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Problématique de la fondation épistémologique des sciences de la culture chez Ernst Cassirer

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par Marcellin Tibérius KALOMBO MBUYAMBA
Université catholique du Congo - Master  2011
  

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Introduction générale

1. Problématique

L'épistémologie contemporaine étudie la science dans une  perspective où elle est considérée comme un ensemble unitaire des connaissances, malgré la diversité méthodologique qu'elle peut compter. La science est l'une des plus extraordinaires productions de l'homme car, celui-ci est considéré comme le producteur des oeuvres de la culture. Aussi, la science est la plus haute réalisation de l'homme dans le développement de la pensée. Pour arriver à prôner l'idée de l'unité, la science est passée par plusieurs moments de difficultés et de contrastes. Déjà, l'histoire des sciences nous renseigne que la science physique ou de la nature a été la première instance de réflexion philosophique à partir de laquelle tous les philosophes d'abord antiques et ensuite modernes, ont orienté leur pensée. De ce fait, les sciences de la nature prirent une hégémonie absolutisante par rapport aux autres domaines de la connaissance tels que les sciences de l'homme.

En plus, cette absolutisation des sciences de la nature est possible à expliquer dans la mesure où, la majorité d'hommes des sciences qui étaient aussi philosophes, réfléchissaient sur les problèmes du monde ou de la cosmologie. Comme l'exprime bien Cassirer :

« La première hypothèse qui vient à l'esprit incline à penser que c'est le monde astronomique ou cosmologique qui commença le premier à surgir du chaos. ».1(*)

C'est ainsi que l'étude de la nature préoccupa tous les penseurs tout au long de l'histoire de la philosophie. Il s'ensuit que, la connaissance du monde dans lequel l'homme habitait, restait un impératif aux recherches scientifiques de l'époque. D'où, le développement des sciences telles que l'astronomie, la physique, la cosmologie. D'ailleurs, dans la Logique de la découverte scientifique, Popper affirme que le problème qui intéresse tout homme des sciences est le problème de la cosmologie, c'est-à-dire « le problème de comprendre le monde, nous-mêmes et notre connaissance en tant qu'elle fait partie du monde ».2(*)

En sus, l'hégémonie des sciences de la nature n'a pas permis vraiment l'émergence des sciences de la culture. A cela, il faut ajouter l'avènement de la mathesis universalis inauguré par Descartes dans la mathématique comme science universelle. La physique était appelée la mathématique naturelle comme science physique en miniature. Toutes les autres sciences devraient se calquer sous le modèle de ces sciences exactes. Pour illustrer cette thèse, nous pouvons rappeler que certains philosophes fondaient leurs recherches sous l'égide physico-mathématique. Par exemple, Spinoza articulait son éthique sur les axiomes de la géométrie et bien d'autres que lui, orientaient, leur pensée dans le critère des sciences de la nature. Comme on peut vraiment le constater, les sciences de la nature ont dominé toutes les autres orientations de la connaissance, parce qu'elles étaient des modèles par excellence de référence ; on ne pouvait pas ne pas réfléchir en dehors de la physique naturelle.

Cependant, un autre fait qui a marqué l'histoire des sciences est la fameuse crise interne entre la philosophie et les sciences. Nous ne pouvons pas perdre de vue que la philosophie et les sciences sont issues d'un tronc commun historique. Mais, cette histoire a été caractérisée par une crise entre ces deux domaines. Car, chacun de sa part, prétendait incarner le niveau le plus parfait du savoir. La dite crise, a donné des conséquences jusqu'aujourd'hui. On cite l'émergence des épistémologies monistes et dichotomiques, « l'appauvrissement de tous les domaines du savoir et la régionalisation épistémologique. ».3(*)C'est pourquoi, cette lutte a entrainé une vision dualiste dans le milieu scientifique allemand où il y a eu distinction, d'une part, des sciences de la culture et, d'autre part des sciences de la nature.

Par ailleurs, ni l'absolutisation des sciences de la nature, ni la lutte entre la philosophie et la science, n'ont permis l'émergence de l'unité de la science. Au contraire, elles ont contribué à sa dissection. C'est ainsi que le problème du fondement des sciences de la culture sera abordé jusqu'au XIX e siècle. A leur naissance, les sciences de la culture ont eu le problème de fondement dans la mesure où, le seul modèle de scientificité était celui des sciences de la nature. Alors, fallait-il l'adopter ou le rejeter ? Certains penseurs de la culture, à l'instar de Vico et de Herder, ont carrément rejeté le modèle monisme des sciences de la nature.

En effet, ces deux auteurs ont opéré une véritable révolution méthodologique dans la mesure où ils pensent que l'homme maitrise bien ce qu'il a lui-même créé et les sciences de la culture en constituent le prototype. Encore, les lois qui régissent les sciences de la nature sont conçues par l'esprit humain. D'où, il faut s'intéresser plus aux productions de l'homme que de chercher à maitriser la nature qui se place dans l'ordre du divin.

Eu égard à ce qui précède, partant du principe kantien de la constitution et de la régulation des sciences, nous pouvons dire que les sciences de la nature constituent leur propre objet d'étude qui est la nature déjà trouvée, tandis que les sciences de la culture n'ont pas un objet construit comme dans les sciences de la nature. Elles étudient l'homme : son histoire, ses vécues, ses traditions. A cet effet, si la culture s'occupe de l'homme alors que ce dernier est un être symbolique, c'est-à-dire celui qui crée sa propre culture et ses oeuvres, nous pouvons partir de la thèse selon laquelle, les sciences de la culture ne se comprennent que dans la perspective symbolique chez Cassirer. Aussi, ne perdrons pas de vue que la finalité de Cassirer est de donner une réponse suffisante face au monisme méthodologique des sciences de la nature avec le langage physicaliste, et le dualisme méthodologique des sciences de la culture de l'école de bade et de Dilthey. Une telle crise n'a pas permis l'émergence des sciences.

Face à cette crise interne, Cassirer avait pris conscience de cette gravité et a voulu réhabiliter la connaissance. Pour atteindre son objectif, il se fixe un contour épistémologique à travers une philosophie des formes symboliques qui se veut unificatrice du savoir et où le symbole joue le rôle de médium, la fenêtre d'entrée de toute connaissance. Mais, dans le contexte des sciences de la culture, le souci de Cassirer est de constituer une logique de ces sciences selon le modèle structuraliste et comparé avec les sciences de la nature, en vue de dégager la scientificité des sciences de la culture. Alors, quelques questions méritent d'être posées :

« Sur quoi se fondent les sciences de la culture ? Est-ce que ces sciences, du point de vue épistémologique, valent leur pesant d'or ? Pourquoi leur scientificité suscite de grands débats ? Voilà mille et une questions regroupées en une seule : les sciences de la culture ont-elles une logique et un fondement propre sans se calquer sur le modèle des sciences de la nature en dégageant ainsi leur spécificité »?

Ce questionnement constitue le noeud de la problématique de notre travail où nous chercherons à fonder les sciences de la culture du point de vue épistémologique, tout en dégageant leur logique de subsumption propre à partir d'une herméneutique propre.

* 1 E. CASSIRER., Logique des sciences de la culture. Paris, 1991, p.79.

* 2 K. POPPER., Logique de la découverte scientifique, Paris, 1979, p.12.

* 3 J-C AKENDA., Epistémologie structuraliste et comparée, t1 les sciences de la culture,

Kinshasa, Facultés catholiques de Kinshasa, 2004, p.25

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