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Lutte contre le grand banditisme au Burkina Faso: bilan et perspectives.

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par Marcel KAFANDO
Ecole Nationale de Police - Commissaire de police 2015
  

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A. La légalité des interventions et la rigueur de la répression: force reste à la loi

L'idée est qu'il vaut mieux étendre la légalité à des pratiques incommodes que de permettre des actions en marge de la loi, fussent-elles motivées par l'intérêt général. Par ailleurs, le maintien de la répression est une nécessité à la sauvegarde des valeurs sociales.

1. La légalité des interventions

L'une des grandes difficultés des missions de patrouille et d'intervention réside dans le fait que l'agent de sécurité doit faire face à des brigands « sans foi, ni loi » guidés uniquement par la recherche effrénée du butin. Les délinquants en effet agissent hors de tout cadre légal et c'est à cet effet que leur responsabilité pénale est recherchée. La délinquance est un comportement qui

60 Conférence de presse du Ministre de l'Administration Territoriale, de la Décentralisation et de la Sécurité, BARRY Auguste Denise, le 16 Avril 2015.

61 En 2003, la lutte contre le grand banditisme au Burkina Faso, avait conduit à mener une opération dite « coups de poings » et avait conduit à des exécutions sommaires, donc des violations flagrantes des droits de l'Homme.

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s'inscrit en marge de la norme sociale, qu'elle soit morale, légale ou religieuse. Il est donc ridicule de s'attendre à ce que le délinquant soit diligent, moins violent et respectueux des lois dans ses opérations. Toute la difficulté de la répression apparaît quand il faut venir à bout de personnes pour lesquelles tout est permis avec des moyens conventionnels. Alors, le recours à des comportements, à des actes illégaux est tentant. Cette situation conduit à des GAV au-delà des délais légaux, à des exécutions extra judiciaires62, etc.

Mais ce défi est relevé par les organes de répression du grand banditisme. En effet, toutes interventions, fussent-elles violentes s'inscrivent dans la légalité. La loi portant répression du grand banditisme serait adoptée en vue de couvrir des pratiques qui en la légalité ordinaire serait illégaux63 (les GAV se prolongeant au-delà des délais légaux). Depuis 2009, grâce à l'extension de la légalité et au professionnalisme des acteurs de la sécurité, très peu de bavures lors des interventions contre les grands bandits ont été signalées.

L'intérêt réside dans l'affermissement de l'Etat de droit. Le souci constant de prioriser la légalité, mène à l'érection d'une société où l'arbitraire est proscrit et où le droit a le dernier mot.

Par ailleurs, cette obligation pour les acteurs d'inscrire leurs actions dans la légalité qui peut être le résultat de l'interprétation des textes internationaux (le principe de légalité, et d'autre part les principes de nécessité, proportionnalité et précaution en matière d'usage de la force et des armes à feu) a un fondement moral. En effet, le droit reste le fondement de la société. Les artisans d'une telle société doivent donner l'exemple en matière de légalité, quelles que soient les circonstances. C'est la seule manière de fortifier l'Etat.

2. La rigueur de la répression

La sanction pénale est le seul moyen dans un Etat de droit pour corriger les erreurs et les égarements des citoyens. Elle permet d'assurer l'ordre et de faire régner la discipline par la force légitime. Paul Valery disait que quand l'Etat est faible, nous périssons de désordre. La sanction pénale n'est pas en elle-même condamnable. C'est le mécanisme procédural par lequel elle est infligée au citoyen qui peut pécher contre les principes de l'Etat de droit. Un peu partout dans le monde, des crimes dits crapuleux ont toujours été sanctionnés avec sévérité, même dans les pays qui se prennent pour l'achèvement de la civilisation humaine. En France, la perpétuité

62 Cf. opération coup-de-poing des années 2003.

63 Témoignages recueillis des acteurs judiciaires lors des enquêtes qualitatives, ministère de la justice, janvier 2015.

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incompressible64 a été instituée contre les crimes particulièrement graves. Cette peine est applicable aux deux crimes suivants :

1. meurtre avec viol, tortures ou acte de barbarie d'un mineur de moins de quinze ans ;

2. meurtre en bande organisée ou assassinat d'une personne dépositaire de l'autorité publique (policier, magistrat, etc.) à l'occasion ou en raison de ses fonctions.

Les Etats-Unis appliquent encore la peine capitale et la Chine l'inflige même pour des crimes jugés ailleurs mineurs comme l'évasion fiscale. En dépit du fait que la dernière sentence au Burkina Faso remonte à 2011, la peine de mort a été prononcée contre 2 700 délinquants dans le monde en 2014, avec une croissance de 28% par rapport à 201365. Le Burkina Faso ne se met donc pas en marge de la civilisation humaine en infligeant l'emprisonnement à vie à des délinquants qui volent avec violences et qui surpassent le seuil de l'intolérable en crevant le plafond de l'inacceptable. C'est la procédure par laquelle de telles peines sont infligées, et leur gestion qui peuvent poser problème.

La sévérité de la peine contre les actes de grand banditisme est utile en ce sens qu'elle satisfait les populations, décourage les adeptes du crime et satisfait la victime. Nul n'ignore que la peine par son caractère vindicatif guérit la victime. Mais ce but n'est atteint que quand le système pénal atteint les vrais coupables et épargne les innocents.

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