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Enseignant. E. S. et animateur. E. S face à  la socialisation genrée des jeunes

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par Noémie Lequet
Université Bordeaux 2 Segalen - Master sociologie : ingénierie et intervention sociales 2012
  

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PARTIE 1 - CADRE THEORIQUE ET METHODOLOGIQUE

« La méthode, c'est le chemin, une fois qu'on l'a parcouru. »

Marcel Granet

I- Cadre théorique : les « gender studies »

Cette étude s'appuie et s'inspire fortement des théories et des réflexions nées des études sur le genre. Il est donc apparu nécessaire d'en donner ici les contours.

Thomas Laqueur, dans La fabrique du sexe (Bereni et al., 2008), distingue deux formes de patriarcat1. Le patriarcat pré-moderne, ou cosmologique, pour lequel il n'y a qu'un seul sexe, les différences génitales observées seraient alors dues au fait que ce que certains ont dehors, d'autres l'ont dedans. Il s'agit donc plutôt d'un continuum. Le genre définissant alors le sexe, il s'agit de maintenir l'économie de distinction entre les genres.

La modernité occidentale apporte une rupture avec ce patriarcat cosmologique prémoderne. En effet, les scientifiques inventent la rupture entre nature et culture. La différence entre les sexes s'explique désormais par la science et devient incontestable. Avec cette naturalisation, le sexe devient central puisqu'il fait le genre. Comme le souligne Françoise Héritier, cette binarité essentialisée est hiérarchisée. « Dans le monde entier, les systèmes conceptuels et les systèmes langagiers sont fondés sur ces oppositions binaires, qui opposent des caractères concrets ou abstraits et qui sont marquées toujours du sceau du masculin ou du féminin [...] : chaud/froid, lourd/léger, dur/mou, actif/passif, rapide/lent, fort/faible, [...] rationnel/irrationnel, transcendant/immanent ou même culture/nature... » (Héritier, 2002). C'est avec la volonté de lutter contre cette hiérarchisation que les féministes vont développer le concept de genre.

1- Le genre : concept issu des luttes féministes

Le terme de genre est né de la volonté de distinguer le social du biologique, de rendre compte de l'idée de construit social. En effet, les premières études sur le genre entre les années 1930 et 1970 ont développé cette théorie afin que « le "genre" [soit] distingué de la notion commune de "sexe" pour désigner les différences sociales entre hommes et femmes qui n'étaient pas directement liées à la biologie » (Bereni et al., 2008). Il s'agissait donc d'un processus de dénaturalisation des différences. Ainsi, les comportements typiques de l'homme et de la femme deviennent le résultat d'un construit social. L'anthropologue Margaret Mead

1 « Système de subordination des femmes qui consacre la domination du père sur les membres de la famille » (Bereni et al., 2008)

montre que dans certaines sociétés océaniennes, les qualités considérées comme naturelles chez l'homme et chez la femme peuvent être très différentes de celles que nous y associons en occident (Mead, 1963). Simone de Beauvoir clame que l' « on ne nait pas femme, on le devient ».

Cette articulation entre sexe et genre sera ensuite critiquée. Ainsi, dans les années 1990, Judith Butler soulignera que cette conception du rapport entre sexe et genre contribue à renforcer l'apparente naturalité de la division mâle/femelle, en confirmant la binarité naturelle du sexe. Dans la même idée, pour l'historien américain Thomas Laqueur, « non seulement le genre - sexe social - n'est pas déterminé par le sexe, mais le sexe lui-même n'est plus appréhendé comme une réalité naturelle » (Bereni et al., 2008). Il y a donc remise en question d'une base naturelle et biologique du sexe, et de la séparation en deux genres hiérarchisés l'accompagnant.

Pour les féministes matérialistes2, le genre n'est pas un simple fait social, il est un rapport social dichotomisant. Ainsi, il s'agit d'analyser comment « le genre, non seulement divise l'humanité en deux groupes distincts, mais le fait en outre de manière hiérarchique » (Bereni et al., 2008). Alors, le genre n'est plus une conséquence du sexe mais le précède et le détermine. Le concept de patriarcat est central dans cette analyse, puisqu'il est la réalisation d'une domination non pas naturelle, mais matérielle d'un groupe sur un autre.

Le post-féminisme queer3, développé par Judith Butler, cherche à déconstruire les catégories de genre, de sexe. Cependant, l'horizon n'est pas l'abolition du genre mais la multiplication des formes de genre. Cette multiplication aurait un effet subversif sortant l'individu de l'obligation d'être conforme à une norme binaire.

2 Le féminisme matérialiste est un courant du féminisme qui s'est développé dans les années 1970. Pour les féministes matérialistes, « il n'existe pas de dominations naturelles, il n'existe que des dominations matérielles motivées qui expliquent la constitution de groupes dominants et dominés » (Bereni et al., 2008).

3 « Terme anglais signifiant "étrange", fréquemment utilisé comme une insulte visant à stigmatiser les homosexuels ou toute autre catégorie de personne n'entrant pas dans la norme du genre. C'est par une opération de "retournement du stigmate" qu'avec ironie s'est créé un mouvement politique queer, à la fin des années 1980 et au début des années 1990, revendiquant un positionnement politique contestataire. Tout en considérant les identités comme non-essentielles, ce mouvement s'affirme par une revendication identitaire stratégique visant à faire des minorités et des identités sexuelles le lieu de la contestation des normes dominantes » (Bereni et al., 2008).

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