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L'éducation primaire comme levier de développement. Analyse critique à  partir de l'Objectif OMD 2: « Assurer l'éducation primaire pour tous »

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par Corinne STEPHENNE
Université catholique de Louvain - Master 120 en sciences de la population et du développement,  2011
  

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IV. Mise en perspective sociologique de l'Objectif OMD 2

Après avoir questionné l'efficacité, l'efficience et la pertinence de l'objectif d'éducation primaire universel porté par l'objectif OMD 2 et par le programme d'Education Pour Tous, nous proposons dans cette partie de traiter du sujet du point de vue de son adéquation pour les pays en situation d'extrême pauvreté et les populations bénéficiaires. Le champ d'investigation reste bien entendu l'Afrique subsaharienne.

Dans une perspective sociologique, plusieurs thèmes sont brièvement présentés : le non enracinement local des systèmes d'éducation, la prégnance des organisations internationales dans la définition des politiques, les rôles et dilemmes des Etats, les limites de la théorie du capital humain.

Dans une perspective socio-historique, un bref rappel de l'histoire de l'éducation dans le monde nous permettra de traiter des vrais mobiles liés aux politiques d'éducation et des orientations qui se profilent à l'horizon 2020 à l'échelle internationale.

1. PERSPECTIVE SOCIOLOGIQUE

1.1. Le non enracinement local des systèmes d'éducation

« La critique de l'école importée » (Charlier, 2004a : 166)

<< Le paradigme qui permet de décrire le mieux l'enseignement colonial est celui de l'imposition d'un ordre du monde qui fixe les groupes humains et leur culture dans une hiérarchie figée dont il tente d'asseoir le bien-fondé » (Charlier, 2004a : 166).

Les systèmes scolaires mis en place dans beaucoup de pays colonisés ont été imposés de l'extérieur. Ils ne s'enracinent pas dans l'histoire propre et la construction culturelle des populations locales (Martin, 2006). En faisant référence notamment aux publications de J. Ki-Zerbo, J.-E. Charlier mentionne que << Des analyses nombreuses ont visé à montrer l'impossible adaptation des systèmes éducatifs occidentaux aux univers culturels et sociaux auxquels ils ont été imposés » (Charlier, 2004a : 167).

A contrario, il faut noter que les écoles créées durant la colonisation ont aussi eu un effet positif local. Elles ont permis à une partie de la population d'améliorer leur statut

et de s'insérer dans les administrations publiques coloniales. Ces écoles, devenues à l'indépendance les écoles formelles, ont <<continué à susciter d'immenses espérances auprès des familles » (Charlier, 2004a : 167).

Quant aux politiques actuelles, il semble que rien n'ait changé. Il en est de même de l'offre scolaire contemporaine qui n'est pas adaptée au contexte local, le système scolaire initial ayant plutôt été renforcé de l'extérieur. Pour J.-Y. Martin, les faibles résultats engrangés dans le déploiement du programme d'Education Pour Tous sont dus à l'inadéquation des politiques éducatives. Ainsi, << le rapport entre Etat-école-sociétés et les compatibilités qu'implique ce rapport pour que l'école soit instituée » ne fait pas l'objet d'une réflexion (2006 : 154). L'offre scolaire peut ainsi être refusée car proposée par un cadre politique ne correspondant pas à la demande de la population (Martin, 2006).

Ces constats rejoignent ceux mis en avant dans le chapitre deux de notre mémoire relatifs à la nécessité d'informer les parents sur les bénéfices potentiels de l'éducation (Duflo, 2010), à la rigidité du système imposé qui ne prendrait pas en compte la diversité des besoins, des représentations et des modes de vie des sociétés (Hugon, 2007) et à celui de J.-Ph. Peemans qui propose en réaction l'alternative d'un développement endogène (2002).

« Les stratégies des populations locales » (Charlier, 2004a : 166)

<< Les enfants ne vont pas à l'école car les familles veulent préserver autre chose» (Charlier, 2010-2011). Dans l'analyse de l'école sénégalaise réalisée par J.-E. Charlier, nous avons identifié plusieurs raisons. Si l'école publique sénégalaise doit être gratuite et obligatoire, elle doit aussi prendre en considération l'aspect spirituel et religieux de l'éducation. L'école publique est incapable de former aux métiers techniques, à quoi cela sert-il de savoir écrire si c'est pour se retrouver au chômage ? Initialement, << elle n'a été valorisée que parce qu'elle conduisait à la fonction publique » (Charlier, 2004b : 42-43). Ainsi, entre l'école publique, l'école privée catholique, l'école privée francoarabe, l'école arabe et les daara traditionnels et modernes, les familles sénégalaises choisissent en fonction de priorités liées à la langue d'enseignement, aux savoirs enseignés (connaissances de base, étude du coran, formation agricole, formation

techniques) et aux opportunités d'insertion sur le marché informel ou formel (Charlier, 2004b).

L'importance de la dimension culturelle n'est pas propre à l'Afrique subsaharienne. Dans un contexte européen, l'importance de la prise en compte de la dimension culturelle dans les systèmes d'enseignement a été mise en évidence en France dans les années 60 par l'INED et Bourdieu. Les travaux de l'INED démontrent que l'élément agissant dans la réussite scolaire est le facteur culturel et non le facteur économique, bien que ceux-ci se recoupent souvent. Ils montrent aussi l'importance des espérances sociales des familles sur les parcours scolaires des enfants, en d'autres termes, << Ce sont les attitudes familiales qui déterminent les carrières scolaires >> (Charlier, 2010-2011).

D'où l'importance d'opérer des rapprochements d'ordre culturel et social entre les institutions éducatives et les populations concernées (Charlier, 2010-2011). Ainsi, le gouvernement sénégalais a-t-il opté en 2002 pour << introduire l'enseignement religieux dans l'école publique >> en espérant amener plus d'enfants vers les écoles publiques (Charlier, 2004b : 53).

La langue d'enseignement et les savoirs enseignés

En ce qui concerne la langue d'enseignement, le dilemme est bien réel entre la langue vernaculaire qui << exprime mieux que nulle autre la tradition et les affects>> (Charlier, 2002 : 101) et les langues occidentales qui << apparaissent comme celles qui ouvrent les horizons imaginaires vers ces destinations mythiques que restent la France, l'Italie, l'Allemagne ou les Etats-Unis. Pour les sénégalais, il n'est d'enseignement formel que dans ces langues >> (Charlier, 2002 : 102). Mais encore, les fonctions de l'enseignement n'ont pas pour seule vocation de << se débrouiller dans un univers initial... il est aussi attendu qu'il donne des clés permettant à chacun de progresser de façon autonome et de se forger sa propre opinion, ce qui exige qu'il donne accès à une des langues dans lesquelles l'essentiel du savoir humain est disponible (Charlier, 2004a : 169). Sans oublier non plus que la langue maternelle facilite les apprentissages << Enseigner dans la langue appropriée améliore également les résultats scolaires, comme le montrent les pays très performants dans ce domaine. Dans l'ensemble de ces pays, l'enseignement primaire se fait dans la langue maternelle >> (PNUD, 2003 : 95). Les pays d'Afrique subsaharienne ont entamé des réformes allant dans le sens d'un

apprentissage de la lecture dans la langue maternelle suivie d'une initiation à une langue internationale (Charlier, 2004a : 169).

J.-E . Charlier mentionne l'intérêt grandissant porté aux cultures autochtones et à la manière dont celles-ci pourraient être préservées. En mentionnant le rapport étroit des populations locales avec leur environnement, il remarque cependant que << La chaîne de transmission de cet héritage collectif est désormais menacée, l'Education Pour Tous entre en compétition avec les savoirs locaux » (Charlier, 2004a : 169).

La non prise en compte des « acteurs du bas » (Lange, 2006 : 167)

Les enseignants, les parents et les élèves semblent avoir été les oubliés du processus de Jomtien et du partenariat mis en place, l'offre (accès et équité) ayant été privilégiée. << De fait, les planificateurs de l'éducation s'intéressent très peu à la demande d'éducation et, dans la majorité des cas, celle-ci n'est jamais perçue comme la résultante de stratégies éducatives élaborées à partir des représentations de l'éducation et de l'Ecole construites par les élèves et les familles. La demande d'éducation est ainsi uniquement appréhendée en termes de démographie scolaire » (Lange, 2006 : 167). Or, << la demande d'éducation et les rapports à l'école sont étroitement liés aux perceptions des parents ». (Lange, 2006 : 170).

En faisant référence au travail domestique et aux conditions d'étude, A. Lange rappelle que << Les conditions de vie des élèves africains (à l'exception des enfants issus des classes sociales supérieures) constituent souvent des entraves à la fréquentation et à la réussite scolaires » (Lange, 2006 : 176). Elle mentionne aussi le rôle décisif de la femme qui accorde bien souvent davantage d'importance à l'éducation que l'homme (Lange, 2006 : 178).

Enfin, elle rappelle que << l'éducation participe au fonctionnement des sociétés et peut influer sur leur dynamique, il est essentiel que les politiques éducatives accordent davantage d'intérêt aux représentations et pratiques éducatives des familles, et qu'elles parviennent à associer élèves et parents d'élèves dans le développement de l'éducation scolaire » (Lange, 2006 : 181).

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"Piètre disciple, qui ne surpasse pas son maitre !"   Léonard de Vinci