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La tentation hagiographique dans les biographies de Pascal

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par Karine Lanini
Université Paris III-Sorbonne nouvelle -  1996
  

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Introduction

« Quand [les soeurs de Pascal] soignent la gloire de leur frère, ce qu'elles vénèrent, c'est un instrument de dieu, et pour ainsi dire, la grâce de dieu. Mme Périer, soeur tout à fait digne de son frère. Les sentiments les plus élevés soutiennent toutes leurs paroles. Toute fière qu'elle est de la gloire de ce nom qui est le sien, ce n'est pas une vanité ordinaire qui l'anime ; le grand homme, le saint est à ses yeux un instrument de dieu, en qui elle vénère pour ainsi-dire la grâce elle-même »1(*).

En qualifiant ainsi l'attitude de la famille Périer en général, et de Gilberte en particulier, à l'égard de Pascal, Barrès met l'accent sur l'une des difficultés que rencontrent tous ceux qui désirent connaître `l'homme' Pascal à travers des biographies. En effet, avec La vie de Monsieur Pascal écrite par Madame Périer, sa soeur, Gilberte se constitue en biographe `officielle' de ce frère illustre, alors que tout indique qu'elle voue un véritable culte à ce frère aimé. Or, une entreprise biographique peut-elle s'arranger de ce culte ?

Dans le cas de Pascal, il semble que cela soit le cas, et Gilberte parvient à monopoliser la biographie pascalienne, tout en dessinant de son frère une image sanctifiée. Tentation et trahison de la biographie, l'hagiographie envahit le récit, mais avec assez d'habileté pour que ce texte puisse passer à la postérité et devenir la référence exclusive en matière de biographie pascalienne.

Ce sont les ressorts de cet étrange projet qu'il s'agit de mettre en évidence ici, pour voir comment l'on peut passer d'une biographie à une hagiographie, et comment ce discours à la croisée de deux genres parvient, malgré ou en raison de son statut mal défini, à déterminer `une certaine idée de Pascal'.

I.Le récit de Gilberte : une biographie officielle ?

« [Les registres paroissiaux sont] la mémoire de tant de morts, la biographie qu'étiquettent ces trois mots : né,..., marié,..., mort... »

E .et J. De Goncourt2(*)

A. Les ressorts de la biographie

La vie de Monsieur Pascal écrite par sa soeur Gilberte s'ouvre sur ces mots : « Mon frère naquit à Clermont, le 19 juin de l'année 1623. » et se referme sur ceux-ci : « [...] sa mort, qui fut vingt-quatre heures après ; savoir le dix-neuvième d'août mil six cent soixante-deux à une heure du matin, âgé de trente-neuf ans et deux mois ». Le ton de la biographie est donné, et d'une biographie qui portera les marques subjectives d'une soeur qui se propose de `raconter' la vie d'un frère, et d'un frère illustre. Son dessein relève à la fois de la sphère privée - il s'agit de rendre hommage, par l'écriture, à la mémoire d'un frère aimé - et de la sphère publique - la famille Pascal est reconnue et Blaise lui-même fait figure de savant, voire d'homme publique, notamment grâce à la publication des Provinciales. Deux attentes de lecture naissent donc de ce dessein : le discours devra être à la fois informatif - c'est une `vie', et élogieux - il s'agit d'un frère dont il faut célébrer la mémoire, dont il faut entretenir le souvenir avec respect. A les considérer brièvement, les quelques trente pages3(*) qui composent cette vie répondent à ces deux attentes puisqu'on y trouve la relation des grandes étapes de sa vie : le récit commence par le détail de l'enfance de Pascal, enfance considérée surtout sous l'angle de l'instruction qu'il reçut, instruction donnée par son seul père :

« [mon père] ne put se résoudre de commettre son éducation à un autre, et se résolut dès lors de l'instruire lui-même, comme il a fait, mon frère, n'ayant jamais été en un collège, et n'ayant jamais eu d'autre maître que mon père ».

Le récit de cette instruction étant toujours très étroitement lié à l'acquisition d'un savoir, la figure du savant se constitue sous la plume d'une soeur aimante, à la croisée du public et du privé. Cette étape d'apprentissage culmine enfin avec l'invention de la machine arithmétique à l'âge de 19 ans, et avec la réalisation de l'expérience du vide à 23 ans. Intervient ensuite le récit de sa conversion, à 24 ans, puis celui de sa maladie et enfin de sa mort. Quoique de manière très succincte, la `vie' de Pascal est jalonnée par la plume de sa soeur, et les passages obligés de la biographie semblent respectés. Pourtant, de nombreux indices viennent contredire les règles de ce genre.

* 1 Maurice Barrès, Cahier Pascal

* 2 E. et J. De Goncourt, Journal, 1861

* 3 Dans l'édition Pléiade

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