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Quel est l'impact de la précarité sur la famille et sur l'enfant?

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par Romain CORDIER
Haute Ecole en Hainaut de Tournai - Educateur Spécialisé 2015
  

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B. PRECARITE ET PAUVRETE, LA SPIRALE INFERNALE :

Face à l'état de crise sociale dans laquelle se trouve l'Europe toute entière, un constat visible et prévisible est à faire : les pauvres sont de plus en plus pauvres, et le seront de plus en plus. Alors que l'année 2010 était, pour l'Union Européenne, l'année de la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale, on observe partout des politiques de rigueurs et des coupes budgétaires dans les domaines de la santé, du logement et de l'aide sociale.

Cette crise d'ampleur générale affecte particulièrement les familles pauvres, et leur dignité, en tant que personne à part entière, est souvent mise à mal. L'état de précarité dans lequel elles se trouvaient déjà, ne cesse alors de s'accroître. C'est un fait. Mais qu'est réellement la pauvreté ? Repose-t-elle sur des critères particuliers ? Comment est-elle définie ? La pauvreté et la précarité sont-elles indissociables l'une de l'autre ?

I. DEFINITIONS GENERALES ET SPECIFIQUES DES DEUX TERMES :

Dans cette partie, je tâcherai de recenser les différentes définitions qui englobent les termes de pauvreté et de précarité. Je partirai des définitions les plus communément admises par la société, pour arriver à celles qui, sur le plan sociologique, sont les plus illustratrices du point de vue du sujet qui m'intéresse.

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1. PRECARITE :

Si l'on se penche sur les définitions du dictionnaire « Larousse », on peut lire :

? Précarité : État, caractère de ce qui est précaire : La précarité des moyens d'existence.

Ce qui nous amène à :

? Précaire : Qui n'offre nulle garantie de durée, de stabilité, qui peut toujours être remis en cause : Santé précaire. Emploi précaire. Qui est d'une sécurité douteuse : Un abri précaire.

La précarité est donc ici synonyme d'état instable, où lorsqu'une personne ou une famille toute entière se trouve amputée d'une ou plusieurs des sécurités qui leur permette de pouvoir bénéficier de leurs droits les plus fondamentaux. Ces sécurités sont nombreuses et englobent le travail, les revenus, le logement, l'accès aux soins, à l'école et à l'instruction, l'accès à la culture, le lien familial, le lien social en somme.

Cependant, la précarité la plus récurrente est encore et toujours celle de l'emploi. Il est donc important de préciser le lien étroit qui unit la précarité de l'emploi à la pauvreté et aux autres difficultés qui en découlent. Patrick Cingolani l'explique d'ailleurs très bien : « la précarité, traduite en revenus insuffisants et aléatoires, est l'antichambre de la pauvreté, le début de la désocialisation, l'impossibilité de faire des projets, le début d'un parcours où il devient possible de passer de tout à rien, parce que la maladie ou la séparation ajoutent leur lot de problèmes à celui des difficultés monétaires d'existence. »2

Ainsi, c'est le cumul des diverses situations de précarité vécues par une personne ou une famille toute entière qui peut conduire à un état de pauvreté latent. On peut donc vivre dans une société pauvre sans précarité comme on peut vivre précaire dans une société riche. La précarité serait plus à considérer comme un facteur

2 CINGOLANI Patrick, Coll. Que Sais-Je ?, éd. PUF, 2005.

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de risque de pauvreté. Pour le Père Wrésinski3, la précarité est « l'absence d'une ou plusieurs des sécurités, notamment celle de l'emploi, permettant aux personnes et familles d'assumer leurs obligations professionnelles, familiales et sociales, et de jouir de leurs droits fondamentaux. L'insécurité qui en résulte peut être plus ou moins étendue et avoir des conséquences plus ou moins graves et définitives. Elle conduit à la grande pauvreté, quand elle affecte plusieurs domaines de l'existence, qu'elle devient persistante, qu'elle compromet les chances de réassumer ses responsabilités et de reconquérir ses droits par soi-même, dans un avenir prévisible ».

Ainsi, la précarité peut engendrer la pauvreté, et la pauvreté peut engendrer la précarité.

2. PAUVRETE : ABSOLUE OU RELATIVE ?

La vision de la pauvreté dans les moeurs est souvent directement liée à l'insuffisance de revenu monétaire. Ainsi, une personne est considérée comme pauvre lorsqu'elle n'a pas de ressources suffisantes pour vivre dignement dans la société dans laquelle elle se trouve. Il s'agit ici de vivre dans un état de pauvreté, c'est d'ailleurs la façon dont le dictionnaire français Larousse définit ce terme :

? « Pauvreté, nom féminin (latin paupertas,-is). État de quelqu'un qui est pauvre : Vivre dans la pauvreté. »

Aujourd'hui, les économistes et les sociologues affinent cette définition et répertorient, deux types particuliers de pauvreté : la pauvreté « absolue », et la pauvreté « relative ».

La pauvreté dite « absolue », ou « grande pauvreté » désigne la difficulté totale ou partielle d'accéder aux besoins les plus fondamentaux : se nourrir convenablement, avoir accès à l'eau potable, avoir un logement décent, etc. Ces personnes sont dans une lutte continue pour survivre. Et si ce type de pauvreté touche plus particulièrement les pays en voie

3 WRESINSKI Joseph, fondateur d'ATD Quart Monde, Rapport : Grande pauvreté et précarité économique et sociale, 1987.

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de développement, l'Union Européenne n'est pas en reste : c'est le cas par exemple des sans-abris ou des populations Roms.

En revanche, si l'on poursuit, dans ce même dictionnaire, la recherche à partir de l'adjectif « pauvre », on retrouve, en première position, une vision directement liée au principe de richesse :

? « Pauvre, adjectif (latin pauper, -eris). Qui a peu de ressources financières, peu de biens : Ses parents étaient trop pauvres pour qu'il fasse des études.

C'est sur base de ce type de définition, qui considère qu'une personne n'est pauvre qu'à partir de son revenu, qu'Eurostat, statisticien en chef de l'Union Européenne, mesure le seuil de pauvreté dans les pays de l'UE. Celui-ci part du principe qu'il y a pauvreté lorsqu'une personne se trouve en dessous de 60% du revenu médian européen (revenu séparant la population en deux, c'est-à-dire que la moitié de la population a un revenu plus élevé, et l'autre moitié, un revenu inférieur). La gravité du problème varie donc fortement d'un pays à l'autre en fonction du niveau de vie de la majorité des citoyens. C'est ce que l'on appelle la « pauvreté relative ».

Enfin, une définition officielle a été retenue par l'Union Européenne : sont pauvres « les personnes dont les ressources matérielles, culturelles et sociales sont si faibles qu'elles sont exclues des modes de vie minimaux acceptables dans l'État membre où elles vivent ».

Néanmoins, ces définitions « officielles » ne reflètent pas la réalité quotidienne des personnes en situation de pauvreté, et se limitent à l'aspect purement économique en omettant les difficultés humaines et sociales qui en découlent. Il est donc très important de cumuler les indicateurs de logements, d'emplois, de santé, et d'intégration sociale, qui ensemble, peuvent alors donner une idée précise des caractéristiques des familles touchées par la pauvreté.

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