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La politique étrangère américaine à l'épreuve des évènements du 11 septembre 2001: Le cas irakien

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par Mamadou DIA
Université de Toulouse I Sciences Sociales - Master de Relations Internationales 2005
  

Disponible en mode multipage

Université des Sciences sociales Toulouse I

La politique étrangère américaine à l'épreuve des évènements du 11 septembre 2001 :

le cas irakien

Mémoire de MASTER de Relations Internationales

Présenté par Mr MAMADOU DIA

Directeur de recherche  Mr Thomas Lindemann Août 2005

La politique étrangère américaine à l'épreuve des évènements du 11 septembre 2001 :

le cas irakien

REMERCIEMENTS

Mes vifs remerciements vont à mon professeur encadreur Mr Thomas Lindemann. Ses conseils judicieux, ses critiques positives m'ont aidés à surmonter les difficultés de ce travail. Si j'ai pu mener ce travail à son terme, c'est aussi grâce à un petit cercle de proches qui étaient à mes côtés.

A mes parents, je voudrai leur dire qu'ils m'ont inculqué certaines valeurs non étrangères à ce travail. Enfin, je l'offre à toute ma famille.

A mon père Amadou Moustapha

SOMMAIRE

Première PARTIE : Le 11 Septembre où la vulnérabilité des Etats-Unis mis à nu

CHAPITRE I: Day of infamy

Section I: Les failles des services de renseignement américain

Section II : Le Patriot Act : Vers une restriction des libertés aux USA ?

CHAPITRE II : La guerre contre les terrorisme : « l'axe du mal » ou comment se trouver de nouveaux ennemis

Section I : De l'Afghanistan à l'Irak : un calendrier militaire chargé

Section II : Une guerre sans fin contre « l'axe du mal »

Deuxième partie : La nouvelle stratégie nationale de sécurité de l'administration Bush et ses implications sur le terrain

CHAPITRE I : L'unilatéralisme américain ou l'assumation de la puissance

Section I : La guerre en Irak : seul contre tous

Section II : la doctrine de guerre préventive

CHAPITRE II : Un an après la guerre en Irak, le monde est-il pour autant plus sûr ?

Section I : l'Irak : une exception ou première étape dans la généralisation de la guerre préventive

Section II : La guerre préventive, futur mode de règlement des affaires internationales

Conclusion

Introduction

Le 11 septembre 2001, les Etats-Unis subissent la plus grave attaque terroriste* jamais enregistrée sur leur sol. Les américains viennent de découvrir que leur pays, longtemps considéré comme un sanctuaire inviolable, ne l'était pas vraiment. Al Qaïda vient de transposer sur le territoire américain une guerre déjà commencée depuis des années sous d'autres cieux. En effet dès 1993, la ville de New York fut la cible de terroristes égyptiens sous la houlette de Ramzi Youssef de son vrai nom Abdoul Basit Balochi 1(*) et du cheikh Abdel Rahman. Ces actions considérées comme une forme de répétition générale par certains 2(*) seront suivies par d'autres actes terroristes notamment par les attentats contre les ambassades américaines en Tanzanie et au Kenya, en Afrique, dont le nombre de victimes à dépassé 200 morts.

Ce 11 septembre, devant les caméras du monde entier, le monde est saisi d'effroi par des images venues d'ailleurs d'avions bourrés de kérosène s'encastrant dans les tours jumelles du World Trade Center de New York, les Twin Towers (icône du capitalisme triomphant). La capitale fédérale américaine n'est pas non plus épargnée car un avion s'est écrasé sur le Pentagone, le ministère de la défense, bâtiment longtemps considéré comme une forteresse imprenable (centre névralgique de la puissance américaine) tandis qu'un quatrième s'abattait dans un champ en Pennsylvanie. Cela finit de convaincre les sceptiques qu'un cran a été franchi dans la lutte du terrorisme contre l'occident.

Les Etats-Unis viennent de connaître la plus grave attaque terroriste* sur leur territoire depuis la fin de la guerre de sécession. Ces évènements marquent un tournant capital dans l'évolution des Etats-Unis et de l'humanité. L'ampleur des pertes en vie humaines - les plus importantes de toute l'histoire des Etats-Unis - et les dégâts matériels - plusieurs milliards de dollars - atteste de la gravité du désastre. Comme le rappelle Alain Dieckoff, ces évènements « marquent incontestablement une césure dans la marche du monde ». En effet, dit-il « avec eux, apparaît une menace nouvelle, celle du terrorisme extrême, pratiqué par des réseaux transnationaux, dotés d'une capacité de destruction massive mise au service d'une hostilité sans borne de l'Occident »3(*). Cela n'empêchera pas Olivier Roy de la qualifier « d'attentat classique » car ayant été commis par des kamikazes comme les attentats de 1983 et de 1984 contre les Français et les Américains au Liban.4(*) Pour lui, la nouveauté n'est pas dans le type de terrorisme mais la nouvelle menace terroriste, redoutée par les analystes, consisterait dans la privatisation d'armes de destruction massive (ADM), c'est-à-dire leur usage par des groupes non étatiques.

Cet acte sans précédent appelle néanmoins plusieurs réflexions. D'abord une nouvelle donne entre alors dans le concert complexe des relations internationales : les Etats-Unis ne sont plus le sanctuaire inviolable qui a pendant longtemps fait que ce pays n'a pas été victime d'acte de terrorisme international sur son sol. Ensuite, un cran a été franchi par le terrorisme international. N'en déplaise à Olivier Roy, pour autant qu'ils demeurent « classiques » ces actes constituent une nouvelle forme de guerre. En effet, peu d'entre nous, pour ne pas dire personne, pensaient qu'un tel acte, par la manière de l'exécuter, pouvait se réaliser un jour.

Le soir même, cette phrase de Georges W Bush « nous ne ferons aucune différence entre les terroristes et ceux qui les hébergent » permet de mieux comprendre, aujourd'hui, la volonté des Etats-Unis d'en découdre avec ceux qu'ils considèrent comme étant des soutiens des terroristes. Les Talibans en Afghanistan allaient, les premiers, faire les frais de cette politique en étant chassés du pouvoir suite à une campagne de bombardement. La raison est leur soutien public à Oussama Ben Laden, accusé par l'administration américaine d'être derrière ces actes du 11 septembre. En mars 2003, l'Irak à son tour est attaqué en raison cette fois, des liens qui unissent selon l'administration Bush, Saddam Hussein et Al Qaïda mais surtout à cause de la détention par le maître de Bagdad d'armes de destruction massive. Pour des raisons d'organisation du travail, la guerre contre les talibans ne sera pas au centre de notre réflexion. En effet, sous l'angle de la problématique que nous nous proposons d'étudier et sur laquelle nous reviendrons, cette guerre est totalement différente de celle d'Irak, les Etats-Unis étant dans leur droit de riposter après ce qu'ils ont vécu.

Pour mieux apprécier l'évolution de la politique étrangère américaine après le 11 septembre, nous avons décidé de nous pencher sur la guerre menée par la coalition américano-britannique contre l'Irak. Ce conflit, fait contre l'assentiment de la grande partie de l'opinion publique internationale et dont les conséquences se font encore voir tous les jours, est l'application sur le terrain de la nouvelle doctrine américaine de guerre préventive stipulée dans le discours de Georges W Bush en septembre 2002 :

« Le plus grave danger pour notre Nation est l'alliance de l'extrémisme et de la technologie. Nos ennemis ont clairement déclaré qu'ils cherchent à se doter d'armes de destruction massive et il y a des preuves qu'ils y travaillent avec détermination. Les Etats-Unis ne permettront pas à ces efforts de réussir. Nous construirons des défenses contre des missiles balistiques et d'autres vecteurs. Nous coopérerons avec d'autres pays pour empêcher nos ennemis d'acquérir des technologies dangereuses. Et, parce que c'est le bon sens même et qu'il s'agit d'autodéfense, l'Amérique agira contre de telles menaces émergeantes avant même qu'elles ne soient prêtes à nous frapper. Nous ne pouvons défendre l'Amérique et nos amis en nous contentant d'espérer que tout ira bien. Nous devons donc être prêts à contrer les plans de nos ennemis, à utiliser les meilleurs renseignements dont nous disposons et à agir de manière volontariste. L'Histoire jugera sévèrement ceux qui ont vu venir ce nouveau danger sans réagir. Dans le monde qui commence, la seule voie vers la paix et la sécurité est celle de l'action »5(*).

La mise en oeuvre de cette doctrine qui est au centre de l'action menée par l'armée américaine en Irak pose évidemment des problèmes dans l'organisation et la gestion des affaires du monde : un pays peut-il unilatéralement décider dans un monde où le multilatéralisme est prôné par le reste du monde, de faire la guerre sur des suppositions ou sur la crainte de revivre des actions terroristes ? La réponse venant du président américain ne laisse pas de place au doute :

« Nous agirons directement et sans aucune interruption, avec tous les moyens de notre propre puissance et celle des autres pays. Nous commencerons par nous occuper des organisations terroristes internationales, ainsi que des états terroristes ou soutiens du terrorisme qui tentent de se doter d'armes de destruction massive ou de moyens de les construire ». 6(*)

Plusieurs millions de personnes dans le monde ne partagent pas cette conception des relations internationales et s'y opposent de façon bruyante. Au plus haut niveau, les présidents français Chirac, Russe Poutine et le Chancelier allemand Schröder relaient cette opposition de l'opinion créant une véritable crise entre leurs pays et les Etats-Unis.7(*) Cette opposition atteint son sommet en février 2003 au Conseil de sécurité de l'Onu où le ministre français des affaires étrangères Dominique de Villepin se fait le chantre du multilatéralisme honni par les faucons en place à la Maison-Blanche.8(*)

PROBLEMATIQUE

Dans ce travail, il ne s'agit pas de raconter les péripéties de la journée du 11 septembre ou de revenir sur le déroulement des opérations militaires en Irak. Notre ambition est de montrer que le 11 septembre, avec le terrible choc qu'il a causé dans l'esprit des Américains, a permis à l'administration de Georges W Bush de conduire une politique agressive à l'encontre de l'Irak en jouant sur la peur des armes de destruction massive, en somme montrer que le 11 septembre est un « accélérateur » dans la volonté des « faucons » de terminer le travail commencé en 1991 avec la guerre du Golfe. Selon plusieurs observateurs9(*), quelque soient les décisions prises par les autorités irakiennes en vue d'autoriser les inspections de l'ONU afin d'éviter une éventuelle guerre contre leurs pays, rien n'y échapperait : la guerre aura lieu. Selon Eric Maurice, la guerre contre le terrorisme constitue le soubassement de ce conflit : 

« Après le 11 septembre 2001, la guerre en Afghanistan et le démantèlement des bases d'Al Qaïda ont constitué l'objectif principal des Etats-Unis. Mais, en janvier dernier, une fois les talibans chassés de Kaboul et Ben Laden disparu quelque part entre l'Afghanistan et le Pakistan, Saddam Hussein est revenu sur le devant de la scène, protagoniste de «l'axe du Mal» de George Bush aux côtés de l'Iran et de la Corée du Nord. Le but : profiter de la guerre contre le terrorisme pour mettre en oeuvre le grand dessein des faucons. Le gouvernement envisageait initialement une confrontation avec Saddam Hussein cet automne, une fois qu'il aura monté un dossier aux Nations unies prouvant que le leader irakien refuse les inspections», écrivait «The New York Times» fin avril. «De hauts responsables reconnaissent maintenant qu'une offensive sera probablement repoussée au début de l'année prochaine, pour se donner le temps de créer les bonnes conditions militaires, économiques et diplomatiques .La détention de ces armes par Saddam Hussein et l'usage qu'il s'apprêterait à en faire est au coeur de la raison officielle du déclenchement du conflit »1(*)0.

Nous nous appesantirons aussi sur la conception unilatéraliste des affaires du monde de l'administration Bush en essayant de mieux connaître ces « faucons » et leurs liens avec le monde pétrolier. Avec Dick Cheney ancien de Halliburton première compagnie fournisseur de matériels pétroliers, Condoleeza Rice venant de Chevron, Georges W Bush lui-même ancien dirigeant de compagnie pétrolière au Texas, il faut reconnaître que les intérêts pétroliers sont bien représentés à la Maison-Blanche. Et comme l'Irak détient les deuxièmes réserves mondiales de pétrole, il serait intéressant, au delà des discours officiels, d'analyser cette composante pétrolière qui est un élément essentiel de la politique de Georges W Bush.

Donc notre travail est divisé en deux parties : dans la première, nous essayerons de montrer que le 11 septembre, au-delà du fait de montrer la vulnérabilité des Etats-Unis face à des actions pareilles, a permis à ce pays de se faire de nouveaux ennemis à travers « l'axe du mal » et de satisfaire le complexe militaro-industriel au plan budgétaire.

La deuxième partie est consacrée à cette nouvelle stratégie de sécurité définie par Georges W Bush et son corollaire : l'unilatéralisme. On s'intéressera aux conséquences de cette politique notamment sur les relations euro atlantiques et dans le monde arabe. Enfin, il nous semble important aujourd'hui, de faire un petit bilan de cette politique en Irak un an après la chute de Saddam : cette volonté américaine d'instituer la démocratie, au pire par la force est-elle viable ? Peut-on imposer sa volonté même en étant animé de bonnes intentions ? Bref la guerre en Irak, avec la manière dont elle fut déclarée, est-elle une exception où le point de départ d'un grand bouleversement des relations internationales où les puissants n'auront aucune limite, surtout si d'autres Etats présentent les mêmes caractéristiques (détention d'armes de destruction massive) ? Cet exemple peut-il être utilisé contre « l'axe du mal » où figure, entre autre, la Corée du Nord détentrice de l'arme nucléaire ?

PREMIERE PARTIE : Le 11 septembre où la vulnérabilité des Etats-Unis mis à nu

PREMIERE PARTIE : Le 11 septembre où la vulnérabilité des Etats-Unis mis à nu

Même si pour certains auteurs les évènements du 11 septembre ne constituent pas une césure dans le jeu des relations internationales comme le fut la chute du mur de Berlin 1(*) , il n'en demeure pas moins que ces attentats, par leur portée médiatique et leurs conséquences politique et militaire dans le jeu des relations internationales marqueront à coup sûr notre époque. « Le 11 septembre 2001 est un tournant dans l'histoire politique de la puissance » dira à cet effet Zbigniew Brzezinski.2(*) Par sa nature, le 11 septembre nous a fait entrer dans une ère nouvelle du terrorisme. En effet, comme l'affirme Sergio Romano, « il existe désormais dans la guerre moderne un nouveau front sans tranchées ni positions militaires, où l'ennemi ne porte pas d'uniforme et où l'action est d'autant plus efficace que les règles des conflits conventionnels ne sont pas respectées »3(*).

Dans ces formes de guerre, le soldat est devenu un terroriste qui se meut dans la société ennemie et frappe la population civile. L'exemple algérien, le conflit israélo-arabe, le conflit tchétchène etc. sont autant de cas qui révèlent la difficulté des gouvernants à faire face à ce type de conflit ce qui ne leur permet pas d'échapper à d'éventuelles critiques si les mesures prises ne semblent pas être efficaces4(*). Dans un article, le journal Le Monde déclare que Richard Clarke, un des membres de l'administration Bush5(*) avait aussi plaidé en 2001 pour une aide militaire secrète à l'opposition aux Taliban en Afghanistan mais que la conseillère pour la sécurité nationale, Condoleeza Rice, a refusé d'entériner dans l'immédiat cette proposition, suggérant de procéder à un examen plus large et aussi plus long des options pour répondre à la menace d'Al Qaïda. « La proposition de M. Clarke n'a été soumise au président Georges W Bush que quelques semaines avant les attentats du 11 septembre »6(*).

CHAPITRE I : L'administration Clinton et le voeu des « faucons » d'en découdre ?

SECTION I : 11 septembre : exploitation par l'administration Bush ?

Quel bilan laissent finalement les deux administrations Clinton ? L'Amérique de janvier 1993 ne manquait pas d'atouts, ni de défis à relever. Pour la première fois de l'histoire, elle jouissait d'une position dominante incontestée et le système démocratique et capitaliste auquel elle s'identifiait bénéficiait d'une nouvelle légitimité. A l'extérieur, sa nouvelle hégémonie risquait de la pousser à abuser de sa suprématie. Le défi étant pour le nouveau président des Etats-Unis à parvenir à transformer une prééminence dont, avec le temps, les fondements seraient contestés en un leadership ralliant, outre le peuple américain, un maximum d'amis ou d'anciens ennemis derrière un nouvel ordre pour les prochaines années. N'a-t-il pas déclaré : « Notre politique doit oeuvrer dans deux directions. D'abord en faisant face aux défis immédiats lancés à nos intérêts par les Etats voyous, par les explosions soudaines de haines ethniques, raciales et religieuses, par les crises à court terme, et ensuite, en effectuant des investissements à long terme dans la sécurité, la prospérité, la paix et la liberté qui pourront empêcher ces problèmes de simplement apparaître ».7(*) Dans cette optique, l'Administration n'hésita pas à envisager des opérations limitées et à rompre avec la doctrine très restrictive à laquelle, à son arrivée, le nom de Colin Powell était accolé. Elle refusa donc l'idée que tout engagement devrait être massif et comporter un dispositif clair de sortie.

Le 26 janvier 1998 - bien avant la guerre contre le terrorisme » - un groupe d'amis politiques, conservateurs, adressait une lettre ouverte au président Clinton. Constatant que « la politique américaine actuelle à l'égard de l'Irak est stérile », les signataires suggéraient une nouvelle stratégie dont « le but serait, avant tout, de renverser le régime de Saddam Hussein », ce dernier menaçant « les troupes américaines dans la région, nos amis et alliés comme Israël, les Etats arabes modérés et une partie significative de l'offre mondiale de pétrole ». Au nom de « la sécurité du monde dans la première moitié du XXIè siècle », les auteurs appelaient à « l'action militaire ».8(*)

Cette conception selon laquelle le 11 septembre n'a servi que de prétexte pou la mise en oeuvre d'une politique établie longtemps en avance est partagée par Stanley Hoffmann qui déclare : «  le président a trouvé dans ces actes criminels non seulement la raison d'être qui avait manqué jusqu'alors à son administration, mais un levier qu'il a pu utiliser pour accroître sa puissance et celle de son pays »9(*). Pour arriver à cette solution, poursuit-il, la technique que l'administration Bush a utilisée de la façon la plus brillante est ce qu'il appelle «  la manipulation de la peur »10(*) en déclarant que les Etats-Unis étaient en guerre, d'étendre cette guerre aux Etats qui soutenaient les terroristes ou leur donnaient asile tel que l'Afghanistan, et de soutenir qu'il y avait un lien intime entre les terroristes islamistes et les « Etats voyous » que sont l'Iran, l'Irak ou encore la Corée du Nord. En portant un coup brutal à l'âme même de l'Amérique, les terroristes islamistes ont validé, de la manière la plus dramatique, les fantasmes hobbesiens et manichéens de la représentation néo-conservatrice du monde déclare sans ambages Alexis Debat11(*).

De son côté, le financier Georges Soros enfonce l'administration Bush : « Je prétend que l'administration de M. Bush a sciemment exploité les évènements du 11 septembre pour s'engager dans une voie politique que la population américaine n'aurait pas acceptée en d'autres circonstances »12(*) alors que pour Ignacio Ramonet, ces évènements sont une aubaine pour les hommes entourant Georges Bush en leur « restituant un donnée stratégique majeure dont l'effondrement de l'Union soviétique en 1991 les avait privés depuis dix ans : un adversaire »13(*). En 1987, un conseiller de Mikhaïl Gorbatchev Gueorgui Arbatov annonçait à ses interlocuteurs américains : « Nous allons vous rendre le pire des services : vous priver d'ennemi ».14(*) Aurait-il pu penser qu'elle allait être, en fin de compte, à la fois confirmée et infirmée par les évènements ? Dans l'esprit d'Arbatov pense savoir Boniface, il s'agissait simplement de proclamer que la « perestroïka » lancée par Mikhaïl Gorbatchev allait mettre fin à la rivalité soviéto-américaine et lui substituer une véritable politique de coopération.15(*)

Donc le 26 janvier 1998, 3 ans avant le 11 septembre, des hommes de l'actuelle administration avaient pensé à se débarrasser du dictateur irakien alors que pour l'administration Clinton, l'objectif premier est de « contenir Saddam dans sa boîte »16(*). Dans leur lettre, les néo-conservateurs contestent cette politique de « containment » qui, à leurs yeux a montré ses limites. « Nous ne pourrons plus longtemps compter sur nos alliés de la coalition de la guerre du Golfe pour faire respecter les sanctions de l'ONU et empêcher Saddam de bloquer le travail des inspecteurs (...). Si nous acceptons cette situation de faiblesse, nous mettons nos intérêts et notre avenir en danger ».17(*)

Cette différence de perception dans la mise en oeuvre de la politique étrangère a commencé dés l'arrivée de Clinton à la Maison-Blanche lorsque ce dernier s'est vu reprocher de porter attention à des parties du monde qui n'étaient pas essentielles pour les intérêts stratégiques des Etats-Unis. Ces critiques sont balayées d'un revers de mains par Madeleine Albright qui les considèrent comme injustes arguant que l'administration à laquelle elle appartient s'emploie à traiter les dossiers prioritaires comme renforcer les liens avec les alliés européens et asiatiques, établir des rapports nouveaux avec la Russie, oeuvrer pour la paix au Proche-Orient ou encore rechercher des appuis pour un accord de libre-échange avec le canada et le Mexique18(*) toute chose qui va à l'encontre des idées des néo-conservateurs qui prônent la défense des intérêts des Etats-Unis.

Le récit de Richard Clarke19(*) le jour de attentats achève de montrer que l'administration Bush avait déjà réfléchi sur les coupables qui allaient payer. Selon Clarke, dans la soirée du 12 septembre, il rencontre le Président Bush qui a « manifestement une idée en tête » dit il. « Ecoutez, lui dit le Président Bush, je sais que vous avez des tonnes de choses à faire mais je veux vous voir tous (...) tout repasser au peigne fin depuis le début, voir si Saddam est à l'origine de tout ça. Voir s'il y est lié d'une manière ou d'une autre ». Ce à quoi, Clarke répond : « Mais M. le Président, c'est Al Qaïda... ». « Je sais, je sais mais voyez quand même si Saddam n'est pas dans le coup (...) » rétorque le Président Bush. Devant l'insistance de Clarke qui lui rappelle que des recherches avaient déjà été faites afin de savoir qui finançait la nébuleuse terroriste et qu'en aucun cas, le nom de l'Irak n'est apparu, Bush lui assène : « Cherchez du côté de l'Irak de Saddam » entraînant ce commentaire de Lisa Gordon-Hagerty, une conseillère : « Wolfowitz lui a bourré le mou ». Cet échange entre le chef de l'exécutif américain et celui qui est chargé de coordonner la lutte anti-terroriste n'est que le dernier avatar d'une lutte féroce dans l'administration entre ceux qui veulent s'en prendre à l'Irak et ceux qui ne comprennent pas le besoin de s'en prendre à d'autres à la place des vrais coupables.

Le second exemple vient d'une réunion du PC opérationnel de la Maison-Blanche en Avril 2001, 5 mois avant le 11 septembre lors d'une opposition avec Paul Wolfowitz l'actuel secrétaire adjoint à la Défense et un des théoriciens de l'aile dure de l'administration Bush.

A Clarke qui demandait qu'on mette la pression à la fois sur les Talibans et sur l'Afghanistan en armant l'alliance du Nord, mais aussi sur Ben Laden en reprenant les vols du Predator, Wolfowitz affirme : « Je ne comprends pas pourquoi on commence à parler de ce Ben Laden il y a d'autres terrorismes notamment le terrorisme irakien ». Malgré les objections de Clarke pour qui, aucune menace terroriste en provenance d'Irak n'est en sa possession, ni en celle du FBI et de la CIA ce qui a été confirmé par John Mc Laughlin Directeur adjoint de la CIA à l'époque (mais qui a remplacé Georges Tenet après la démission de celui-ci). Wolfowitz lui rétorque : « Le fait que le FBI et la CIA ne soient pas parvenus à établir des liens ne signifie pas qu'il n'y en a pas ».

Même si sur le fond Wolfowitz n'a pas tort, on peut alors légitimement se poser des questions sur l'efficacité voire le rôle des grands organes de service américain lesquelles questions ont atteint le paroxysme lors de l'après guerre en Irak avec le problème des rames de destruction massive. Lors de sa comparution le 24 mars devant la commission nationale enquêtant sur les attaques terroristes du 11 septembre, et dans un entretien d'une heure durant le programme d'information de la chaîne NBC - Meet the press du 28 mars - l'ancien responsable de l'anti-terrorisme de l'administration Bush, Richard Clarke, a réitéré ses accusations quant à la sous-évaluation par l'administration Bush de la menace d'attaques terroristes venant d'Al Qaïda jusqu'aux détournements d'avions et à leur chute sur le Pentagone et sur le World Trade Center, et aussi quant à l'utilisation de ces attaques comme prétexte pour mettre en application des plans d'invasion de l'Irak prévus de longue date.

Les accusations de Clarke sont exposées dans son livre récemment paru, Against All Ennemies.20(*) Une ribambelle de représentants officiels de l'administration, de leaders Républicains au Congrès et d'experts médiatiques de droite ont contesté vivement les affirmations de Clarke, sans pour autant fournir de réfutation des faits exposés par celui-ci. Pas plus qu'ils n'ont pu justifier pourquoi l'ancien assistant du président en charge du contre-terrorisme, qui est officiellement membre du Parti Républicain, voudrait détruire la crédibilité politique de Bush sur le point précis sur lequel le président Bush a largement basé sa campagne de réélection, c'est-à-dire sa gestion de la « guerre à la terreur ».21(*)

Les accusations de Clarke attirent l'attention sur la question politique la plus explosive : la connexion entre les attaques terroristes du 11 septembre 2001 et la décision de l'administration Bush de déclarer la guerre à l'Irak. Clarke lie explicitement et à plusieurs reprises l'inaction de l'administration Bush, avant le 11 septembre et à propos de la menace d'attaques d'Al Qaïda, avec son obsession de l'envahissement de l'Irak. Il maintient que le consensus au sein des agences de renseignement américain était que l'Irak n'avait aucun lien avec les attaques terroristes du 11 septembre, et dénonce la guerre en Irak comme une déviation de «  la guerre à la terreur » et comme une gaffe stratégique qui a enflammé le monde musulman et a renforcé politiquement Al Qaïda.

Avec 30 ans d'expérience dans les agences de sécurité nationale américaine, incluant des postes stratégiques sous les administrations Reagan, Bush père et Clinton avant de servir Bush fils, Clarke n'est pas un dissident anti-guerre. Il est un défenseur impitoyable d'actions militaires directes ou discrètes au service des intérêts américains rendant ainsi son témoignage contre l'administration Bush dévastatrice.

A la fois dans sa déclaration devant la « commission du 11 septembre » et dans l'entretien télévisé du 28 mars, Clarke a mis en exergue la différence entre l'approche de l'administration Clinton face à une croissance de la menace terroriste et celle de l'administration Bush dans des circonstances similaires.22(*)

Dans la période précédant les célébrations du nouveau millénaire en Décembre 1999, les services de renseignement américains ont rapporté un accroissement dramatique des interceptions de communication menaçante mettant en cause Al Qaïda. A la demande de Clinton, son conseiller à la sécurité nationale, Samuel Berger, participa à des réunions quotidiennes avec les plus hauts dignitaires des agences de sécurité, incluant les dirigeants de la CIA et du FBI, pour suivre les efforts entrepris pour devancer une attaque planifiée pour la Saint Sylvestre contre l'aéroport de Los Angeles, quand les membres opérationnels d'Al Qaïda enrôlé dans cette action avaient été arrêtés dans leur tentative de franchir la frontière américano-canadienne prés de Vancouver, British Columbia.

Clarke insiste sur le fait que si un effort d'une intensité similaire avait été mise en oeuvre durant l'été 2001, quand les services de renseignement ont commencé à nouveau à intercepter un nombre croissant de messages sur des menaces d'Al Qaïda, les attaques du 11 septembre auraient pu être perturbées ou empêchées.

Une grande part de l'attention des médias sur ce témoignage a concerné une série de réunions et d'échanges de mémorandum entre les officiels de la Maison-Blanche durant les premiers mois de 2001, et sur les différences supposées entre les déclarations de Clarke alors qu'il était le conseiller de Bush et ses déclarations actuelles. Mais Clarke insiste sur le fait que l'administration a traîné les pieds, bureaucratiquement, et que cela a eu des conséquences réelles sur les efforts en vue de prévenir une attaque terroriste sur le sol américain.

SECTION II : Failles des services de renseignement

Au lendemain des attentats du 11 septembre, la mise en cause des services de renseignement américain est établie, accusés de n'avoir pas pu ou su empêcher l'exécution de ce projet. Ces failles, les autorités américaines le reconnaissent. Ainsi, l'explication donnée par Donald Rumsfeld est que pendant des décennies, l'appareil de renseignement a été conçu et développé pour traiter les problèmes de la guerre froide et que les Etats-Unis étaient concentrés sur les pays du Pacte de Varsovie, en s'efforçant de dénombrer leurs moyens - navires, canons, chars, avions - afin de comprendre leurs adversaires et la nature de la menace.

Mais cette époque est révolue et l'Union soviétique n'existe plus. Les cibles sont désormais multiples, beaucoup plus complexes et disséminées à la surface du globe. A la fin de la guerre froide, il y eut un relâchement des tensions et un accroissement des échanges mondiaux de technologies, y compris d'armes très puissantes et de missiles. « Nous devons en prendre conscience et conserver la trace de ces armes qui mettent en péril les peuples libres » déclare Rumsfeld ajoutant que le département de la Défense a mis au point, ces derniers mois, une nouvelle stratégie : il ne s'agit plus seulement de s'occuper de menaces spécifiques - nord coréenne, irakienne, etc.- mais de se réorienter vers l'examen des diverses capacités qui, de par le monde, sont susceptibles de mettre en péril les intérêts américains. La prolifération aidant, ces technologies sont désormais présentes en de nombreux points du globe. En outre, les technologies à usage dual et les communications par fibre optique compliquent singulièrement la tâche.

Le rapport final de la Commission d'enquête sur le 11 septembre prône « la nécessité de restructurer la communauté du Renseignement » en insistant sur l'importance d'une analyse intégrée et multisources sans laquelle « il est impossible de relier les points »23(*). D'ailleurs ce rapport reconnaît que cette nécessité de changement découle de six problèmes apparus avant et après le 11 septembre :

· Existence de barrières structurelles s'opposant aux performances du Renseignement conjoint; aucune des composantes ne détient à elle seule toutes les informations pertinentes.

· Manque de normes et de pratiques communes dans le cloisonnement étranger-domestique impliquant le besoin d'unifier l'information collectée à l'étranger avec celle collectée aux Etats-Unis.

· Gestion morcelée des moyens du Renseignement national.

· Faible capacité à établir les priorités et à réattribuer les ressources, les agences étant organisées en fonction de ce qu'elles collectent et de la façon de collecter

· Trop de fonctions pour le directeur du Renseignement central qui en a trois : CIA, gestion de la confédération des agences qui forment la communauté du Renseignement, analyste en chef du gouvernement conseillant le président en sa qualité de principal conseiller au renseignement.

· Les 15 agences ou branches d'agences sont trop complexes, trop secrètes. La communauté et les pouvoirs du directeur du Renseignement central sont devenus opaques, accessibles uniquement aux initiés après approfondis.24(*)

A - Négligence ou suffisance ?

La présence de cette menace diffuse explique la redéfinition de la stratégie nationale de sécurité afin de pouvoir organiser, entraîner et équiper les forces en fonction de leurs capacités virtuelles, plutôt que d'une menace spécifique et tangible émanant de tel ou tel pays ou entité géographique.25(*)

Si comme le reconnaît Donald Rumsfeld des précautions avaient été prises, comment se fait-il alors, que les services de renseignement américains et, plus largement, occidentaux, n'aient rien vu venir ? La réponse vient de François Heisbourg qui distingue deux catégories de prévisions. La première concerne le projet d'un Etat ou d'une organisation. L'attaque japonaise sur Pearl Harbor, le 7 décembre 1941, n'était pas surprenante en tant que telle. Les Japonais nourrissaient un projet expansionniste qu'ils avaient commencé à mettre en oeuvre, dés le début des années 30, en Mandchourie.  La surprise fut générale.

Pour Heisbourg, il semblerait que les services américains se soient davantage intéressés aux risques d'actions terroristes contre des intérêts américains situés hors des Etats-Unis. Ben Laden, volontairement ou non, les a encouragés dans cette voie par le choix de ses cibles en 1998 et en 2000 : les ambassades au Kenya et en Tanzanie, puis le navire USS Cole.26(*)

B- Facteurs technique et humain : déséquilibre dans l'orientation du budget

L'autre hypothèse défendue par les experts du renseignement est que la défaillance des services de renseignement s'explique aussi par une faiblesse du renseignement humain, relativement négligé par rapport aux moyens de surveillance et d'écoute électronique.

Les Américains dépensent des fortunes pour leurs services de renseignement, de l'ordre de 30 milliards de dollars par an, dont la plus grande partie est absorbée par la technique, notamment les moyens d'écoute spatiale.27(*) Est-ce que l'arbitrage a été mal fait ? Le réseau Echelon est destiné à écouter la quasi-totalité du trafic électronique, analogique ou numérique. Il brasse des quantités de données, qui sont traitées électroniquement. A trop mettre l'accent sur le renseignement économique et technologique, les Etats-Unis ont fini par oublier la hiérarchie des priorités.28(*)

Oleg Kalougine officier du KGB prononce un verdict martial : « La CIA, à l'image des Etats-Unis et de l'Occident, a eu le sentiment d'avoir triomphé, d'avoir gagné la guerre froide. Résultat, ils ont cessé d'être vigilants et l'ennemi a surgi de l'autre côté29(*)

Donc il est clair que le renseignement américain n'est pas riche en source d'information à l'intérieur du cercle rapproché de Ben Laden, ni même, en l'occurrence, d'Al Qaïda en général. Il devient également clair que le renseignement américain ne disposait pas de suffisamment d'atouts à l'intérieur de l'Irak. Cette absence de capacité à faire du renseignement humain de haut niveau n'est pas compensée par la quantité et la qualité des systèmes technologiques de surveillance. Pire, Gary Schmitt fait remarquer : « La plupart des terroristes et des Etats voyous sur lesquels nous voudrions rassembler de l'information savent comment déjouer nos capacités d'écoute de leurs conversations et de photographie de leurs installations depuis l'espace. »30(*) N'empêche, pour lui, la mission n'est toutefois pas impossible « pourvu que le renseignement américain veuille bien changer ses façons d'opérer ».31(*) Le renseignement technologique permet d'accumuler de plus en plus de données mais de moins en moins de renseignement solide rendant essentiel le traitement (trier et collationner) du matériau collecté processus très coûteux.

CHAPITRE II : LA GUERRE CONTRE LE TERRORISME

« Trois jours seulement après ces évènements, les Américains n'ont pas encore le recul nécessaire. Mais notre responsabilité envers l'Histoire est déjà claire : il faut répondre à ces attaques et débarrasser le monde du mal. On nous a fait la guerre de manière furtive, fourbe et meurtrière. Notre peuple est épris de paix, mais la colère le rend féroce. Le conflit a commencé au moment et d'une manière choisis par d'autres. Il se terminera de la manière et au moment que nous aurons choisis

Président Bush

Washington, D.C. (National Cathedral), le 14 septembre 2001

SECTION I : Une guerre sans fin ?

Pour défendre son pays contre le terrorisme, Bush a déclaré une guerre « dont on ne peut prévoir la fin » selon l'expression de Stanley Hoffmann32(*). Sous le nom de « terrorisme » est désigné comme cible, l'islamisme radical symbolisé par un homme : Oussama Ben Laden. Cela explique l'objectif énoncé au lendemain du 11 septembre par l'administration Bush : démanteler le réseau Al Qaïda et capturer, « mort ou vif » Ben Laden. Ce voeu, facile à formuler, n'est pas simple à réaliser malgré la différence des moyens entre les deux parties. Pourtant certains auteurs font remarquer que la lutte contre le terrorisme que « prétendent mener les Etats-Unis et les Occidentaux est frappée d'impuissance puisqu'ils n'ont pas osé désigné clairement leurs ennemis (l'islam intégriste) et que, par naïveté, ils laissent des millions de migrants allogènes issus du tiers-monde et des pays musulmans s'installer (...) sur leur sol ».33(*) La vraie lutte contre le terrorisme passerait donc par la réduction, puis par l'élimination de la présence massive et organisée de l'islam dans les zones où il n'était pas présent au XXè siècle.

La situation militaire actuelle de l'armée américaine est inédite serait-on tenté de dire vu que c'est la première fois qu'un empire fait la guerre, non pas à un Etat, mais à un homme. Par définition, le terrorisme ne joue pas sur le même échiquier que les adversaires qu'il décide de combattre et ce, en raison de la certitude de n'avoir aucune chance d'emporter la victoire par les moyens de confrontation classiques.

Le caractère révulsant du terrorisme sur les opinions publiques partage certains auteurs quant à la nécessité d'abdiquer ou non toute tentative d'analyse et de réflexion. Ainsi, pour Pascal Bruckner, « la recherche éperdue des causes, même si elle part d'une bonne intention, fait fausse route. La culture de l'excuse, l'explication par le désespoir, l'humiliation, exonère l'acte de son horreur et débouche sur la tentation de l'indulgence ».34(*) Même considération pour André Glucksmann qui croit qu'il ne faut pas chercher à comprendre car « comprendre, c'est excuser. Il faut simplement lutter contre la haine qui ne résulte ni d'un traumatisme ni d'une injustice, ni d'une humiliation, mais qui est inhérente à la nature humaine, à l'Histoire ».35(*) De son côté, Pascal Boniface va à l'encontre de ces thèses en défendant l'idée que le rôle des intellectuels devrait consister à s'emparer, « intellectuellement parlant » précise t-il, de ce phénomène majeur qu'est le terrorisme international et de susciter, de soutenir, d'en alimenter l'analyse : « comprendre n'est pas approuver, expliquer n'est pas légitimer ».36(*) En tout cas pas de doute, des actions terroristes menées par des fanatiques islamistes ou par d'autres seront perpétrés et le risque d'utilisation des moyens biologiques, chimiques ou nucléaires. Guillaume Corvus rappelle que sept redoutables dangers menacent nos sociétés :

- continuation des frappes par aéronefs-suicides, y compris de petits avions ou hélicoptères détournés et bourrés d'explosifs.

- attentats aériens ou par bombes au sol contre les réacteurs des centrales nucléaires

- bioterrorisme par dispersions de souches bactériennes, en réalité peu meurtrières, mais d'un effet psychologique très important

- dispersion dans des lieux clos de gaz toxiques ou empoisonnement des canalisations d'eau potable

- attentats aux camions suicides contenant plus de cent kilos d'explosifs et roulant au coeur des grandes villes, sans aucun contrôle ne soit possible, comme à Beyrouth contre les casernes françaises et américaines

- explosion de bombes atomiques rudimentaires ou miniaturisées dans les grandes villes ou sur des sites sensibles.

- explosion de bombes radiologiques dans les zones urbaines, aux effets dévastateurs, par irradiation massive.37(*)

De plus, il distingue 3 types de terrorisme : le micro-terrorisme (moins de 200 morts), le macro-terrorisme (plusieurs milliers de morts) ex : 11 septembre, et le giga-terrorisme (à partir de 10 000 morts) que, précise t-il, « nous n'avons jamais vu mais que nous verrons ».38(*) Bien entendu le giga-terrorisme constitue la plus forte menace surtout s'il est commis avec des armes nucléaires poussant Corvus à parler de néo-terrorisme.39(*)

Le problème de l'armée américaine est qu'elle demeure formatée pour faire face à des conflits étatiques et non pour affronter un ennemi invisible et diffus. L'histoire militaire n'enseigne t-elle pas que dans un conflit asymétrique, celui qui peut le plus ne peut pas forcément le moins ? L'armée britannique, pendant plus d'un quart de siècle n'a-t-elle pas montré ses limites face à la détermination des éléments de l'Irish Republic Army (IRA)? Car comme le rappelle l'historien Eric Hobsbawn cité par Ramonet, « certes l'IRA n'a pas eu le dessus, mais elle n'a pas été vaincue pour autant ».40(*)

Pire, la situation actuelle de l'armée américaine en Irak, embourbée dans ce pays et subissant quotidiennement des pertes dans ses rangs conforte cet avis qu'elle n'est pas « prête » pour faire face à ce type de guérilla.41(*) Cette guerre s'accompagne de certains nombres de mesures prises par les Etats-Unis dont le fait de renouer des alliances avec des dirigeants, qui hier, étaient infréquentables : le général putschiste Pervez Musharraf du Pakistan, ou le directeur d'Ouzbékistan, Islam Karimov.42(*)

Face à toutes ces affirmations qui feraient croire à une mise en application de la stratégie proclamée en septembre 2002 à travers la guerre en Irak, notons la relative prudence de certains intellectuels arabes comme Ghassam Salamé qui penche de son côté pour une guerre de choix (contrairement à celle du Kosovo ou d'Afghanistan) où Washington ne s'est pas contenté d'user de son aviation pour atteindre un objectif fondamentalement diplomatique ou humanitaire, mais a décidé d'employer massivement son armée de terre. Mais n'empêche, pour l'ancien ministre libanais, « cette guerre est capable d'en enfanter d'autres par un enchaînement qui ne semble pas entièrement maîtrisé par la superpuissance qui l'a engagée ».43(*)

Mais l'une des conséquences les plus vues de cette lutte mondiale contre la terreur est l'atteinte aux droits de l'homme au nom de cette guerre. Avec la chute du Mur de Berlin, la célébration des principes démocratiques, de l'Etat de droit et la glorification des droits humains demeuraient une trinité aussi bien en politique intérieure qu'étrangère pour la plupart des Etats qui en étaient privés jusqu'alors. Les mesures prises pour lutter contre le terrorisme comme le Patriot Act aux Etats-Unis, le recours à la torture44(*), demeurent un retour en arrière dans la lutte en faveur du respect des droits de l'homme.

SECTION II : La loi dite du Patriot Act : Vers une restriction des libertés aux USA ?

La loi présentée par la Chambre des Représentants sous le nom de PATRIOT ACT of 2001 pour « Provide Appropriate Tools Required to Intercept and Obstruct Terrorism Act of 2001 » littéralement « Loi pour fournir les moyens appropriés pour intercepter et faire obstacle au terrorisme » est une des conséquences manifestes des attentats du 11 septembre. Par les mesures qu'elle propose45(*), cette loi a suscité l'ire de plus de cent cinquante associations de défense du citoyen d'obédiences politiques très diverses qui vont de la très conservatrice Gun of Owners of America à la très libérale American Civil Liberties Union qui y voient une atteinte aux droits fondamentaux garantis par la Constitution.46(*)

D'ailleurs, une pétition pour lutter contre « l'érosion des libertés qui sont au coeur du mode de vie américain »47(*) a circulé dans le pays afin de rassembler dans un même combat mouvements de défense du citoyen et groupes de luttes contre l'extension des pouvoirs fédéraux. Même si Georges W Bush réaffirme que « les hommes et les femmes chargés de la loi disposeront des outils nécessaires pour vaincre l'ennemi dans le cadre de la Constitution », les craintes des associations ont trouvé un écho au Congrès où, en dépit d'un soutien budgétaire sans faille, des réserves de plus en plus nombreuses se sont exprimées comme celle du sénateur démocrate du Vermont et président de la commission pour les affaires judiciaires Patrick Leahy qui craint une utilisation abusive de mesures qu'il considère devoir rester exceptionnelles48(*) lesquelles peuvent être résumer comme suit : possibilité pour les autorités d'arrêter des suspects étrangers pour un temps quasi indéfini, de les déporter, de les faire incarcérer dans des cellules d'isolement, de faire surveiller leur courrier, leurs conservations téléphoniques, leurs communications via Internet et de faire fouiller leur domicile sans autorisation judiciaire.49(*) Pour le rédacteur en chef du Monde-diplomatique, pas moins de 1200 étrangers sont secrètement arrêtés dont 600 demeuraient incarcérés sans jugement à la fin décembre 2001 sans avoir été, pour nombre d'entre eux, présentés aux juges et sans avoir eu la possibilité d'être assistés par un avocat.50(*) Cette méthode est appliquée aux prisonniers détenus sur la base américaine de Guantanamo depuis janvier 2002 ; Accusés d'appartenir à Al Qaïda et d'avoir combattu avec les Talibans en Afghanistan, ces hommes devraient être jugés par les tribunaux militaires à procédure spéciale créés par l'administration américaine.

Le jugement de la Cour Suprême des Etats-Unis s'opposant contre la détention de ces prisonniers sans statut est présenté comme un camouflet pour l'administration Bush. Dans deux arrêts, la plus haute juridiction met fin aux zones de non droit organisées dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Les prisonniers considérés comme « combattants ennemis » ou « irréguliers » pourront saisir les tribunaux américains et contester leur détention.51(*)

Cela entraîne cette réaction d'Amnesty International : « La Cour Suprême des Etats-Unis a fait un grand pas vers la restauration de l'état de droit pour les centaines de non ressortissants des Etats-Unis actuellement détenus par l'armée à Guantanamo Bay »52(*). L'organisation pour la défense des droits de l'homme n'est pas tendre avec l'administration Bush car selon elle, « dans toute cette affaire, l'administration a montré un manque de confiance envers ses tribunaux nationaux, et du mépris pour ses obligations internationales. Dans le même temps, cette administration a demandé aux autres de croire qu'elle n'abuserait pas de son pouvoir. Cet appel à une foi aveugle vient d'être rejeté aujourd'hui par la Cour suprême. »53(*)

Cet avis de la Cour Suprême est d'autant plus important que des voix s'élèvent afin de contester que des méthodes peu avouables pour un Etat démocratique y soient appliquées : le recours à la torture.54(*) L'explication est assez simple : la torture n'est pas bien, mais le terrorisme c'est pire. Aussi, dans certaines circonstances, la torture est un moindre mal.

Abrogeant une décision de 1974 qui interdisait à la CIA d'assassiner des dirigeants, Georges W Bush a donné à celle-ci carte blanche pour mener toutes les opérations secrètes nécessaires à l'élimination physique des chefs d'Al Qaïda. Et afin qu'aucune poursuite ne puisse être intentée contre des militaires américains du fait d'opérations conduites à l'étranger, Washington se montre hostile à la ratification de l'accord instituant la Cour pénale internationale (CPI) entraînant l'approbation par le Sénat de la loi ASPA (American Service members Protection Act) qui permet aux Etats-Unis de prendre des mesures extrêmes - pouvant aller jusqu'à l'invasion d'un pays - pour récupérer tout citoyen américain menacé d'être traduit devant la future CPI.

SECTION III : De l'Afghanistan à l'Irak : un calendrier militaire chargé

« Les machines ne font pas la guerre. Le terrain ne fait pas la guerre. Les hommes font la guerre. Vous devez rentrer dans le cerveau des hommes. C'est là que les batailles se gagnent. »

Colonel John Boyd

Frappée en plein coeur, l'Amérique éprouva d'abord des difficultés afin de comprendre ce qui s'est passé. Si comme le pense Jean Yves Haine, « la menace terroriste avait été absente des débats stratégiques américains et le personnage de Ben Laden pas inconnu des cercles restreints du contre-espionnage américain »55(*), la première réaction de l'opinion publique américaine mêla incrédulité et indignation. Une fois ce choc digéré, l'offensive de l'administration se dirigea contre les Talibans.

Le 7 octobre 2001, soit moins d'un moins après les attentats, les Etats-Unis débutent la riposte contre le terrorisme en s'en prenant aux Talibans coupables d'héberger sur leur territoire l'ennemi public numéro 1 des Etats-Unis : Oussama Ben Laden et plus grave, refusant de le livrer malgré toutes les démarches effectuées par les autorités américaines. Une vaste coalition se mit en place afin de se débarrasser des étudiants en théologie, sous l'approbation tacite d'une grande partie de l'opinion publique mondiale révulsée par la vision terrifiante d'avions s'encastrant dans les tours jumelles de New York. « Les Etats-Unis ont le droit de se défendre » dit on dans les manifestations contre le terrorisme. Faiblement armée, inorganisée, l'armée des Talibans est balayée après une intense campagne de bombardement. Les attaques terroristes qui ont détruit le World Trade Center et endommagé le Pentagone sont certes des liens importants dans la chaîne des évènements qui ont entraîné les Etats-Unis à attaquer l'Afghanistan.

Mais selon Patrick Martin le gouvernement américain a planifié la guerre bien à l'avance. « Le choc du 11 septembre n'a que contribué à la rendre politiquement faisable en stupéfiant l'opinion publique au pays et en donnant à Washington un coup de main essentiel pour convaincre ses alliés réticents à l'étranger ».56(*) Selon lui, la classe dirigeante des Etats-Unis envisageait de mener la guerre en Asie centrale depuis au moins une décennie puisqu'elle a présenté la région de la mer Caspienne et l'Asie centrale comme une alternative possible à la dépendance pétrolière de cette région instable qu'est le Golfe persique.

A - Une guerre sans l'OTAN

Dans ce conflit, l'Alliance Atlantique ne fut pas impliquée. Le Pentagone assura seul la planification et le déroulement des opérations militaires. Cette guerre que la communauté internationale jugeait légitime se déroula en dehors des structures otaniennes car il s'agissait pour l'Amérique d'exercer son droit de légitime défense individuelle et non collective. En dépit de la protestation de solidarité exprimée par l'invocation de l'article 5 de l'Alliance, Washington n'entendait pas être bloqué par les rouages trop lourds d'une institution telle que l'Otan. L'exemple de la guerre en Bosnie est encore dans les esprits.

Certains auteurs, de leur côté, n'hésitent pas à souligner la responsabilité des Etats-Unis dans la non capture de Ben Laden, coupables qu'ils sont d'avoir initié une alliance incertaine : s'en remettre au présidant pakistanais Musharaf pour contrôler sa frontière.57(*) Cet avis est partagé par Georges Soros qui croit que la non arrestation de Ben Laden met en lumière l'une des limites dont souffre l'Amérique dans le contexte d'une guerre. En effet pour le financier, « le pays a beau possédé les moyens militaires les plus formidables de la planète, il rechigne à subir des pertes »58(*) même si les troupes américaines ont joué un rôle plus important par la suite, lors de l' « opération Anaconda » qui a permis de retrouver des Talibans et des combattants d'Al Qaïda dans la vallée de Shat-i-Kot.

B - L'après guerre : le choix de l'action militaire au détriment de l'humanitaire

Focalisé sur les opérations militaires, l'administration Bush se désintéressera de l'après-guerre. « Le désintérêt fut tel qu'aucune aide pour l'Afghanistan ne fut provisionnée dans le budget 2003 »59(*) clame Haine qui croit que cela témoigne seulement d'une conception toute militaire de la lutte contre le terrorisme. « L'administration Bush n'a pas su gagner toute la bataille de la paix (...) elle a été handicapée par son aversion viscérale pour la collaboration internationale et par le refus de s'investir dans des efforts pour bâtir une nation »60(*). Plutôt qu'à une démonstration des effets de l'aide internationale, on assiste à une situation où peu de progrès ont été faits. Pire, Mitch Daniels le Directeur du budget de l'administration Bush affirme au Congrès qui s'apprêtait à accorder 150 millions de dollars au titre de l'assistance pour l'éducation et l'agriculture, qu'il n'aurait pas plus de 40 millions.61(*)

L'insécurité du pays rend l'acheminement de l'aide hasardeux. Deux ans après l'invasion américaine, l'Afghanistan se caractérise par son instabilité, et les Talibans réaffirment leur présence dans les zones pachtounes du Sud. Véritable carrefour sur la route de l'opium à destination du marché européen (alors que la production d'opium en 2002 est de 3400 tonnes, que le secteur de la drogue génère environ 2,5 milliards de dollars, l'aide internationale se situe aux alentours de 2 milliards de dollars62(*)), le gouvernement central d'Hamid Karzaï aura du mal à venir à bout des chefs de guerre engagés dans le trafic de drogue et ce, malgré l'apport de l'Otan. La question est de savoir si, aujourd'hui, l'intervention en Irak n'aurait pas détourné l'attention de l'opinion mondiale de l'Afghanistan.

SECTION IV : Bagdad : nouvelle cible des faucons

Après la fin de la campagne d'Afghanistan, l'administration américaine devant l'impossibilité de trouver Ben Laden, se trouve un autre coupable idéal : l'Irak de Saddam Hussein. Ce dernier est accusé entre autre de brutaliser son peuple, de menacer ses voisins et surtout, de détenir des armes de destruction massive. « C'est probablement au soir du 29 janvier 2002 lors de son discours sur l'état de la nation que l'Irak a été désigné comme la prochaine cible de l'administration américaine »63(*). Ce soir là, Georges W Bush avait souligné : « Nos découvertes en Afghanistan ont confirmé nos pires craintes et montré l'étendue de la tâche qui nous attend. Des milliers de dangereux assassins entraînés à tuer de toutes les manières, souvent soutenus par des régimes hors la loi, sont maintenant répartis de par le monde comme autant de bombes à retardement, prêtes à exploser sans prévenir. »64(*) Et Bush de menacer : « Certains gouvernements seront timides face à la terreur, mais ne vous y trompez pas : s'ils n'agissent pas, l'Amérique agira. »65(*) Ce soir là, dira Ben Hammouda, le compte à rebours pour la guerre d'Irak avait réellement commencé. Cela est confirmé par Chalmers Johnson qui montre tout le processus qui a abouti à la guerre en Irak sous l'impulsion des néo conservateurs.66(*) Pour lui, en l'absence d'un « évènement catastrophique et catalyseur, comme un nouveau Pearl Harbor », tous s'attendaient à ce que les changements radicaux qu'ils préconisaient ne puissent être appliqués que lentement. « Mais avec le 11 septembre 2001 ils l'ont eu leur Pearl Harbor » conclut-il. Mais l'attaque des néo conservateurs américains contre le régime de Saddam n'a pas attendu l'arrivée des Républicains à la Maison-Blanche. Dés le milieu des années 1990, Paul Wolfowitz l'actuel Secrétaire d'Etat adjoint à la Défense alors doyen du département d'Etudes internationales de l'université John Hopkins considérait que la chute du régime de Saddam était une condition à la stabilité internationale et à la paix dans le Moyen-orient. Alors que la politique étrangère est édictée par l'administration démocrate de Clinton, il soulignait que l'endiguement conduirait de plus en plus de pays à s'accommoder de Saddam : « si nous sommes sérieux pour ce qui est de démanteler les armes de destruction massive de Saddam, (...) nous aurons à nous confronter à lui tôt ou tard, et le plus tôt sera le mieux » argumente t-il.67(*) Ainsi, nul ne pouvait être surpris lorsque en septembre 2002 Georges W Bush demande à l'ONU l'application des résolutions votées à l'encontre de l'Irak.

L'Etat présent d'insécurité soulève un ensemble de questions inédites qui engagent les Etats-Unis dans un grand débat national sur sa défense, leur troisième d'après Brezinski. Ainsi, pour le conseiller au Center for Strategic and International Studies (CSIS), le premier débat a agité les premières années d'indépendance car il s'agissait de savoir si l'Etat américain, tout juste émancipé, devait se doter d'une armée régulière et, dans ce cas, quelles précautions devait-il adopter pour en extirper tout penchant au despotisme ce qui amena Alexander Hamilton à écrire qu'à défaut d'armée, « les Etats-Unis donneraient alors le spectacle le plus extraordinaire que le monde ait jamais vu, celui d'une nation empêchée par sa Constitution de préparer sa défense au moment d'être envahie »68(*).

Le deuxième débat fut provoqué par le refus du pays d'adhérer à la Société des Nations, à l'issue de la première guerre mondiale. Il allait atteindre le point culminant avec l'engagement américain formulé dans l'article 5 du traité de l'Atlantique Nord. Conséquence : la défense de l'Amérique avait désormais pour ligne de front celle de l'Europe elle-même.

Quant au troisième débat, il tourna autour de quelques questions : jusqu'où les Etats-Unis vont-ils étendre leur rayon d'action pour maximiser leur propre sécurité ? La contribution particulière de l'Amérique à la sécurité de ses alliés comme à la stabilité internationale justifie qu'elle s'efforce d'atteindre un niveau de sécurité plus élevé que celui auquel peuvent aspirer les autres Etats.

De son côté, Thérèse Delpech remarque que plus encore que leurs collègues européens, les présidents américains sont élus sur un programme de politique intérieure pour découvrir très vite que les problèmes les plus graves auxquels l'Amérique est confrontée sont de nature internationale.69(*)

CHAPITRE III : Une guerre sans fin contre « l'axe du mal »

SECTION I : Un ennemi bienvenu ?

Après le 11 septembre, dans l'optique de la guerre mondiale contre le terrorisme, certaines priorités sont nettement apparues à l'administration Bush. D'abord, protéger le sol américain. Même si la défense antimissile avait dans sa version stratégique l'ambition de défendre le territoire des Etats-Unis, la National Missile Defense (NMD) envisage la possibilité d'une attaque extérieure provenant de la Corée du Nord ou de l'Iran. L'attaque a donc eu lieu beaucoup plus vite que prévu et elle a conforté l'idée que le territoire américain était menacé, que les citoyens des Etats-Unis seraient désormais atteints sur leur sol. 37 milliards de dollars sont ainsi mis en place en 2003 dans le cadre du programme de défense du territoire.70(*) Après le 11 septembre, dans l'optique de la guerre mondiale contre le terrorisme, certaines priorités sont nettement apparues à l'administration Bush. D'abord, protéger le sol américain. Même si la

L'autre priorité est de se préparer à des attaques terroristes non conventionnelles car au moment où les frappes en Afghanistan débutaient, les Etats-Unis faisaient face à une vague d'attentats par l'intermédiaire des lettres piégées à l'anthrax lesquelles ont tué cinq personnes et ont paralysé pendant un moment le Congrès entraînant cette réflexion de Brzezinski : « Depuis que l'Amérique est une nation souveraine, ses citoyens ont considéré la sécurité comme la norrme et l'insécurité occasionnelle comme une aberration » .71(*) Ainsi, le budget consacré à la bio défense civile en 2003 s'élève à 4,3 milliards de dollars.72(*)

C'est dans son discours sur l'état de l'Union en janvier 2002 que l'expression « axe of evil » ou « axe du mal » fut employée par Georges W Bush pour désigner trois Etats - l'Iran, la Corée du Nord et l'Irak - accusés de soutenir le terrorisme. Pour le président Bush, « la Corée du Nord est un régime qui s'arme de missiles et d'armes de destruction massive, tout en affamant ses citoyens. L'Iran recherche agressivement ces armes et exporte la terreur, tandis qu'une minorité non élue réprime les espoirs de liberté du peuple iranien. L'Irak continue d'afficher son hostilité envers l'Amérique et de soutenir la terreur...Des Etats comme ceux-ci, et leurs alliés terroristes, constituent un axe du mal, s'armant pour menacer la paix du monde. »73(*) Même si ces régimes ne constituent pas des modèles d'humanisme selon Frédéric Encel, « il est fort possible qu'aucun d'entre eux n'a connu, ni même soupçonné les projets cataclysmiques d'Al Qaïda sur New York »74(*) en raison des divergences au plan des objectifs, des stratégies, des représentations politiques et idéologiques ou encore des appartenances et allégeances religieuse d'un Ben Laden, d'un Khatami ou d'un Saddam. Bref ils ont trop à y perdre et pas grand-chose à y gagner vu qu'ils sont déjà dans le collimateur des Etats-Unis par le biais de sanctions plus ou moins sévères. Alors comment expliquer ce besoin de se créer des ennemis ? « Axe du mal » vrai danger ou prétexte de l'administration Bush pour justifier sa politique en matière de lutte contre le terrorisme ?

La réponse, pour partie nous est apportée par Encel pour qui cette rhétorique n'est destinée qu'à donner des signes aux autres pays tel la Russie voire la Chine. Ainsi, en incluant Téhéran dans « l'axe du mal », malgré le fait que ce régime sous l'impulsion du réformateur Khatami présente des signes d'apaisement à l'endroit de l'Occident, c'est la Russie que les Etats-Unis cherchent concrètement à impressionner par une démarche ambivalente faites de promesses et de menaces : prises en compte des intérêts russes dans le Caucase et dans le partage de la mer Caspienne, tolérance des violations des droits de l'homme dans la guerre en Tchetchénie, souplesse dans les négociations quant à des subventions de Washington ou du Fonds monétaire international (FMI). Tous ces « avantages » soient liés selon Encel à un relâchement des liens avec Téhéran notamment dans le domaine nucléaire.

C'est cette même logique qui anime la relation avec la Corée du Nord car il semble invraisemblable que le Pentagone échafaude des plans d'attaque préventive, donc sans agression préalable, contre le dernier Etat stalinien du globe sans que la Maison-Blanche souscrive à un tel scénario. L'explication est simple : Pékin ne tolérerait pas probablement qu'on attaque de cette manière son allié et voisin, aussi encombrant soit-il fait remarquer Encel. En contrepartie d'une forte pression de la Chine sur la Corée du Nord afin qu'elle cesse la fourniture d'armes à l'Iran ainsi qu'à la Syrie, les Etats-Unis mettront en sourdine leurs critiques sur la politique répressive de Pékin à l'encontre des indépendantistes musulmans ouïgours du Xinjiang et des autonomistes bouddhistes du Tibet.

Des trois pays cités seul l'Iran était clairement connu pour ses liens avec le terrorisme international. Même si aujourd'hui le régime des mollahs a ratifié le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) et se défend de développer le nucléaire à des fins non civiles, les inspections menées dans le cadre de ce TNT révèlent, d'après Georges Soros, que « le programme iranien est en infraction par rapport aux exigences du traité » et que du point de vue des armes nucléaires, « l'Iran est bien plus dangereux que l'Irak depuis plus d'une dizaine d'années »75(*). Alors comment expliquer l'intérêt porté à l'Irak ?

L'une des difficultés dans cette guerre contre le terrorisme est de définir le choix de la méthode pour le combattre : faut-il recourir à une coalition d'Etats ou doit-il s'agir avant tout de la guerre des Etats-Unis ? Il existe aussi un danger de ce que Stanley Hoffmann appelle la « pente savonneuse » c'est-à-dire une extension indéfinie de cette guerre. Depuis le 11 septembre, le gouvernement américain a étendu sa guerre contre le terrorisme transnational en visant les Etats qui les abritent. Une extension plus que discutable concerne les Etats possédant des armes de destruction massive et hostiles aux Etats-Unis, ce qui excluait par exemple Israël, le Pakistan voire l'Inde. Cela ne risquerait-il pas de fragiliser le nouvel ordre mondial instauré depuis la fin de la première guerre du Golfe et surtout inciter certains pays à vouloir appliquer la méthode américaine ? Les Indiens contre les Pakistanais, les Russes contre les Tchétchènes et à l'occasion contre les Géorgiens, les Israéliens contre l'Autorité palestinienne ? Il est à noter que le déséquilibre entre l'opposition des Européens à cette formule d' « axe du mal » et leur silence lorsque les Etats-Unis sont qualifiés de « Grand Satan » par certains de ce pays. Pour Amir Taheri, il est intéressant de noter, au passage que ceux qui se sont élevés contre la formule de George W Bush sur l' « axe du mal » n'ont jamais condamné l'emploi systématique par Téhéran de l'expression « Grand Satan » pour désigner les Etats-Unis ou lorsque le régime irakien a qualifié les Américains de « chien de garde des juifs ». Et Taheri de rappeler que Joschka Fischer lui-même est allé encore plus loin lorsqu'il déclare : « l'expression « Grand Satan » n'est qu'un slogan qui n'empêchera pas l'Allemagne de renforcer ses liens avec la République islamique ».76(*)

SECTION II - Evolution politique de la National Missile Defense

A - La réticence de l'Administration Clinton au projet NMD

Le programme NMD provient à l'origine d'une loi votée en novembre 1991 par le Congrès alors à majorité démocrate : le NMD Act. Ce texte exige l'accélération des études sur des programmes capables de répondre à la menace que représenterait, dans le cadre d'opérations extérieures, des engins de type Scud (programme Theater Missile Defense ou TMD). Lorsqu'il accède à la présidence en janvier 1993, Bill Clinton se montre favorable à ce projet mais réticent, voire hostile à un système de défense antimissile destiné à protéger l'ensemble du territoire américain en interceptant en vol tout missile se dirigeant vers les Etats-Unis. Il considère en effet que la défense du territoire repose avant tout sur la dissuasion nucléaire et la réduction du risque de prolifération par la voie diplomatique, et donc que cette « défense antimissile nationale » n'y a pas sa place.

La victoire électorale des Républicains en novembre 1994 va changer la donne car, face à la nouvelle majorité républicaine du Congrès, plus sensible à l'idée d'un protection à tout prix du territoire, l'Administration Clinton adopte une politique du compromis. Adoptée en 1996, celle-ci consiste à financer, à hauteur de 1,6 milliard de dollars par an, la réalisation et la préparation d'essai d'un système d'interception pour la fin de l'année 1999, de façon à pouvoir prendre une décision de déploiement en 2003 si l'évolution de la menace confirme la nécessité d'une telle mesure. Le projet NMD est alors entamé et confié à une division du Département de la Défense, la Ballistic Missile Defense Organization (BMDO).77(*)

Malgré cette décision, l'Administration Clinton annonce, le 20 janvier 1999, le report du programme NMD : la date d'un éventuel déploiement est repoussée de 2003 à 2005, au nom même de l'efficacité du futur système. Un rapport commandé par la présidence, le rapport Welch, a en effet conclu au risque de produire un système technologiquement peu efficace à trop vouloir le concevoir rapidement. De plus, il a mis en avant le coût exorbitant du programme pour un résultat au final incertain : il estime que les coûts engendrés par cette technique d'ici à 2015 s'élèveront à plus de 29,5 milliards de dollars (contre 20,9 initialement annoncé) et que les simples opérations de mise en route du programme nécessiteront 8,8 milliards de dollars, soit 3,7 milliards de dollars de plus que prévu. Cette annonce par la présidence d'un ralentissement de la NMD ne sera cependant pas suivie d'effets puisqu'en juillet 1999, le président Clinton annonce que le système NMD sera déployé « dés qu'il sera technologiquement réalisable ».

Si tous les chefs d'Etat américains après 1945, de Harry Truman à Georges Bush (père), ont été, selon l'expression de l'historien Ronald Steel, « des présidents de guerre », Bill Clinton, lui avait la possibilité de faire autrement. Sous sa présidence, le centre de gravité du pouvoir s'est effectivement quelque déplacé de l'appareil de sécurité nationale vers le ministère des finances et le nouveau Conseil de sécurité économique à la Maison-Blanche. De grands argentiers comme M. Robert Rubin se sont imposés dans la conduite de la politique mondiale, orchestrant la globalisation et gérant ses crises. Le président avait d'ailleurs annoncé en 1992, avant même son investiture, que la libéralisation économique et les échanges commerciaux seraient désormais les instruments privilégiés de la diplomatie américaine. Les accords de libre-échange avec le Mexique et le Canada en 1993, la ratification de l'OMC en 1994, la libéralisation financière en Asie orientale et la politique d'engagement avec la Chine et la Russie ont concrétisé ce choix.

A. Faire prédominer l'économique sur le stratégique était logique : si l'affrontement bipolaire avait justifié quarante ans de mobilisation militaire, sa disparition ouvrait la voie à un renversement des priorités. Les formes d'intervention de l'Etat devaient changer pour accompagner et profiter de l'ouverture de la Chine, du développement fulgurant des économies émergentes d'Asie orientale et de la transition en Europe centrale et orientale. L'Etat de sécurité nationale devait en quelque sorte céder la place à l'« Etat globalisateur ».

B. En proposant ce renversement des priorités, M. Clinton « mettait en question la raison d'être du Pentagone et de la structure de sécurité nationale de guerre froide »78(*), souligne Steve Clemons, directeur du Japan Policy Research Institute. Favorable à une démobilisation militaire substantielle, Clemons affirme que les relations entre Clinton et les généraux étaient « dés le départ exécrables ». Il avait en effet annoncé en 1993, à travers son secrétaire à la Défense Les Aspin, son intention de revenir sur deux éléments clés de la politique de défense de ses prédécesseurs : la doctrine dite de la base force (forces de base) de Colin Powell - c'est-à-dire la capacité de mener deux grandes guerres régionales simultanément - et le programme de développement d'armes antibalistiques amorcé sous Reagan. Aspin avait même évoqué la « fin de l'ère de la guerre des étoiles ».

Ces initiatives n'ont pas abouti. Devant la résistance farouche du complexe militaro-industriel, qui lui était à priori très hostile, notamment à cause de son engagement contre la guerre du Vietnam lorsqu'il était étudiant à Londres, Bill Clinton allait plier quelques mois plus tard. Faiblesses politique et personnelle se sont conjuguées pour lui faire perdre les deux premiers bras de fer l'opposant au Pentagone : sa proposition d'ouvrir les forces armées aux homosexuels a été enterrée, et la doctrine de la base force a été conservée (ironiquement, les Républicains qui l'ont inventée la remettent en cause aujourd'hui). « C'est à partir de ce moment-là, explique Lawrence Korb, du Council on Foreign Relations (CFR), que Clinton a décidé de caresser le Pentagone dans le sens du poil. »

Le budget de la Défense a été maintenu en 1994 à 280 milliards de dollars, soit 88 % de la moyenne observée entre 1974 et 1989 au moment de la guerre froide. Il a augmenté de 112 milliards sur six ans en 1998 sous la pression des deux Chambres du Congrès, dominé après 1994 par les Républicains. De concession en concession, Bill Clinton a donné au pentagone à peu prés tout ce qu'il voulait. Ce qui n'a pas empêché certains républicains d'engager une polémique virulente contre sa politique de sécurité et de défense. Relayés après1994 par le Congrès, ce derniers ont mené une campagne hargneuse, accusant le président d'avoir mis en cause la « sécurité nationale » parmi eux, l'actuelle conseillère à la sécurité nationale du président Bush, Mme Condoleeza Rice, a pu dire de Clinton qu'il avait transformé les forces armées américaines en « travailleurs sociaux » et les avait ainsi réduites à un état d'impotence comparable à celui de 1940.79(*)

B - Une hausse des crédits sous l'administration Bush

L'élection présidentielle de l'an 2000, qui voit la victoire du candidat républicain Georges W Bush, va donner un coup d'accélérateur au projet. En effet, en fervent défenseur de la politique militaire, le nouveau président croit fermement à la nécessité et à la faisabilité d'un système de défense antimissile. Il a d'ailleurs promis durant sa campagne d'en faire un axe central de sa politique de défense. Aussi reprend il à son compte le projet de « bouclier antimissile » que constitue la NMD. Le 1er mai 2001, Georges Bush présentait son plan de défense antimissile ; il annonçait en particulier que les essais d'interception en vol l'obligeraient à dénoncer le traité ABM (Anti Ballistic Missiles) de 1972 avec la Russie.

Puis, le 8 mai, le secrétaire à la défense, M. Donald Rumsfeld, annonçait, sans le chiffrer, un accroissement considérable de l'effort de défense américain dans le domaine spatial. L'espace, affirmait-il, occuperait désormais une place prioritaire dans la planification stratégique américaine. Cette initiative prend tout son sens lorsque l'on relit les conclusions de la commission présidée par M. Rumsfeld avant qu'il ne devienne ministre. Rendu public le 11 janvier 2001, le rapport Rumsfeld évoque la « vulnérabilité croissante des Etats-Unis » propose d'y remédier en « donnant au président l'option de déployer des armes dans l'espace pour dissuader d'éventuelles menaces, et si nécessaire défendre les intérêts américains contre des attaques ».80(*)

La NMD va sans doute demeurer une source de division politique aux Etats-Unis en raison de la différence de perceptions entre démocrates et républicains sur cette question même si, pour James Lindsay des chances d'accord bipartisan reste de mise en s'appuyant sur quelques principes :

* Premier principe, les Etats-Unis devraient joindre au projet de défense antimissile une stratégie élargie de non prolifération nucléaire.

* Second principe, les défenses antimissile devraient être destinées à défendre les Etats-Unis, leurs alliés et leurs amis contre des attaques lancées par des nouveaux détenteurs de missiles balistiques, et non par la Chine ou la Russie. Comme le président Bush l'a lui-même affirmé, ni l'une ni l'autre ne sont les ennemis de l'Amérique.

* Troisième principe défendu par Lindsay, la coopération entre le Russie et les Etats-Unis dés que possible. « Le monde a changé depuis le guerre froide, mais Moscou conserve la capacité d'entraver les efforts américains de lutte contre la prolifération nucléaire ».81(*) L'administration Bush a-t-elle raison d'encourager le Kremlin à faire plus pour aider à stopper la prolifération de technologies avancées au profit de pays comme l'Iran ? La réponse du Senior Fellow à la Brookings Institution est positive mais conditionnées au fait que l'administration Bush devrait également accroître son aide aux programmes bilatéraux visant à protéger les infrastructures russes d'armement nucléaire, chimique et biologique, contre les trafiquants. Mais la conséquence la plus marquante du 11 septembre est certainement d'avoir autorisé une politique budgétaire expansive, levant du même coup l'hypothèque pécuniaire qui existait jusqu'ici. Outre les 20 milliards de dollars immédiatement accordés par le Congrès, Georges W Bush a obtenu 48 milliards de rallonge supplémentaires, ce qui devrait porter le budget du Pentagone en 2002 (année fiscale 2003) à quelque 379 milliards de dollars. Projetée sur dix ans, cette augmentation représente environ 600 milliards de dollars, soit vingt années du budget français de la défense.82(*)

Le budget alloué à la défense antimissile s'élevait à 5.3 milliards de dollars en 200183(*). Il passa à 7 milliards en 2002. Cette augmentation s'inscrit plus généralement dans le contexte de hausse du budget du Pentagone, qui passe de 295 à 329 milliards de dollars lesquels chiffres sont confirmés par Thérèse Delpech qui assure de son côté que le budget du Pentagone ainsi que celui du Département de l'énergie consacré aux armes nucléaires représentaient 300 milliards de dollars en 2000, 350 milliards en 2002, 396 milliards en 2003.84(*) La projection pour 2007 est estimée à 470 milliards soit quinze fois le budget britannique suscitant cette réflexion de Delpech pour qui « entre les Etats-Unis et le reste du monde, ce n'est plus d'un gap (fossé) dont il faut parler, mais d'un gouffre ». L'Amérique contrôle aujourd'hui très largement les mers, le ciel et l'espace. Elle a aussi le premier réseau de bases militaires, et demeure la seule puissance militaire globale du monde actuel. Plus important que le fossé des dépenses globales est celui des sommes investies dans la recherche, le développement et l'acquisition de matériel, soit 100 milliards de dollars aux Etats-Unis contre 45 milliards de dollars environ pour les cinq autres pays réunis.85(*)

CARTE SUR BUDGETS MILITAIRES p 41

BUDGET p 42

EFFECTIFS FORCES ARMEES

Au sein de la défense antimissile, le projet NMD voit lui aussi son budget augmenter : il passe ainsi de 2.8 à 3.3 milliards de dollars. Cette hausse devait servir à financer les recherches d'un concurrent de Boeing, qui avait mené les travaux de la NMD depuis 1996 avec des résultats mitigés. L'administration Bush entendait donc mettre en concurrence Boeing et un autre industriel (en l'occurrence Lockheed), de façon à favoriser une émulation entre les deux adversaires,seul le système le plus performant devant être retenu au final.

Cependant, cette hausse dans les budgets est loin d'être significative : en réalité, si elle est symbolique de la volonté du président Bush de redonner la prééminence à la chose militaire après les années Clinton où c'est l'économie qui était au centre des débats, elle est dans les faits peu visible; le budget final de la Défense accorde en définitive une enveloppe de 7.8 milliards de dollars pour la défense antimissile, soit 500 millions de moins que les objectifs que Georges Bush avait fixé début 2001 en faveur de ce qui avait été annoncé comme l'une de ses grandes priorités, mais 2.5 milliards de plus qu'en 2001. Le budget prévisionnel pour 2003, qui annonce 349 milliards de dollars pour le Pentagone, est censé augmenter encore cette somme. Il n'en reste pas moins que la somme accordée à la NMD en tant que telle a peu variée. Pas suffisamment en tous cas pour justifier l'augmentation de publicité médiatique que l'on a fait à ce programme.

Comme l'Irak hier, l'hypothétique « menace chinoise » sert aujourd'hui de prétexte à une mobilisation militaire high tech qui devrait porter les budgets du Pentagone à 320 milliards de dollars par an, soit plus que les budgets militaires de tous les « adversaires »potentiels des Etats-Unis réunis, alors que tous les autres budgets, surtout sociaux, sont mis en cause pour financer une nouvelle réduction d'impôts. A supposer qu'elle le veuille, la Chine n'est pas en mesure de faire basculer les équilibres en Asie orientale, encore moins au niveau mondial. Cela ne veut pas dire qu'un nationalisme chinois agressif ne serait pas destabilisant à l'avenir en Asie. Mais en qualifiant la Chine d' « adversaire stratégique » pendant la campagne électorale, puis de « concurrent stratégique » une fois arrivé à la Maison-Blanche, M. Bush est en train de construire la réalité qu'il prétend décrire.

C - Un programme surmédiatisé, des résultats mitigés

Si quelque chose s'est modifiée au cours de l'an 2001 à propos de la NMD, c'est bien l'attention que les journalistes et les pessimistes lui ont portée. Elle est passée du statut de projet quasi-confidentiel, peu connu et hasardeux à celui de programme-phare du Département et la Défense, novateur et prometteur. Ce changement de traitement de l'information à son sujet est dû à l'effet d'annonce sur lequel l'administration Bush a très bien su jouer. En présentant un projet déjà existant comme une innovation majeure de la Présidence, comparable à la Strategic Defense Initiative du président Reagan, en s'en attribuant le mérite et en la décrivant comme une avancée essentielle pour la sécurité des Etats-Unis, l'administration Bush a su attirer l'attention sur la NMD. La dénonciation du traité ABM qui s'en est suivie n'a fait que médiatiser encore plus le projet. Tout, jusque dans l'annonce que le programme était dorénavant ouvert à la concurrence, a été fait pour faire passer l'idée que la NMD était « LE » grand projet de défense du Président Bush et que ce dernier était attaché à redonner au militaire la place qu'il méritait et dont Bill Clinton l'avait privé.

En réalité, l'augmentation presque dérisoire du budget allouée à la NMD relève avant tout de manoeuvre politique, d'une volonté d'affirmer son soutien à la défense, plutôt que d'une stratégie militaire à long terme. Aussi la présidence dut-elle essuyer le feu des critiques lorsque les résultats des recherches dans le cadre de la NMD se révélèrent nettement moins bons que ceux escomptés. Les industriels ne cachent pas en particulier leur agacement face aux reproches qui leur sont faits de gaspiller l'argent public et de ne pas réaliser de progrès alors même que leurs budgets ont augmenté. Des ingénieurs de Boeing et de Lockheed, les deux firmes en « concurrence » sur le projet d'interception de missiles balistiques, ont assuré qu'il ne s'agit pas d'un problème d'argent, mais de technologie ; plus précisément, multiplier par dix la somme dont disposent les chercheurs n'amènerait aucune amélioration des résultats ; les laboratoires de recherche bénéficient presque déjà de trop d'argent, mais c'est la technologie qui ne peut pas suivre : il est scientifiquement impossible à l'heure actuelle de réaliser les performances souhaitées. C'est ce point qu'avait déjà soulevé le rapport Welch en 1998 : les objectifs fixés par le programme NMD ne peuvent être atteints en l'état actuel des connaissances. Les industriels et les chercheurs accusent alors à demi-mot l'administration Bush de leur avoir compliqué la tâche en les plaçant sous le feu des projecteurs et en leur imposant des tâches insurmontables par pur calcul politique, alors qu'ils avaient été prévenus de l'impossibilité technique à les effectuer.86(*) De son côté Henry Kissinger demeure « convaincu qu'il est moralement nécessaire d'affirmer l'importance de la défense anti-missile »87(*). La question de la technologie à mettre en oeuvre se pose, pour lui, dans un deuxième temps.

DEUXIEME PARTIE : LA NOUVELLE STRATEGIE NATIONALE DE SECURITE DE L'ADMINISTRATION BUSH ET SES IMPLICATIONS SUR LE TERRAIN

Deuxième partie : la nouvelle stratégie de sécurité de l'administration Bush et ses implications sur le terrain

Le premier rapport du président Georges Bush sur la stratégie de sécurité nationale, publié par la Maison-Blanche le 20 septembre 2002, a fait l'objet d'une vive attention aux Etats-Unis comme à l'étranger et a été accueilli comme un énoncé de la stratégie des Etats-Unis dans le monde de l'après-11 septembre.

Quatre thèmes clés de la stratégie de sécurité nationale de Georges Bush ont suscité des controverses.

· Premier thème : le document prévoit des actions militaires préventives contre les Etats hostiles et les groupes terroristes cherchant à se doter d'armes de destruction massive.

· Deuxième thème : le document annonce que les Etats-Unis ne permettront pas que leur puissance militaire mondiale soit concurrencée par un autre pays.

· Troisième thème : la nouvelle stratégie, après avoir exprimé la volonté de coopération internationale multilatérale, précise explicitement que les Etats-Unis « n'hésiteront pas à agir seuls, s'il le faut » pour défendre leurs intérêts nationaux et leur sécurité.

· Quatrième thème : la stratégie de sécurité nationale affirme avoir pour but la propagation de la démocratie et des droits de l'homme dans le monde entier, en particulier le monde musulman.88(*) Bien entendu pour chacun des thèmes précités, des développements seront apportés afin de mieux comprendre les dessous de cette stratégie qui guide de nos jours l'action de l'administration néo conservatrice à la Maison-Blanche.

CHAPITRE I : L'unilatéralisme américain : historique et vision proposée dans le jeu des relations internationales

« Le danger le plus grave pour la liberté est l'alliance de l'extrémisme et de la technologie. Si les armes chimiques, biologiques et nucléaires se répandaient en même temps que la, technologie des missiles balistiques, même de petits groupes pourraient disposer d'une puissance leur permettant de frapper les grands pays de manière catastrophique. Nos ennemis pont déclaré leur intention de se doter de ces armes terribles et ont été surpris en train de chercher à s'en procurer. Ils veulent pouvoir nous faire chanter, nous faire du mal ou en faire à nos amis - et nous lutterons contre eux de toutes nos forces »

Président Bush West Point, New York le 1er juin 2002

SECTION I: L'unilatéralisme, assumation de la puissance

Cet unilatéralisme était déjà en germe dans le discours d'adieu prononcé par le président George Washington en 1796 : « Notre situation détachée et distante nous permet de poursuivre un chemin différent (...). Pourquoi renoncer aux avantages d'une situation si particulière, (...) Pourquoi, en liant notre destin avec celui de quelque partie de l'Europe, empêtrer notre paix et notre prospérité dans les peines de l'ambition, des rivalités, des intérêts, des humeurs et des caprices de l'Europe ? »89(*). Même s'il a été plus ou moins appliqué - l'Amérique ayant tissé, depuis, un grand nombre d'alliances -, cet élan doctrinaire en faveur d'une « diplomatie de l'offre » a toujours imprégné la pensée de l'aile conservatrice de l'establishment politico-intellectuel américain, depuis la controverse sur les euromissiles jusqu'à la défense antimissile. Il inspire aujourd'hui le « discours de la méthode » internationale de certains hauts responsables de l'administration Bush, comme le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, qui livrait, début 2002, sa vision des alliances : « Il faut que la mission détermine la coalition et non que la coalition détermine la mission ».

L'unilatéralisme renvoie autant à une idéologie qu'à un projet politique et dépasse largement le cadre de la diplomatie. Comment comprendre, autrement, que la National Security Strategy of the United States aille jusqu'à promettre l'universalisation des réductions d'impôts ou des « politiques de régulation favorables à la croissance économique » (euphémisme pour désigner un relâchement des lois sur l'environnement) ? Ne s'agit-il pas, ici, de l'attachement à une forme d'organisation socio-politique tout autant que du rôle de l'Amérique dans le monde ? Et cet attachement n'est-il pas de la même nature que celui que les néo-conservateurs éprouvent pour la famille, la religion, l'initiative économique émancipée de toute forme d'arbitrage étatique (l'unilatéralisme lui-même n'est-il pas une forme d'individualisme stratégique?), l'économie de l'offre, le droit de porter des armes à feu, ou encore une certaine prédilection pour la peine de mort ?

L'unilatéralisme américain en ce moment constitue une rupture avec le multilatéralisme de l'administration Bush en 1990-1991. En faisant cavalier seul, les Etats-Unis illustrent la thèse hobbienne de l'impossible coopération en matière de sécurité, vu que tout Etat doit être soupçonné de vouloir profiter de la foi de ses partenaires dans les engagements qu'il a pris pour les duper. Pour Dario Battistella, en accusant Saddam Hussein de tergiversations diverses, le président Georges W Bush ne fait que paraphraser Hobbes pour qui « c'est un précepte de la raison que tout homme doit s'efforcer à la paix aussi longtemps qu'il a un espoir de l'obtenir ; et quand il ne peut pas l'obtenir, il lui est loisible de rechercher et d'utiliser tous les secours et tous les avantages de la guerre90(*) L'autre côté de l'unilatéralisme est le refus d'alliance des Etats-Unis, pratique inaugurée au moment des bombardements de l'Afghanistan en riposte aux attentats du 11 septembre 2001. Ils ont préféré substituer au principe « les coalitions déterminent les missions », le principe « les missions déterminent les coalitions » défendu par Wolfowitz alors que le Secrétaire général de l'OTAN, Lord Robertson avait fait savoir que ces attentats entraient dans le cadre de l'article 5 du traité de l'Atlantique Nord.91(*)

Bref, c'est l'âme de l'Amérique qui est en jeu. D'où, sans doute, le rejet viscéral et violent par la mouvance néo-conservatrice des valeurs issues de l'establishment idéologique des années 1960 (liberté sexuelle et sociale, Etat-providence, féminisme, affirmative action). Cette attitude, qui n'est pas sans rappeler celle de la droite française à l'égard du Front populaire à la fin des années 1930, confère au débat droite gauche américain depuis le début des années 1990 des allures de « guerre culturelle » entre les partisans d'une Amérique arc boutée sur ses valeurs traditionnelles, et ceux d'une Amérique débarrassée des pesanteurs religieuses et sociales de son passé, héritière de l'esprit de tolérance et d'émancipation sociale du baby-boom. Même la relation transatlantique est désormais polluée par cette confusion des genres. Ce rejet de l'Europe, soit dit en passant, est moins celui du Vieux continent que celui d'une tradition de gauche et de laïcité honnie par les néo-conservateurs, pour qui le président Clinton est européen, ou du moins pense comme un Européen ».

A - L'unilatéralisme, nostalgie d'une époque révolue ?

Le discours néo-conservateur se forme très amont de la réalité des enjeux stratégiques et politiques de l'après guerre froide. On a même pu voir transpirer, dans certains commentaires ou déclarations officielles, l'idée que les actes terroristes du 11 septembre 2001 constituaient une sorte de « test » du caractère de l'Amérique, l'occasion d'en finir avec la « crise morale » de la nation en troquant les valeurs de confort, de cosmopolitisme et de sécularisme contre celles de courage, de sacrifice et de foi en Dieu. En cultivant la similitude entre la période actuelle et 1941 - sans doute est-ce là l'une des raisons de l'attachement de l'administration à la formule « axe du mal », qui fait référence à l' « Axe » tout court -, le président George W Bush et ses principaux conseillers veulent signifier que l'heure est venue de se hisser au niveau de la génération de leurs pères : « la plus grande génération ». L'Amérique, n'hésita pas à déclarer le président George W Bush dans un hommage aux héros du 11 septembre, a abandonné son slogan national, qui consistait à dire : « si cela est agréable, faisons le », pour en découvrir un nouveau : « on y va » [ Let's Roll] , la dernière parole prononcée par Todd Beamer, l'un des passagers du vol United Airlines 93, avant de ravir avec quelques autres les commandes de l'appareil pour le jeter au sol en Pennsylvanie.92(*)

B - Une volonté hégémonique à toute épreuve

La succession de Clinton engagée, au printemps 2000, William Kristol et Robert Kagan, publient un manifeste unilatéraliste profilant la ligne politique de l'administration Bush : « le système international actuel ne repose pas sur l'équilibre entre puissances, mais sur l'hégémonie américaine. Les institutions financières internationales ont été développées par les Américains et servent les intérêts américains. Les structures de sécurité internationale sont essentiellement une succession d'alliances dirigées par les Etats-Unis (...) L'environnement international actuel, relativement pacifique, étant le produit de notre influence hégémonique, tout amoindrissement de cette influence laisserait à d'autres le soin de jouer un plus grand rôle afin de modeler le monde selon leurs besoins . Des Etats comme la Chine et la Russie, si on leur en donnait l'occasion, appliqueraient au système international une configuration très différente. (...) Par voie de conséquence, il faut activement travailler au maintien de l'hégémonie américaine. »93(*)

L'élection de George W Bush va sans conteste profondément modifier l'état des relations internationales. L'unilatéralisme est déjà sur ses rails avec la primauté des intérêts particuliers des Etats-Unis clairement affirmée, entraînant la dépossession des Nations Unies de compétences inscrites dans la Charte, l'attribution de nouvelles missions à l'Otan et un retour, comme moyen ou menace, à la politique de la canonnière à des fins de domination ou de partage. C'est le constat que fait William Pfaff pour qui l'activisme libéral et l'unilatéralisme néo conservateur, évidents dans la politique étrangère américaine de des dernières années, trahissent un esprit hégémonique.

Cette volonté hégémonique américaine selon Thomas Lindemann, divise l'école réaliste entre le réalisme « hégémonique » qui défend la thèse que « les guerres sont seulement déclenchées si leur issue est certaine et calculable (...)» et l'école réaliste de l'équilibre des puissances laquelle admet, selon Lindemann, que « les coûts d'une agression armée sont en effet très élevés lorsque des adversaires à peu prés équivalents s'affrontent et sont en revanche minimes pour un Etat lorsqu'il possède une supériorité militaire écrasante ».94(*) Quelle vision l'a emportée avec l'implosion de l'ex Union soviétique ? Aucune dira Lindemann qui en analysant les guerres interétatiques américaines majeures reconnaît le recours à la force a pu être éviter dans les cas de Haïti en 1996 mais pas dans le cas somalien.95(*)

SECTION II : La doctrine de guerre préventive

Lorsque en septembre 2002 l'administration Bush définissait la nouvelle stratégie de sécurité de son pays, le signal était donné qu'un revirement complet de la politique étrangère de la première puissance mondiale allait s'accomplir. Si comme l'affirme Madeleine Albright, « l'objectif de la politique étrangère consiste à influer sur les politiques et les agissements des autres pays dans un sens qui serve vos intérêts »96(*), le président Bush est bien décidé à le faire appliquer. En effet, pour lui, « nos ennemis ont clairement déclaré qu'ils cherchent à se doter d'armes de destruction massive et il y a des preuves qu'ils y travaillent avec détermination. Les Etats-Unis ne permettront pas à ces efforts de réussir. Nous construirons des défenses contre des missiles balistiques et d'autres vecteurs. Nous coopérerons avec d'autres pays pour empêcher nos ennemis d'acquérir des technologies dangereuses. Et, parce que c'est le bon sens même et qu'il s'agit d'autodéfense, l'Amérique agira contre de telles menaces émergeantes avant même qu'elles ne soient prêtes à nous frapper. »97(*) N'empêche, Henry Kissinger considère cette doctrine comme « imprudente » et pense qu' « elle allait faire tâche d'huile à travers le monde et serait utilisée pour légitimer toutes sortes d'agressions des forts contre les faibles »98(*).

Il est clair que cette doctrine qui veut qu'on attaque avant de l'être va à l'opposé de celle qui a pendant longtemps a fait office de document officiel des Etats-Unis en la matière et ce, pendant toute la période de la guerre froide. Pour preuve, cette affirmation du président Dwight Eisenhower qui, devant l'invasion de l'Egypte par la France, l'Angleterre et Israël déclarait en 1957 : « Nous ne pouvons considérer que l'invasion armée et l'occupation d'un autre pays sont des moyens pacifiques ou des moyens appropriés pour garantir la justice et la conformité avec le droit international. » Le monde a changé depuis lors : on est passé de l'adversaire partisan du statut quo, peu enclin à prendre des risques et donc pour qui la dissuasion était un mode efficace, à un adversaire constitué d'Etats de non droit prêts à prendre tous les risques et à jouer aux dés la vie de leur population et la prospérité de leur pays. Désormais, comme le déclara le président Bush lors d'une conférence de presse le 31 janvier 2003, «  après le 11 septembre, la doctrine de l'endiguement ne tient plus ».

La nouvelle stratégie nationale de sécurité du président Bush note que les concepts d'autodéfense traditionnels reconnaissent la « menace imminente » comme base possible d'action préventive, mais une menace imminente traditionnellement comprise comme « une mobilisation visible d'armées, de flottes et de forces aériennes se préparant à attaquer ». Mais dans ce nouveau contexte d'un monde assailli par des terroristes, les Etats-Unis doivent adapter le concept de menace imminente aux capacités et aux objectifs de ces adversaires d'aujourd'hui. Les Etats voyous et les terroristes n'ayant pas l'intention de se conformer, pour attaquer les Etats-Unis, aux méthodes qu'on peut considérer comme « classiques », « les Etats-Unis ne resteront pas sans rien faire pendant que les dangers s'amoncellent »99(*) et agir ainsi, serait « un jeu de dés imprudent »100(*) selon Wolfowitz rejoint dans on jugement par le président Bush pour qui « l'histoire jugera sévèrement ceux qui ont vu venir ce nouveau danger sans réagir et dans le monde qui commence, la seule voie vers la paix et la sécurité est celle de l'action » car l'idée principale de cette doctrine est que plus la menace est grande, plus le risque de l'inaction est grand et plus il est important de prendre des mesures préemptives pour se défendre même si des doutes persistent quant au moment et à l'endroit de l'attaque ennemie. Comme l'indique Gary Schmitt, l'action préventive n'est pas une option de premier recours car dit-il « il faut qu'un Etat ait une longue histoire de violation du droit international et de ses populations pour devenir une cible potentielle ».101(*)

Peu importe ce qu'en pensent les autres pays. Le président n'a-t-il pas affirmé dans un de ses discours : «  (...) Toutes les nations sont concernées par la prévention d'attaques soudaines et catastrophes. Nous leur demandons de nous rejoindre, et nombreuses sont celles qui agissent. Mais le destin de cette nation ne dépend pas des décisions d'autrui. (...) Nous consulterons. Mais pas de malentendu : si Saddam Hussein ne désarme pas complètement, pour la sécurité et pour la paix du monde, nous dirigerons une coalition pour le désarmer. »102(*)

Cette doctrine de guerre préventive formalisée par le président Bush dans son rapport annuel au Congrès (National Security Strategy, septembre 2002) s'inscrit dans la lignée de la doctrine Monroe formulée au début du 19è siècle (1823) et au corollaire de Roosevelt au début du 20è siècle (1904). La doctrine Monroe énonçait alors le refus de l'intervention étrangère dans l'hémisphère occidental autant que la volonté de préserver le droit des Etats-Unis d'intervenir et éventuellement d'annexer des territoires. Le corollaire à la doctrine Monroe de Roosevelt précise que la défense de la prééminence des Etats-Unis passe par son rôle et devoir de « police internationale » pour un « intervention préventive » (preventive intervention) en cas de « méfait ou défaillance » (wrondoing or impotence) des acteurs régionaux et extérieurs.103(*) Mais l'un des dangers principaux de cette doctrine est sa banalisation pouvant donnant des idées à certaines puissances avides de régler leurs différends par des voies guerrières. Ainsi, qu'en sera-t-il si demain le Pakistan utilisait cette méthode contre l'Inde à propos du Cachemire ou encore Israël contre ses ennemis (Israël, Iran etc...) ? Les exemples sont multiples : Corée Nord contre Corée du Sud ou Japon, Chine contre Taïwan ou vice versa.

Dans un monde considéré comme peu amical voire hostile, les institutions internationales comme l'ONU ou l'OTAN doivent d'abord servir les intérêts américains, sinon il faut agir en dehors de leur cadre. Cette dangereuse conception est en train d'aboutir à la remise en question de la légalité internationale, de la sécurité coopérative et notamment de tous les efforts réalisés patiemment depuis une trentaine d'années dans le domaine de la maîtrise et de la limitation des armements. Richard Perle, conseiller influent auprès de l'administration Bush a ainsi déclaré : « Les Etats-Unis ont un droit fondamental à se défendre comme ils l'entendent. Si un traité empêche d'exercer ce droit, alors il faut passer outre. »104(*) C'est ainsi que les Etats-Unis ont dénoncé le traité sur les missiles anti-balistiques de 1972, remis en question celui sur les armements stratégiques (START) de 1993, freiné l'application de la Convention sur l'interdiction des armes biologiques de 1972, ainsi que celle sur les armes chimiques de 1993.

A- Les Etats-Unis hors la loi ?

Une telle politique a des conséquences très dangereuses en apportant des signaux d'encouragement aux Etats qui seraient tentés de se lancer ou de poursuivre des programmes de fabrication d'armes de destruction massive. Les Etats-Unis sont d'ailleurs contradictoires face à ces Etats, puisqu'ils exigent de des derniers de respecter des traités internationaux qu'eux même ne cessent de dénoncer ou d'affaiblir. Dans le domaine du respect des droits de l'homme, les Etats-Unis sont tout aussi contradictoires depuis qu'ils se sont retirés du Traité instituant la Cour pénale internationale. Ils dénoncent les dictatures mais rejettent les moyens qui permettent de les juger.

Les Etats-Unis se situent donc délibérément en dehors de la légalité internationale, tout en voulant que les autres Etats s'y conforment. Leurs motivations sont notamment socio-économiques dans la défense de leurs intérêts immédiats. A propos du refus de ratifier le protocole de Kyoto sur les gaz à effet de serre, le porte-parole du président affirme : «  une forte consommation d'énergie fait partie de notre mode de vie, et le mode de vie américain est sacré ». Rappelons que les Etats-Unis sont responsables de 25 % du rejet des gaz à effet de serre, lorsqu'ils ne représentent que 5 % de la population mondiale. Sous le présidence Clinton, Madeleine Albright avait résumé la position de son gouvernement par la formule : « Multilatéraux quand nous le pouvons, unilatéraux quand nous le devons »105(*). Mais il semble que la formule se soit inversée dans l'administration américaine. Les Etats-Unis seraient à la fois responsables, garants et exemptés des normes internationales, puisque détenteurs principaux du droit et de la morale.

L'aboutissement de l'unilatéralisme est l'impérialisme, terme utilisé sans complexe par certains idéologues néo conservateurs. Par exemple, le directeur de l'Institut d'études stratégiques OLIN a déclaré : « Une entité politique disposant d'une puissance militaire écrasante et utilisant ce pouvoir pour influer sur le comportement des autres Etats s'appelle bel et bien un empire. Notre but n'est pas de combattre un rival, car il n'y en a pas, mais de conserver notre position impériale et de maintenir l'ordre impérial »106(*).

L'autre conception fondamentale défendue par les néo conservateurs a trait à l'usage de la force. L'administration Bush a opéré une militarisation progressive de la politique étrangère américaine. L'action militaire n'est plus considérée comme un moyen ultime, mais bien un outil utilisable pour atteindre ses objectifs. La diplomatie est d'ailleurs considérée comme inopérante notamment dans le domaine des armes de destruction massive : le choix américain s'est porté sur une politique de contre prolifération (anéantissement de la menace par la force) plutôt que de non-prolifération (traités de désarmement et de contrôle des armements) qui est celle suivie par le reste du monde.

Ce choix de mise en oeuvre d'action unilatéraliste est tenté d'être expliqué par Lauren Cohen Tannugi : « Comment ne pas être tenté d'agir conformément à ses seuls intérêts et selon ses propres convictions lorsqu'on en a les moyens, qu'on a la certitude de défendre une juste cause et des valeurs universelles, qu'on est la cible première du terrorisme et l'objet d'une hostilité planétaire, et qu'on ne dispose enfin, à ses côtés, d'aucun partenaire à la fois totalement fiable et à sa mesure ? »107(*) Cette perception de Tannugi rejoint celle de Kissinger qui définit la protection des intérêts vitaux de l'Amérique comme critères d'intervention armée unilatérale des Etats-Unis. Mais comment les définir de façon précise dans un monde de communication globale et instantanée où l'Internet peut servir d'instrument et d'arme de politique étrangère ?

Kissinger rappelle : « il s'agit de la sécurité de nos frontières et de notre peuple, à laquelle s'ajoutent certaines questions politiques et économiques. »108(*) Les anciennes doctrines politico-militaires américaines de « dissuasion » et « d'endiguement » sont bel et bien abandonnées. Les derniers doutes se sont évanouis lorsque le président Bush a présenté en juin 2002 le concept de « guerre préventive », marquant un tournant capital dans la politique étrangère. En effet, jusqu'alors, les Etats-Unis affirmaient que, conformément au droit international, ils n'emploieraient la force que pour répondre à une agression.

Une telle évolution dans la gestion militaire s'explique par le sentiment d'invincibilité des dirigeants américains, fondée sur des progrès technologiques considérables. Pourquoi dès lors s'en priver ? Cet excès de confiance dans la technique leur fait oublier qu'au-delà des moyens militaires, ce sont des solutions politiques qu'il faut trouver. Et dans un grand nombre de cas, l'usage de la force crée davantage de problèmes qu'il n'en résout. Il y a quelques années un général américain disait d'ailleurs avec dépit : « Nous les Américains, nous ne réglons pas les problèmes, nous les écraserons ». La menace des organisations terroristes au 21è siècle est telle que la préemption est devenue nécessaire de l'avis de Jack Spencer.109(*)

Les idées unilatéralistes et militaristes, mises en application par l'équipe du président Bush, ont pu l'être grâce à une double conjoncture internationale. D'une part, après la fin de la guerre froide et de la disparition de l'URSS, les Etats-Unis sont devenus la seule et unique hyperpuissance, désormais libre de ses mouvements sur la scène internationale. D'autre part, les attentats du 11 septembre 2001 ont donné un prétexte rêvé à la nouvelle équipe dirigeante. Puisqu'ils ont été victimes, ils croient détenir la légitimité de leurs choix actuels.

B - De la « dissuasion » à l'unilatéralisme

Il faut revenir en arrière pour comprendre cet infléchissement vers l'unilatéralisme. Après l'effondrement de l'Union soviétique, les Etats-Unis avaient plusieurs grandes options stratégiques. En simplifiant, on peut les ramener à trois :

· Premièrement, privilégier la coopération et le multilatéralisme dans une optique de cogestion d'un système mondial en voie de multipolarisation et de pacification (entre les principaux Etats).

· Deuxièmement, adopter une politique classique d'équilibre des forces, comparable à celle de la Grande-Bretagne en Europe continentale au XIXe siècle.

· Troisièmement, pérenniser l'unipolarité par une « stratégie de primauté».

Les deux premières options admettent des possibilités combinatoires, comme l'a montré le dosage de coopération et de contrainte introduit depuis 1989 dans la gestion des relations bilatérales avec la Chine. Mais la grammaire de la force et de la contrainte a rendu exclusive la troisième option.

La stratégie dite de la primauté a été articulée au sein du Pentagone en 1992 dans un rapport confidentiel intitulé Défense Policy Guidance 1992-1994 (DPG). Ecrit par Paul Wolfowitz et Lewis Libby, aujourd'hui respectivement secrétaire adjoint à la défense et conseiller aux questions de sécurité du vice-président, M. Dick Cheney, ce texte préconisait d' « empêcher toute puissance hostile de dominer des régions dont les ressources lui permettraient d'accéder au statut de grande puissance », de « décourager les pays industrialisés avancés de toute tentative visant à défier notre leadership ou à renverser l'ordre politique et économique établi », et de « prévenir l'émergence future de tout concurrent global »110(*). Ces recommandations ont été écrites au plus fort du « moment unipolaire », peu après la chute de l'URSS et la guerre contre l'Irak.

Ce détail a son importance, car la guerre du Golfe a joué un rôle décisif dans la remobilisation des forces armées américaines. Elle a justifié le maintien de budgets militaires élevés et a légitimité la conservation de l'archipel militaire planétaire des Etats-Unis, c'est-à-dire du réseau mondial de leurs forces armées. Celui-ci était dirigé contre les « Etats voyous » susceptibles, disait-on, de menacer les équilibres stratégiques régionaux. En février 1991, Dick Cheney, alors secrétaire à la Défense, considérait cette guerre comme la « préfiguration typique du genre de conflit que nous pourrions connaître dans la nouvelle ère (...). Outre l'Asie du Sud-Ouest, nous avons des intérêts importants en Europe, en Asie, dans le Pacifique et en Amérique latine et centrale. Nous devons configurer nos politiques et nos forces de telle sorte qu'elles dissuadent ou permettent de vaincre rapidement de semblables menaces régionales futures ».111(*)

La guerre, en somme, a sauvé un Pentagone et un complexe militaro-industriel devant la perspective d'une ample démobilisation découlant de la disparition de l'Union Soviétique ; Mais, comme l'ont souligné à l'époque Robert Tucker et David Hendrickson, « en démontrant que la puissance militaire demeurait toujours aussi significative dans les relations interétatiques », elle a aussi «  été perçue aux Etats-Unis comme un coup rude, peut-être fatal, porté à la vision d'un monde multipolaire ». Faiblement autonomes, les concurrents allemand et japonais s'étaient révélés pendant le conflit « aussi dépendants que jamais de la puissance militaire américaine ».112(*)

La stratégie de primauté a été mise en veilleuse sous la présidence Clinton. Celui-ci a privilégié la poursuite des intérêts nationaux à travers les institutions multilatérales (dominées par les Etats-Unis, soit dit en passant) et la mise en oeuvre d'une stratégie internationale libérale axée sur la globalisation.

Face à cette inquiétante évolution de la politique américaine, et après la guerre en Irak, l'Europe et la Communauté internationale devront réévaluer leurs politiques dans le cadre des institutions en construisant une doctrine alternative basée sur des choix clairs et une action volontariste. Sinon, le monde connaîtra de nouvelles aventures guerrières, avec le risque de création d'un chaos permanent. Les présupposés sur lesquels se base la nouvelle stratégie de guerre préventive plongent leurs racines dans la théorie stratégique rationaliste qui a produit l'équilibre de la terreur.

C - : Primauté des forces militaires

La stratégie des sécurité nationale de M. Bush reconnaît avec la confiance la supériorité des Etats-Unis en tant que première puissance mondiale et note sans ambages que l'un des objectifs de la stratégie d'ensemble des Etats-Unis doit être d'assurer la primauté des Etats-Unis en décourageant l'émergence de toute puissance capable de les défier. On peut lire dans le document : « Aujourd'hui, les Etats-Unis jouissent d'une force militaire sans égale et d'une grande influence économique et politique. Conformément à notre héritage et à nos principes, nous n'employons pas notre force pour obtenir des avantages unilatéraux. Nous cherchons au contraire à établir un équilibre des pouvoirs favorables à la liberté humaine... ».113(*) Et dans un passage qui a suscité de nombreux débats et discussions, on trouve la déclaration suivante : « Nos forces seront d'un niveau suffisant pour dissuader les adversaires potentiels de chercher à accroître leur puissance militaire dans l'espoir de surpasser ou d'égaler la puissance des Etats-Unis ».

Les critiques de la stratégie de sécurité nationale de M. Bush voient dans cette proclamation une évolution inquiétante dans le sens d'une confiance excessive et d'une tendance impériale extrême. Le souci de maintenir la primauté de l'Amérique en cherchant à prévenir la montée d'un concurrent de force comparable a guidé la politique étrangère américaine pratiquée durant la majeure partie du siècle dernier. La logique stratégique fondamentale explique en grande partie pourquoi les Etats-Unis sont finalement intervenus dans les deux guerres mondiales et pourquoi les forces américaines ont été ramenées dans leurs foyers après la première guerre mondiale, mais ont été redéployées pour assurer la défense de l'Europe peu après la fin de la deuxième guerre mondiale (en raison de la présence d'un concurrent de calibre égal dans le second cas mais le premier).

L'objectif de la préservation de l'hégémonie militaire des Etats-Unis n'est lui-même pas nouveau. En 1992, un document de planification stratégique du ministère de la défense révélé par des fuites a présenté un programme visant à prévenir la montée d'un concurrent de force analogue, énoncé en des termes remarquablement semblables à ceux de l'actuelle stratégie de sécurité nationale de M. Bush. (Le texte de 1992 a fini par l'objet d'un désaveu des responsables officiels américains, mais le concept fondamental n'a pas été abandonné).114(*)

Pour Lieber, il y a d'excellentes raisons de penser que la suprématie des Etats-Unis est, de fait, bonne pour la paix et la stabilité mondiales, et également préférable de loin aux autres options. La meilleure preuve selon lui, en est l'accueil favorable fait à la présence militaire américaine dans un grand nombre de régions du globe. Mais on peut se demander aussi si les motivations des Etats des diverses régions ne sont pas simplement de bénéficier gratuitement du bouclier de la sécurité américaine, ou encore de l'effet pacificateur ou stabilisateur de le présence américaine, car malgré les tensions politiques évidents et prévisibles résultant ipso facto du stationnement de troupes américaines à l'étranger, de nombreux Etats peuvent considérer la suprématie militaire américaine à la stabilité et préférable aux autres options, notamment en Europe, en Asie de l'Est et dans le golfe persique.

Au bout du compte, cet élément de le nouvelle stratégie de sécurité nationale de M. Bush ne risque guère de redéfinir les contours de la politique étrangère américaine. Il est improbable, par exemple, que les Etats-Unis prendront délibérément des mesures visant à retarder la croissance économique et militaire de grandes puissances potentielles telles que la Chine. Par ailleurs, selon toute vraisemblance, les dépenses de défense des Etats-Unis continueront d'augmenter avec la guerre contre le terrorisme, ce qui continuera de creuser l'écart militaire qui les sépare d'éventuels et cela pourra en fait dissuader les adversaires potentiels de défier les Etats-Unis dans le domaine militaire.

La simple préservation de cette position militaire - sans même parler de son renforcement - coûte de l'argent. Le budget de la défense américaine était de 403 milliards de dollars en 1988, de 260 milliards en 1998, pour remonter à nouveau à 300 milliards en 2000, dernière année de l'administration Clinton. Depuis 2002, le budget militaire américain dépasse les 400 milliards de dollars annuels. Cela sans compter les guerres qui exigent souvent des rallonges. Celle d'Irak a commencé en mars 2003 avec un budget de 75 milliards de dollars pour couvrir les dépenses opérationnelles et de normalisation pour six mois.115(*) Salamé nous rappelle d'ailleurs que le Président Bush a obtenu en octobre 2003 un supplément de 87 milliards, 25 milliards en mai 2004 alors qu'il en réclamait 50, sans oublier sa demande de 80 autres milliards en février 2005 d'où le coût total de 200 milliards de dollars payés par contribuable américain dans les deux ans qui ont suivi son déclenchement.116(*) Ces chiffres sont confirmés aussi par Michael Parenti qui ajoute que des fonds additionnels étaient également promis à la NSA, à la CIA, au FBI et à d'autres unités de l'Etat.117(*)

Eliot Cohen cité par Salamé rappelle que l'émergence des acteurs transnationaux n'affectent pas la prévalence des Etats, le problème étant dit-il, que les Américains ont oublié comment penser le stratégique en l'absence d'un ennemi évident. Pour Cohen, cinq raisons au moins font que les Américains font tout pour rester la première puissance militaire :

- Défendre le territoire

- soutenir des Alliés menacés

- jouer le coupe-feu entre deux protagonistes dont le conflit peut menacer les intérêts de l'Amérique

- protéger les flux du commerce international.

- La cinquième raison qui fut reprise par l'administration Bush est : l'incertitude, car à leurs yeux, il faut demeurer puissant pour faire face à des menaces que l'on sait pas ne pas connaître.118(*)

D - Avènement d'un nouveau multilatéralisme

Au vu de tout ce qui a été affirmer, certains ont interprété la nouvelle doctrine de l'administration Bush comme l'incarnation d'un unilatéralisme, ou tout simplement comme «  le gant de velours rhétorique cachant la main de fer de la force brute américaine » pour reprendre la belle expression de Robert Lieber.119(*) La stratégie de sécurité nationale de M. Bush énonce clairement les avantages et la nécessité d'une coopération multilatérale, en particulier que le comportement récent de l'administration Bush ne le donnerait à penser.

La nouvelle stratégie déclare : «  Nous sommes guidés par la conviction qu'aucune nation ne peut, à elle seule, bâtir un monde meilleur et plus sûr. Les alliances et les institutions multilatérales peuvent multiplier la force des nations éprises de liberté. Les Etats-Unis sont attachés à l'existence d'institutions durables (...) », le document note également : « Les Etats-Unis s'efforceront constamment de rallier l'appui de la communauté internationale, mais ils n'hésiteront pas à agir seuls (...)».

Ce qui est différent, c'est que l'administration Bush semble rejeter la poursuite aveugle du multilatéralisme par égard pour le multilatéralisme, c'est-à-dire en tant qu'approche intrinsèquement nécessaire à la légitimité ou à la moralité internationale. La stratégie de sécurité nationale de M. Bush considère au contraire que la volonté de faire cavalier seul ne s'oppose pas un multilatéralisme productif et qu'elle pourrait même en faciliter l'instauration. Ici encore, il faut se garder d'exagérer la rupture avec le passé. Ceci est confirmé par Richard Armitage l'actuel secrétaire d'Etat adjoint qui révèle que l'échange de renseignements et la coopération des forces de police ont conduit à l'arrestation ou à la détention de presque 2300 suspects dans 99 pays et ont permis d'éviter des attaques sur des civils dans le monde entier, même si malheureusement certaines n'ont pu être empêchées, que 160 pays ont gelé plus de 100 millions de dollars d'avoirs appartenant aux terroristes et à leurs alliés.120(*) Le gouvernement Clinton lui-même malgré son attachement résolu au multilatéralisme, a fréquemment choisi de faire passer ce principe au second plan dans la poursuite d'intérêts nationaux plus directs lorsque ces deux positions étaient inconciliables.

L'hypothèse de la sécurité coopérative débouche sur celle de communauté de responsabilité. Une coordination et une harmonisation des politiques nationales sont donc sources d'un gain collectif appréciable d'où l'importance accordée au consensus entraînant cette réflexion de Bertrand Badie : « L'ingérence apparaît ainsi de plus en plus comme un faux ami de la puissance et le contournement du multilatéralisme s'impose de plus en plus comme un piège qui se referme sur celui qui en fait usage »121(*)

Il est de bonne stratégie de se déclarer disposé à agir seul. La stratégie de sécurité nationale de M. Bush stipule que la guerre mondiale contre le terrorisme exige la coopération au plan international de pays qui partagent les mêmes idées. Mais il apparaît également que d'autres nations évalueront elles-mêmes les coûts et les avantages de la coopération avec les Etats-Unis (ou de leur opposition). Même les pays qui se hérissent devant l'unilatéralisme américain finissent souvent par se décider à coopérer avec les Etats-Unis si l'alternative est d'être laissés sur la touche. Il en a été ainsi de la récente adoption à l'unanimité de la résolution 1441 du Conseil de sécurité des Nations unies exigeant de l'Irak qu'il se conforme pleinement à ses obligations en matière de désarmement. Plusieurs membres permanents du Conseil de sécurité (la Russe, la Chine et la France) ainsi qu'un Etat arabe (la Syrie) avaient d'abord exprimé leurs divers désaccords avec la politique américaine mais ont finalement choisi de coopérer en votant en faveur de la résolution.

Néanmoins, l'émancipation des alliés des Etats-Unis dans la phase diplomatique de la crise irakienne évoque selon Bertrand Badie tout autre chose car selon lui « dans un contexte où le jeu solitaire n'apporte aucune chance de gain hors de l'alignement total sur le plus fort, le jeu multilatéral devient avantageux en étant en même temps inclusif et effectif. »122(*) Le contournement de l'ONU suppose, pour réussir, une légitimité propre soutenue par l'opinion publique internationale comme ce fut le cas lors de la guerre du Kosovo en mars 1999. Il faut aussi rappeler que l'élévation des coûts est également sensible sur le plan matériel car en prenant le risque de ne pas partager les gains, l'action unilatérale se réserve de fait la totalité des pertes. Même si l'enjeu évolue très vite, comme ce fut le cas pour l'Afghanistan ou pour l'Irak avec la mise en place d'une conférence de donateurs qui atténue les effets de l'unilatéralisme, leur résultat est généralement médiocre avec le peu d'empressement des exclus à la rejoindre. Le multilatéralisme tend à devenir le lieu d'investissement privilégié des puissances moyennes trop faibles pour triompher sur le mode unilatéral, mais trop solides pour renoncer à tout rôle international et se réfugier dans la passivité du client, les puissances moyennes font des institutions multilatérales le réceptacle privilégié de leur démonstration de force internationale.

E : La propagation de la démocratie

La stratégie de sécurité nationale de M. Bush ne concerne pas exclusivement la puissance et la sécurité au sens étroit de ces termes. Elle énonce l'engagement des Etats-Unis de répandre la démocratie dans le monde entier et d'encourager la formation « de sociétés libres et ouvertes sur tous les continents ». A ces fins, le document prévoit une vaste campagne d'information du public, « une lutte idéologique » pour aider les étrangers, notamment dans le monde musulman, à connaître et à comprendre l'Amérique. Rappelons que cette ambition américaine de propager la démocratie a été formulée pour la première fois par l'ancien conseiller de Bill Clinton Anthony Lake en 1994 et qu'elle est à géométrie variable selon qu'on est en Afrique ou au Proche-Orient où des intérêts énergétiques sont bien visibles. Cet état de fait en plus du faible intérêt des médias américains pour le génocide rwandais explique, selon Thomas Lindemann l'absence de réaction américaine face à la catastrophe rwandaise en 1994.123(*)

Cet engagement reflète des thèmes profondément ancrés dans la grande stratégie américaine et s'inscrit dans le droit fil des idées américaines en politique étrangère. En particulier, l'idée que l'exercice de la puissance américaine va de pair avec la promotion des principes démocratiques se retrouve dans les déclarations de politique des présidents des Etats-Unis depuis Woodrow Wilson jusqu'à John Kennedy, Ronald Reagan et Bill Clinton. Cet amalgame de valeurs est l'expression à la fois d'une croyance en la démocratie et en la liberté en tant qu'idéaux universels (« Les Etats-Unis, lit-on dans le document, doivent défendre la liberté et la justice parce que ces principes sont justes et vrais pour tous les gens en tous les lieux »), et celle d'un jugement selon lequel la propagation de ces principes à l'étranger bénéficie non seulement aux populations d'autres pays mais renforce également la sécurité nationale des Etats-Unis en réduisant les risques de conflit entre les nations.

La stratégie de sécurité nationale de M. Bush exprime l'engagement des Etats-Unis de « s'employer à porter l'espoir de la démocratie, du développement, de l'économie de marché et du libre échange aux quatre coins du monde ». Cet objectif est motivé par la conviction que la cause fondamentale du terrorisme de groupes islamiques radicaux est l'absence de démocratie, la fréquence de l'autoritarisme et le manque de liberté et de possibilités dans le monde arabe. Cette idée avait été rejetée dans le passé comme relevant de la rhétorique politique. Mais après le 11 septembre les Nations Unies dans leur rapport sur le développement humain ont identifié le problème et lancé un appel à la mise en oeuvre de mesures d'expansion des institutions démocratiques et du respect des libertés humaines fondamentales dans le Moyen-Orient musulman.

CHAPITRE II : L'administration Bush : une équipe cosmopolite

SECTION I : Un gouvernement de guerre froide sans guerre

Si Bill Clinton n'a pas su ou voulu le Pentagone au pas, on assiste avec George W Bush à un retour en force de l'Etat de sécurité nationale. Contrairement à l'administration Clinton, ce sont maintenant des guerriers et des stratèges civils et militaires qui occupent les postes décisifs. MM. Dick Cheney, Colin Powell, Donald Rumsfeld, Paul Wolfowitz, Richard Armitage, James Kelly, Lewis Libby, John Negroponte124(*), parmi d'autres, ont tous eu des fonctions sécuritaires de premier plan dans la défense ou le renseignement pendant la guerre froide et/ou au moment de la transition soviétique et de la guerre contre l'Irak. John Negroponte, par exemple, a été un des hommes-clés dans la guerre « secrète » menée contre les sandinistes, au Nicaragua alors que James Kelly était dans la Navy. De son côté, Richard Armitage, un ancien du Vietnam est au secrétariat à la défense. Paul Wolfowitz et Lewis Libby ont théorisé l'unipolarité sous la présidence de Bush père. Donald Rumsfeld, qui a présidé à la « deuxième guerre froide » (1975-1989) a fait disparaître le mot « détente » du vocabulaire officiel et passé les années 1980 et 1990 à promouvoir la « guerre des étoiles » et à dénoncer la politique des démocrates. Subtil mélange de centristes proches de son père (Henry Kissinger, Brent Scrowcroft, George Shultz, Condoleeza Rice, l'avocat international Robert Zoellick) et de néo conservateurs purs et durs issus de la puissante organisation Project for a New American Century (Paul Wolfowitz, Dick Cheney, Richard Perle, John Bolton, Lewis Libby, William J. Bennett, Zalmay Khalilzad et James Woolsey), et l'équipe de conseillers diplomatiques rassemblée par le gouverneur Bush dés 1998 navigue entre réalisme et « souverainisme ».

Bref c'est un gouvernement de guerre froide sans guerre froide. Ses actes et sa composition reflètent une vision et un choix : la vision d'un système mondial structuré par le seul jeu des rapports de forces, et le choix de poursuivre des objectifs de richesse et de puissance déterminés par une définition très étroite de l'intérêt national.

Le choix de Dick Cheney par exemple comme numéro deux sur son « ticket » n'est pas un hasard. George W Bush apprécie Cheney pour son expérience (il fut secrétaire général de la Maison-Blanche, membre du Congrès et secrétaire à la Défense) mais aussi pour ses immenses réseaux de contacts dans les milieux politiques, économiques et universitaires républicains. Il a pour fonction de transformer les « instincts idéologiques » de George W Bush en grille de lecture du monde. Puisant dans son impressionnant carnet d'adresses, il réunit une équipe se quatorze experts en matière de politique étrangère : surnommés « les Vulcains », ceux-ci forment un mini-conseil de sécurité nationale coordonné par Condoleeza Rice125(*). Par delà la doctrine, le parcours de ces hommes est en général assez homogène. Souvent formés à l'école démocrate du début des années 1960 (celui de John Kennedy et du missile gap), les néo conservateurs ont profité de l'ostracisme politique, universitaire et social dont ils ont fait l'objet en raison de la guerre du Vietnam pour se rallier à la droite religieuse. Dés le début des années 1970, ils trouvent refuge dans les organisations (l'American Entreprise Institute, la Heritage Foundation ou le Committee on the Present Danger) ou les médias (National Review) qui forment désormais l'essentiel de la base politique du conservatisme. C'est à eux que l'on doit le ralliement à la fois tactique (ils cherchent à se constituer une base électorale dans des Etats clés comme la Floride, New York ou la Californie) et idéologique (par inclination religieuse personnelle) de cette droite conservatrice à Israël. Ils voient, en effet, dans l'Etat juif une autre « nation assiégée », alter ego de l'Amérique du XVIIIe siècle et « poste avancé » de la démocratie dans une région qui ne connaît - Liban excepté - que la tyrannie.

A - Une mouvance très proche d'Israël

Cette prégnance des enjeux de sécurité au Moyen-Orient se reflète dans deux de leurs bastions intellectuels les plus influents : le Jewish Institute for National Security Affairs (JINSA) et le Center for Security Policy (CSP), organisations jumelles dont la composition est en tous points identique à celle du Committee on the Present Danger, et dont les conseils d'administration constituent une sorte de Who's Who du néo-conservatisme américain contemporain.

Fondée en 1976 dans le sillage de la guerre du Kippour par un groupe d'intellectuels et d'hommes d'affaires, le Jewish Institute for National Security Affairs (JINSA) est devenu, en vingt cinq ans, une véritable « machine de guerre » de lobbying et de relations publiques, dotée d'un budget de 1,5 million de dollars par an. Jusqu'en janvier 2001, le conseil d'administration du JINSA rassemblait Dick Cheney, John Bolton (aujourd'hui Undersecretary of State for Arms Control), Douglas Feith (Undersecretary of Defense Policy), Richard Perle (ancien président du Defense Policy Board et toujours membre du conseil du JINSA). L'organisation se vante également de compter parmi ses membres plus de 200 anciens officiers supérieurs de l'armée américaine. Sa fonction consiste, selon son site web, à  sensibiliser l'opinion américaine à la nécessité de doter les Etats-Unis d'une de capacité de défense efficace pour que ses intérêts vitaux puissent être protégés, ainsi qu'à « informer la communauté de défense et des affaires étrangères du rôle fondamental d'Israël dans la propagation des valeurs démocratiques en Méditerranée et au Moyen-Orient ».

Cette « proximité » entre les Etats-Unis et Israël, la conviction des faucons selon laquelle l'équilibre des forces entre Israël et le monde arabe changerait de façon décisive en faveur d'Israël si l'Irak était d'abord « libéré » ajoutées à ce que Hoffmann appelle « l'antipathie de Bush pour Arafat et son horreur du terrorisme par les attentats suicides »126(*), tout cela a entraîné la suspension du processus de paix.

SECTION II : Néo-conservateurs, un groupe à plusieurs tendances

Communément appelés « néo conservateurs » ou « faucons », les hommes constituant l'entourage du président américain ne laissent pas indifférent ceux qui s'intéressent à la politique étrangère américaine en raison de leur poids dans on orientation de celle-ci. Mieux, l'équipe Bush est composée par plusieurs tendances du conservatisme américain. En réalité, trois branches se distinguent au sein de l'administration Bush.

La première composante, qui peut-être qualifiée de nationaliste, est représentée par le vice-président Richard Cheney et Donald Rumsfeld. Ces personnalités qui ont fait leur carrière durant la guerre froide, ont assisté à la fin de l'empire soviétique et en ont tiré quelques convictions très profondes. Ils considèrent que le contrôle des armements qui a occupé l'essentiel des efforts vis-à-vis de l'Union soviétique était une chimère et que seule une démonstration de force a permis de vaincre la guerre froide.127(*) La guerre des étoiles fut à leurs yeux l'élément déterminant dans la chute de l'empire soviétique.

Le deuxième groupe est plus idéologiquement marqué. Cette mouvance, personnalisée par le sous-secrétaire à la Défense Paul Wolfowitz et son assistant Douglas Feith considère que la force militaire doit être mise au service de la démocratie dans le monde. La sécurité américaine passe par une refonte de la scène internationale à l'image de l'Amérique.128(*) Affichant leur « wilsonnisme botté », selon l'expression de Pierre Hassner, ils ont oeuvré pour renverser Saddam Hussein déjà sous la présidence Clinton. Prenant acte de l'hégémonie américaine, « ce groupe a utilisé le 11 septembre comme alibi pour avancer un agenda qui dépassait de loin la seule lutte contre le terrorisme »129(*). Autre membre influent de cette mouvance, Richard Perle qui était jusqu'à la fin mars 2003 (il a dû démissionner à la suite de certaines révélations concernant les conflits d'intérêts entre ses activités publiques et privées) président du Defense Policy Board, organe consultatif su Pentagone et « boîtes à idées » de Donald Rumsfeld. Surnommé « super faucon » en raison de son attachement aux valeurs les plus traditionnellement de l'Amérique, il dispose d'une immense influence sur la politique de l'administration, par l'intermédiaire de ses protégés qu'il a habilement placés aux postes les plus stratégiques du Pentagone, du NSC et du département d'Etat. Déjà très présent dans l'entourage de Georges W Bush depuis le début de la campagne électorale, Perle a fait honneur à son surnom de « Prince des ténèbres ». Il a refusé d'intégrer l'administration ( on lui proposait le poste d'Undersecretary of Defense for Policy, numéro trois du Pentagone) pour se glisser dans le rôle celui d'éminence grise.130(*)

Le dernier groupe est plus traditionnel et est personnalisé par Colin Powell. Cet ancien général n'a pas caché sa réticence à l'usage de la force et a pesé de son poids pour que les Etats-Unis obtiennent le soutien de l'ONU lors de la guerre en Irak en 2003. S'il se montre prudent sur l'emploi de la force, il estime que, lorsque les circonstances l'exigent, cette force doit être massivement utilisée.131(*) Malgré leur divergence, ces différentes composantes de l'administration partagent certaines convictions. Tous sont convaincus de la supériorité américaine, tous ont confiance dans la force armée des Etats-Unis et rejettent la politique étrangère d'internationalisme libéral de Clinton.

A - Des liens étroits avec le monde pétrolier

L'autre caractéristique de cette administration est son lien avec le monde du pétrole expliquant les doutes quant aux vraies raisons qui ont poussées les Etats-Unis à intervenir en Irak. Mais s'il évident que Washington est décidé à éliminer toute menace pesant sur la production et sur le transport du pétrole dans cette région, pour les stratèges américains, il s'agit également de s'assurer que les vastes réserves pétrolières irakiennes demeureront disponibles, c'est-à-dire ne tomberont pas sous le contrôle exclusif des compagnies pétrolières russes, chinoises ou européennes.

Les pétroliers n'ont jamais eu de liens aussi intimes avec la Maison-Blanche qu'aujourd'hui. Pour le vice-président Dick Cheney, cela pourrait être la deuxième fois qu'il fait des affaires en Irak depuis la guerre du Golfe. Cheney est en effet l'ancien directeur d'Halliburton, le plus grand prestataire de services pétroliers du monde. En août 2000, Cheney a publiquement déclaré, en tant que directeur d'Halliburton : « Ma politique était stricte quant au fait de ne rien faire en Irak, pas même passer des accords soi-disant légaux. » Le Financial Times a pourtant démontré que Cheney a supervisé en 1998 et 1999 des ventes à l'Irak s'élevant à 23.8 millions de dollars.132(*) Georges W Bush et sa famille sont liés aux compagnies pétrolières depuis l'époque de son grand-père. Condoleezza Rice, la conseillère pour la sécurité nationale de Bush, a siégé au conseil d'administration de Chevron, qui a récemment donné son nom à un pétrolier.

Grand spécialiste des questions pétrolières, le Dr. JJ Traynor de la Deutsche Bank perçoit Exxon Mobil, la plus grosse et sans doute la plus influente politiquement des compagnies, comme étant « au premier rang » pour tirer tous les bénéfices d'un changement de régime en Irak. Exxon Mobil a travaillé dur pour entretenir la demande de pétrole en faisant pression sur le gouvernement américain pour qu'il se retire du Protocole de Kyoto sur le réchauffement planétaire. Durant la campagne électorale 2000, Exxon Mobil a versé 1 375 250 dollars pour financer les campagnes de politiciens (seule Enron parmi les compagnies pétrolières et gazières a consacré plus d'argent au financement de campagnes électorales). Sur cette somme, 89 % sont à des candidats républicains.133(*) En sapant les efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre, Exxon Mobil prolonge la dépendance des Etats-Unis envers le pétrole et leurs liens avec des pays producteurs de pétrole souvent politiquement instables.

Pour autant, contrairement à ses homologues français, russes et chinois, Exxon Mobil, la plus grosse compagnie pétrolière du monde, a dû rester à l'écart de l'Irak à cause de la position politique des Etats-Unis ces dix dernières années. Exxon possédait auparavant 25 % des champs de pétrole irakiens. Une nouvelle guerre contre l'Irak lui donnerait de nouveau accès aux vastes réserves pétrolières du pays. Fin mars 2004, l'armée américaine avait attribué le principal contrat de lutte contre les incendies de puits de pétrole en Irak au géant texan Halliburton, dirigée de 1995 à 2000 par l'actuel vice-président, Dick Cheney. Déjà les soupçons de collusion d'intérêts allaient bon train, surtout que le dit contrat avait été attribué sans appel d'offres. Mais il semble aujourd'hui que l'administration Bush a aussi caché l'ampleur du mandat confié à Halliburton. Dans une lettre adressée à Henry Waxman, membre démocrate de la Chambre des représentants (qui avait déjà dénoncé la collusion d'intérêts entre les pétroliers et la Maison-Blanche), le Corps du génie de l'Armée de terre vient en effet de révéler que le contrat en question comprenait non seulement l'extinction des puits en feu, comme annoncé, mais aussi « la gestion d'installations et la distribution de produits ». Pour autant les liens de l'administration Bush avec le milieu énergétique ne s'arrêtent pas seulement à Exxon mobil car derrière ces révélations, celles faites sur les relations entre l'équipe Bush et Enron sont plus préoccupantes.134(*)

CHAPITRE III : Guerre en Irak : seul contre tous

SECTION I - La guerre en Irak, ultime stade du néo-conservatisme

La guerre en Irak est la transcription exacte de cette doctrine unilatéraliste. Mais elle aussi le produit de la rencontre de certains éléments :

· une obsession qui remonte pour certains (comme Paul Wolfowitz) aux années 1970, et qui a été sensiblement renforcée par la frustration de n'avoir pas été jusqu'à Bagdad en 1991.

· La formulation d'un projet politique clair et, depuis le 11 septembre, attractif pour les Américains.

En se mettant dans cette posture de puissance hégémonique, le risque pour la puissance américaine est de multiplier ses exigences, lesquelles pouvant paraître excessives selon l'Etat faible, peuvent le pousser « à combattre pour son honneur tout en sachant que sa défaite est inéluctable » selon Thomas Lindemann.135(*) On peut raisonnablement penser que c'est ce qui est arrivé à Milosevic et surtout à Saddam Hussein lors de la dernière guerre contre l'Irak. Georges W Bush n'a-t-il pas exigé 48 heures avant le déclenchement des opérations le départ de Saddam et de ses deux fils ?

A - Les raisons de l'invasion américaine

Loin, très loin des enjeux pétroliers, certainement présents mais bien ridicules pour Alexis Debat, l'administration Bush réalise avec l'Irak, et pour la première fois depuis 1941, la conjonction parfaite de l'exceptionnalisme et de l'exigence de sécurité absolue. Il s'agit, là encore, d'assurer la sécurité de l'Amérique en imposant la liberté à une région qui, jusque là, a été incapable de la faire naître elle-même.

Mais l'objectif de la Maison-Blanche dépasse de beaucoup cette seule perspective : il ne fait aucun doute, pour le président Bush ainsi que pour la plupart de ses conseillers, que la bataille de Bagdad constitue le point de départ d'une révolution similaire à celle qui avait suivi le débarquement des troupes américaines en Europe en 1944. Pour l'administration américaine, les soldats qui se sont battus et qui sont morts en Irak sont la nouvelle « plus grande génération » de l'Amérique, débarquée au Moyen-Orient pour y apporter la démocratie et la prospérité comme ses aînés l'avaient fait en Europe et en Asie. Selon Michel Fortmann, « la volonté d'en découdre avec l'Irak peut-être vue comme un désir inconscient, chez les réalistes néoconservateurs de trouver un ennemi bien identifiable, territorialement marqué, que l'on puisse désigner aux foules comme sources de menace, à qui l'on puisse ensuite faire la guerre selon les canons « classiques ».136(*)

En agissant de la sorte, l'administration et les néo-conservateurs font, néanmoins, un pari dangereux. Ils prennent d'abord le risque de heurter une partie de leurs opinion, traditionnellement attachée au multilatéralisme. Ensuite, en promettant de préempter les situations où s'exerce la tyrannie, ils mettent le doigt dans un engrenage dont personne ne maîtrise l'issue. Enfin, en liant aussi étroitement son discours et son avenir à ce qui s'annonce comme une délicate transition démocratique en Irak et dans l'ensemble du Moyen-Orient, l'aile souverainiste du Parti républicain, se lance dans une croisade historique pour le moins hasardeuse. Le triomphe purement militaire des forces américaines sur le régime irakien n'est que la toute première étape d'un long et complexe processus.137(*) L'exercice est particulièrement périlleux, d'autant que les terribles images du 11 septembre tendent à s'estomper et que la faiblesse de l'argument menace de plus en plus le consensus interne.

B - Coopération entre Al Qaïda et le régime irakien ?

On n'a pu établir à ce jour aucun lien entre l'Irak et Al Qaïda, ni que ce pays possédait des armes chimiques et de destruction massive, ni que ses fusées avaient une portée suffisante pour atteindre les Etats-Unis. On peut même présumer que l'Irak, affaibli et appauvri par la guerre du Golfe en 1991, les attaques américaines répétées depuis ainsi qu'un embargo dévastateur, n'a tout simplement pas les moyens de posséder de telles armes. A moins que quelque riche pays, ami de circonstance, lui en ait fait cadeau, par exemple, du temps de la guerre contre l'Iran. Pourtant, sans aucune preuve, l'administration Bush n'a cessé de déclarer le contraire pour justifier, à l'encontre du droit international, la « légitime défense » et sa politique d'invasion. C'est ainsi que le rapport de l'ancien inspecteur Richard Butler n'hésita pas à reconnaître ce lien en parlant « d'évidence dans l'association entre le régime irakien et Al Qaïda ». Pour Butler, ces contacts datent de 1998 alors que le groupe terroriste cherche des produits toxiques et sont poursuivis et sont poursuivis en 2000 en Afghanistan ; avec l'expulsion d'Al Qaïda de ce pays, le groupe terroriste aurait trouvé refuge dans le nord de l'Irak, où Abu Musa Al Zarqawi était relativement libre de se déplacer et de recevoir à sa guise.138(*)

Après le 11 septembre 2001, la guerre en Afghanistan et le démantèlement des bases d'Al Qaïda ont constitué l'objectif principal des Etats-Unis. Mais, en janvier dernier, une fois les talibans chassés de Kaboul et Ben Laden disparu quelque part entre l'Afghanistan et le Pakistan, Saddam est revenu sur le devant de la scène, protagoniste de « l'axe du Mal » de Georges Bush aux côtés de l'Iran et de la Corée du Nord. Le but : profiter de le guerre contre le terrorisme pour mettre en oeuvre le grand dessein des faucons. Dans certaines rédactions on n'hésite plus à affirmer que l'administration Bush envisageait initialement une confrontation avec Saddam Hussein cet automne, une fois qu'il aura monté un dossier aux Nations Unies prouvant que le leader irakien les inspections. De hauts responsables reconnaissent maintenant qu'une offensive sera probablement repoussée au début de l'année prochaine, pour se donner le temps de créer les bonnes conditions militaires, économiques et diplomatiques.139(*)

Peut-on ignorer les liens entre les membres de cette administration et les puissants groupes et lobbies qui ont des intérêts à défendre comme le Carlyle Group considéré comme le fonds d'investissement le plus puissant du monde, le plus discret aussi vu qu'il n'est pas côté en bourse ni obligé de dévoiler ses membres. Dans son comité de direction, d'ex-ministres côtoient d'anciens représentants des principales agences de régulation américaine et deux anciens directeurs de la CIA. Etroitement relié au secteur de la défense, il est capable de répondre à n'importe quel appel d'offres, de l'aéronautique aux télécoms, de l'électronique de défense à la décontamination nucléaire, bactériologique et chimique, en passant par la production de chars, de canons, de missiles.140(*) C'est ainsi qu'après les attentats du 11 septembre, l'augmentation des budgets militaires est devenue « une aubaine dont le Carlyle Group entend bien profiter ». Le 26 septembre 2001 nous rappelle Dallecoste, Donald Rumsfeld, secrétaire à la Défense, « déterre le programme « Crusader », un contrat d'armement de 11 milliards de dollars porté par United Defense, la filiale du Carlyle Group que préside son vieil ami Franck Carlucci ».141(*)

SECTION II : Les armes de destruction massive : raisons fallacieuses d'une guerre illégale ?

« Je m'attends à être questionné, interrogé sur le programme d'armement irakien. (...) Je vous le dis pour l'Histoire : nous n'avons rien, et ce n'est pas pour défendre le régime »

Général Amer Hammoudi Hassan - conseiller scientifique du président, lors de sa reddition le 13 avril 2003

« Nous nous sommes entendus sur une question, les armes de destruction massive, parce que c'était la seule raison sur laquelle tout le monde pouvait tomber d'accord. »

Paul Wolfowitz, 29 mai 2003

« Il s'agit donc, sans doute, du plus grand mensonge d'Etat de ces dernières années. D'une campagne de manipulation menée probablement en toute connaissance des choses, en tout cas malgré toutes les indications contraires, pour faire croire aux opinions publiques mondiales que l'Irak détenait et fabriquait des armes de destruction massive.(...) Robin Cook, ancien ministre britannique, qui a démissionné contre la guerre, réclame une enquête parlementaire. Face à ce mensonge d'Etat, la démocratie exige que l'opinion mondiale sache toute la vérité. »

Le Monde, 29 mai 2003

Cette question des armes de destruction massive (ADM) est à la base de la guerre en Irak, laquelle est une application de cette doctrine de guerre préventive. En janvier 2002, devant le Congrès, le Président Bush affirme de façon claire que les services britanniques avaient découverts que l'Irak poursuit malgré les résolutions de l'ONU, cherche à se doter d'armes de destruction massive. Après moult tergiversations, la guerre est déclarée le 20 mars 2003 et allait aboutir au renversement de Saddam Hussein. Ici, le rôle des perceptions est largement présent, surtout du côté américain car ils surestiment la menace émanant de leurs adversaires surtout les « Etats voyous ». En effet selon Lindemann, ces Etats « sont censés être irrationnels pour diriger des armes de destruction massive contre des cibles américaines et compromettre ainsi leur survie ».142(*) Cette situation correspondait aux yeux de Lindemann, au fait que des intérêts dans l'armée américaine et dans l'industrie de l'armement prônaient ce sentiment de méfiance vis-à-vis de ces Etats voyous.

Dés le 17 mars, le président américain lance un ultimatum au président irakien lui laissant 48h afin de quitter le pouvoir et, dans la foulée le vice-président Dick Cheney déclare : « Nous pensons qu'il a bel et bien reconstitué des armes nucléaires », propos aussi fermes qu'infondés dira Hans Blix143(*). La volonté américaine d'en découdre - de façon unilatérale si besoin en est - malgré toutes les propositions des autres pays désireux d'éviter un conflit pousse à se demander si les dés n'étaient pas déjà jetés.

A - Une guerre décidée d'avance ?

Certains auteurs ont suggéré que Washington avait décidé la guerre dans le courant de l'été 2002 et que les inspecteurs de l'ONU n'avaient été autorisées que pour laisser à l'armée le temps de se préparer144(*) même si, agissant du Moyen-Orient et d'une zone particulièrement riche en pétrole, les facteurs économiques et l'accès au pétrole ont été avancés comme raisons essentielles derrières les visées de la coalition. Hans Blix de son côté, croit savoir que l'administration Bush décida qu'à la suite des attentats du 11 septembre elle devait être prête à lancer une attaque préventive conte tout ennemi susceptible de représenter une menace pour les Etats-Unis » et vu que Saddam représentait le « Mal », les Etats-Unis en guerre contre le terrorisme devaient éliminer cette menace bien avant l'élection présidentielle.145(*) Il était urgent pour les néo-conservateurs de réagir afin de construire un monde qui rejette à sa marge les forces du « Mal » et fasse des valeurs occidentales des normes communes au camp du bien. Mais les menaces que représentait le régime irakien pour les Etats-Unis, leurs alliés et leurs intérêts, si sérieuses qu'elles pussent être, ne paraissaient pas suffisantes pour convaincre les Américains de soutenir la guerre massivement et sans réserve, ce qui avait obligé le président et ses partisans à recourir à d'autres justifications.146(*) Ces opposants se demandaient si les Etats-Unis avaient le droit d'intervenir unilatéralement dans les affaires d'autres peuples et d'autres pays, si la démocratie pouvait y être au final, selon la belle expression de Rashidi, « transplantée » et si cette greffe en Irak ou dans un autre pays du Moyen-Orient était le véritable objectif de la politique américaine. Ce doute était légitime si on considère que plusieurs membres de l'administration Bush (Dick Cheney, Donald Rumsfeld..) avaient des liens pendant des décennies avec plusieurs dictateurs du 147(*)Moyen-Orient dont Saddam Hussein lui-même.148(*) Ainsi, pour Rashidi Khalidi le doute persiste lorsqu'ils parlent de l'Irak comme d'un « domino antidémocratique qui serait le premier de la série à s'effondrer au Moyen-Orient, suivi par la Syrie, l'Iran, l'Arabie Saoudite et d'autres encore si les Etats-Unis étaient en mesure de simplement montrer leur volonté et leur résolution à user de leur puissance illimitée et désintéressée dans l'intérêt des populations de cette région qui ployaient sous le joug de despotes divers et variés, toujours cruels. »

En avouant en août 2002 que les inspections de l'ONU étaient, au mieux, « inutiles », le vice-président Dick Cheney ne disait il pas tout haut ce qu'on pense vraiment tout bas dans l'administration ? Mieux, en laissant aux inspecteurs le soin de mener leur travail, n'était ce qu'un moyen de gagner du temps afin de finaliser le renforcement de la présence américaine comme le pense Hans Blix ?

L'importance d'une action militaire trouve aussi son explication dans la situation pétrolière des Etats-Unis et leur forte dépendance vis-à-vis des importations de cette ressource car aujourd'hui, prés du quart de la consommation pétrolière américaine provient du monde arabe soit 3.9 millions de barils alors qu'au même moment le pétrole représente prés de la moitié des importations américaines du monde arabe dont le total était estimé à 80 milliards de dollars en 2001. Or, les exportations américaines vers cette région ne dépassent guère les 35 milliards de dollars.149(*)

Et Bob Woodward, cité par Georges Soros, de nous faire part des sentiments de Paul Wolfowitz pour qui, l'Irak ayant un régime autoritaire et fragile, « serait facile à briser (..) et que les Etats-Unis devraient s'attaquer à lui tôt ou tard s'ils voulaient que le guerre contre le terrorisme soit prise au sérieux ».150(*) Le désir d'y aller est d'autant plus grand que Bush peut apparemment compter sur l'appui des Américains. Selon les sondages, ces derniers approuvent son désir de renverser Saddam Hussein dans le cadre de la guerre contre le terrorisme.151(*) Face à toutes ces attaques, le Département d'Etat sort de son silence et apporte un démenti officiel à ces accusations en affirmant que « l'actuel chef de la Maison-Blanche n'avait pas débuté son mandat avec l'objectif d'entrer en guerre avec Saddam Hussein »152(*).

Comment ne pas penser aux idées de ceux qui aujourd'hui composent l'aile dure de l'administration américaine et qui, durant le second mandat de Bill Clinton n'hésitait pas à réclamer une intervention armée des Etats-Unis en Irak ? L'exemple patent est celui Robert Kagan qui proposa en septembre 1998 un plan pour l'établissement d'une zone libérée dans le sud de l'Irak comme celle créée par l'administration Bush dans le nord du pays en 1991 et ce, afin de sauver les opposants à Saddam Hussein. Cette zone leur permettrait en outre de mettre sur pied un gouvernement provisoire reconnu internationalement et de constituer une alternative à la dictature de Saddam.153(*)

Le sous secrétaire américain à la Défense Paul Wolfowitz a déclaré que le choix du thème des armes de destruction massive pour justifier la guerre contre l'Irak avait été opéré pour des raisons « bureaucratiques ». Autrement dit, il y avait d'autres motifs, mais celui-ci était le seul susceptible d'assurer un large soutien de l'opinion américaine, le seul aussi qui ait une chance de séduire hors des Etats-Unis et à l'ONU. L'idée, largement partagée au sein de l'administration, d'une obstruction de l'Irak aux efforts de l'ONU et de la communauté mondiale pour éliminer les ADM était, de toute évidence, le meilleur argument utilisable à l'appui de ce projet. C'est le seul qui a été défendu aux Nations Unies, et de loin la principale des justifications données au Congrès et à l'opinion publique américaine. « Ni le gouvernement de Washington, ni celui de Londres n'auraient probablement obtenu de leurs parlementaires le droit d'intervenir militairement à seule fin de renverser le régime de terreur de Saddam Hussein. Il est tout à fait improbable aussi qu'ils auraient pu recevoir un tel mandat du Conseil de sécurité » confesse l'ancien inspecteur Hans Blix154(*) alors que de son côté, Nicole Bacharan souligne que malgré toutes ces accusations, Georges Bush ne convainc pas l'ONU car on doute de ses préoccupations pour les droits de l'homme, les liens entre Saddam Hussein et Al Qaïda que l'administration s'est efforcée à démontrer paraissent bien ténus, sinon existants.155(*) Quant aux armes de destruction massive, la France et quelques autres plaident pour des inspections prolongées. Ce doute est nourri par la seule motivation attribuée au président américain : le pétrole d'autant plus qu'à la même période, un autre Etat faisant partie de « l'axe du mal » reconnaissait publiquement détenir l'arme nucléaire et ne faisait pas l'objet d'un conflit armé.

B- L'importance du pétrole dans le conflit irakien

Depuis des décennies, tant les Républicains que les Démocrates poursuivent les mêmes objectifs dans le monde pétrolier : maintenir tant que faire se peut la stabilité du cours du pétrole, réduire en douceur la consommation intérieure, diminuer la dépendance liée aux importations et diversifier le sources d'approvisionnement étrangères. Malgré les apparences, ces objectifs sont toujours les mêmes aujourd'hui, sous l'administration Bush. Une augmentation importante de la production irakienne accroîtrait probablement la dépendance pétrolière des USA. Le prix du baril de pétrole baissera sans doute avec l'apparition d'une nouvelle source d'approvisionnement, d'où une dépendance accrue des USA, notamment vis-à-vis du Moyen-Orient.

Il est paradoxal de constater que les USA exerçaient davantage de contrôle sur le pétrole irakien dans le cadre du programme « Nourriture contre pétrole » de l'ONU avant la guerre (c'était alors l'ONU et non pas Saddam Hussein qui fixait le niveau des exportations irakiennes) qu'ils ne pourront le faire dans le contexte d'un futur Etat irakien démocratique. Si l'administration Bush cherchait des sources d'approvisionnement pétrolier stables, sûres, diversifiées et bon marché, il lui suffisait de lever l'embargo imposé à la Libye, à l'Iran, à l'Irak et au Soudan et de laisser couler le pétrole. Pour Alhadji156(*), l'intérêt de l'Amérique pour le pétrole irakien n'est pas dicté par l'économie ou par la politique énergétique. L'administration Bush a reconnu que le pétrole irakien est avant tout un atout géopolitique car contrôle le pétrole irakien, contrôle l'Irak.

Saddam a dû son pouvoir au fait qu'il contrôlait la deuxième réserve mondiale de pétrole. Il savait parfaitement ce qu'il devait à l'or noir. Confronté à l'éventualité de l'invasion et de la défaite, il a menacé de mettre feu aux champs pétroliers irakiens. Le saccage et le pillage des installations pétrolières et des pipelines montre que pratiquement tout le monde a compris que contrôler le pétrole, c'est contrôler le pays.

Lors de la préparation de l'invasion par les Etats-Unis, la sécurisation des champs pétroliers était une priorité. Le but n'était pas une augmentation de l'approvisionnement ou une baisse des prix sur le marché américain, mais le renversement de Saddam et son remplacement par un nouveau gouvernement.

L'avenir de l'Irak est lié à la production pétrolière du pays. Mais étant donné les caprices du marché pétrolier, surtout dans une situation aussi instable, on ne voit pas comment l'administration Bush parviendra à atteindre ses objectifs dans les années qui viennent. En effet, pour Alhadji, le problème est simple : les USA doivent utiliser les revenus du pétrole pour alléger la charge financière du changement de régime irakien qui repose sur les contribuables américains et à long terme, tout plan de reconstruction dépend de la capacité de l'Irak à exporter des volumes importants de pétrole. « Si l'Irak ne produit pas de pétrole, le président Bush ne peut tenir les promesses qu'il faites au peuple irakien, au peuple américain et à la communauté internationale ».157(*)

Avant l'invasion, l'Irak avait une capacité de production de trois millions de barils de pétrole par jour. Mais il ne pourra revenir à ce niveau de production dans le temps imparti pour établir un gouvernement irakien. Une augmentation de la production nécessite le développement des installations pétrolières, ce qui nécessite de gros investissements, un gouvernement en place et la stabilité politique.

La stabilité politique est la condition première pour augmenter la capacité de production. L'expérience de l'Iran, du Koweït, de la Russie et même de l'Irak, montre qu'il faut environ trois ans de stabilité politique avant que la capacité de production ne puisse augmenter de manière significative et durable. Il faudra plusieurs années à l'Irak pour élaborer une nouvelle Constitution, établir un gouvernement démocratique, négocier la distribution des revenus pétroliers entre les différentes régions, réglementer les investissements et rendre l'économie attractive aux investisseurs étrangers. Il lui faudra aussi du temps pour négocier avec les compagnies pétrolières multinationales et les pays voisins la réalisation des études de faisabilité et des études techniques, ainsi que la reconstruction, la remise en état et l'exploration de ses champs pétroliers.

Or la réalité risque d'être tout autre. Des tensions importantes peuvent subsister durant des années. Et il ne serait pas étonnant que la production de pétrole irakien s'interrompe brutalement, même avec un gouvernement démocratique. L'Histoire montre que les grèves et les troubles sociaux qui peuvent désorganiser la production pétrolière surviennent plus facilement dans un contexte démocratique que sous une dictature.

Si l'Irak est incapable d'augmenter sa production pétrolière dans les années à venir, ce sra une épine dans le pied, tant pour la politique étrangère que pour la politique énergétique des USA. Comment ces derniers pourront-ils financer à long terme la reconstruction de l'Irak ? Qui payera pour le maintien d'une démocratie fragile en Irak? Les USA pourront-ils maintenir leur occupation sans assurer l'alimentation du peuple irakien, les soins médicaux et les autres services de base ? Ce sont là des questions difficiles, et l'on ne peut y répondre avant qu'un régime démocratique ne contrôle et ne garantisse la production pétrolière irakienne. Au Koweït, avant de se retirer, les Irakiens ont mis le feu aux puits de pétrole, provoquant une grande catastrophe écologique. Durant cette période où les spécialistes s'employaient à éteindre ces puits, la production a bien entendu cessé mais celle-ci « ne pesait pas lourd au niveau mondial pour que l'interruption du pompage menace le marché ».158(*) Néanmoins, si la guerre ne saurait être considéré comme la cause principale des guerres passées et récentes, il représente néanmoins un enjeu stratégique majeur depuis le début du siècle. La première guerre mondiale a eu pour effet d'accroître considérablement la demande de produits pétroliers. La paix revenue, les secteurs les plus dynamiques des pays industriels (automobile, pétrochimie, aéronautique) ont eu besoin de plus en plus de pétrole pour assurer leur croissance. Et depuis la seconde guerre mondiale, les hydrocarbures sont devenus une denrée stratégique, tant à usage militaire et civil, dont l'enjeu a été accru par le rythme rapide de la croissance économique des pays industriels. L'association pétrole et guerre que Yannakakis appelle la « vulgate pétrolière » condense la dénonciation de la guerre menée par « l'impérialisme américain ». L'argument qui assène que le pétrole est la cause constitue un obstacle majeur à l'exploitation de cette ressource si importante pour l'économie mondiale et la vie quotidienne des populations. La guerre pour libérer le Koweït de l'occupation irakienne et la guerre en Irak en fournissent l'éclatante démonstration.

L'éditorialiste Thomas Friedman évoque lui absence de démocratie en Irak. Malheureusement, poursuit-il, « l'équipe Bush ne défend la démocratie que chez les ennemis des Etats-Unis et jamais dans les régimes autoritaires qui soutiennent ostensiblement sa politique».159(*) Donald Rumsfeld et Georges Bush, poursuit-il, doivent toujours examiner toutes les options et ne prendront leur décision qu'après la consultation des membres du Congrès et de leurs alliés étrangers. Cette volonté messianique d'instaurer la démocratie ne recueille évidemment pas tous les suffrages car certains considèrent qu'il est très difficile d'instaurer la démocratie et une société ouverte, qu'elles que soient les bonnes intentions des acteurs.160(*) Le risque pris par l'administration Bush compte des divisions ethniques et religieuses, était de précipiter la désintégration de ce pays et c'est cette raison qui aurait poussée le président Bush en 1991 à ne pas chasser Saddam du pouvoir.

SECTION III : Une guerre aux conséquences multiples et diverses sur les relations internationales

A - L'ONU sacrifiée

· Le rôle des Nations Unies : un enjeu pour l'avenir

La position européenne est la suivante : pour toute action militaire, il faut une légitimation des Nations Unies. Ceci est reconnu dans les conclusions du Conseil européen d'Helsinki des 10 et 11 décembre 1999, au paragraphe 26 : « l'Union reconnaît que le Conseil de sécurité des Nations Unies est l'instance à laquelle il appartient en premier de veiller au maintien de la paix et de la sécurité internationale ».161(*)

L'enjeu de l'après guerre est crucial pour les Nations Unies car le rôle qui leur sera assigné sera un test important pour leur avenir. Ce n'est pas pour rien que les pays européens insistent pour que leur rôle dans l'après-guerre soit « central ». Le premier ministre britannique, Tony Blair, dont le pays est un pilier de la coalition dans la guerre en Irak reconnaissait le 16 avril 2003 « l'importance du rôle des Nations Unies dans la période post conflit en Irak. Ce rôle ne doit pas être rempli simplement par des questions politiques et de reconstruction. »162(*) L'attitude de l'administration Bush par rapport à l'ONU, avant et après la guerre en Irak occupe aujourd'hui une place importante dans la campagne pour la prochaine élection présidentielle au point que John Kerry, le challenger de Georges Bush n'hésite pas à reprocher à Georges Bush de ne pas avoir laissé continuer les inspections de l'ONU et d'avoir tenu à l'écart l'organisation internationale, non seulement pour déclencher la guerre mais aussi, ensuite, une fois la victoire acquise, pour reconstruire le pays. « Notre diplomatie a été aussi arrogante et inefficace que possible » proclame le candidat démocrate.163(*) Mais cette situation n'était-elle pas prévisible au vu de l'approche stratégique unilatérale défendue par les Etats-Unis ? En effet, elle va à l'encontre du droit international qui exige que le recours à la force soit légitimé par la communauté internationale, regroupée dans les Nations Unies. En adoptant une stratégie de frappe préventive unilatérale, le gouvernement Bush se doit de mettre les Nations Unies à l'écart, sinon de neutraliser l'organisme international dans son fonctionnement. Si le monde allait entériner cette doctrine de Bush et le nouvel ordre international qu'elle contient, il s'en suivrait une mise au rancart de facto des Nations Unies, du moins en ce qui concerne la superpuissance américaine. Les Etats-Unis pourraient contourner en tout temps l'ONU pour faire unilatéralement la guerre, non seulement contre des groupes terroristes, mais aussi contre des Etats souverains chaque fois que le gouvernement américain et lui seul, jugerait que cela est nécessaire pour défendre les intérêts nationaux américains. L'une des raisons pour laquelle les Etats-Unis s'appuient moins sur les alliances officielles et les organisations multilatérales de sécurité est, selon David Gompert, que ces institutions n'ont pas évolué, et qu'elles ont, ces dernières années, montré leur impuissance face aux dangers nouveaux et accrus qui pèsent sur la sécurité dans le monde sans oublier les hésitations et lenteurs inhérentes à ces organisations au moment où les décisions et l'action sont nécessaires. 164(*) Toutes raisons qui font que les Etats-Unis ne veulent pas s'encombrer de procédures au moment où la guerre contre le terrorisme est à son paroxysme.

Ainsi, une fois les Nations Unies éclipsées qui pourra prévenir les guerres ? Ce sera un retour à l'anarchie des relations internationales du XIXè siècle, quand des empires armés jusqu'aux dents faisaient la pluie et le beau temps dans le monde. Il s'agirait véritablement d'un recul de civilisation : le droit de la force remplacerait le droit démocratique. Entre la violence anarchique des terroristes et ce que Rodrigue Tremblay appelle la « violence impériale américaine », l'auteur reconnaît qu'il n'y a plus de place pour organisation internationale comme les Nations Unies pour agir en gendarme légitime et prévenir les conflits meurtriers, tant régionaux que mondiaux.165(*)

B- L'opposition de l'opinion publique

La guerre en Irak, en raison des causes invoquées par la coalition et la façon dont elle a été provoquée fut certainement l'un des conflits les plus controversés de ce début de siècle. Elle aura, en outre, ressuscité l'anti-américanisme mis en veilleuse depuis les attentats du 11 septembre.

De fait, la politique étrangère américaine et l'hostilité qu'elle suscite, notamment dans le monde arabe, de même que la problématique très largement occidentale de la mondialisation sont depuis longtemps les principaux aliments de l'anti-américanisme de gauche sur les registres de l'anti-américanisme et de l'antilibéralisme.

Laurent Cohen Tannugi tente d'apporter une explication à ce sentiment anti-américain en affirmant : « la suprématie stratégique des Etats-Unis, leur rayonnement culturel et leur attachement à la sécurité d'Israël irritent, du reste bien au-delà de la gauche, et l'exagération systématique de certaines divergences transatlantiques actuelles rappelle fortement les vieilles passions antiaméricaines166(*) Mais selon l'auteur, la fidélité constante manifestée à Israël est naturellement le point d'impact le plus important de la politique étrangère de Washington sur le sentiment antiaméricain dans le monde, tant par le nombre des Etats et des populations concernés que par l'intensité des réactions qu'elle suscite, notamment dans le monde arabo-musulman et en Europe. L'opinion publique européenne est contre cette guerre. L'Union comme institution a été divisée en deux lignes inconciliables. En attendant une politique étrangère commune, les évènements ont créé un axe Paris-Bruxelles-Berlin qui s'étend jusqu'à Moscou. Qu'elles en sont les lignes ?

· Remettre le droit international au centre du dispositif

· Donner une dimension régionale à l'après-guerre

· S'opposer à l'américanisation et à la privatisation de la phase de reconstruction. L'ONU n'est pas reconstructrice, elle retrouve sa fonction décolonisatrice. En face la ligne américano-britannique défend.

· Le recours à la force comme moyen légitime de transformation politique et sociale.

· La « communauté internationale » comme source de financement des objectifs définis par la puissance dominante, qui en détermine l'agenda et l'étendue territoriale.

· Le développement du marché et l'existence d'Etats minimums, non tyranniques, institués « de gré ou de force ». Les citoyens doivent choisir. En Europe, de leur détermination dépend la position de leurs dirigeants. Au Maghreb et au Machrek, les gouvernements ne pourront contenir longtemps l'humiliation, communautaire. Aux Etats-Unis les forces opposées à la guerre peuvent pallier l'incapacité des élus démocrates à proposer une alternative transnationale.

SECTION IV : Désaccords euro-transatlantique

La guerre en Irak a démontré aux sceptiques sur les relations américano-européennes traversant une phase très difficile car jamais depuis la fin de la guerre froide, Américains et Européens ne se sont aussi éloignés dans la gestion des crises du monde. Cette divergence de perception sur la manière de gérer les affaires du monde trouve son explication, entre autre, dans la différence de perception du monde entre les membres de l(administration Bush et les Européens. Dans cette optique nous allons étudier ces conceptions qui nous permettront de mieux appréhender cette opposition qui a atteint son paroxysme lors de la guerre en Irak.

A - Perceptions différentes dans le règlement des affaires du monde

Pour l'un des idéologues de la Maison-Blanche, la vision politique des Européens découle de leur faiblesse, celle des Américains résulte de leur puissance et de leurs responsabilités mondiales.167(*) Les Européens mettent aujourd'hui l'accent sur la diplomatie. Cette culture stratégique représente un rejet délibéré du passé européen. L'Union européenne est le produit d'un siècle de guerres intestines abominables. Les Européens sont passés du monde anarchique décrit par Hobbes à celui souhaité par Kant. Américains et Européens ont échangé leurs statuts et leurs points de vue. Aujourd'hui, les Etats-Unis sont les plus forts ; ils se comportent comme les grandes puissances d'autrefois l'ont toujours fait. Les Américains garantissent la sécurité de l'Europe ; ils ont pris pour eux le fardeau de maintenir l'ordre mondial. « La plupart des Européens n'ont pas compris que leur passage dans l'ère post-moderne n'a été possible que parce que les Etats-Unis n'ont pas pris le même chemin » prétend il confirmé par Stevens Everts cité par Kagan : « la différence essentielle est une affaire de culture et de philosophie que de moyens car les Européens se préoccupent surtout des problèmes qui peuvent être résolus par l'engagement politique et par des investissements massifs ».168(*) Pour Pierre Barnès, l'Amérique aime l'Europe, bien sûr, mais seulement dans la mesure où celle-ci se cantonne dans une relative impuissance car l'auteur considère que la France est la seule depuis le Général de Gaulle à nourrir la conception d'une Europe - puissance qui ferait jeu égal avec les Etats-Unis, au sein d'une alliance rééquilibrée.169(*) Les Américains ont créé une société de libre entreprise et de libre-échange qui cherche à réduire le rôle de l'Etat et lui assigne avant tout le devoir d'assurer l'égalité des chances alors que les Européens accordent, pour leur part, un grand prix à la protection sociale et aspirent à une société de solidarité, garantie par l'Etat-providence. La vision européenne de l'ordre international s'appuie sur une double conviction : d'abord les problèmes actuels ne se situent plus à l'échelle d'une seule puissance. L'une est davantage axée sur la liberté, le rôle des communautés et la religion, l'autre se veut plus sociale et plus vigilante envers les dérives possibles des mécanismes du marché car comme le disait le général de Gaulle parlant des mécanismes du marché car comme le disait le Général de Gaulle parlant des relations franco-américaines : « Quand le monde est difficile, quand le danger plane au-dessus des peuples, cet élément moral que constitue l'accord naturel de nos deux pays est d'un prix et d'un poids exceptionnel. »

La guerre en Irak a montré aujourd'hui que cette unité tant voulue ne résiste pas aux intérêts des uns et des autres. Les relations transatlantiques en sont désormais au stade de l'affrontement conceptuel chronique. L'intérêt de la prise en compte des réalités transatlantiques, et précisément de l'affrontement en cours, serait notamment de chercher une issue qui soit une recherche de règlement des problèmes ainsi apparus, plutôt que de les écarter. Le seul moyen d'en savoir plus est de nous tourner vers les commentateurs. Justement, ils deviennent prolixes, explicites et sans ambages en ce qui concerne ces relations transatlantiques, essentiellement du côté américain. Ce fait est intéressant parce que ces commentateurs, la plupart d'entre eux dans tous les cas, sont en général impeccablement politically correct par rapport aux consignes générales. S'ils n'hésitent plus à prendre position, c'est que les conditions politiques générales le permettent. La réalité devient pressante. Robert Kagan, du Carnegie Endowment for International Peace et aussi un des rédacteurs en chef du Weekly Standard, avec un article de l'International Herald Tribune170(*), publié le 27 mai, et qu'on peut lire comme un commentaire de la visite de Georges Bush en Europe, a une approche exprimée avec mesure (quoique certaines appréciations sur le comportement de l'administration Bush peuvent prêter à contestation, et paraître à certains involontairement ironiques) mais radicale sur le fond : « l'administration Bush fait de gros efforts pour avoir une bonne alliance mais Européens et Américains ne partagent pas les mêmes points de vue sur le monde. Sur l'importante question de la puissance - l'utilité de la puissance, la moralité de la puissance-, ils ont choisi des voies différentes ».171(*) Ce que Kagan met en évidence, c'est le divorce des conceptions du monde des Européens et des Américains. Mais est-ce un divorce ou une mise en évidence ? On se heurte continuellement à la question de savoir si, plutôt qu'une évolution rapide qui séparerait les deux partenaires en passe de devenir différents, étrangers, et peut-être plus, on ne se trouve pas plus simplement devant la mise à jour d'une situation qui fut dissimulée pendant la période guerre froide, avec la très forte pression de ce qui était présenté comme une menace subversive générale (l'URSS et le communisme) et la menace de guerre nucléaire. Georges W Bush insensible à la distinction entre l'Union et l'Alliance atlantique - toutes deux considérées comme des organisations internationales, la première subordonnée à la seconde - n'hésite pas à décréter que l'Europe doit s'étendre à tous les pays du continent eurasiatique situés à l'Ouest de la Fédération de Russie. L'OTAN doit assurer pleinement la sécurité de ce vaste ensemble et l'hôte de la Maison-Blanche n'envisage l'organisation européenne en la matière que strictement encadrée par l'Alliance sous direction américaine.

Le Quadriennal Defense Review, publiée le 30 septembre 2001, est très clair quant à la place de l'Europe et de la coopération transatlantique dans les perspectives américaines : l'Europe n'existe pas. Elle n'est pas mentionnée une seule fois au long des 71 pages comme un acteur défini.172(*) Le mot Europe n'est employé que comme définition géographique d'une zone de positionnement d'unités américaines ou dans l'expression « alliés européens », c'est-à-dire sous l'angle de l'OTAN, jamais sous l'angle de l'Union européenne. La notion de « Transatlantique » n'a non plus aucune place dans la QDR. Quant à la coopération, elle désigne suivant les cas, des relations en cours avec la Russie (pour sa part deux fois mentionnées, seule parmi les grandes puissances à être dans ce cas), ou plus généralement la notion vague de « coopération de sécurité avec les alliés », jamais les relations industrielles avec les pays de l'Union européenne, ni sur des programmes d'armement.

Le ministre de la Défense, Donald Rumsfeld, souhaite que les priorités stratégiques portent désormais sur l'Asie, et non plus sur l'Europe et le bassin méditerranéen. Il prône la mise en place de nouveaux instruments et de structures qui privilégieraient les armes à longue portée et réduiraient la dépendance à l'égard des bases à l'étranger173(*) alors que cette attitude est perçue aux Etats-Unis même comme une forme de mépris de l'administration Bush pour une partie de l'Europe expliquant au plus fort de la crise précédant la guerre en Irak, l'expression de Rumsfeld « vieille Europe » pour qualifier la France et l'Allemagne.174(*)

EPILOGUE : Un an après la guerre en Irak, le monde est-il pour autant plus sûr ?

Devant le recours résolu au militaire, on ne peut se focaliser que sur la légitimité juridique internationale. Ce que le chancelier Schröder avait mis en lumière en avançant il y a plusieurs semaines que résolution de l'ONU ou non, il refuserait la participation militaire de l'Allemagne. L'intervention américaine envisagée sortirait clairement et ouvertement du droit international. Théoriquement, il s'agit de se prononcer sur les recours à la force, non pas pour réprimer un déviant, mais pour transformer des régimes politiques. La charte de l'ONU avait banni le recours à la force. L'URSS avait avancé que son intervention en Afghanistan en 79 visait à moderniser un régime archaïque. C'est dans cette ligne qu'il faut replacer les objectifs de Bush. On ne peut pas se limiter à la figure de l'adversaire - menace dans une lignée talibans, Irak, Soudan, Libye, Somalie, Corée du Nord... Il faut passer au recours à la force comme moyen de modernisation politique ou à l'occasion d'une stabilisation. Elle s'étend alors à des régimes comme l'Arabie Saoudite, l'Iran, pour des objectifs économiques (pétrole), mais aussi la Syrie, et pourquoi pas l'Egypte...

Il faut aussi considérer la situation stratégique régionale issue d'une intervention. L'Irak de l'après Hussein est pensé comme démantelé entre une large autonomie au nord et un lien entre les chiites irakiens et l'Iran au sud. La Turquie (et éventuellement l'Iran) craint la constitution d'un Kurdistan réel qui réanimerait son opposition interne. La réaction des chiites irakiens du sud pourrait être plus nationale que religieuse, et l'Iran n'a pas envie d'être pris entre un Irak et un Afghanistan contrôlés par les Etats-Unis.

La création de nouveaux fronts locaux est donc probable. Sharon, qui représente la majorité des Israéliens et joue sur leurs peurs, profitera de la situation pour éliminer les sites irakiens présentant des risques virtuels pour Israël. Il pourrait utiliser une décomposition du territoire irakien pour « inciter » les palestiniens à s'y installer, via la Jordanie. Il est peu probable que l'incendie s'étende au sous continent indien, lequel appartient à une autre aire stratégique. Mais l'Afghanistan « politique » est tout sauf stable. La pression des radicaux ne peut que s'accroître au Pakistan ou en Indonésie, accentuant les risques dans un autre espace mondial.

L'hypothèse d'un soulèvement « régional » des rues arabes n'aurait pas de conséquences militaires, mais pourrait être fatal à plusieurs régimes « amis » des Etats-Unis. On peut cyniquement prétendre que c'est la seule solution pour renverser des régimes indéfendables. Avec le risque que Khomeiny succède au Shah. Enfin, les conséquences extérieures à la zone sont latentes. La « rue arabe » existe aussi en France et en Grande Bretagne et l'articulation avec la question palestinienne inévitable. La légitimité des actions américano-israéliennes sera impossible à défendre, non seulement dans les opinions, et dans les relations entre communautés ethnico-religieuses.

Au total, un modèle américano-israélien de guerre se met en place, suscitant autant que suscité par le terrorisme. La Tchétchénie en est la version massive et brouillonne. Il diffère et bouscule le mode de gestion de la violence expérimentée par le s Européens. Face à ce déplacement d'objectifs les Etats tiers (et en particulier les alliés européens des Etats-Unis) sont contraints de se positionner, non plus sur les critères juridiques du droit positif ou même la faisabilité militaire, mais bien à la fois sur le retour à l'usage de la force et sur les conséquences dans le cas irakien et le moyen-oriental.

En ce qui concerne l'évolution du système international, l'hypothèse la plus plausible est celle d'un aboutissement du rôle hégémonique des Etats-Unis dans les affaires du monde, à la faveur de la lutte contre le terrorisme. Ce renforcement se traduirait à la fois par l'affaiblissement de ma souveraineté de la plupart des pays et, sur le plan territorial, par l'expansion de la présence militaire américaine. C'est ce mécanisme que Justin Vaïsse dénomme « appel d'empire ».175(*)

La nature de la menace terroriste et de la guerre menée contre elle va inévitablement accentuer l'évolution du système international vers une plus grande confusion entre l'interétatique et l'interne. Les pressions américaines vont donc s'exercer dans des domaines qui touchent directement à la souveraineté étatique : police, justice, renseignement, recherche scientifique et éducation, etc. Nul doute qu'au nom de la défense commune contre le terrorisme, les Américains vont chercher à diffuser sur le terrain leurs normes de sécurité et leurs modes opératoires ; on pense par exemple au filtrage de l'immigration au Canada et au Mexique, dont les frontières avec les Etats-Unis sont ouvertes. On pense aussi aux méthodes de surveillance des suspects dans les pays où la justice laisse à désirer.

L'affaiblissement de la souveraineté des Etats est l'effet de coalition, au demeurant bien connu. Pour Vaïsse, le mandat obtenu par Washington auprès de nombreux pays va inévitablement être interprété de manière extensive, et servir à justifier des demandes nouvelles. C'est le fameux raisonnement : « si vous êtes contre le terrorisme, alors vous êtes avec nous ; et il faut donc prendre telle ou telle mesure ». Si les alliés souhaitent démontrer leur solidité et leur fiabilité, il leur sera difficile de résister aux demandes de Washington en matière de police et de renseignement par exemple.

On peut enfin poser l'hypothèse que l'implication des Etats-Unis en Asie du Sud pourrait les conduire à accroître leur présence militaire dans la région. Après tout, c'est ce qui s'est passé après la guerre du Golfe et l'intervention de l'OTAN dans les Balkans. A ce stade, il est difficile d'être plus précis ; mais on peut imaginer un stationnement discret (comme en Arabie Saoudite) qui se pérenniserait - soit dans un Afghanistan repris par la coalition du Nord, soit en Asie centrale. On retrouve ici un mécanisme historique classique : une puissance intervenant pour rétablir l'ordre et qui, pour les besoins de la cause, s'installe dans la région. Il n'en reste pas moins que ces développements pourraient paradoxalement offrir une réponse partielle aux défis de la mondialisation. De fait, on assisterait bien à une coopération accrue des Etats répondant aux problèmes transfrontaliers tels que le terrorisme et le blanchiment de l'argent sale... Sauf que cette coopération se ferait sous l'impulsion des Etats-Unis et en appliquant leurs modèles. Ainsi se rapprocherait-on, un peu plus, d'une « gouvernance mondiale », non pas par l'adoption d'un modèle coopératif interétatique de type onusien, mais par la projection de la puissance étatique des Etats-Unis.

François Heisbourg le reconnaît en affirmant : «...Les Etats-Unis ne sont pas pour autant un empire exerçant son hégémonie. Ils ne peuvent pas occuper durablement un territoire, sauf à consentir des pertes de mobilité stratégique dans d'autres parties du monde. On voit donc leurs limites même en matière de défense. Politiquement, les Etats-Unis n'ont pas même pas pu convaincre leurs voisins les plus proches - le Canada et le Mexique- de les soutenir pendant la crise irakienne. Dés lors, nous sommes dans un système international où le pouvoir d'influence directe de l'une quelconque des puissances qui le compose est relativement faible, même s'il s'agit de la seule superpuissance que sont les Etats-Unis. » 176(*)

CONCLUSION

Plus d'un an après la guerre en Irak, l'administration Bush est en train de montrer à la face du monde, les limites de sa doctrine de guerre préventive, une guerre dont les autorités américaines reconnaissent aujourd'hui qu'elle fut déclarée sur de fausses preuves. C'est une armée américaine embourbée qui se débat dans un pays en chaos, qui tente de se sortir de ce bourbier dont les responsables se trouvent autour du président Bush. Pour autant, trois ans après les attentats du 11 septembre et la déclaration de guerre au terrorisme dont « l'axe du mal » constitue un pan, le monde est il devenu plus sûr pour autant. Un bref rappel de l'actualité internationale durant cette période, montre que même si des actions ont menées pour déjouer des attentats, il reste beaucoup à faire pour pacifier le monde. Georges Bush n'avait pas tort en disant que ce sera une lutte longue et âpre car entre temps, le Moyen Orient est devenu plus que jamais un endroit instable : processus de paix au point mort, guerre en Irak, avec son corollaire qui est à la hausse du prix du pétrole laquelle peut engendrer des conséquences désastreuses sur l'économie mondiale.

L'Europe, elle, s'est réveillée sous le choc le 11 mars 2004 avec les actions terroristes à Madrid donnant du grain à moudre aux américanophobes qui accusent les Etats-Unis d'en être responsable au vu de leur politique en Irak en particuliers, dans le monde en général. Plusieurs interprétations peuvent être apportées sur cette politique étrangère des Etats-Unis.

Une première interprétation consiste à dire que les Américains veulent mettre la main sur l'ensemble de la planète et y appliquer leur vision du monde. Une deuxième interprétation est de considérer que les Américains vont procéder par étape, plus subtilement, et que s'ils souhaitent privilégier un modèle de développement, de société, ce modèle devra s'adapter aux régions et aux régimes. L'administration Bush entend désormais instaurer la démocratie au Moyen Orient. Cette noble ambition laisse songeur au regard, par exemple, de l'absence de démocratie en Arabie Saoudite en dépit des relations de longue date avec les Etats-Unis. L'administration Bush développe une vision fondée sur une sorte d'idéalisme qui consiste à penser que les valeurs américaines, porteuses de progrès, représentent le bien et devraient être acceptées partout. Cette vision s'accompagne de textes, élaborées à la suite des attentats du 11 septembre, qui visent à garantir la sécurité de la population américaine par tous les moyens et qui marquent le souhait des Etats-Unis de contribuer au bonheur de la planète à travers sa politique économique. Dans ce cadre et afin de sécuriser la planète, d'une stratégie de containment, les Etats-Unis sont passés à une logique d'engagement, y compris sur des zones où ils étaient absents.

Le 3 novembre 2004, les Américains décidaient de renouveler leur confiance à Georges W Bush qui n'est plus le président « mal élu » de 2000. En effet, avec plus de 3 millions de voix d'avance face à son challenger démocrate John Kerry, le président américain peut se targuer d'avoir fait taire tous ses détracteurs qui l'accusaient d'avoir bénéficié du soutien d'une Cour Suprême à majorité républicaine.

Mais en le reconduisant à la Maison Blanche, les électeurs Américains non seulement cautionnent quelque part la politique appliquée par l'administration Bush depuis les attentats du 11 septembre, laquelle politique a fait beaucoup parlé d'elle notamment en Irak, mais aussi permettent à Georges W Bush de terminer le travail entamé. Mais est ce pour autant carte blanche accordée à l'administration Bush ? Rien n'est moins sûr car malgré sa victoire, force est de constater la population américaine supporte de moins en moins les pertes américaines journalières en Irak, une guerre dont les guerres qui ont poussé à l'engagement américain (liens avec Al Qaïda, possession d'armes de destruction massive etc...) se sont révélées pour le moins, invérifiables, sans compter le coût financier astronomique (200 milliards de dollars) continue de peser sur le budget fédéral américain.

La politique de guerre préventive a dans ce cas précis montré ses limites. L'Irak est pour le moins plus instable que sous Saddam même si Georges Bush père affirme le contraire.177(*) Pire, la guerre contre le terrorisme a semblé redonné un nouveau souffle aux actions terroristes qu'elle était sensée combattre, l'Irak devenant ainsi un sanctuaire pour tous les terroristes en mal d'opérations suicides. Les attentats de Madrid le 11 mars 2004 et récemment ceux de Londres en juillet 2005 montrent que loin d'être à terre, les organisations terroristes ont retrouvé un second souffle.

Ce travail nous a permis de montrer que même si des doutes subsistent quant à savoir l'administration Bush était ou non au courant des attentats du 11 septembre, il devient clair qu'ils ont mis à profit cette tragédie afin d'exécuter une politique longtemps mûrie et qui n'attendait qu'un contexte favorable afin de prospérer.

Ce qui est condamnable, c'est que les Etats-Unis mènent et veulent mener non pas des guerres défensives ou préemptives, mais bien des guerres préventives qui ne peuvent que rendre le monde plus dangereux et la prolifération des ADM plus probable. L'asymétrie de la puissance des Etats-Unis déséquilibre tout ordre international surtout avec une administration avec des visées si unilatéralistes. Il serait judicieux pour les Etats-Unis de méditer cette phrase de Pierre Hassner : « Le danger pour les Américains est que la lutte contre le fanatisme ne les amène à devenir fanatiques eux-mêmes. »

ANNEXESL'ORGANISATION D'AL QAEDA

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Table des matières

 

Remerciements...........................................................................................3

Sommaire..................................................................................................5

Introduction................................................................................................6

 

PREMIERE PARTIE : LE 11 SEPTEMBRE : LA VULNERABILITE DES Etats-Unis MIS A NU................................................................................................13

 

CHAPITRE I : L'administration Clinton et le voeu des « faucons » d'en découdre.................................................................................................15

Section I : 11 septembre : exploitation par l'administration Bush ?............................15

Section II : Des failles au sein des services de renseignement.............................20

A- Négligence ou suffisance...................................................................22

B- Facteurs techniques et humain : déséquilibre dans l'orientation du budget ...23

 

CHAPITRE II : La guerre du terrorisme........................................................25

Section I : Une guerre sans fin ?................................................................................25

Section II : La loi dite du Patriot Act : Vers une restriction des libertés aux USA ?....28

Section III : De l'Afghanistan à l'Irak : Un calendrier militaire chargé.....................30

A- Une guerre sans l'Otan.......................................................................31

B- L'après guerre : le choix de l'action militaire au détriment de l'humanitaire....32

Section IV : Bagdad : nouvelle cible des faucons..............................................33

 

CHAPITRE III : Une guerre sans fin contre « l'axe du mal »........................... 36

Section I : Un ennemi bienvenu ?...............................................................................36

Section II : Evolution politique de la National Missile Defense..............................39

A- Les réticences de l'administration Bush.................................................39

B- Une hausse des crédits sous l'administration Bush..................................42

C- Un programme surmédiatisé, des résultats mitigés.................................49

DEUXIEME PARTIE : LA NOUVELLE STRATEGIE NATIONALE DE SECURITE DE L'ADMINISTRATION BUSH ET SES IMPLICATIONS SUR LE TERRAIN.......52

 

CHAPITRE I : L'unilatéralisme américain : historique et vision proposée dans le jeu des relations internationales.................................................................53

Section I : L'unilatéralisme, assumation de la puissance.....................................53

A- L'unilatéralisme, nostalgie d'une époque révolue ?.........................................55

B- Une volonté hégémonique à toute épreuve............................................56

Section II : La doctrine de guerre préventive....................................................57

A- Les Etats-Unis hors la loi ?..............................................................................60

B- De la « dissuasion » à l'unilatéralisme...................................................62

· primauté des forces militaires..............................................................64

· Avènement d'un nouveau multilatéralisme.............................................67

· La propagation de la démocratie..........................................................69

 

CHAPITRE II - L'administration Bush : une équipe cosmopolite....................71

Section I : Un gouvernement de guerre froide sans guerre.................................71

A- Une mouvance très proche d'Israël.......................................................72

B- Des liens très étroits avec le monde pétrolier..........................................73

Section II : Néo conservateurs : un groupe à plusieurs tendances .......................75

 

CHAPITRE III : Guerre en Irak : Les Etats-Unis, seul contre tous....................77

Section I : La guerre en Irak, ultime stade du néo conservatisme.........................77

A- Les raisons de l'invasion américaine ....................................................77

B- Coopération entre Al Qaïda et le régime irakien ?...........................................78

Section II : Les armes de destruction massive : raisons fallacieuses d'une guerre illégale ?.....................................................................................................................80

A- Une guerre décidée d'avance..............................................................81

B- L'importance du pétrole dans le conflit irakien ........................................84

Section III : Une guerre aux conséquences multiples et diverses sur les relations internationales............................................................................................................88

A- L'ONU sacrifiée................................................................................88

* Le rôle des Nations Unies : un enjeu pour l'avenir........................................88

B- L'opposition de l'opinion publique.........................................................89

Section IV : Désaccords euro-atlantique : des perceptions différentes dans le règlement des affaires du monde..................................................................91

 

EPILOGUE : Un an après la guerre en Irak, le monde est-il pour autant plus sûr ?...........................................................................................................................95

 

CONCLUSION...........................................................................................98

Annexes................................................................................................101

.Bibliographie.........................................................................................105

* 1 Annette Levy Willard, «World Trade Center. 6 morts en 1993» in Libération du 12 sept. 2001

* 2 Ibid.

* 3 Alain Dieckoff « Ondes de choc » Monde-diplomatique décembre 2001

* 4 Olivier Roy, Les illusions du 11 septembre, Paris, Seuil, 2002, p 10

* 5 Georges W Bush, La stratégie nationale de sécurité des Etats-Unis d'Amérique, Septembre 2002

*

6 Georges W Bush, discours à Washington D. C.,(National Cathedral), le 14 septembre 2001

* 7 Robert Kagan , «America's Crisis of Legitimacy» in Foreign Affairs, Mars-Avril 2004

* 8 Robert Kagan, La puissance et la faiblesse, Les Etats-Unis et l'Europe dans le nouvel ordre mondial, Grasset, Paris, 2003

* 9 Eric Laurent, « Comment Bush a programmé sa guerre » in Courrier International du 30 mars 2004

* 10 Ibid

* 1 Hubert Védrine, Face à l'Hyperpuissance, Fayard, Paris, 2003

* 2 Zbigniew Brzezinski, Le Vrai Choix l'Amérique et le reste du monde, Odile Jacob, Paris, 2004, 310 p

* 3 Sergio Romano, Le grand désordre mondial, Ed Syrte, 2001

* 4 Le Monde du 23-4-04 « 11 septembre : un rapport critique l'administration Bush »

* 5 Sur le cas Richard Clarke, nous y reviendrons car après avoir fait partie de l'administration Bush, il a fait des déclarations retentissantes sur le bien fondé de la guerre en Irak.

* 6Le Monde du 23-4-04 « 11 septembre... » opcit

* 7 Cité par Pierre Mélandri, Justin Vaïsse, l'Empire du Milieu, les Etats-Unis et le monde depuis la fin de la guerre froide, Odile Jacob, 2001, Paris, 550 p

* 8 « Avec l'Irak, l'objectif serait de redessiner le Moyen-Orient » www.geostrategie.com

* 9 Stanley Hoffmann, « Régression américaine » in revue Esprit juillet 2003 pp 44-58

* 10 Ibid.

* 11 Alexis Debat, « Vol au dessus d'un nid de faucons » Politique Internationale n°99 printemps 2003

* 12 Georges Soros, Pour l'Amérique contre Bush, Donod, Paris, 2004, 221 p

* 13 Ignacio Ramonet, Guerres du XXIè siècle, Galilée, Paris, 2002, 183 p

* 14 Pascal Boniface, Vers la 4è guerre mondiale, Armand Colin, 2005, Paris, 172 p

* 15 Ibid.

* 16 Madeleine Albright, « Madame le Secrétaire d'Etat... » Mémoires, Albin Michel, Paris, 2003, 652 p

* 17 Letter to President Clinton www.newamericancentury.org

* 18 Ibid.

* 19 Richard Clarke, Contre tous les ennemis, Albin Michel, Paris, 364 p

* 20 Richard Clarke, Contre tous les ennemis, opcit.

* 21 Patrick Martin « L'administration Bush et le 11 septembre : les implications des révélations de RICHARD Clarke » www.wsws.org

* 22 Patrick Martin, « L'administration Bush et le 11 septembre... » opcit

* 23 11 septembre, Rapport final de la Commission d'enquête, Ed des Equateurs, Paris, 2004, 501 p

* 24 Ibid. Plus de renseignement avec les propositions faites par les membres de la Commission.

* 25 Donald Rumsfeld, « Une guerre au long cours » Politique Internationale n° 93 Automne 2001

* 26 François Heisbourg, « Le basculement du monde » Politique Internationale n° 93 Automne 2001

* 27 Ibid.

* 28 François Heisbourg, « Le basculement du monde » op cit

* 29 Déclaration faite lors de l'émission « CIA : guerres secrètes » diffusée sur ARTE

* 30 Gary Schmitt, « La stratégie de sécurité nationale de l'administration Bush » in Les Etats-Unis aujourd'hui, Choc et changement, Odile Jacob, Paris, 2004, 363 p

* 31 Ibid.p 285

* 32 Stanley Hoffmann opcit. p 44

* 33 Guillaume Corvus, La convergence des catastrophes, Ed Die, Paris, 2004, 221 p

* 34 Cité par Pascal Boniface, Vers la quatrième guerre mondiale? , Armand Colin, Paris, 2005, 172 p

* 35 Ibid.p 89

* 36 Ibid. p 89

* 37 Guillaume Corvus, La convergence des catastrophes, Ed Die, Paris, 2004, 221 p

* 38 Ibid. p 52

* 39 Ibid. p 53

* 40 Ignacio Ramonet, Guerres du XXIè siècle opcit

* 41 « Washington et Londres sans le bourbier irakien : analyse des contours et des conséquences d'une victoire à la pyrrhus ? » par Jean Emmanuel Pondi dans Une lecture africaine de la guerre en Irak, Ed Maisonneuse §Larose, Paris, 2003, 242 p

* 42 Ignacio Ramonet, Guerres.... opcit

* 43 Ghassan Salamé, Quand l'Amérique refait le monde, Fayard, Paris, 2005, 568 p

* 44 Ibid.

* 45 Voir Annexe

* 46 François Heisbourg et la Fondation pour la Recherche stratégique, Hyperrterrorisme : la nouvelle guerre, Odile Jacob, Paris, 2001, 270 p

* 47 Ibid.

* 48 Ibid.

* 49 Ignacio Ramonet opcit p 55

* 50 Ibid. p 56

* 51 Eric Leser « Guantanamo : La cour suprême donne tort à l'administration Bush » Le Monde du 26 juin 2004

* 52 www.amnesty.org

* 53 Ibid.

* 54 Ignacio Ramonet opcit p 57

* 55 Jean Yves Haines, les Etats-Unis ont-ils besoin d'alliés, Payot, Paris, 2004, 379 p

* 56 Patrick Martin, « Les Etats-Unis se préparaient à attaquer l'Afghanistan bien avant le 11 septembre » www.wsws.org

* 57 Jean Yves Haine, Les Etats-Unis ont-ils besoin d'alliés opcit

* 58 Georges Soros, Pour l'Amérique... opcit p 51

* 59 Jean Yves Haine, les Etats-Unis.... opcit p 276

* 60 Georges Soros opcit p 51

* 61 Michael Hirsch, « Bush and the world » in Foreign Affairs september-october 2002

* 62 Estimations de l'International Crisis Group

* 63 Hakim Ben Hammouda, Bagdad année zéro au lendemain de la seconde guerre, Maisonneuse§Larose, Paris, 2003, 248 p

* 64 Ibid. p 23

* 65 Ibid.

* 66 Chalmers Johnson « Eliminer Saddam, un projet lancé en 1998 » Courrier International 30 mars 2004

* 67 Ibid.

* 68 Zbigniew Brzezinski, Le Vrai choix... opcit p 44

* 69 Thérèse Delpech, « Quatre regards sur le 11 septembre Etats-Unis, Europe, Russie, Chine » in Esprit, Août- septembre 2002 p 19

* 70 Ibid.

* 71 Zbigniew Brzezinski, Le Vrai choix... opcit. p 21

* 72 Thérèse Delpech « Quatre regards.... » opcit p 21

* 73 Ces citations du présidents sont disponibles sur le site http://whitehouse.gov

* 74 Frédéric Encel, La démocratie à l'épreuve de l'islamisme, Flammarion, 2002, 203 p

* 75 Georges Soros, Pour l'Amérique.... opcit... p 50

* 76 Amir Tahéri, « Bush et l'axe du mal » Politique Internationale n° 96

* 77 Nicolas Descours, « Choix stratégiques de défense et intérêts économiques américains » Polytechnique, 1999

* 78 Cité par Philip Golub, « Rêves d'empires de l'administration américaine » Monde-diplomatique, Juillet 2001

* 79 Condoleeza Rice, « Promoting the National Interest », Foreign Affairs, Janvier-Février 2000

* 80 Philip Golub, « Rêves d'empires .... » opcit.

* 81 James Lindsay, « La politique américaine de défense antimissile : la troisième fois sera-t-elle la bonne ? » Politique Etrangère Mars 2001

* 82 Etienne Durand, « Les armes de l'empire » Politique Internationale n° 97 automne 2002

* 83 Chiffres avancés par Nicolas Descours

* 84 Thérèse Delpech, « Quatre regards avec le 11 septembre ... » opcit p 20

* 85 Guillaume Parmentier, Les Etats-Unis aujourd'hui..... opcit p 237

* 86 James Lindsay, « La politique américaine de défense antimissile : la troisième fois sera-t-elle la bonne ? » Politique Etrangère Mars 2001

* 87 Henry Kissinger, « Ce que je ferai » Politique Internationale n° 90

* 88 http://usinfo.state.gov/journals/itps/1202/ijpf/ippf1202.htm

* 89 Alexis Debat, « Vols au dessus d'un nid de faucons » opcit.

* 90 Dario Battistella, « « Liberté en Irak » ou le retour de l'anarchie hobbienne », Raisons politiques, n° 13, février 2004 p 72

* 91 Ibid

* 92 Alexis Debat, « Vol au dessus d'un nid.... » op cit

* 93 Nils Andersson : « Le mal américain l'unilatéralisme » www.cicg.free.fr

* 94 Thomas Lindemann, « Les guerres américaines dans l'après-guerre froide. Entre intérêt national et affirmation identitaire » in Raisons politiques, Etudes de pensée politique, n°13, février 2004 pp 42-43

* 95 Ibid.

* 96 Madeleine Albright, « Madame le Secrétaire... » op cit p 394

* 97 Stratégie nationale de sécurité des Etats-Unis d'Amérique

* 98 Ghassan Salamé, Quand l'Amérique refait le monde, Fayard, Paris, 2005, 568 p

* 99 Ibid.

* 100 « What does disarmament look like », allocution prononcée devant le Council on Foreign Relations, New York, 23 janvier 2003

* 101 Gary Schmitt, « La stratégie de sécurité nationale de l'administration Bush » in Les Etats-Unis aujourd'hui, Choc et changement, Odile jacob, Paris, 2004 p 280

* 102 Dario Battistella, « « Liberté en Irak » ou ... » op cit p 70

* 103 Saïdar Bédar « La préemption conforme à la globalisation » Le Débat Stratégique n° 65 novembre 2002

* 104 Bernard Adam, « Unilatéralisme et militarisme », note d'analyse du Groupe de recherche et d'information sur la paix et la sécurité (GRIP)

* 105 Pierre Hassner, Justin Vaïsse Les Etats-Unis et le monde p 75

* 106 Cité par Adam opcit.

* 107 Laurent Cohen Tannugi, Les sentinelles de la liberté, l'Europe et l'Amérique au seuil du XXè siècle, Odile Jacob, Paris, 2001, 225 p

* 108 Henry Kissinger, « Ce que je ferai » opcit

* 109 Jack Spencer, « Why Preemption is necessary » www.heritage.org

* 110 Paul Marie de La Gorce, « Washington et la maîtrise du monde », Le Monde diplomatique, avril 1992

* 111 Déclaration devant la commission de la défense du Sénat, le 21février 1991

* 112 Robert Tucker et Frederick Hendrickson, « The Imperial Temptation », Council on Foreign Relations, New York, 1992, pp 9-10

* 113 La stratégie de sécurité nationale des Etats-Unis : une ère nouvelle http://usinfo.state.gov/journals/journals.htm.fr

* 114 Keir Lieber, La stratégie de sécurité nationale du président Bush http://usinfo.state.gov:journals:itps/1202/ijpf/frtoc.htm

* 115 Ghassan Salamé, Quand l'Amérique refait le monde opcit

* 116 Ibid.

* 117 Michael Parenti L'horreur impériale, les Etats-Unis et l'hégémonie mondiale, Ed Aden, Bruxelles, 2004, 243p

* 118 Ghassan Salamé, Quand l'Amérique....opcit

* 119 Robert Lieber professeur de gestion publique et de politique étrangère, université de Georgetown http://usinfo.state.gov/journals:itps/1202/ijpf/frtoc.htm

* 120 Richard Armitage, « La place de la coopération internationale dans la stratégie de sécurité nationale » http://usinfo.state.gov/français/homepage.htm

* 121 Bertrand Badie, L'impuissance de la puissance, Fayard, Paris, 2004, p 243

* 122 Bertrand Badie, L'impuissance de la puissance, Essai sur les nouvelles relations internationales, Fayard, Paris, 2004, p 227

* 123 Thomas Lindemann, « Les guerres américaines.... » op cit p 45-47

* 124 Respectivement vice-président, secrétaire d'Etat, secrétaire à la Défense, secrétaire adjoint à la Défense,secrétaire d'Etat adjoint chargé de l'Asie du Sud-Est et de la zone Pacifique, conseiller de sécurité de M. Dick Cheney, ambassadeur non encore confirmé à l'ONU.

* 125 Voir Annexe

* 126 Stanley Hoffmann, « Régression américaine » opcit

* 127 Jrean Yves Haine, Les Etats-Unis ont-ils besoin d'alliés opcit

* 128 Nicole Bacharan, les Etats-Unis en guerre in Irak, an I...opcit

* 129 Jean yves Haine opcit

* 130 Alexis Debat, « Vol au dessus d'un nid de faucons » opcit

* 131 Sami Naïr, L'empire face à la diversité opcit

* 132 « Bush et les barons du pétrole » www.webplaza.com

* 133 Ibid.

* 134 « Enron, le rapport qui embarasse Bush », 24 heures, 18 janvier 2002 Le rapport dans son entier est disponible en format pdf sur le site www.entrefilet.com/enron_Bush _rapport pdf

* 135 Thomas Lindemann, « Les guerres américaines.... » opcit p 43

* 136 Michel Fortmann, « L'obsolescence des guerres interétatiques ? » in Raisons politiques, Etudes de pensée n° 13 fev 2004 p 89

* 137 William Kristol, Notre route commence à Bagdad, Denoel, Paris, 2003

* 138 Lire le rapport de Richard Butler in Review of Intelligence on Weapons of Mass Destruction p119

* 139 Eric Maurice, Comment Bush a programmé sa guerre » Courrier International30 mars 2004

* 140 Pascal Dallecoste « Qui veut vraiment du Carlyle Group » laboratoire de recherche de l'école de guerre économique ( LAREGE)

* 141 Ibid.

* 142 Thomas Lindemann, « Les guerres américaines... » opcit p 51

* 143 Hans Blix, Irak, les armes introuvables, Fayard, Paris, 2004, 450 p

* 144 Hakim Ben Hammouda, « Bagdad dans l'oeil du Cyclone » opcit

* 145 Hans Blix « Irak, les armes introuvables » opcit

* 146 Rashidi Khalidi, L'empire aveuglé les Etats-Unis et le Moyen-Orient, Actes Sud, Paris, 2004, 262 p

* 147 Rashidi Khalidi, L'empire.... opcit p 35

* 148 La photo en Annexe de Saddam Hussein et de Donald Rumsfeld en 1983 est illustratif.

* 149 Données fournies par Hakim Ben Hammouda opcit p 102

* 150 Georges Soros, « Pour l'Amérique... » opcit pp 59-60

* 151 Steven Thomma et Jackie Koszczuk « Attaquer l'Irak, un rêve devenu priorité » The Philadelphia Inquirer-Courrier International 30 mars 2004

* 152 « L'Administration Bush se défend maladroitement d'avoir planifié l'invasion de l'Irak dès Janvier 2001 » 13 Janvier 2004 www.fairelejour.org

* 153 Robert Kagan « A way to Oust Saddam » Weekly Standard 28 septembre 1998

* 154 Hans Blix, Irak, les armes introuvables op cit p 433

* 155 Nicole Bachran, « Les Etats-Unis en guerre » Irak, an I un autre regard sur un monde en guerre, Ed du Rocher, Paris, 2004, p 425

* 156 Professeur d'économie au College of Business Administration Ohio, Northern University

* 157 Alhadji, « La guerre pour le pétrole » www.project-syndicate.org

* 158 IIios Yannakakis, « Une guerre pour le pétrole » Irak, an I op cit p 177

* 159 Ph J « Mr Bush montrez nous vos preuves » Courrier International 30 mars 2004

* 160 Sur ce point lire Georges Soros, Pour l'Amérique contre Bush opcit

* 161 Lire le rapport de l'Assemblée de l'Union de l'Europe occidentale « L'Europe et la stratégie de sécurité nationale des Etats-Unis » mai 2003

* 162 Ibid.

* 163 Patrick Jarreau « La situation se détériore pour l'administration Bush » Le Monde 23 04 04

* 164 David Gompert, « La transformation de l'appareil militaire américain » op cit

* 165 Rodrigue Tremblay, Le nouvel empire américain opcit p 161

* 166 Laurent Cohen Tannugi, Les sentinelles de la liberté op cit pp 25-26

* 167 Robert Kagan, La puissance et la faiblesse, les Etats-Unis et l'Europe dans le nouvel ordre mondial, 2003

* 168 Ibid.

* 169 Pierre Barnès, « Les Etats-Unis et le reste du monde, les chemins de la haine », Harmattan, Paris, 2002, 284 p

* 170 Robert Kagan, « Different philosophies of power » International Herald Tribune 27 mai 2002

* 171 Robert Kagan, « Different...... » opcit

* 172 Pour de plus amples informations consulter le site www.i-d-europe.org

* 173 « La guerre au long cours » Politique Internationale n° 93

* 174 John Vinocur « Trans-Atlantic Quarrel : An indifferent Washington shrugs» International Herald Tribune 20 Janvier 2004

* 175 Justin Vaïsse « L'Hyperpuissance au défi de l'Hyperterrorisme » Politique Etrangère Octobre 2001

* 176 Dossiers Européens, Décembre 2003

* 177 Voir RTL.fr du 30 juin 2005