements ?
p. 84
Cette nouvelle pratique dans l'établissement fait
émerger de nombreuses hypothèses p.
85
Construction de mon enquête p.
85
Le public d'enquête p. 86
Les travailleurs handicapés de l'ESAT p.
87
Le moniteur référent de l'atelier reliure
p. 87
Les responsables du comité d'entreprise de la
banque p. 87
Outils et lieux p. 88
Chapitre 8 - Analyse des données p.
89
Chapitre 9 - Les grands enseignements
dégagés : amarrés, à quai, à border...
p. 107
Conclusion p. 110
Bibliographie p. 115
Ouvrages p. 115
Rapports, articles et mémoires p.
116
Textes législatifs et règlementaires
p. 116
Sites internet consultés p.
117
Table des matières p. 118
Annexes (volume séparé)
« Une escale, pour découvrir
un autre rivage »
Le détachement en entreprise
Transporter ses connaissances et
compétences
hors les murs de l'ESAT
Résumé
Le Centre d'Aide par le Travail, aujourd'hui nommé
Etablissement et Services d'Aide par le Travail est une structure à
vocation médico-sociale mais, son fonctionnement le pousse vers
l'économique. Prévu à l'origine pour être un lieu de
passage l'E.S.A.T. aujourd'hui apparait sous une réalité bien
différente. Le passage de l'E.S.A.T. vers 1'atelier
protégé, aujourd'hui Entreprise Adapté ou le milieu dit
« ordinaire » peut être difficile pour le travailleur
handicapé.
La personne handicapée qui arrive à
l'E.S.A.T. a souvent un parcours institutionnel important conditionnant son
identité. Dans le contexte de l'E.S.A.T., le travail et les changements
de statut font évoluer l'identité du travailleur
handicapé. Toutefois, comme l'a écrit WILLEM Richard dans son
mémoire D.U.P.I.T.H de 1999, pris d'un texte de Marcel Calvez : "
l'individu habite un monde défini par des caractéristiques
institutionnelles" se traduisant par une socialisation particulière.
La pratique du détachement individuel, permet
d'organiser une rencontre protégée entre les entreprises et les
travailleurs handicapés issue du secteur de travail
protégé. Cette expérience est susceptible d'enrichir la
palette d'apprentissages sociaux et professionnels que seul l'E.S.A.T. ne peut
fournir.
Cette expérience, peut-elle répondre
à une insertion différente ou complémentaire que celle
proposée à l'E.S.A.T. ? Permet-elle de faire prendre conscience
aux travailleurs handicapés que leurs compétences peuvent
être transportables ailleurs que l'ESAT ?
Les cas analysés dans l'E.S.A.T. le COLOMBIER
à Villiers-le-Bel et le personnel de l'entreprise accueillante,
permettent d'apporter une réponse nuancée à ces
différentes questions.
Mots-clefs
Travailleurs Handicapés - travail en milieu
« ordinaire » - interactions - conscientisation, transfert
de compétences, ESAT
* 1 Les Entreprises
adaptées (anciennement dénommées ateliers
protégés) sont des unités économiques qui offrent
une activité professionnelle adaptée aux possibilités de
travailleurs handicapés qui ne peuvent, temporairement ou
durablement, s'insérer dans le milieu ordinaire mais qui
possèdent une capacité de travail supérieure à
celle des travailleurs d'
ESAT.
* 2 Le milieu ordinaire de
travail regroupe les employeurs publics et privés du marché du
travail « classique ».
* 3 Loi 2005-102
* 4 Loi 2005 -102 du 11
février 2005, par le décret N°2007-874 du 14 mai 2007 dans
ses articles relatifs à la mise à disposition (C.A.S.F.) :
articles R344-16 à R344-21.
* 5 En ESAT, les personnes
accueillies ont une reconnaissance en qualité de travailleur
handicapé, que l'on nomme RQTH.
* 6Art. L. 344-2-4 du
C.A.S.F.
* 7 RICHARD Willem, Le
détachement en entreprise : un levier pour l'insertion ? Trajectoires et
construction identitaire de travailleurs handicapes dans deux C.A.T.
vendéens, Mémoire DUPITH, Rennes, Collège
Coopératif en Bretagne, 1999
* 89 Jean-Jacques Jordi,
De l'exode à l'exil. Rapatriés et pieds-noirs en
France : l'exemple marseillais, 1954-1992, L'Harmattan, Paris,
2000
* 10 Organisation
Reconstruction-Travail
* 11 Combattant
d'élite, responsable des actions de choc au contact de l'adversaire
* 12 N°57- 1223 du 23
Novembre 1957
* 13 Article 163 du Code de
la Famille et de l'aide sociale
* 14 Article 167 du Code de
la Famille et de l'Aide Sociale.
* 15 Cours des
comptes, « les politiques sociales en faveur des personnes
handicapées adultes », rapport au président de la
république, Direction des journaux officiels 1993, p.12.
* 16 Reprise de la loi du 10
juillet 1987
* 17 Association de Gestion
du Fonds pour l'Insertion professionnelle des Personnes Handicapées
* 18 Fonds pour l'insertion
des personnes handicapées dans la fonction publique
* 19 Les modalités de
fixation de cette rémunération garantie sont
précisées par les articles
R.
243-5,
R.
243-6 et
R.
243-7 du Code de l'action sociale et des familles
* 20 Dictionnaire critique
d'Action sociale, troisième éd. Collection « travail
social » Paris, BAYARD EDITIONS, 1995, pp 187 à 191.
* 21
* 22 Loi du 11
février 2005.
* 23 Dictionnaire critique
d'Action sociale, troisième éd. Collection « travail
social » Paris, BAYARD EDITIONS, 1995, p 190.
* 24 Définition issue
du dictionnaire Hachette 2005 8 D.R.E.S.S. : Direction de la Recherche, des
études, de l'Évaluation et des Statistiques
* 25 LE PETIT LAROUSSE ILLUSTRE 2002,
page842.
* 26 Dictionnaire encyclopédique
de l'éducation et de la formation- collection
« réf. »NATHAN, page 73.
* 27 Dictionnaire de
sociologie-collection DICTIONNAIRES Le ROBERT/SEUIL, page 31.
* 28 LE PETIT LAROUSSE ILLUSTRE 1995,
page 251.
* 29 Dictionnaire de sociologie-
collection DICTIONNAIRES Le ROBERT/SEUIL, page 96.
* 30 Source : « Le métier
de directeur, technique et fiction » éditions E.N.S.P., 2005, page
178
* 31 MIRAMON Jean-Marie :
Educateur spécialisé de formation, directeur
d'établissement spécialisé, enseignant à l'Ecole
nationale de la santé publique (ENSP) pendant huit ans, est actuellement
directeur général de l'Association départementale
d'animation et de gestion d'établissements spécialisés
(ADAGES) à Montpellier. Il participe à l'enseignement de
plusieurs diplômes universitaires spécialisés dans la
gestion de l'entreprise sociale.
* 32 Service d'Éducation
Spéciale et de Soins à Domicile
* 33 Institut
Médico-éducatif
* 34 Service
d'Accompagnement à la Vie Sociale
* 35 Reprise des termes de
la loi 2005-102
* 36 Convention collective
nationale de travail des établissements et services pour personnes
inadaptées et handicapées du 15 mars 1966.
* 37 Pour HALL, nom complet
Edward Twitchell Hall, anthropologue Américain, Le
concept de la proximité, distance physique qui s'établit entre
des personnes prises dans une interaction. Dans son livre « La
dimension cachée » 1966, où il décrit la
dimension subjective qui entoure quelqu'un et la distance physique à
laquelle les individus se tiennent les uns des autres selon des règles
culturelles subtils.
* 38
Légis.soc.-D3-n° 8573 du 22 mars 2005
* 39 Code de l'Action
Sociale et des Familles
* 40 Mutuelle
générale de l'éducation nationale (une maison de
retraite)
* 41Dictionnaire de
sociologie- collection DICTIONNAIRES Le ROBERT/SEUIL- 1999, page 264
* 42 Dictionnaire de
sociologie- collection DICTIONNAIRES Le ROBERT/SEUIL- 1999, page 274
* 43 Les guides d'entretien,
sont mis en annexe.
* 44 Ce terme de tuteur peut
interpeller certaines personnes, tout dépend de l'interprétation
que chacun en fait.
Pour moi ce terme de tuteur représente la personne qui
durant tout le déroulement de cette prestation, va être
présente pour orienter, diriger, corriger les erreurs pour que les
travailleurs mènent à bien leur travail.
* 45 Coordinateurs, les
personnes du C.E, sont les donneurs d'ordre. Les travailleurs ont
été mis sous leur responsabilité durant la durée de
ce détachement, ils sont le lien qui unit les travailleurs à
l'E.S.A.T. et vis versa. En cas de difficulté rencontrée avec le
travail ou avec les usagers, ils interviennent et informent
l'établissement.
* 46 Ces trois thèmes
sont les compétences des travailleurs handicapés. La
conscientisation de leurs compétences.
* 47 Section d'Adaptation
Spécialisée pour handicapés mentaux.
* 48 Hors institution.
* 49 La curatelle
renforcée : article 472 du Code civil. La curatelle
renforcée, basée sur l'article 472 du code civil, renforce les
pouvoirs du curateur. Cette formule se rapproche un peu plus du système
de la tutelle, tout en demeurant plus souple.
Voir :
http://www.capretraite.fr/curatelle-simple-et-curatelle-renforcee-180-143-46.html
* 50 Comme tous les
moniteurs d'atelier d'E.S.A.T. avant de travailler dans le secteur
médico-social, ils viennent de l'entreprise dont ils sont tous
issus.
* 51 En parlant de
M
* 52 Ces trois thèmes
sont les compétences des travailleurs handicapés. La
conscientisation de leurs compétences.
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