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Inventaire de quelques vestiges coloniaux matériels dans la ville de Dschang(1907-1957)


par Yannick Guerin Diffouo
Universite de Dschang - Master 2014
  

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2. L'entrée du marché "A"

Propriétaire : Commune de Dschang

Usage : administratif/commercial / touristique

Site : Centre urbain de la ville

Exécutant : non connu

Année d'exécution : entre 1940 et 1950, mais a connu une importante

innovation et transformation entre 1950 et 1958

Matériaux utilisés : briquettes de terre cuite, béton, pierre, bois, tôles en

aluminium, bambou de raphia, chaume, chaux colorée, peinture à eau, vitre

Niveau : rez-de-chaussée

Nombre de bâtiments : c'est un corps de bâtiment en longueur comportant à l'origine deux espaces fermés et des stands d'exposition ouvertes face rue principale

1 Ibid. p.104.

2 Entretien avec René Poundé le 12 février 2014 à son domicile

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en forme de galerie et à son arrière, à l'origine, il y avait une esplanade qui aujourd'hui a été détruite et reconstruite en une multitude de boutiques.

Photo 21: L'entrée du marché "A" de Dschang

Source : Archives privées R. Poundé, Dschang

Des poteaux en bétons soutiennent les toits coniques faits en paille déposés sur un enchainement de Bambou attaché, très visible lors de la réfection (photo n°2). L'affluence des populations en ce lieu signifie que c'est un jour de marché (Photo n°1)

Le bâtiment est constitué en son centre de trois cases dont celle du milieu, circulaire est ouverte et tient lieu de porche d'entrée à l'image des porches d'entrée des Chefferies traditionnelles. Elle est construite sur des poteaux en béton sur lesquels repose un toit conique. Grâce à sa hauteur, elle domine les deux cases carrées fermées situées de part et d'autre d'elle. Ces dernières cases supportent aussi des toits coniques avec une toiture en chaume posée (pour, semble-t-il, des raisons de sécurité et de durabilité) sur de la toile en aluminium tressée de tiges de bambous-raphia. Ces trois cases dominent par la hauteur de leurs toits coniques, le reste de la structure. De part et d'autres de ces trois entrées s'allongent deux galeries fermées par un mur à leur arrière, aujourd'hui uniquement ouvertes à l'avant1 avec un toit en tôle ondulée soutenue à équidistance par des poteaux. Le toit vraisemblablement devait être à l'origine recouvert de chaume entrelacé dans un treble de bambous

1 La fermeture par un mur date de la période post-indépendante

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raphia posés sur la tôle1. Cette technique traditionnelle qui consiste à couvrir le toit par le chaume soigneusement tissée entre elle et les bambous était dans les années 50 l'oeuvre d'un certain Sonhafouo originaire de Bangang venu à Dschang spécialement pour ce travail.2 Les escaliers qui permettent de passer sous les trois toits coniques afin d'entrer dans le marché sont l'oeuvre de l'européen Marineau3.

La galerie est ouverte sur la rue et devaient servir de lieu d'exposition par les artistes et artisans d'art. Elle est prolongée aux deux extrémités par deux cases. L'une qui abrite les bureaux de l'office de tourisme de Dschang devait servir de bureaux au responsable le plus important du marché. En effet, non seulement elle contient un bureau que jouxte à l'intérieur une toilette mais, en plus, sa porte d'entrée monumentale, en bois dur était finement sculptée et il y avait une salle devant servir, soit de secrétariat, soit de hall d'attente. Hélas, lors de l'aménagement de ce bureau aux fins de servir d'office du tourisme4, comme par hérésie ou par ignorance, ce joyau, qui en lui-même était témoin chargé de l'histoire de l'artisanat et d'art d'au moins les cinquante dernières années à Dschang, a été enlevé et remplacé par une double porte en fer et la seconde vitrée. La seconde case, située à l'autre bout a longtemps servi d'atelier de création au défunt artiste plasticien Pop Namara5. Enfin, des artistes peintres ont transformé le mur arrière en espace où ils ont peints (ou écrits leur nom) en grandeur nature les personnages les plus en vue de la scène publique de Dschang à l'instar de M. Panka Paul.

Ce bâtiment probablement construit dans les années 1950 est symbolique en ce sens que son architecture même est calquée sur celle des porches des Chefferies traditionnelles bamiléké. Cette architecture qui symbolise la force, la puissance, la pérennité, l'union d'un peuple, est en même temps symbole de prestige, de richesse, mais aussi de sécurité et de justice6. L'administration coloniale ne s'y est pas trompée

1 Entretien avec Louis Ngadjeu le 15 mars 2014 au Marché « A » de Dschang

2 Entretien avec Mathias Koutio le 17 Juin 2014 à son domicile

3 Entretien avec Norbert Yefoue le 17 Juin 2014 à son domicile

4 Entretien avec René Poundé le 12 février 2014 à son domicile

5 Idem

6 Idem

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dans son désir de frapper l'imaginaire populaire, même si la visée de développement touristique n'était pas loin. De même, il s'est agit d'imposer ce lieu comme le véritable centre d'une cité urbaine en plein essor. Au plan stratégique, il ne faut pas oublier que ce fameux marché "A" était occupé par des maisons commerciales ou la succursale des maisons européennes qui avaient le monopole de la vente des produits manufacturés1. Face à cette entrée, autour de la place s'alignaient, les maisons commerciales, les banques, l'unique pharmacie de la cité, etc... Les commerçants locaux étaient au versant du marché "B" qui est la suite du marché indigène.

En choisissant ce symbole de la Chefferie comme entrée du marché, l'administration coloniale avait réussi à utiliser allègrement les représentations symboliques du pouvoir indigène pour marquer sa propre domination. La preuve se trouve dans le regard jeté sur la liste des produits vendus à cet endroit pendant la colonisation à savoir : produits manufacturés, charcuterie, lait, épicerie fine, produits maraîchers non consommés par les locaux, vins, etc2.

En observant ce bâtiment, on se rend compte qu'il a subi au fil des temps quelques transformations qui n'ont pas modifié profondément sa structure. Nous pensons ici au mur qui a été élevé à l'intérieur même de celui-ci. C'est aussi un exemple typique de mélange des architectures occidentale (française précisément) et traditionnelle Bamiléké.

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"Le doute est le commencement de la sagesse"   Aristote