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La tentation hagiographique dans les biographies de Pascal

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par Karine Lanini
Université Paris III-Sorbonne nouvelle -  1996
  

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2. Les indices d'écriture

Si le récit avait été simplement biographique, la place du « je » énonciateur aurait été bien moindre : or, le « je » envahit le discours. Le titre lui-même donnait déjà le signe de la tournure qu'allait prendre le récit : il s'agit d'une vie, certes, mais `écrite par Madame Périer, sa soeur' ; or, traduire une réalité par écrit, c'est courir le risque de modifier cette réalité en la couvrant d'un voile interprétatif. C'est un risque, mais c'est aussi une opportunité, que Gilberte, fine plume, saisit, tout en signalant par le titre qu'elle donne à son oeuvre qu'elle s'autorise à donner de son frère les seules informations qu'elle estime nécessaires à l'édification du portrait. C'est déjà une réécriture  ; on ne lit plus la vie de Pascal, mais la vie de Pascal par sa soeur, ce qui change tout dans une perspective biographique. Pourtant le titre ne l'annonçait-il pas très honnêtement... ?

Gilberte se donne toute licence ; ainsi, l'écriture elle-même est truffée d'indications du point de vue de Gilberte : à travers l'usage qu'elle fait des pronoms personnels bien-sûr, mais aussi à travers la répartition des temps du discours, où des jugements nourris d'une vision globale de la vie de Pascal viennent, au présent, pervertir un récit au passé. Par exemple, dans les premières pages, alors qu'elle souligne l'appétit de savoir manifesté par son frère dès son plus jeune âge, Gilberte glisse dans le cours de sa narration une réflexion qui relève du temps de l'énonciation et non plus du récit:

« Mon frère prenait grand plaisir à ces entretiens, mais il voulait savoir la raison de toutes choses [...] lorsque mon père ne les lui disait pas, [...] cela ne le contentait pas : car il a eu toujours une netteté d'esprit admirable pour discerner le faux ; et on peut dire que toujours et en toutes choses la vérité a été le seul objet de son esprit, puisque jamais rien n'a su et n'a pu le satisfaire que sa connaissance »8(*).

Or, ce brouillage des temps se retrouve tout au long de son récit, signe de son intervention, et biais habile pour amener son lecteur à la suivre dans son portrait.

Mais la narration elle-même est marquée du sceau de son interprétation, puisqu'on peut y relever des incohérences et des lacunes, qui démarquent définitivement son écriture d'une écriture biographique, ou au moins d'une écriture biographique qui aurait pour seule fonction d'être le gardien d'une mémoire fidèle.

* 8 p.4

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