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L'eau, source de conflits: cas de la Guinée, quelles approches de solutions?

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par Mamadou Hafiziou BARRY
Institut international d'ingénierie de l'eau et de l'environnement  - Master 2 en gestion intégrée des ressources en eau 2009
  

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III-2 Les conflits liés à l'eau et leurs types

On parle de conflit, litige ou différend lorsque l'on est en présence de deux ou plusieurs prétentions contradictoires ou inconciliables sur un objet déterminé, ici l'eau. Une partie avance une prétention qui est contestée par l'autre. Tant que la prétention d'une partie n'a pas fait l'objet de contestation par l'autre partie, il n'y a pas de conflit mais simplement un risque de conflit. Le risque de conflit désigne la situation qui précède la naissance d'un conflit [GARANE, 2008].

On note deux types de conflits liés à l'eau :

- Les conflits d'usages : dans ce cas de figure, une partie s'oppose à l'utilisation de l'eau par une autre. C'est l'utilisation concurrente.

- Les conflits liés à la protection de l'eau : ce type de conflit est noté lorsque, par exemple, la population voisine d'une usine s'insurge contre la pollution occasionnée par celle- ci.

III-2-1 Les causes des conflits liés à l'eau

Les causes de conflits liés à l'eau sont nombreuses. Parmi elles, on y dénombre : la mauvaise organisation, la mauvaise répartition des ressources, les intérêts égoïstes des parties lors de la construction des ouvrages, le manque d'eau dans les agglomérations, la cherté des factures d'eau, la corruption qui gangrène la société de gestion de l'électricité (Electricité de Guinée - EDG) et les branchements clandestins.

III-2-2 Acteurs et usages de l'eau

En Guinée, plusieurs acteurs interviennent dans le secteur de l'eau. On peut citer parmi ces acteurs : les départements ministériels (Hydraulique et Energie, Environnement, Agriculture et Elevage, Mines et Géologie, Santé publique, Défense Nationale, Eaux et Forêts ....), les collectivités locales, les ONG. Cette gestion sectorielle de la ressource entraîne des gaspillages à cause du manque de coordination. Cette situation, renforcée par le caractère embryonnaire du processus GIRE engagé depuis avril 2010, conduit le plus souvent à des conflits d'usages entre les différents acteurs. La gestion de l'eau est

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donc très difficile dans ce cas de figure à cause du fait que les responsabilités des acteurs chevauchent le plus souvent.

III-2-3 Typologie des conflits

Les conflits liés à l'eau résultent d'une interaction entre la ressource elle-même et les pratiques liées à son utilisation. En Guinée, la présence de plusieurs acteurs caractérisés chacun par des comportements différents les uns des autres et des besoins souvent antagoniques font que la ressource constitue une source potentielle de conflit si cette situation perdure.

De façon générale, Il existe en effet, plusieurs types de conflits liés à l'eau. Ce sont :

+ les conflits entre personnes publiques (Etats, Etats fédérés, Collectivités locales, établissements publics) ;

+ les conflits entre personnes publiques et personnes privées (Etat- personnes privées, collectivité locale- personnes privées, établissements publics-personnes privées) ;

+ les conflits entre personnes privées (individus, associations, entreprises, ONG) [GARANE, 2008].

Les conflits liés à l'eau en Guinée obéissent à cette classification générale. III-2-4 Causes des conflits internes :

' Les barrages : la construction de ces ouvrages de grande envergure entraine

toujours des contradictions. En effet, les populations qui vivaient aux abords du site sont délogées avec toutes les conséquences que cela comporte pour leur culture et leurs conditions de vie. Cela conduit le plus souvent à un appauvrissement de la population concernée. Lors de la construction du barrage de Garafiri dans la Région de Kindia, les populations environnantes avaient été déplacées mais les conditions de leur relocalisation n'ont guère été satisfaisantes pour elles.

' Accès des femmes au niveau des points d'eau : A Conakry et dans certaines

agglomérations à l'intérieur du pays, les populations sont obligées de faire le rang autour des forages et les quelques rares robinets de la Société des Eaux de Guinée (SEG) pour l'obtention d'une quantité minimale d'eau. On y rencontre le plus souvent les femmes et les enfants. Le non respect du tour, la mauvaise organisation et les frustrations sont les principales causes du déclenchement des conflits. Ces derniers se manifestent d'abord par des disputes banales et se terminent par des coups de poing. Ces frustrations et bagarres sont observées le plus souvent dans les quartiers pauvres de la capitale.

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v' Pollution des eaux : les eaux guinéennes sont protégées contre la pollution au

sens des articles 31 et 32 du chapitre 9, du Code de l'Eau. L'évacuation et le déversement dans les eaux, l'immersion ou l'élimination de déchets dans les eaux continentales sont soumises à l'autorisation préalable du Ministre chargé de l'Environnement en concertation avec celui de l'Hydraulique et de l'Energie [Loi n°L/94/ 005/CTRN du 15 février 1994].

Le manque de signature des décrets d'application de ce code fait que les entreprises évoluent souvent sans une grande considération pour la protection des eaux. Par exemple, on note des problèmes de pollution des eaux à l'aval de l'Usine d'alumine de Fria. On retrouve dans les eaux de la soude issue des fuites enregistrées lors du processus de fabrication de l'alumine. En conséquence, les animaux sont victimes ainsi que les populations utilisant ces eaux. Les eaux souterraines sont également contaminées à certains endroits. Si cette pollution n'est pas maîtrisée, elle pourrait être source de conflits entre les populations et l'usine.

En Haute Guinée notamment à Siguiri (environ 800 Km au Nord Est de Conakry), à cause de l'exploitation artisanale d'or et de diamant, les eaux sont polluées dans ces endroits et entrainent des maladies au sein des populations.

A Kamsar, dans la Préfecture de Boké, la Compagnie des Bauxites de Guinée avait causé en 2008 une grande pollution de la mer à cause d'une importante fuite au niveau de l'usine.

v' La distribution de l'eau : l'Organisation des Nations Unies a indiqué que « le

droit à l'eau consiste en un approvisionnement suffisant, physiquement accessible et à un coût abordable, d'une eau salubre et de qualité acceptable pour les usages personnels et domestiques de chacun » [ONU ; 2002]. Malgré cette prescription, l'on constate que « dans les zones urbaines, la source d'eau la moins coûteuse et la plus fiable est souvent celle disponible auprès du service d'approvisionnement qui entretien le réseau. Les ménages pauvres sont moins susceptibles d'être raccordés à ce réseau et courent un risque plus grand d'obtenir leur eau à partir de diverses sources non potables » [PNUD ; 2006]. C'est le cas de la banlieue de Conakry laissée pour compte depuis la fin des années 1990. Les marges de manoeuvres des populations sont limitées. Soit elles se procurent de l'eau à partir de forages privés, soit elles utilisent des puits traditionnels avec tous les risques que cela comporte, soit elles achètent au niveau des rares robinets qui laissent passer encore quelques gouttes d'eau, soit elles achètent des camions citernes pour les constructions.

Cette distribution mal organisée augmente la frustration des populations et leur hostilité vis- à- vis de la Société des Eaux de Guinée.et soulèvent des conflits.

v' Les coûts élevés de l'eau : la distance qui sépare les populations du lieu

d'approvisionnement fait gonfler les prix. A mesure que l'eau passe par les
intermédiaires, qui ajoutent leurs propres coûts de transport et de commercialisation, les

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prix montent. Les personnes pauvres habitant les bidonvilles payent généralement 5 à 10 fois plus cher le litre d'eau que les personnes riches habitant la même ville [PNUD ; 2006]. Il convient de noter que les coûts d'abonnement sont très élevés en Guinée vu le niveau de vie des populations. A ces coûts, il convient d'ajouter les lenteurs dans la mise en place des branchements. Cette situation entraîne des fraudes sur le réseau. De nos entretiens, nous avons relevé plusieurs formes. Ce sont :

a) Le vol des compteurs : pour pouvoir bénéficier de la facturation forfaitaire, la majeure partie des populations de la banlieue de Conakry a entrepris le démantèlement systématique des compteurs sous la complicité de certains agents de la SEG. Cette facturation forfaitaire permet aux populations d'utiliser de manière abusive l'eau créant des déficits énormes dans le recouvrement des investissements ;

b) Les abonnements clandestins : certaines personnes, en complicité avec des plombiers qui parfois sont bénévoles, parfois des agents de la SEG, font des piquages sur le réseau pour l'approvisionnement en eau de leurs domiciles. Ces opérations se font le plus souvent nuitamment à l'abri des regards indiscrets.

c) Les by pass : certains individus utilisent des by pass pour contourner le compteur pendant une bonne partie du mois pour réduire ainsi les coûts qu'ils doivent payer à la SEG ;

d) Le calage et le camouflage des compteurs : pour réduire leurs factures, certains abonnés font recours à cette pratique. Certains enterrent les compteurs rendant ainsi difficile la lecture des données par les agents de la SEG.

v' L'eau, ressource sacrée : dans certaines régions de la Guinée, les têtes de

source sont protégées. Ainsi, l'accès à ces têtes de source passe par un rituel digne de nom. Par exemple, la tête de source du Bafing en Guinée (Mamou) est sous la garde des sages de la localité. La succession au niveau de la chefferie se fait de manière héréditaire. Pour dissuader les plus récalcitrants, des croyances sont développées autour de la profanation des sources. L'on entendrait dire par exemple, celui qui profane cette source se retrouvera aussitôt aveugle.

Du point de vue culturel, l'eau est aussi utilisée pour les ablutions, les baptêmes des nouveaux nés, les mariages, .... Elle intervient aussi dans l'initiation. Si de ce point de vue, elle présente des avantages pour la société, du côté de l'éducation, elle présente des contraintes. En effet, à cause du manque d'eau, beaucoup hésitent à envoyer leurs enfants à l'école, c'est le cas surtout de leurs filles. Ces cas sont notés très souvent dans les zones rurales où le taux d'analphabétisme est élevé.

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"Nous voulons explorer la bonté contrée énorme où tout se tait"   Appolinaire