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Ordre de Berlin et la conception de l'état du mouvement politico-religieux bundu dia kongo: mythe ou réalité

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par Mahatma Julien Tazi K. Tien-a-be
Université de Kinshasa - Doctorat en Relations Internationales 2013
  

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L'étude part de quelques constats :

Premier constat : la crise de l'Etat-Nation date de plus ou moins 1960.

Sa cause majeure : la crise de la colonisation et de la décolonisation. La colonisation s'impose à l'Afrique comme si elle n'était pas préparée. (Pour cela, il faut savoir que la colonisation est un accident historique. C'est un incident de parcours, il faut bien résoudre).

Pour cela, chaque pays cherche sa propre voie de sortie de la crise :

· Voie économique,

· sociale,

· politique et

· idéologique.

Première option : le régionalisme comme possibilité de légitimation de son indépendance et de sa souveraineté. Ceci se fait par la mise sur pieds des regroupements régionaux.

Deuxième option : le souci de survie contre les autres Etats. Ceci conduit aux diverses crises ethniques, tribales d'affirmation entre majorités et minorités, vues sous divers angles : politique, économique, tribal, religieuse.

C'est avec cette option que l'Afrique entre dans la période de la guerre froide.

Troisième option : l'intervention des pères fondateurs.

Les pères fondateurs se posent la question du modèle à suivre pour tout le continent. Après débats de camps, ils optent pour le souci de créer une Afrique des Etats souverains, indépendants et stables.

Comme si cela ne suffisait pas, cette option engendre des conflits territoriaux, conflit de rente et conflits ethniques. Ces conflits sont d'ordre interne et externe. Il faut souligner que les débats des pères fondateurs étaient orientés et divisés : entre les partisans d'une Afrique des peuples (fédéralistes) et celle des Etats (unitaristes). Ce débat n'a pas porté sur la nature de l'Etat mais plutôt sur son organisation, plus encore sur la forme de l'Etat à lui donner.

Ce débat remporté par les souverainistes incarnés par Léopold Sédar Senghor sur les fédéralistes représenté par Kwame N'krumah, fut clos au moins pour ce temps là. Il a caché le vrai débat, sur la nature de l'Etat-Nation africain post colonial, qui dure encore jusqu'à ce jour.

En 1963, la création de l'organisation de l'Unité Africaine a consacré la fin du débat et le choix de s'aligner sur le modèle européen d'Etat : l'ordre de Berlin, c'est-à-dire l'affirmation de l'égalité souveraine des Etats, la non ingérence, l'intangibilité des frontières héritées de la colonisation et le respect de l'intégrité territoriale.

A analyser le bilan de cette organisation, il y a lieu de savoir qu'il est totalement négatif. La coopération interafricaine au plus bas niveau, au lieu d'instaurer la cohabitation inter étatique, l'OUA a résolu les conflits interétatiques.

Ainsi, l'Afrique est aujourd'hui un continent en crise généralisée. Quand on en évoque en Europe, elle signifie : guerre, pauvreté, maladie, calamité même naturelle. C'est le terrain des OI  de tout genre, des ONG européenne et des multinationales prédatrices.

Ceci revient à dire que l'Etat africain post colonial a échoué sur toute la ligne. Il est porteur de la pauvreté et de l'instabilité. C'est un Etat belligène. L'OUA de son coté a échoué dans le maintien de la paix et n'a pas réussi à assurer la stabilité politique et économique. Elle n'a pas non plus réussi à construire un système politique de survie acceptable.

Il y a aussi des évidences ou des constances

C'est principalement le recours à la tribu ou encore à la province d'origine. Ces éléments culturels sont de plus en plus instrumentalisés. Cette réalité qui ne semble appartenir qu'à l'Afrique est généralisée. Dans l'histoire universelle, il y a des grands ensembles qui ont été déconstruits par simple recourt aux valeurs identitaires. C'est notamment les cas de l'Urss, la Yougoslavie, le Soudan et peut être la Syrie.

Ceci nous permet de reposer la question du débat des pères fondateurs aujourd'hui : celle-ci se rapporte à la nature de l'Etat africain post colonial. De quelle Afrique avons-nous besoin ? Une Afrique des peuples ou celle des Etats, quelle serait son organisation, sa forme de l'Etat (unitaire ou fédérale), son système politique (démocratie universelle ou une démocratie adaptée).

Ces quelques questionnements nous poussent à comprendre qu'aujourd'hui, l'Etat africain post colonial est dépassé. Il faut en outre accepter le dépassement du modèle unitaire centralisé. Cette forme a étouffé dans l'oeuf les entités communautaires au nom de la création d'une Nation unificatrice.

Aujourd'hui, il est important de rechercher un nouveau paradigme qui explique la réalité africaine. Un nouveau modèle qui prendrait en compte tous les problèmes africains dans leurs dimensions spécifiques.

Il n'y a pas de criante à affirmer que les débats entre les pères fondateurs ont été motivés par des peurs du recours à l'ethnie et de souci de créer une Nation unie. Cette peur les a poussé à négliger une variable importante qui fait aujourd'hui l'essence de l'Afrique : les Etats Africains post coloniaux sont des Etats multinationaux. Ceci veut dire qu'ils sont composés des majorités et des minorités.

Dans cette configuration de l'Etat unitaire centralisé et de la nation unificatrice, les revendications des minorités n'ont pas été prises en compte. On a longtemps cru que construire une nation unificatrice par la centralisation des fonctions des pouvoirs résoudrait les questions des minorités. L'histoire a prouvé que c'était une erreur.

Cette réalité a fait de l'actuel Etat-Nation africain une structure inadaptée de sa propre réalité sociale. Cette inadaptation fait naitre des structures sociales ayant des légitimités de substitution. Celles-ci organisent, analysent le vide laissé par l'Etat-Nation.

En Afrique Centrale, nous avons le Mouvement politico-religieux Bundu Dia Kongo. Ce mouvement analyse sur le plan de fond l'Etat-Nation en Afrique Centrale en partant de la RDC.

Le BDK est un mouvement assez complexe. C'est ce qui le différencie des autres mouvements messianiques Kongo, comme VUVAMU, Kimbanguisme ou l'Eglise spirituelle des Noirs en Afrique. Le BDK est créé en 1969 par Ne Muanda Nsemi (longi'akongo, affectueusement appelé Nkaka). Il n'accepte pas de croyances religieuses d'importation, notamment occidentales. Pour justifier cela, il part de la sagesse kongo qui dit : Nsi ye makanda ma bantu ye kinzambi kiawu (chaque pays et peuple a son dieu).

Son objectif principal est le rétablissement de la culture kongo africaine, le processus de kongolisation de l'Afrique centrale que la conférence internationale de Berlin et la colonisation ont détruit. Ceci il l'appelle la révolution culturelle africaine qui partirait du Kongo pour gagner toute l'Afrique.

Il pose dans sa conception la question de l'Etat africain post colonial en termes de sa nature. Il propose un nouveau modèle de l'Etat pour la RDC, et toute l'Afrique Centrale et toute l'Afrique en partant de l'expérience malheureuse de l'échec de l'Etat unitaire centralisé et dictatorial en Afrique Centrale.

Sa conception de l'Etat est une proposition valable contre la tendance à la balkanisation. Il propose le dépassement de l'Etat unitaire centralisé et la nation unificatrice de triste mémoire et l'adoption du fédéralisme non territorial mais plutôt multinational.

Pour y arriver, il se propose de fédérer les bena kongo que la colonisation a éparpillés au travers de l'Afrique centrale. Pour cela, il voudrait bien reconstruire l'ancien royaume kongo.

Le souci de ce modèle d'Etat est de faire en sorte que le pouvoir au sein des sociétés soit l'expression le plus souvent possible des citoyens. Le dépassement de l'Etat dont il est question ne signifie pas qu'il faut supprimer le modèle étatique. Il faut au contraire l'étudier pour extirper en son sein le caractère déstructurant dans lequel l'occidentalisation des phénomènes sociaux africains l'ont emballé. Cet exercice consiste à l'adapter à son caractère proprement africain si non il continuera à rester antinomique aux réalités des sociétés africaines.

Trois questions ont organisé cette étude :

· les facteurs déterminant et expliquant la crise de l'ordre de Berlin ;

· quelles sont les solutions préconisées par le BDK ;

· comment les rendre faisables face à une réalité faite d'un système statocentré pour qu'elle ne reste pas des simples hypothèses d'école.

Les réponses à ces questions

Q1.

Principalement la pauvreté absolue

· l'incapacité de l'Etat à se rapprocher du peuple

· sa dépendance absolue à l'Europe

· son incapacité à s'autonomiser

· son incapacité à créer une unité nationale gage de l'adhésion de toutes les ethnies et des tribus

· son incapacité de résorber les conflits inter étatiques et les crises infra étatiques

· incapacité africaine de parler d'une seule voix

· la résurgence du recours à l'ethnie et à la tribu : conséquence : les crises identitaires, organisation des mouvements syncrétiques et fondamentalistes

Q2.

Sur le plan interne

· changer la forme de l'Etat (passer de l'unitarisme centralisé et de la nation unificatrice au fédéralisme multinational, créer sur base des aires culturelles ;

· dépasser la démocratie universelle qui est inadaptée aux sociétés africaines multinationales. L'adapter aux valeurs propres : la démocratie rotative basée sur les éléments divisant : l'ethnie, la race, la religion ou la province

Sur le plan international

· revenir à la période ante Berlin et reconstituer les anciens Royaumes et empires. En Afrique Centrale, il s'agit du Royaume Kongo.

POURQUOI

Parce que Berlin a balkanisé l'Afrique en sectionnant les peuples appartenant à une même zone culturelle. Cette conférence a créé des frontières sans tenir compte des réalités sociologiques africaines.

Sur le plan de politique étrangère

Créer une politique étrangère de responsabilité et d'anticipation. Laisser l'autonomie aux entités fédérées avec la paradiplomatie.

Q3/

I.CONSEQUENCE

1. Remise en cause de l'ordre de Berlin et de son modèle d'Etat, les bases fondatrices des Etats africains : frontières héritées de la colonisation ; le mode de fonctionnement du système ; le pacte stratégique Europe-Afrique

Il faut savoir que l'ordre de Berlin est fondateur de l'Etat-Nation africain post colonial.

2. La déconstruction de la forme de l'Etat-Nation africain issu de l'ordre de Berlin : dépasser l'Afrique des Etats pour aller vers une Afrique de peuples.

3. La création d'une Afrique fédérale (Ntimansi) ou une confédération (union de Ntimansi) fonctionnant soit sur le modèle fédéral américain soit sur celui de la Suisse.

La devise serait : unité et autonomie dans la diversité.

II. FAISABILITE

Une faisabilité difficile sinon impossible parce que les Etats tiennent encore aujourd'hui à leur souveraineté et le modèle issu de Berlin reste fondateur et porteur du sens.

Pour cela, il faut une nouvelle perspective : partir du Congo pour un fédéralisme multinational sur base des aires culturelles, revoir l'organisation administrative en la modelant sur l'appartenance à une même zone culturelle. Poser ce modèle sur le fédéralisme américain ou suisse.

L'application de la démocratie rotative sur base des provinces.

La méthodologie de notre recherche est spécifique. Il ne faut oublier que c'est une thèse défendue en Relations Internationales, une discipline anormale.

Notre méthode est dialectique. Nous croyons que cette méthode est exclusive. Dans le souci de son opérationnalisation, le schéma dialectique suivant a été présentée :

· Thèse : ordre de Berlin

· Antithèse : la conception de l'Etat du mouvement politico religieux Bundu Dia Kongo

· Synthèse : la faisabilité et les conséquences de cette conception sur le terrain.

Cette opérationnalisation est perceptible dans la l'ossature de toute la thèse.

En ce qui concerne les techniques, nous avons recouru aux techniques ci-après :

· L'interview personnalisée : il a s'agit des leaders du BDK, des ses membres et certains intellectuels kongo non membre.

· L'enquête : nous avons réussi à avoir un échantillon de 317 membres. Cet échantillon est reparti en ville : Boma (80), Matadi (60), Muanda (57), Kinshasa (50), Mbanza-Ngungu (40), Luozi (30)

· Récit de vie : principalement celle de Ne Muanda Nsemi, ceci nous a permis de comprendre certains de ses arguments. C'est que Ne Muanda Nsemi est de Luozi. Tous les gens de Luozi, nous a-t-on répété, ont un esprit lacustre, c'est-à-dire enfermés sur eux.

· La technique documentaire

· La technique d'observation participante : ceci nous a permis de comprendre le culte, les cantiques et de la liturgie. Comment les zikwa étaient organisés

De la délimitation

Sur le plan de temporel :

Borne ad quem  1969 : l'année de la création du mouvement politico religieux Bundu Dia Kongo, même si le début de son fonctionnement ne date que de 1986, le 04 janvier 1986.

Borne ad quo  2012 : organisation des élections présidentielles. Pour le second mandat du président Kabila, passant par les événements post électoraux de 2006 au Bas-Congo.

Sur le plan de l'espace

Principalement l'Afrique Centrale, plus spécifiquement la RDC. Dans une moindre mesure l'Afrique entière. Ce mouvement voudrait qu'il y ait un dépassement de l'unitarisme centralisé et de la Nation unificatrice dans cet espace. Il s'attend à l'avènement du fédéralisme multinational en RDC et en Afrique Centrale puis en Afrique tout entière. Mavimpi ka katiopa munu tuka muntimansi.

Intérêt de la thèse

D'une manière générale, faire savoir que les Etats africains sont des Etats multinationaux.

Le souci est de démontrer que les Relations Internationales (discipline anormale) ou en science politique moderne, tous les paradigmes et tout essai de généralisation ne s'adapte toujours pas aux cas infiniment complexe comme ceux des sociétés africaines.

Expliquer les choix qui s'offrent à l'Afrique Centrale d'opérer pour l'établissement d'une gouvernance multinationale et de la diversité adaptée aux sociétés africaines.

Prouver que les paradigmes classiques de l'Etat nationalisant, c'est-à-dire Etat fourre tout sont aujourd'hui dépassés. Que la recherche de la stabilité, en Afrique, par la création de la Nation unificatrice est une hypothèse de triste mémoire.

Cette thèse présente des solutions originales à la crise de l'Etat africain issu de l'ordre de Berlin.

Elle propose en outre un nouveau modèle d'Etat qui prend en compte les réalités sociales de chaque peuple de l'Afrique Centrale. Ce modèle a été initié par Ne Muanda Nsemi et le BDK.

Le plus intéressant est le fait qu'elle présente un nouveau modèle de démocratie qui a l'avantage de créer une véritable solidarité nationale gage de la création d'une véritable Nation.

Ce modèle, la démocratie rotative refuse l'intégration communautaire. Il veut à sa place une juxtaposition communautaire, c'est cela le vouloir vivre ensemble, l'unité dans la diversité. C'est un modèle de responsabilisation collective.

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