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La construction identitaire d'une ONG par la communication: le cas de Médecins sans Frontières

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par Jessica Ellouk
Université de Montréal - Maitrise es sciences de la communication, option organisationnelle 2011
  

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6 . 1 . 5 Une identité qui agit ou l'utilisation performative de l'identité organisationnelle

Lorsque nous nous sommes attelés à analyser les séquences que nous avions sélectionnées, l'idée était de chercher à voir comment l'identité organisationnelle se construisait gr%oce à la parole dans les interactions. Cependant, nous nous étions aussi donnée comme but de nous laisser guider et inspirer par les données. Nous nous sommes ainsi rendus compte qu'en effet, l'identité était bien construite dans les conversations, mais que cette identité, aussitôt re-construite ou réaffirmée, agissait en tant que telle. Par conséquent, il s'est avéré que l'identité de l'organisation pouvait servir dans l'interaction afin de refuser ou d'accepter les choses, d'encourager des comportements et même d'inviter à en accomplir par le biais d'invocations de figures de la part des acteurs de MSF et de leurs partenaires.

La revue de littérature que nous avions établi sur la question ne laissait pas apparaitre cette relation entre être et agir. En parlant de son identité, donc de l'être, on fait quelque chose, on agit, car dire ce que je suis a un effet d'action dans l'interaction. Kaufmann (2004), à ce propos et au sein d'une grande réflexion sociologique sur l'identité de l'individu nous dit: Ç " identité" et " action " sont généralement rangés dans deux catégories bien distinctes du savoir scientifiqueÈ (p. 173). Cependant, il ajoute que les considérer ensemble offre de nouvelles perspectives non négligeables pour la recherche. Ainsi, il envisage Çl'identité comme condition de l'action È, cela, en s'appuyant notamment sur les dires de Mead (1963): Ç l'infrastructure du soi se fond dans l'action en cours È (p. 233), mais aussi de Strauss (1992) : Ç s'impliquer totalement dans un acte signifie s'y intéresser, s'y attacher, s'identifier à luiÈ (p. 44) et de Foote

( 1 95 1 ): Ç lorsque le doute sur l'identité s'accroit, l'action est paralyséeÈ (p. 81).

En conséquence, par exemple, lorsque Max invoque dans son discours les différentes antennes de MSF à travers le monde, nous notons alors que par le biais de l'intervention locale, c'est la structure internationale qui est présentée comme aussi agissante. Ces invocations ont donc un effet massif dans l'interaction, offrant à cette mission MSF, une assise internationale, une légitimité. Chez MSF, il semble y avoir une identification par l'action, ce sont donc les actions qui définissent l'organisation. Faire c'est donc être au méme titre que dire c'est faire. Dans la réunion d'information de l'hôpital de Mumba, à la question Ç Qu'est ce que c'est MSF ? È Max y répond dans son discours par ÇQui sommes nous? et Que faisons nous ? È, il met donc en exergue une dimension totalement humaine de l'organisation, qui correspond ou peut se traduire par le fait que MSF, c'est avant tout des personnes qui agissent.

En outre, nous pouvons noter qu'il existe un lien marqué entre l'être et le faire de MSF dans les interactions qui ont lieu dans la séquence A, oü il y a traduction par le porte-parole de l'être par le faire avec l'aide d'exemples locaux concrets. On dénote alors une volonté de l'organisation de correspondre à la réalité, c'est à dire que son être et son faire soient envisagés seulement ensemble. Il semble y avoir pour MSF une nécessité de faire les choses et de parler en adéquation avec ses valeurs et ses principes car cela défin»t ce que nous sommes, donc son identité. Notons que lorsque Max ventriloquise des principes comme ceux de l'échange et de l'ouverture, il met en perspective des traits identitaires au service d'une meilleure action.

utilisation de lÕidentité pour pousser à lÕaction pouvait être faite de façon inconsciente par les acteurs. En effet, les lapsus et hesitations dans le discours peuvent envoyer des images inconscientes à ses interlocuteurs et ainsi transmettre des images auxquelles on ne souhaite pas etre associés, ou faire appara»tre des incoherence entre le discours et la réalité. En ce sens, nous mettons le point sur le fait de prendre en charge ou de supporter, lorsque Max parle de lÕintervention de MSF à lÕhTMpital de Laika dans la reunion dÕinformation à Mumba. Il est ici question dÕune prise en charge versus une collaboration, ce qui nÕest pas la même chose surtout pour les partenaires. Nous remarquons donc que lÕidentité de lÕorganisation peut agir de manière consciente ou inconsciente dans lÕinteraction en empruntant le corps et la voix des acteurs qui se prêtent à cette performance et donc en reaction induire une certaine action.

Lors de la reunion dÕinformation MSF à lÕhTMpital de Mumba, nous nous sommes aussi rendue compte que les invocations dÕautres projets ayant lieu dans la region servaient à justifier et légitimer la presence de MSF à Mumba. Ainsi en rendant compte dÕactivités qui participent de la definition de ce quÕon est, on performe du même coup quelque chose au niveau interactionnel, marquant un rapport assez clair entre lÕ être et le faire. Ajoutons que le souci dÕindépendance chez MSF la rend paradoxalement dépendante de la reconnaissance de ses interlocuteurs. Ce souci qui lÕanime la pousse, en effet, à véhiculer dans son discours cette idée et cette image aux yeux de tous. Aussi, le discours officiel de lÕorganisation, son être, rend lÕorganisation dépendante dÕune certaine stratégie visant à constamment réaffirmer cette indépendance.

LÕidentite de MSF agit et se force à agir donc sur son environnement. Outre ce

obsession de sa présence et de son autonomie. Ajoutons que la ventriloquie peut avoir un effet de suggestion pour l'interlocuteur dans l'interaction, encourageant et invitant certains comportements. Par exemple, lorsque Max ventriloquise les acteurs de l'hôpital de Mumba en disant qu'ils sont heureux des réorganisations, il construit une identité positive de MSF tout en prévenant qu'il peut y avoir quelques incompréhensions. De plus, les anecdotes invoquées et les narrations construites par Max durant sa conversation avec Eric, concernant des équipes de MSF, ventriloquisent l'expérience de MSF et la marche à suivre pour tous ses membres. Autrement dit, <<Faire, c'est faire faire>> c'est-à-dire que les exemples cités sont censés avoir un pouvoir de suggestion, marquant une construction par l'exemple qui nait de l'expérience, du terrain, avec une tolérance relative à l'erreur, car l'urgence et le terrain impliquent certains <<bricolages >>.

L'identité de MSF agit aussi dans le sens oü elle est utilisée comme un livre de prédictions car, par exemple, elle sait que le changement est synonyme de difficulté, mais qu'il est tout autant nécessaire, etc. Nous constatons alors un positionnement quelque peu paternaliste de MSF, par l'intermédiaire de Max, dans son rapport avec les locaux. En ce sens, Médecins Sans Frontières semble souvent se positionner implicitement comme détentrice d'une sorte de vérité omnisciente. Elle conna»t la réalité et ses membres aussi et à ce titre, ils se doivent de communiquer pour mettre en place leurs solutions et ainsi de voir les objectifs de l'organisation se réaliser. Mais si elle propose des remises en question, cela peut vouloir dire qu'elle est elle-méme en constante remise en question. En effet, nous avons constaté que l'organisation détient une force d'adaptation à chaque situation, en déployant son savoir -faire, ses membres et ses outils. Aussi, la constance de l'identité de MSF se retrouve dans son évolution

permanente, c'est-à-dire que la norme, c'est le changement. De plus, encore une fois, on peut dire que l'identité de MSF est dynamique car elle est présentifiée comme initiatrice de changements.

Pour ce faire, nous avons vu que MSF communique tant à l'oral qu'à l'écrit. En effet, l'organisation a l'habitude de communiquer avec de nombreux interlocuteurs pour expliquer son action, non seulement oralement, comme nous l'avons constaté au cours de nos analyses, mais aussi par écrit, par le biais de son rapport d'activités, par exemple, lequel est donné lors de la réunion avec les officiers de la MONUC et via le protocole d'accord. Dans cette idée, communiquer chez MSF, c'est tenter de rallier à sa cause ses interlocuteurs afin de faciliter son action et de se protéger.

L'identité de MSF semble ainsi être construite selon une idée de projection à l'autre, une projection à laquelle il doit adhérer, un aspect que nous avions identifié lors de la revue de littérature. Mais il n'empêche que cette vision appara»t comme trop simpliste à la lumière de nos analyses et qu'il faut avoir en tête que celle-ci nécessite une âpre négociation qui se matérialise notamment par un combat de mots et d'images, comme en témoigne les échanges lors de la réunion entre les représentants du Ministère de la santé du Congo et Max. Ajoutons que Kaufmann (2004) dit: ÇSchèmes incorporés et processus identitaires se mélangent intimement pour déclencher l'actionÈ (p. 176). Ainsi, les habitudes ou pratiques, l'être et le faire sont interdépendants. De plus, nous avons remarqué que les partenaires parlent aussi au nom de ce qu'est, selon eux, MSF, en qualifiant l'organisation et en lui attribuant de potentielles pratiques, comme celles de former des médecins congolais à Mumba oü elle intervient. Ainsi l'identité de MSF est utilisée aussi bien par ses membres que ses partenaires à des fins d'action.

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