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Analyse socio-économique de la production des plantes à  racine et tubercule en Province Cankuzo: cas de la commune Gisagara au Burundi

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par Jaffar RUSHIGAJE
Université du Burundi - institut supérieur d'agriculture - Ingénieur industriel en agriculture 2010
  

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ANALYSE SOCIO-ECONOMIQUE DE LA PRODUCTION DES RACINES ET TUBERCULES DANS LA PROVINCE DE CANKUZO : cas de la commune GISAGARA

0. INTODUCTION

L'économie burundaise est basée sur divers secteurs : agriculture, commerce, industrie, tourisme.

Nul ne peut contester la contribution de l'agriculture au développement socio-économique du pays en général et des ménages en particulier. Elle est caractérisée par une diversité des systèmes de production axés sur l'élevage, la pêche, l'exploitation forestière, la culture des plantes industrielles et vivrières.

L'intérêt porté à chacun de ces systèmes est relatif d'une exploitation à l'autre. Cependant, les cultures vivrières jouent un rôle socio-économique important dans la grande partie des exploitations.

Elles sont constituées d'un grand groupe de plantes (légumineuses, céréales, les amylacées). Tous ces groupes de plantes assurent le maintien de l'équilibre alimentaire et socio- économique des populations mais les plantes amylacées parmi lesquelles les R&T offrent de multiples avantages. Les R&T sont adaptés dans diverses zones agro-écologiques du pays. Ils constituent la base de l'alimentation et source de revenus pour plusieurs ménages. En plus, les R&T peuvent être de multiples usages. Certains peuvent être consommés crus ou cuits, accompagnés ou non, assaisonnés ou non car ils renferment de la fécule. D'autres servent de matière première à l'industrie : d'eux, on peut extraire de l'amidon textile, de biocarburant, etc. La commercialisation des R&T est une activité qui passe entre plusieurs personnes depuis le producteur jusqu'au consommateur. Ceci contribue à occuper une grande partie de la population et à ajouter de la valeur à chaque étape de la filière.

Au Burundi, les techniques de production, de transformation sont restées archaïques ce qui occasionne d'énormes pertes. Le commerce de R&T est aussi inorganisé et est toujours informelle.

1. Question origine

Les plantes à R&T sont rencontrées dans presque toutes les exploitations des ménages et les marchés de la commune Gisagara. Quelle serait l'importance socio-économique de la production des R&T pour les ménages et la commune Gisagara ?

2. Problématique de recherche

Durant plusieurs années, les R&T ont été un puissant moteur de croissance de l'économie des ménages ruraux et urbains. Ceci reflète leur importance croissante en tant que culture de rente et aliment de base en milieux ruraux et urbains. La culture ne cesse de s'étendre depuis les champs de colline et dans les bas fonds humides et sont cultivés sans interruption toute l'année. Les agriculteurs cherchent à planter de variétés plus productives à travers différents échanges de matériel de plantation : entre amis, voisins, les marchés et les centres semenciers et vont même s'approvisionner en Tanzanie voisine, etc.

Les produits alimentaires à base de R&T continuent à dominer les chaînes de distribution à court et à long terme. La taxe sur les R&T contribue à améliorer l'état de finances de la commune Gisagara.

La production, la transformation et la commercialisation fournissent des moyens de subsistance significatifs à plusieurs ménages (producteurs, transformateurs, commerçants de gros et de détail et transporteurs).

En dépit de tous ces avantages, peu de gens et institutions leur accordent la place qu'ils méritent. Les activités de production, transformation et de commercialisation sont presque entièrement informelles, peu organisées et la vulgarisation ne s'occupe pas beaucoup de la culture des R&T.

3. Objectifs de ce travail

Notre travail intitulé : ANALYSE SOCIO-ECONOMIQUE DE LA PRODUCTION DES RACINES ET TUBERCULES DANS LA PROVINCE DE CANKUZO :Cas de la commune GISAGARA a pour but d'esquisser l'intérêt de la culture des Racines et Tubercules à travers le fonctionnement des systèmes de production et de stimuler tous les acteurs concernés à multiplier les efforts en vue de promouvoir la production des R&T.

Le choix de la commune Gisagara pour la réalisation de notre étude a été guidé par le fait qu'elle est frontalière avec la Tanzanie avec une route nationale qui unit les deux endroits. Cette route favorise l'échange de matériel végétal et des produits issus des R&T et par conséquent contribue d'une manière ou d'une autre à la vie socio économique de la commune Gisagara.

4. Hypothèses de recherche

1. Les racines et tubercules couramment cultivés dans la commune Gisagara occupent une place de choix dans le système de culture;

2. Les R&T contribuent beaucoup dans les revenus de ménages de la commune Gisagara ;

3. La vulgarisation ne parvient pas à répondre aux besoins des exploitations de la commune Gisagara ;

4. La plupart des travaux effectués en faveur des R&T sont exécutés par les femmes ;

5. Les R&T contribuent à améliorer les finances de la commune.

5. Méthodologie de travail

Pour y parvenir, nous avons d'abord consulté les données existantes dans certaines institutions et réalisé une enquête (observations et interview).

6. Les principales articulations du travail

Le présent travail est subdivisé en deux principales parties suivantes :

1. Analyse bibliographique qui donne la situation de référence de la culture des R&T dans le monde en général et au Burundi en particulier.

2. Etude pratique qui contient la présentation de la zone d'étude et du cadre méthodologique de travail, la présentation et la discussion des résultats et la conclusion et les recommandations.

CHAP I : LES SYSTEMES DE PRODUCTION AGRICOLES

I.0. Introduction

Selon la FAO, un système de production agricole est la représentation qui s'approche de la réalité dont nous disposons sur la manière de penser et de décider des agriculteurs.

Ce chapitre traite les différentes combinaisons productives (productions animales ou/et végétales, les moyens de production mis en oeuvre et la force de travail mobilisée), les aspects socio - économiques au niveau des exploitations agricoles en mettant en évidence les systèmes de production agricoles rencontrés dans le monde en général et au Burundi en particulier, la place occupée par les R&T au niveau de ces systèmes.

I.1. Les R&T dans les systèmes de production

I.1.1. Dans le monde

Au niveau mondial, la pomme de terre est la plus importante culture parmi les R&T (production en 1998 : plus de 295 millions de tonnes). Elle est suivie du manioc (plus de 158 millions de tonnes) et de la patate douce (environ 129 millions de tonnes). En Afrique, en revanche, le manioc vient au premier rang (production de 1998 : environ 90 millions de tonnes), suivi par les ignames (environ 34 millions de tonnes), la pomme de terre (environ 9 millions de tonnes), la patate douce (environ 8.5 millions de tonnes) et les aracées (environ 6.5 millions de tonnes) ( www.fao.org).

I.1.2. En Afrique

En Afrique, il existe une grande diversité de systèmes de production agricole. En Afrique subsaharienne dont fait partie le Burundi, nous y rencontrons 15 systèmes de production repris dans le tableau ci-dessous.

Système de production

Superficie

(% de la région)

Pop.Agric

(%de la région)

Principaux moyens

d'existence

Irrigué

1

2

Riz, coton, cultures maraîchères, cultures pluviales, bovins, volailles

Cultures arboricoles

3

6

Cacao, café, palmier à huile, hévéa, ignames, maïs, travaux non agricoles

Axé sur la forêt

11

7

Manioc, maïs, taro, haricot

Riz-arboriculture

1

2

Riz, banane, café, maïs, manioc, cultures maraîchères, élevage, travaux non agricoles

Cultures pérennes des hauts

Plateaux

1

8

Banane, plantain, café, manioc, patate douce, haricots, céréales, élevage, volaille, travaux non agricoles

Mixte tempéré des hauts plateaux

2

7

Blé, orge, tef, pois, lentilles, haricots, navette, pomme de terre, moutons, élevage, volaille, travaux non agricoles

Cultures à racines et tubercules

11

11

Igname, manioc, cultures maraîchères, travaux non agricoles

Mixte axé sur les céréales et les

Tubercules

13

15

Maïs, sorgho, mil, manioc, ignames, cultures maraîchères, bovin

Mixte axé sur le maïs

10

15

Maïs, tabac, coton, bovins, chèvres, volailles, travaux non agricoles

Association de grandes exploitations

Et petits exploitants

5

4

Maïs, légumineuses à grain, tournesol, bovins, moutons, chèvres, montants envoyés par les proches

Agropastoral axé sur le mil/sorgho

8

8

Sorgho, mil, légumineuses à grain, sésame, bovins, moutons, chèvres, volaille, travaux non agricoles

Pastoral

14

7

Bovins, chameaux, moutons, chèvres, montants envoyés par les proches

Dispersé (aride)

17

1

Maïs irrigué, cultures maraîchères, palmiers dattiers, bovins, travaux non agricoles

Pêche côtière artisanale

2

3

Pêche maritime, noix de coco, noix d'anacardier, banane, igname, fruits, chèvres, volaille, travaux non agricoles

Urbain

<1

3

Fruits, cultures maraîchères, produits laitiers, bovins, chèvres, volaille, travaux non agricoles

Source : Données et expertise FAO

La popularité des R&T en Afrique s'explique entre autre par le fait qu'elles s'insèrent particulièrement bien dans le système culturaux traditionnels lesquels se caractérisent par plusieurs cultures en association dans un même champ.

Les R&T sont généralement moins sensibles aux ravageurs et maladies que les céréales et les légumineuses. En cas d'attaque, il est extrêmement rare que l'on est des pertes de R&T très sérieuses, voire totales .En ce qui concerne les mauvaises herbes, certains R&T ont des avantages compétitifs, comme la patate douce qui recouvre très vite le sol de ses feuilles, ou le manioc, qui, en en état de développement avancé, porte un feuillage dense, ou encore, les aracées qui ont des feuilles particulièrement grandes et larges.

Le manioc, patate douce et les aracées supportent assez bien la pauvreté de nombreux sols africains sans apport d'engrais chimiques, ce qui est décisif pour les paysans, qui ne disposent pas de moyens suffisants pour s'en procurer.

Parmi les pays africains produisant des quantités de R&T significatives par rapport au niveau mondial, on peut citer par ordre d'importance :

§ Le Nigeria : premier producteur mondial d'ignames avec 24 millions de tonnes, de taro (4millions de tonnes environ), deuxième producteur de patate douce en Afrique (plus de 1.5 millions de tonnes).

§ La RDC qui produit environ 11 % du manioc mondial (17 millions de tonnes).

§ La Côte d'Ivoire, où 8 % de la production d'ignames (près de 3millions de tonnes) sont récoltés chaque année ( www.fao.org).

Dans le contexte national, beaucoup d'autres pays africains dépendent des R&T de manière comparable à ces trois grands producteurs. Il s'agit de : Angola, Bénin, Burundi, Cameroun, les Comores, Gabon, Ghana, Guinée équatoriale, Ethiopie, Kenya, Madagascar, Mozambique, RCA, Rwanda, Tanzanie et le Togo (Oswald, 1995).

La production est en majorité assurée par les petites exploitations paysannes visant à assurer leur propre subsistance. On estime que plus de 80 % des R&T produites en Afrique sont destinées à la consommation humaine (Bokanga et Djoussou, 1996).

L'importance économique des R&T s'explique entre autre par le fait que leur transformation est fréquente et crée des possibilités de création de revenus. En ce qui concerne le manioc, les quantités transformées dépassent la quantité consommée à l'état frais. Cependant, la plupart la plupart des R&T sont transformés dans le secteur informel.

I.1.3. Typologie des systèmes de production rencontrés au Burundi

Malgré une relative diversité des systèmes de production, la plupart des exploitations agricoles du Burundi comprennent successivement et en s'éloignant de la maison d'habitation une bananeraie autour du rugo, un ensembles de parcelles jointives assolées et emblavées une ou deux fois par an en céréales, légumineuses et les plantes à R&T ; une parcelle de café établie souvent à proximité de la maison, quelques parcelles, en général plus éloignées où on sème du manioc et/ou patate douce (parfois aussi de l'éleusine) ; des pâturages de surfaces variables et dont le statut foncier peut être privé, indivis entre les membres d'une même famille ou d'accès libre pour tous les éleveurs d'une même colline.

Dans beaucoup d'exploitations agricoles, un élevage est pratiqué permettant l'exploitation des pâturages et la mise en place des transferts de fertilité au profit des parcelles cultivées.

a) Système d'exploitation agricole

L'exploitation agricole est une unité économique dans laquelle l'agriculteur pratique une combinaison de facteurs de production (terre, travail, capital) en vue de tirer l'augmentation de son profit (DE LAUWE, 1963).

Au Burundi, le système d'exploitation est caractérisé par l'insertion des cultures vivrières telles que les plantes à R&T, les légumineuses, les céréales à l'intérieur des exploitations familiales et une parcellisation des superficies de moins de un hectare en fonction des cultures à installer.

Le Burundi connaît trois saisons culturales dont les deux premières se réalisent sur collines et la troisième dans les bas fonds humides.

Une spécificité se remarque en troisième saison avec une moindre diversification des cultures dans le marais : plus de haricot et du maïs et en légère proportion de légumes, pomme de terre, colocase et de patate douce sur des buttes surélevées dans les parcelles marécageuses.

Le système d'exploitation est caractérisé par la complexité d'associations culturales constituées par de mélanges de variétés avec de densités de semis ou de plantation variables. L'association culturale rencontrée privilégie les cultures moins sensibles aux aléas climatiques telles que le bananier, la colocase, la patate douce et le manioc.

b) Systèmes culturaux

La longueur de la saison de pluies autorise la double culture par an. Beaucoup de parcelles cultivées en céréales et légumineuses sont emblavées deux fois par an, parfois même trois en fonction de la zone agro-écologique (cas de l'IMBO). La patate douce et la pomme de terre dont les cycles culturaux sont également saisonniers (3-4 mois pour la pomme de terre et 4-6mois pour la patate douce) sont souvent incluses dans ces rotations à deux cultures par an.

Dans les marais, l'accroissement des surfaces cultivées par le drainage est parfois accompagné d'une multiplication des cycles de culture. Après un cycle de haricot associé au maïs pendant la saison sèche, on cultive parfois le riz, la patate douce, la pomme de terre ou la colocase de décembre-janvier à juin juillet complétant ainsi les deux cycles de culture.

c) Les R&T dans les systèmes de culture au Burundi

Patate douce, colocase et manioc occupent une place de choix dans les systèmes de cultures burundais. Cultivés en cultures pures ou associées à d'autres cultures dans la même parcelle, les R&T permettent de valoriser les sols les moins favorables ou déjà dégradés par de nombreuses années de mise en culture sans restitution organique ou apports minéraux ; cultivés en association avec les céréales et/ou les légumineuses (quelques boutures dispersées dans le champ), manioc, patate douce et igname permettent d'accroître la productivité (ou de maintenir) le rendement global (toutes les cultures confondues) de la parcelle.

La patate douce et le manioc sont également cultivés en ouverture et interviennent aussi en tête de rotation.

La colocase, plante d'ombre, est souvent cultivée sous les bananiers mais on la plante également en association avec les céréales, les légumineuses et les autres plantes à tubercules.

Le manioc et la colocase présentent des cycles de culture plus longs (11mois pour la colocase et 18-36 mois pour le manioc), moins saisonniers, peuvent surmonter sans encombre la saison sèche.

La récolte n'intervient pas au même moment que celle des céréales ou légumineuses et peut être étalée dans le temps. Les racines et tubercules se conservant bien dans le sol, ce sont les cultures de soudure dont la récolte disponible à tout moment confère à une exploitation une relative sécurité alimentaire pendant les périodes où les récoltes de grains ne sont pas encore disponibles ou épuisées : ce sont des cultures anti-risques.

La souplesse du calendrier agricole de ces plantes facilite leur insertion dans le calendrier de travail de l'exploitation agricole et une meilleure répartition du travail tout au long de l'année. La plantation des boutures peut être réalisée à tout moment de la saison pluvieuse alors que les céréales et les légumineuses exigent le respect d'un calendrier agricole précis. Sarclages et récoltes sont le plus souvent à l'occasion d'autres travaux réalisés sur les cultures associées ou en fonction des besoins alimentaires de la famille (récolte).

CHAP II. IMPORTANCE SOCIO-ÉCONOMIQUE DES R&T ET LA LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ

II.0. Introduction

Les R&T sont des cultures couramment rencontrés dans plusieurs exploitations en raison de leur intérêt alimentaire, de leur facilité de culture au niveau des investissements et des revenus qu'ils rapportent. Il est nécessaire d'analyser leur part dans la production vivrière globale et leur contribution à la vie socio-économique et à la lutte contre la pauvreté dans les ménages.

II.1. La part des R&T dans la production vivrière globale

Les plantes à R&T sont des cultures alimentaires particulièrement importantes pour les zones tropicales et subtropicales. Bien qu'au niveau mondial viennent au deuxième rang des aliments de base, avec une production totale annuelle d'environ 626 millions de tonnes alors que la production des céréales atteint quelques 2054 millions de tonnes (FAO,1998), la situation en en Afrique est tout à fait différente. Sur le continent africain, la production annuelle des R&T (153 milles tonnes environ en 1998) dépasse celle des céréales (environ 113 millions de tonnes). La part de l'Afrique dans la production mondiale des céréales n'atteint pas même 5 %, alors que la part des R&T est supérieure à 17 % de la production mondiale (Onwueme, 1978, et Onwueme et Sinha, 1991) . Toutefois, le rendement moyen des R&T en Afrique n'est que de 57 % du rendement moyen mondial (Bencini et Walston, 1991).

II. 2. Rôle socio-économique des R&T

Les R&T contribuent à vie socio-économique et la lutte contre la pauvreté des ménages et cela peut être mené à trois niveaux d'impact précis : l'amélioration de la sécurité alimentaire, la création des revenus au travers les différentes activités (production, transformation, commercialisation et consommation) et la promotion de l'agro-industrie.

II.2.1. Sécurité alimentaire 

Définition : La sécurité alimentaire a été définie par le comité de la sécurité alimentaire mondiale (FAO) comme : «l'accès matériel et économique aux aliments, en tout temps et par tous les hommes». Cela implique que des aliments devraient être disponibles toute l'année pour soutenir l'énergie et la santé des ménages, et pour couvrir les besoins nutritionnels. A la disponibilité des aliments doit s'ajouter la capacité de chaque ménage à les acheter. Les produits alimentaires doivent être offerts à des prix raisonnables pour les pauvres.

Eu égard à l'importance des R&T pour l'alimentation de la population, la promotion de leur production et des opérations post-récoltes peut contribuer substantiellement à l'amélioration de la sécurité et à l'autosuffisance alimentaire. Le manioc par exemple fournit plus de calories par unité de surface agricole que la plupart des autres cultures vivrières et cela pour un coût inférieur à celui, disons, des céréales. Comparé aux céréales ou aux légumes secs traditionnels, le coût de production du manioc n'est que 25 à 50 % (www.fao.org).

La patate douce qui s'accommode d'un large éventail de conditions de sols et de climats n'échoue pratiquement jamais complètement, fournit un autre exemple de tubercule très souple en terme de production. Si elle occupe une place bien définie dans la sécurité alimentaire burundaise en tant qu'aliment de substitution en période de soudure, elle est loin d'épuiser son potentiel de production. Si l'on considère l'apport énergétique par hectare par jour, la patate douce est bien supérieure à la plupart des cultures alimentaires de base, le manioc compris ( www.fao.org).

Dans les ménages où la sécurité alimentaire repose en premier lieu sur les céréales, les R&T peuvent permettre une diversification de la production, ce qui représente des avantages tels qu'une meilleure disponibilité alimentaire tout au long de l'année et moins des pénuries pendant la période de soudure. Ceci est d'une énorme importance face à la stagnation, voire la baisse des rendements des céréales,dans beaucoup d'endroits,ce phénomène dû à la dégradation de la fertilité des sols.

II.2.2. Création des revenus 

Les agriculteurs qui produisent les R&T peuvent générer des bénéfices en vendant une partie de leur récolte. Un autre potentiel énorme de création de revenus réside dans la transformation des R&T dans la mesure où elle ajoute de la valeur aux denrées.

Dans les villes et villages africains, beaucoup de gens, surtout les femmes, vivent de la production des cossettes, de farine, de gari et de nombreux autres aliments traditionnels à base des plantes à R&T .Selon une enquête menée au Nigeria dans les années 80, les unités de transformation alimentaires fournissaient des emplois de l'ensemble du secteur de la petite industrie (Oswald, 1995).

Il va de soi que le développement du marché des produits de transformation va accroître ces revenus et soulager la pauvreté des populations qui s'occupent des ces opérations à chacune des étapes de la filière.

II.2.3. Usages industriels des R&T

Ce point montre les possibilités d'élargir l'utilisation des plantes-racines dans l'agro-industrie. Le succès des efforts déployés pour accroître la production de R&T et promouvoir l'emploi dépend de la demande commerciale. Les agriculteurs ne seront pas encouragés à produire un excédent commercialisable si cela provoque un encombrement du marché et une baisse des prix. Les responsables politiques devraient non seulement favoriser des lignes d'action visant à accroître la consommation des R&T comme aliments pour l'homme et les animaux, mais aussi apporter un appui aux activités de recherche qui étendront leur utilisation. Il faudrait mener des efforts pour lancer de nouvelles techniques faciles à utiliser par les ruraux, afin de produire une gamme d'aliments transformés à base de R&T. Cette stratégie créera des emplois et relèvera les revenus en zones rurales. En stimulant la demande, on encouragera les agriculteurs à produire plus de R&T qui pourront être transformés en aliments pour les animaux ou utilisés dans l'industrie.

Utilisation des R&T comme matière première industrielles

Presque toutes les fécules produites dans le monde sont extraites soit des céréales (maïs, blé, sorgho, riz) soit des principales plantes-racines (manioc, pomme de terre, patate douce). ( www.fao.org)

Si les fécules tirées de ces divers végétaux varient légèrement dans leurs propriétés physiques et chimiques, elles peuvent être substituées l'une à l'autre pour toute une gamme d'emplois finaux.

Les racines de manioc peuvent être transformées en fécule commerciale pour l'emploi dans l'industrie alimentaire, l'industrie textile et celle du papier. En tant que denrée alimentaire, la fécule peut être hydrolysée par les acides et les enzymes en dextrines et en sirops de glucose. La fécule extraite du taro a été recommandée comme diluant dans l'industrie chimique et pharmaceutique et comme agent porteur dans la fabrication des cosmétiques.

La fermentation de la levure de l'extrait de fécule hydrolysée de manioc ou d'autres végétaux donne un bon rendement d'alcool éthylique absolu, qui peut servir de diluant mélangé (jusqu'à 20 %) à des combustibles à base de pétrole sans endommager le carburant des moteurs à essence ( www.fao.org)

CHAPII. IMPORTANCE ALIMENTAIRE DES R&T

Les plantes-racines tiennent une grande importance dans l'alimentation de populations importantes dans les pays tropicaux, car elles sont consommées, dans le cas du manioc comme source principale de calories, ou en complément de céréales. Le coût de calories fournies par le manioc n'est que 25 à 50 % environ celui des céréales et des légumes secs traditionnels produits localement (Goering, 1979).

Dans la majorité des pays en développement, on se nourrit principalement de féculents, qui comprennent généralement quelques racines.

Les R&T ne sont pas consommés uniquement par les adultes ; ce sont aussi des denrées importantes pour les enfants. Ainsi, au Ghana et au Nigeria, les nourrissons passent souvent au moment du sevrage, à un régime d'adulte composé de manioc ou de plantain (Goering, 1979).

Tableau 1 : Contribution calorifique des R&T par rapport à des céréales et légumineuses sélectionnées en Afrique.

Culture

Production calorifique (en million de calories/ha

Manioc

8.2

Patate douce

7.4

Ignames

5.7

Taro

4.7

Maïs

3.2

Riz

3.2

Sorgho

2.4

Niébé

O.8

(Source : Mbahe, d'après Coursey et Booth, 1997)

Il est évident que la santé dépend d'une alimentation suffisante et bien équilibrée. Les R&T peuvent fournir aux grandes populations une source d'énergie primaire. Les feuilles de manioc, de patate douce et des aracées apportent des protéines, des vitamines et des sels minéraux nécessaires pour maintenir le corps en bonne santé et accroître la résistance aux maladies. Certains tubercules tels que le taro ont même des vertus médecinales (Bell, A, F. Mazaud et O.Mück, 1999).

CHAPIII. CONTRAINTES ET ATOUTS LIES A LA FILIERE RACINES ET TUBERCULES

III.0. Introduction

Plusieurs facteurs contraignent la production des R&T et se situent à tous les niveaux de la filière. Ces facteurs peuvent se situer au niveau agronomique, technologique après la récolte ou au stade commercial et consommation et limitent énormément le volume de production. Toutefois, des atouts existent pour assurer la promotion de la culture des R&T.

III.1. Contraintes agronomiques

Il existe certaines contraintes de production qui freinent le développement des R&T notamment :

o La non disponibilité des semences de qualité en quantité suffisante et au moment opportun ;

o La faible productivité de certaines variétés ;

o Les pratiques culturales rudimentaires ;

o Les maladies virales, fongiques et bactériennes (mosaïque africaine du manioc, bactériose, anthracnose, pourriture des racines, mildiou de la pomme de terre, Pythium, etc.) ;

o Les ravageurs (acariens verts, chenilles défoliantes, vers gris, pucerons, etc.) ;

o Eloignement des lieux de production par rapport aux lieux d'écoulement ;

o La production de petite quantité et non standardisée ;

o Le manque de ressource des producteurs burundais surtout en terres et en capitaux constitue le principal obstacle à une augmentation de la production.

III.2. Contraintes technologiques

Les R&T sont des produits à très haute périssabilité. Le problème de la durée de conservation extrêmement courte des R&T est dû à leur décomposition physiologique rapide sous le phénomène de striure vasculaire causée par le processus enzymatique ; laquelle se manifeste d'abord par des décolorations d'un brun bleuâtre le long des faisceaux vasculaires pour s'étendre par la suite aux autres tissus. Apparaissent ensuite des pourritures et un ramollissement des racines, qui deviennent inutilisables.

L'autre problème est lié au retard de la récolte des racines surtout pour le manioc pour lesquelles, au-delà de la période optimale de la récolte, elles commencent à se détériorer peu à peu en raison d'une lignification altérant la qualité de l'amidon accompagnée d'une décomposition de l'amidon.

Les équipements de transformation sont aussi très rudimentaires et entraînent d'énormes pertes durant la transformation. Cette activité est souvent perçue comme le travail des femmes dans certaines sociétés.

III.3. Contraintes de commercialisation

Beaucoup de problèmes sont des conséquences liées à la production à petite échelle. Avec son surplus alimentaire petit et variable, l'agriculteur ne dispose qu'un petit pouvoir de négociation. Et, par manque d'information sur le prix, sa position vis-à-vis de l'acheteur (commerçants) est faible.

De l'autre côté, les commerçants préfèrent compter sur un apport continu de produits. L'irrégularité de la production des R&T rend difficile l'établissement des marchés.

De plus, sur les marchés où les commerçants conditionnent des achats en un plus grand volume, ce ne sont que des camionnettes qui peuvent y arriver à cause des routes de piètre qualité.

L'autre problème est une longue chaîne entre les producteurs et les consommateurs.

III.4. Contraintes de consommation

Les R&T ne peuvent constituer la base d'une alimentation équilibrée que s'ils sont associés à d'autres aliments riches en protéines comme les graines oléagineuses (arachides, tournesol, etc.), les légumes secs et le poisson. Les jeunes enfants ont un petit estomac qui ne leur permet pas d'absorber des aliments volumineux, comme les R&T, en quantités suffisantes pour couvrir leurs besoins énergétiques.

A cause de la faible teneur en énergie des racines par rapport aux céréales à l'état humide, on croit souvent que les racines ne conviennent pas à la préparation d'aliments pour nourrissons. En fait, il suffit d'augmenter leur teneur énergétique en les faisant sécher. Les farines composées préparées avec des racines et des céréales pourraient servir à faire des mélanges lactés pour bébés si on y ajoute des produits appropriés (en ajoutant des céréales germées (maltées) à de la farine de manioc, on augmente la densité énergétique des bouillies préparées sur cette base, en réduisant leur viscosité par l'action des enzymes amylolytiques).

III.4. Atouts

Au niveau agronomique, une des préoccupations majeure est de sélectionner les meilleures variétés à haut rendement, résistantes aux bio-agresseurs et aptes aux transformations semi industrielles et industrielles. A cela s'ajoute la nécessité de développer pour le manioc les cultivars à faible teneur en acide cyanhydrique.

Au niveau des technologies post récolte, un certain nombre de techniques de transformation et de conservation ont été développées par des acteurs et d'institutions de recherche (CNTA par exemple). Ceci pourra améliorer la qualité, la valeur des produits et alléger le travail de transformation souvent perçu comme travail des femmes.

Au niveau commercial, il existe de nombreux marchés urbains et ruraux où les R&T peuvent être facilement écoulés. De plus, les exploitants peuvent s'organiser en groupements de producteurs afin d'avoir le grand volume à commercialiser, le pouvoir de négociation de prix et un capital d'investissement.

Au niveau de la consommation, il existe des procédés visant à produire pour le manioc de variétés à faible teneur en acide cyanhydrique et enrichies en protéines.

IIème PARTIE : ETUDE PRATIQUE

CHAPITRE IV. PRÉSENTATION DE LA ZONE D'ÉTUDE, DU CADRE METHODOLOGIQUE, DES RESULTATS ET LEUR INTERPRETATION

IV.0. Introduction

La présente étude établit la situation de référence en matière de la production des R&T dans la commune Gisagara. C'est une étude à visée descriptive et analytique dont les résultats permettent d'avoir les indicateurs socio-économiques des R&T chez les ménages et la commune Gisagara.

Ces indicateurs sont trouvés sur base d'une enquête auprès des ménages, au marché, dans la comptabilité communale et auprès d'autres personnes ressources (donnés secondaires).

L'objectif de ce chapitre est d'établir un bilan diagnostic du rôle socio-économique des R&T dans la commune Gisagara.

Les éléments constitutifs étudiés et analysés dans ce chapitre sont :

1. la présentation de la zone d'étude qui donne la délimitation géographique et administrative de l'entité enquêtée

2. le cadre méthodologique de l'enquête qui donne la façon dont l'enquête a été mené;.

3. l'analyse des résultats et leur interprétation ; la conclusion et les recommandations tirées des résultats obtenus.

IV.1. PRESENTATION DE LA ZONE D'ETUDE

IV.1.1. Description physique et démographique

La commune Gisagara est située à l'Est du pays dans la province Cankuzo. Elle a une superficie estimée à 347,40 Km2 soit 17,68 % de la province (1 964,54 Km2) et 1,25% du pays (27 834 Km2).Elle est délimitée au Nord par la commune Mishiha, au Sud par la commune Cendajuru, à l'Est par la République Unie de Tanzanie, à l'Ouest par la commune Cankuzo. Selon le Décret N° 100/11 du 16 janvier 2009 portant publication des résultats provisoires du troisième recensement général de la population et de l'habitation du Burundi de 2008, la commune Gisagara compte 55 351 habitants dont 26 622 de sexe masculin et 28 729 de sexe féminin et 11 516 ménages. La densité est alors de 159 habitants par Km2.

IV.1.2.Organisation administrative

La commune Gisagara est subdivisée en 2 zones et 23 collines. La première zone Camazi compte 8 collines : Bumba, Camazi, Gisoko, Mburi, Muzire, Nkoro, Rabiro et Ruramba. L'autre zone est Gisagara avec 15 collines dont : Bunyerere, Gerero, Gisagara, Gitanga, Gitwenge, Kagoma, Kibogoye, Kigati, Muhingamo, Murago, Musenyi, Nyuro, Ramba, Rubabara, Rurengera

IV.1.3. Climat

La commune Gisagara s'étend sur deux régions naturelles à savoir : région naturelle de Buyogoma dans laquelle se trouve la zone Gisagara et ses collines et celle de Moso qui comprend la zone Camazi et ses collines. Le climat est de type tropical tempéré. Les températures dans les deux régions varient entre 18 et 20° C et les précipitations moyennes varient de 1300 mm dans la partie Buyogoma et à 1100 mm dans le Moso.

IV.1.4. Relief et Hydrographie

Cette commune connaît un relief de type plateaux dans la partie située dans le Buyogoma et relief marqué par des surfaces plus faiblement ondulées dans la partie située dans le Moso.

La commune Gisagara n'est traversée par aucune rivière. Pourtant, elle est pourvue de nombreuses sources et rivières qui y prennent naissance. Le réseau hydrographique de la commune Gisagara appartient aux bassins du Congo et du Nil.

IV.1.5. Sols

Les sols de la région de Buyogoma accusent une forte tendance à l'acidité. Sur les pentes, les sols sont peu profonds et exposés à l'érosion. Les sols de la région de Moso sont sablo argileux et humides.

IV.1.6. Réseau routier

Le réseau routier est l'unique voie pour des échanges commerciaux entre le milieu de production et les centres de consommation. Toutefois, ces routes sont quasi-impraticables suite à leur état de délabrement ce qui rend les échanges médiocres. Il existe deux routes nationales, 4 routes communales, et 9 pistes d'une longueur de 151 km (PNUD, 2006).

IV.2. CADRE METHODOLOGIQUE

IV.2.1. Organisation de l'enquête

IV.2.1.1. Programme

Le programme a commencé par une pré enquête de 3 jours en Novembre 2008. Cette pré enquête a permis d'ajuster le questionnaire pour répondre au but fixé par l'étude.

L'enquête proprement dite a été effectuée en un seul passage dans une exploitation. La collecte des données sur les prix a été faite en 6 répétitions à un mois d'intervalle pour en suivre l'évolution.

IV.2.1.2. Collaboration avec les autorités

La DPAE et l'administration communale nous ont donné l'accord et leur support a incité une collaboration franche de la part des autorités de la base (encadreurs agricoles et chefs de colline).

Ces autorités à la base nous ont fourni des renseignements primaires pour notre sondage et ils nous ont aidé dans la sensibilisation des exploitants pour le travail qui était en cours.

IV.2.1.3. Matériel utilisé

Nous avions à notre disposition : la fiche d'enquête, stylos et crayons, calculatrice pour quelques opérations arithmétiques, sacoche pour transporter le matériel et une parapluie parce que c'était la période pluvieuse. Au marché, une balance a été utilisée pour mesurer les quantités de R&T entassées sur terre.

IV.2.1.4. Méthodologie de la récolte des données

a) Echantillonage

Nous avons utilisé la méthode d'échantillonnage stratifié laquelle nous a permis de diviser la commune en collines (les collines étant la première strate). De ces collines nous avons choisi celles à enquêter en fonction de leur accessibilité. Au total, 9 collines ont été tirées soit 39 % La deuxième strate est constituée par les exploitations. Pour chaque colline, nous avons tirés au hasard 10 exploitations.

b) Collecte des données

Certaines données ont été récoltées par entrevue, d'autres par observation. Pour les données recueillies par entrevue, nous nous sommes servi d'un questionnaire semi- ouvert.

Le questionnaire étant fixé, nous nous sommes rendu auprès des exploitants, quelques uns chez eux à leurs domiciles, d'autres aux champs. Il s'agissait tout d'abord de nous présenter et donner l'objectif de notre visite. Ces derniers après avoir accordé avis favorable, c'était le début de notre conversation.

Les données relatives à la superficie des parcelles occupées par certaines cultures ainsi que les données de production de certaines plantes ont été données de façon approximative en se fiant des propos recueillis auprès de l'interviewé car la pause des carrés de rendement allait devenir trop lente. La fiche de propriété est aussi introuvable pour toutes les exploitations enquêtées. La production considérée étant celle obtenue après une année (toutes les saisons confondues).

Les données sur la commercialisation ont été recueillies chez les petits vendeurs détaillants, les intermédiaires et les grossistes. D'autres ont été données par les services de comptabilité communale pour apprécier la contribution des R&T au niveau des recettes communales.

IV.2.1.5. Les données collectées

A ce niveau, nous avons analysé les caractéristiques de l'exploitation agricole (caractéristiques du ménage, indicateurs socio économiques de l'exploitation, les spéculations agricoles de rente, la répartition du travail entre les membres du ménage) ; le système de culture (cycles culturaux des variétés cultivées, les associations culturales et les cultures pures pratiquées, sources d'approvisionnement en semences, les maladies et ravageurs des plantes en l'occurrence pour les R&T, les rotations) ; les technologies post récolte (la transformation et la conservation des produits à R&T) ; la commercialisation pour voir les différentes formes de produits à R&T , la fluctuation des prix dans l'année, répartition des recettes issues des R&T ;la consommation pour constater la part des R&T dans la ration journalière ou hebdomadaire et leur contribution à résoudre les pénuries alimentaires.

Ces données nous ont aidé à savoir les acteurs impliqués dans la culture des R&T, les atouts et contraintes liés à la production, à la technologie post récolte, à la commercialisation et à la consommation des R&T.

IV.2.2. Traitement des données

Le dépouillement et le traitement des données ont été fait à base du logiciel Excel.

IV.3. Fiabilité de nos résultats

Il existe deux types de sources d'erreurs : les erreurs d'échantillonnage et les erreurs non imputables à l'échantillonnage.

Le risque d'avoir des erreurs d'échantillonnage est inévitable puisqu'elle est liée au fait qu'on a enquêté un échantillon au lieu de la population entière. Plus grand est le rapport entre la taille de l'échantillon et celle de la population, moins importante est l'erreur qu'on risque de commettre lors des extrapolations .Malheureusement, nous ne disposons pas pour le cas de notre enquête d'une base de sondage suffisamment fiable pour connaître effectivement ce rapport.

La taille de l'échantillon n'est pas une mesure suffisante de sa qualité. Cependant, Ghiglione et Matalon (1978) signalent d'une part qu'il y a presque toujours des biais dans la réalisation d'un échantillon et d'autre part qu'un échantillon parfaitement représentatif n'est pas toujours souhaitable, car un tel échantillon peut rendre difficile la vérification des relations ou des hypothèses. Par conséquent, ils adoptent une notion globale de représentativité, celle de l'adéquation de l'échantillon aux buts poursuivis.

Dans ce sens, notre échantillon est représentatif car il nous a permis de vérifier de nombreuses hypothèses concernant les exploitations qui pratiquent la culture et en même temps de collecter les données intéressant le système de culture, la transformation, la commercialisation et la consommation des R&T.

IV. 3. PRESENTATION ET INTERPRETATION DES RESULTATS

IV.3.1.Caractéristiques du ménage

Le ménage est considéré comme une communauté composée par un chef de ménage (homme ou femme), les enfants et autres personnes (salariée ou pas) qui résident de façon permanente dans une exploitation

Au cours de notre enquête, nous avons étudié les caractéristiques du ménage à savoir le chef d'exploitation car de lui dépendent toutes les décisions qui engagent l'exploitation, le nombre de personnes qui résident dans l'exploitation en vue d'établir la force de travail disponible et affectée aux travaux agricoles. Les tableaux suivant montrent les caractéristiques du ménage :

Tableau 4 : Nombre total de personnes dans les exploitations enquêtées

Tranche d'âge

Sexe

Effectif

%

0 à 10

H

105

18,9

F

76

13,6

11 à 15

H

32

5,7

F

38

6,8

16 à 20

H

43

7,7

F

47

8,4

21 à 60

H

95

17,1

F

115

20,6

plus de 60

H

2

0,4

F

4

0,7

Total

 

557

100,0

Dans ce tableau, nous remarquons que l'effectif total de l'échantillon est 557 personnes pour 90 exploitations enquêtées avec un effectif moyen par exploitation de 6 personnes. 66.4 % ont un âge compris entre 11 et 60 ans. C'est dans cette tranche d'âge que se situe la majorité des personnes actives si l'on tient compte de coefficients d'efficacité proposés par le FAO.

IV.3.2. Estimation de la capacité de travail familial théorique et de la capacité de travail réellement disponible dans l'exploitation

Parmi les membres actifs dans l'exploitation, tout le monde n'est pas affecté au travail agricole. La capacité de la famille réellement disponible pour le travail agricole est variable en fonction du type d'activités pour les membres du ménage. Il est très difficile à estimer la capacité de la famille réellement disponible pour le travail agricole car quelques membres peuvent exercer d'autres activités en les associant au travail agricole (exemple des élèves qui, au retour de l'école peuvent aider les parents dans les champs pendant quelques heures). A ce point, nous avons considéré ceux qui, dont l'occupation principale est le travail dans les exploitations.

Le tableau 5 indique le nombre de personnes réellement affectées au travail agricole de façon permanente et celles qui ne le sont pas.

Tableau 5 : Estimation de la disponibilité de membres du ménage au travail agricole

Catégorie de personnes

Effectif

%

affecté totalement au travail agricole

216

58,4

n'est pas affecté totalement au travail agricole

154

41,6

Total

370

100

En analysant ce tableau, nous constatons que l'effectif des membres affecté de façon permanente au travail agricole est très insuffisant pour augmenter la production agricole. Pour y parvenir, les exploitations doivent recourir à l'utilisation de la main d'oeuvre (salariée ou non)

IV.3.3. Indicateurs socio-économiques des exploitations

Dans une exploitation, les membres du ménage sont caractérisés par une diversification d'activités susceptibles d'apporter un revenu au ménage. Le tableau 7 nous indique l'activité principale du chef de ménage.

Tableau 6 : Occupation du chef de ménage

Emploi

Effectif

%

agriculteurs

73

81,1

commerçants

10

11,1

enseignants

2

2,2

militaire

1

1,1

autres métiers

4

4,4

Total

90

100,0

L'activité principale du chef d'exploitation est sans nulle doute l'agriculture associée quelque fois à l'élevage (81.1 %). Nous remarquons néanmoins quelques cas sporadiques de diversification d'activités principales : commerce (11.1 %), enseignement (2.2 %), militaire (1.1 %) et autres métiers (boucher, moniteur, infirmier vétérinaire, agronome de zone)

Tableau 7 : Niveau d'éducation du chef de ménage

Niveau d'étude

Effectif

%

primaire

62

68,9

secondaire

8

8,9

yagamukama

3

3,3

non scolarisé

17

18,9

Total

90

100,0

Le niveau d'éducation du chef de ménage est soit du primaire (68.9 %), soit du secondaire (8.9 %), soit du yagamukama (3.3 %). Les exploitants enquêtés savent lire et écrire, ce qui permet une ouverture à certaines innovations techniques au travers une vulgarisation conscientisante.

Toutefois, il est remarquable qu'un nombre assez élevé d'exploitants enquêtés soient des illettrés (18.9 %), ce qui signifie que des efforts d'alphabétisation assez importants sont à concentrer à l'endroit de ces derniers par différents intervenants dans le secteur de développement pour faciliter les actes de vulgarisation.

IV.3.4. Disponibilité des terres

Les exploitations des ménages enquêtés sont relativement grandes. La superficie moyenne par exploitations (superficie cultivée+jachère+boisement) est de 326.65 ares.

Tableau 8 : Superficie des exploitations (en ares)

Superficie moyenne de l'exploitation

326,65

Superficie minimale de l'exploitation

5

Superficie maximale de l'exploitation

1065

En lisant ce tableau, nous remarquons qu'il y a un écart considérable entre la superficie minimale et celle maximale. Malgré ça, l'exploitant avec peu de terre à cultiver a de la chance de trouver chez les grands propriétaires voisins d'autres parcelles à cultiver soit par location, don, etc.

La distribution des fréquences suivante est intéressante comme le montre ce tableau 9

Tableau 9: Distribution de fréquences des superficies des exploitations

Superficie (en ares)

Fréquence

Pourcentage

inférieur à 50

3

3,3

50 et 100

6

6,7

100-200

23

25,6

200-300

14

15,6

300-400

13

14,4

400-500

10

11,1

500-600

7

7,8

600-700

4

4,4

700-800

5

5,6

800-900

0

0,0

900-1000

0

0,0

plus de 1000

5

5,6

Total

90

100,0

Dans ce tableau, nous constatons que la plupart des exploitations ont des superficies comprises entre 100 et 200 ares soit 25.6 % de l'échantillon. Seulement, 3.3 % ont moins de 50 ares tandis que 5.6 % ont plus de 1 000 ares. Le potentiel d'augmenter les productions sont possibles mais reste limité par un facteur de statut foncier des propriétés. Nous avons cherché à savoir le statut de leurs propriétés et les résultats sont consignés dans le tableau qui suit :

Tableau 10 : Statut foncier de l'exploitation

Statut

effectif des exploitations

%

propre

89

98,89

propre et louée

29

32,22

loué

1

1,11

De ce tableau, nous remarquons que 98.89 % des exploitants effectuent les activités de production dans leurs propres exploitations. Ceci est lié à la tradition de l'héritage qui fait que les fils d'un même parent se partagent la propriété de leur père. Suite à la pression démographique croissante, les propriétés s'amenuisent et les gens cherchent à accroître les surfaces cultivables. Pour y parvenir, ils sont obligés de louer soit pour une saison culturale, soit annuellement moyennant une redevance au propriétaire. 32.22 % exploitent, en plus de leurs exploitations, des parcelles louées. 1.11 % des exploitants exploite seulement la parcelle louée. Ceci, parce qu'il n'est originaire de la zone d'étude et est contraint de procéder à la location de parcelle.

En louant les parcelles, les locataires n'y concentrent pas les efforts d'investissement comme l'aménagement des exploitations contre l'érosion ou leur fertilisation car la durée de location peut porter sur une saison ou une année. Ceci est une cause de la productivité faible de ces exploitations.

IV. 3.5. Spéculations agricoles dans les exploitations de la commune Gisagara

Les principales cultures vivrières et industrielles pratiquées dans la commune Gisagara sont les suivantes : haricot, arachide du côté des plantes légumineuses ; le manioc, patate douce, pomme de terre, colocase et une faible portion des ignames pour les plantes à R&T, le maïs, le sorgho et l'éleusine pour les céréales, le café pour les plantes industrielles ainsi que la banane. Selon l'importance de chacun de ces groupes de plantes quant au volume de production et de la valeur monétaire que rapportent ces plantes, les enquêtés nous ont donné la classification suivante :

Tableau 11 : Spéculations agricoles des différentes exploitations enquêtées dans la commune Gisagara

Spéculation agricole

nombre d'exploitations

%

R&T

21

23,33

Légumineuses

29

32,22

céréales

26

28,89

Cultures industrielles

10

11,11

Banane

4

4,44

Total

90

100,00

A travers ce tableau, il ressort que les légumineuses occupent la première place de choix (32.22 %) suivi des céréales (28.89 %) et en troisième lieu des R&T (23.33 %). Cela s'explique par le fait que certaines plantes à tubercules comme l'igname, la colocase et la pomme de terre sont cultivées par très peu de gens en raison du manque de matériel végétal, le prix élevé au marché des semences surtout pour la pomme de terre et le manioc menacé par la mosaïque ces dernières années et même jusqu'aujourd'hui.

Tableau 12: Les R&T considérés de première importance dans les exploitations

Culture

Fréquence

Pourcentage

Manioc

17

81,0

Patate douce

3

14,3

Pomme de terre

1

4,8

Colocase

0

0,0

Igname

0

0,0

Total

21

100,0

A la lumière de ce tableau, nous remarquons que le manioc vient en tête avec 81 %, suivi de la patate douce 14.3 % et de la pomme de terre 4.8 %. Pour le manioc, en raison du faible coût de bouture, de la multiplication assez rapide, de la facilité d'échange, de son aptitude au stockage prolongé et du revenu qu'il rapporte, le manioc se rencontre dans la plupart des exploitations et il est surtout vendu. La patate douce est cultivée juste pour l'autoconsommation mais une part non moins importante est vendue. Quant à la pomme de terre, il est très difficile de trouver de plançons dans la zone d'étude, ceux qui existent sont vendus à un prix inaccessible à la majorité des agriculteurs et préfèrent l'abandonner. Seulement, 12 exploitants ont affirmé cultiver la pomme de terre et cela sur des superficies très minces. Les autres tubercules (colocase et l'igname) sont quasi inexistants. Nous les avons rencontrés autour du Rugo (pour la colocase) et sur quelques tuteurs (pour l'igname) dispersés dans les champs. La colocase est en voie de disparition à cause du champignon (Pythium myriotylum dans les sols hydromorphes) et des nématodes.

IV.3.6. Estimation des superficies occupées par les principales cultures vivrières

Les différentes spéculations agricoles affectent aussi l'importance des superficies occupées par les principales cultures vivrières que ce soit en culture pure ou en association. Le tableau suivant donne la répartition des superficies occupées par les principales cultures en pure, en culture principale ou selon que la culture est considérée la première en association

Tableau 13 : Superficies moyennes (en ares) occupées par les principales plantes cultivées par exploitation

Type de culture

haricot

arachide

maïs

manioc

patate

douce

pomme

de terre

colocase

igname

pure

12,77

0,3

18,53

16,31

2,72

1,9

0,93

0

principale

9,7

26,95

84,79

6,38

2,97

0,88

1,02

0

1ère en association

42,19

42,33

47,97

28,91

0

0

4,14

0

En regardant ce tableau, nous voyons que les R&T s'adaptent aussi bien que les légumineuses et les céréales à la culture en pure ou en association à l'exception de l'igname qui n'est cultivée ni en pure, ni en culture principale ou considérée comme première en association. Mais nous trouvons quelques pieds disséminés sporadiquement dans les champs, autour des enclos. Nous constatons également que la superficie moyenne par exploitation occupée par les R&T dans les différentes variantes précitées est inférieure à celle des céréales et légumineuses en raison des facteurs cités précédemment.

Quant à l'importance des volumes de production, le graphique suivant donne la répartition des différentes spéculations

De ce graphique, nous remarquons que les R&T sont plus productifs que les autres catégories de plantes. Ceci est dû au fait que les R&T ont un rendement élevé malgré les conditions de culture médiocres par rapport aux autres cultures qui nécessitent des soins phytosanitaires particuliers comme la fertilisation, les traitements phytosanitaires et les conditions climatiques très favorables.

En fonction de la vente de différentes spéculations agricoles, le graphique suivant en montre la répartition.

A la lumière de ce graphique, il ressort que ce sont les R&T qui sont plus vendus par rapport aux autres spéculations. Ceci est conséquent du volume produit qui ne peut pas être tout consommé dans les ménages, donc une partie doit être vendue en échange d'autres biens. En plus, en analysant la part de la production vendue, les R&T contribuent beaucoup à l'amélioration de revenu des ménages.

IV.3.7. Estimation de la période de pointe au niveau des travaux agricoles et les éléments influençant

Le caractère saisonnier du travail agricole contraint les agriculteurs à rester inactifs pendant certaines périodes de l'année alors qu'ils sont surchargés en période de pointe de travail. Cela peut être dû à la période active du calendrier agricole concentré dans un temps court.

Durant ces périodes de suremploi, quelques ménages recourent à une main d'oeuvre salariée ou gratuite. Si plusieurs cycles de cultures sont possibles la même année et que les calendriers de cultures pratiquées ne sont pas identiques, les périodes de sous emploi sont raccourcies et finissent par disparaître, coincées qu'elles sont entre les époques surchargées de travail (H. Cochet, 1993). Dans notre travail, nous avons cherché à connaître les exploitations qui affichent les périodes de pointe au niveau des travaux agricoles et qui utilisent la main d'oeuvre dans ces périodes.

Tableau 14 : Répartition des exploitations en fonction de la période de pointe au niveau du travail agricole

Type d'exploitations

Nombre d'exploitations

%

Exploitations qui connaissent

la période de pointe au niveau du travail agricole dans l'année

33

36,67

Exploitations qui ne connaissent pas la période de pointe au niveau du

travail agricole dans l'année

57

63,33

Total

90

100,00

Partant de ce tableau, nous constatons que 36.67 % des exploitations connaissent une période de suremploi au cours de l'année. Nous avons cherché à connaître celles qui utilisent une main d'oeuvre salariée et/ou gratuite et les résultats sont consignés dans le tableau 15 :

Tableau 15: Utilisation de la main d'oeuvre pendant la période de pointe au niveau des travaux agricoles

Type d'exploitations

 

Nombre d'exploitations

%

Exploitations qui

utilisent la main d'oeuvre

pendant la période

de pointe

26

78,79

Exploitations qui n'utilisent

pas la main d'oeuvre

pendant la période

de pointe

7

21,21

Total

33

100,00

De ce tableau, il ressort que 78.79 % des exploitations recourent à une main d'oeuvre tandis que 21.21 % restent dans le plein emploi. Ceci est dû au fait que l'entraide est encore pratiquée dans la commune Gisagara. L'utilisation de la main d'oeuvre salariée est aussi pratiquée par plusieurs personnes mais à des degrés différents.

IV.3.8. Estimation des exploitations dont la période de pointe comporte les R&T

Certaines cultures ont un caractère saisonnier au point de vue de leur cycle végétatif tandis que d'autres ont un caractère annuel ou pluri annuel. Ceci affecte les exploitations au niveau de la programmation des travaux champêtres. Au cours de notre étude, il a été question de connaître les cultures qui peuvent influencer le suremploi au niveau des travaux agricoles dans les exploitations qui connaissent l'insuffisance de force de travail.

Tableau 16 : Répartition des exploitations en fonction de la période de pointe au niveau des travaux pour les R&T

Type d'exploitations

Nombre d'exploitations

%

Exploitations dont la période de pointe  

comporte la culture des R&T

 

29

87,88

Exploitations dont la période de pointe

ne comporte pas la culture des R&T

 

4

12,12

Total

 

33

100

En regardant ce tableau, nous constatons que les R&T sont présents dans 87.88 % des exploitations et constituent de éléments qui procurent du travail presque toute l'année. Cela est dû au caractère non saisonnier des R&T.

Selon les propos recueillis auprès des exploitants, les R&T continuent à absorber la main d'oeuvre même durant les périodes de sous-emploi et de comme le montre le calendrier cultural ci-dessous.

Tableau 17 : Calendrier cultural des R&T

Type de travail

période

labour

Août, septembre, octobre, novembre

plantation

octobre à avril

Sarclage et/ou buttage

toute l'année

récolte

toute l'année

La plupart des travaux pour les R&T sont différables (Sarclage et/ou buttage et la récolte peuvent être réalisés durant toute l'année tandis que le labour et plantation sont exécutés d'août à avril). Ces cultures ont une grande importance sociale et économique car elles contribuent à éviter les périodes creuses et de suremploi.

IV.3.9. Estimation de la durée des travaux pour les R&T

La durée des travaux est un élément très difficile à cerner pour la plupart des exploitants en raison de la méconnaissance des superficies cultivées, de la variabilité des sols (sa structure et texture, disposition de la parcelle, sa couverture, etc.), du mode culture (en pure ou en association) et de la culture en question. De plus, les exploitants vaquent à plusieurs activités différentes pendant la même journée de travail et ne savent pas combien de temps le travail a duré. Pour cette raison, nous nous sommes contentés d'utiliser et de comparer les données disponibles bien qu'elles se rapportent à quelques R&T et autres groupes de plantes (céréales et légumineuses).

Tableau 18: Temps des travaux des cultures vivrières

culture

Opérations culturales

Patate douce

Pomme de terre

manioc

blé

haricot

Préparation du terrain et labour

200

200

110

75

65

Semis/plantation

75

80

35

10

20

Epandage engrais

-

20

-

-

10

1er sarclage

25

30

60

20

40

2è sarclage

-

-

50

-

40

Traitement phytosanitaire

 
 
 

2

2

Buttage ou autres entretiens

40

30

40

-

-

Récolte et conditionnement

50

95

100

169

85

Totaux

390

455

445

276

262

Source : SOMEBU : Etude sur les cultures vivrières et en particulier sur le blé dans les zones théicoles dans le cadre du 4ème F.E.D

De ce tableau, nous lisons que le manioc et la pomme de terre nécessitent une grande quantité de main d'oeuvre. Alors que les R&T sont présents dans presque toutes les exploitations que nous avons enquêtées, nous constatons que ces cultures sont source de revenu de ménages en occupant une grande quantité de main d'oeuvre (en cas d'utilisation de la main d'oeuvre salariée).

IV.3.10. Déterminants de la productivité du travail

Bien que la plupart des exploitations enquêtées disposent d'un outillage rudimentaire et presque identique dans chacune d'entre elle, nous observons de grands écarts de productivité que celle-ci soit exprimée en quantités physiques ou en équivalent monétaire. En effet, certains champs sont situés près du domicile, d'autres un peu ou éloignés. La nature et la couverture du sol influent aussi sur le rendement du travail. Nous avons essayé de savoir les facteurs qui peuvent influencer les différences de productivité du travail pour les R&T et les réponses des enquêtés se joignent sur trois facteurs dont l'outil de travail, état physique de la parcelle et la situation de la parcelle par rapport au domicile.

En se situant sur l'outil de travail, le tableau 19 donne une série d'outils disponibles dans les exploitations :

Tableau 19: Outils et équipements de production des R&T

Activité

Outils

Equipements

préparation de terrain

houe, machette, serpe

 -

préparation de bouture

machette, couteau

 -

plantation

houe, machette, couteau

 -

entretien

houe, machette

 -

récolte&transport

houe, vans, sac

vélo

épluchage

couteau, machette, serpette

 -

rouissage/fermentation

feuilles bananier, fût, paille, marmite

 -

séchage

natte, bâche, paille, toiture de maison

 -

pilage/mouture/tamisage

mortier&pilon, tamis ; moulin

 -

ensachage

sac

 -

conservation

seau, marmite, fût, grenier

 -

(-) : absence d'équipement

A partir de ce tableau, nous voyons que l'outil ou l'équipement de travail dont disposent les agriculteurs est très rudimentaire pour accroître la productivité du travail. Les agriculteurs doivent mettre plus de temps pour une activité comme le montre le tableau ci-haut précédemment. Le seul moyen de transport dont ils peuvent disposer est le vélo et cela pour peu des exploitations. Le moyen le plus usité est le transport sur la tête. Ceci est une entrave pour les exploitations qui ont de grandes quantités de R&T à récolter et à transporter sur de grande distance.

Sur l'état physique de la parcelle, le tableau 20 donne les différents types de sol occupés par les R&T pour les exploitations enquêtées.

Tableau 20 : Types de sol occupés par les R&T dans les exploitations enquêtées

Type de sol

Nombre d'exploitations

Sableux

62

Argileux

36

Limoneux

19

Sablo-argileux

5

Graveleux

8

Argilo-limoneux

10

Limono-argileux

2

A travers ce tableau, nous remarquons que la majorité des exploitations (62) ont un sol sableux ce qui augmente la productivité du travail si nous ignorons d'autres facteurs qui agissent ensemble avec le travail pour avoir une production agricole. Mais une exploitation peut posséder plusieurs parcelles avec des caractéristiques du sol différentes.

Sur la couverture physique du sol, le tableau 21 donne les différents types de couverture du sol des parcelles à R&T

Tableau 21 : Types de couverture de sol rencontrés dans les parcelles des exploitations enquêtées

Type de couverture

Nombre d'exploitations

%

Chiendent

85

94.4

Arbuste

39

43.3

Cailloux

12

13.3

bananier

51

56.7

Sans couverture

5

5.6

Nous constatons que beaucoup d'exploitations (94.4 %) ont des parcelles pourvues en chiendent ce qui affecte défavorablement la productivité du travail. Les gens mettent plus de temps à extirper les racines de chiendent avec leur outil rudimentaire. La superficie de terre à préparer devient par conséquent très petite si l'on prend soin de bien préparer le sol. Or, la majorité des exploitations consacrent la culture de R&T (manioc et patate douce) aux champs en ouverture souvent pourvus de chiendent, d'arbustes ou de cailloux.

Sur la localisation des parcelles, le tableau 22 montre la localisation des parcelles occupées par les R&T

Tableau 22 : Localisation parcellaire des R&T chez les exploitations enquêtées

Distance par rapport à l'habitation

Nombre d'exploitations

%

Près du rugo

89

98.9

De 1km à 5 km

25

27.8

Plus de 5 km

39

43.3

De ce tableau, nous remarquons que 98.9% des exploitations ont des parcelles situées près du domicile. Ceci affecte favorablement la productivité du travail car les exploitants arrivent dans leurs parcelles sans être fatigués et mettent plus de temps à travailler dans leurs exploitations par rapport à celles éloignées de leurs domiciles.

Tableau 23 : Distribution du travail pour les R&T dans les exploitations.

Activité

Sexe

Adulte

Enfant

Masculin

Féminin

Préparation du terrain

+

+

+

 -

Choix de variétés

+

+

+

 -

Choix des boutures/plançons

+

+

+

 -

Préparation des boutures

+

+

+

 -

Plantation

+

+

+

 -

Fertilisation

+

+

+

-

Sarclage&buttage

+

+

+

+

Récolte&transport

+

+

+

+

Epluchage

 -

+

+

+

Séchage

+

+

+

+

Rouissage&fermentation

 -

+

+

+

Pilage&mouture

 -

+

+

+

Stockage

+

+

+

+

A travers ce tableau, nous remarquons que tous les travaux exécutés pour les R&T sont effectués par les femmes adultes. Les hommes et les enfants participent seulement à quelques activités. Ceci est lié à la mentalité traditionnelle de la société burundaise où certaines tâches sont supposées être le travail de la femme (pilage/mouture, rouissage/fermentation et parfois l'épluchage). D'autres travaux exigent de la force et de la technique que les enfants n'ont pas (préparation du terrain, choix de variétés et de bouture ou plançons la plantation, ainsi que la fertilisation).

b

IV.3.11. Evaluation de la rémunération des travaux pour les R&T

Dans les exploitations qui recourent à une main d'oeuvre salariée quelque fois, nous avons cherché à savoir la rémunération de certains travaux. Nous avons trouvé qu'il existe deux sortes de rémunération : le paiement de l'argent et le paiement de l'argent et nourriture. Aucune exploitation ne paie pas de la nourriture.

Tableau 24 : Rémunération des travaux pour R&T

Type de travail

Nombre d'heures prestées

Rémunération

Argent

Argent+Nourriture

Nourriture

préparation terrain

6

1600

1000

-

plantation

4

800

-

-

sarclage

6

1600

900

-

buttage

6

1600

800

-

récolte&conditionnement

6

1600

800

-

A partir de ce tableau, nous constatons le paiement de la main d'oeuvre par l'argent est la plus courante par rapport aux autres modes de paiement. Aucune main d'oeuvre ne préfère de la nourriture comme rémunération. Le paiement combiné de l'argent et de la nourriture est aussi calculé en fonction du coût de la nourriture. Cela est peut être un indicateur du coût des produits alimentaire dans cette localité en une période donnée.

IV.3.12. Evaluation de l'utilisation de la fumure organique et/ou minérale 

Nous avons remarqué que dans la zone d'étude, la culture des R&T est d'une importance capitale sociale et économique. Toutefois, l'intérêt porté à cette culture n'est pas proportionnel à son utilité en dépit de ses multiples avantages. En effet, la fertilisation de cette culture ne se fait pratiquement pas. Nous avons constaté, selon les réponses des enquêtés, qu'il existerait quelques cas de fertilisation destinée à la culture de pomme de terre uniquement. Cette fertilisation concerne surtout la fumure organique appliquée dans les poquets au cours de la plantation. Faible est la proportion des gens qui achètent la fumure minérale à appliquer pour les R&T. Ces derniers ne profitent que la fumure appliquée aux autres plantes.

Le tableau 25 montre les effectifs des exploitants selon les activités de fertilisation.

Tableau 25 : Effectif des exploitations selon les activités de fertilisation

Fertilisation

Minérale

%

Organique

%

Destinée aux R&T

5

5,6

8

8,9

Destinée aux autres cultures mais profitable aux R&T associés

37

41,1

57

63,3

Pas de fertilisation pour les R&T

48

53,3

25

27,8

Total

90

100,0

90

100,0

Nous remarquons que les R&T ne sont pas fertilisés comme ils l'exigent pour leur production optimale. Seule 5.6 % des exploitants appliquent la fumure minérale ou organique destinée aux R&T. La grande part des exploitants enquêtés 63.3 % effectuent la fertilisation organique destinée aux autres cultures mais profitables pour les R&T pendant que 41.1 % utilisent la fumure minérale destinée aux autres cultures mais profitable aux R&T associés. Ainsi, 53.3 % n'appliquent pas de fumure minérale profitable aux R&T au moment où 27.8 % n'appliquent pas de fumure organique qui est partagée avec les R&T.

Dans notre zone d'étude, nous avons constaté que les R&T se comportent bien dans les exploitations en possession du bétail et situées près des habitations car les gens aiment fertiliser aux alentours des rugo en raison du poids élevé de la fumure de ferme. Nous tenons à signaler que pas mal des champs de R&T se situent loin des habitations.

Notons également que les 5.6 % de fumure minérale sont utilisés uniquement pour la pomme de terre à laquelle ils apportent un grand soin. Ils affirment que les plançons leur coûtent chers et qu'ils évitent de rendre vain leurs efforts. Aussi, l'allure d'utilisation de la fumure organique dépend de la possession du bétail par l'exploitant.

Le tableau 26 montre l'effectif du bétail dans les exploitations enquêtées.

Tableau 26 : Types de bétail rencontrés dans les exploitations

Type de bétail

Effectif des exploitations

%

Vaches

36

40

Chèvres

67

74,4

Moutons

6

6.7

Porcs

0

0

Volailles

62

68.9

lapins

64

71.1

De ce tableau, nous constatons que beaucoup d'exploitants ont des chèvres et de lapins (respectivement 74.4 % et 71.1 %). Ces animaux fournissent peu de fumure pour pouvoir fertiliser toutes les superficies occupées par les R&T. En plus, nous avons constatés que les exploitations possèdent peu de bétail si nous tenons compte des effectifs comme le montre ce tableau.

Tableau 27 : Effectif moyen du type de bétail par exploitation

Type de bétail

Effectif

Moyenne par exploitation

Vaches

113

1.3

Chèvres

350

3.9

Moutons

25

0.3

Porcs

0

0.0

Volailles

427

4.7

lapins

304

3.4

Il est remarquable que les activités d'élevage soient peu pratiquées et diversifiées dans notre zone d'étude vue la moyenne d'effectifs d'animaux par exploitation. La volaille vient en tête avec une moyenne par exploitation de 4.7 têtes, suit les chèvres avec 3.9 têtes et en dernier lieu 0 tête pour les porcs. Ceci est une cause du manque de fumure organique à appliquer dans les champs pour les différentes cultures pratiquées y compris celle des R&T. La diminution des effectifs de bétail et volaille est causée par la crise qu'a connue le Burundi sans épargner la commune Gisagara aussi. Cependant, des projets de repeuplement du cheptel sont à pied d'oeuvre dans la distribution des vaches et chèvres (FAO, PRASAB, Solidarité) en vue d'augmenter la fertilité des sols par le fumier.

IV.2. Système de culture

IV.2.1. Evaluation des variétés de R&T présentes dans les exploitations enquêtées.

Les R&T sont des cultures très riches en variétés et sont facilement échangeables entre les voisins et les amis. Ils repoussent après la récolte dans l'ancien champ et donnent encore une récolte ce qui fait qu'il est difficile pour une variété de disparaître si elle n'est pas sérieusement attaquée par une maladie. Certains enquêtés disent qu'ils préfèrent garder les pieds malades jusqu'à ce qu'ils disparaissent d'eux-mêmes. Certaines plantes à R&T peuvent donner de plusieurs productions par an en raison de leur cycle cultural court. Ceci accroît par conséquent la quantité de matériel de plantation. Donc, une variété appréciée pour telle ou telle autre qualité est susceptible de se répandre rapidement dans la localité. C'est ainsi que nous avons rencontré une multitude de variétés des R&T surtout pour le manioc et la patate douce. D'autres cultures comme la pomme de terre, la colocase et l'igname accusent une diversification faible de variétés et celles que nous avons rencontrées manquent de nomenclature (pour les ignames et colocase)

Tableau 28: Variétés de manioc rencontrées dans les exploitations enquêtées

Nombre de variétés

variété

Effectif d'exploitations

% des exploitations

1

Rubona

38

42,2

2

Buryohe*

10

11,1

3

Rusura*

28

31,1

4

Muteshimari*

6

6,7

5

Yongwe

15

16,7

6

Mpfundo*

7

7,8

7

Kabwarara

2

2,2

8

Imihorya*

11

12,2

9

Kijambere*

33

36,7

10

Maguruyinkware

2

2,2

11

Bukarasi

3

3,3

12

Gasunu

6

2,2

13

Maguruyanzige

2

2,2

14

Bunwabwinkumi*

1

6,7

15

Kayitampunu

3

2,2

16

Nagisoma

2

1,1

17

Kigoma*

4

3,3

18

Kuzimukurahinda

4

2,2

19

Rumarangurube

1

4,4

* : variété douce

Au total, 19 variétés ont été répertoriées avec la prédominance de la variété Rubona (variété amère) rencontrée dans 42.2 % des exploitations. Elle est suivie par les variétés Kijambere et Rusura (variétés douces) respectivement avec 36.7 % et 31.1 % des exploitations. Ceci est lié en fait à la tolérance de ces variétés aux mauvaises conditions édapho climatiques, à leurs cycles végétatifs courts et à leur très haute aptitude de croissance et de ramification. Notons que ces variétés sont d'introduction récente et sont probablement d'origine tanzanienne selon les enquêtés. D'autres variétés ont été citées en faible pourcentage et sont très anciennes dans la zone d'étude. Il n' y a pas eu renouvellement de ces variétés et risquent la disparition si rien n'est fait.

Les variétés douces ne sont pas très cultivées comme les variétés amères. Les exploitants craignent qu'elles soient menacées par les vols.

Tableau 29 : Variétés de patate douce rencontrées dans les exploitations enquêtées

Nombre de variétés

Nom de la variété

Nombre d'exploitation

% des exploitations

1

narubere

11

12,2

2

nagisoma

44

48,9

3

naruganji

44

48,9

4

narwera

14

15,6

5

suguti

20

22,2

6

inconnue

1

1,1

7

namwumba

6

6,7

8

nagasagara

3

3,3

9

mutima

2

2,2

10

nsasagatebo

2

2,2

Au total, 10 variétés ont été rencontrées dans les exploitations enquêtées. La prédominance dans les exploitations revient aux variétés Nagisoma et Naruganji avec 48.9 % pour chacune. Suguti est la deuxième avec 22.2 %. Nagisoma et Naruganji sont anciennement cultivées dans la zone d'étude et donnent de cordes très longues (pour Naruganji) tandis que Suguti est très récente dans cette zone mais elle est très recherchée pour la fermeté de la chair, son goût sucré (très riche en féculent) et sa couleur interne et sa culture gagne de plus en plus les superficies cultivables.

Nous avons constaté aussi qu'il existe des variétés de patate douce inconnue dans la zone d'étude. Une variété a été citée et n'a pas trouvée son nom. Cela peut être lié à la méconnaissance de variétés cultivées par les exploitants.

Pour les autres plantes à R&T, nous avons remarqué qu'elles ont peu de variétés : Seule la variété Ndinamagara pour la pomme de terre (13.3 % des exploitations), deux variétés (Ayera et Ayatukura) pour la colocase dans 53.3 % des exploitations et une variété d'igname dont le nom est inconnu ont été rencontrée dans 22.2 % d'exploitations enquêtées. Cela est dû à la rareté de plançons de pomme de terre. Ndinamagara est la seule présente dans cette zone. Il paraît qu'elle est résistante aux maladies (mildiou), ont affirmé les enquêtés.

IV.2.2. Evaluation du cycle cultural des différentes variétés de R&T rencontrées dans la zone d'étude

Le cycle cultural d'une variété est compté depuis la germination jusqu'au stade de production de la graine pour les plantes à reproduction sexuée, au stade de production de racines ou tubercules propres à la consommation et à la conservation pour les plantes à reproduction végétative y compris les R&T. Or, la plupart des exploitants n'attendent pas cette période de pleine maturité de R&T pour effectuer la récolte. En période de manque de nourriture, ils se rabattent à la récolte échelonnée ce qui complique de préciser exactement le moment propice de la récolte, donc la fin du cycle cultural selon les propos recueillis auprès de quelques exploitants. D'autres surestiment la durée du cycle cultural car ils la prolongent dans l'optique de conservation sur pieds. Au cours de notre étude, nous avons tenté de connaître le cycle cultural pour les R&T rencontré et les résultats nous ont donné de renseignements sur le minimum, la moyenne et le maximum.

Tableau 30 : Cycle cultural de différentes variétés de R&T

Durée du cycle

Manioc

Patate douce

Pomme de terre

colocase

Igname

Minimum

8

3

3

5

6

Maximum

36

6

6

12

12

Moyenne

22

4.5

3.5

9.6

10.8

En observant ce tableau, nous remarquons qu'il y a un grand écart entre le cycle cultural minimum et le cycle cultural maximum pour tous R&T. La moyenne est aussi très élevée par rapport au cycle minimum. Elle est calculée en prenant la somme des durées de cycle sur le nombre de répondants. Ces écarts sont justifiés par la récolte échelonnée qui commence très tôt après la tubérisation et par le souci de prolonger la durée de conservation dans le champ car il y a absence des infrastructures de stockage pour les R&T récoltés. Mais le cycle moyen semble se situer à l'optimum pour toutes les variétés de R&T. Cela montre que les exploitants commencent à respecter les normes de la vulgarisation.

Enfin, la méconnaissance de la durée du cycle cultural expose les exploitants aux pertes de récolte : en poids (racines ou tubercules immatures), aux attaques par divers parasites de blessure en cas de récolte sur pied (bactéries et champignons), aux attaques de charançons en cas de récolte tardive (Cylas pour la patate douce).

IV.2.3. Evaluation de l'intérêt des associations culturales à R&T

Les associations culturales sont le résultat de la pression démographique. Le caractère d'héritage qui fait que les fils se partagent les petites étendues de leurs parents fait que ces dernières deviennent exiguës. La population cherche alors de diversifier la production sur des espaces réduits. L'autre raison serait la pratique de cette méthode par l'ignorance. Les tableaux suivants nous donne l'intérêt de l'association culturale, la proportion des exploitants qui pratiquent l'association culturale, le nombre de cultures en associations.

Tableau 31: Intérêt des associations culturales

Raison

Effectif des cas

% des exploitations concernées

manque de terre

 

49

54

meilleurs résultats

 

9

10

tradition

15

17

utilisation efficace de m.o

 

11

12

minimisation de risque

 

10

11

maximisation de produits

 

4

4

gain d'espace

8

9

aucun

6

7

Trois grandes finalités poussent les exploitants à s'intéresser aux associations culturales. Il s'agit notamment du manque de terre (54 %), de la tradition (17 %), de l'utilisation efficace de main d'oeuvre (12 %).

En effet, en associant plusieurs cultures sur une même parcelle (plus de 97.8 %), les agriculteurs diminuent le risque de voir la parcelle produire peu ou ne rien produire du tout (11 %) comme ça peut être pour le cas de la monoculture (décimée par une maladie par exemple). En associant 2 ou 3 cultures, il y a plus de chance qu'une culture survive à cette éventualité. Par contre, près de 16 % d'entre eux associent les cultures pour gagner de l'espace et sans aucune explication de cela.

Tableau  32: Répartition des exploitations selon qu'elles comportent les cultures associées et le nombre de cultures en association

Type de culture

Monoculture

2 cultures

3 cultures

4 cultures

Total

%

Associé

0

34

44

10

88

97.8

Jamais associé

2

0

0

0

2

2.2

Total

2

34

44

10

90

100

%

2.2

37.8

48.9

11.1

100

-

De ce tableau, nous constatons que pour 90 exploitations enquêtées, 97.8 % pratiquent l'association culturale tandis que 2.2 % pratiquent la monoculture. L'association culturale la plus courante est celle à 3 cultures avec 48.9 %, celle la plus faible est à 4 cultures avec 11.1 %. Cela est dû aux diverses raisons évoquées dans le tableau 31. 

Dans les différentes associations pratiquées, nous avons cherché celles qui comportent les R&T et les résultats sont consignés dans le tableau 33.

Tableau 33: Associations comportant les R&T dans les exploitations enquêtées

Type d'association

Effectif des cas

%

avec R&T

62

68,9

sans R&T

28

31,1

Total

90

100

A travers ce tableau, nous remarquons que les associations avec les R&T sont plus présentes .68.9 % des exploitants affirment associer les R&T avec les autres cultures tandis que 31.1 % des associations ne comportent pas de R&T. Ceci est lié à la souplesse des R&T de supporter l'association et des conditions médiocres de sol tout en permettant d'accroître (ou de maintenir) le rendement global (toutes les cultures confondues) de la parcelle

Parmi ces R&T, Nous avons également cherché à savoir culture la plus utilisée en association. Les résultats à ce sujet se trouvent dans le tableau 34.

Tableau 34: Proportion de Racine et Tubercule dans les associations rencontrées.

Culture

Effectif des cas

%

Manioc

49

79,0

Patate douce

10

16,1

Pomme de terre

1

1,6

Colocase

9

14,5

Igname

1

1,6

Dans les 62 cas d'associations avec les R&T rencontrés, le manioc, lui seul représente 79 % des cas, suivi de la patate douce 16.1 % et de la colocase 14.5 % . Ceci étant, parce que le manioc est très cultivé dans plusieurs exploitations et les gens aiment planter quelques pieds, dispersés dans les champs. Encore, comme il est pluriannuel, il est normal de le rencontrer dans les champs en association avec les autres plantes saisonnières ou annuelles. Pour les autres cultures, bien qu'elles dérivent de l'ancienne culture sur les champs, nous les avons considérées comme des cultures associées en fonction de leur densité de culture.

Pour la patate douce, il est très difficile d'extraire tous les débris dans un champ ayant porté cette culture. Les restes peuvent alors repousser et constituer une seconde culture et donner une production. Or, la majorité des exploitations, après leur ouverture, portent la patate douce en tête de rotation. L'habitude des agricultures de ne pas détruire les repousses de l'ancienne culture fait que cette dernière soit toujours présente dans le champ.

Pour ce qui est de la colocase, nous l'avons trouvée dans les champs de case où elle est cultivée sous les bananiers. La pomme de terre aime la monoculture et elle est rarement associée avec les autres plantes dans notre zone d'étude. En plus, nous l'avons rencontrée dans peu d'exploitations de même que l'igname.

IV.2.4. Les R&T dans la rotation culturale

La récolte des R&T exporte une grande quantité d'éléments minéraux se trouvant dans le sol. Il faut alors restituer au sol les éléments perdus. De plus, la monoculture expose le champ à la pression de l'inoculum. Dans le cas de notre étude, nous avons cherché à savoir si les exploitants pratiquent la rotation des cultures, en particulier pour les R&T et les raisons de cette rotation. Les réponses fournies à ce sujet sont mentionnées dans les tableaux 35, 36.

Tableau 35: Proportion des exploitations qui pratiquent la rotation culturale

Rotation culturale

Nombre d'exploitations

%

Oui

58

64.4

Non

32

35.6

Total

90

100

Dans ce tableau, nous constatons que 64.4 % des exploitations pratiquent la rotation de cultures tandis que 35.6 % cultivent toujours les mêmes cultures sur la même parcelle. Des efforts de vulgarisation sont à intensifier à ces derniers pour qu'ils apprennent l'intérêt de la rotation culturale.

Tableau 36: Intérêt de la rotation culturale

Raisons

Effectif des cas

%

Restaurer la fertilité

33

56.9

Augmenter la

production

14

24.1

Bonne préparation du

sol

2

3.4

Réduire les maladies

9

15.5

Total

58

100

Pour les exploitations qui pratiquent la rotation, la raison principale est de restaurer la fertilité du sol 56.9 %. Celle-ci se fait en succédant les cultures différentes sur la même parcelle et parfois par des jachères de courte durée (une année) selon quelques exploitants. En pratiquant la rotation, ils espèrent augmenter la production de la prochaine culture car toutes les cultures n'ont pas les mêmes besoins nutritifs (24.1 %). Comme toutes les plantes n'ont pas un même enracinement, ça leur permet de bien préparer le sol (3.4 %). La rotation culturale permet de réduire la pression de l'inoculum et par conséquent les maladies (15.5 %).

IV.2.5. Origines des semences de R&T

Les sources d'approvisionnement en semences sont multiples. Elles peuvent provenir du marché, anciens champs, centres semenciers des privés ou de l'Etat, des voisins. Les sources peuvent être internes (au sein de la même région ou pays) ou externes (cas de semences importées). Les différents échanges à propos de semences sont liés à l'insuffisance de matériel de plantation, à la nécessité d'introduire une nouvelle variété ou à changer la variété tout court. De tels échanges existent aussi dans la catégorie des plantes à R&T. Au cours de notre étude, nous avons essayé de sonder les sources d'approvisionnement du matériel de plantation pour les R&T présentes dans les exploitations.

Tableau 37: Sources d'approvisionnement en matériel de plantation de R&T

Source d'approvisionnement

Nombre d'exploitations

%

Ancien champ

65

72.2

Marché

1

1.1

Voisins

37

41.1

Centre semencier

7

7.8

Amis

19

21.1

Ailleurs

11

12.2

De ce tableau, nous constatons que la plupart du matériel de plantation provient des anciens champs (72.2 %). Cela est dû au fait que les exploitants ont l'habitude d'utiliser les semences anciennes. Ils disent qu'ils ont la connaissance parfaite de leurs variétés (qualité et défaut, aptitude agronomique dans une région). L'autre source non moins importante est l'échange du matériel entre les voisins (41.1 %) et entre les amis (21.1 %). Cela est justifié par le rôle social des R&T entre les exploitants. Celui qui n'a pas de matériel peut s'en procurer gratuitement chez son voisin ou ami ce qui renforce la cohésion sociale. Rares sont ceux qui s'approvisionnent au marché ou au centre semencier qu'il appartienne aux privés au à l'Etat en raison du prix élevé de ce matériel de plantation. Pourtant, c'est dans les centres semenciers où on peut trouver du matériel de plantation sain.

IV.2.6. Evaluation des besoins en matériel de plantation de R&T

Le fait qu'un exploitant va chercher le matériel de plantation ailleurs que son exploitation montre une insuffisance du matériel de plantation préféré. Nous avons cherché à savoir les exploitations qui en ont en suffisance et d'autres qui en manquent.

Le tableau 38 nous donne l'effectif des exploitations selon la suffisance ou l'insuffisance en matériel de plantation.

Tableau 38 : Répartition des exploitations selon la suffisance ou l'insuffisance en matériel de plantation

Estimation des besoins

en matériel de plantation

Effectif des exploitations

%

Suffisant

42

46.7

Insuffisant

48

53.3

Total

90

100.0

A travers ce tableau, nous remarquons que 53.3 % des exploitants ont un manque criant de matériel de plantation tandis que 46.7 % des exploitants affirment avoir du matériel de plantation en suffisance. Cela est lié à l'absence du renouvellement du matériel de plantation suite aux maladies qui ont décimé de vastes plantations (cas de la mosaïque du manioc), au manque d'intrants comme la fumure pour la pomme de terre,à la rareté de centres semenciers producteurs de semences améliorées ou sélectionnées, aux semences chères et parfois non disponibles (pour la pomme de terre), au manque d'encadrement agricole suffisant, aux aléas climatiques (sécheresse prolongée), au vol et aux ravages animaux en saison sèche. Mais les exploitants affichent la réticence d'acheter les semences de bonne qualité et préfèrent se ravitailler dans les anciens champs. Cela est préjudiciable à la santé des plantes cultivées dans la mesure où ces champs peuvent être malades et constituent dans ce cas la source de propagation des maladies. Des efforts de vulgarisation à l'utilisation de semences saines et de leur diffusion sont à déployer dans cette zone.

IV.2.7. Evaluation de la nature de matériel de plantation utilisé

Le matériel de plantation de R&T est constitué par de plançons (pomme de terre), de boutures (manioc et patate douce), de cormes (colocase) et de mini sets pour l'igname. Ce matériel peut être local ou sélectionné. En partant de la disponibilité du matériel de plantation, nous avons cherché les exploitants qui utilisent les semences locales et/ou sélectionnées ainsi que les cultures concernées.

Le tableau 39 nous donne les proportions de différents exploitants en fonction de l'utilisation des semences locales et sélectionnées de R&T.

Tableau 39 : Utilisation de semences locales et/ou sélectionnées

Culture

Type de semence

Nombre d'exploitants

%

Manioc

Locale

76

97.4

Sélectionnée

2

2.6

Total

78

100.0

Patate douce

Locale

69

97.2

Sélectionnée

2

2.8

Total

71

100.0

Pomme de terre

Locale

8

47.1

Sélectionnée

9

52.9

Total

17

100.0

Colocase

Locale

40

100.0

Sélectionnée

0

0.0

Total

40

100.0

Igname

Locale

14

100.0

Sélectionnée

0

0.0

Total

14

100.0

Comme nous le remarquons sur le tableau 39, le taux d'exploitants ayant utilisé les semences sélectionnées est très petit : 2.6 % pour le manioc, 2.8 % pour la patate douce, 0 % pour la colocase et l'igname. Seule l'utilisation de semences sélectionnées de la pomme de terre connaît un progrès soit 52.9 % des cas. Cela est dû aux raisons évoquées dans le tableau 38.

IV.2.8. Principales maladies et ravageurs des R&T et leurs moyens de lutte

Le manioc et la colocase sont menacés de disparition dans ces jours suite aux maladies et ravageurs. Dans notre zone d'étude, nous avons observé que la plupart des exploitations portent de pieds de manioc, de patate douce, de colocase, de pomme de terre et des ignames malades ce qui limite énormément la production escomptée. Les principales maladies et ravageur signalés étant :

o pour le manioc : la mosaïque, la pourriture racinaire, les taupes

o pour la patate douce : les chenilles défoliantes, l'anthracnose, les charançons, les taupes

o pour la pomme de terre : le mildiou, le virus d'enroulement, la bactériose, les vers gris et les grillons

o pour la colocase : le Pythium

o pour l'igname : les cloques des feuilles

Quant aux moyens de lutte, le tableau 40montre l'effectif des exploitants selon les activités de lutte contre les principales maladies et ravageurs des R&T rencontrés dans les exploitations enquêtées.

Tableau 40 : Traitement contre les maladies et ravageurs des R&T

Moyen de lutte

Nombre d'exploitants

%

Agronomique

20

22.2

Chimique

5

5.6

Mécanique

65

72.2

Intégrée

0

0

Total

90

100

Dans la commune Gisagara, nous avons remarqué que les moyens de lutte contre les maladies et ravageurs ne sont pas appliqués par les exploitants. Ils sous -estiment l'importance des attaques. Pour eux, une maladie ne devient réellement un problème dans la mesure où elle provoque la mort de la plante sauf pour le cas des taupes dont les dégâts sont fort apparents au début de l'attaque. Le moyen de lutte qui semble le plus utilisé est la lutte mécanique avec 72.2 % qui consiste en la destruction mécanique des plants attaqués et le piégeage des taupes.

L'autre problème est l'absence de pharmacies de produits phytosanitaires dans la commune Gisagara.

Les autres moyens de lutte étant utilisés par peu d'exploitants, la vulgarisation de ces derniers serait nécessaire pour limiter les pertes de production causées par ces maladies et ravageurs.

IV.3.Technologies post-récolte

Au contraire des céréales qui possèdent par nature de bonnes propriétés de stockage, les plantes à R&T font sans exception partie des cultures vivrières facilement périssables. Cette périssabilité de produits issus de R&T déprécie la qualité et la valeur marchande. La transformation de ces produits vise donc la réduction des problèmes liés à la conservation de longue durée, la diversification des produits et sous produits et en définitive, l'augmentation de la valeur ajoutée d'une production primaire en le faisant passer à une étape supérieure du produit transformé. Elle permet en outre de réduire les pertes post-récolte.

Avant d'entreprendre les technologies post-récolte, nous avons identifié les causes de pertes pré- et post-récolte.

Tableau 41 : Identification et comparaison des causes de pertes pré et post-récolte

Causes

Nombre de cas de perte pré-récolte

%

Nombre de cas

de perte post-récolte

%

Rats

2

2.0

6

17.6

Pourriture causée par les attaques fongiques, bactériennes et décomposition physiologique

37

36.6

7

20.6

Vol

14

13.9

1

2.9

Coléoptères

13

12.9

20

58.8

Singes

3

3.0

0

0

Aléas climatiques

1

1.0

0

0

Bétail

18

17.8

0

0

Taupes

11

10.9

0

0

Récolte tardive

2

2.0

0

0

Total

101

100

34

100

De ce tableau, nous remarquons qu'au niveau du stade pré-récolte, les pertes les plus importantes sont causées par:

1. les champignons : ceci résulte d'un entretien mal conduit. Ainsi, les opérations culturales qui risquent de blesser les racines ou les tubercules telles que le sarclage et la récolte échelonnée prédisposent les racines ou les tubercules aux attaques fongiques ou bactériennes.

2. le vol : ceci résulte du manque de gardiennage de champs, soit que cette activité est très onéreuse et que le cycle végétatif est très long pour certaines plantes à R&T (cas du manioc), soit que ce sont souvent les R&T qui restent seuls dans les champs après la récolte des céréales et légumineuses. Mais ici, nous ne pouvons pas dire d'une pure perte car ce qui est volé n'est pas jeté mais est utilisé ailleurs. Nous pouvons parler plutôt d'un transfert non préféré.

3. les Coléoptères : ceux -ci attaquent souvent les tubercules de patate douce récoltés tardivement et peuvent conduire à la perte de tout le tubercule. Ces derniers sont aussi signalés en stock (pour les produits secs comme les cossettes)

4. le bétail : en saison sèche, certains éleveurs laissent le bétail errer et causent de ravages aux plantes qui résistent à la sécheresse prolongée en l'occurrence le manioc et la patate douce.

D'autres causes de dégâts sont de très faible importance aux R&T dans les champs : taupes : 10.9 %, singes : 3 %, rat : 2 %, récoltes tardives : 2 % et sécheresse : 1 %

Au stade post-récolte, les dégâts les plus importants sont dus aux Coléoptères 58.8 %. Cela est dû à la baisse de la teneur en eau dans la racine et à la température fraîche du milieu. L'attaque est signalée dans les greniers ou autres équipement de stockage.

Les champignons et les bactéries : suite aux blessures causées par la récolte des racines et tubercules, l'activité respiratoire devient très élevée et influence l'apparition des moisissures.

Les bactéries profitent les plaies où la séparation de la racine ou tubercule a eu lieu ou de la mauvaise manipulation. Les pertes ont été citées par 20.6 % des exploitants.

Les rats sont cités par 17.6 % des exploitants comme cause de perte de leur récolte dans le milieu de stockage.

Quant à la comparaison des causes de pertes pré- et post-récolte, nous remarquons que les pertes pré-récolte sont énormes. 101 cas ont été cités par les exploitants contre 34 cas pour les pertes post-récolte. Cela est justifié par le fait que les produits à récolter passent une longue période avant d'être récoltés et sont soumis à plusieurs influences du milieu (biotiques et abiotiques).

IV.3.1. Evaluation des techniques de transformation et de conservation

Pour réduire certaines pertes, les exploitants procèdent à la transformation. Etant donné que les plantes à racines et à tubercules ne constituent pas un groupe homogène du point de vue de leurs propriétés de transformation et de stockage, et qu'elles présentent de différences, spécifiques au produit concerné, il est donc indispensable d'utiliser des méthodes de transformation et de stockage spéciales à chaque type de produit dérivé de plantes à racines et tubercules, ce que confirme d'ailleurs l'extrême diversité des systèmes de transformation et de stockage traditionnels.

C'est ce qui nous a incité à savoir quelles sont les plantes à racines et tubercules transformées, les méthodes de transformation et de stockage utilisées, les personnes impliquées dans la transformation et les problèmes rencontrés dans la transformation et le stockage.

Tableau 42 : Racines et tubercules transformés ainsi que les produits dérivés rencontrés dans la zone de notre étude

Culture

Produit

transformé

Exploitation

concernée/90

%

Manioc

Ikivunde

55

61.1

Inyange

27

30

Total

 

82

91.1

Patate douce

-

0

0

Total

 

0

0

Pomme

de terre

-

0

0

Total

 

0

0

Colocase

-

0

0

Total

 

0

0

Igname

-

0

0

Total

 

0

0

De ce tableau, nous remarquons que les activités de transformation ne sont pas très connues. Seul le manioc connaît la transformation au sein des exploitations. 91.1% ont affirmé qu'elles transforment le manioc. Toutefois, la transformation des racines de manioc se limite à deux types de farine : Ikivunde à 61.1% et inyange à 30%. La farine « Ikivunde » est très transformée car la majorité de manioc utilisé est très amère et nécessite les opérations visant à éliminer l'acide cyanhydrique, toxique pour les humains et les animaux. Aussi, elle est très recherchée pour sa qualité marchande : sa couleur et son goût attirent les acheteurs. Mais signalons ici que cette farine est chère par rapport à la farine « inyange ».

Nous remarquons également l'absence de transformation des tubercules à part la cuisson directe de tubercules récoltés ce qui peut causer de pertes très élevées en cas de récolte abondante et que les exploitants ne peuvent pas les consommer ou les vendre. Ils sont contraints de les vendre à bas prix ou de les distribuer gratuitement chez leurs amis ou voisins.

Cela peut être une entrave au développement des ces cultures. Il faut innover de technologies de transformation en vue de diversifier et de donner de la valeur aux produits transformés.

IV.3.2. Méthodes de transformation de racines en farine « ikivunde » ou « inyange »

Selon l'interview menée avec les exploitants qui transforment ces genres de farine, tous s'accordent sur le schéma technologique. C'est ainsi que pour la farine « ikivunde » les étapes sont les suivantes :

Etape Durée

1. épluchage et pellage variable selon la quantité

2. lavage variable selon la quantité

3. fermentation 2-3jours

4. 1er pilage variable selon la quantité

5. séchage 3-7jours (fonction de la durée d'ensoleillement)

6. 2ème pilage + tamisage ou mouture variable selon la quantité

Pour la farine « inyange », le procédé est relativement simple et courte :

Epluchage et pelage séchage pilage + tamisage ou mouture

IV.3.3. Produits et sous produits de la transformation des R&T et leur utilité

Les plantes à racines et tubercules sont cultivées pour des usages multiples. Les produits et les sous produits sont utilisés d'une manière ou d'une autre selon leur finalité. Les principaux produits étant la racine fraîche et la farine et les sous produits sont les feuilles tendres et les épluchures. Leur utilité varie suivant les ménages.

Le tableau 43 parle de différents produits et sous produits et leur utilité dans les exploitations enquêtées.

Tableau 43: Utilité des produits et sous produits de plantes à R&T

Produits et sous produits

Usages

Racine

ou tubercule

Farine

Feuilles

Epluchures

Alimentation humaine

+

+

+

-

Alimentation animale

+

+

+

-

Compostage

-

-

+

+

+ : produit ou sous produit utilisé

-  : produit ou sous produit non utilisé

De ce tableau, nous constatons que les plantes à racines et tubercules ont peu de produits et sous produits. La faible diversification de produits et sous produits va de pair avec les usages limités. Nous avons constaté que ces plantes à racines et tubercules sont cultivées essentiellement pour leur alimentation sous formes de racine ou tubercule cru ou cuit directement, et celles transformées donnent la farine destinée à l'alimentation humaine. La farine issue d'une transformation mal conduite est donnée aux animaux sous forme de farine composée. Les feuilles tendres de manioc, de pomme de terre et les pétioles de feuilles de colocase sont aussi consommés comme accompagnement à la pâte de manioc. Quant à l'alimentation animale, ce sont les feuilles de patate douce, les épluchures de patate douce et de pomme de terre qui sont utilisées. Les épluchures de manioc, de colocase et des ignames sont jetées dans les compostières.

IV.3.4. Les personnes impliquées dans la transformation

Concernant la répartition du travail dans la chaîne de transformation, nous avons analysé la part de chacun des membres du ménage.

Le tableau 44 montre la part de chacun des membres du ménage dans la chaîne de transformation.

Tableau 44 : Répartition du travail dans les étapes de transformation

Etape

Personnes impliquées

homme

femme

enfants

Epluchage

+

+

+

Lavage

-

+

+

Fermentation

-

+

+

1er Pilage

-

+

+

Séchage

-

+

+

2ème pilage +

tamisage ou

mouture

-

+

+

+ : participe

- : ne participe pas ou participe partiellement

A partir de ce tableau, nous remarquons que la transformation fait intervenir toutes les catégories de personnes mais à certaines étapes, des démarcations s'observent. Depuis l'étape de lavage jusqu'au tamisage ou mouture, l'homme aide peu ou est parfois absent tandis que la femme et les enfants sont toujours actifs. La transformation étant une tâche longue et fastidieuse et utilisant des équipements de transformation très modestes, il faut songer à améliorer la technologie en vue d'alléger le travail de la femme et des enfants.

V.3.5.Les problèmes de transformation

La transformation des R&T connaît une série de problèmes de natures diverses. Au sein des exploitations qui transforment les R&T, nous avons voulu savoir les problèmes qu'elles rencontrent pendant la transformation. Ces problèmes sont trouvent consignés dans le tableau 45.

Tableau 45 : Problèmes de transformation

Problèmes de transformation

Nombre de cas/90

%

difficile à sécher en période pluvieuse

7

7,8

pénibilité du travail

7

7,8

prix à la mouture élevé

10

11,1

pourriture en saison pluvieuse

2

2,2

outil moins performant

4

4,4

main d'oeuvre élevée

3

3,3

manque de temps

2

2,2

manque de technologie

1

1,1

manque d'eau pour fermenter

3

3,3

manque d'équipement de transformation

2

2,2

perte liée à la transformation, fatigue

1

1,1

équipement de séchage rare

1

1,1

mauvaise qualité en saison pluvieuse

1

1,1

rendement insuffisant

38

42,2

Total

82

91,1

A la lumière de ce tableau, nous constatons que le problème le plus fréquent est le rendement insuffisant après transformation (42.2%) résultant de l'utilisation des équipements très rudimentaires. Le prix à la mouture plus élevé est perçu comme problème par 11.1% des cas. Cela est lié au prix du carburant des moulins qui est aussi élevé et les possesseurs de ces moulins veulent gagner aussi un bénéfice élevé. A ce prix à la mouture élevé s'ajoutent les problèmes de pluie qui rendent le séchage difficile (7.8% des cas) et la pénibilité du travail (7.8% des cas) résultant de l'utilisation des outils moins performants (4.4%) ce qui demande le recours à une main d'oeuvre abondante en cas de quantité importante à transformer (3.3%) et une grande quantité d'eau pour fermenter (3.3%).

Les autres problèmes sont perçus comme moins fréquents selon le nombre de cas déclarés.

Son optimisation pourrait contribuer à augmenter l'efficacité du travail, la productivité et les revenus et améliorer les conditions de vie des populations rurales et urbaines. Parmi les effets positifs d'une amélioration des denrées de R&T, citons la prolongation de la durée de stockage, réduction des coûts de transport des zones rurales vers les centres urbains en raison de la réduction du poids en cas de produits secs, meilleurs perspectives de commercialisation et amélioration de la qualité de l'alimentation, stabilisation des fluctuations annuelles des quantités disponibles sur le marché.

IV.3.6. Méthodes de conservation des R&T

Le fait que les R&T pourrissent très vite est l'une de deux raisons principales de la transformation fréquente partout où ils sont cultivés et consommés. La deuxième raison est liée à la nécessité d'éliminer les glucosides cyanogéniques. Pour augmenter la durée de conservation, il faut réduire la teneur en eau par séchage (en milieu traditionnel) et par torréfaction (en milieu moderne).

Les plantes à racines et tubercules font partie des cultures vivrières facilement périssables ( http://www.fastonline.org). Leur conservation pour une longue durée est très délicate et exige des équipements modernes. Au cours de notre étude, nous avons cherché à savoir les méthodes et équipements de conservation utilisés par les exploitants enquêtés.

Le tableau 46 donne une série d'équipements et méthode de conservation utilisés et rencontrés dans les exploitations enquêtées.

Tableau 46 : Méthodes et équipements de stockage

Equipement

Manioc

Pomme

de terre

Patate

douce

igname

Colocase

Total

%

farine

cossette

Racines

fraîches

panier

4

0

0

0

0

0

0

4

1,4

seau

5

0

0

0

0

0

0

5

1,7

pot

12

0

0

0

0

0

0

12

4,2

sac

13

39

0

0

1

0

0

53

18,3

grenier

0

25

0

0

0

0

0

25

8,7

hangar

et étagère

0

0

0

7

0

0

0

7

2,4

terre

0

0

65

7

48

21

42

183

63,3

Total

34

64

65

14

49

21

42

289

100,0

De ce tableau, nous remarquons que la conservation en terre est très utilisée (63.3 %) suivi de la conservation en sac (18.3 %). Ceci est justifié par le manque d'équipements de stockage et l'ignorance des autres méthodes de conservation. C'est ainsi que beaucoup d'exploitants préfèrent laisser les R&T matures en terre ou sur le sol. Les sacs sont aussi utilisés pour la conservation en proportion pas très grande car ils coûtent chers et en cas d'une grande quantité à stocker, il ne serait pas facile de trouver les sacs nécessaires. Les greniers qui étaient jadis utilisés dans le stockage commencent à disparaître car il n' y a plus à conserver en grande quantité et aussi par crainte de voleurs car ils sont installés dehors. Les paniers, seaux et les pots sont utilisés pour conserver de petites quantités. La construction de hangar de stockage nécessite de moyens qui ne sont pas accessibles toujours à l'exploitant.

IV.3.7. Les problèmes de conservation

La conservation des R&T connaît également un certain nombre de problèmes si des mesures adéquates ne sont pas prises pour préserver soit la quantité, soit la qualité. A ce point, nous avons cherché à savoir les problèmes inhérents à la conservation chez les exploitants enquêtés. Les réponses sont mentionnées dans le tableau 47

Tableau 47 : Problèmes de conservation

Problèmes

Nombre de cas/90

%

Pourriture

36

40,0

Ravageurs de stock (Coléoptères et rats)

17

18,9

Germination en cas de stockage en terre et bourgeonnement en cas de stockage dans le hangar sans étagère

18

20,0

De ce tableau, nous constatons que malgré les différentes méthodes de conservation, des problèmes ne manquent pas. 40 % des exploitants ont affirmé rencontrer les problèmes de pourriture résultant de mauvaises conditions de stockage (température, aération, éclairement insuffisant du stock, etc.), 20 % des exploitants parlent de risque de germination sur pieds en cas de stockage en terre en raison de l'absence de dormance (surtout la patate douce), 18.9% parlent des attaques de ravageurs de stock (insectes et rats).

IV.4. Commercialisation des R&T en commune Gisagara

Le commerce des R&T est pratiqué soit par les producteurs eux-mêmes, soit par les commerçants (intermédiaires, détaillants et grossistes). A chacun des opérateurs du commerce, tout le monde veut avoir son bénéfice. D'après les vendeurs de R&T que nous avons enquêtés, la vente de R&T est tributaire de plusieurs facteurs dont les principaux sont les suivants :

§ La pauvreté de l'exploitant : en vue de la satisfaction de ses besoins, l'exploitant est contraint de vendre une partie de sa récolte quel qu'en soit le prix lui offert.

§ La saison : la saison sèche correspond à une période de récolte de nombreuses plantes. Ceci entraîne un grand flux de produits vivriers sur le marché et le prix à payer devient petit. Tandis qu'en période pluvieuse il y a rareté de produits vivriers. La vente est très bonne pour le producteur.

§ La famine : en période de famine, le prix de produits vivriers est très élevé.

La vente de R&T chez l'exploitant est soumise à des difficultés tels que le manque d'information sur les prix, produits non standardisés, mauvaise qualité, quantité minime, produits très périssables, mêmes commerçants auxquels il vend ses produits, le coût élevé de transport, l'impraticabilité des routes, la localisation géographique etc. Ceci affaiblit son pouvoir de négocier spécialement au moment de la récolte.

De plus, le circuit de commercialisation est aussi inorganisé : la vente a lieu soit au champ, au domicile, en cours de route ou au marché.

La vente des R&T a lieu seulement pour les jours dits de marché sauf pour le cas de vente au champ ou à domicile. En commune Gisagara, les jours de marché sont mardi, mercredi, jeudi, vendredi et dimanche. Les marchés principaux ont lieu mardi à Nyuro, vendredi à Gasenyi et dimanche à Camazi. Ce sont ces trois marchés qui nous intéressés à la collecte des données de commercialisation.

IV.4.1. Lieu de vente des R&T

La vente a lieu soit au champ, au domicile, en cours de route, au marché ou chez les établissements scolaires. Le tableau 49 montre les différents lieux de vente de R&T

Tableau 48 : Lieu de vente de R&T

lieu de vente

nombre d'exploitants/90

%

marché

65

72,2

champ

14

15,6

domicile

11

12,2

en cours de route

5

5,6

école

5

5,6

De ce tableau, nous constatons que le marché est fréquenté par 72.2 % des exploitants, 15.6 % des exploitants effectuent la vente dans leurs champs, 12.2 % des exploitants vendent les R&T à leurs domiciles tandis que d'autres exploitants vendent les R&T en cours de route (5.6 %) ou au lycée Murore (5.6 %).

En vendant au marché, l'exploitant ou l'autre vendeur est soumis à la structure du marché. Il est soit en situation de monopole, oligopole ou en concurrence pure parfaite. L'une ou l'autre situation peut avantager ou désavantager l'offreur. Il tente alors sa chance.

La vente au champ, au domicile ou en cours de route expose le vendeur à offrir son produit à un prix différent de celui pratiqué au marché en raison de l'absence de manque d'information sur le prix et de sa situation de monopole bilatéral. Le prix est alors fixé par consensus entre vendeur et acheteur.

La vente au champ, à domicile et en cours de route se fait pour éviter la taxe communale. Notons que cette pratique fait perdre des recettes au niveau des finances de la commune.

IV.4.2. Origine et caractéristiques des vendeurs

L'origine du vendeur renseigne probablement l'origine du produit vendu tandis que les caractéristiques du vendeur donnent l'information de sa position sur la chaîne filiale. Le tableau 49 donne les origines et caractéristiques des vendeurs rencontrés sur les marchés enquêtés de la commune Gisagara.

Tableau 49 : Origine et caractéristiques des vendeurs sur les trois marchés enquêté

 

 

%

Sexe

M

7

35

F

13

65

Total

20

100

Age

moins de 20

4

20

20-30

7

35

30-40

4

20

40-50

3

15

plus de 50

2

10

Total

20

100

Origine

Burundi

16

80

Tanzanie

4

20

Total

20

100

Niveau sur

la chaîne de

production

producteur

11

55

intermédiaire

5

25

détaillant

4

20

Total

20

100

De ce tableau, nous remarquons que :

o Au niveau du sexe, 65 % des vendeurs sont des femmes tandis que 35 % sont des hommes. Cela est dû au fait que l'activité de commercialisation est assurée en général par les femmes car elle exige de la patience en attente des clients que les hommes n'en ont pas.

o Au niveau de l'âge, la majorité de vendeurs ont un âge situé entre 20 et 30 ans (35 % des cas) tandis que les personnes âgées fréquentent moins le marché (10 %). Cela s'explique par le fait que c'est dans la tranche d'âge comprise entre 20 et 30 ans où se situe des personnes assez fortes pour transporter les marchandises lourdes au marché situé quelque fois à des distances plus ou moins longues. Les personnes âgées vont au marché avec de quantités minimes de produits.

o Au niveau de l'origine, 80 % de vendeurs sont des burundais tandis que 20 % sont des tanzaniens. Cela est dû au fait que les personnes aiment vendre leur produit sur des marchés plus proches d'eux étant donné que les produits à R&T (surtout frais) sont très lourds et que les moyens de transport sont très dérisoires dans la commune Gisagara. Néanmoins, la présence des vendeurs tanzaniens sur les marchés burundais montre le rôle social et économique joué par les R&T.

o Au niveau de la position du vendeur sur la chaîne de production, 55 % des vendeurs sont des producteurs qui vendent les R&T tirés directement de leurs exploitations tandis que 25 % sont des intermédiaires et 20 % sont des détaillants. Cela montre que la commercialisation est assurée par plusieurs catégories de personnes et si une fois elle est mieux organisée, elle pourra jouer un rôle socio-économique considérable pour différents acteurs impliqués.

IV.4.3. Caractéristiques des produits à R&T rencontrés sur les marchés enquêtés

Il existe une faible diversification de produits rencontrés sur les marchés de la commune Gisagara. Seul le manioc a une gamme de produits : la farine (inyange et ikivunde), les cossettes, les racines fraîches et la pâte alimentaire. La pomme de terre, les colocases, la patate douce sont vendus sous formes de tubercules frais. Nous n'avons pas trouvé de l'igname sur tous les marchés. La faible diversification de produits à R&T est imputable à l'absence et ignorance de techniques de transformation dans la commune Gisagara. L'innovation de ces techniques serait très importante non seulement pour diversifier les produits mais aussi pour donner plus de la valeur à ces produits.

IV.4.4. Organisation de la vente 

Deux façons de vendre les R&T ont été observées dans les marchés de la commune Gisagara : vente en gros et vente en détail. La vente en détail est pratiquée par les vendeurs de petit volume tandis que la vente en gros est pratiquée par les vendeurs de gros volume.

Dans le marché, les vendeurs de R&T sont alignés sur une partie en fonction de la forme du produit. Les racines et tubercules frais occupent une partie distincte de farines. Ils sont vendus ensemble avec les bananes, disposés en tas ou en paniers. L'utilisation de la balance comme moyen d'estimer le prix n'est pas très utilisé sauf pour le cas des cossettes achetées par les intermédiaires, les collecteurs au service des grossistes. La détermination du prix est fonction de la qualité, de la quantité demandée par le client et de la quantité de ce produit offerte en général sur le marché. Il n' y a pas alors un prix commun pour tous les vendeurs. Le prix est aussi variable pendant toute la journée. Les prix bas se remarquent à la fin de la journée. Celui qui n'a pas terminé à écouler sa marchandise, sous peur de rentrer avec et compte tenu de la faible durée de conservation (pour les produits frais très périssables), il est contraint de céder son produit à prix bas, ce qui décourage trop les vendeurs de produits frais.

La taxe est fixée par le Ministère de l'intérieur et ne varie pas selon le comptable communal de Gisagara, mais les vendeurs disent qu'elle varie selon la quantité offerte par le vendeur.

La standardisation de produits ainsi que la réglementation de la vente peuvent contribuer à harmoniser le système de commercialisation

IV.4.5. Evaluation des principaux acheteurs des produits à R&T

Au marché, différents acheteurs se font remarquer : paysans, commerçants, fonctionnaires, les personnes ayant de restaurants, etc. Ils affluent vers divers produits alimentaires ou autres. Au niveau des produits à R&T, l'histogramme ci-dessous donne les proportions des principaux acheteurs.

En analysant cet histogramme, nous constatons que le principal client des vendeurs de R&T est le paysan lui-même, suivi par les commerçants respectivement 95.56 % et 20 % . Les autres acheteurs se trouvent en proportions moindres : les fonctionnaires sont peu nombreuses dans la commune Gisagara et ceux qui s'y trouvent sont aussi parfois producteurs de R&T. Quant aux restaurants, nous avons constaté que peu de restaurants cuisent les R&T.

IV.4.6. Part des R&T dans les restaurants de la zone d'enquête

La zone d'enquête dispose de nombreux petits restaurants surtout sur les centres de Camazi, Gasenyi et sur le long de la route nationale 21 qui relie Gisagara à la Tanzanie. D'autres se trouvent éparpillés dans les collines. Sur les 3 marchés enquêtés, nous avons dénombrés 30 petits restaurants et 10 seulement ont fait objet d'enquête.

Le tableau suivant montre les différents produits cuits dans les petits restaurants enquêtés

Tableau 50. Nombre de petits restaurants et principaux produits vivriers rencontrés

Petits

restaurants

Manioc

Patate

douce

Banane

Pomme

de

terre

Colocase

igname

Haricot

Riz

1

+

-

+

-

-

-

+

+

2

-

-

+

-

-

-

+

+

3

+

-

+

-

-

-

+

-

4

+

-

-

+

-

-

+

+

5

-

-

+

-

-

-

+

+

6

+

-

-

-

-

-

+

-

7

-

-

+

-

+

-

+

+

8

-

-

+

-

-

-

+

+

9

-

-

-

+

-

-

+

+

10

+

-

-

+

-

-

+

+

Total

5

0

5

3

1

0

10

8

+  : produit présent

- : produit absent

En lisant ce tableau, nous constatons que dans les petits restaurants le haricot et le riz sont les produits les plus vendus. Le manioc et la banane sont aussi présents dans 50 % des restaurants enquêtés. Nous avons cherché à savoir pourquoi il n'y a pas de patate douce et des ignames dans les restaurants mais les cuisiniers nous ont affirmé que ces produits n'ont pas de preneurs dans les restaurants.

IV.4.7. Evaluation de la période de pic et de pointe de commercialisation des R&T

La commercialisation des produits vivriers tient compte des principes de marché. Elle dépend de leur disponibilité chez les producteurs ou dans les stocks des grossistes. Cela affecte aussi les produits à R&T. En période d'abondance, les prix baissent tandis qu'en période de pénurie, les prix montent. Mais en raison du caractère de substitution des produits alimentaires, le comportement des acheteurs accorde souvent la priorité aux denrées les moins chères pour pouvoir acheter de quantités suffisantes à nourrir les membres du ménage. C'est ainsi que la vente de R&T est très intéressante pendant la période de pénurie des autres denrées et qu'elle est défavorable en période d'abondance des autres produits vivriers.

Au cours de notre enquête, nous avons cherché à savoir la période propice et défavorable à la vente des R&T et les réponses des enquêtés sont transcrites dans le tableau 51.

Tableau 51. Période favorable et défavorable à la vente des R&T

période

Janvier

Février

Mars

Avril

Mai

Juin

Juillet

Août

Sept

Octobre

Novembre

Décembre

Favora

ble

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Défavo

rable

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

De ce tableau, nous remarquons que la période favorable va d'octobre à février tandis que la période défavorable va d'avril à août.

La période favorable correspond au moment où les réserves en céréales commencent à s'épuiser et que c'est pendant au début de cette période que le semis de céréales et légumineuses pour la saison agricole A a lieu. Les prix de légumineuses (haricot) et des céréales (maïs) sur les marchés sont très élevés et les gens préfèrent acheter les R&T souvent moins chers comparés aux autres denrées alimentaires.

C'est dans cette période où le producteur curieux pourra programmer la récolte de ces R&T car il y a hausse des prix.

La période défavorable à la vente de R&T correspond au moment de la période de récolte des autres plantes vivrières comme le haricot et le maïs. En cette période, les gens consomment diverses denrées l'une à la place de l'autre. Les quantités sur les marchés sont très élevées et les prix baissent.

Durant cette période, les producteurs de R&T pourraient envisager des moyens de conservation de longue durée afin de vendre leurs R&T à un prix intéressant.

Les mois de mars et septembre correspondent à une période de transition. En mars, les ménages commencent à avoir des récoltes de maïs et de patate douce, tandis qu'en septembre, les greniers sont semi pleins et tendent vers l'épuisement (le semis de la saison A pour les céréales et les légumineuses).

IV.4.8. Evolution des prix sur les trois marchés enquêtés

En analysant ces graphiques, nous remarquons que les prix sont élevés au mois de janvier pour tous les produits à R&T offerts sur les marché de Gasenyi et Nyuro et au mois de février sur le marché de Camazi. Ils sont bas au mois de novembre. Le marché de Gasenyi connaît les prix bas par rapport aux autres marchés.

La montée des prix aux mois de janvier et février est justifiée par la rareté des denrées alimentaires y compris les R&T sur le marché. C'est la période qui correspond avec le semis de la saison B pour le haricot et les personnes doivent accroître la quantité de R&T dans la ration en complément des moindres quantités ou pas de légumineuses. En plus, les réserves sont presque épuisées Il semble aussi que ce sont les R&T qui sont abordables au marché eu égard des prix demandés aux autres produits alimentaires.

La situation du mois de novembre est due aux réserves des légumineuses et céréales encore disponibles dans les stocks. Les produits secs (cossettes et farines) sont aussi faciles à obtenir car ils auront été séchés durant la saison sèche. Donc, durant novembre, il y a plus de chance de consommer les autres produits autres que les R&T ; c'est pourquoi le prix est bas comparé aux autres mois de notre enquête.

Les faibles prix de racines fraîches et cossettes observés sur le marché de Gasenyi résultent du fait que les vendeurs tanzaniens apportent souvent de grandes quantités de manioc (racines fraîches et cossettes) car il est situé à la frontière de Gisagara avec la Tanzanie.

L'amplitude des prix durant notre enquête n'est pas très élevée, c'est ce qui explique l'importance des R&T dans la sécurité alimentaire des ménages surtout pour ceux qui disposent de revenus relativement faibles.

Signalons que notre enquête s'est passée durant la période de pénurie alimentaire dans les ménages et aux marchés (entre novembre et avril).

IV.4.9. Part des R&T dans les recettes financières de la comptabilité de la commune Gisagara

Les R&T ont une part importante dans le relèvement des finances de la commune Gisagara. Les taxes sur les produits dérivés des R&T augmentent les recettes communales. Sur chaque marché, il y a des percepteurs des taxes qui sont versées chaque semaine à la comptabilité communale. Les taxes sont perçues sur les produits secs (farines et cossettes), produits frais (racines et tubercules frais) et sur les produits cuits (dans les restaurants).

Contacté à ce sujet, le comptable communal nous a donné les chiffres de l'année 2008 et les prévisions de l'année 2009 qui sont consignés dans le tableau 52.

Tableau 52 : Part des R&T dans les recettes de la commune Gisagara en 2008 et les prévisions en 2009

Année

Taxe sur

R&T

frais

Taxe

sur R&T

secs

Taxe sur

R&T

cuits

Total

sur

les R&T

Total

des recettes

%

2008

779200

524180

245400

1548780

27975600

5.54

Prévisions 2009

994600

760400

415000

2170000

35500000

6.11

Source : comptabilité communale (2009)

En lisant ce tableau, nous constatons que les R&T contribuent, elles seules, 5.54 % pour l'année 2008 et les prévisions de 2009 étaient portée à 6.11 % du total des recettes communales. Bien que les proportions soient minimes par rapport aux au total des recettes de la commune, de grandes quantités de produits ne sont pas taxées ou les taxes n'arrivent pas dans la caisse de la commune Gisagara suite aux fraudes. Un suivi et un contrôle rigoureux sont à multiplier pour ces produits en vue de contribuer effectivement au relèvement des recettes de la commune.

IV.4.10. Affectation du revenu issu de la vente des R&T au niveau du ménage

Le revenu issu de la culture des R&T est orienté de la façon suivante par ordre croissant :

1. entretien de relations familiales

2. loisirs

3. soins de santé

4. investissement en agriculture

5. scolarisation des enfants

6. habillement

7. autoconsommation

IV.4.11. La consommation des R&T dans la zone d'enquête

Un des objectifs principaux de la production agricole est la consommation. Les R&T tiennent une grande place dans l'alimentation humaine en raison de leur source de calories peu coûteuses comparée aux autres catégories de plantes (Goering, 1979). De plus, les R&T comprennent une diversité de formes de consommation. Ils peuvent être mangés crus, cuits, accompagnés ou non assaisonnés ou non. Néanmoins, on accuse les R&T d'être pauvres en protéines et en lipides. Sauf les feuilles de manioc contiennent des quantités de protéines, de lipides et de vitamines. La consommation des R&T a un caractère saisonnier en fonction de la disponibilité ou de la rareté des autres produits pouvant substituer les R&T. C'est ainsi qu'il existe des périodes de forte consommation, de moyenne et faible consommation dans l'année, ont affirmé les enquêtés.

Au cours de notre enquête, nous avons cherché à savoir les différentes formes de consommation existantes dans la commune Gisagara , la fréquence de consommation dans les menus journaliers ainsi que les périodes de forte, moyenne et faible consommation des R&T.

Le tableau 53 montre les différentes formes de consommation rencontrées dans les ménages enquêtés.

Tableau 53 : Forme de consommation des R&T

Forme de consommation

Nombre de ménages

%

Crue

12

13.33

Cuite

90

100

Accompagnée

90

100

Non accompagnée

33

36.66

Assaisonnée

90

100

Non assaisonnée

73

81.11

De ce tableau, nous constatons que la consommation des R&T sous forme cuite, accompagnée et assaisonnée est connue dans tous les ménages tandis que 13.33 % ; 36.66 % et 81.11 % des ménages, en plus des R&T cuits et accompagnés, consomment respectivement des R&T crues, non accompagnés et non assaisonnés. La consommation de R&T crus concerne surtout le manioc doux tandis que la consommation sans accompagnement et sans assaisonnement est observée chez la patate douce. Cela est lié à la teneur élevée en glucides des R&T qui leur confère un goût sucré La forme cuite comprend la cuisson dans l'eau et le grillage au four, les accompagnements sont surtout le haricot, le petit pois, les feuilles de manioc ou de haricot et les légumes tandis qu'ils sont assaisonnés au sel et huiles pour certains ménages qui ont des moyens.

IV.4.12. Evaluation de la fréquence des R&T dans les rations journalières et hebdomadaires

La fréquence de R&T dans les rations journalières et hebdomadaires est tributaire de l'habitude alimentaire des populations, de la disponibilité des R&T dans les exploitations ou aux marchés (dépendant de la saison).

Les renseignements contenus dans le tableau ci-dessous concernent la période d'abondance

Tableau 54: Fréquence des R&T dans les menus quotidiens et hebdomadaires

Fréquence de

consommation /jour

Nombre de

ménages

%

Fréquence de

consommation /semaine

Nombre de

ménages

%

Une fois

41

45.6

1-2 jour

21

23.3

Deux fois

49

54.4

3-4 jours

67

74.5

Plus de deux fois

0

0

Tous les jours

2

2.2

Total

90

100

Total

90

100

En analysant ce tableau, nous remarquons que les R&T sont présents dans les menus quotidiens 2 fois par jour par 54.4 % des ménages et 3 à 4 jours par 74.5 % ménages. En période d'abondance, les R&T coûtent peu d'argent parce que les producteurs essaient de les écouler même à bas prix pour éviter les pertes liées à leur inaptitude au stockage prolongé. Les gens aiment aussi consommer les R&T parce qu'ils demandent peu d'autres accompagnements ou assaisonnement et sont accessibles même par ménages dits pauvres. C'est aussi un moyen de limiter les pertes post-récolte.

IV.4.13. Evaluation de la période de forte, moyenne et faible consommation

Les quantités de R&T consommées et leur fréquence dans les rations des ménages dépendent des saisons. Nous avons cherché à savoir le comportement de consommateurs en fonction des saisons de l'année.

Le tableau 55 renseigne sur la période de forte, moyenne et faible consommation des R&T dans les ménages enquêtés.

Tableau 55 : Période de forte, moyenne et faible consommation des R&T

Période de

consommation

Janvier

Février

Mars

Avril

Mai

Juin

Juillet

Août

Septembre

Octobre

Novembre

Décembre

Forte

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Moyenne

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

faible

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

De ce tableau, nous constatons que la période de forte consommation va de juin à septembre et de novembre à février, la période de moyenne consommation s'établit entre les mois de septembre et octobre tandis que la période de faible consommation s'observe entre les mois de mars et mai.

Selon les réponses fournies par les enquêtés, la période de forte consommation correspond au moment où les R&T sont au stade de récolte dans la plupart des exploitations (période qui va de juin à septembre pour les champs de collines) et au moment où les autres plantes (légumineuses et céréales) sont épuisées (novembre à février). En plus, ce sont les R&T qui coûteraient moins chers au marché durant la période de soudure comparativement aux céréales ou aux légumineuses.

La période de moyenne consommation correspond à la transition entre l'abondance et la pénurie des autres produits agricoles. Durant cette période, les réserves en grains de céréales commencent à diminuer et c'est la période de semis pour les légumineuses et céréales de la petite saison de pluie (saison A).

La période de faible consommation coïncide avec le début de la maturation de maïs, principal substituant de R&T dans la zone d'enquête. En plus, il y a peu de R&T prêts à être récoltés durant cette période mais des récoltes sur pied peuvent être pratiquées surtout pour la patate douce. Les prix des R&T sont aussi élevés à cause de la pluie rendant le séchage difficile (pour le manioc).

IV.4.14. Suggestions pour augmenter la production des R&T dans la commune Gisagara

Plusieurs paramètres interagissent pour obtenir une production. Les suggestions émises par les exploitants enquêtés en vue d'augmenter la production dépendent des contraintes relatives à la faible production et l'intérêt qu'ils manifestent à cette culture. Le tableau 56 renferme leurs suggestions.

Tableau 56 : Suggestions des enquêtés pour augmenter la production des R&T

Suggestions

Nombre d'exploitants

%

Disponibiliser les semences améliorées

32

35.56

Améliorer la technologie de transformation

14

15.56

Améliorer la gestion agronomique

5

5.56

Disponibiliser les variétés productives

24

26.67

Améliorer les moyens de transport

8

8.89

Promouvoir le marché

7

7.78

Total

90

100

De ce tableau, nous constatons que 35.56 % des exploitants souhaitent avoir des semences améliorées. Ils ont révélé que la plupart des variétés dont ils disposent datent de longtemps et sont devenues improductives et sensibles aux maladies. 26.67 % demandent la mise en place des variétés plus productives. Ceci est conséquent de la faible production résultant de l'utilisation des semences vieilles non productives. 15.56 % demandent que la technologie de transformation soit améliorée en vue d'alléger le travail, de diversifier les produits et sous produits et de permettre par conséquent une conservation prolongée. Ceci contribuera à ajouter de la valeur à leur produit. 8.89 % se plaignent de manque des moyens de transport et demandent la réhabilitation des pistes pour faciliter l'utilisation des vélos ou le recours à la camionnette en cas de bonne production. 7.78 % demandent la promotion du marché de R&T car ils manquent l'écoulement de leur récolte très périssable. 5.56 % souhaitent améliorer la gestion agronomique des R&T en fertilisant les champs et en sélectionnant les meilleures variétés résistantes aux maladies et plus productives.

De toutes ces suggestions, il est important que la recherche, les producteurs, les commerçants et l'administration se mettent ensemble pour organiser la filière des R&T en vue d'aboutir à une production satisfaisante.

IV.5. CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS

IV.5.1. CONCLUSION

Les plantes à racines et tubercules sont présentes dans toutes les exploitations de la commune Gisagara. Elles occupent la troisième place comme la première spéculation agricole dans 23.33 % des exploitants enquêtés après les légumineuses (32.22 %) et les céréales (28.89 %). Comparé aux R&T dans leur ensemble, le manioc vient en première position au niveau des spéculations avec 81 %, suivi par la patate douce 14.3 % et la pomme de terre 4.8 %. La colocase et l'igname ne sont pas considérées comme les premières spéculations.

Bien que superficie occupée par les R&T soit inférieure à celle des céréales ou légumineuses, la production est largement supérieure. Le volume de production des R&T représente 58 % du total des productions de ces trois groupes de plantes.

Les R&T contribuent beaucoup à créer de l'emploi toute l'année. Parmi les exploitations dont la période de pointe au niveau des travaux agricoles comporte les R&T, 87.88 % des exploitations recourent à la main d'oeuvre (salariée ou gratuite). Le calendrier cultural des R&T s'étend sur toute l'année, donc, pas de période de chômage.

La productivité du travail pour les R&T dépend de plusieurs paramètres : outils et équipement dont disposent les exploitants, la position de leurs champs par rapport à leur domicile, la structure physique du terrain cultivé. Or, toutes les exploitations disposent un outil et équipement très rudimentaire. En plus, 43.3 % des champs à R&T se trouvent à plus de 5 km. La plupart des terrains portant les R&T sont pourvus de chiendent (94.4 %), d'arbustes (43.3 %) et de cailloux (13.3 %). Tous ces paramètres sont de nature à limiter l'accroissement des surfaces à cultiver, la transformation et la conservation de grandes quantités de R&T.

Il est à remarquer que tous les travaux sont exécutés par les adultes (femmes et hommes) et les enfants aident pour quelques travaux. La transformation est une activité consacrée aux femmes alors que les hommes y participent peu ou pas du tout.

La rémunération de la main d'oeuvre travaillant pour les R&T est fonction des heures de travail par jour et du type de rémunération :

-1600 F pour 6 h de travail sans nourriture et 1000 F pour 6 h de travail avec nourriture pour la préparation du terrain ;

-800 F pour 4 h de travail sans nourriture pour la plantation

-1600 F pour 6 h de travail sans nourriture et 900 F pour 6h de travail avec nourriture pour le sarclage

-1600 F pour 6 h de travail sans nourriture et 800 F pour 6 h de travail avec nourriture pour le buttage, la récolte et le conditionnement.

La fertilisation est une activité rarement pratiquée pour les R&T. Seulement 5.6 % et 8.9 % des exploitations reçoivent respectivement la fertilisation minérale ou organique destinée à la pomme de terre, tandis que 41.1 % et 63.3 % des exploitations reçoivent la fertilisation minérale ou organique destinée aux autres cultures mais peuvent être profités par les R&T avec lesquels elles sont associées. 53.3 % et 27.8 % des exploitations n'appliquent jamais la fertilisation minérale ou organique.

La carence de fumure organique résulte du manque de cheptel. La moyenne de tête de bétail par exploitation (environ 1 vache par exploitation) est très petite vue l'importance de la superficie à fertiliser (en moyenne 326.65 ares par exploitation).

Le système de culture est très extensif caractérisé par l'association des cultures (97.8 % des exploitations) et une diversification de variétés surtout pour le manioc et la patate douce tandis que la pomme de terre, la colocase et l'igname ont peu de variétés dans la zone de notre étude. Toutefois, la pomme de terre se cultive beaucoup en monoculture. Nous l'avons trouvée uniquement dans 1.6 % des cas. De même, nous rencontrons aussi des parcelles de culture pure de manioc et de patate douce.

La rotation culturale est également pratiquée car, selon les producteurs, elle permet d'accroître la fertilité des sols (64.4 % des exploitations).

Le cycle cultural de différentes variétés de R&T varie de 8 à 36 mois pour le manioc, 3 à 6 mois pour la patate douce, 5 à 12 mois pour la colocase et 6 à 12 mois pour l'igname. Cet écart entre les cycles (minimum et maximum) s'explique par la récolte échelonnée qui commence très tôt à cause de la pauvreté de certains ménages et le souci de prolonger la durée de cycle en vue de la conservation sur pied pour les ménages nantis. La durée du cycle cultural a une influence sur le cycle de production. C'est ainsi que certaines plantes à R&T peuvent donner une production deux ou trois fois par an (cas de certaines variétés de patate douce et de pomme de terre).

Le matériel de plantation utilisé par les producteurs provient généralement des anciens champs (72.2 %). D'autres, dans de rares cas, s'approvisionnent au centre semencier (7.8 %). Il en résulte que les semences utilisées sont presque toutes locales surtout pour le manioc et la patate douce respectivement 97.4 % et 97.2 % en raison de leur disponibilité et la connaissance qu'ils ont en elles. Sauf la pomme de terre connaît une utilisation des semences améliorées (52.9 %). Malgré cela, les producteurs éprouvent toujours une insuffisance en matériel de plantation (53.3 % des exploitations).

Les R&T sont sujets de plusieurs maladies et ravageurs. Dans la commune Gisagara, plus particulièrement dans les exploitations enquêtées, les moyens de lutte ne sont pas très connus. La lutte mécanique semble le recours pour traiter les maladies et ravageurs (72.2 %). L'utilisation des pesticides n'est pas courante. 5.6 % des exploitants ont affirmé qu'ils utilisent les produits chimiques. Seuls les producteurs de pomme de terre font des efforts pour lutter contre les maladies.

Les pertes en champs sont principalement dues aux prélèvements du bétail, aux maladies (pourriture) et au vol et les pertes de stockage étant principalement dues aux coléoptères et aux pourritures.

La transformation est une activité confiée surtout aux femmes. Les techniques de transformation sont encore absentes. Seul le manioc est transformé en deux sortes de farine « inyange et ikivunde » et en pâte alimentaire très prisée par les enfants. Les autres sont consommés à l'état naturel, crus ou cuits. En raison de la faible technologie, les R&T donnent peu de produits et sous produits. Leur usage se limite à l'alimentation humaine et animale et au remplissage de compostières.

La commercialisation est une activité peu organisée. La vente a lieu soit au champ, à domicile, en cours de route, au marché et au lycée de Murore. La plupart des vendeurs sont les producteurs eux-mêmes et leurs principaux clients sont les paysans. Les produits à R&T rencontrés aux marchés sont ceux issus de la transformation. La période favorable à la commercialisation va d'octobre à février et la période défavorable s'étend sur avril à août.

Les R&T contribuent à équilibrer les finances de la commune Gisagara à 5.54 % en 2008 et les prévisions de 2009 étaient portées à 6.11 % pour les R&T.

La consommation des R&T est très fréquente dans les ménages enquêtés. Elle se fait sous plusieurs formes : crue, cuite, accompagnée ou non, assaisonnée ou non. La période de forte consommation correspond avec la maturation des R&T et la période de pénurie alimentaire. Elle s'étend novembre à février et de juin à août.

IV.5.2. Recommandation

Nous ne pouvons pas affirmer avoir épuisé tous les contours sur la culture des R&T. Toutefois, certains atouts et contraintes ont été mis en exergue afin de mieux exploiter le potentiel des R&T et d'en tirer profit. En nous étayant sur les conclusions ci-haut, nous recommandons ce qui suit :

Aux producteurs :

· se rappeler que les R&T sont des cultures de soudure et de rente afin de leur apporter les soins nécessaires pour extérioriser leur potentiel de production ;

· améliorer la transformation dans le but de diversifier les produits et d'ajouter enfin de la valeur aux produits ;

· valoriser la force de travail des hommes et de ne pas considérer la transformation et la commercialisation comme l'affaire des femmes ;

· s'organiser en association et créer les systèmes de collecte afin d'avoir le poids au niveau de la fixation des prix ;

· améliorer les outils et équipement de production afin d'améliorer la productivité du travail.

Aux chercheurs :

· mettre en place des variétés améliorées, résistantes aux maladies et aptes au stockage prolongé ;

· disposer les produits phytosanitaires et les autres moyens de lutte accessibles à la portée des agriculteurs ;

· mettre à la disposition des producteurs des technologies post récolte en vue de limiter les pertes et de donner la valeur à leurs produits.

Aux vulgarisateurs :

· suivre de près la gestion agronomique des plantes à R&T comme ils le font pour les autres cultures de rentes ;

· vulgariser la fertilisation des R&T et la culture des autres tubercules comme la pomme de terre ;

· dissuader la pratique de récolte échelonnée en les montrant les conséquences qui en découlent.

A l'administration :

· créer et mieux organiser la filière R&T dans le pays

· réglementer le commerce des R&T afin de mieux récolter les taxes sur leurs produits

· appuyer la recherche sur les R&T et la diffusion des semences sélectionnées de R&T.






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