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Le développement de l'industrie musicale en Grande-Bretagne de l'entre-deux-guerres aux années Beatles : une trajectoire d'innovation globale?

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par Matthieu MARCHAND
Université Michel de Montaigne - Bordeaux III - Master Histoire 2012
  

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CHAPITRE 3 : LA CONSTRUCTION DU DUOPOLE EMI-DECCA

L'étude de la construction de ce que j'ai choisi d'appeler un véritable « duopôle » est une première étape nécessaire pour comprendre la nuance qui distingue l'industrie du disque de l'industrie musicale. En ce sens, on ne peut uniquement se contenter d'une analyse qui ferait d'EMI et de Decca de simples producteurs de disques à grande échelle. La difficulté des liens noués entre les goûts du consommateur et les logiques industrielles se traduit à juste titre dans le choix des professionnels à prendre rapidement conscience non plus seulement de la machine phonographique elle-même, mais de plus en plus le catalogue de chansons ou d'oeuvres orchestrales proposées. Chaque firme, dans un milieu où règne la concurrence, devra alors s'attacher l'exclusivité d'interprètes de renom, et proposer leurs voix avec un maximum de qualité sonore. Cet effort s'accompagne de la création de sous-labels prestigieux. Ce chapitre s'inscrit également dans la continuité du précédent, où nous avons étudié l'impact de la « révolution électrique ».

Attention à ne pas mettre cependant sur le même pied d'égalité EMI et Decca ; si j'ai choisi de mettre en évidence ces deux industries, c'est à la fois parce que ce sont les plus connues en Grande-Bretagne mais aussi parce que leurs trajectoires de développement furent parallèles mais radicalement différentes, il paraît donc intéressant de les comparer. En réalité EMI, beaucoup plus ancienne et plus vaste, supplante largement Decca au niveau des chiffres de vente. Je n'emploierai le terme de « duopôle » qu'à la fin de ce chapitre, au terme d'une réflexion menée de façon chronologique, et qui tente de soulever les problématiques liées à l'innovation.

I/ EMI et Decca : deux fleurons de l'industrie musicale

Avant d'analyser dans les détails la construction à partir de l'entre-deux-guerres des deux plus grandes firmes anglaises que sont Decca et EMI (cette dernière n'acquiert réellement son nom qu'en 1931, à la suite d'opérations entreprenariales visant à sortir de la crise104), il faut au préalable rappeler que le développement de telles compagnies remonte au début du XXe siècle, où le marché mondial apparaît dominé par cinq grandes firmes : trois américaines (Edison, Columbia et Victor), une française (Pathé) et une germano-britannique (la Gramophone d'Emile Berliner).

Au départ, ces compagnies sont chargées de l'exploitation des brevets, qu'il s'agisse du cylindre (phonographe) ou du disque (gramophone) 105. Cette concurrence entre le type d'appareil et le format d'enregistrement utilisé est primordiale dans la mesure où, bien avant que le marché ne se standardise sur la production de disques plats à gravure latérale, l'industrie du disque au début du siècle se focalise davantage sur le matériel, plutôt que sur le contenu en lui même. Progressivement, grâce aux innovations techniques, les positions évoluent et on constate dès lors « que les enregistrements allaient supplanter la machine, et que les artistes à l'origine de ces enregistrements gagneraient en importance face au procédé d'enregistrement lui-même »106. La Gramophone Company en Grande-Bretagne (future EMI) et la Victor Company américaine ont été les premières à adopter ces concepts. Ce fut d'ailleurs la cause du déclin d'Edison de ne pas les avoir pris en compte. Quant à Decca, fondée certes tardivement en 1929, elle est le fruit de l'ingéniosité de son créateur, Edward Lewis, pour avoir pris en compte l'évolution de ces logiques de production. Dans son autobiographie de 1956, intitulée No C.I.C., il précise : « (...) a company manufacturing gramophones but not records was rather like one making razors but not the consumable blades. »107

Dans un souci de clarté de l'exposé, remonter aux origines du « duopôle » EMI/Decca dans une démarche comparative permet à la fois de mettre en avant leurs spécificités dans le monde de la production discographique, tout en tenant compte des liens très étroits qui les

104 EMI naît de la fusion entre la British Columbia (ou Columbia-UK) et la Gramophone Company.

105 Pour plus de précisions, relire le premier chapitre.

106 OSBORNE, Richard, « De l'étiquette au label » in FRITH, Simon, LE GUERN, Philippe, et al., Sociologie des musiques populaires, Paris, Hermès science, Lavoisier, Réseaux : communication - technologie - société, Volume 25 - n° 141-142, 2007, pp. 75-76.

107 FRITH, Simon, « The making of the British record industry 1920-64 » in CURRAN, James, SMITH, Anthony, WINGATE, Pauline, Impacts & influences : essays on media power in the twentieth century, Londres/New York, Methuen, 1987, p. 280.

lient avec les compagnies américaines108 (du moins pour EMI). De plus, c'est parce que la base de leur fonctionnement a été posé au tournant du XXe siècle que l'entre-deux-guerres a pu connaître un véritable essor de l'industrie phonographique.

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9Impact, le film from Onalukusu Luambo on Vimeo.



BOSKELYWOOD from Ona Luambo on Vimeo.