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Contribution à  l'étude sociologique de la pratique démocratique dans le contexte malgache

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par Alain Ranindrianoro
Université d'Antananarivo - Maitrise sociologie 2012
  

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IV.2.1. Des partis politiques absents

Le blocage essentiel de la démocratie malgache résulte en grande partie par l'absence des partis politiques. Ce que nous voulons dire par absence, ce n'est pas pour dire qu'ils ne sont pas là mais pour illustrer le dysfonctionnement des partis politiques actuels. Actuellement, Madagascar compte plus de 333 partis politiques. Ce chiffre cadre bien l'exercice d'une démocratie. Pourtant, le fonctionnement des partis politiques dans le pays montre que la démocratie est aujourd'hui l'idéologie qui permet au parti politique ou plus justement le leader du parti de s'enrichir et de gagner les avantages liés au pouvoir. Dans l'état actuel des choses, créer un parti politique est un passage obligé pour accéder au pouvoir. Faire de la

35 Notre entretien individuel.

politique n'est plus une conviction personnelle, ni une démarcation idéologique, c'est tout simplement une nécessité absolue pour s'enrichir et jouir de l'impunité.

L'histoire des partis politiques dans le pays permet de voir que le multipartisme n'arrive pas à résoudre le problème de fond du pays. Les partis politiques ne jouent plus le rôle de producteur d'idée, ou le lieu de réflexion. L'histoire du mouvement de foule dans le pays est à cet égard un exemple permettant de mesurer la faiblesse des partis politiques à donner des alternatives de solution au problème du pays. En effet en 1972, les partis politiques sont incapables à prendre le pouvoir en cédant sa place à des militaires. En 1991, 2002, 2009, le pouvoir est conquis par un homme jusque là méconnus du champ politique considéré comme l'homme providentiel. Des petites formations politiques se forment autour de l'homme providentiel donnant naissance un gouvernement fragile. Ce processus explique l'instabilité gouvernementale. Tous les chefs d'Etat qui arrivent au pouvoir n'arrivent pas à gérer ses coalitions hétérogènes.

Le parti politique en question n'a pas de positionnement idéologique, ni de projet de société, ni de stratégie de gouvernance. Une fois au pouvoir, le parti devient monopartisme, et tous les représentants de chaque territoire se proclament appartient à ce même parti, car pour pouvoir prendre part aux richesses, et gagner de l'immunité, il faut impérativement se déclarer de ce même parti. L'exemple ne manque pas, il suffit de voir les partis politiques représentants au sein de l'assemblée nationale, en 1983, l'AREMA obtient 117 sièges sur 137 au sein de l'assemblée. Pendant l'époque de Ravalomanana 90% des sièges appartiennent au parti politique TIM. Actuellement, le schéma se reproduit où l'on voit de la domination du parti TGV. Cette situation ne fait que stériliser les débats politiques au sein de l'assemblée surtout cette institution fonctionne à la loi de la majorité et le vote à main levée. C'est toujours le parti du chef d'Etat qui a le dernier mot à dire.

Les partis politiques sont hostiles aux intérêts généraux de la nation. Ils réduisent les débats d'idées à un simple instrument de leur stratégie d'accession au pouvoir ou de maintenir au pouvoir et de gérer un système source de satisfaction personnelle c'est-à-dire l'Etat. Le débat politique, normalement en démocratie, devrait traiter les problèmes de fond du pays, mais en fait nous assistons à la simple négation des questions essentielles, l'assujettissement du débat au fonctionnement du système. L'Etat se réduit à un simple supermarché politique au sens Touraine du terme dans lequel les partis politiques font la course au pouvoir afin de s'enrichir. La répartition des rentes est actuellement les conditions essentielles de la stabilité politique car elle pousse les élites politiques à s'abstenir à la violence.

Les partis politiques se réduisent à des machines de conquête de pouvoir dont l'Etat a besoin pour pouvoir exister, des machines qui servent à recycler des personnels corrompus et toujours intéressés, pour illustrer ce propos, on peut signaler le comportement des hommes politiques qui quittent volontairement son parti pour adhérer à un autre par opportunisme politique ou préservation des intérêts personnels. La fonction d'un parti politique est aujourd'hui de gérer un système source d'insatisfaction et d'inégalité pour la majorité de la population.

Le foisonnement des partis politiques d'aujourd'hui s'explique par les intérêts portés au pouvoir et comme ressource des intérêts personnels. Un autre problème du multipartisme qu'on soulève toujours dans le pays c'est l'assise nationale des pays. Une grande partie des partis ne disposent pas de couverture nationale, ils n'arrivent pas à s'intégrer dans tous les territoires nationaux. A cela s'ajoute l'inexistence d'un véritable parti politique d'opposition. Le multipartisme est une caractéristique d'un régime où la liberté d'association permet à plus de deux partis de participer aux débats politiques et aux élections. Le multipartisme est une condition qui permet aux citoyens de contrôler les actions de l'Etat, pourtant, il n'existe pas de parti politique qui joue le rôle intermédiaire entre le citoyen et l'Etat. Ce n'est que pendant le moment de l'élection que les partis politiques pensent à l'existence du peuple. Mais la période de l'élection va être le moment qui renforce le divorce entre les peuples et ceux qui sont censés les représenter. Une fois l'acte électoral accompli la vie quotidienne reprend son cours normal. Les thèses élitistes trouvent ici son importance en affirmant que la démocratie politique n'est qu'une oligarchie déguisée36. Rien ne garantit que les représentants élus exécutent nécessairement la volonté du peuple.

Au cours de notre entretien individuel, toutes les personnes interrogées se rangent du côté de l'institutionnalisation du bipartisme ou au moins la limitation du nombre des partis politiques dans le pays. Les idées véhiculées par ces personnes sont le rassemblement des partis politiques ayant les mêmes visions ou idéologies en des groupements forts et solides. La limitation des nombres des partis politiques au moins autour de 100. A chaque moment fort de l'histoire, les hommes politiques s'empressent à créer des partis politiques mais lorsque la période électorale arrive les nombres des partis qui se présentent aux élections ne dépassent pas le nombre de 10.

Il appartient aussi au parti politique d'exercer le rôle d'éducateur des citoyens, mais nous apercevons que ce rôle est complètement oublié. Aucun parti politique d'aujourd'hui n'a pas de projet d'éducation citoyenne. L'inaccomplissement de ce rôle se réaffirme en posant la

36 C'est surtout Robert Michels qui a décrit la tendance oligarchique au sein des démocraties dans son ouvrage la sociologie du parti politique dans la démocratie moderne (1911).

question suivante aux citoyens. « Est ce qu'il existe dans votre quartier des partis politiques qui donnent de cours d'éducation civique ou au moins informer sur ce qu'est la démocratie ? ». Les citoyens nous ont livré des réponses négatives.

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"Un démenti, si pauvre qu'il soit, rassure les sots et déroute les incrédules"   Talleyrand