WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Tourisme et développement durable: quelles conjugaisons? cas du Maroc

( Télécharger le fichier original )
par Seloua GOURIJA
Université du Littoral Côte d'Opale - Docteur Es Sciences Economiques 2007
  

Disponible en mode multipage

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

UNIVERSITÉ DU LITTORAL COTE D'OPALE

Département d'Economie et de Gestion

N° bibliothèque :
    THESE

pour l'obtention du titre de

DOCTEUR Es Sciences Economiques

Tourisme et développement durable: quelles conjugaisons ?

Expérience du Maroc

présentée et soutenue publiquement le 11janvier 2007 par

Seloua GOURIJA

Etudiante dans le cadre de l'accord de coopération entre l'ULCO et l'Université de Settat (Maroc)

Sous la direction de

Hassan ZAOUAL , Professeur Chaire spéciale d'Economie du Développement, University of Antwerpen.

JURY  

De RAULIN Arnaud, Professeur, Rapporteur, Université de l'Artois.

HENNI Alex, MC-HDR, Rapporteur, Université de l'Artois.

CALLENS Stéphane, Professeur, Université de l'Artois.

FERREOL Gilles, Professeur, Université de Besançon.

 RHELLOU Ahmed, Rapporteur, Professeur et doyen P.I., Université d'Agadir, Maroc.

ZAOUAL Hassan, directeur de thèse, MC-HDR, Université du Littoral Côte d'Opale.

Laboratoire de Recherche sur l'Industrie et l'Innovation Equipe d'accueil n°3604, Groupe de Recherche sur les Economies Locales, Maison de la Recherche en Sciences de l'Homme, Université du Littoral Côte d'Opale, 21 quai de la citadelle, Dunkerque.

REMERCIEMENTS

Je tiens à exprimer ma reconnaissance à toutes les personnes qui ont contribué à l'élaboration de ce travail.

Je remercie tout d'abord, mon directeur de recherche, Monsieur Hassan ZAOUAL, cette thèse n'aurait pu être rédigée sans sa coopération, ses critiques, et ses encouragements.

Elle n'aurait pas abouti sans ses efforts, à travers les lectures que je lui soumettais et les discutions que je sollicitais.

Ma gratitude se tourne aussi vers Monsieur le Professeur Gilles FERREOL sur son aide à travers ses relectures, ses encouragements et ses conseils.

Je remercie également toutes les personnes qui ont facilité la progression de mes recherches de près et de loin.

Je suis redevable à tous mes amis qui m'ont encouragée à persévérer mes recherches.

Enfin, une incalculable reconnaissance à tous les membres de ma famille, mes parents, mes frères et mes soeurs, leurs encouragements et sacrifices à la réalisation de cette travail de recherche m'ont été d'un soutien précieux.

Je remercie particulièrement Abdelmalek MATOUG, mon mari, sur son soutien moral, son aide à travers ses encouragements et conseils.

TABLE DES MATIERES:

Remerciements............................................................................2

Table des matières........................................................................3

Introduction générale....................................................................7

 

Chapitre I. Le tourisme et ses limites...............................................14

Section I. L'émergence et le développement du tourisme de masse..........15

I.1. Genèse du phénomène touristique..............................................................15

I.1.1. De l'antiquité au XVIIIéme siècle...............................................................15

I.1.2. 1800-1950 : du tourisme élitiste au tourisme de masse.......................................16

I.2. Le tourisme de masse et le modèle des 4S..................................................18

I.2.1. Le tourisme de masse.............................................................................18

I.2.2. Le modèle des 4S...............................................................................20

Section II. Le tourisme de masse : chance ou risque pour le développement local ?.......................................................................................22

II.1. Le tourisme et le développement socio-économique.......................................22

II.1.1. Le tourisme : un moteur du développement économique...................................24

II.1.2. Le tourisme et le développement social.......................................................30

II.2. Le tourisme et l'environnement..............................................................36

II.2.1. L'environnement : un moteur touristique.....................................................36

II.2.2. Le poids du tourisme sur l'espace naturel.....................................................41

Section III. L'émergence d'un tourisme post-fordiste...........................55

III.1. L'épuisement du tourisme de masse.........................................................55

III.1.1. Le déclin de méga tourisme....................................................................56

III.1.2. L'incapacité de charge de site touristique...................................................59

III.2. Le tourisme post fordiste.......................................................................62

III.2.1. Les nouvelles tendances du marché touristique.............................................64

III.2.1.1. L'enjeu de la qualité..........................................................................65

III.2.1.2. Un nouveau produit touristique.............................................................68

III.2.2. Un nouveau paradigme :le modèle de 4E.................................................71

III.3. Vers un tourisme durable......................................................................74

III.3.1. Le tourisme durable : un concept fuyant.....................................................75

III.3.2. Rendre le tourisme durable.....................................................................78

 
Chapitre II. Le développement durable : un paradigme en gestation........84

Section I. Naissance d'un nouveau paradigme....................................86

I.1. Définitions et enjeux de développement durable..........................................87

I.1.1. Définitions et origine du développement durable ...........................................87

I.1.2. Une approche opérationnelle de développement durable....................................91

I.1.3. Le développement durable : une approche en termes d'enjeux............................97

I.2. Le développement durable, notion de recherche et catégorie de l'action............104

I.2.1. Développement durable et gouvernance.....................................................105

I.2.2. Développement durable, culture et patrimoine.............................................108

I.2.3. Développement durable et éthique............................................................110

Section II. le développement durable : aspect théorique.......................112

II.1. Les modèles substantiels.....................................................................113

II.1.1. Le courant néo-classique......................................................................114

II.1.2. Le courant écologique profond...............................................................116

II.2. Les modèles mixtes............................................................................119

II.2.1. L'école de londres..............................................................................119

II.2.2. Le courant de l'économie écologiques......................................................122

II.3. Les modèles procéduraux....................................................................124

II.3.1. L'éco-développement.........................................................................125

II.3.2. La gestion patrimoniale........................................................................128

Section III. L'irruption du développement durable dans le développement local.......................................................................................132

III.1. Le concept de développement local.........................................................132

III.1.1. Autour du développement local..............................................................133

III.1.2. Le territoire, un espace vécu..................................................................136

III.1.3. Les objectifs de développement local.......................................................138

III.2. Le développement local durable............................................................142

III.2.1. La pertinence du local pour le développement durable...................................142

III.2.1.1. La fragilité des accords internationaux...................................................142

III.2.1.2. Un retour nécessaire au local...............................................................144

III.2.1.3. L'environnement dans les politiques locales : quel mode d'intégration ?............145

III.2.2. Le développement local durable : un concept incontournable...........................146

III.2.2.1. Le rôle des acteurs locaux et des institutions............................................146

III.2.2.2. Développement local durable et agendas 21 locaux....................................149

 
Chapitre III. Le tourisme durable : du concept à la réalité..................154

Section I. Le tourisme durable : définitions, portée et limites................155

I.1. Tourisme durable, principes et réalités......................................................156

I.1.1. Principes fondamentaux.........................................................................158

I.1.2. Quelles réalités ?.................................................................................160

I.2. Les enjeux et les limites du tourisme durable...............................................160

I.2.1. Les enjeux du tourisme durable.................................................................161

I.2.1. Les limites du développement de tourisme durable..........................................164

I.3. Une nouvelle gouvernance .....................................................................166

I.3.1. Les indicateurs du tourisme durable ...........................................................167

I.3.1.1. Définitions.......................................................................................167

I.3.1.2. Les limites.......................................................................................170

Section II. L'écotourisme : un nouveau paradigme.............................178

II.1. Origines, définitions et concepts...............................................................179

II.1.1. Genèse de l'écotourisme........................................................................179

II.1.2. Définitions d'écotourisme......................................................................181

II.1.3. Les spécificités de l'écotourisme..............................................................187

II.2. Les impacts de l'écotourisme..................................................................190

II.2.1. Les impacts sur les écosystèmes...............................................................190

II.2.2. Les impacts sur l'économie locale............................................................192

II.2.3. Les impacts sur les populations locales......................................................194

Section III. Considérations sur l'éthique du tourisme durable...............197

III.1. Tourisme et éthique...........................................................................198

III.1.1. La responsabilité...............................................................................199

III.1.1.1. La responsabilité vis-à-vis de l'Autre......................................................200

III.1.1.2. La responsabilité vis-à-vis du collectif....................................................201

III.1.1.3. La responsabilité vis-à-vis des générations futures......................................203

III.2.1. L'équité..........................................................................................206

III.2.1.1. L'équité Nord-Sud ...........................................................................206

III.2.1.2. Commerce équitable et tourisme...........................................................208

III.2. Le tourisme solidaire et responsable.......................................................209

III.2.1. Vers un tourisme solidaire et responsable...................................................210

III.2.2. Les retombées et les faiblesses du tourisme solidaire et responsable...................212

III.2.3. L'ethnotourisme................................................................................215

III.2.4. La rencontre de l'autre........................................................................216

 
Chapitre IV. L'expérience marocaine.............................................222

Section I. L'industrie touristique au Maroc.....................................224

 I. Le contexte socioéconomique du tourisme au Maroc.......................................227

I.1. Le tourisme pendant le protectorat au Maroc..............................................227

I.1.1. La phase militaire du tourisme..................................................................227

I.1.2. La phase du grand tourisme.....................................................................229

I.1.3. La gestion étatisée du tourisme.................................................................230

I.2. Les objectifs nationaux et régionaux du développement du tourisme au Maroc depuis l'indépendance..........................................................................................232

I.2.1. Le tourisme comme moteur du développement socio-économique........................232

I.2.2. Le tourisme comme stimulant économique des régions déshéritées.......................235

I.3. Les avantages juridiques et les facilités économiques accordés au secteur touristique Marocain.................................................................................................238

I.3.1. Les avantages juridiques........................................................................238

I.3.2. Les facilités économiques accordées au secteur touristique................................241

II. L'industrie touristique au Maroc : quelques données......................................243

II.1. Au niveau de la demande et de l'offre touristique........................................243

II.1.1. La demande touristique.........................................................................243

II.1.2. L'offre touristique...............................................................................245

II.2. Au niveau des recettes touristiques...........................................................248

II.3. Les handicaps qui entravent le développement du tourisme Marocain...............249

II.3.1. Les entraves internes..........................................................................250

II.3.1.1. Les trois F (Foncier, Financement, Fiscalité).............................................250

II.3.1.1.1. Le problème foncier .......................................................................250

II.3.1.1.2. Le problème de financement ..............................................................251

II.3.1.1.3. Le problème de la fiscalité.................................................................252

II.3.1.2. Autres handicaps .............................................................................254

II.3.1.2.1. Le problème de la formation professionnelle et de la profession touristique......254

II.3.1.2.2. Les problèmes liés au transport..........................................................256

II.3.1.2.3. L'animation.................................................................................257

II.3.2. Les handicapes externes.....................................................................258

II.3.2.1. Le problème politique algérien et la guerre du golfe.....................................258

II.3.2.2. L'événement du 11 septembre 2001........................................................259

Section II. Les politiques sectorielles en faveur du tourisme.................261

I. Les moyens mis en oeuvre pour le développement du secteur..............................261

I.1. La promotion à travers les actions de l'O.N.M.T..............................................262

I.2. La promotion à travers la révision de la fiscalité et la privatisation.........................264

I.2.1. Au niveau de La fiscalité........................................................................264

I.2.2. La privatisation....................................................................................267

II. La place accordée au tourisme dans les plans de développement économique et social......................................................................................................268

II.1. Du Plan quinquennal (1960-1964) au Plan quinquennal (1982-1992).....................268

II.2. A travers le plan quinquennal (2000-2004)....................................................272

II.3. A travers le contrat CGEM ( 2000-2010)......................................................274

III. Les politiques et les perspectives du tourisme durable....................................275

III.1. Le Maroc : vers une politique en faveur du développement durable......................277

III.2. Les mesures envisagées pour promouvoir cette nouvelle forme de tourisme............280

Section III. Vers une analyse située de tourisme................................284

III.1. Exposé de la théorie des sites symboliques................................................285

III.1.1. Les limites du « développement transposé »...............................................286

III.1.2. Qu'est ce qu'un site ?..........................................................................289

III.2. Vers un tourisme situé........................................................................292

III.2.1. Le site : un atout touristique..................................................................293

III.2.2. Le dynamisme des sites : une construction « in situ »....................................294

 

Conclusion générale...................................................................299

Bibliographie...........................................................................303

Introduction générale

Le tourisme est une activité ancienne, qui a pris au XXe siècle une dimension planétaire. Il constitue désormais un secteur économique fondamental dans de nombreux pays développés comme dans des pays en développement, qui en font un facteur essentiel de leur développement.

D'après l'O..M.T. les voyages internationaux se situent à la troisième place dans le classement des « GRANDS » secteurs du commerce mondial. Le chiffre d'affaires du tourisme n'est précédé que par ceux des industries de pétrole et de l'automobile. Mais aujourd'hui le tourisme représente la première industrie de service dans le monde. Bref, c'est l'or blanc du troisième millénaire. Il favorise l'ouverture des grands chantiers d'avenir d'une nation.

Nul ne peut ignorer de nos jours, le rôle capital que le tourisme peut jouer en tant que secteur moteur de développement économique et social des pays. Ce secteur est la principale source de créations d'emplois dans un grand nombre de pays1(*). Non seulement dans l'industrie touristique elle-même mais aussi, par effets d'entraînement, dans d'autres secteurs.

L'impact économique du tourisme et des voyages est également considérable puisqu'ils sont à l'origine de la croissance de l'investissement en infrastructures et qu'ils constituent une source de devises d'une grande importance non soumises à des obligations d'achat et à des paiements déterminés.

De même à cause de sa nature diversifiée, le tourisme touche pratiquement tous les domaines de l'activité économique, il exerce une grande influence sur les autres secteurs tels que l'agriculture, la construction, l'artisanat, le commerce et surtout les services de transport.

Le secteur touristique est le principal consommateur des produits de l'artisanat local, rural et urbain ainsi que pour le mobilier et l'équipement de base. L'effet de tourisme ne s'arrête pas ici, aussi, il touche la société. Car il est un moyen de communication et d'échange culturel entre les peuples surtout dans les pays de séjour plus spécialement dans le tourisme de masse.

Par conséquent, les régions touristiques connaissent des mutations plus profondes qu'il n'y paraît. Elles s'ouvrent sur l'extérieur, ce qui ne peut qu'élargir le champs du dialogue entre les cultures et ouvrir de nouvelles perspectives à la coopération entre les hommes.

En somme, le tourisme s'impose comme un phénomène majeur de la fin de ce siècle. Les flux touristiques ne cessent de croître. La démocratisation du tourisme est due à une rapide croissance économique durant les Trente Glorieuses. La hausse du pouvoir d'achat favorise l'accession au tourisme de nouvelles catégories sociales. Le temps libre augmente à la faveur de la croissance des générations de retraités et de l'extension de la durée des congés payés pour les plus jeunes.

L'urbanisation croissante entraîne, aussi, un essor du désir d'évasion, en raison des contraintes spécifiques de la ville. Les facteurs technologiques ont également une grande importance. La seconde révolution des transports joue à cet égard un rôle essentiel. La route et l'avion relaient rapidement le rail, instrument privilégie de la diffusion du tourisme durant le XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle.

Ces facteurs ont facilité l'accès au tourisme à toutes les catégories sociales. Ce qui traduit la transition d'un tourisme d'élite à un tourisme de masse.

Cette forme de tourisme est concentrée sur le littoral. La majorité des touristes cherche le repos et le soleil. Elle reposait sur le concept de la pensée unique qui a donné naissance à ce que l'on appelle le modèle des 4 "S"2(*) (Sun, Sea, Sexe, Sand). Ce produit reflète la volonté de passivité des touristes.

Selon l'O.M.T.3(*), le marché mondial est passé de 160 à 341 millions de touristes internationaux de 1970 à 1986, soit un accroissement de 113% en 15 ans, une croissance annuelle moyenne de 4,88%. Et comme le montrent les statistiques, le tourisme est une des industries qui a connu la plus forte progression au cours des dernières décennies. Mais si elle a des impacts économiques bénéfiques sur les régions visitées, cette croissance augmente indéniablement le risque d'effets nuisibles sur les écosystèmes. Ces derniers se retrouvent fragilisés par l'intérêt grandissant des touristes pour les régions relativement inexploitées, aux cultures différentes et aux ressources naturelles uniques.

La prise en compte de l'ensemble des conséquences liées à la croissance des activités touristiques ne s'est faite que récemment car l'observation de la réalité touristique a toujours été associée à une vision comptable. Comme si la coutume veut que l'on ne s'intéresse dans le phénomène touristique qu'aux considérations quasi-exclusivement quantitatives (arrivées, recettes, consommation...).

Pourtant, un site touristique repose sur ses dotations naturelles et culturelles. Son exploitation sans limite et sans respect entraîne un épuisement. Par conséquent, les limites de ce type de pratiques touristiques, exclusivement orientées par la rentabilité économique, sont, aujourd'hui, identifiées. Cette crise du paradigme unique s'accompagne de l'émergence de nouvelles demandes. Celles ci sont multiples, variées. Ces changements se recentrent sur la qualité, l'authenticité, la nature, les cultures...

Cette nouvelle forme constitue une valeur sûre pour développer durablement le tourisme, tout en respectant l'environnement et en préservant et réaffirmant les identités locales. Cette conception est directement liée à celle de développement durable provenant du terme sustainable4(*) qui exprime le caractère soutenable du développement, c'est-à-dire un développement qui ne remet pas en cause l'environnement naturel et social. Dans cette perspective, La notion de tourisme durable se déduit du développement durable. Il s'agit d'une forme de développement touristique qui doit permettre de répondre aux besoins du touriste tout en préservant les chances du futur5(*).

Toutes ces considérations sont à prendre en considération dans le décryptage de la notion de tourisme durable. Elles révèlent que les demandes deviennent de plus en plus sensibles à la qualité du cadre, d'environnement respecté garant, d'une identité conservée et d'une rentabilité à long terme.

Pour faire face aux effets néfastes de tourisme de masse, les pays ont besoin d'une stratégie de développement durable dans le domaine du tourisme. Car le tourisme fait partie des secteurs économiques qui dépendent directement d'une gestion durable. Personne n'aime passer ses moments de loisir dans des paysages industriels dévastés ou contaminés. Pour cette raison, ce secteur dépend de la préservation de la nature et des paysages, de la conservation, du développement et de la création de valeurs culturelles ainsi que de l'attitude positive de la population locale à son égard.

Le tourisme peut avoir pour résultat un transfert d'argent de régions plus riches vers des régions plus pauvres entraînant de ce fait une amélioration de la qualité de la vie.

Il peut aussi ralentir le rythme de l'exode rural et soutenir indirectement l'agriculture dans les régions périphériques, en favorisant par exemple l'utilisation de matières premières et des produits locaux.

C'est pourquoi le tourisme réfléchi représente un cas exemplaire dans la perspective d'une stratégie de développement durable. Les acteurs de ce secteur eux mêmes ont le devoir de s'intéresser à la mise en oeuvre d'une telle stratégie car le nombre de nuitées en évolution progresse rapidement. Ainsi, il y a un risque de diminution des ressources naturelles à long terme. Dans notre perspective, la relation entre tourisme et développement durable constitue ce que l'on pourrait appeler une situation classique de type « gagnant-gagnant » pour tous ceux qui y sont impliqués, à la condition de changer de conception globale.

En fait, le but de cette stratégie de développement durable consiste, par conséquent, à favoriser ses effets positifs et à limiter ses effets négatifs essentiellement en termes écologiques et sociaux. Même si le concept de développement durable est né des débats relatifs aux exigences écologiques, le caractère soutenable de la croissance ne se limite pas à ces dernières. De façon générale, il s'agit de prendre en compte non seulement le milieu physique mais aussi l'environnement social et culturel dans toute décision économique.

Mettant directement en relation les sphères économiques, politiques, socioculturelles et physiques, le tourisme trouve toute sa place au sein du débat de développement durable (comment concilier les intérêts de ces sphères ?). Car, considérer le milieu avec toutes ses caractéristiques économiques, sociales, culturelles physiques..., voilà ce qui doit guider les stratégies de développement. Ainsi, un tourisme durable serait l'organisation d'une véritable rencontre respectant les valeurs locales, la cohésion sociale et le milieu physique. Cette mise en relation présuppose des processus de coordination et de partenariat entre les acteurs impliqués.

Une croissance touristique  «  soutenable » repose sur la mise en place de politique de qualité plutôt que celle d'une croissance quantitative. Son mode de développement requiert un comportement diffèrent des offreurs et de leurs visiteurs. Si l'on décide d'opter pour un tourisme durable, alors on aborde la complexité de la réalité puisqu'il faut observer les éléments composant un lieu avant de pratiquer une politique de développement touristique. Il faut prendre en considération la grande variété des sociétés humaines. Ainsi, il serait préférable d'adapter les politiques à l'extrême variété des sites en prenant en considération le milieu, la diversité des populations, et les cultures.

Les désastres causés par le tourisme de masse sont principalement dus au fait que le site n'a pas été au préalable clairement identifié et étudié. De ce fait, il faut mettre en place des projets, des politiques qui soient adaptés aux contingences locales et non plaquer sur des sites des modèles pré-établis.

Selon H. ZAOUAL6(*), tous les modèles qui sont transposé aveuglement échouent et provoquent des inégalités et une dégradation des écosystèmes locaux. De plus, le modèle dominant concentre le pouvoir économique au détriment des pays pauvres.

Cette thèse est de proposer une piste de réflexion et de méthode, en suggérant une sortie des pratiques du développement et plus précisément dans le domaine du tourisme. Dans cette nouvelle lecture, il s'agit de mettre en évidence les limites du méga tourisme pour asseoir les bases d'un tourisme durable susceptible de générer des ressources spécifiques et d'harmoniser les impératifs économiques avec la sauvegarde des patrimoines culturels et naturels.

La structuration de cette thèse se décline de la manière suivante :

Notre travail est structuré en quatre chapitres avec une fonction particulière pour chacun d'eux.

Le premier chapitre met en évidence la contradiction des effets de tourisme de masse. Cette démonstration s'appuie sur des modèles théoriques à savoir : le modèle de J.-M. MIOSSEC (1976) et le modèle du cycle de R.-W. BUTLER (1980), ainsi que sur des exemples concrets qui montrent l'effet dual de tourisme sur l'espace visité. Dans cette approche nous soulignons fortement les impacts de la massification (tourisme fordiste) sur les sites touristiques. Cet épuisement de modèle du « tourisme fordiste » conduit à rechercher les modalités et les objectifs d'un « tourisme post-fordiste » en prenant en considération l'évolution du marché touristique (émergence des nouvelles demandes).

La consolidation de cette piste de recherche trouve ses arguments théoriques dans le second chapitre sont l'objet est d'explorer les différents courants mettant en évidence les finalités du développement durable. C'est dans ces théories que le concept de tourisme durable puise une partie essentielle de sa justification scientifique.

Enfin, le troisième chapitre se propose d'approfondir l'analyse du tourisme durable et d'en souligner la grande diversité en explorant sa typologie d'appartenance : « écotourisme », « tourisme responsable et solidaire », « tourisme équitable » et « éthnotourisme ». Afin de mieux illustrer les enjeux de cette nouvelle approche du tourisme, l'expérience du Maroc est mobilisée. Cette analyse empirique propose une synthèse sur sa politique touristique : portée et limites tout en ouvrant la voie à une politique favorisant le tourisme durable.

Ce pays illustre parfaitement la problématique de la thèse dans le sens où le Maroc regroupe à la fois, un patrimoine naturel et culturel riche, singulier et fragile et comme plusieurs pays en voie de développement considère le potentiel touristique comme facteur de richesse et de développement. Cependant, dans le cadre de son objectif d'atteindre les 10 millions des touristes d'ici 2010, le Maroc se doit d'harmoniser les enjeux du développement touristique et l'aménagement du territoire et préserver ses atouts naturels et son patrimoine qui représentent sa richesse.

Ainsi dans le quatrième chapitre, nous identifions, dans les deux premières sections, les conditions et les mesures nécessaires à toute politique de développement durable appliquée au tourisme notamment au Maroc. Enfin, dans la dernière section, nous renforçons l'argumentation théorique de la notion de « tourisme situé » en recourant à la théorie des sites dont la portée est de souligner l'importance de la diversité culturelle, composante essentielle dans le développement du tourisme.

Chapitre I. Le tourisme de masse et ses limites

De nombreux facteurs comme le progrès des transports (chemin de fer, automobiles, avions), l'augmentation du temps des loisirs (congés payés, réduction de temps de travail, etc.) ont causé le passage d'un tourisme d'élite à un tourisme de masse. Ce dernier implique, en effet, des choix (construction de grosses infrastructures, surexploitation des ressources, etc.) qui se font au détriment des besoins des populations et du respect de leurs droits. Par le décalage économique et culturel qu'il induit, ce tourisme contribue également à la destruction des savoir-faire locaux et à l'émergence de nouveaux comportements socio-économiques, tels que : mendicité, prostitution, floklorisation des rites et des cultures, etc.

En somme, le tourisme risque d'avoir des impacts négatifs sur la population locale, les activités artisanales, les territoires et finalement sur l'environnement. Ces effets ont été à l'origine de l'épuisement de tourisme de masse et l'émergence d'un nouveau modèle de tourisme. Celui-ci se base sur la qualité et non sur la quantité, sur le patrimoine local tout en respectant l'environnement. On parle ici de l'ère post-fordiste du tourisme ou du tourisme post fordiste.

Cette problématique sera répartie en trois sections. Nous schématiserons la première section en deux temps. A l'émergence d'un paradigme touristique succéderont ses caractéristiques et son remplacement, du moins tendanciel, par un autre paradigme qui sera exposé dans la dernière section. Alors que la deuxième section de ce chapitre sera consacrée à ses conséquences sur l'environnement.

Section I. L'émergence et le développement du tourisme de masse

Afin de comprendre les évolutions en cours et le positionnement de la problématique d'un tourisme post-fordiste, il convient de faire une bipartition historique dans un premier temps et dans un second temps, nous aborderons le phénomène de tourisme de masse.

I.1. Genèse du phénomène touristique

I.1.1. De l'antiquité au XVIIIe siècle

Le voyage dans l'histoire de l'humanité constitue une grande opportunité d'enrichissement, d'ouverture. MONTAIGNE souligne  dans ses essais : «  J'observe en mes voyages cette pratique pour apprendre toujours quelque chose par la communication d'autrui, de ramener toujours ceux avec qui je confère, aux propos des choses qu'ils savent le mieux»7(*).

Le voyage est ici apparenté à un outil de la connaissance. En 1492, on a assisté à la première ascension gratuite à savoir celle du Mont Aiguille dans la Dauphine, et à la première expédition d'Italie (du Roi Charles VIII) et donc début de la Renaissance. Au cours de la même année, Christophe COULOMB découvrira l'Amérique. En 1551, c'est le guide des chemins de France par C. Estienne, ancêtre de tous les guides détaillés, qui voit le jour. En 1581, MONTAIGNE effectua son célèbre voyage en Italie, à partir duquel il rédigea son journal de voyage intime qui sera découvert fortuitement en 17748(*).

Au XVIsiècle, on a assisté à l'émergence de la villégiatura9(*), ancêtre de la résidence secondaire.

Le XVIIe siècle, quant à lui, était celui de l'invention du tourisme gastronomique.

Au XVIIIe siècle, en Angleterre, « le grand tour»10(*) consistait à envoyer de jeunes fils de nobles à l'étranger durant deux ou trois ans dès la fin des études secondaires, et ceci dans

l'unique objectif de faire de l'enfant un homme du monde par le voyage en éveillant en lui la connaissance et l'esprit d'aventure dont il aurait besoin pour sa future carrière diplomatique.

Les voyages des jeunes Anglais étaient guidés par des ouvrages spécialisés et des précepteurs. Ces pratiques concernaient non seulement les nobles dont le pouvoir politique et social décline, mais aussi les bourgeois vivant de leur rente.

Pour VASSALO11(*), le mot anglais travel aurait la même racine étymologique que le mot français travail. Le voyage, à l'époque, était perçu comme un labeur, ou, tout au moins, un outil d'apprentissage de la vie. C'est une source d'expérience utile pour toute réussite sociale.

Aujourd'hui, par les subtilités de l'histoire, il signifierait plutôt son opposé à savoir l'oisiveté, ou la détente. Etrange retournement de l'histoire qu'il convient d'expliquer. L'aristocratie, mise au « chômage de sens et de fonction» au lendemain de la révolution de 1789 suite à la montée de la bourgeoisie, va donner naissance au touriste- rentier.

Comme le dit M. BOYER, « les rentiers de l'époque romantique ont valorisé le loisir et principalement le tourisme comme une dépense ostentatoire qui les différenciaient de l'acharnement puritain au travail et l'enrichissement»12(*). Ce touriste rentier va donc cultiver l'oisiveté13(*) qui lui est imposée au sein du territoire pré-national. C'est une époque où le monde s'élargit, l'histoire prend un sens et suscite un surcroît d'exotisme, de rêves et d'images qui stimulent les voyages.

I.1.2. 1800-1950 : du tourisme élitiste au tourisme de masse

Dès les premiers voyages organisés de COOK14(*) et jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale, le tourisme était avant tout un phénomène de minorités qui profitaient de leur temps et de leur argent dans des régions bénéficiant des apports de l'histoire ou du climat comme l'Italie ou la Côte d'azur. Il s'agissait d'un tourisme éclectique où l'on recherchait l'évasion et la curiosité, assorties d'une bonne dose de snobisme. L'achat par les classes relativement aisées des pays les plus développés du produit touristique comme n'importe quel autre, réduit fortement le risque du voyage, sa préparation et le contact avec l'autochtone, auparavant véritable motivation du voyageur.

Ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, par imitation du modèle aristocratique, que la bourgeoisie accède au tourisme à travers l'alternance tourisme-travail. Le développement de la photographie et la démocratisation du cinéma devaient ensuite permettre de voir l'image à distance. Le voyage de saut dans l'inconnu se transforme en une confirmation plus ou moins exacte de l'image prévue.

On ne cherche plus nécessairement l'impression mais la sécurité associée à l'accès, à une réalité correspondant bien à l'image que l'on en avait. L'essence même du tourisme se transforme. La production en masse d'automobiles, puis d'avions, l'accès à l'image pour de larges couches de populations par l'intermédiaire de la télévision d'un côté, l'augmentation et la relative redistribution des revenus associées à des gains de productivité et aux revendications salariales de l'autre vont donner naissance au tourisme de masse.

Cette consommation de masse du produit touristique constitue sans doute l'une des grandes révolutions du siècle, ce produit représente, à certains égards, l'accès démocratique à un privilège des classes dominantes. Il est la conséquence et le corollaire du travail dans une société urbanisée et bureaucratique pour la première fois dans l'histoire. Mentalités, argent et temps allaient se rejoindre, et se combiner pour permettre l'apparition du tourisme de masse. Celui-ci s'est développé à peu près à la même époque dans les démocraties occidentales. C'est la France qui donne le ton en 1936 avec le Front populaire, ouvrant ainsi la voie aux réformes sociales. La grisaille du paysage, la croissance urbaine, l'émiettement des tâches rendent nécessaire une compensation, un élan désespéré vers le loisir pour reprendre l'expression de D. BELL (1973)15(*).

Cet élan s'est concrétisé en France par deux mesures visant à promouvoir le tourisme démocratique (12 jours de congés payés pour les salariés de toutes les entreprises et un billet de train à tarif réduit de la nouvelle S.N.C.F.).

Les grandes migrations annuelles allaient se développer en Europe surtout après la seconde guerre mondiale. A partir des années 1960, plus de 50 millions de Nordiques allaient descendre chaque année autour du bassin méditerranéen. Le passage du temps culturel au « temps marchandise » transformait le tourisme réservé à une minorité en une véritable activité économique.

I.2. Le tourisme de masse et le modèle des 4 S (Sun, Sea, Sand and Sex)

Repérer un phénomène dans l'histoire ne suffit pas pour comprendre son essence. Nous avons décrit l'apparition dans les pays occidentaux de la massification du tourisme. Mais, qu'est- elle exactement ?

Avant de conceptualiser le tourisme de masse par le modèle des 4S, il nous paraît nécessaire de réfléchir sur la nature et le contenu de cette massification.

I.2.1. Le Tourisme de masse

Les changements scientifiques, techniques, politiques, économiques et culturels qui ont eu lieu durant ces quarante dernières années ont transformés tous les secteurs de la vie humaine. L'harmonie de l'immuable a disparu. La recherche d'un nouvel équilibre et d'une harmonie dynamique s'est produite dans un nouveau phénomène : le tourisme. C'est pendant cette période qu'il a cessé d'être un mouvement d'élite pour se convertir en une activité de masse.

Le terme « masse» évoque d'abord le nombre et la quantité. C'est ce que nous enseignent tous les dictionnaires. On dit qu'un phénomène est «de masse» lorsqu'une grande partie de la société est concernée. Dans la masse, la multitude est prise au sens de sa totalité, comme si le nombre faisait corps : il n'y a plus d'individus, celui- ci s'y efface. C'est sans doute pourquoi la masse, bien qu'associée au concept de quantité, ne semble pas toujours se dénombrer : c'est  « l'ensemble non délimité», « non dénombrable»16(*). La masse n'est pas divisible, la masse fait un. Le concept de masse sous-tend l'idée qu'une multitude d'individus géographiquement et socialement séparés peut faire phénomène de masse. En ce sens, la masse n'est pas la foule, car ce n'est pas la présence tangible des individus ensemble qui la définit.

C'est pendant la période allant des années 1950 aux années 1970 dix que le terme « de tourisme de masse» apparaît et se diffuse. La fréquentation de certains lieux s'accroissait alors chaque année un peu plus.

Pour comprendre l'essence de ce phénomène, référons nous à l'ouvrage d'Ortega y GASSET17(*) paru en 1961,  la Révolte des masses, dans lequel cet auteur développe un concept pertinent pour appréhender le tourisme de masse à savoir « l'homme masse».

L'idée principale exposée par Ortega y GASSET se résume dans la phrase,  « Le tourisme est de masse parce que l'homme est de masse». Un bon nombre de travaux de planification touristique (en particulier en Espagne) se sont soldés par des échecs du fait d'une méconnaissance de cette conception de la massification.

Nous allons reprendre quelques citations d'Ortega y GASSET que nous commenterons successivement.

« Les villes sont pleines de gens (...) les trains remplis de voyageurs (...) les plages pleines de baigneurs. Ce qui auparavant n'était pas un problème commence à le devenir de manière constante à savoir : trouver un endroit». Pour que le tourisme de masse puisse se développer, il a fallu une croissance démographique et urbaine importante. On trouve dans cette citation une prise de conscience de l'environnement et la destruction d'un certain équilibre hors nature. Puis, il nous précise que,  « La masse peut se définir comme un phénomène psychologique sans besoin d'attendre qu'apparaissent les individus en agglomération, devant une seule personne, nous pouvons savoir si elle fait partie de la masse ou pas18(*)».

Le concept d'homme masse se définit comme un homme doté d'un certain nombre de caractéristiques dont la plus importante est qu'il ne peut se distinguer des autres. Aujourd'hui, la théorie du site19(*) dirait un « homme globalisé ». C'est un consommateur nouveau, fort différent du touriste nanti, souvent peu informé sur les aspects culturels, mais particulièrement informé sur les aspects économiques. Il agit surtout par effet de démonstration et effet d'imitation ; il semble relativement peu exigeant vis-à-vis de la qualité recherchée.

L'analyse d'Ortega y GASSET, à certains égards, porte sur le fordisme qui vise deux optimums. D'une part, une production de masse générée par le progrès technologique et la division du travail qui permettent de réduire les coûts de production et donc d'augmenter les gains de productivités. Et d'autre part, une consommation de masse générée quant à elle par la redistribution, sous forme d'augmentions du salaire réel suite aux gains de productivité. C'est un mode de production quantitatif et standardisé.

Ce concept de touriste de masse dérivé de l'homme masse est essentiel pour comprendre l'essence de la massification du tourisme. Mais, quelle est la nature de ce produit touristique massifié ? Quel est son contenu ? C'est ce que nous allons analyser au travers du modèle des 4S (Sun, Sea, Sand and Sex).

I.2.2. Le modèle des 4S (Sun, Sea, Sand and Sex) 

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la forme principale prise par le « produit» touristique consommé par le touriste masse peut être conceptualisé au travers du modèle des 4S. C'est un sigle fréquemment utilisé dans les analyses sur le tourisme. Ce modèle d'aménagement et de développement du tourisme qui s'est développé au cours de ces dernières décennies autour du bassin méditerranéen comme au Brésil.

Ce modèle qui met en avant un produit touristique peut être élaboré (prestations de base) à un coût de production relativement bas et donc accessible à tous. Ce même produit touristique est le plus souvent de type mono-activité (balnéaire par exemple). Dans l'optique de rentabilité et de fonctionnalité, ce schéma tend à concentrer et à juxtaposer, dans un espace limité, les unités d'hébergement, les services associés et les équipements de loisir destinés au séjours des touristes. En effet, tous les besoins des touristes peuvent être satisfaits sur place faisant souvent du lieu un complexe touristique clos vivant sur lui même, qui draine la quasi- totalité des dépenses touristiques.

L'Espagne a représenté à partir des années 1960 l'archétype de ce genre de tourisme. Celui-ci correspond bien au modèles des 4 S : Sun, Sea, Sand and Sex . Ces 4 S furent parmi les principales sources de motivation de ces immenses migrations estivales. La demande, analysée au travers de la notion de touriste masse, allait rencontrer un terrain favorable pour le développement de l'offre de masse à savoir l'offre généralisée du produit standard « mer et soleil». On peut invoquer, à ce titre, six raisons dont certaines ont été sans doute plus spécifiques à l'Espagne et à certains pays méditerranéens que d'autres (FUSTER LAREU, 1991)20(*) :

- Le facteur essentiel pour le développement touristique de ce modèle c'est, tout d'abord, le faible niveau des coûts relatifs compte tenu de la faiblesse de la monnaie du pays récepteur et de l'utilisation de biens libres qui, par définition, sont sans coût ou avec un faible coût d'opportunité ;

- Une nature initialement vierge, sans pollution marine ou terrestre ;

- Les bénéfices élevés des entreprises touristiques au cours de la période heureuse d'expansion de ce tourisme de masse ;

- L'absence de difficultés pour pourvoir les postes de travail de basses qualifications et les politiques publiques de constructions d'infrastructures qui bénéficient aux entrepreneurs du tourisme ;

- Ce fut un modèle de développement fondé sur les recettes attendues du tourisme et sur leurs effets rééquilibrants pour la balance des paiements ;

- Enfin, les pays et les régions qui se sont ouverts au tourisme pour implanter le modèle des 4S ont dans un premier temps soigné l'accueil (ce qui est un trait de qualité non négligeable).

L'ensemble de ces facteurs, avec des poids plus ou moins importants, a rendu possible cette adéquation entre la demande de masse et l'offre au cours d'un processus interactif.

A partir des années 1970, on a constaté un essoufflement du tourisme de masse. En effet, le modèle fordiste de développement touristique s'est révélé incapable de tenir ses promesses. Ce revirement s'explique notamment par une crise de la demande touristique. Avant d'analyser l'épuisement de ce modèle touristique, il nous paraît nécessaire de dégager les effets de ce dernier sur le développement local.

Section II : Le tourisme de masse : chance ou risque pour le développement local ?

Le secteur touristique représente une composante essentielle de l'aménagement du territoire et du développement local.

En effet, pour les territoires attractifs, le tourisme est un facteur de dynamisme économique et de rayonnement culturel tandis que dans les territoires plus fragilisés et marginalisés, il intervient en complément d'activités assurant ainsi le maintien voire la création d'emplois.

Cependant, face aux nouvelles attentes des visiteurs et la mondialisation du tourisme, les pays doivent faire face à de nouveaux défis. Faisant l'objet de pressions fortes sur l'environnement, le tourisme nécessite que des politiques de régulation soient mises en place afin de garantir à tous les pays un développement local durable.

La présente section, examine les questions économiques, sociales et écologiques interdépendantes liées au tourisme d'une manière à évaluer les enjeux du tourisme et les conséquences qu'il provoque, en vue de chercher diverses options possibles dans le cadre d'un plan directeur intégré de développement du tourisme qui soit écologiquement viable.

Cette section est divisée en deux parties. La première traitera les questions économiques et sociales, afin de montrer les effets positifs que négatifs du tourisme sur l'économie locale, ainsi que son influence sur la population locale. Aussi de montrer qu'il y a une relation de double sens entre le tourisme et l'environnement. Cette dernière représente un important facteur attractif du tourisme. Alors que le tourisme est considéré comme un destructeur de l'environnement, tel est l'objet de la deuxième partie.

II.1. Le tourisme et le développement socio-économique

Le tourisme a un impact considérable sur les économies, les sociétés et les cultures des différents pays concernées. Il est porteur de développement et peut faciliter la compréhension entre les peuples. Mais il ne présente pas que des avantages et l'on est amené de plus en plus à se demander si le développement d'une industrie touristique est rentable ou non pour les sociétés d'accueil.

Et comme l'interprète F. VELLAS, « Le tourisme réalise ainsi le passage d'une société jadis fermé, composée d'Etats clos, repliés sur eux-mêmes, à une société ouverte, universelle, où les contacts entre les hommes sont devenus une réalité quotidienne. Le tourisme satisfait un besoin, profondément ressenti, de connaissance des autres, d'échange, mais aussi d'évasion, de santé et de progrès social. Il est l'un des phénomènes, peut être le plus marquant, du développement économique et social de notre société »21(*).

D'après cette citation, le tourisme joue un rôle primordial tant au niveau économique qu'au niveau social. Et qu'il est intéressant et utile pour le développement économique et social de notre société, qu'elle soit réceptrice ou émettrice des touristes.

Mais l'expansion du tourisme s'accompagne de difficultés, parfois de crises sévères qui provoquent, de la part de certains, sa remise en cause, culturelle, sociale et même économique. Aux effets positifs en matière d'emplois, de production et de recettes sont opposés des effets fortement négatifs : inflation, destruction de l'environnement, remise en cause de l'éthique traditionnelle des peuples.

Dés lors, évaluer les conséquences du développement touristique est une tâche ardue tant la mesure est délicate et les effets contradictoires. Ces problèmes sont trop souvent abordés de façon réductrice. Soit le tourisme est célébré comme facteur de développement et de modernisation, soit il est accusé des pires maux et perversions.

Bien des paramètres sont à considérer, tant chez les visiteurs constituant rarement des populations homogènes, que chez les visités portant aussi des regards différents sur le tourisme. Les problèmes d'échelle sont essentiels. Au niveau des Etats, voire des régions, le tourisme est surtout évalué à travers les recettes qu'il apporte, les emplois qu'il crée, la contribution fournie à la formation de la richesse. Aux échelles fines, on pourra mieux saisir les effets sociaux, l'évolution des comportements et mentalités.

Il est nécessaire d'évaluer l'apport du tourisme et les conséquences qu'il provoque de façon à accroître ses avantages et à prévenir ses inconvénients. Tel est l'objet de cette section.

II.1.1. Le tourisme : un moteur du développement économique

Nul ne peut ignorer de nos jours, le rôle capital que le tourisme peut jouer en tant que secteur moteur de développement économique des pays. Ce secteur contribue considérablement à l'apport en devises, à la promotion de l'emploi et au développement régional.

Au niveau mondial ce secteur est considéré parmi les principales activités économiques. Assimilé à une activité exportatrice, le tourisme international engendre des recettes qui représentent une part importante de la valeur mondiale des exportations des marchandises et de services commerciaux. Une comparaison des exportations et des recettes du tourisme international permet de préciser les effets des politiques macro-économiques du tourisme international et du commerce international. (voir le tableau ci-dessous)

EXPORTATIONS

Milliards de dollars américains

Exportations Mondiales, dont :

6890

1. Tourisme dont :

555

- Tourisme international

455

- Transports internationaux

100

2. Automobile

549

3. Produits chimiques

526

4. Produits alimentaires

437

5. Combustibles

401

6. Matériels de bureau

394

7. Textiles et vêtements

334

8. Télécommunication

289

9. Industries extractives

155

10. Fer et acier

126

Source : O.M.C. et O.M.T., Année 1999

La comparaison de l'évolution du commerce international montre leur progression rapide en volume et en valeur. La part des recettes, au titre du tourisme international, représente en moyenne 8% des exportations mondiales et 37% des exportations mondiales de services en 1999.

Au niveau international :

Le tourisme peut contribuer à l'instauration d'un nouveau ordre économique international qui facilitera et contribuera à l'atténuation de l'écart économique croissant entre pays développés et pays en développement (ou pays de Nord/Sud) et assurera l'accélération à un rythme soutenu de développement et du progrès dans le domaine économique, en particulier dans les pays moins avancés.

Au niveau national :

Le tourisme peut être en tant que secteur hautement productif et rentable, un facteur de développement et de relance des autres activités économiques. En termes économiques, le tourisme est une consommation de biens et de services en fonction de la structure de cette consommation. Ainsi, les secteurs directement liés à son fonctionnement sont stimulés car le tourisme exerce son effet d'entraînement sur leurs productions.

En général, l'incidence des dépenses et des investissements dans le tourisme exerce une grande influence sur des secteurs tels que l'agriculture, la construction, l'artisanat, le commerce et surtout les services de transport. Ainsi, l'incidence du secteur sur l'activité productive sera d'autant plus importante que le sera la capacité nationale de production des biens et des services. Surtout que les flux touristiques connaissent une progression forte année par année. Ce dynamisme des flux s'explique notamment par la progression rapide des arrivées de touristes dans le monde. Voir le tableau ci-dessous:

Le tourisme Mondial arrivées et recettes - 1970/2000

Années

Arrivées (millions)

Recettes (milliards)

1970

165

17

1980

287

102

1990

455

255

1999

664

441

2000

698

477

Source : O.M.T. Tendances des Marchés Touristiques, 2001.

Dans ce contexte, il convient d'ajouter que le rôle du tourisme international en tant que source majeure de devises est déterminant car il s'agit d'une source de devises de grande importance non soumises à des obligations d'achat et à des paiements déterminés. P. PY écrit, « Le tourisme de masse est comme le feu. Il peut faire bouillir votre marmite ou incendier votre maison »22(*). Il a donc un impact qui peut être important, d'autant qu'il se double des conséquences qu'il entraîne pour l'économie. Il y a là toute une série des incidences qui se mesurent de diverses façons : flux de touristes, emplois crées, incidences sur la balance de paiements, le revenu national, les prix, le budget de l'Etat, etc. Ces effets diffèrent d'un pays à l'autre. Les pays en développement sont les plus touchés ou influencés par le tourisme.

Le secteur touristique peut constituer un puissant moteur de développement économique dans de nombreux de pays en développement car il est susceptible d'avoir de forts effets multiplicateurs et d'entraînement sur le reste de l'économie. De fait, il est créateur de nombreux emplois, en particulier non qualifiés ou semi-qualifiés. Etant donné la diversité de l'industrie touristique, il est difficile d'évaluer tous ses effets dans le domaine de l'emploi, tant sont nombreuses les activités concernées : accueil, transport, hébergement, loisirs, agences et autres services administratifs ou para-administratifs, financiers, sanitaires, etc. auxquels s'ajoutent tous les secteurs fournisseurs des entreprises touristiques : construction, agriculture, industries manufacturières, industries de transformation.

Les effets du tourisme sur l'emploi peuvent être considérables pour certains petits pays, qui deviennent alors très dépendants des flux touristiques et des recettes qu'ils procurent. Par exemple dans certains pays insulaires de la caraïbe, près de 50% des effectifs sont occupés une partie de l'année à des activités directement liées au tourisme ou en rapport avec cette industrie. En revanche, dans les principaux pays touristiques, qui sont aussi des pays industrialisés à forte population, l'industrie du tourisme représente moins de 5% de l'emploi total23(*).

Dans certains pays en développement, singulièrement ceux qui ne sont pas dotés de ressources adéquates, le tourisme constitue parfois la seule option de développement qui s'offre à eux à court et à moyen terme. C'est pourquoi il est souvent considéré comme un secteur de croissance prometteur dans les petits Etats insulaires en développement. Car, il laisse entrevoir d'importantes possibilités de diversification économique, en particulier dans les îles de très faibles dimensions.

Dans un certain nombre de pays en développement où la promotion du tourisme occupe une place prioritaire dans la planification du développement, la contribution du tourisme au PNB, à l'emploi et aux recettes d'exportation dépasse depuis quelques années celle des activités économiques traditionnelles telles que les cultures marchandes et l'extraction minière. De sorte que beaucoup de pays et de petits Etats insulaires en développement sont de plus en plus fortement tributaires du tourisme pour leur expansion économique : par exemple, le tourisme et les activités connexes dominent aujourd'hui les économies d'Aantigua-et-Barbuda, d'Aruba, des Bahamas, de la Barbade, de Saint-Kitts-et-Nevis, de Sainte-Lucie et des Seychelles24(*).

En revanche, le développement du tourisme insulaire n'a pas eu le même impact sur les économies de la plupart des petits Etats insulaires en développement d'Afrique et du Pacifique25(*).

La contribution du tourisme à la production de revenus et à la création d'emplois est très variable d'un pays à l'autre. L'apport brut du tourisme au revenu national est amputé à la source par des fuites de recettes en devises tenant à l'importation de matériaux et de matériel de construction et de biens de consommation (produits alimentaires et boissons, notamment), au rapatriement des bénéfices réalisés par les investisseurs étrangers, aux dépenses promotionnelles à l'étranger, et à l'amortissement de la dette extérieure contractée lors de la construction d'hôtels et de stations de villégiature.

Les effets multiplicateurs de revenus et d'emplois engendrés par le tourisme sont en général plus sensibles dans les pays où il existe des réseaux locaux d'approvisionnement bien établis grâce auxquels il est plus facile de satisfaire aux besoins du secteur en s'adressant aux fournisseurs sur place.

Lorsque les liaisons en amont entre le tourisme et les autres secteurs de l'économies sont lâches ou inexistantes, ces effets sont moindre car le rôle potentiel de stimulation des dépenses indirectes exercé par l'activité touristique se trouve dilué sous l'effet de l'augmentation des importations qui se substitue à celle de la production nationale. Comme il se produit fréquemment dans de nombreux petits Etats insulaires en développement vu les liens potentiels du tourisme avec d'autres secteurs de l'économie, une intégration aux plans nationaux de développement privilégiant la création de relations intersectorielles est susceptible de favoriser la croissance des activités liées au tourisme dans les principaux secteurs de l'économie, notamment l'agriculture, la pêche, l'industrie, les services et les transports.

Cependant, une trop forte dépendance vis-à-vis du tourisme de masse comporte des risques notables. La récession économique, alliée aux conséquences de catastrophes naturelles telles que les orages et cyclones tropicaux, peut avoir des effets dévastateurs sur le tourisme et l'économie locale dans son ensemble.

De manière générale, la demande de tourisme de masse est relativement élastique par rapport aux revenus. Ainsi, elle est susceptible de réagir très négativement au fléchissement de la conjoncture sur les marchés originaires. C'est ainsi qu'en 1997 et 199826(*) les désordres financiers en Asie ont provoqué une diminution brutale du tourisme dans les pays touchés. De même, une dépendance excessive à l'égard d'une seule source majeure de touristes, comme c'est le cas de Chypre et de Malte vis-à-vis du marché du Royaume-Uni, a pour effet de lier la performance du secteur touristique aux aléas économiques du pays d'origine.

Enfin, examinons l'influence du tourisme sur le développement régional. Celui-ci est un outil important de l'aménagement du territoire. Il permet de créer des emplois et de fixer les populations dans des régions défavorisées sur le plan économique. Mais, il engendre des déséquilibres inter-régionaux que intra-régionaux qui s'expliquent par la concentration du potentiel d'accueil ainsi que la concentration des flux touristiques. Par exemple, l'attirance vers le littoral a entraîné une polarisation croissante des équipements et de la fréquentation touristiques prés des côtes, particulièrement autour des « trois grands lacs de vacances mondiaux »27(*) (Bassin méditerranéen, Bassin Caraïbe, Bassin asiatique et pacifique).

La France illustre parfaitement ces déséquilibres inter-régionaux28(*) au profit des zones littorales et des zones de sports d'hiver qui affectent aussi bien le potentiel d'accueil que les flux touristiques.

En effet, la concentration des hébergements touristiques est significative de l'inégal attrait touristique des régions. Cette concentration concerne d'abord les hôtels de tourisme, puis les résidences secondaires et enfin les terrains de camping classés et les villages de vacances. Pour ce qui concerne, les déséquilibres intra-régionaux sont particulièrement nets dans les régions littorales où le tourisme se concentre à proximité immédiate du bord de mer.

En somme, les retombées économiques du tourisme dans les régions sont difficiles à apprécier. Leur estimation en consommation touristique intérieure, en création d'emplois et en richesse induite, n'est pas aisée. Elle l'est encore moins si l'on veut mesurer l'impact réel du tourisme, c'est-à-dire si l'on prend en compte la part du tourisme par rapport aux autres secteurs de l'économie, la part des dépenses touristiques effectuées dans la région qui ne bénéficient pas à celle-ci ou bien la part des dépenses touristiques effectuées par les habitants d'une région en dehors de celle-ci.

Tourisme intra-régional dans le monde

Arrivées touristiques internationales (millions)

Tourisme Intra-Régional

Tourisme Lointain

1995

464,1

101,3

2010

790,9

215,5

2020

1183,3

377,9

Source : O.M.T., Tendances des Marchés Touristiques, 2001.

Au total, le tourisme est devenu un phénomène économique doté de caractéristiques propres. Il occupe une place importante au sein de l'économie internationale et des économies nationales, notamment celle des pays en développement. Un phénomène économique rentable qui nécessite d'être encouragé, le tourisme doit également être maîtrisé.

Le tourisme n'est pas sociologiquement et culturellement neutre. Il implique une rencontre entre des peuples ou des sociétés différents qui peut constituer un facteur de socialisation et d'échanges mais également de troubles et de conflits. Ce que nous allons analyser dans le deuxième paragraphe.

II.1.2. Le tourisme et le développement social

Le tourisme peut engendrer de profondes mutations sociales et culturelles dans les pays d'accueil. Le développement économique constitue par lui-même un important facteur de changement de la société, mais de plus, le rôle du tourisme à cet égard a tout particulièrement retenu l'attention en raison des échanges économiques, sociaux et culturels qui ont lieu directement entre les touristes et les collectivités d'accueil. Le tourisme peut favoriser le développement social de par sa contribution à la création d'emplois, à la redistribution des revenus et à la lutte contre la pauvreté.

Par ailleurs, les progrès de l'infrastructure matérielle et sociale qui accompagnent habituellement le développement du tourisme ont souvent des retombées dans les autres domaines de l'économie et font « tâche d'huile », s'étendent par exemple à la santé et à la protection sociale.

Cependant, le développement du tourisme peut avoir des effets sociaux et culturels nocifs lorsque les progrès économiques ou les exemples incitent les habitants à imiter les visiteurs étrangers dans leurs habitudes alimentaires, vestimentaires et autres.

Ainsi, le travail posté peut désorganiser la vie familiale et religieuse. D'autres coûts sociaux, comme ceux qui découlent de la toxicomanie, du travail des enfants et de la prostitution29(*), touchent la population et peuvent aussi ternir l'image du lieu en tant que destination touristique. Il mérite cependant de relever que bon nombre de méfaits sociaux souvent imputés au tourisme tiennent peut-être tout autant à la modernisation, et en particulier au perfectionnement et à la diffusion des moyens d'informations et de communication.

Les incidences des activités touristiques sont ainsi souvent les plus visibles au niveau local : les collectivités d'accueil sont confrontées à la surpopulation, aux pressions sur les ressources et à la remise en cause de la culture établie : bouleversement des pratiques religieuses, des modes d'habillement, des normes de comportement et des traditions sous l'effet des échanges avec les autres cultures.

G. CAZES 30(*) précise les processus par lesquels le développement touristique influait sur l'identité des sociétés :

- Un processus d'acculturation qui peut conduire à des comportements d'adaptation, d'imitation, mais aussi, dans des formes plus poussées, à des situations d'agression, voire d'annexion, culturelle ;

- Un processus de perversion des moeurs et des modes de vie, mais aussi de la production qui s'adaptent à la demande des touristes ;

- Des manifestations de subversion : émergence de valeurs différentes, modifications des équilibres sociaux et politiques, rattachement à des réseaux culturels extérieurs.

Toutefois une activité touristique trop forte, comme toute concentration de population sur un espace restreint, a des conséquences souvent très lourdes sur l'environnement. Ainsi, par exemple, l'usage insouciant des douches, bains, piscines et l'arrosage des pelouses des hôtels ponctionnent souvent lourdement les réserves d'eau locales, alors que les habitants en manquent pour leur usage personnel ou pour l'irrigation. Une étude réalisée par le Fonds Mondial pour la Nature (WWF) en Espagne, où le problème du partage de l'eau se pose avec acuité, révèle que la consommation d'eau d'un touriste étranger s'élève à 880 litres par jour, contre 250 litres en moyenne pour les Espagnols31(*). On imagine aisément ce que peut être l'écart dans des pays comme la Jordanie ou Madagascar.

Par ailleurs, l'implantation irréfléchie d'équipements touristiques trop lourds modifie également l'équilibre du milieu naturel. L'érosion du littoral pose désormais problème dans de nombreux pays. Selon le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE), les trois quarts des dunes de sable du bassin méditerranéen ont disparu en raison de l'urbanisation touristique. Le tourisme provoque aussi des comportements individuels destructeurs : des milliers de touristes qui emportent en souvenir une plante ou un fragment de corail finissent par détériorer massivement les écosystèmes.

Les incidences sociales du tourisme sont variables selon le type de tourisme, son rythme de croissance, selon le site32(*) visité. Car, en déparquant sur un site, les touristes obligent les habitants à se remettre en question, puisqu'ils doivent s'adapter aux attentes et rester innovants.

Ainsi, sur un plan autrement qu'économique, les touristes apportent quelque chose aux habitants : « du sang neuf », des idées nouvelles et innovantes et la culture des habitants mise à la portée des touristes. Donc il y a un mélange de cultures qui amène à une synergie culturelle. La cohabitation de différentes cultures en crée une autre. C'est à dire qu'il y a une relation à double sens entre les habitants et les touristes.

Comme nous avons pu le constater, le tourisme ne prend aucune considération de l'espace local33(*) : la population, les traditions, les croyances, etc. Des valeurs négatives lui sont de plus en plus associées telles que l'inactivité culturelle et les contacts superficiels avec les milieux d'accueil qui conduit à la perte des cultures et d'identité.

L'essor des activités touristiques peut sans le vouloir inciter à la surcommercialisation, laquelle peut entraîner la dévalorisation et dans certains cas, la disparition pure et simple des coutumes et traditions locales. Par exemple, lorsqu'on cherche à adapter les oeuvres d'art et d'artisanat et les pratiques culturelles aux goûts des étrangers, le résultat peut en être des produits de qualité médiocre, des pratiques commerciales répréhensibles, la production de fausses antiquités et la dénaturation des danses, des musiques et des fêtes traditionnelles. Le site est en situation de folklore dirait la théorie des sites.

Les dégâts causés au patrimoine culturel peuvent être encore plus graves dans le cas des sites et édifices historiques non protégés et lorsque les bâtiments traditionnels sont remplacés ou disparaissent quasiment.

Néanmoins, le développement du tourisme peut aider les pays d'accueil à mettre en valeur leur patrimoine culturel en incitant financièrement à investir dans les coutumes et cultures locales, à les promouvoir et à les préserver. A condition d'être bien gérées et encadrées, les cultures locales peuvent connaître un regain de vitalité grâce à la renaissance des métiers traditionnels et des fêtes locales. On peut ainsi donner un élan aux activités artisanales et à la création d'emplois. L'industrie touristique se caractérise par le fait qu'elle emploie une forte proportion de femmes et de jeunes.

Ces derniers sont dans des cas fortement défavorisés, victimes de discrimination ou exploités sur le lieu de travail. Le tourisme sexuel34(*), la prostitution (qui aggrave les risques de contamination par le sida) et le travail des enfants (notamment l'exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales) sont tout particulièrement préoccupants à cet égard.

La prostitution enfantine et des adultes (fléau du tourisme de masse) : les touristes occidentaux et spécialement d'Europe du Nord, sont à l'origine de ce fléau qui ravage des pays comme la Thaïlande, le Vietnam, le Brésil35(*)... Les enfants sont victimes d'enlèvements ou sont achetés à leurs familles, pour être vendus aux touristes occidentaux. C'est l'aspect le plus scandaleux de l'impact du tourisme sur les pays du Sud et quoique le combat contre l'exploitation sexuelle des enfants ait été très médiatisé, cela reste une réalité pour des centaines de milliers d'enfants à travers le monde. Ce phénomène touche aussi les femmes et les hommes qui se prostituent dans des conditions très dures auprès des touristes occidentaux dans l'espoir d'améliorer leur revenu ou simplement de survivre.

En effet, les effets sociaux et culturels du tourisme sont particulièrement sensibles dans les pays en développement. F. VELLAS affirme : «  L'arrivée de touristes étrangers venant des pays développés constituent souvent un choc entre deux types de culture et de modes de vie, avec un risque important de dégradation culturelle pour le pays d'accueil, puis une réaction de rejet. Ce choc est aggravé lorsque le flux touristique a beaucoup d'intensité dans le temps (saison touristique) et dans l'espace (zones ou régions à forte concentration touristique) mais il peut aussi se manifester de façon plus diffuse par des moyens très divers ».36(*)

De même, « dans certaines régions, notamment de l'Europe méditerranéenne, la très forte concentration touristique, qui est le résultat d'un développement souvent anarchique, contribue à détruire l'équilibre économique et social et le patrimoine culturel des populations locales »37(*).

Donc, le tourisme se traduit dans les pays en développement par un choc culturel et sociologique. Faisant irruption brutalement, grâce à l'avion, le tourisme a souvent un effet déstructurant sur les sociétés d'accueil. Rares sont les cas de véritable syncrétisme : on assiste plutôt à la juxtaposition de deux sociétés, avec des contacts entre touristes et autochtones limités et superficiels.

Le relâchement des valeurs sociales, religieuses et morales, les phénomènes d'acculturation, la dénaturation du folklore sont des réalités, le comble étant atteint par les cérémonies initiatiques et rituelles sur commande, aux Antilles ou en Afrique. Les touristes n'évitant pas toujours les provocations vestimentaires, linguistiques, alimentaires, la rencontre peut même tourner à l'affrontement socioculturel. La dégradation et le pillage de certains sites archéologiques ont aussi accompagné le début de l'ouverture de ces contrées au tourisme international.

Le bouleversement des traditions et des moeurs n'a pourtant pas que des effets négatifs. L'ouverture au monde contribue à faire évoluer des sociétés bloquées, accélère la promotion des femmes, fait éclater le carcan, notamment à la compagne, de sociétés rigides, lève des obstacles au développement économiques et au progrès social, oblige les pouvoirs locaux à réaliser un minimum d'infrastructures.

Le tourisme permet aussi le maintien de certaines activités traditionnelles, comme la fabrication des tapis au Maghreb, la sculpture sur bois dans certains villages africains. Il contribue enfin à l'entretien de certains sites archéologiques, à la découverte, voire à la renaissance de l'héritage culturel.

Dans tous les cas, le dualisme social est mis en évidence. Le luxe côtoie la misère, en raison de la création d'enclaves occidentales. Les complexes touristiques occupent les meilleurs sites et disposent de bons équipements, alors que les quartiers populaires et les bidonvilles se regroupent sur les secteurs les moins accessibles ou les moins prestigieux, parfois près des zones industrielles. C'est le cas à Rio de Janeiro, à Acapulco et Cancan. Les effets pervers abondent : prostitution, y compris des enfants comme aux philippines et en Thaïlande, délinquance, drogue.

Conclusion

Le développement du tourisme engendre des effets multiformes touchant les sociétés et les systèmes économiques. Ils ne sont pas toujours quantifiables, apparaissent contradictoires, de sorte qu'un bilan global est difficile à établir. Les pays d'accueil n'en profitent pas nécessairement, et peuvent même voir leur dépendance accrue. Le tourisme crée directement des emplois, mais une part élevée relève du travail saisonnier, voire clandestin. Indirectement, il contribue au fonctionnement de nombreuses autres branches économiques.

Les populations d'accueil profitent de débouchés accrus ou de l'apparition de métiers nouveaux. Mais, le tourisme peut tout aussi bien accélérer la disparition des activités avec lesquelles il entre en concurrence pour l'espace ou la main-d'oeuvre. C'est l'emploi qui explique que les espaces touristiques sont souvent dynamiques sur le plan démographique.

Les sociétés d'accueil ne sortent jamais indemnes de la rencontre touristique suivant les lieux. Mais, aussi, selon, ses formes, son volume, le tourisme peut être tantôt un agent de subversion des sociétés traditionnelles, tantôt l'occasion d'une redécouverte du patrimoine et des spécificités culturelles.

Dès lors, il est nécessaire de contrôler les effets du tourisme afin d'accroître ses avantages, à prévenir, à réduire et à canaliser ses inconvénients.

II.2. Le tourisme et l'environnement

Cette section se propose d'examiner la relation entre le tourisme et l'environnement. Comme, nous l'avons déjà analysé dans le premier paragraphe de cette section, les impacts du développement du tourisme sur le développement socio-économique ainsi que le développement régional sont contradictoires.

Ces impacts, qu'ils soient positifs ou négatifs s'effectuent au détriment de l'environnement. La contradiction entre l'économie du tourisme et l'écologie des lieux touristiques, constitue une contrainte pour le développement du tourisme. Surtout une difficulté pour trouver l'équilibre entre les trois dimensions : économie, société et environnement. C'est l'objectif essentiel de tout développement durable.

En effet, la relation tourisme/environnement est une relation à double sens. C'est-à-dire qu'il y a une action du tourisme sur l'environnement, mais que le milieu a aussi une réaction sur le touriste. Ceux sont donc ces interactions du tourisme et de l'environnement dont il sera question dans ce paragraphe.

II.2.1. L'environnement : un moteur touristique

De la même façon que toute industrie a besoin de matière première, ou qu'elle se base sur des ressources naturelles, on peut dire que la matière touristique réside dans l'ensemble des lieux et événements qui sont objet de tourisme.

Cette matière touristique se répartit en deux matières38(*) : l'une naturelle et l'autre artificielle (hébergements, restaurants, fêtes, festival, culture..). De ce point de vue, nous nous intéressons à la matière touristique naturelle. Cette dernière consiste en éléments résultant de processus naturels plus ou moins modifiés par l'action humaine dans leur émergence, leur déroulement, leur agencement, leur incorporation dans le système touristique. On peut les considérer comme des facteurs d'attraction naturelle. Ces éléments constituant le milieu naturel et les paysages naturels sont parmi les moteurs les plus puissants du tourisme.

Les paysages considérés comme les plus attractifs sont à la fois des paysages qui évoquent une certaine violence des éléments (les aiguilles découpées ou les glaciers crevassés en montagne, les cops, les rades et les falaises sur le littoral) et ceux qui expriment, au contraire, la sérénité (les baies ou les plages de grande étendue, les vastes champs de neige, les lacs, les collines de Toscane, etc.). Ces sites offrent les paysages les plus appréciés et la subjectivité des jugements y tient une grande place. Il y a aussi ceux qui favorisent la pratique des activités associées (la voile, la baignade, le ski, l'alpinisme, la randonnée). Ils sont les plus attractifs.

Les littoraux constituent la première destination touristique, au point d'être associés spontanément à l'idée de vacances. Le choix de ces paysages en général est fait sur des critères climatiques, en fonction du type de séjour désiré. Les rivages océaniques les plus ensoleillés, les côtes méditerranéennes ou tropicales sont retenus avant tout pour leurs aptitudes balnéaires, car l'héliotropisme est devenu le facteur primordial.

Les montagnes constituent aussi un élément clé du tourisme. Le choix d'une destination montagnarde dépend, beaucoup plus que dans le cas des littoraux, des caractéristiques topographiques propres du massif. Toutefois, le milieu climatique intervient lui-même tributaire de la latitude et de la position de la montagne dans l'espace continental. On trouve aussi, les moyennes montagnes des latitudes tempérées, aux dénivellations trop faibles, sont plus favorables au tourisme vert d'été, au thermalisme et au ski de fond. Particulièrement nombreux sont en Europe les massifs, généralement d'origine hercynienne, situés aux portes de grandes villes et qui accueillent les citadins en week-end ou en vacances : massif gallois et Pennines, Ardennes, massifs allemands et bohémiens, Vosges et Jura.

Aussi, les hautes montagnes tempérées offrent une gamme plus étendue de possibilités. Celles qui sont situées dans des zones urbanisées et à haut niveau de vie, comme les Alpes, les Pyrénées, les Rocheuses... sont les plus favorisées : accès aisé grâce aux grandes vallées élargies au quaternaire par les glaciers, possibilité de pratiquer la randonnée et l'alpinisme en été, les diverses formes de ski en hiver. Et, enfin, les hautes montagnes tropicales, comme l'Himalaya et les Andes, ne sont l'objet que d'une fréquentation ponctuelle et limitée : stations climatiques d'altitude, comme Simla ou Srinagar en Inde, stations de ski, comme Portillo au Chili.

Les lacs sont souvent des secteurs très touristiques. Leur origine et leur forme sont variées : petits lacs circulaires logés dans des cratères volcaniques, lacs glaciaires allongés ou digités, comme ceux de la périphérie alpine ou ceux, innombrables, qui parsèment la surface des socles fennoscandien et nord-américain... Les lacs situés à proximité des grands centres, comme les lacs bavarois, les lacs Italo-suisses ou le lac Balaton, sont fréquentés une grande partie de l'année et apparaissent de plus en plus comme des espaces périurbains convoités. En arrière des cordons littoraux, les lacs allongés et les étangs, comme ceux du Languedoc, d'Aquitaine ou de Floride, sont convertis massivement en espaces de loisirs et de résidence, parce qu'ils offrent des conditions nautiques plus sûres que le domaine maritime.

Enfin, les îles constituent un monde original et une destination privilégiée. Cela tient autant aux conditions climatiques particulières des îles : l'atténuation des amplitudes thermiques et, dans la zone tropicale, l'opposition entre la côte « au vent » très humide et la côte «sous le vent » plus abritée-qu'aux caractéristiques topographiques proprement insulaires, notamment la proximité du littoral et de l'intérieur.

Le relief intervient donc doublement dans la sélection des sites aménageables sur le plan touristique parce qu'il a contribué à forger les paysages, que l'homme a ensuite retouchés. Parce qu'il commande les possibilités de pratique de certaines activités inhérentes aux séjours touristiques.

Le relief intervient encore d'une troisième façon : l'accès à ces sites n'est pas toujours aisé et peut demander des aménagements particuliers. C'est parfois le cas sur le littoral. Cela l'est aussi pour certains sites de l'intérieur, par exemple les gorges ou canyons ; les routes peuvent les longer sur les plateaux supérieurs ou, au prix de travaux souvent complexes, de risques parfois et d'atteintes au paysage toujours, les parcourir par le fond ou en corniche. C'est très souvent le cas en montagne39(*).

Les sommets les plus élevés et les plus élancés, les glaciers et en particulier leurs secteurs les plus crevassés, les parois rocheuses les plus verticales sont rarement accessibles directement par un moyen de transport classique. On doit utiliser d'autres moyen (hélicoptère, à pied, ou observer de loin). Le relief peut donc être à la fois un attrait et un obstacle à vaincre.

Le climat40(*) peut, de même, constituer un facteur favorable41(*), mais imposer des contraintes. La recherche de climats agréables a été en partie à l'origine du développement du tourisme de villégiature. Les habitants du Nord de l'Europe recherchaient notamment des hivers doux sur le littoral méditerranéen. A l'inverse, la fraîcheur est recherchée en saison chaude par les habitants de pays tropicaux, voire de pays tempérés à climat continental où l'été peut être très chaud.

L'activité touristique paraît à présent largement déterminée par les conditions climatiques. Il n'en a cependant pas toujours été ainsi, le choix des destinations et des saisons ayant évolué au cours des siècles. Si les bourgeois français du XIXe siècle aiment, comme les Romains aisés de l'antiquité, passer l'hiver sur le littoral et fuir les chaleurs estivales pour des stations de moyenne altitude, il faut rappeler que, jusqu'au lendemain de la Première Guerre mondiale, les rivages méditerranéens furent fréquentés exclusivement en hiver, aucune personne sensée ne s'avisant de s'exposer sur une plage en plein été pour des raisons sanitaires. Les impératifs climatiques sont aujourd'hui draconiens pour nombre d'activités de plein air. La courbe de fréquentation des plages suit fidèlement celle du temps et l'absence de neige est encore fatale aux stations trop basses, malgré l'arrivée des camons à neige.

Dans ce cadre, on distingue, les climats tempérés océaniques et continentaux. Ils sont caractérisés avant tout par de forts contrastes saisonniers. Rien d'étonnant si l'été est la grande saison touristique dans cette zone qui reste avec ses marges méditerranéennes, la plus fréquentée du monde. Aussi, le climat méditerranéen, les régions caractérisées par ce climat sont les plus fréquentées par les touristes. Et enfin la zone chaude constitue une large bande axée sur l'équateur et débordant au-delà des tropiques jusqu'au contact des domaines tempérés. Elle comprend deux grands types de milieux offrant au tourisme des possibilités différentes. Les tropicaux pluvieux sont les régions des basses latitudes, marquées et les tropiques secs, aux latitudes plus hautes, sont caractérisés par de moindres précipitations et de plus forts contrastes saisonniers.

L'eau, élément essentiel dans les pratiques touristiques, intervient différemment selon son état.

- Soit il est liquide, on trouve dans ce cadre, la mer qui est le plus attractif des plans d'eau. Elle permet bain, plongée, plaisance, pêche, croisières... Les cours d'eau et plans d'eau favorisent le tourisme fluvial. Tandis que la pluie est souvent considérée comme l'ennemie du tourisme.

- Soit il est solide : la neige est un élément fondamental de la pratique des sports d'hiver. Aussi la glace a moins d'importance dans la vie touristique, mais on ne peut passer sous silence le ski de glacier.

La végétation joue un rôle analogue, tant par sa place dans les paysages, quel que soit le milieu, que par les possibilités qu'elle offre (promenade en forêt par exemple). Elle contribue en outre largement à l'équilibre et à l'harmonie des paysages. Cependant, la végétation est souvent l'occasion d'activités de découverte, du sentier botanique au circuit, voire au séjour, mis en place sous la canopée. Quant à la végétation cultivée, elle est loin d'être sans intérêt, qu'elle soit à but productif (cultures, prairies, haies, forêts.), ou à but décoratif (parcs, jardins). Aussi la faune qui donne vie aux paysages, anime le décor dans lequel se meut le touriste mais procure aussi des émotions et est parfois objet de tourisme.

En dehors de ces facteurs attractifs, les autres domaines touristiques sont moins fréquentés : la plaine (le touriste est toujours attiré par le milieu naturel des plaines qui entoure les villes), les stations thermales (à côté de l'eau de mer et de l'eau douce, il en existe une autre variété, celle qui sort de sources). Elle est chargée d'éléments chimiques, de la façon la plus naturelle. C'est aussi un des plus anciens buts de tourisme et encore aujourd'hui. Cette eau attire, au moins dans certains pays, un bon nombre de voyageurs qui trouvent dans son utilisation une occasion de vacances. On l'appelle « tourisme de santé »42(*) . Les villes et lieux historiques sont aussi des pôles d'attraction pour les touristes de par leur histoire et leur environnement naturel et architectural. Elles exercent un attrait important sur la démographie du tourisme. En somme, on voit clairement que l'environnement est un des grands moteurs touristiques. Mais, les endroits fréquentés par les touristes autres que la montagne et la mer reçoivent du tourisme une marque qui tend aujourd'hui à être très nette dans le paysage qui en ont fait un pôle d'attraction. Ce qui veut dire, qu'il n'y a donc rien d'étonnant à ce que le poids du tourisme sur l'environnement soit si grand.

II.2.2. Le poids du tourisme sur l'espace naturel

« Le tourisme épuise notre planète... En l'an 2000, il se peut qu'il y ait 650 millions de personnes voyageant à l'étranger, et cinq fois plus de gens dans leur propre pays. La consommation d'énergie que cela implique est colossale... Le tourisme de masse, ce sont des plages et des pistes de ski surpeuplées, des littoraux et des montagnes bétonnés, des embouteillages d'automobiles et des files d'attente, des charters, des autocars et des multitudes de voitures individuelles, des shorts à fleurs, des peaux brûlées ou bronzées, et aussi des tiroirs- caisses qui résonnent. Le tourisme de masse, c'est ça ! un phénomène n'inspire que du mépris ! il est vrai qu'en masse, le touriste con-somme» 43(*).

La massification implique la passivité. Si le bourgeois du XIXe siècle apparaissait comme producteur de ces pratiques, le touriste populaire ne semble guère avoir le choix : ou il est pris en charge par le système associatif ou il est manipulé par l'industrie qui, non contente de produire le tourisme, produit également la demande pour celui-ci au travers de la publicité. Le touriste globalisé ne pense pas, l'industrie du tourisme s'en charge. Parce que populaire, parce qu'en masse, ce touriste perdrait donc toute autonomie, sa consommation ne serait que passivité. Le touriste ne produit rien.

La masse a un pouvoir destructeur sur les lieux, cela fait partie du sens commun. Le tourisme de masse est ainsi accusé d'être un puissant facteur de destruction. Partout où il s'installe massivement, le tourisme ne fait qu'anéantir ce qui l'y avait attiré. La critique reste d'actualité comme en témoigne le titre de l'ouvrage de G. CAZES 44(*) « Les nouvelles colonies de vacances ? Le tourisme international à la conquête du tiers monde» publié en 1989.

On accuse le tourisme d'importer des modèles de consommation occidentaux ayant un fort pouvoir attractif, et allant aussi de pair avec certaines perversions de l'économie comme le commerce de la drogue et la prostitution. La confrontation avec les sociétés traditionnelles n'est pas à l'avantage de ces dernières et les déstructure.

Les excès du tourisme de masse tuent l'attractivité des lieux touristiques. Dans la littérature scientifique, la destruction comme résultat du tourisme de masse est un point commun aux modèles décrivant le développement touristique des lieux. Ces modèles diffèrent par leur échelle. Certains s'attachent à l'évolution de grands bassins touristiques (S.-C. PLOG, 1972, E. GOMSEN, 1981) ou privilégient l'espace touristique régional (J.-M. MIOSSEC, 1976) ou encore la station (R.-W. BUTLER, 1980)45(*). Leur « entrée» est également originale : S.-C. PLOG classifie les types de populations parcourant l'espace touristique, E. GOMSEN définit des périphéries du tourisme, R.-W. BUTLER décrit la croissance de la population touristique. Enfin, ils différent aussi par leurs modes de représentations : courbe, graphique, modèle cartographique, etc. Mais tous se rejoignent sur le fond : l'idée d'un déclin inéluctable des lieux touristiques sous la pression de la masse. (voir tableau 1 ci-dessous )46(*)

La logique de ces modèles est géographique et part d'un constat simple : les flux touristiques sont centrifuges. A moins de visiter une grande métropole qui possède aussi une fonction touristique, le tourisme est considéré comme un phénomène de migration depuis les grands centres industriels et urbains vers des espaces en marge où la production industrielle et donc les grandes concentrations permanentes de populations sont absentes.

Afin de mieux comprendre le fonctionnement de l'espace touristique, nous allons nous limiter à deux modèles qui serviront à d'illustration. Il s'agit du modèle de J.-M. MIOSSEC ainsi que celui de R.-W. BUTLER.

Le modèle de J.-M. MIOSSEC (1976)

Le schéma historique est simple. Tout d'abord, le lieu est découvert, car faisant partie d'une marge, il n'est pas vraiment connu. Appartenant à une périphérie, son accès n'est pas aisé et son économie connaît des formes de sous développement. C'est la période de «pré- tourisme» pendant laquelle arrivent les premiers touristes.

Cette première phase touristique est décrite comme un phénomène pionnier. Une station voit le jour mais son activité reste marginale tant du point de vue des touristes que de la population locale. Puis s'en suit une période de complexification, pendant laquelle le lieu s'intègre au système. Le développement correspond à une augmentation remarquable du volume des touristes, la création d'emplois plus nombreux offerts à des classes sociales moins élevées de la population locale. Lorsque tout un espace régional est concerné, on assiste à une multiplication des stations, puis à leur spécialisation et hiérarchisation. Cet avènement du tourisme de masse serait donc concomitant d'une certaine saturation du touristique, voire de son déclin. La masse des touristes a modifié considérablement le lieu, jusqu'à créer des désagréments. L'attractivité du lieu décline, le nombre de touristes aussi comme si l'intégration induisait une banalisation du lieu, entraînant à terme une désaffection de la masse : (voir la courbe1)

La Floride, la côte d'Azur ou encore la Costa Brava connaîtraient cette évolution que J.-M. MIOSSEC considère comme « quelque peu catastrophique». Sa dynamique est sa reproduction à l'identique dans des lieux de plus en plus éloignés des centres émetteurs : l'intégration de la périphérie au système touristique implique son développement, mais ce dernier est incompatible avec les exigences des découvreurs qui le quittent pour d'autres lieux où le même phénomène se reproduit. C'est ainsi que le phénomène se diffuserait dans l'espace. On reconnaît là le fonctionnement du modèle colonial : après épuisement, on va exploiter un gisement plus éloigné.

L e modèle du cycle de R.-W. BUTLER (1980)

La représentation en forme de cycle fait une irruption précoce dans la littérature consacrée au tourisme. Le terme est utilisé dès 1963 par W. CHRISTALLER,  « au même moment, en d'autres lieux, le même cycle se reproduit, de plus en plus de lieux deviennent à la mode, changent de nature, tournent au lieu fréquenté par Mr tout- le- monde»47(*).

Cette idée est précisée dans un article de 1978 sur Atlantic City. Mais c'est en 1980, qu'elle est présentée sous la forme d'un modèle d'évolution générique par R.-W. BUTLER qui applique alors au lieu touristique le concept économique et commercial de cycle de vie du produit. R.-W. BUTLER propose la présentation graphique d'une courbe d'évolution du nombre de touristes selon le temps (voir courbe2).

Les phases se définissent par rapport au niveau de fréquentation touristique, évoqué au travers du poids de la fréquentation sur la population locale. Ainsi le ratio nombre de touristes/ population résidente devient un des critères de définition : la phase de développement consiste en ce que le nombre de touristes soit égal, voire dépasse le nombre de la population permanente. Mais c'est surtout le taux de croissance de cette fréquentation qui est pris en compte. Pour les phases dites d'implication, de développement et de consolidation, le volume absolu de fréquentation est toujours en progression, mais pas le taux de croissance : dans les deux premières périodes, le taux de croissance est en progression rapide, voire très rapide, alors que la phase de consolidation correspond à son tassement.

En effet, si le nombre total de touristes continue d'augmenter, le taux de croissance s'affaiblit considérablement. Le phénomène est entériné par la phase suivante, la phase de stagnation où le taux de croissance devient nul. Il s'agit d'un modèle générique, aussi l'auteur ne précise- t- il aucun niveau de fréquentation.

Toutefois la définition qu'il fait des différentes phases ainsi que les exemples qu'il donne, permettent d'en présager. C'est donc le tourisme de masse que le modèle fait coïncider avec le déclin.

Toutefois, ce modèle ne se contente pas uniquement de décrire une courbe de croissance. Ce dernier propose aussi une interprétation de la forme de la courbe et en particulier le phénomène de stagnation voire de déclin de la population touristique. Pour ce faire, il utilise la notion de population limite ou encore capacité de charge, traduction littérale de l'anglais carrying capacity48(*). Si le lieu connaît des problèmes, c'est qu'il y a trop de touristes, c'est qu'il existe une limite au delà de laquelle les problèmes apparaissent.

C'est donc le dépassement de cette limite qui induit le déclin de la destination accusé par une baisse de fréquentation, ou du moins une crise grave : « Enfin le taux de croissance du nombre de visiteurs déclinera lorsque les niveaux de la capacité de charge seront atteints».

L'espoir est donc permis. On peut éviter l'inexorable issue de la destruction. Il suffit de ne pas dépasser la limite. Il suffit de ne pas avoir trop de touristes.

Comme nous avons pu le constater, la croissance soutenue que devrait connaître l'industrie touristique posera de sérieuses difficultés dans le domaine de la protection de l'environnement. L'industrie touristique a tendance à avoir des effets nocifs sur l'environnement du fait des ressources qu'elle consomme, de la pollution et des déchets résultant du développement des infrastructures et installations touristiques, et de l'intensification des transports et des activités touristiques.

Les effets les plus graves situés au niveau de transport touristique49(*), qui intervient soit pendant le déplacement lui-même des engins de transport, soit aux points de départ et d'arrivée des passagers. Dans l'un et l'autre cas, l'affluence supplémentaire est source de nouvelles nuisances. Dans ce cadre, on classe quatre types de transports à savoir : transports aériens, ferroviaires, maritimes et routiers.

Au niveau du transport aérien, les installations proprement aéronautiques prennent aussi beaucoup de place, et il faut y ajouter celles qui sont destinées à l'accueil du public, avec en plus des infrastructures hôtelières, des parking pour automobiles, des surfaces pour transports en commun. Chaque aérodrome est gros consommateur d'espace aussi, ceci constitue pour les habitants logés à proximité une source de pollution importante et de bruit qui est accompagné d'odeurs qui sont néfastes pour la santé.

La même chose pour ce qui concerne les installations pour le transports ferroviaires, le chemin de fer représente à cet égard un merveilleux moyen de transport pour le tourisme. Ce dernier occupe aujourd'hui une grande place dans la géographie des transports. Aux périodes de vacances, il pèse d'un poids important dans le paysage et le modifier parfois dans une grande mesure. Son emprise au sol, la gare, en fait un gros consommateur d'espace. Outre la gare, le chemin de fer nécessite pour son exploitation des voies, des guichets, des salles des pas perdus, des quais et les ouvrages d'art sont non moins nécessaires, mais ils constituent à la fois une construction qu'on peut juger incongrue dans le paysage et un but de visite touristique.

Le chemin de fer est donc un gros mangeur d'espace, avec ses gares, ses voies et ses ouvrages d'art. Mais, en plus de la consommation d'espace, et comme tous les moyens de transports, il est aussi une source de nuisances et pollutions plus intenses encore aux moments de pointe, tels que sont les vacances.

Au niveau des transports maritimes et fluviaux, ces transports maritimes destinés aux touristes sont bien moins nombreux que ceux qui se chargent des marchandises et ils nécessitent moins de place, moins d'installations. Mais, il y a quand même des atteintes à l'environnement comme tous les navires ne marchent plus maintenant qu'au mazout, on retrouve là aussi la pollution pétrolière. Cependant elle reste très inférieure à celle des routes. Un navire, fût il de croisière, rejette dans l'atmosphère les habituels gaz d'échappement de tout moteur diesel. Il en est de même dans toutes les marinas et dans tous les ports de plaisance. Les voiliers quittent leur appontement au moteur pour aller au large ou rentrent au port.

Plus spécifiques sont les rejets d'eaux usagées et de déchets solides. L'air et l'eau sont ainsi inévitablement souillés. Mais, dans les ports la pollution est très forte à cause de la trop forte densité d'activités. Là, les rejets s'accumulent dans les bouts des bassins, où des nappes d'eaux polluées stagnent, mélangées aux ordures de tout type et parfois même à des amas surabondants d'algues drossées là par le vent. Cela peut se voir dans un port de plaisance comme celui de la commune de Arzon (Morbihan), Port-Gouesty, où à l'extrémité du port, sur la droite, s'accumulent toutes les ordures.

Et enfin, les transports routiers ont aussi un poids considérable sur l'environnement. surtout que l'automobile est devenue aujourd'hui le moyen idéal et universel de déplacement. Sa disponibilité immédiate dès que le démarreur est actionné, son alimentation commode en source d'énergie abondante et de nature peu coûteuse, la possibilité qu'il assure de pouvoir se rendre rapidement et facilement à peu près partout expliquent son actuelle universalité. C'est essentiellement l'automobile et ses dérivés (autocars) qui, à côté des transports routiers permanents, rendent accessible le tourisme à des foules importantes. Le deuxième véhicule routier utile pour le tourisme est l'autocar, soit l'autocar de jonction qui permet d'accéder à une station non desservie par le rail, soit l'autocar d'excursion.

Le transport routier a besoin des infrastructures comme la route qui est quand même une grande consommatrice de terrain : si ce n'est par des gares, c'est par toute une série de services il y a d'abord les aires de péage, qui sont un élargissement momentané considérable de la surface consacrée à l'autoroute. Il y a ensuite les aires de ravitaillement en carburant, avec restaurants, snacks, parfois hôtels. Aussi, on trouve la surface due aux échangeurs d'autoroutes. Enfin, tenant un peu lieu de gares, les parkings plus les routes, les voies et les chemin sur lequel se déplacent les automobiles.

Donc non seulement la route avec tous ses accessoires, est une grosse consommatrice d'espace par elle-même, mais encore il faut considérer les gênes qu'elle peut causer par certains tracés. Et en zone vraiment touristique, c'est même un cauchemar on a déjà fait allusion plus haut aux routes de bord de mer. Cette coupure est alors encore plus ressentie avec désagrément : en l'absence de feux rouges, aller de la station à la plage en traversant cette voie est un exploit périlleux, il s'y ajoute les odeurs, la pollution et le bruit. Les touristes préfèrent ce type de transport car il permet de s'arrêter chaque moment désiré ou dans chaque lieu voulu. Et cet arrêt engendre des effets négatifs sur les sites visités (pollution, déchets, rejets, etc.).

En dehors du transport et faute d'une planification et d'une gestion appropriées, le développement du tourisme peut susciter une forte concurrence entre l'activité touristique et d'autres activités faisant elles aussi appel à l'exploitation de terrains, entraînant de ce fait une hausse des prix de ces terrains et une pression accrue sur l'utilisation des terres agricoles à des fins de construction.

D'autre part, un développement inconsidéré du tourisme peut favoriser une utilisation intensive ou impropre des terres, facteur possible de déforestation, d'érosion des sols et d'amenuisement de la diversité biologique. D'intenses perturbations humaines de la végétation et de la faune par l'activité touristique peuvent mettre en péril ou détruire des activités traditionnelles telles que la pêche et, ce qui est peut être encore plus important, causer des dégâts irréversibles à de précieux écosystèmes.

Le tourisme suscite également de sérieuses préoccupations touchant sa viabilité du point de vue de l'environnement construit. Par exemple, le tourisme historique peut être une cause de problèmes urbains tel qu'un engorgement du trafic comme en connaissent de nombreux centres de villes historiques.

Le développement des zones côtières pour les besoins du tourisme est une préoccupation particulière. La construction effrénée d'installations touristiques peut saccager la beauté naturelle de ces zones, et l'érosion due à des installations et infrastructures de tourisme construites trop près de la côte peut être un facteur de destruction des plages et de dégradation de la côte. Des pratiques telles que l'extraction intensive de sable pour des travaux de construction liés au tourisme, communes à de nombreuses régions côtières, ont été responsables d'une destruction des plages ; dans les zones côtières où les récifs coralliens ont été détruits par les eaux usées et d'autres formes de pollution, les plages détruites ont peu de chances de se reconstituer naturellement.

Le traitement et l'élimination des déchets liquides et solides produits par l'industrie touristique est un autre problème préoccupant, en particulier pour les économies moins développées qui ne disposent pas de l'infrastructure ou des ressources physiques pour traiter ce surcroît de déchets.

Dans les Caraïbes50(*), la multiplication des navires pour croisières touristiques entraîne un accroissement des volumes de déchets liquides et solides qui doivent être éliminés aux ports d'escale. Lorsque des effluents non traités sont évacués dans les zones terrestres et maritimes environnantes, il en résulte souvent une pollution des rares ressources en eau douce des terres intérieures, une disparition de précieuses espèces marines, fauniques et végétales, une destruction des récifs coralliens et un processus d'envasement et d'érosion des plages côtières.

La pollution due aux déchets provenant de navires est un problème majeur pour les petits états insulaires en développement, où le déversement de déchets d'hydrocarbure, d'eaux usées, d'ordures et de sédiments de soute sur le passage des navires de croisière et de commerce peut entraîner une pollution de la mer et des plages.

Le problème de l'eau douce reste pressant et l'approvisionnement en eau douce, face à la demande croissante de l'agriculture, de l'industrie et des ménages, devient de plus en plus difficile pour un nombre toujours plus élevé d'économies51(*).

L'industrie touristique fait un usage extrêmement intensif de l'eau douce et, à mesure de l'expansion de cette industrie à l'échelle mondiale, le problème de l'approvisionnement en eau risque de s'aggraver. La situation est plus sérieuse encore dans de nombreuses régions où la pollution des eaux non seulement endommage les sites touristiques mais contamine les réserves en eau douce.

S'ajoute à cela un risque d'aggravation de la pollution atmosphérique, localement et à l'échelle mondiale, par la suite de l'augmentation des émissions de dioxyde de carbone liées à la consommation d'énergie dans les transports à but touristique ainsi que pour la climatisation et le chauffage des installations touristiques.

Conclusion de section

Le tourisme s'impose comme un phénomène majeur de la fin de ce siècle. Les flux touristiques ne cessent de croître, également, le nombre des touristes. Cette évolution implique des effets multiformes touchant les sociétés, les systèmes économiques et l'environnement. Ils ne sont pas toujours quantifiables. Ils apparaissent souvent contradictoires, de sorte qu'un bilan global est difficile à établir.

Les pays d'accueil n'en profitent pas nécessairement, et peuvent même voir leur dépendance accrue. Le tourisme crée directement des emplois, mais une part élevée relève du travail saisonnier, voire clandestin. Indirectement, il contribue au fonctionnement de nombreuses autres branches économiques. Les populations d'accueil profitent de débouchés accrus ou de l'apparition de métiers nouveaux. Mais, le tourisme peut tout aussi accélérer la disparition d'activités avec lesquelles il entre en concurrence pour l'espace ou la main-d'oeuvre. C'est l'emploi qui explique que les espaces touristiques sont souvent dynamiques sur le plan démographique. Les sociétés d'accueil ne sortent jamais indemnes de la rencontre touristique. Suivant les lieux, mais aussi ses formes, son volume, le tourisme peut être tantôt un agent de subversion des sociétés traditionnelles, tantôt l'occasion d'une redécouverte du patrimoine et des spécificités culturelles.

Mais son effet sur le milieu naturel est tout aussi puissant. Les problèmes posés sont réels : dégradation des sites par les infrastructures de circulation et d'hébergement, altération, voire destruction de milieux fragiles, dunes, marais, forêts, pelouses d'altitude, pollution des aires, et surtout des eaux.

Comme nous avons pu le constater, le tourisme de masse ne prend aucune considération de l'espace local. Des valeurs négatives lui sont de plus en plus associées telles que l'inactivité culturelle et les contacts superficiels avec les milieux d'accueil, les risques environnementaux et surtout la prise de conscience de l'existence d'un produit uniformisé dans des sites encombrés et défigurés par le tourisme de masse. Les sites comme ceux de montagne ayant font l'objet d'une exploitation industrialisante perdent progressivement leur attrait. L'offre touristique se retrouve dans l'incapacité de maintenir son rythme et se voit dans l'obligation d'innover afin de répondre à des besoins nouveaux. Donc le recul constaté est- il simplement la conséquence d'un environnement moins propice au développement du tourisme ou est-il le reflet de difficultés réelles propres au modèle qu'il conviendrait de surmonter ?

Section III. L'émergence d'un tourisme post-fordiste

L'aménagement du temps de travail, l'élévation générale du niveau de vie depuis les années 1950, le progrès des transports ferroviaires et aériens et l'engouement pour l'automobile individuelle ont considérablement favorisé la croissance touristique.

Ainsi, depuis le début des années 1960, le développement touristique a surtout été concentré sur le littoral. La majorité des touristes ne recherchait que le repos et le soleil, « Bronzer idiot ». Cette forme de tourisme reposait sur le concept de la pensée unique qui a donné naissance à ce que l'on appelle le modèle des 4 "S". Ce produit reflète la volonté de passivité des touristes. Cette tendance a conduit à un marché touristique composé d'une seule offre et d'une seule demande.

Cependant, depuis quelques années, on assiste à une remise en cause de cette forme de tourisme au profit d'une demande plus diversifiée.

Après avoir remis en cause le modèle de développement touristique fordiste, une analyse sur l'émergence d'une nouvelle demande touristique sera réalisée.

III.1. L'épuisement du tourisme de masse

Depuis une dizaine d'années, le tourisme dit de masse s'essouffle et sa crise semble irrémédiable. Nous constatons que le « fordisme touristique» n'est plus en corrélation avec l'évolution des besoins de marché. La clientèle recherche des « sites vrais» combinant la profondeur de l'échange interculturel, l'harmonie avec la nature et l'histoire des lieux visités. C'est cette vision qui est à expliciter, par la suite, au travers de la théorie des sites. De telles exigences semblent donc en contradiction avec l'offre du tourisme de masse qui privilégie le profit immédiat et la grande échelle détruisant ainsi la qualité relative des sites natifs d'activités touristiques. Comme le montre F. DEPREST52(*)(1997) dans une enquête sur le tourisme de masse, ce dernier a perdu de son attrait à la fois auprès de la clientèle et auprès des spécialistes du tourisme. Ce phénomène de répulsion touche aussi le tourisme dit d'élite dans la mesure où il n'échappe pas non plus à la crise du management industrialiste des activités touristiques. Cette crise est donc à apprendre en considération pour comprendre les nouvelles tendances de la consommation touristique. La crise de la quantité a donc ouvert la voie à la qualité. Du point de vue de la théorie des sites, il s'agit véritablement une crise des paradigmes et des pratiques classiques du tourisme en général53(*).

En somme, le produit touristique, traditionnellement consommé depuis les années 60, a connu, au cours du temps, des modifications. En premier lieu, un vieillissement qui peut être interprété sur la base de la notion de cycle de vie du produit de Vernon54(*). En second lieu, au niveau de la demande, un effet de saturation, la capacité de charge du site touristique est dépassée. Successivement, nous analyserons ces deux points, afin de mieux cerner cette crise.

III.1.1. Le déclin du mégatourisme

Les observations empiriques montrent bien que la demande tourne de plus en plus le dos au tourisme de masse et de grande distance. Le déclin de l'image du tourisme balnéaire des lointains tropiques en est une illustration. Des valeurs négatives lui sont de plus en plus associées telles que l'inactivité culturelle et contacts superficiels avec les milieux d'accueil, risques nutritionnels et pollution et surtout prise de conscience d'un produit uniforme dans des sites encombrés et défigurés par le tourisme de rentabilité à grande échelle.

L'Espagne nous en fournit un triste exemple avec le bétonnage de la Costa Bel Sol55(*) et bien d'autres sites sur la planète. Victime de son propre succès, le méga tourisme (par référence à la méga machine de Serge Latouche) semble ainsi répondre à la théorie du cycle de vie des produits56(*).

Après la phase de démarrage et celle de son essor (années 1960-1970), les sites qui ont fait l'objet d'une exploitation industrielle perdent progressivement de leur attrait. Donc jusqu'ici, le cycle du produit semble correspondre relativement bien au développement du produit touristique à savoir la démocratisation du voyage par le passage du tourisme réservé à une minorité au tourisme standard cristallisé dans le modèle des 4S.

Il convient maintenant d'appréhender avec cet outil conceptuel la crise du modèle des 4S. C'est durant la phase de maturité que naissent les signes annonciateurs du déclin. La démocratisation du tourisme tend à toucher des segments de la population ayant un statut de plus en plus bas.

Ce processus est rendu possible grâce à l'extraction de gains de productivité consécutifs à la massification. Ces gains ont tendance à diminuer les coûts fixes par certaines techniques comme l'utilisation des charters et de gains de productivité connaît un seuil en deçà duquel il semble difficile de descendre.

A ceci s'ajoute le fait que les nouveaux segments de clientèle concernés par cette massification sont de bas statuts et donc de rentabilité faible voire nulle pour les pays récepteur. Cette rentabilité réduite peut être à l'origine d'un cercle vicieux dans la mesure où elle entraîne la baisse de qualité et donc la baisse du statut de la demande.

La demande du produit touristique des 4 S a été croissante durant un certain nombre d'années. Une offre massive qui a cru à un rythme fort important lui a répondu. Mais, dans l'étape de la maturité, le rythme de la croissance se casse. C'est le cas en Espagne, cette offre touristique est aujourd'hui remise en cause depuis le retournement de la demande constatée en 1989 et 1990 (-4% des arrivées touristiques)57(*) et qui est le résultat d'une perte de compétitivité des prix touristiques, c'est-à-dire du rapport qualité-prix.

Selon, les estimations et les perspectives de l'O.M.T. cette offre est caractérisée par un ralentissement du taux de croissance économique pour les années 1995-2000 et jusqu'en 2010. Comme le montre le tableau.

Tendances et prévisions du tourisme mondial

Arrivées touristiques

Taux de croissance moyen annuel

%

1950-1970

9,9%

1970-1980

5,7%

1980-1990

4,7%

1990-1995

3,2%

1995-2000

3,4%

2000-2010

3,5%

Source : O.M.T.

Or justement, durant la période de maturité, le rythme de croissance de la demande s'essouffle.

Nous sommes dans l'étape d'un produit offert à de larges couches de la population. L'effort pour attirer une nouvelle demande doit donc être d'autant plus important en investissement sachant que cette demande est de bas statut.

Le modèle de croissance touristique soutenue n'arrive plus à se maintenir. Tel est le cas en Grèce58(*) où on constate même une stagnation des recettes en devises. En 1981, la Grèce avait accueilli 5,5 millions de touristes et reçu pour près de milliards de dollars de recettes touristiques. En 1988, le nombre de visiteurs est passé à 8 millions, mais les recettes n'ont pas dépassé 2,4 milliards de dollars et pour 1989, les statistiques indiquent une baisse de 20% de ce dernier résultat. La dépense moyenne par séjour et par personne a baissé de 308 dollars en 1988 à seulement 250 dollars en 1989.

Face à ce type de situation, la mise en place de nouvelles politiques du tourisme s'impose basée sur le développement de nouveaux marchés et de nouveaux produits susceptibles d'accroître les effets d'entraînement économique du tourisme.

III.1.2. L'incapacité de charge de site touristique

Le touriste-masse qui, chaque année, répète la même consommation touristique arrive à ressentir une certaine saturation conformément à la psychologie élémentaire de la courbe d'utilité marginale décroissante du consommateur.

Ce phénomène de saturation est aussi un phénomène de dénaturation59(*) ; lorsque la masse des touristes l'a envahi, le site n'est plus le même, il a perdu ses caractères originaux qui avaient attiré les premiers visiteurs.

Pour le Physicien, « Tout objet subit au moins une légère déformation lorsqu'il est soumis à des forces ou à des moments de forces. Ainsi une barre d'acier ou une poutre en bois fléchit lorsqu'un poids y est suspendu. Un os a tendance à se rompre sous l'effet d'un moment de force »60(*). Il semble bien que l'espace touristique fonctionne de la même manière que les solides en Mécanique61(*).

La masse touristique exercerait son poids sur l'espace. La pression touristique (la contrainte) produit un impact (la déformation). Les touristes polluent, leur présence induit des modifications de l'environnement et l'impact est d'autant plus net que le groupe de touristes intervenant est plus nombreux et plus dense.

Mais à l'image des solides, les lieux touristiques ont une limite au-delà de laquelle ils sont susceptibles de se détruire : « On pourrait croire qu'il s'agit d'une sorte de proposition théorique que nous suggère la physique (exemple : le moment d'inertie d'une poutre, d'un mât qui, en fonction des modules d'élasticité, de résistance, etc..., définit la contrainte limite supportable au-delà de laquelle la structure ne peut plus résister en se déformant élastiquement, et flambe). Il est exact que l'utilisation de ce terme[...] a correspondu d'abord à la nécessité de caractériser sous un vocable unique déjà disponible dans d'autres domaines, des phénomènes en apparence disparates selon qu'ils s'exercent tantôt dans une structure économique, tantôt dans un système socioculturel, ou encore dans un environnement écologique. Ces phénomènes ont tous ceci en commun, à savoir qu'ils semblent évoquer l'idée d'une déformation permanente de l'appareil économique, du système social, etc... susceptibles soit de bloquer, soit de simplement affecter son fonctionnement, localement ou globalement, par suite de l'effort excessif demandé à telle partie du système économique, social, etc. »62(*). La proposition d'une contrainte-limite en matière de tourisme se conforme assez fidèlement à celle de la physique.

Le lieu ou la société d'accueil sont conçus comme le milieu sur lequel s'exerce une pression. Le tourisme, ou plutôt les touristes sont les agents de la pression. Par analogie, la population touristique-limite ou capacité de charge touristique est le seuil au delà duquel l'activité touristique  « déforme » le lieu et la société d'accueil.

Malgré toutes ces attentes à l'environnement, aggravées en cas de sur fréquentation des espaces concernés, il n'y a pas de méthodologie de mesure de ces effets. La seule notion qui ait été définie dans cet esprit est celle de capacité d'accueil de THUROT.63(*)

D'autres auteurs préfèrent parler de capacité de charge. Les deux expressions ne sont pas synonymes. La capacité d'accueil traduit un nombre de places (par exemple, en termes de possibilités d'hébergements, le nombre de lits ou, pour un moyen de transports, le nombre de siéges). La capacité de charge est une notion plus complexe qui traduit les possibilités d'accueil d'un lieu sans dommage physique pour le milieu et sans dommage économique et social pour la communauté d'accueil. Elle peut donc être supérieure ou inférieure à la capacité d'accueil. Mais ces notions demeurent vagues, il s'agirait de prendre en compte les aptitudes et les contraintes du milieu à partir de critères significatifs établis au préalable, avec l'objectif de disposer d'un outil opérationnel d'évaluation pouvant servir tant a priori (planification) qu'a posteriori (gestion).

Selon l'organisation mondiale du tourisme O.M.T.64(*), cette capacité de charge viserait, « à établir en termes mesurables le nombre de visiteurs et le degré de développement qui sont susceptibles de ne pas avoir de conséquences préjudiciables aux ressources » et elle précise qu'il faut entendre par là tant « les dommages physiques pour le milieu naturel et pour le milieu artificiel » que  « les dommages sociaux / économiques pour la communauté et la culture locale » ou le déséquilibre entre développement et conservation.

En fait, si séduisant que soit ce concept, aucune méthodologie claire n'a précisé les critères à retenir et la façon de les combiner pour mesurer cette capacité de charge. On a bien tenté de la définir65(*) comme le rapport entre la superficie disponible et la surface moyenne utilisée par individu. Compte tenu de la durée moyenne de fréquentation, on peut faire face à un nombre d'usagers égal au produit de la capacité de charge par un coefficient de rotation des visiteurs.

Cependant cette tentation est assez vite remises en cause par la complexité des variables à prendre en compte. Surtout le côté humain de l'équation. Selon l'O.M.T., il faut prendre en compte des facteurs matériels, psychologiques et écologiques. Mais lesquels ? Et comment les mesurer ? En outre, la prise en compte d'une rotation dans le temps des usagers fait de leur concentration horaire, hebdomadaire ou saisonnière. En tout état de cause, l'appréhension de cette capacité de charge ne demeurera-t-elle pas largement subjective ? même ceux qui ont proposé des formules pour tel équipement ou tel site ont dû recourir à des choix arbitraires des critères et de leur pondération.

Des applications concrètes en ont cependant été faites dans des cas aussi différents que des villes d'art, des stations intégrées de sport d'hiver, des îles (pour les Galapagos ou pour l'îlot de Cayo Largo au large de Cuba par exemple)66(*). Il n'en reste pas moins que, même si le concept peut être utile, la mesure d'une capacité de charge est très délicate, voire souvent pseudo-scientifique.

Le passage du paradigme ancien au nouveau paradigme ne s'effectue pas instantanément, ni selon la même vitesse suivant les pays ou les régions. Certains pays connaîtront le déclin du modèle des 4S et envisageront une reconversion du produit touristique, voire un abandon du modèle ancien, alors que d'autres s'apprêteront à s'engager dans la voie du modèle essentiellement balnéaire ou préféreront songer à d'éventuelles combinaisons entre les deux types de tourisme. Et, comment alors, des solutions !

Les développements effectués jusqu'ici constituent un modèle explicatif qui, comme nous le verrons, semble assez bien correspondre à la réalité touristique de certains pays, à certaines époques. Cela dit, ce modèle est simplificateur et ne prétend ni embrasser toute la réalité touristique, ni être universellement applicable. Il en va de même du modèle qui lui succède, que nous appellerons post- fordiste.

III.2. Le tourisme post-fordiste 67(*)

L'internationalisation des marchés et la prise de conscience des effets du tourisme de masse ont conduit à une modification des pratiques des touristes.

Contrairement aux années précédentes, on assiste à une relative individualisation des comportements. Chaque individu est unique et cherche aujourd'hui, selon ses habitudes, à répondre à ses propres besoins.

L'évolution des mentalités a conduit à segmenter la demande. L'offre ne peut plus proposer qu'un seul type de produits pour répondre aux besoins mais doit au contraire se diversifier et s'adapter à la grande diversité des demandes et des sites à exploiter prudemment en mariant, selon la théorie des sites, leurs multiples dimensions économiques, sociales, culturelles.

Il s'agit là d'une critique et d'une alternative à l'économisme bien présent dans le mégatourisme. Ce n'est qu'avec ces nouvelles perspectives théoriques que la montée en puissance du tourisme de patrimoine et de proximité peut être convenablement décryptée. La proximité, la profondeur de l'échange culturel et interculturel, les nouvelles perceptions de la nature et des paysages expriment un besoin profond de se situer dans un monde anonyme et dominé par la technique et une économie dé-enchâssées et aliénantes68(*).

Dans cette perspective, les nouvelles demandes et les modes d'action sur le terrain s'orientent de plus en plus vers la prise en compte des contingences qualitatives de chaque milieu. C'est, entre autres, l'horizon et la philosophie de base du paradigme pluraliste des sites symboliques d'appartenance69(*). Les principes mis en oeuvre reposent, en effet, sur le respect de la diversité et de la multiplicité des pratiques, considérées comme une métamorphose des dimensions plus ou moins invisibles de la contrée considérée.

Sommairement, le site symbolique d'appartenance est un marqueur imaginaire d'espace vécu. Autrement dit, il s'agit d'une entité immatérielle qui imprègne l'ensemble de l'univers local des acteurs. Le site est, à chaque fois, singulier, ouvert et fermé. Il contient un code de sélection et d'évolution propre : en ce sens, il est dynamique. Contrairement au culturalisme, la « sitologie » est une approche non statique, elle pense le mouvant, le complexe et le métissage culturel. Dans cette optique, à l'opposé de l'économisme, aucune dimension de l'existence humaine ne peut être totalement séparée des autres. Croyances, concepts et comportements s'articulent autour d'un sens spécifique et créent ainsi une grande relativité des lois économiques et d'évolution des sociétés au moment même où le monde semble, en apparence, s'uniformiser.

Autrement dit, ce que nous séparons au plan de l'abstraction et de nos disciplines scientifiques est vécu par l'acteur sur le mode d'un enchevêtrement dans lequel il opère, dynamiquement, par pragmatisme. Cet homme concret, est l'homo-situs fondée par H. ZAOUAL se définit ici par l'apparition de cette nouvelle forme de tourisme dans laquelle le touriste prend de plus en plus en considération le site et ses spécificités locales. L'homo-situs est considéré comme un agent à dimension humaine. Il confère un rôle déterminant à la participation, la coordination et la dimension immatérielle (cultures, croyances, relations,...). L'homo-situs est une personne qui s'adapte au contexte local. Il privilégie la qualité à la quantité.

La notion d'homo-oeconomicus se définit, quant à elle, à travers le tourisme de masse basé sur le modèle fordiste dans lequel le touriste recherche un produit standard. Avec la modélisation des comportements économiques, l'homo-oeconomicus est un agent dont le seul moteur comportemental réside dans une rationalité instrumentale : la recherche de profits et de l'utilité. Contrairement à l'homo-situs, l'homo-oeconomicus privilégie la quantité à la qualité mais aussi la relation, la cohésion sociale ainsi qu'un grand nombre de principes comme le respect, l'estime, la tolérance de la différence sans oublier l'harmonie avec la nature.

La mutation actuelle du produit touristique et la nouvelle demande qui est devenue plus exigeante, variée et variable et se focalise de plus en plus sur la qualité et des besoins portant sur la culture et l'environnement. Donc cette nouvelle demande intègre la pluralité des aspects d'un site donné (culture, nature, architecture, histoire, etc.) tout en prenant conscience de l'importance du sens implicite des pratiques des acteurs, visiteurs et habitants du  « site d'appartenance »70(*). Il s'agit là d'un « tourisme dialogique ». Cette variété de dimensions correspond à une évolution des mentalités au sein du monde moderne. Or, la question qui se pose à ce niveau est la suivante : s'agit-il de nouvelles valeurs ou tout simplement d'un retour vers le passé ?

Les caractéristiques principales de la nouvelle demande sont : l'activité, la qualité et l'authenticité. P. PY71(*) identifie l'apparition d'un « nouveau rapport à la nature», on la respecte pour elle- même et pour nous- mêmes, comme cadre de vie. Cette identification est, nécessaire au décryptage de la notion de tourisme durable car elle restitue une idée selon laquelle ; les demandes deviennent de plus en plus sensibles à la qualité du cadre d'environnement respecté garant, d'une identité conservée. C'est ce point que nous allons essayer d'analyser dans ce paragraphe à travers trois points qui nous paraissent essentiels.

III.2.1. Les nouvelles tendances du marché touristique

Depuis quelques années, le tourisme semble prendre de nouvelles formes. En effet, les impacts dévastateurs du tourisme ont été largement décrits, aussi bien dans la littérature par des chercheurs sociologues, géographe, etc., que dans la presse. Ces écrits remettaient en cause une approche purement économique du tourisme qui a largement prédominé. Approche qui occultait, entre autres, la « folklorisation » de la culture locale, un dualisme social, l'effet de snobisme, etc.

Le tourisme source de rencontre, devient la négation du tourisme. Cette forme de tourisme que nous dénommons méga tourisme est remise en cause par l'émergence des nouvelles demandes. Celles- ci sont multiples et variées (culture, nature, architecture, sport et loisir, etc.). Le nouveau tourisme se base, entre autres, sur le patrimoine local. Le « nouveau touriste » cherche le calme, la facilité de circuler, l'authenticité du cadre et des relations humaines. Il se veut explorateur de nouvelles cultures (traditions, fêtes populaires, écomusées). En d'autres termes, il est la recherche d'une offre touristique variée, tout en respectant l'environnement.

A cet égard, P. FRANCES écrit  :  « Avant, on se mettait au vert, aujourd'hui on souhaite aussi se mettre au vert, une tendance illustrée par l'importance accordée, dans les motivations exprimées, d'une part au calme et à la tranquillité (rejet de la foule et des endroits encombrés et bruyants), d'autre part à la découverte de la nature, qu'il s'agisse de la montagne (de plus en plus fréquenté en été) mais aussi de la compagne, par opposition au littoral qui semble, lui, en passe de perdre, si cela n'est pas déjà fait, une position longtemps prédominante ». il relève aussi « le désir d'entrer réellement en contact avec d'autres cultures, d'autres façons de vivre[...], le regain d'intérêt pour les traditions, etc.»72(*). Comment expliquer ces constats ? La réponse est articulé en deux points : l'enjeu de la qualité et les piliers sur lesquels le nouveau modèle est fondé.

III.2.1.1. L'enjeu de la qualité

Il semble bien que les années 1990 ont vu apparaître un mode de production et de consommation, plus diversifiée dont l'enjeu principal serait la qualité73(*). La qualité semble être fondamentale. En fait, il s'agit d'un concept flou avec deux significations ; la première est qualifiée d'absolu, elle correspond à un optimum d'excellence tandis que la deuxième est relative74(*). Celle-ci met en exergue la qualité, le revenu, les prix, les goûts (etc.). Cette dernière est prise en considération par le système productif.

D'après L. BERGERY:  « La qualité repose sur cinq principes : la notion de conformité aux exigences, la responsabilité de chacun et de tous, la prévention, les mesures (mise en place d'indicateurs), l'excellence (attitude de zéro défaut) »75(*).

Aussi, « la qualité aurait diverses composantes parmi lesquelles la qualité des milieux naturels, des équipements et du cadre de vie, ainsi que l'appui sur des services patrimoniaux associés à des musées et ouvres d'art, monuments, ensembles architecturaux, villages traditionnels... ».76(*)

Toutefois, le grand problème se pose au niveau de contrôle de qualité qui s'inscrit dans contexte particulier de ralentissement des gains de productivité, d'une dégradation du climat social, et d'une concurrence internationale de plus en plus rude. Les entreprises sont confrontées à ces défis. Pour assurer le maintien de la compétitivité, elles peuvent, en particulier, tabler sur deux paramètres qui sont la productivité comme facteur de réduction des coûts unitaires à qualité donnée et la qualité du produit, dans certaines limites de coûts.

La qualité est devenue donc un impératif productif. Elle n'est synonyme d'une augmentation des coûts et une baisse de productivité. Le produit touristique est un ensemble de différentes composantes (biens et services), où le client participe lui- même à la fabrication du produit qu'il consomme, cette consommation s'effectuant en même temps que l'achat dans le secteur des services, le contrôle de qualité est beaucoup plus délicat à mener.

Ce que H. ZAOUAL 77(*) appelle l'incertitude et l'asymétrie d'information, l'aléa moral, et l'opportunisme. Mais la théorie des sites répond par la négative. Elle souligne que les lois du capital et du marché sont incapables, de par leur pauvreté intellectuelle, à restituer le caractère multiple des mobiles en jeu et à fortiori à en organiser l'évolution. Elle va encore plus loin lorsqu'elle suggère que même les « réussites économiques » présupposent la prise en compte du site. En ce sens, elle met en évidence les limites de l'économisme et démontre que pour faire de la bonne performance économique, il est nécessaire de mobiliser les croyances, les institutions, les règles, les conventions, sans oublier les cultures, et l'importance de la communication des acteurs de toutes les situations.

Concrètement, la qualité renvoie à divers sous service comme l'accueil, la prise de commande, les réservations, la livraison de documents, l'après- vente, le conseil, la pratique des langues, la connaissance parfaite du produit et l'adaptation au profil du client.

Nous pourrons emprunter deux voies complémentaire pour maîtriser et augmenter cette qualité à savoir ; la formation du capital humain qui constitue selon la plupart des professionnels du secteur l'un des enjeux décisifs des prochaines années. Le tourisme de masse n'était pas au moins dans sa phase ascendante, un tourisme de qualité. Mais comme nous l'avions déjà expliqué, ce modèle a été confronte à une demande de plus en plus exigeante. Il utilise une main d'oeuvre flexible et sous- payée avec une forte proportion des travailleurs au noir. La convivialité dans les hôtels, restaurants et entreprises touristiques est un élément fondamental afin d'éviter les conflits et d'apporter la qualité à la prestation.

Comme le travail dans l'industrie se caractérise par le contact tant entre l'homme et la machine, qu'entre êtres humains. Il s'avère donc vital de développer un modèle qui soit viable et qui répond à tous les goûts. Deuxièmement, le respect du capital physique et du patrimoine naturel. Nous sommes en train de passer d'un modèle de vente tous azimuts, d'un modèle considéré comme illimité où régnaient l'exploitation tant intensive qu'extensive des ressources naturelles et la spéculation à court terme, à un modèle peut-être plus réfléchi, plus responsable vis-à-vis du terrain (site) dans lequel il évolue. Le nouveau modèle prend en considération le contrat naturel établi tacitement entre le touriste et le milieu ambiant. Car le touriste passe la plus part de son temps libre à l'extérieur.

La qualité du séjour dépendra donc du soin apporté à la rue, de la propreté, de son design et de la lutte contre toute forme de pollution visuelle en particulier pour les villes dotées d'un riche patrimoine historique et culturel.

Le tourisme devient un outil d'aménagement du territoire. S'il est vrai, comme nous l'ont enseigné les économistes de l'offre78(*), que trop d'impôts tue l'impôt il est vrai aussi que trop de tourisme tue le tourisme. Bénéfices et risques coexistent en permanence en un même lieu au cours du processus de développement touristique (G. CAZES, 1989)79(*). La recherche de vacances actives dans un cadre naturel sauvegardé est une des caractéristiques de la nouvelle demande80(*). Apparaissent donc des orientations vers un tourisme aux formes plus respectueuses où le milieu local sera non seulement préservé mais en plus éventuellement enrichi par le présence du tourisme. Cette mise en place d'un tel modèle de développement touristique est à replacer dans l'option du « sustainable tourisme» à savoir un tourisme durable.

Au contraire de modèle des 4 S qui était fondé sur le grand nombre, le nouveau tourisme privilégie l'authenticité et le petit nombre (c'est à dire la qualité) vis-à-vis des grandes migrations vers le littoral. Enfin, le produit touristique c'est un support physique, un personnel en contact faisant partie de l'entreprise et un touriste qui est le client.

La qualité des destinations touristiques est un enjeu du tourisme mondial, qui va de pair avec la notion de durabilité, valeur montante du tourisme de ce début de troisième millénaire81(*). La qualité est un concept porteur de valeurs nouvelles pour le tourisme.

La qualité totale,82(*) devant désormais devenir globale, va permettre de mieux répondre aux attentes des touristes afin de reconquérir des parts de marché ou fidéliser les clientèles, et d'assurer un développement durable des territoires.

La recherche d'une cohérence territoriale, la préservation des ressources naturelles et culturelles, une plus grande attention aux ressources humaines et aux populations d'accueil sont autant de paramètres à considérer pour les opérateurs touristiques.

La qualité du produit dépendra donc partiellement de cette participation du touriste. Une grande responsabilité de touriste dans ses relations avec son milieu surtout que le nouveau tourisme se met au vert qui est très sensible et flexible.

III.2.1.2. Un nouveau produit touristique

Le tourisme de masse est centré sur l'exploitation intensive du soleil et de la mer s'asphyxie. Face à la faillite du modèle des 4 S essentiellement implanté sur le littoral, face aux considérations en termes écologiques, certains ont affirmé deux tendances la fin de littoral et la renaissance de la compagne.83(*) En fait, ce n'est pas la mort de ce modèle en lui- même mais plutôt un rejet du produit offert.

Depuis longtemps, cette forme de tourisme (littoral) exerce un effet d'attraction et conserve sa fonction dominante d'accueil. Mais, l'offre touristique se retrouve dans l'incapacité de maintenir son rythme de croisière. La dégradation des sites touristiques est aussi à envisager sous l'angle de l'épuisement de l'écologie globale, n'est donc pas sans limite. Celle-ci semble exprimer la loi des rendements décroissants84(*) si chère à MALTHUS. La même vision est retenue par RICARDO 85(*). Pour celui-ci, le modèle de l'état stationnaire est susceptible aussi d'être appliqué à la saturation dont est victime le système économique du tourisme de masse.

En effet, un site touristique repose sur ses dotations naturelles et culturelles 86(*). Une exploitation sans limite et sans respect de celles-ci entraînent irrémédiablement un épuisement et par conséquent, une répulsion. La recherche de la rentabilité maximale détruit, à long terme, les bases de cette même rentabilité.

En effet, la phase de maturité 87(*) du produit des 4 S aurait correspondu à un modèle qui reposait sur l'offre d'un support naturel appelé bien libre (mer et soleil) et sur une demande peu exigeante qui réclame justement la jouissance des biens libres. Le tourisme post- fordiste, quant à lui, se caractérise par une demande avide des services diversifiés et de qualité.

Et comme l'offre continuerait d'assurer le même support qu'elle proposait à l'époque du tourisme fordiste, il y aurait ainsi un décrochage entre l'offre et la demande. Ce qui pourrait expliquer la relative désertion de certaines plages comme lieu de vacances. Dans cette optique, le littoral devrait donc offrir un nouveau produit, centré autour de patrimoine local et fondé sur la diversité et la qualité. Le modèle des 4 S où le littoral constituait le monopole des destinations, aujourd'hui, il doit faire face à la concurrence des autres produits touristiques. Ainsi, le littoral ne constitue pas la destination privilégiée de l'ensemble des touristes.

De même le désir d'entrer réellement en contact avec d'autres cultures, d'autres façons de vivre, motivation principale des vacanciers voyageurs, trouve aujourd'hui des réponses qui ne sont pas nécessairement lointaines et exotiques. Ainsi, le regain d'intérêt pour les cultures, les traditions et les fêtes régionales, le succès des écomusées... comme si, à son tour, le dépaysement se mettait au vert.

C'est au XVIIIe siècle, en effet, que les Anglais découvrent le goût pour la villégiature à la compagne. Et c'est au XXIe siècle que la compagne est perçue comme un antidote à l'urbanisation. Cela dit, la ruée vers le littoral consécutive à la massification du tourisme allait négliger la mise en valeur de cette ressource touristique, considérée comme marginale ou réservée aux pauvres. C'est à partir des années 1960 88(*) que le tourisme rural s'est transformé en une puissance du mouvement écologique qui allait parachever l'intérêt majeur porté au « tourisme vert»89(*).

De plus, l'espace rural est porteur d'une demande et les potentialités en terme d'innovations et de créations de produits nouveaux sont considérables (équitation, chasse, pêche, etc.). Tout semble donc prêt afin de permettre de cette redécouverte campagnarde (prix, qualité, diversité, proximité 90(*), adaptation à la demande).

L'espace rural a développé depuis des siècles une fonction touristique récemment rajeunie sous l'effet du renouvellement des pratiques touristiques et de la multiplication d'équipements nouveaux. L'espace touristique rural doit largement sa spécificité à l'étendue des espaces disponibles pour le parcours touristique, aux paysages agricoles, forestiers, naturels qui plus qu'ailleurs, s'y déploient, mais aussi la dissémination de l'offre, le caractère diffus de la fréquentation. Son caractère social initial s'est atténué au profit d'une clientèle plus élitiste. Le patrimoine rural prend une place croissante dans la mise en oeuvre des politiques de développement local.

Mais les conditions économiques et démographiques, les dotations en infrastructures sont parfois trop défavorables pour pouvoir songer de manière rentable à l'implantation du tourisme rural. Il est possible dans des zones rurales, avec un aménagement urbain minimum, d'implanter le « tourisme vert » comme solution financière partielle à l'endettement et aux difficultés du monde rural 91(*).

Mais il convient de prendre conscience des difficultés de cette « mise en tourisme » de l'espace rural. Outre qu'elle n'est pas soutenue par l'ensemble de la population rurale, elle nécessiterait, pour devenir une activité économique majeure, une adaptation à l'évolution des clientèles (exigences plus grandes en matière de confort et de loisirs, développement des courts séjours et des vacances itinérantes), adaptation aux circuits de mise en marché en vigueur dans les autres milieux, professionnalisation accrue et recherche de rationalité économique 92(*).

Les conclusions sur le remplacement éventuel du littoral par le tourisme rural paraissent, maintenant, quelque peu hâtives. Les deux destinations, plus que substituables deviennent pour une part complémentaires dans cette géométrie touristique à caractères variables 93(*).

III.2.2. Un nouveau paradigme : le modèle des 4E

Le tourisme fordiste, comme modèle traditionnel d'aménagement et de développement du tourisme ne satisfait plus les nouvelles exigences de la clientèle touristique. Cette forme de tourisme reposait sur le concept de la pensée unique qui a donné naissance à ce que l'on appelle le modèle des 4S.

Ce produit reflète la volonté de passivité des touristes. Cette tendance a conduit à un marché touristique composé d'une seule offre et une seule demande. Sans oublier ses effets dévastateurs, essentiellement dans les pays en développement. Ce qui a remis en cause cette forme de tourisme au profit d'une demande plus diversifiée 94(*).

Plus qu'une crise passagère de type conjoncturel, nous avons voulu montrer qu'elle avait des racines structurelles à rechercher dans l'origine du développement du produit touristique. Notre objectif a été la recherche d'un modèle privilégiant le long terme par rapport au court terme, la qualité par rapport à la quantité, la diversité par rapport à l'uniformité.

Il est nécessaire d'esquisser les contours du nouveau modèle qui nous semble prendre racine aujourd'hui dans le monde du tourisme. Il se substitue au modèle des 4 S et par analogie symbolique nous l'appellerons le modèle des 4 E 95(*).

Ce dernier comprend quatre impératifs : L'équipement : c'est les infrastructures diversifiées (routières, ferroviaires et aériennes denses, de la qualité et permettant équilibre et complémentarité des modes de transport.) ; L'encadrement : c'est la qualité des ressources humaines ; L'événement : c'est les activités proposées ; et L'environnement : c'est le soin apporté à l'atmosphère.

Partiellement ou totalement, ce modèle hypothétique constitue l'option choisie parmi d'autres modèles comme celui des 3  L, « Lore, Lardscape, Leisure», (tradition, paysage et loisirs) dans lequel les produits « environnementally friendly» devront prendre en compte les coûts de conservation et de restauration de l'environnement pour accéder au « nouveau tourisme» 96(*). Le modèle des 4 E se différencie par rapport au modèle des 4 S sur le plan de la perception du tourisme. Considéré comme une manne à devises qui fonctionne toute seule, le tourisme s'est transformé en un secteur de toute première importance qui réclame planification, réflexion et construction.

Cette modification de l'appréhension du tourisme constitue pour ce secteur un changement considérable. Notre hypothèse est que nous assistons plutôt qu'à un remplacement radical et rapide d'un modèle par un autre, à une substitution lente et progressive avec des retours en arrière possibles et des blocages de type financier ou de type mental.

En effet, comme nous l'avions déjà signalé, la qualité se paie. La qualité désigne avant tout la qualité des produits touristiques surtout en ce qui concerne les services touristiques qui demandent une importante qualité du personnel des services touristiques. Il faut un bon encadrement pour ce personnel c'est à dire, qu'il faut réagir au niveau de la formation des ceux-ci.

La formation constitue un élément essentiel pour la qualité des produits touristiques, d'autant plus que la main d'oeuvre touristique est souvent jeune, assez féminisée et faiblement qualifiée. Le plus important dans ce modèle, c'est qu'il prend en considération les questions relatives à l'environnement. Le tourisme a souvent été accusé pour la dégradation des paysages.

Cependant, force est de reconnaître qu'il peut à son tour, être victime de formes diverses de dégradations de l'environnement qui lui sont extérieures, tout comme de l'évolution naturelle des rivages. Le nouveau tourisme met en premier degré cette problématique de l'environnement pour qu'il soit supportable et viable à long terme sur le plan écologique.

Aujourd'hui, on parle même d'un âge post-balnéaire valorisant la dimension culturelle et patrimoniale. Donc, il faut diversifier les pratiques touristiques c'est-à-dire les événements susceptibles de satisfaire tous les goûts 97(*).

Selon le nouveau modèle : la recherche de gains de productivité, la rationalisation des produits peuvent augmenter le coût des voyages, ce qui se traduit par une exclusion de toute une frange de la population de l'accès aux vacances.

Ceci va à l'encontre de l'objectif de démocratisation. De plus, le passage d'un type de vacances à un autre peut s'avérer délicat pour une partie de la population habituée à l'ancien modèle. L'inertie du modèle des 4S pourrait donc perdurer de ce fait.

III.3. Vers un tourisme durable

La notion de développement durable 98(*) a été reprise par les principales organisations de protection de l'environnement. A titre d'exemple, en 1991, l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature et de ses Ressources (UICN), le Fond Mondial pour la Nature (WWF), le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE) ont publié un rapport intitulé Caring for earth qui en reprend les principaux thèmes :  « l'humanité doit vivre à l'intérieur des limites que représente la capacité de charge de la terre[...] nous devons adopter des modes de vie et modèles de développement qui respectent les limites de la nature et s'y inscrivent».

Cette étude décrit le développement durable comme :  « Une sorte de développement qui prévoient de réelles améliorations de la qualité de la vie humaine, et en même temps conserve la vitalité et la diversité de la terre»99(*).

En collaboration avec le PNUE, l'Organisation Mondiale du Tourisme (O.M.T.) a appliqué immédiatement la notion au domaine du tourisme. Les publications internationales les plus récentes parlent de « sustainable tourism development» ou en français « tourisme durable». Celui ci a trouvé un terrain d'autant plus favorable que la notion de capacité de charge y avait déjà fait l'objet d'un large développement : les fondations étaient construites.

En 1980, R.-W. BUTLER concluait ainsi son article sur le cycle de vie du lieu touristique : «Les attractions touristiques ne sont pas infinies et éternelles, mais doivent être considérées et traitées comme des ressources finies et non renouvelables. Elles pourraient être plus attentivement protégées et préservées. Le développement de lieu touristique doit être conservé dans des limites de capacité prédéterminées, et son potentiel de compétitivité maintenu pendant une plus longue période»100(*).

C'est à peu prés dans les mêmes termes, qu'en 1993 l'O.M.T., dans un guide de développement touristique durable destiné aux aménageurs locaux, affirme expressément : «L'environnement est la base des ressources naturelles et culturelles qui attirent les touristes. Par conséquent, la protection de l'environnement est essentielle pour un succès à long terme du tourisme. La capacité de charge est un concept clé dans la planification du développement touristique durable»101(*).

Néanmoins, la notion de tourisme durable reste floue. Nous essaierons de fournir une base de définitions et principes qui peuvent rendre opérationnel le tourisme durable.

Dans le premier point nous aborderons la question de la définition du tourisme durable. Ceci en se référant à l'approche par les sites. Le second point s'efforcera de répondre à la question suivante : comment rendre le tourisme durable opérationnel ?

III.3.1. Le tourisme durable : un concept fuyant

De nos jours, la notion de tourisme durable est en corrélation permanente avec le concept de développement durable dans un sens triptyque :  «  il doit être supportable à long terme sur le plan écologique, viable sur le plan économique, et équitable sur le plan éthique et social pour les populations locales»102(*). D'autres articles de la charte du tourisme durable de l'O.M.T. adoptée en 1995, détaillent les principaux éléments de ce tourisme à savoir :

- Le milieu écologique à protéger et à mettre en valeur est entendu au sens de maison commune : il englobe à la fois la nature et la faune, le patrimoine paysager, historique et architectural ainsi que le patrimoine ethnologique et culturel. L'environnement (au sens large) est la matière première d'un tourisme durable ;

- Les notions de développement et de progrès doivent être redéfinis en favorisant l'économie du tourisme, et en prenant en compte l'ensemble des coûts (environnementaux, culturels et sociaux) de l'activité sur le long terme, la répartition des richesses induites, et la qualité de vie des populations concernées ;

- La recherche d'un tourisme durable passant par une planification stratégique globale induit nécessairement une réflexion, une consultation, une information constante, une participation au processus décisionnel et un partenariat de tous les acteurs ;

La notion de tourisme durable est relativement récente et n'est apparue qu'au début des années 1990 dans la foulée du sommet de Rio et de l'Agenda 21, tandis que les préoccupations qu'il intègre sont parfaitement vieilles. A ce niveau, deux questions ont retenu notre attention :

- Le tourisme est il compatible avec la conservation du patrimoine naturel et monumental ?

Si le tourisme peut procurer une source de financement pour la réhabilitation de certains sites ou monuments, il est le plus souvent perçu comme étant consommateur d'espace et à l'origine de dégradations multiples, qu'il s'agit d'un tourisme primitif dit de « cueillette» ou encore plus lorsqu'il se transforme en tourisme « industriel».

Dés lors, les mesures de protection prises sont parfois très anciennes : création aux Etats- Unis Yellowstone National Parc en 1877, les lois sur le classement et la protection sites (1887) et sur les monuments historiques (1913) en France.

On retrouve aujourd'hui une logique similaire dans les 25 opérations grands sites (Pointe du raz, Gavarnie, Brouage, Provins, Pont du Gard, etc.) lancées depuis 1989. Il s'agit ici de concilier la restauration d'une qualité paysagère très dégradée et la gestion des flux de fréquentation ;

- Le tourisme peut il contribuer à un aménagement harmonieux du tourisme ?

Dès les années 1950 103(*), les pouvoirs publics ont vu dans le tourisme une opportunité pour revitaliser « le désert d'un territoire déterminé» des zones montagneuses et rurales. C'est la ruée vers « l'or blanc», la volonté d'encourager le tourisme rural (le premier gîte rural est ouvert en 1951) et l'agritourisme.

Aujourd'hui le tourisme demeure un des outils privilégies des politiques d'aménagement du territoire comme le montre l'adoption en 1999 d'une loi d'orientation pour l'aménagement et le développement durable du territoire qui affirme que le tourisme doit rechercher une compétitivité économique à long terme associant justice sociale, qualité de vie et d'environnement, préservation des ressources et participation de l'ensemble des acteurs dans les processus décisionnels.

Le tourisme durable est donc aujourd'hui le résultat d'une convergence entre la recherche moderne d'une dynamique de développement durable appliquée aux différents secteurs de l'économie et d'une histoire du tourisme, les acteurs se sont toujours interrogés, mais dans des termes différents, sur la meilleure façon de préserver ou de mettre en valeur durablement un territoire.

Le tourisme est une activité sectorielle où la durabilité joue et jouera un rôle majeur car il s'agit d'une activité qui connaît une croissance supérieure à la moyenne. Le nombre de voyages touristiques internationaux est ainsi passé de 170 millions en 1970 à 698 millions en 2000 et devrait atteindre à l'horizon 2020 un milliard six cent mille touristes 104(*). Cette progression de la demande au plan mondial s'explique à la fois par la démocratisation du transport aérien par une élasticité/revenu supérieure à un et par une extension du temps de loisir. Les facteurs de croissance devraient perdurer ;

· par nature est territorialisée, et de ce fait est irrémédiablement au confluent de l'économique, du culturel et de l'environnemental,

· engendre une concentration des populations sur des périodes restreintes (saison sur des espaces limités et souvent caractérisés par un équilibre fragile (littoral, centre historiques, moyenne et haute montagne, petites îles), concentration qui de plus peut être source de conflits d'usage avec la population locale (eau, chasse, agriculture, encombrements sociaux routiers, etc.),

· en tant qu'activité de contact porte en puissance des capacités à produire de changements sociaux, à déstructurer les sociétés locales et à homogénéiser les cultures et modes de vie,

· doit également préserver le droit au voyage des générations futures, leur droit à la découverte et à la connaissance du Monde.

Selon certains théoriciens « parler de tourisme c'est parlé de la nature, du jugement moral, de la beauté, de l'amour, de l'amitié, de la vérité, de la réalité, de l'obligation». En conséquence, il paraît logique de se poser la question suivante : comment rendre le tourisme durable ?

III.3.2. Rendre le tourisme durable

Ce point s'attachera à poser des principes qui doivent être retenus si l'on s'intéresse à la gestion d'un tourisme respectueux de son environnement. Cette gestion doit être adaptée à la réalité du lieu, car il ne faut pas espérer mettre au point une forme de tourisme durable qui prévaudrait quel que soit le lieu, ce serait nier sa propre définition, c'est à dire considérer les processus de développement comme uniformes, et par là, ignorer les spécificités du territoire d'accueil (son histoire, sa propre logique..).

Selon H. ZAOUAL , concepteur de la théorie des sites symboliques d'appartenance, « la prise en compte de la diversité des contingences conduit nécessairement à la nuance et à la meilleure écoute des acteurs du site. De là peuvent naître des procédures spécifiques à la résolution des problèmes supposées communs comme celui du développement économique »105(*).

On aboutit donc non pas à un schéma de développement touristique uniforme mais à un schéma de la diversité. Ainsi, la méthodologie des sites symboliques d'appartenance présente un intérêt particulier à savoir : éclaircir la notion même de tourisme durable afin qu'elle soit mieux appréhendé par les experts en la matière. Un des principes de base de cette démarche réside dans la prise en compte des valeurs communes du site pour que son développement économique soit « durable» ; sans l'écoute des acteurs du site, il s'avère impossible d'obtenir une croissance harmonieuse qui respectera les spécificités du terrain. Cette démarche essaye de rendre compte des désastres que peut engendrer par le tourisme de masse dans certains pays (notamment ceux impliqués dans le tourisme balnéaire). En effet, le sens commun a été, soit non identifié, soit ignoré, ceci au profit d'une uniformisation du produit touristique.

Il ne faut donc pas négliger l'importance du rapport local, ce que J. Perret appelle : « la dépendance créatrice»106(*) c'est-à-dire l'influence réciproque. Ces relations dynamiques fondent un territoire unique qui est logiquement doté d'une évolution qui lui est propre. Il existe donc un développement touristique qui doit être relatif au milieu. Opter pour un tourisme durable conduit à opérer la question dans un réseau d'informations pour la prise de décision. Ce que permet la recherche interdisciplinaire. Les gestionnaires devront donc être constamment  à l'écoute du territoire, ce qui conduit à définir le tourisme durable comme un tourisme fondé sur les ressources spécifiques à un lieu.

A. RALLET 107(*) nous propose le cas d'une région de Tunisie (zones montagneuses du Sud-Est), région à priori non concernée par le tourisme puisque caractérisée par l'aridité, l'éloignement de toute ville, etc., mais possédant une histoire, un artisanat qui peuvent être mis en valeur. A ce stade, le développement touristique s'oppose totalement à celui de type balnéaire fondé sur les ressources génériques du lieu (mer, soleil, etc.).

Valoriser donc les ressources naturelles et culturelles de la région définie plus haut suppose une démarche inverse de celle entreprise au sein du littoral quant à la conception du produit touristique. En effet, dans le second cas, on construit les infrastructures et ces dernières définissent un produit standard pour une clientèle ciblée (forme de mégatourisme).

Dans le cas d'un tourisme basé sur les ressources spécifiques, « c'est la construction d'une représentation dont il faut trouver les illustrations concrètes, en matière d'hébergement, d'organisation des circuits, d'animation culturelle et de produits artisanaux. Un important travail de conception du produit touristique doit être effectué avant la réalisation de l'infrastructure hôtelière, etc.».

Concevoir un tourisme fondé sur les ressources spécifiques nous aide donc à entrevoir des premières pistes quant à la réalisation d'un tourisme durable car il pose le principe de la conception, du produit par et à partir du territoire. C'est ici où se pose le problème de l'innovation touristique. Ceci montre qu'un tourisme durable ne peut se réaliser sans innovations dans la conception du produit. La création doit être en harmonie avec les valeurs et représentations indigènes. La créativité populaire est la richesse la plus nécessaire au développement de l'innovation.

Pour H. ZAOUAL, 108(*) les potentiels d'innovations locales du site sont à lire dans le sens commun. Celui-ci permet la transformation des non ressources en ressources, c'est à dire que l'ensemble des données sitologiques constitue la racine de l'innovation et permet la réalisation et la consolidation des activités économiques.

L'innovation implique la création de nouvelles institutions, c'est à dire des règles formelles et informelles qui y seront favorables. Le rôle de l'Etat est ici indispensable pour impulser la dynamique initiale, afin de créer un environnement dynamique qui accompagnera le processus d'innovation. Si l'on opte pour un tourisme durable, une politique publique s'avère utile et recommandée pour pallier aux échecs du marché (un système de management environnemental interne à une entreprise, qui impose à ses différents établissements et fournisseurs des normes d'économies d'eau, d'énergie, de recyclage des déchets, une meilleure intégration paysagère...

La question du tourisme durable reflète des préoccupations dues à des pressions touristiques très fortes qui ont eu pour résultat des effets dévastateurs sur le milieu physique, architectural, et même une sensation de perte d'identité. Les décideurs politiques essaient de pallier à ceci et plus exactement de mettre en place un tourisme durable.

Nous pensons que cette volonté est renforcée par la nécessité de satisfaire aux demandes de plus en plus soucieuses de trouver l'authenticité, le calme, les traditions. Le problème qui se pose d'emblée est la possibilité de fournir un cadre précis de ce qu'est une politique de développement touristique durable. Pour cela, il faut tenir compte de ces variations et tendances de vie. Comment concilier le développement touristique au profit des régions d'accueil tout en préservant le patrimoine naturel et culturel et en essayant d'élargir le droit aux vacances pour tous : tels sont les objectifs de l'aménagement touristique.

Depuis des années, la mondialisation du tourisme de masse a essayé d'uniformiser les sites, aujourd'hui, le touriste cherche à découvrir d'autres cultures et la diversité écologique.

C'est pour cette raison que H. ZAOUAL 109(*) écrit, « La mondialisation a besoin d'être habitée par des hommes avec toutes leurs différences, leurs moeurs de sites et leurs croyances... ».

Il est donc temps d'aboutir à une politique équilibrée entre développement économique et protection de l'environnement et des identités locales.

Le concept méritait donc d'être défini et on s'aperçoit, qu'il n'y aura pas un tourisme durable mais des tourismes spécifiques aux territoires concernés. Alors, tous les acteurs se trouvent mobilisés pour définir ce que sera leur produit touristique. Comme nous l'avions vu, le processus de création se trouve inversé par rapport à celui du méga tourisme. Le décryptage des valeurs communes est un préalable essentiel afin que le développement touristique soit propre au site. La problématique du tourisme durable réside ainsi dans les potentiels d'innovations du site. Celle ci mériterait donc un certain approfondissement afin de déterminer précisément quelles innovations institutionnelles et organisationnelles permettraient la réalisation effective d'un tourisme durable.

Conclusion du chapitre I

La crise du modèle fordiste de développement touristique est à mettre en relation avec l'évolution de la société contemporaine. C'est parce que la société a changé que le modèle fordiste n'est plus en mesure l'évolution de la demande touristique actuelle. Cette demande se caractérise par des exigences de qualités, de services et d'authenticité que le modèle fordiste ne peut prétendre.

La montée de la patrimonialisation s'est traduite par la recherche d'un nouveau modèle de développement touristique, post-fordiste, répondant aux nouvelles exigences du touriste du XXIe siècle. Celles ci répliquent à l'épuisement des croyances et des pratiques sur lesquelles s'est construite la vieille société industrielle. Les nouvelles significations symboliques qui sont à la racine du tourisme culturel et écologique expriment, comme nous avons essayé de le démontrer, un renversement des représentations collectives.

Le  mégatourisme de jadis s'en trouve irrémédiablement affecté dans sa croissance économique. Ce qui démontre, une fois de plus, que les changements culturels et sociaux peuvent fortement influence le monde économique et remettre en cause les modèles de développement touristique.

Dans un secteur économique dépendant des conditions extérieures (guerres, crises économiques, insécurité, etc.), le patrimoine, par ses caractéristiques propres, constitue une valeur sûre pour développer durablement le tourisme du XXIe siècle tout en préservant et réaffirmant les identités locales et tout en respectant l'environnement.

Pour nous le tourisme durable est un élément d'une réflexion plus globale sur les modes de vie au sein de la « société de consommation» (au double sens étymologique du terme, à la fois de destruction (consumer) et de but ultime de l'économie (con-sommer, additionner l'ensemble)).

L'application des principes environnementaux du tourisme durable est aussi un moyen d'attirer certains touristes : des amendes c'est ( en principe) plus de « propreté», l'écotaxe c'est (en principe) plus de « nature», la paiement du stationnement c'est (en principe) moins de monde sur le site. Les ressources dégagées permettent de rentabiliser les investissements nécessaires et de compenser la réduction du nombre de clients par une hausse du prix du séjour.

En fait, le concept de développement durable méritait d'être approfondie pour bien comprendre et pour déterminer précisément son rôle primordial de résoudre la contradiction entre l'économie du tourisme et l'écologie des lieux touristiques. Pour en tirer le meilleur profit, nous analyserons donc ce concept dans le second chapitre afin de fournir une base suffisante de définitions et des pistes pour rendre opérationnel le tourisme durable.

Chapitre II. Le développement durable: un paradigme en gestation

« L'homme est l'enfant de ses habitudes et un produit de sa nature et de son tempérament.

Le milieu dans lequel il vit remplace sa nature(...) son action sur le monde extérieur ne peut avoir lieu sans qu'il ait réfléchi d'abord à l'ordre des choses, puisque les unes dépendent des autres(...) »110(*)

Ibn KHALDOUN

Discours sur l'histoire universelle, 1337

« L'activité humaine est la première source des problèmes globaux d'environnement »111(*)

Benjamin DESSUS

Après nous le déluge ?, politique internationale, 1993

Introduction

Au cours des deux dernières décennies, le concept de développement durable s'est imposé dans la réflexion des pouvoirs publics. Le bien être a apporté aux sociétés non seulement la possibilité de répondre à une variété de préoccupations sociales et environnementales non satisfaites, mais aussi la capacité de s'adapter aux évolutions défavorables.

Pourtant, sans pratiques durables, la croissance économique peut aussi entraîner une dégradation excessive des ressources naturelles et humaines. Les pouvoirs publics sont donc mis au défi de concilier des pressions contradictoires sur les ressources naturelles et humaines sans sacrifier le progrès économique.

Comme on s'accorde de plus en plus à le reconnaître, il s'agit d'un défi qui ne saurait être relevé sur un plan exclusivement national sous l'effet de l'intégration économique croissante, les priorités de l'action publique se déplacent du plan local et national au plan régional et mondial.

L'action écologique mondiale entamée depuis les années 1970 suivie d'actions régionales et nationales a permis de rendre compte de la nécessité de protection de l'écosystème. Aussi nous sommes engagés dans des études qui portent à la fois sur le présent et l'avenir pour expliquer et comprendre les réalités qui permettent de voir les évolutions potentielles en vue d'un développement durable comme solution à la double crise du développement et de l'environnement en conciliant les impératifs économiques à court et moyen terme et les enjeux écologiques à long terme.

Toutefois, face à la difficile réconciliation entre ces deux réalités à l'intérieur des frontières nationales, une question s'impose à savoir : comment amener les pays à conjuguer leurs efforts afin de traiter les problèmes d'intérêt commun, et comment les atteindre, lorsqu'on connaît les différences qui existent sur le plan entre le Nord et le Sud ?

Le présent chapitre retrace les principaux aspects du développement durable tant au niveau théorique qu'au niveau empirique.

Section I. Naissance d'un nouveau paradigme

La problématique du développement durable, notion émergente depuis la fin des années 1980, vise un développement à la fois respectueux de l'environnement, équitable socialement et efficace sur la plan économique. L'avantage de cette approche est d'apporter un regard nouveau sur notre mode de développement qui répond le plus souvent à une logique de croissance de court terme et non à une logique de long terme.

Cette nouvelle approche de développement rendue nécessaire par les problèmes écologiques ressentis à l'échelle planétaire. En effet, la notion et le terme de développement durable apparaissent de manière institutionnalisée pour la première fois en 1972 lors de Stockholm sur l'environnement. Mais l'événement qui les sacralise est le rapport Brundtland demandé par la Commission mondiale sur l'environnement et le développement, publié en 1987 et intitulé  "Notre avenir commun" 112(*).

Le terme de développement durable est moins un concept qu'un mot d'ordre issu d'une prise de conscience qui précède la construction d'un contenu, d'un corpus de références. D'où le fait qu'il puisse aussi aisément prétendre par exemple englober l'environnement, l'économique et le social, auquel s'est récemment ajoutée l'idée de gouvernance ou l'art d'organiser l'exercice des pouvoirs mais aussi trouver difficilement à se traduire concrètement et spatialement dans les politiques nationales dans les politiques nationales, locales, globales ou sectorielles, même si plusieurs initiatives au niveau européen ont été prises113(*).

Les difficultés de mise en oeuvre sont liées aussi aux modes de penser et de faire des institutions et des organismes qui ne favorisent pas le plus souvent une approche globale et intégrée des phénomènes et des actions.

C'est pourquoi le développement durable s'attache à des préoccupations de résultat mais aussi de moyen. Ce moyen résulte là aussi pour beaucoup d'entre eux des limites actuelles des logiques, des outils et des pratiques de l'aménagement et de la planification territoriale.

C'est pourquoi le développement durable s'attache à réduire les oppositions traditionnelles entre les pays développés et les pays en développement, entre le penser et le faire, entre l'environnement et l'économie, etc., que traduit de manière universelle le message principal du rapport Brundtland, mais dont la traduction concrète sur le terrain s'avère plus difficile : « Penser globalement et agir localement»114(*). C'est dans ce cadre de réflexion que se situe le contenu des paragraphes suivants.

I.1. Définitions et enjeux de développement durable

I.1.1. Définitions et origine du développement durable

La prise de conscience des effets de la pollution auxquels donne lieu la croissance économique ne date pas d'aujourd'hui. Les problèmes de la population ont déjà fait l'objet d'une première vague de réflexions dès la fin des années 1960, début des années 1970.

Le rapport Meadows 115(*) sur les limites de la croissance de 1972 soulignait déjà les dangers que représente le maintien du rythme de la croissance économique et de la population de l'après guerre sur les ressources naturelles (prévoyant un épuisement rapide de ressources). Mais quelle que soit la nature des critiques, ce rapport avait pour mérite d'alerter l'opinion publique sur la nécessité d'intégrer l'aspect environnemental dans le processus de la croissance économique.

De son côté, la Conférence des Nations-Unies pour l'environnement, réunie à Stockholm la même année, proclame que le bien-être des populations et l'essor du développement économique dans le monde entier, dépend de la protection et de l'amélioration de l'environnement. Cette prise de conscience a donné lieu ou concept d'éco-développement116(*) qui se veut comme une stratégie de développement fondée sur la satisfaction des besoins endogènes avec respect de l'environnement.

Mais, cette conception subit un ébranlement lorsque l'on observe que  « l'autre développement» ne se fait pas et que les pays en développement adoptent les mêmes modes de consommation que les pays occidentaux. L'importance de la conférence de Stockholm réside plutôt dans le fait qu'elle a su cristalliser les enjeux sous-jacents de la politique environnementale mondiale appliquée jusqu'en 1972. Elle s'est imposée en tant que forum permettant de formuler les différents programmes d'action du Nord industrialisé et des pays en développement et, d'autre part, en facilitant l'élaboration d'un compromis, fragile mais réel, qui allait servir de base aux futurs accords et actions internationales en matière de protection de l'environnement.

Au cours des deux décennies suivantes, les mêmes forces politiques qui avaient présidé au déroulement de la conférence de Stockholm ont continué à déterminer l'évolution des bases conceptuelles du développement durable à savoir les pressions exercées d'une part un mouvement de défense de l'environnement hétérogène mais de plus en plus largement représenté, et d'autre part par les tensions entre le Nord et le Sud. Ces deux sources de pression internationale ont trouvé leur expression dans une mesure inégale, il est vrai dans deux documents qui, dans les années 1980, ont formulés pour la première fois les principes de base de développement durable.

La première déclaration intitulée Stratégie Mondiale pour la conservation, a été publié conjointement par l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (N.I.C.N), le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (P.N.U.E) et WWF-International en 1980 117(*).

Elle a renforcé les bases conceptuelles comme le rapport de Founex quelques années plus tôt sur lesquelles le développement durable devait s'articuler par la suite dans le rapport de la commission Brundtland, intitulé « Our commun future» présenté en 1987 par la Commission Mondiale sur l'Environnement et le Développement (C.M.E.D) ou commission Brundtland.

Pour la première fois, dans un document officiel, le terme de développement durable est affiché. Après avoir identifié, face à la croissance démographique, les problèmes environnementaux qui menacent le développement des pays du Sud (déforestation, prélèvements excessifs sur les espaces cultivables, disparition des espaces, modifications climatiques), le rapport présente la protection de l'environnement comme une priorité internationale, qui implique elle-même à l'échelle planétaire une redistribution des ressources financiers et révision en profondeur des démarches scientifiques et techniques, ainsi qu'une réduction des inégalités économiques à l'échelle planétaire.

En effet, le rapport Brundtland a consolidé les bases conceptuelles et politiques sur lesquelles devait reposer la future Conférence des Nations-Unies sur l'Environnement et le Développement118(*) (C.N.U.E.D), qui s'est tenue à Rio en 1992. Mais avant, en 1991, la déclaration de Toronto sur les villes mondiales et leur environnement, dans laquelle 130 villes119(*) se sont engagées à mettre au point des plans d'éco-développement.

Revenant à la C.N.U.E.D, également appelée le « Sommet de la Terre» à Rio de Janeiro, a remporté en 1992 un succès considérable à plusieurs égards. Des conventions internationales sur le changement climatique et la diversité biologique ont été signées. La charte de la Terre, une liste de principes devant être respectés par les gouvernements et par les populations a été signée par 178 120(*) gouvernements, un programme d'action en faveur du développement appelé l'Agenda 21, a été adopté et un mécanisme institutionnel a été crée au sein des Nations-Unies, comprenant notamment la commission sur le développement durable qui propose un cadre d'action et des recommandations aux gouvernements, aux collectivités locales, aux industriels, à la société civile..., qui décline les problèmes qui se posent pour l'environnement et le développement, fixe les objectifs à atteindre pour faire de l'éco-développement une réalité pour le XXIe siècle, et en précise quelques règles et orientation.

Dans le cadre conceptuel du développement durable qui s'est dessiné lors de la conférence de Rio visait de manière plus précise la nécessité de faire évoluer les relations économiques Nord-Sud, il n'as pas réellement modifié la recommandation fondamentale formulée quelques années plus tôt par la commission Brundtland à l'égard de la croissance selon le schéma habituel.

A l'instar de la Conférence de Stockholm, le Sommet de la Terre n'a pas fondamentalement modifié les approches adoptées vis-à-vis du développement, ni amélioré de façon significative les politiques qui pouvaient mettre la planète sur la voie du développement durable. La conférence de Rio n'a pas tenu ses promesses121(*).

En un mot, elle a débouché sur une profusion d'accords verbaux tout en respectant à une date ultérieure non spécifiée la prise d'engagements concrets et la mise en oeuvre de réformes structurelles propres à favoriser le développement durable. Une autre carence importante de la conférence de Rio a influencé par la suite la réflexion internationale en matière de développement.

Si la CNUED prétendait avoir forgé un lien essentiel entre les dimensions économiques et environnementales du développement durable, elle a minimisé l'importance pourtant vitale de son troisième pilier, à savoir la dimension sociale : cette omission a été à l'origine d'une série des Sommets internationaux convoqués sous la houlette des Nations-Unies pour réaffirmer la priorité qui devait être accordée de droit à ces questions par les décideurs.

Ces réunions ont été lancées en 1994 lors du Sommet de Vienne sur les droits de l'Homme, rapidement suivi par le Sommet de Caire sur la population en 1994, le Sommet social de Copenhague et le Sommet de la femme de Beijing en 1995, et le Sommet Mondial des villes d'Istanbul (dit Habitat II) en 1996.

Compte tenu du peu d'attention accordée par la CNUED aux questions sociales, il n'est pas sur prenant que les déclarations officielles négociées au cours des Sommets successifs sur celles-ci passent pratiquement sous silence les fonctions vitales de l'environnement qui sont indispensables à toute activité humaine. En fin, en 1997, la conférence de New York (Earth Summit Review) ayant pour objet de faire le point, cinq ans après, sur l'application de l'Agenda 21 aux niveaux mondial, national et local.

I.1.2.  Une approche opérationnelle de développement durable

Le concept durable ou durabilité (en anglais  « sustainable », et « sustainability »122(*)) : l'adjectif a donné naissance à un nom qui désigne l'état d'un système, d'un mode de développement (d'une ville, d'une agriculture, un tourisme, etc.) durable.

Ce concept est emprunté à la littérature scientifique, où il caractérise la gestion d'une ressource naturelle d'une manière qui compatible avec la préservation de sa capacité de production. Dans les sciences sociales, le développement durable implique que l'on porte l'attention sur des considérations plus générales que la croissance économique et le bien-être matériel. Le concept englobe des préoccupations d'équité et de cohésion sociale, ainsi que la nécessité de parer aux menaces contre les biens communs de l'humanité. Il met l'accent sur les liens entre elles en cas de conflit.

D'après COSTANZA, « la durabilité est le rapport entre des systèmes économiques dynamiques et des systèmes écologiques dynamiques plus grands mais aux changements plus lents dans lesquels : la vie humaine peut continuer indéfiniment ; les individus peuvent s'épanouir ; les cultures humaines peuvent se développer ; mais dans lesquels les effets de l'activité humaine restent à l'intérieur de certaines limites afin de ne pas détruire la diversité, la complexité et la fonction du système qui sert de base à la vie écologique »123(*)

Une formulation lus brève de l'Union Internationale pour la Protection de la Nature (UIPC), en 1991, considère que le développement durable est une amélioration des conditions de vie des communautés humaines tout en respectant les limites de la capacité de charge des écosystèmes. D'après I. SACHS 124(*), il faut prendre en compte les cinq dimensions de la durabilité (économique, sociale, écologique, spatiale et culturelle et plurielle).

Donc, le développement durable présente cinq dimensions qui constituent le socle du développement durable ces éléments sont interdépendants, si bien que les efforts visant à promouvoir le développement doivent soutenir les cinq en même temps 125(*).

a) la durabilité économique 

Elle exige de la société qu'elle privilégie les voies de croissance économique capables de générer durablement un accroissement du revenu réel, au lieu des politiques à court terme qui débauchent sur l'appauvrissement à long terme. Elle implique en outre que la société génère un flux optimal de revenus tout en conservant son stock de capital. Dans ce contexte, la notion de capital recouvre le capital généré par l'homme, le capital humain et le capital naturel 126(*).

Pour éviter la dégradation de l'environnement. L'accès libre et gratuit à de nombreuses ressources environnementales fait que les producteurs ne sont guère incités à prendre en compte l'intégralité des coûts de la dégradation de l'environnement.

Un élément indispensable pour progresser efficacement vers un développement durable consiste donc à déterminer le « juste prix» des biens. Tant que le prix des matières premières et des produits ne reflétera pas correctement les coûts et avantages sociaux et environnementaux et que l'on n'aura pas fixé un prix pour les ressources en air, en eau et en sols qui servent actuellement de réceptacles gratuits ou peu coûteux pour les déchets que produit la société, les ressources continueront d'être utilisées de façon inefficace, et la pollution ira croissant.

Par conséquent, il importe d'internaliser les « externalités»,127(*) en agissant sur les prix, en établissement des droits de propriété ou par d'autres moyens.

Toute amélioration des conditions environnementales et sociales se traduit normalement par des coûts d'opportunité en termes de développement économique. Il paraît donc logique de chercher à atteindre les objectifs en la matière de la façon la moins coûteuse. S'agissant de la protection de l'environnement, cela signifie que l'avantage marginal, en termes d'amélioration de l'environnement, obtenu pour toute dépense de ressources supplémentaire, doit dans l'idéal être égal pour les diverses interventions possibles.

Les principes instruments économiques fondés sur le marché-taxes d'environnement et permis négociables devaient être utilisées pour améliorer l'efficience dans le respect des objectifs d'environnement, mais ils soulèvent certaines difficultés en matière de répartition des revenus utilisé à l'échelle d'un pays, le produit de ces taxes ou de la vente de permis peut permettre aux pouvoirs publics d'abaisser d'autres impôts qui entraînent une distorsion des comportements économiques, comme ceux frappant la main-d'oeuvre, et d'obtenir à la fois des avantages écologiques et des gains d'efficience sous la forme d'une amélioration des performances économiques utilisés au plan international, ces instruments sont un moyen d'atteindre des objectifs à des coûts plus faibles 128(*).

Plus précisément , la durabilité économique dépend d'une répartition et d'une gestion des ressources plus efficaces et d'un flux constant d'investissement privés et publics. Ce qui nécessite de venir à bout des contraintes externes actuelles : le fardeau du service de la dette et le flux net de ressources financières du Sud vers le Nord, les termes de l'échange défavorables, les barrières protectionnistes imposées par les pays industrialisés et, enfin, l'accès limité à la science et à la technique.

En outre, il faut évaluer l'efficacité économique en termes macro sociaux plutôt qu'à travers les seuls critères micro-économiques de profit de l'entreprise.

b) la durabilité sociale 

La dimension sociale du développement durable est fondée sur le principe selon lequel l'égalité des chances et la prise en compte de l'interdépendance des communautés humaines ont les conditions de base d'une qualité de vie acceptable celle-ci constituant en définitive l'objectif fondamental du développement durable.

Pour qu'une voie de croissance soit viable à long terme, les richesses, les ressources et les chances doivent être partagées de telle manière que tout un chacun puisse accéder à une qualité de vie minimale en termes de sécurité, de droits de l'homme et d'avantages sociaux (alimentation, santé, éducation, logement et opportunités d'épanouissement personnel entre autres).

Le principe d'égalité signifie qu'il faut s'assurer que tout un chacun puisse accéder à l'éducation et soit en mesure d'offrir à la société un travail productif et équitablement rémunéré. L'interdépendance de la communauté humaine exige que soit reconnue la menace que les inégalités sociales flagrantes font peser sur la stabilité et viabilité à long terme de l'entreprise humaine. Elle exige également que l'on reconnaisse que le niveau de vie de la communauté humaine est lié, en définitive, à la taille de la population que les ressources et les infrastructures environnementales de la planète doivent faire vivre.

On peut déduire cette définition de la durabilité sociale : « Un développement est durable en termes sociaux si les politiques publiques qui le composent économiques, sociales, environnementales ne causent pas de dysfonctionnements sociaux tels qu'ils remettent en cause les possibilités d'amélioration du bien être pour l'ensemble de la population actuelle comme à venir »129(*).

Autrement dit, un développement socialement durable relie la lutte contre la pauvreté, sous ses formes d'accessibilité et de capacités, à la régulation des formes correspondantes d'inégalités et de vulnérabilité. Cela ne fait que conforter les termes du rapport Brundtland : « satisfaire les besoins essentiels » et « favoriser un état d'harmonie entre les êtres humains » pour « les générations actuelles et futures » en se référant aux différentes dimensions du bien-être.

La dimension sociale du développement durable exige en outre la participation active sur le plan politique de tous les secteurs sociaux, ainsi que la responsabilité des gouvernements devant l'ensemble du public en ce qui concerne la mise en place de mesures sociales visant à résoudre, entre autres les problèmes d'égalité sociale et de démographie. Elle implique par ailleurs la mise à profit des naissances et de l'expérience des populations, ainsi que le renforcement des capacités des groupes sociaux à déterminer et à gérer leur propre devenir.

c) la durabilité écologique 

Elle est fondée sur la nécessité d'en préserver l'intégrité pour les générations actuelles et futures et, partant, la productivité à long terme des systèmes et des infrastructures écologiques de la planète qui conditionnent le cycle de perpétuation de la vie.

Cette exigence ne peut satisfaite qu'en investissant dans l'infrastructure de la biosphère afin d'assurer la continuité et la qualité des biens et services environnementaux dont dépendent toutes les formes de vie.

Du point de vue de l'environnement, le développement durable exige donc que ces biens et services soient utilisés de manière à ne pas diminuer la productivité du milieu naturel ni affaiblir la contribution de ces biens et services au bien-être de l'humanité.

Le principe de précaution 130(*) doit devenir un élément clé de tous les programmes de développement, pour prévenir les actions destructrices de l'homme et les atteintes irréversibles à l'environnement.

En résumant, ceci suppose la limitation de la consommation des ressources non renouvelables, la réduction de la pression que les plus riches exercent sur celles-ci, une utilisation plus rationnelle des ressources renouvelables ou non.

d) la durabilité spatiale 

Il s'agit d'une meilleure répartition géographique des activités et des hommes avec un accent mis sur les problèmes suivants :

- concentration excessive dans les métropoles ;

- destruction des fragiles mais importants écosystèmes, par des colonisations incontrôlées ;

- promotion d'une agriculture moderne régénératrice et de l'agrosylviculture auprès des petits paysans en leur fournissant les moyens techniques appropriés, du crédit et un accès au marché ;

- possibilités d'industrialisation décentralisée liée à la nouvelle génération des techniques (spécialisation flexible), en particulier des industries de transformation de la biomasse capables de créer des emplois ruraux non agricoles.

- Etablissement d'un réseau de réserves naturelles et de biosphère pour protéger la biodiversité131(*).

e) la durabilité culturelle et plurielle 

La culture a été mise en avant au Sommet de Johannesburg par le président de la république comme composante majeure du développement durable. Elle concerne à la fois la production, le patrimoine, la diversité et l'expression culturelles, les pratiques culturelles, les manière de faire, de vivre, la diversité linguistique et l'état des connaissances. De ce point de vue, la culture constitue un vecteur important du développement durable et concerne ses différentes facettes économique, environnementale et sociale.

Il s'agit de promouvoir le changement dans la continuité culturelle, traduisant le concept normatif d'éco-développement en une pluralité de solutions locales, propres à chaque écosystème, à chaque contexte culturel et à chaque site132(*).

Prises dans leur l'ensemble, ces cinq composantes du développement durable doivent converger de façon à générer un courant continu de revenus, assurer l'égalité sociale, obtenir des niveaux de population socialement tolérables, préserver les ressources naturelles et celles générées par l'homme, et protéger les services de l'environnement dont dépendent toutes les formes de vie.

I.1.3. Le développement durable : une approche en termes d'enjeux

Les réflexions sur la relation entre les activités économiques et l'environnement étaient déjà présentes dans la philosophie antique, mais elles prennent une place importante dans la seconde moitié du XXe siècle avec l'apparition des pollutions, des déchets issus de modes de consommation gaspilleurs de ressources, la surexploitation des systèmes naturels, la consommation croissante d'énergies d'origine fossile dans un contexte de croissance exponentielle de la population mondiale.

Le développement durable est un concept qui apparaît dans les années 1960, au moment même où l'idée d'une croissance illimitée commence à être remise en cause (Meadows, 1972)133(*). La croissance Zéro134(*) est alors considérée comme une solution qui permet d'assurer le développement économique tout en garantissant la protection de l'environnement.

Ce qui n'est pas une opération neutre en soit. Ainsi, la première difficulté majeure lorsqu'on passe du « concept à l'action » est d'adapter la recherche conceptuelle du développement durable à une réflexion plus pragmatique. En quelque sorte, l'ensemble des décideurs est partagé entre, d'une part, la dérive théorique des modèles de durabilité, et, d'autre part, les actions (trop) ponctuelles prises en faveur de l'environnement.

Pour ce faire, notre analyse part des notions clés, des centres d'intérêts autour desquels gravitent la problématique du développement durable :

En premier lieu, nous basons notre analyse sur la notion de développement qui correspond, à la lecture du rapport Brundtland, à une certaine conception de l'humanité où tout être humain a le droit fondamental à un environnement suffisant pour assurer sa santé et son bien être.

Aussi, à l'instar de la déclaration de Rio, nous retiendrons que c'est l'homme et le développement qui demeurent au centre de préoccupations relatives au développement durable (rapport de la conférence des nations unies sur l'environnement et le développement, 1992, principe1).

D'autre part, il nous semble que les dimensions spatiale et temporelle sont inextricablement liées à la notion de durabilité. En effet, l'une des questions essentielles, soulevée par la CMED, est la question de la durée du développement, de sa pérennité, qui apparaît comme la condition sine qua non pour combattre le cycle vicieux de la pauvreté (qui entraîne la détérioration de l'environnement, qui provoque à son tour une indigence plus grande encore).135(*)

Enfin, troisième notion clé, le territoire, substrat de l'environnement, naturel ou habité, représente le champ d'action de l'homme, que ce soit à l'échelle globale, régionale ou locale.

A partir de cette triade, nous pensons pouvoir définir les 3 axes de réflexion inhérents à une analyse relevant du développement durable 136(*) :

En recoupant deux à deux les méta-variables (l'Homme, le temps, le territoire), nous pensons révéler les enjeux d'un développement durable, c'est à dire, l'ensemble des préoccupations caractéristiques de la problématique du développement durable les principes émis seront donc autant des voies de réponses perçues face à ces enjeux.

a) La dimension humaine du développement durable

A partir de sa réflexion sur l'Homme qui l'aspire à une vie toujours meilleure137(*), le rapport Brundtland a recours à la notion d'équité, postulant l'égalité des chances entre les individus138(*), de façon à garantir les possibilités de tout un chacun à améliorer sa situation. L'équité vise essentiellement à bannir l'inégalité de l'accès aux ressources, qui nuit à la recherche de l'intérêt commun139(*). Cette définition fait référence à une équité d'ordre intergénérationnelle (le temps) et à une équité d'ordre intragénérationnelle (le territoire).

- l'équité intergénérationnelle 

Exige pour le moins de maintenir l'intégrité de la biosphère et ses mécanismes régulateurs. Il s'agit donc d'introduire une responsabilité éthique vis à vis de nos descendants en faisant implicitement référence à des stratégies de préservation du patrimoine naturel et des écosystèmes.

En bref, la recherche d'équité intergénérationnelle rejette l'idée d'une préférence pour le présent au détriment des générations futures. Le principe 3 adopté dans la déclaration de Rio va dans ce sens en rappelant que : « le droit au développement doit être réalisé de façon à satisfaire équitablement les besoins relatifs au développement et à l'environnement des générations présente et futures »140(*).

La difficulté majeure posée par cet enjeu, provient de l'asymétrie d'information des générations présentes quant aux préférences des générations futures : il est dés lors délicat de poser des règles au nom d'un partage équitable du bien être intergénérationnel... l'une des solutions envisageable est de laisser intact « l'état des choix actuels » notamment en affirmant un principe de « ressources à caractères universel » qui concerne aussi bien la conservation des espèces, qu'une meilleure maîtrise énergétique basée sur l'avancée technologique qui s'alimenterait des seules ressources renouvelables141(*).

- L'équité intragénérationnelle 

Rejette l'idée d'un développement inégalitaire qui ne respecte pas le principe de non discrimination sociale entre les hommes, entendu que cette non-discrimination repose sur l'apport des besoins fondamentaux (se nourrir, se loger, se vêtir, s'éduquer,...), conditions premières pour un véritable développement cet enjeu concerne « tous les Etats et tous les peuples qui doivent coopérer à la tâche essentielle de l'élimination de la pauvreté qui constitue une condition indispensable du développement durable, afin de réduire les différences de niveau de vie et de mieux répondre aux besoins de la majorité des peuples du Monde » 142(*).

Plus précisément, dans le rapport Brundtland, il est fait mention à plus de solidarité venant des pays du Nord, mieux placés techniquement et financièrement envers le Sud, le but étant d'aider au décollage économique des pays en mal de développement qui sont également les plus affectés par les catastrophes naturelles les plus meurtrières, notamment par sécheresse (Afrique, Inde et Amérique latine) et inondations (Asie et Afrique).

A une autre échelle, la lutte contre la pauvreté et l'appel à la solidarité entre les hommes restent valables, car le plus souvent, les perdants dans les conflits environnement/ développement, ce sont les pauvres qui assument plus que leur part du coût de la pollution, par le biais des effets sur la santé, la prospérité ou les dommages aux écosystèmes143(*).

Par exemple, le rapport Brundtland constate que les inégalités ne font que s'accroître à mesure qu'un système s'approche de ses limites écologiques ; ainsi, au niveau d'une ville, quand la qualité de l'air se dégrade, les plus pauvres, dans leurs quartiers exposés, ont plus de problèmes de santé que les riches qui vivent dans des quartiers plus salubres 144(*).

b) le temps et les enjeux de la maîtrise du long terme 

La dimension temporelle du développement introduit une nouvelle conception des systèmes en portant les réflexions sur le long terme. Plus exactement, il s'agit d'articuler les différentes échelles temporelles afin de coordonner les actions de court terme avec l'enjeu d'équité intergénérationnelle.

L'introduction du long terme dans l'étude des systèmes implique une rupture de l'inertie des liaisons et des données constantes à court terme, en quelque sorte, il s'agit d'un véritable appel à la complexification du noyau dur de l'analyse économique, notamment par l'ouverture à d'autres champs du savoir : le social, l'historique, les relations des sociétés à leur environnement biophysique...

Deux enjeux liées découlent de cette complexification des représentations, compte tenu des structures chaotiques et complexes, l'incertitude (puisque l'incertitude croît avec l'éloignement dans le temps) et l'irréversibilité présent sur les mécanismes de prise de décision, d'anticipation. L'hypothèse d'un mécanisme fondamental régissant l'ensemble des phénomènes dans une conception déterministe cartésienne, n'est dés lors plus satisfaisante.

D'une part, l'incertitude « croît objectivement notamment du fait des révolutions technologiques et subjectivement parce que la science nous en rend plus conscients »145(*). L'incertitude est omniprésente dans tout le domaine des ressources naturelles et de l'environnement, qu'elle concerne l'évolution des techniques ou, de manière générale, la complexité des systèmes écologiques. D'autres part, l'émergence de phénomènes irréversibles à l'échelle de la vie humaine, comme la baisse de la couche d'ozone ou le renforcement de l'effet de serre contraignent les générations actuelles à plus de responsabilité, plus de prudence dans leur activité anthropique 146(*).

Le principe fort adopté à la conférence de Rio pour faire face à l'incertitude et à l'irréversibilité, est le principe de précaution (principe 15) mis en place en vue de protéger l'environnement. Ce principe postule qu'en cas de risque de dommages graves ou irréversibles, l'absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l'adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l'environnement. D'autres principes s'ajoutent et accompagnent son application : les principes de transparence, de démocratie, de responsabilité...

c) les enjeux liés à une perspective territoriale du développement durable 

L'analyse spatiale ne désigne pas une échelle particulière d'analyse, même s'il est vrai que le rapport Brundtland adopte un point de vue d'emblée global, concernant la planète dans son ensemble. Cependant, à maintes reprises, il est fait référence à des échelles infra-régionales (les villes) où une approche en termes de développement durable s'avère indispensable. Aussi, à travers notre approche territoriale, nous adopterons une échelle d'analyse à géométrie variable pouvant se décliner, suivant le cas d'étude, du très local (la ville) au très global (le vaisseau spatial terre)147(*).

Deux enjeux découlent de l'approche territoriale du développement durable :

L'approche territoriale148(*), déclinée sur l'axe territoire-Homme, reprend la notion d'équité, faisant apparaître un enjeu d'équité inter territoriale, bien que cette notion ne soit pas directement reprise dans le rapport Brundtland. Pourtant, l'un des lieux communs en matière de développement durable, c'est bien l'existence d'interactions écologique et/ou économique qui se manifestent à l'échelle planétaire (ou régionale).

Ce que nous entendons alors par équité interterritoriale, c'est l'ensemble des préoccupations visées par le rapport Brundtland, qui relèvent d'un problème de responsabilité (de droits et devoirs) des territoires entre eux.

Par exemple, le principe 2 de la Conférence de Rio, bien qu'il reconnaisse le droit souverain des Etats d'exploiter leurs ressources selon leur propre politique d'environnement et de développement, rappelle qu'il relève de leur devoir de faire en sorte que les activités exercées (dans les limites de leur juridiction ou sous leur contrôle) ne causent pas de dommages à l'environnement dans d'autres Etats ou dans des zones ne bénéficiant d'aucune juridiction nationale (cas des biens de l'humanité).

D'après C. LACOUR, «tout développement, tout aménagement, à un moment donné sont censés correspondre à une nécessité et à des possibilités. Ils répondent à des demandes économiques d'un groupe, d'une collectivité. Cette production nulle bien souvent, va se faire par une destruction de l'état antérieur, qu'il soit naturellement sauvage ou naturellement construit » 149(*)

Ainsi, l'enjeu d'un aménagement rationnel du territoire est issu de la contrainte pour l'Homme de créer un développement, compte tenu de ses besoins mais sous conditions éthiques (induites, par exemple, par la notion d'équité).

Cet enjeu se décline à trois niveaux :

- le territoire perçu en tant que dotations de facteurs que l'homme organise en production (conception biocentrique), contraint celui-ci à le gérer rationnellement face aux risques d'épuisement du stock des ressources, d'où la nécessaire application de principe clés : nous distinguons le principe d'économicité qui vise à assurer la lutte contre la rareté qui frappe les ressources épuisables non renouvelables, et le principe de bonne gestion qui doit permettre la régénération des ressources renouvelables ;

- les actions directes de l'Homme sur le territoire (conception anthropocentrique) afin de l'aménager, de le transformer suivant les besoins et les connaissances techniques du moment, ne doivent pas se faire au détriment de l'environnement (respect des écosystèmes, paysage,...) ce qui l'oblige à adopter une vision intégrée de l'économie et de l'environnement ;

- enfin, le territoire perçu en tant que réceptacle de pollutions (conception technocentrique ou clinique), implique la prise compte de la capacité de charge des écosystèmes et des impacts environnementaux qui nuisent, en dernier ressort à l'Homme (catastrophes écologiques, effets délétères sur la santé,...).

La déclinaison à partir d'une trilogie mettant en jeu l'Homme, le temps et le territoire, nous a permis de déterminer les principaux enjeux de la problématique du développement durable (les trois équités intergénérationnelle, intragénérationnelle et inter territoriale, les deux enjeux liés à l'incertitude et à l'irréversibilité, l'enjeu d'un aménagement rationnel des territoires). Entre ces trois axes de réflexion décrivant une certaine philosophie politique, il s'établit une étroite complémentarité, interdisant toute lecture partielle du schéma, en raison notamment du principe de transversalité.

En définitive, notre approche du développement durable reste fidèle aux textes fondateurs, mettant en évidence l'enchevêtrement des problématiques qui la caractérise, chacun des enjeux ne prenant son sens qu'à travers une vision systémique de ces interactions.

I.2. Le développement durable, notion de recherche et catégorie de l'action

Depuis la conférence de Stockholm de 1972 sur l'environnement jusqu'à la conférence de Rio en 1992 sur l'environnement et le développement, on peut dire que la globalisation des solutions à apporter au problème de la dégradation de l'écosystème mondial s'est affirmée et que désormais la relation est établie entre la protection de l'environnement et le développement.

En effet, six termes ou expressions au moins ne peuvent pas en être dissociés : l'environnement, le patrimoine, l'éthique, la culture et la gouvernance.

Chacun de ces termes correspond à un important courant tant sur le plan de la réflexion que sur le plan de l'action. Nous tenterons d'expliciter ces différents termes en quelques formules qui montrent les rapprochements entre la notion de développement durable et chacun de ces termes.

I.2.1. Développement durable et gouvernance

La gouvernance est devenue un mot clé et une solution universelle au développement durable. L'expression pourtant vient du monde de l'entreprise 150(*).

La gouvernance est un concept, à l'origine économique, qui apparaît dans les travaux de R. COASE 151(*) qui défend que des solutions négociées peuvent se prendre avantageusement sans recours à l'Etat. La Banque mondiale a popularisé le concept à la suite des échecs des plans d'ajustement structurel imputés au manque de pouvoir moral et à la désorganisation des Etats des pays aidés.

De façon générale, la gouvernance désigne l'ensemble des relations de pouvoir au sein d'une société, ainsi que les modes d'arbitrage entre les différents détenteurs de pouvoirs. Le gouvernement désigne l'exercice du pouvoir politique sur une communauté d'individus et, par extension, le pouvoir qui dirige un Etat. Le gouvernement n'est qu'un des acteurs de la gouvernance.

La gouvernance au service du développement durable a un contenu original. En imposant une transformation des formes de la décision et de l'action publique ainsi que des institutions, elle contient une éthique des comportements (lutte contre la corruption ou contre la délinquance écologique, transparence...) et de la précaution dans les actions à entreprendre, et elle favorise les partenariats garants de l'intégration des dimensions sociales et environnementales. Concrètement, c'est un processus décisionnel continu et coopératif entre des acteurs ayant des intérêts différents, voire conflictuels.

Un exemple de gouvernance152(*) appliquée au développement durable est celui lié aux négociations internationales autour du changement climatique. A la suite de la convention sur le changement climatique signé en 1992 à Rio, les Etats les plus riches se sont engagés à ramener, au plus tard en l'an 2000, leur émission de gaz à effet de serre à leur niveau de 1990. en décembre 1997, cette convention a été complétée par le protocole de Kyoto. Ce dernier, plus contraignant, impose aux pays industrialisés de réduire, d'ici 2012, leurs émissions d'au mois 5% par rapport à leur niveau de 1990. ce n'est qu'en novembre 2001, à Marrakech, que les pays signataires du protocole sont parvenus à un accord sur les modalités d'application permettant de le rendre enfin opérationnel.

Par conséquent, le choix et la mise en oeuvre effective des politiques et instruments relèvent essentiellement d'un processus politique et font l'objet de négociations entre l'ensemble des acteurs. Une validation de ce choix par les différents acteurs, sous la forme d'un consensus ou d'un arbitrage conflictuel entre eux, s'avère nécessaire pour assurer sa légitimité et éviter les conflits concernant son interprétation et son utilisation.

Par ailleurs, les politiques, mesures et instruments qui seront retenus lors des différentes phases du processus de négociation sont par nature évolutifs. La pertinence d'une négociation est donc établie dans le contexte des projets et des préoccupations d'une société, voire dans le contexte d'un projet de société.

Il s'avère donc qu'une bonne gouvernance153(*) est indispensable pour un développement durable. L'exercice n'est pas facile, car il suppose de trouver les justes niveaux d'expression, de diversifier les formes de décision et d'encourager la démocratie participative, de délivrer une information transparente globale et solide, de constituer un dialogue libre et constructif, de multiplier les partenariats, de favoriser la transversalité, de croiser les logiques et pratiques sectorielles, de développer des procédures d'évaluation continue collectives et contradictoires...

Le Programme des Nations Unies pour le développement donne la définition suivante : « La gouvernance peut être considérée comme l'exercice des pouvoirs économique, politique et administratif pour gérer les affaires des pays à tous les niveaux. Elle comprend les mécanismes, procédés et institutions (...). La bonne gouvernance est (...) participative, transparente et responsable. Elle est aussi efficace et équitable. La bonne gouvernance assure que les priorités politique, sociales et économiques sont fondées sur une large consensus dans la société et que les voix des plus pauvres et des plus vulnérables sont au coeur du processus de décision sur l'allocation des ressources pour le développement »154(*).

Le souhait de fonder un développement durable sur le volontariat des entreprises plutôt que sur des politiques environnementales publiques est une tendance lourde.

Par exemple155(*), dans le cadre de la préparation du sommet mondial pour le développement durable qui a eu lieu à Johannesburg du 26 août au 4 septembre 2002, les Nations-Unies, dans les documents préparatoires, ont mis l'accent sur les alliances entre le secteur public et le secteur privé. Pour les experts, ces alliances constitueraient un vecteur puissant de création de capacités, de transferts de technologie et une passerelle entre l'aide publique au développement et les investissements étrangers directs.

En effet, en présence d'incertitudes fortes dans l'avenir sur les conventions environnementales, un élément clé de la coordination économique est l'intervention de partenariats collectifs pour offrir des connaissances et visions du monde communes et de nouvelles normes de comportement ayant un effet de légitimation d'une orientation ou d'une préoccupation donnée.

Dans ce contexte, la définition d'une bonne gouvernance est d'autant plus importante qu'il est difficile de faire l'hypothèse que les évolutions dans les comportements publics, les régulations environnementales ou les pratiques stratégiques des firmes satisferont automatiquement aux conditions de durabilité économique, sociale et écologique.

En somme, les réflexions sur les modes de gouvernance au service d'un développement durable induisent de nouvelles méthodologies inhérentes à l'élaboration des normes, des réglementations, des mesures économiques et d'aide à la décision. Elles conduisent à mettre en oeuvre des systèmes d'apprentissage collectif basés sur des processus consultatifs et participatifs. L'interaction au sein de ces dispositifs engendre une légitimité des mesures environnementales retenues.

Par exemple, le récent développement de certains instruments de protection de l'environnement tels que les engagements volontaires ou les écolabélisations, souligne l'évolution du cadre institutionnel des politiques environnementales. Cette tendance croissante à réunir des parties prenantes hétérogènes revient ainsi à réaffirmer les principes du développement durable.

I.2.2. Développement durable, culture et patrimoine

Les notions de patrimoine et de développement durable se recoupent de trois manières au moins.

En premier lieu, elles sont toutes deux fondées sur l'idée d'une obligation de solidarité intergénérationnelle :

Donc, qui dit patrimoine dit héritage devant être transmis à la génération suivante156(*), qui dit développement durable dit développement « qui répond aux besoins et aux aspirations de l'actuelle génération sans compromettre la possibilité pour les générations futures de satisfaire les leurs »157(*).

En second lieu, la notion de patrimoine donne à cette solidarité un contenu : ce qu'il faut précisément considérer comme patrimoine. De ce point de vue, on peut dire qu'elle complète la notion de développement durable : elle dit que celui-ci ne peut être défini tant que ce qui doit être transmis n'est lui-même pas défini.

Inversement, on peut dire que la notion de développement durable implique celle de patrimoine. C'est d'ailleurs ce qu'exprime - et c'est là le troisième recoupement entre les deux notions - l'élargissement de la notion de patrimoine au patrimoine dit naturel. On retrouve là les préoccupations environnementales qui sont au coeur de la conception d'un développement durable. De même que l'on retrouve l'idée de solidarité planétaire dont est empreinte la notion de développement durable dans la notion de «  patrimoine commun de l'humanité » (qui est appliquée tout particulièrement, précisément, au patrimoine158(*) « naturel »).

Dans un autre côté, le renouvellement des ressources a une dimension culturelle évidente dès lors que l'on définit assez largement le domaine de la culture. Les ressources culturelles incluent, par exemple, les sites, les paysages, les monuments, les objets et les documents associés aux activités humaines présentes et passées. Elles ont aussi un aspect immatériel comme les mythes, les idées, les normes sociales, la langue que chaque génération reçoit, enrichit et transmet. La plupart des ressources culturelles sont uniques et non renouvelables. Elles sont apparues ou ont été délibérément créées dans des lieux particuliers, à des dates déterminées, par des individus donnés.

La durabilité relative à l'environnement et à la présentation des ressources culturelles est donc largement complémentaire : les valeurs culturelles et l'histoire des populations représentent des adaptations ou des réponses à l'environnement. La préservation de la biodiversité et la préservation des langues moins diffusées sont deux versants d'une même protection des dangers qui pourraient naître d'une réduction des espèces et d'une uniformisation des modes de vie et des langages. C'est là un souci qui anime les défenseurs des « peuples premiers »159(*) et que partagent tous ceux qui se préoccupent des dimensions territoriales et culturelles du développement durable.

Aux côtés de la culture et de ses déclinaisons matérielles et spirituelles, l'espace constitue certainement une dimension fondamentale des processus orientant le développement durable. Le choix des outils d'aide à la décision et des moyens à mettre en oeuvre peuvent changer selon l'entité spatiale considérée. Les dimensions locale, régionale ou nationale du développement contiennent différentes facettes de la préservation de la qualité de l'environnement, de la nécessité de diminuer la production de déchets ou encore des modalités de gestion des ressources naturelles multifonctions.

Dans ce contexte, les formes de gouvernance guidant le développement durable sont nécessairement liées à l'histoire des populations concernées, à leurs pratiques culturelles et à l'espace qu'elles occupent à un moment donné.

I.2.3. Développement durable et éthique

La question de l'éthique hante de plus en plus notre société, au risque de devenir un sujet à la mode. Il s'agit pourtant d'un sujet, qui met chacun d'entre nous, individuellement ou collectivement, face à ses responsabilités d'être humain. L'objectif de ce paragraphe est de s'interroger sur la signification de ce recours à l'éthique. Sur sa pertinence par rapport aux enjeux posés par le développement durable.

Sur le plan philosophique, l'éthique vise à rationaliser les comportements collectifs sur une base juste. Elle est propre au groupe dont elle renforce la cohésion et l'identité. L'approche éthique considère que l'idéal de ce qu'il est bon de faire procède d'une construction personnelle. Cet idéal s'enracine dans la recherche par chacun d'une vie heureuse. L'éthique est plus une élaboration, une démarche progressive, dans laquelle chacun cherche à développer le meilleur de lui même. L'éthique s'intéresse aux conséquences des actes ; elle est associé à la responsabilité, destinée à être opérationnelle dans la société160(*).

Là, ce n'est pas à proprement parler le terme d'éthique lui-même qui est en cause, mais la montée en puissance de l'idée qu'il contient. C'est donc à quel moment la notion de développement durable prend place dans ce contexte général d' « éthicisation » 161(*).

Face à la double crise de l'environnement et du développement et la difficile réconciliation de ces réalités, on est amené de plus en plus à évoquer un recours à l'éthique, c'est-à-dire solliciter de nouvelles règles de conduites capables de dénouer la crise dont il est question. Le développement vu sous l'angle de la durabilité demande un changement des schémas actuels de production et de consommation économique.

Le problème c'est comment atteindre, lorsqu'on connaît les différences qui existent sur ce plan entre le nord et le sud ? c'est pourquoi, et juste titre d'ailleurs, que la commission Brundtland s'était préoccupée de l'éthique de l'équité. Il faudrait donc corriger l'inéquité, en ce sens que la crise de l'environnement n'est pas seulement écologique mais aussi politique, car préserver l'environnement c'est aussi se préoccuper d'équité entre les individus et les nations en tenant compte prioritairement des besoins des plus démunis.

Ainsi, la notion d'équité fait partie intégrante du concept de développement durable et il ne saurait y avoir de développement sans sa promotion. Alors le nord va t-il consentir à modifier son mode de vie ses technologies et ses aspirations à plus de bien-être pour laisser au sud, l'espace écologique indispensable à son développement ? Que de bouleversements à prévoir dans la perception et les comportements vis-à-vis de l'environnement une nouvelle tache est à entreprendre, et il appartiendra à tous de tisser de nouveaux liens sur la base d'une responsabilité commune pleinement partagée pour établir un contrat nouveau qui assurera autrement les solidarités.

D'un autre côté, ceux qui attirent l'attention sur ce problème rappelant que le texte qui est pour eux fondateur de la notion (le rapport Brundtland), il est clair que c'est d'abord une idée de progrès social et de justice sociale qui l'anime. Et pour eux, le terme de sustainable doit être pris dans son sens fort de « soutenable », autrement dit de « défendable ». on retrouve là la notion d'équité : l'éthique réapparaît pleinement. S'appliquant à l'ensemble de la définition de la notion de développement durable, elle est même pour le coup étendue à ses dimensions économiques et écologiques.

Au terme de ces analyses, on peut donc compléter la définition habituelle du développement durable en précisant que c'est un développement soucieux de ménager l'environnement, reposant sur le respect du principe de précaution, fondé sur une éthique patrimoniale, c'est-à-dire sur l'idée d'un patrimoine à transmettre dans son intégrité et d'une responsabilité des générations présentes par rapport aux générations futures.

Section II. Le développement durable : aspect théorique

Comme , nous venons de l'aborder dans la première section, la question des rapports entre la nature, le patrimoine, l'éthique et le développement durable a suscité une place centrale dans les milieux scientifiques que politiques mondiaux. La problématique du développement durable recherche les modalités d'intégration entre la sphère économique et la biosphère.

Cependant cette réponse est restée largement ambiguë au niveau théorique propre à la science économique.

Il n'existe pas une théorie du développement durable, mais un ensemble d'interprétations qui partent toutes d'une définition : « le développement durable est un développement qui permet de répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs »162(*). Nombreux sont les auteurs ayant mis l'accent sur le « flou conceptuel» qui en émane (comme TURNER, FAUCHEUX, FROGER, NOEL, PEARCE, SACHS, etc.).

En effet, reprenant la typologie proposée par TURNER163(*), la soutenabilité (ou durabilité) déclinée suivant son degré d'intensité (très faible, faible, forte, très forte) peut tout autant relever d'une analyse dite « anthropocentrée» ou alors « écocentré»,164(*) aux conclusions antinomiques.

Ainsi, le courant théorique qui fait primer l'intérêt de l'homme coeur de l'analyse, est, par excellence, le courant néoclassique à la soutenabilité très faible. En revanche, le courant qui défend avant tout les intérêts de la nature, est, le courant écologique de la « Deep Ecology», à la soutenabilité très forte.

Chacun de ces courants raisonne en termes d'exclusivité du champs étudié, qu'il soit économique ou écologique, ce qui fait dire à certains auteurs qu'ils relèvent d'une rationalité substantielle165(*).

A contrario, les deux autres courants aux soutenabilités faible et forte (respectivement, l'école de Londres et le courant de l'économie écologique), recherchent un arbitrage cohérent entre les deux sphères économique et écologique. Leur approche relève alors d'une rationalité procédurale caractérisée par la mixité.

Les deux autres derniers courant (respectivement, l'éco-développement, la gestion patrimoine) sont réellement procéduraux et l'articulation des trois logiques166(*) y est la plus équilibrée.

Nous allons procéder à une rapide présentation des écoles mentionnées ci-dessus, mettant en évidence la dérive théorique qui affecte le concept.

II-1 Les modèles substantiels  167(*)

Les modèles substantiels sont successivement, le courant néoclassique et le courant écologique profond (la Deep Ecology). Ces modèles sont marqués par la prééminence de la rationalité substantielle. Pour traiter les problèmes de l'intégration de l'économie et de son environnement, du développement soutenable, elles ne cherchent pas à concilier, confronter diverses rationalités, elles intègrent (ou excluent) simplement de leur « système autocentré» les objets qu'elles veulent traiter. Pour bien comprendre, nous analyserons les deux courant successivement.

II.1.1. Le courant néo-classique

Selon PEZZEY 168(*), la définition standard du développement durable, interprétée par le courant néo-classique, se résume à l'utilité non décroissante du capital par tête. Cette définition renvoie à la vision d'une soutenabilité « très faible» puisque seule la dimension économique (l'utilité retirée du capital) est prise en compte dans le raisonnement.

Egalement, R. PASSET169(*) a montré comment la théorie économique depuis ses débuts (avec les Physiocrates) s'est progressivement renfermée sur elle-même, formant un système extrêmement cohérent et intégré dont l'archétype est la théorie économique standard. Dans ce mouvement historique, elle s'est progressivement coupée de la dimension naturelle, écologique. Les ressources naturelles (notamment renouvelables ne sont pas monétarisables, elles n'ont pas de prix. En tant que phénomène hors marché, elles sont donc évacuées de la science économique. Le mécanisme par lequel la théorie néo-classique réagit aux problèmes environnementaux (pollution et épuisement des ressources) est se base sur quatre postulats fondamentaux 170(*)que nous aurons à traiter, point par point.

1) Une vision utilitariste du bien-être social 

D'une manière générale, les économistes néoclassiques conçoivent la société comme un ensemble d'individus libres et égaux qui maximisent leurs utilités (ou bien être) par l'intermédiaire du marché. Cette vision utilitariste du bien-être repose sur la construction de fonctions de bien-être social où l'ensemble des décisions individuelles permet de diriger l'activité économique dans les directions qui aboutissent à la plus grande utilité totale (optimum social de Pareto171(*)).

2) La possibilité de substitution entre les capitaux 

Compte tenu de la définition retenu de la durabilité, il est postulé que la substituabilité entre les arguments de la fonction d'utilité (bien de consommation et bien d'environnement) sont équivalents. Cette équivalence est rendue possible grâce à la traduction monétaire de la valeur de l'environnement, HARTWICH a établi que les rentes issues de l'exploitation d'une ressource épuisable doivent être investies dans des actifs reproductibles pour que ces derniers puissent se substituer aux imputs ressources naturelles.

3) Une optimisation intertemporelle 

La non-décroissance du capital dans le temps se fonde sur la recherche d'une équité entre les générations inspirée des travaux de J. RAWLS et son incontournable « théorie de la justice»172(*). Le critère retenu en vertu du principe d'équité entre les générations est celui du « maximum  » qui cherche à maximiser l'utilité de la génération la moins favorisée.

4) Les pollutions en tant qu'externalités 

Dans la tradition classique de l'utilitarisme, seules les activités de production et de consommation sont prises en compte par le marché qui détermine le prix de tout bien et service. Dans cette perspective, l'environnement n'a pas de valeur en soi, en raison même de sa « gratuité ».

En fait, pour que l'environnement soit pris en compte par la sphère économique, il faut lui affecter une valeur monétaire. Ainsi, en cas de pollutions, la tradition Pigouvienne les assimile à des effets « hors marché» (à des effets externes) qu'il est nécessaire d'évaluer en termes monétaires afin d'en faire supporter privativement les coûts à travers un système de taxation (procédure dite d'internationalisation des effets externes).

Les auteurs néoclassiques les plus optimistes peuvent ainsi écrire, à la manière de Wilfrid Beckerman (1972, p. 327), que « le problème de la pollution de l'environnement n'est qu'une simple question de correction d'un léger défaut d'allocation de ressources au moyen de redevances de pollution»173(*). Ainsi, les pollution ne sont perçues qu'en tant qu'externalités, c'est à dire, en tant que phénomène hors marché qui affectent la sphère économique.

En revanche, les problèmes environnementaux proviennent d'une mauvaise détermination des droits de propriété des « biens libres», l'intervention étatique n'est donc pas nécessaire puisqu'il suffit de répartir des droits d'utiliser l'environnement (les droits à polluer) pour inciter les agents économique à gérer efficacement les biens environnementaux. L'environnement n'est donc pas véritablement pris en compte dans l'analyse néo-classique pure. A l'opposé des courant néoclassique, l'approche écologique développe une autre argumentation du développement durable.

II.1.2. Le courant écologique profond

Le courant de la  Deep Ecology  s'est constitué en réaction contre l'approche économique conventionnelle dont il récuse la  foi démesurée à l'égard du progrès technique et des possibilités de substitution. Il repose sur un système de valeurs conférant aux espèces non humaines des droits moraux. La  Deep Ecology s'élève contre les conséquences prédatrices de la rationalité économique et l'utilitarisme qui la sous-tend.

Ce courant ne doit pas être confondu avec la science de l'écologie174(*), et qui s'articule principalement autour de considérations éthiques s'appliquant à tous les éléments de la nature et pas seulement à l'homme, et débouche généralement sur des positions conservationnistes extrêmement rigides. C'est également l'aspect non anthropcentré ou plus précisément « biocentré » de cette conception qui nous fait la rapprocher de toutes celles qui insistent sur le primat de la nature sur l'homme.

Pour le courant écologique profond d'A. LEOPOLD, « les effets d'échelle ont atteint ici les limites à ne pas dépasser, il faut minimiser les taux d'énergie et d'utilisation des matières, il faut viser la stagnation économique (croissance 0) et démographique par les moyens de contraception ou d'abstinence, qui stimulent les productions d'échelle. la seule croissance économique acceptable est celle qui est qualitative»175(*).

Dans cette perspective , la soutenabilité de notre mode de développement passe par la promotion de la diversité écologique et culturelle176(*), la planification décentralisée et le développement des écotechniques. Cette vision de la soutenabilité est qualifiée de « très forte» puisque seule la vision écologique est prise en compte dans le raisonnement. Les trois hypothèses suivantes constituent le fondement de cette analyse.

1) Une vision systématique et hiérarchisée des relations environnement-économie 

La nature est décrite en tant qu'un monde de procédés dans un état continuel de flux où les systèmes les plus larges (comme la sphère écologique) changent plus lentement que le systèmes les plus petits (comme la sphère économique). En outre, tous les processus du système sont reliés les uns aux autres, les systèmes écologiques ayant des capacités variables à résister aux pressions et chocs (résilience des systèmes écologiques). Subséquemment, il est préférable de viser une amélioration qualitative du développement économique, ce qui passe par une limitation des croissances démographique et économique (croissance 0).

2) Le refus d'une approche monétaire des biens environnementaux 

L'approche néoclassique, qui traduit en termes monétaires les effets délétères des pollutions, ne peut qu'être réductionniste car l'environnement représente un système plus large que le système économique. En vertu de cette caractéristique, ce sont donc les lois écologiques qui doivent s'imposer au système économique, et non l'inverse. en outre, l'évaluation monétaire des biens environnementaux est, de toute façon, techniquement difficile à mettre en place et idéologiquement peu souhaitable puisqu'elle est le moyen technique d'assurer la substitution entre le capital naturel et le capital productif partant. La soutenabilité ne peut donc être mesurée qu'à l'aide d'indicateurs physiques, véritables étalons invariants et stables dans le temps.

3) La préservation de la nature comme sujet de droits 

 

L'intégration de la préservation de la nature en tant que contrainte dans le raisonnement économique pour des raisons éthiques, idéologiques, et non pas en raison de son seul enjeu économique, comme le laisse entendre l'approche néoclassique. A la valeur d'usage de l'approche subjective néoclassique, la « Deep Ecology » oppose une valeur en soi propre à la faune et à la flore, indépendamment de leur utilité pour l'Homme177(*). Les biens environnementaux possèdent donc une valeur intrinsèque détachée de tout usage, même futur.

Certains tenants de la «Deep Ecology » (DEVALL et SESSIONS) 178(*), par exemple, vont très loin dans leur affirmation de la valeur intrinsèque, puisqu'ils postulent l'égalité des valeurs intrinsèques, ce qu'ils appellent « l'égalité biocentrique»: « toutes les choses présentes dans la biosphère ont un droit égal à vivre et à s'épanouir, et à atteindre leurs formes individuelles de déploiement et de réalisation, grâce à la prise de conscience qu'à une plus vaste échelle tous les organismes et entités de l'écosphère, en tant que parties interreliées d'un tout, sont égaux en valeur intrinsèque »179(*).

Dans cette perspective, « le développement soutenable se définirait comme un développement ne portant pas atteinte aux autres formes de vie terrestre », ainsi que le fait remarquer HATEM (1990) 180(*), ce qui peut paraître, pour le moins, une vision extrêmement réductionniste.

L'espace humaine n'est privilégiée en aucune façon. La nature, en semble des écosystèmes, est considérée comme ayant seulement objet de droits humains. Dans cette perspective, la substitution entre les capitaux, envisagée par les néoclassiques, est jugée inacceptable, et donc, la solution consiste à maintenir constant le stock de capital naturel ce qui revient à dire que la nature doit rester en l'état, en réponse au principe d'équité intergénérationnelle 181(*).

De même, la  Deep Ecology se méfie d'un excès de confiance (des néoclassiques) envers le progrès technologique car il contribue à accélérer la substitution entre les deux formes de capitaux naturel et artificiel. Systématiquement à la rationalité économique substantielle néoclassique, le modèle de la  Deep Ecology dégage une rationalité écologique substantielle.

Les deux approches substantielles ont donc pour point commun de faire découler leurs analyses et en conséquence leurs prescriptions pour l'action, d'un équilibre, d'un optimum expression même de leur rationalité exclusive. Les approches qui vont suivre font au contraire dialoguer dans leur système théorique les contraintes économiques et les contraintes écologiques.

II.2. Les modèles mixtes

Les modèles mixtes tentent d'articuler de façon équilibrée les différentes logiques afin de traiter le problème du développement soutenable. Ils sont, néanmoins, dominés en dernier recours (certains plus que d'autres) par la logique écologique. Nous analyserons ces modèles mixtes successivement : l'École de Londres et le courant de l'Économie Écologique.

II.2.1. L'École de Londres 

L'optique du développement soutenable propre à D. PEARCE et à ses collègues constitue une avancée importante puisqu'elle met l'accent sur la préservation de l'environnement en l'articulant avec les exigences de la croissance économique. Elle se situe alors à mi-chemin entre les analyses conduisant à la soutenabilité faible et celles de la soutenabilité forte. Toutefois elle se heurte à des limites dans la détermination des règles et indicateurs de soutenabilité.

L'École de Londres vise à conserver des proportions ou des composantes de stocks de capital naturel, mesurés physiquement et évalués monétairement, se basant sur l'approche thermodynamique et l'idée de complémentarité entres les capitaux technique et naturel, et du respect de la diversité écologique.

D. PEARCE 182(*) et son équipe se sont inspirés des travaux de BAUMOL et OATES (1971). Ces derniers, en réaction contre l'approche Pigouvienne, ont proposé que la rationalité écologique intervienne comme facteur limitant vis-à-vis de la rationalité économique (et non dominant).

La « séquence d'optimisation » se décompose alors en deux étapes :

1) L'objectif de soutenabilité écologique fixe les limites de pollution ou de consommation à ne pas dépasser (constitution de normes).

2) Compte tenu des contraintes écologiques, physiques, la rationalité économique de terminer un optima de second rang recherchant à minimiser le coût.

Dans cette perspective, la soutenabilité retenue est qualifiée de faible puisque, en dernier ressort, c'est l'efficacité économique sous contrainte écologique qui permet d'orienter la prise de décision. Trois postulats fondamentaux caractérisent l'approche de l'École de Londres 

1) Le refus d'une substituabilité infinie entre les capitaux 

 

D'après le critère de soutenabilité retenu, un minimum de capital naturel doit être préservé, et donc, le principe de substitution183(*) ne s'applique que de façon limitée. Les capitaux reproductibles doivent être perçus comme complémentaires à ceux qui ne le sont pas. Cette complémentarité devant assurer la comptabilité entre la recherche de l'efficacité économique d'une part, et la contrainte de respect de l'environnement, d'autre part.

En effet, comme le fait remarquer TOMAN (1992) 184(*), il existe une relation positive entre l'échelle du dommage potentiel au capital naturel, le degré d'irréversibilité et l'importance de l'injustice infligée aux générations futures. Dans ces conditions, une distinction serait souhaitable. Le capital naturel dont la dégradation potentielle est réversible et porte sur une petite échelle peut être traité par des critères d'efficience économique traditionnelle.

En revanche, le capital naturel dont la dégradation risque d'être irréversible et sur une grande échelle devrait avoir un usage soumis à des contraintes a priori. L'hypothèse de substituabilité entre capital manufacturé et capital naturel est jugée pertinente quand les fonctions économiques et productives du capital naturel sont concernées. Toutefois, lorsque des fonctions de « survivabilité » du capital naturel sont en jeu, cette hypothèse doit être abandonnée au profit de celle de complémentarité.

2) Le concept de valeur économique totale (V.E.T) 

 

L'école de Londres a certes montré l'intérêt de la conservation d'un stock minimal de capital critique, mais elle n'a pas accordé toute l'attention nécessaire aux problèmes de la mesure de ce stock de capital. C'est la raison pour laquelle les membres de L'école de Londres retombent sur l'évaluation monétaire du stock de capital naturel afin d'agréger les différents actifs environnementaux, tout en soulignant le caractère réductionniste de cette procédure par rapport à l'objectif initial d'évaluation en termes physiques.

Donc, L'école de Londres adopte un raisonnement en termes de V.E.T ce qui permet de dépasser les problèmes d'évaluation monétaire de l'environnement liés à l'incertitude, à l'irréversibilité ou à l'évaluation de valeurs non économiques. En effet, la V.E.T. comprend à la fois les valeurs de non-usage. L'avantage d'un tel mode de calcul réside donc dans sa capacité de concilier logique économique (valeur d'usage) et logique écologique (valeurs intrinsèques de non-usage).

3) Les trois règles de durabilité 

L'École de Londres, compte tenu des objectifs sur-cités, édicte trois catégories de contraintes écologiques qui encadrent la fonction d'utilité (D. PEARCE, 1988) :

Règle1 : le taux d'utilisation des ressources renouvelables ne doit pas excéder le taux de renouvellement naturel.

Règle2 : les ressources épuisables doivent être extraites à un taux permettent leur remplacement par des ressources renouvelables (possibilité de substitution limitée entre le capital naturel et le capital physique), cette règle est complétée par l'application d'un principe d'efficience qui vise à améliorer l'efficacité de la fonction productive accordant ainsi une confiance raisonnable envers l'évolution du progrès technique.

Règle 3 : les émissions de déchets ne doivent pas excéder la capacité d'assimilation des écosystèmes.

Cette approche n'utilise donc que des critères économiques pour évaluer la norme environnementale et pour déterminer les moyens les plus efficaces de l'atteindre. Une telle ambiguïté rapproche, là encore, cette analyse de celles de la soutenabilité faible.

L'approche de l'École de Londres ne se situe donc plus dans un cadre strict de rationalité substantielle. L'idée d'une procédure (bi-dimensionnelle) d'optimisation y est introduite, on a ainsi une articulation de la rationalité procédurale et de la rationalité substantielle.

II.2.2. Le courant de « l'économie écologique »

FAUCHEUX, FROGER, NOEL, 185(*) peuvent être considérés comme des continuateurs de R. PASSET186(*). L'intérêt de leur analyse est de vouloir fonder un modèle de développement soutenable (explicitement) sur rationalité procédurale : « l'enjeu pour la mise en oeuvre de véritables analyses et modèles de développement soutenable semble résider dans la prise en compte simultanée et équitable de diverses rationalités».

Ils donnent une grande place dans leur analyse aux institutions (en s'inspirant notamment des travaux d'O. GODARD187(*)) : « Une approche du développement soutenable obéissant à une rationalité procédurale appelle le renouvellement des institutions». Le dispositif institutionnel doit comporter des fonctions propres pour chacune des institutions, mais aussi des fonctions partagées entre elles pour les enjeux de nature conflictuelle.

L'Économie Ecologique dénonce le risque du manque de soutenabilité écologique en indiquant une sous-évaluation des fonctions et processus de support de vie, et une perte de résistance des écosystèmes face aux pressions et chocs exogènes. La perte de capital naturel accentue la vulnérabilité écologique des systèmes naturels, ce qui est jugé inacceptable compte tenu des effets de seuil des écosystèmes. Ce que nous propose l'économie écologique, c'est de dépasser les disciplines économique et écologique conventionnelles pour aller dans le sens d'une véritable synthèse intégrée188(*). Dans cette perspective, nous qualifierons la soutenabilité en question de « forte». Deux postulats fondamentaux sous-tendent cette théorie.

1) L'approche durable de l'économie écologique passe par l'approche écoénergétique 

L'interprétation thermodynamique de l'économie considère Celle-là comme un « système quasi-vivant» (PASSET, 1979). L'interdépendance dynamique (existence d'effets de rétroaction) entre l'économie et l'écologie débauche sur des limites fixées par les écosystèmes au système économique.

A l'instar de l'école de Londres, l'économie écologique définit, dans un premier temps, l'espace à optimiser , dans la limite des contraintes environnementales. En revanche, à la différence de l'école de Londres, monétarisation des contraintes n'est pas systématique car, par certains aspects, elle peut apparaître appauvrissant. Les principes thermodynamique vont ainsi servir de référence pour mesurer l'efficience économique des projets à l'aide d'indicateurs comme le taux de rendement énergétique ou le taux d'investissement énergétique189(*).

2) Une approche institutionnaliste de l'environnement 

Compte tenu du caractère complexe et incertain propre à l'économie de l'environnement, l'économie écologique reconnaît les limites d'une rationalité substantielle et s'emploie donc à appliquer une méthodologie relevant plutôt d'une rationalité procédurale.

Ainsi, le marché n'est pas perçu comme la seule forme d'institution possible pour coordonner la décision, d'autres formes, comme par exemple, l'arbre de soutenabilité190(*) construit par ( FAUCHEUX, NOEL, 1995), permettent d'atteindre une solution globalement satisfaisante c'est à dire une solution de second rang, économiquement efficace et écologiquement prudente.

L'arbre de soutenabilité a pour objectif de décomposer l'objet global de soutenabilité du développement en sous-objectifs de soutenabilité selon trois filtres : sous-objectif biophysique, sous-objectif social191(*), sous-objectif économique. Chacun de ces sous-objectifs peut lui même être éclaté en plusieurs sous-sous-objectifs. Le processus de dissociation s'arrête précisément au moment où chaque sous-sous-objectifs est mesurable de façon homogène.

Les modèles mixtes tentant d'arbitrer avec des dosages différents entre rationalité substantielle et rationalité procédurale pose donc comme principe que le problème de l'intégration de l'économie et de l'environnement ne peut se résoudre que sur des modalités multidimensionnelles. Il est notable que ces modèles restent relativement abstraits et globaux, oublient le concret et le local ; et ont des difficultés à traiter ce que nous avons appelé le critère politique.

Leur caractère procédural en est affecté : peu de méthodes, peu de méthodologies, d'outils analytiques concrets qui permettent de loger la rationalité dans la procédure de résolution des problèmes environnementaux, l'univers de la décision, espace privilégie d'épanouissement de la rationalité procédurale et de l'action, n'est pas véritablement pénétré.

Les deux modèles qui vont suivre sont peut être les seuls réellement procéduraux. Ils réalisent une articulation plus équilibrée entre les trois logiques. Ils se complètent d'ailleurs remarquablement.

II.3. Les modèles procèduraux

L'éco-développement et la gestion patrimoniale, sont réellement procéduraux et l'articulation des trois logiques (politique, économique, écologique) y est la plus équilibrée.

II.3.1. L'Éco-développement

La prise de conscience des effets de la pollution auxquels donne lieu la croissance économique ne date pas d'aujourd'hui. Les problèmes de la pollution ont déjà fait l'objet d'une première vague de réflexion dés la fin des années soixante. Cette prise de conscience a donné lieu au concept d'Éco-développement conçu comme une nouvelle approche du développement, fondée sur la satisfaction des besoins endogènes avec respect  de l'environnement. Ce modèle est la problématique la plus globale en matière de développement durable.

I. SACHS192(*) donne au concept des fondements philosophiques et éthiques. Selon ce modèle l'homme n'a pas seulement des besoins matériels, il a des besoins non matériels qui doivent être pris en compte : ils comprennent le libre à la culture, la possibilité d'exercer une activité créatrice dans un environnement de travail approprié, la convivialité et une participation active à la conduite des affaires publiques.. la relation homme/nature est fondamentalement positive : « la nature est un jardin qu'il faut cultiver en développant les facultés créatrices de l'homme».

Selon I. SACHS, « l'écodéveloppement est un développement des populations par elles-mêmes, utilisant au mieux les ressources naturelles, s'adaptant à un environnement qu'elles transforment sans le détruire [...] C'est le développement lui-même, tout entier, qui doit être imprégné, motivé, soutenu par la recherche d'un équilibre dynamique entre la vie et les activités collectives des groupes humains et le contexte spatio-temporel de leur implantation. » 193(*)

Cette durabilité sociale, économique, écologique, spatiale et culturelle, comme I. SACHS194(*) la désigne désormais, est assurée par la prise en compte de trois dimensions essentielles à ce qu'est un développement des sociétés :

1) L'autonomie des décisions  et la recherche de modèles de développement endogènes propres à chaque contexte historique, culturel et écologique. Les populations doivent définir leurs besoins de manière autonome. Il leur faut explorer des « styles de développement », comme l'explique I. Sachs, des « styles de vie » 195(*) compatibles avec le contexte culturel, institutionnel et écologique qui est le leur. Cela suppose la mise en place de stratégies de transition, qui devraient s'étaler sur trois ou quatre décennies, en tenant d'agir à la fois sur la demande et sur l'offre de biens e de services ;

2) La prise en charge équitable des besoins de tous les hommes et de chaque homme, des besoins matériels et immatériels, à commencer par celui de se réaliser à travers une existence qui ait un sens, qui soit un projet; ce qui suppose aussi une solidarité diachronique avec les générations futures et une solidarité synchronique avec la génération présente ;

3) La prudence écologique, c'est-à-dire la recherche d'un développement en harmonie avec la nature. « L'échelle de l'intervention humaine de la nature, a atteint aujourd'hui des proportions suffisamment dangereuses pour la prudence écologique devienne la règle »196(*). Il y a là une idée qui préfigure ce que l'on désigne désormais comme le principe de précaution.

La mise en cohérence de ces différentes exigences doit être assurée par un planificateur. L'écodéveloppement, déclare I. SACHS, n'est rien d'autre que la sensibilisation du planificateur à la double dimension de l'écologie et de l'anthropologie culturelle »197(*). Il s'agit d'une « planification participative »198(*), qui doit permettre un rééquilibrage des pouvoirs entre le marché, l'Etat et la société civile, au profit de cette dernière. Comme le note O. GODARD, « le planificateur apparaît davantage comme un animateur, un fédérateur, un négociateur, un innovateur qu'un décideur s'appuyant sur les modèles des experts et sur les résultats de leurs calculs économiques »199(*). Un rôle tout particulier dans cette dynamique est dévolu à la technique, laquelle doit être adaptée et sélectionnée aussi bien à partir des savoirs et savoir-faire locaux que des connaissances occidentales les plus sophistiquées.

Le modèle se constitue dans le cadre d'une rationalité procédurale : « L'Eco-développement n'est pas une doctrine, ni encore moins un ensemble de prescriptions rigides. Ils s'agit d'un outil heuristique qui permet au planificateur et au décideur d'aborder la problématique du développement dans une perspective plus large moyennant une double ouverture sur l'écologie naturelle et l'écologie culturelle»200(*).

C'est la technique selon I. SACHS qui concentre toutes les vertus procédurales : c'est à ce niveau que peuvent se concilier les différentes logiques économiques, sociales et écologiques.

Toujours selon I. SACHS : « au coeur du développement, il y a un autre modèle de développement incorporant la liberté des générations à venir » nous devons apprendre à vivre avec plusieurs échelles de temps, sans abandonner la nôtre, c'est très difficile ; si l'adjectif définit des modalités, le développement est le concept central qui organise l'ensemble des activités humaines, c'est un concept pluridimensionnel : il n'existe pas sans coordination des décisions économiques, financières, sociales et environnementales. Ainsi, il appelle à une redéfinition des finalités d'abord, à une recherche d'autres modalités en suite. On pourrait reprendre cette formule : « développer, c'est construire une civilisation de l'être dans le partage équitable de l'avoir».

Aussi, I. SACHS souligne les difficultés entre les pays du Nord et du Sud, c'est le partage des responsabilités dans l'espace qui est la source de ces difficultés. Le Nord insiste sur les risques environnementaux globaux et sur la responsabilité partagée imposées sous prétexte des dommages causés à l'environnement à l'économie du Sud, criblée de dettes et privée de ressources, pendant que le Nord poursuit son modèle de vie sans soucier de l'environnement.

L'éco-développement n'est pas un simple style technologique. L'intégration des objectifs environnementaux ne peut être atteinte que par une redéfinition, dans le système économique, des structures de la demande en même temps que des modalités d'offre. une série de variables spatiales, temporelles, culturelles, interdépendantes doivent alors être simultanément modifiées dans la société.

II.3.2. La gestion patrimoniale 201(*)

Le modèle de la gestion patrimoniale n'est pas sur le même plan conceptuel que les autres modèles. Il ne porte pas en effet à proprement parler sur le développement. Ce modèle est le produit d'une recherche commune d'universitaires, de consultants en environnement, de techniciens du ministère de l'environnement, son but premier est d'articuler une grille conceptuelle et un ensemble d'outils opérationnels provenant de plusieurs champs disciplinaires afin de gérer à long terme les milieux naturels.

Or, la portée de ses concepts centraux (patrimoine et éco-socio-système) et la richesse opérationnelle de méthodologie des procédures qu'il met en place (l'approche système-acteur, les outils économiques et écologiques) donnent à ce modèle de la gestion patrimoniale une grande envergure potentielle. L'approche est nettement liée au niveau local (décentralisé). Mais si, dans sa forme actuelle, elle ne peut pas accéder à un échelon spatial supérieur, il nous semble néanmoins qu'elle constitue le fondement prometteur, le premier étage spatial local d'un modèle global de développement soutenable.

Ce modèle semble en effet apporter une contribution importante, selon nous, là où les autres échouent plus ou moins : trouver un langage formel commun pour articuler les logiques écologiques, économiques et éthiques, culturelles... mais ce langage n'est ni l'énergie, ni la monnaie (ou tout autre étalon), c'est le langage construit au cours d'une procédure , la fréquentation micro-politique organisée, la négociation inter-acteurs gérée de façon méthodique avec des outils conceptuels.

L'objectif est que la logique politique réconcilie (sous la forme de compromis acceptables) les rationalités écologiques et économiques, et les représentations sociales, culturelles, étatiques qui sous tendent les rapports inter-acteurs.

Quatre rubriques fondamentaux caractérisent l'approche patrimoniale :

1) L'épistémologie systématique (fonde l'approche)

Nous pouvons définir l'épistémologie systématique comme un ensemble de méthodes de formalisation et d'analyses des problèmes perçus comme complexes, à des fins d'intervention202(*). Mais il y a deux conceptions de la systématique : celle des « réalistes» pour qui les systèmes observés sont constitutifs de l'objet lui même, et celle des « constructivistes relativistes» qui pensent que l'information sur la réalité ne préexiste pas à l'acte d'observer, elle est générée par la rencontre d'un objet et d'un sujet de connaissance.

Nous ne voyons donc pas la réalité, mais une image structurée par nos catégories de représentation. Elle est la clef épistémologique de l'ensemble du modèle.

2) Patrimoine et éco-socio-système (structure l'approche)

Les deux notions sont deux versants de la réalité « milieu naturel», « espace ou milieu de vie», vue sous deux angles différents.

Selon E. TORRES l'éco-socio-système,  « est l'ensemble des relations existant à propos de la gestion d'une ressource naturelle (nous préférons à propos d'un espace, d'un territoire donné et donc du développement économique et social qui le transforme) »203(*).

Cet ensemble comprend :

- les relations que les facteurs écologiques qui conditionnent l'évolution du milieu naturel,

- les relations que les acteurs sociaux qui sont parties prenantes dans l'aménagement et la transformation de l'espace considéré notamment dans le cadre d'activités économiques, ont eux à l'occasion de la gestion de cette ressource et du développement du territoire qu'ils habitent,

- et enfin, les relations que les acteurs sociaux ont avec les divers facteurs du milieu.

Initialement, une telle définition met en relation deux pôles : la nature et le social. En général, le système social contient le sous-système économique dont le rôle dans l'évolution de l'éco-socio-système est souvent décisif.

E. TORRES propose une première définition de la notion de patrimoine , « le patrimoine est une construction sociale complexe qui n'est immédiatement apparente, y compris aux titulaires eux-mêmes. Déterminer les trajectoires possibles d'un « développement patrimonial » et les modalités éventuelles de sa mise en oeuvre appelle donc un premier travail de repérage et de construction du patrimoine. »204(*)

L'analyse patrimoniale se fonde, comme son nom l'indique, sur le concept de patrimoine. Celui-ci est traité, non pas en tant qu'objet isolé des acteurs avec lesquels il entre en relation, mais comme sujet d'une relation identitaire et symbolique qui le lie à ces acteurs. C'est ainsi que, toujours selon E. TORRES, il s'agit de comprendre les formes d'appropriation sociale et symbolique de l'espace et des objets qu'il supporte.

Le patrimoine est donc une construction sociale dépendant des systèmes de valeur. H. OLLAGNON définit le patrimoine comme suit : « un patrimoine est un ensemble d'éléments matériels et immatériels qui concourent à sauvegarder l'autonomie et l'identité de leur titulaire et son adaptation au cours du temps dans un univers variant »205(*).

Le patrimoine recoupe trois types de biens : biens privés, biens publics et bien communs. Chacun de ces biens a un ou plusieurs titulaires, souvent différents ; ils appellent des modes de gestion différents. La gestion en bien commun est la gestion patrimoniale par excellence.

A partir de ce couple de concepts articulés (éco-socio-système et patrimoine), on pourra définir ce qui relève d'un développement soutenable local ou encore d'un éco- développement local. Le développement économique et social d'un territoire remarquable par une certaine unité « éco-socio-systèmatique» sera considéré comme patrimonial suivant sa capacité à développer l'identité et l'autonomie des titulaires du bien commun « milieu de vie».

4) L'approche système-acteur  

Elle constitue une branche de la systématique qui propose des méthodes spécialisées pour le diagnostic et l'intervention au sein des organisations humaines.

5) La négociation patrimoniale et ses outils 

 

Elle est la finalité de l'approche patrimoniale. Elle concentre toute l'originalité de l'approche patrimoniale par rapport aux autre modèles de développement soutenable. L'idée est de livrer le processus d'intégration du développement économique et de son milieu naturel au jeu des acteurs ; mais cela sous contrôle et en alimentant judicieusement le jeu en matière, en règles, en outils. C'est le rôle du négociateur patrimonial. Cette négociation est donc la condition de l'instauration d'une relation patrimoniale entre la société locale et l'état du milieu local ; chaque acteur doit non seulement assumer et faire vivre la relation qui lie directement son comportement à la qualité du milieu et au cadre de vie mais encore contrôler cette qualité du milieu et celle de la gestion qui en est faite par la société.

Les outils techniques mobilisés durant la négociation sont innombrables : graphique, statistiques, cartes, maquettes, procédures diverses : analyse coût-avantage, analyse multicritères, enquêtes, etc., ils constituent de véritables objets patrimoniaux dont on attend qu'ils cristallisent progressivement autour d'eux le consensus, intégrant ainsi les différents systèmes de légitimité qu'ils objectivent.

Nous avons qualifié de dérive théorique la volonté de chacun des grands paradigmes d'adapter le concept de développement durable à leur propre vision du monde. Le paradoxe est donc d'accentuer le flou, le caractère imprécis qui émane de la notion du développement durable en développant des théories aux approches exclusives et parfois antinomiques. En outre, chacune de ces interprétations de la durabilité n'est pas exempte de limites, qu'elles soient internes ou externes aux modèles.

En fait, aucune des approches ne détient de vérité absolue sur le concept mais seulement une interprétation possible, c'est pourquoi, il est plus juste de parle de problématique du développement durable.

Section III. L'irruption du développement durable dans le développement local.

Cette section étudiera dans quelle mesure un développement durable être mené au niveau local, sachant que ce concept a émergé au niveau global et propose donc des stratégies globales. Or ces stratégies globales ont plus ou moins échoué alors que dans le même temps des actions au niveau local sur des projets précis donnent des résultats positifs.

Loin d'opposer global et local, notre hypothèse est que le développement durable ne peut que résulter d'une articulation correctement pensée entre les échelles décisionnelles, temporelles et spatiales, articulation reposant fondamentalement sur le jeu des acteurs. C'est dans ce cadre que nous présenterons au cours d'un premier paragraphe, le développement local : définitions et objectifs. Puis dans le second paragraphe, nous étudierons le lien entre le développement local et le développement durable.

III.1. Le concept de développement local

Ce premier paragraphe vise à montrer à travers un essai de définition, un bref exposé d'objectifs, ce que recouvre exactement, dans toute sa complexité, le concept de développement local, et en quoi son fonctionnement peut être un enjeu important lutter contre les inégalités entre les territoires et pour créer une dynamique locale.

Dans un premier temps, quelques définitions concernant le développement local seront posées, puis nous reviendrons plus en détail sur la notion de l'espace vécu, ainsi que sur les objectifs de développement local.

III.1.1. Autour du développement local

L'étude du développement local, est devenue un fait de société. Selon P. HOUEE206(*), cette notion est présentée comme une alternative possible à certains méfaits de la mondialisation.

Le développement local se traduit par le refus de la fatalité, du déclin et de la domination. C'est donc au moment de la remise en cause du pouvoir central que la question du développement local commence à apparaître. Le développement local, « par le bas », est devenu un concept incontournable aussi bien en économie régionale qu'en politique.

Le nouveau paradigme du développement local préconise le remplacement, ou du moins la pondération, du développement « par le haut » géré par l'Etat, et la nécessité d'articuler finement le local et le global dans une dynamique d' « industrialisation sans fracture ». la densité des relations entre les acteurs locaux (décideurs locaux, entreprises, universités, collectivités territoriales, syndicats, etc.) a permis de croire en la capacité du territoire de jouer un rôle déterminant dans la compétitivité des activités économiques. Le slogan « vivre et travailler au pays » est un des précurseurs de cette nouvelle conception du développement207(*).

D'après P. AYDALOT 208(*), il existe quatre grandes conceptions qui s'opposent pour analyser le développement régional : la théorie de la base209(*), la notion de pôle de croissance210(*), le développement inégal211(*) et le développement régional (dit également endogène, autocentré ou local). Ce dernier, fondé sur les dynamiques du milieu local, est particulièrement intéressant. Cependant, il faut bien admettre, à la suite de P. AYDALOT, que « les idées relatives au développement autocentré se présentent davantage comme une nébuleuse rassemblant des apports venant d'horizons très divers que comme une théorie au contenu scientifique indiscutable ».212(*)

A l'origine, les idées relatives au développement local se sont développés rapidement en tant que réponse au changement des conditions économiques. On assiste en effet dans les années 1980 à la crise d'un modèle de développement fondé sur la grande échelle, la négation des attaches spatiales des phénomènes économiques et le gaspillage des ressources naturelles.

Dans ce sens, le développement ne peut plus être un processus de diffusion d'une croissance issue d'un « centre » puisque la croissance y a pris fin. La croissance et le développement doivent venir des territoires eux-mêmes. C'est alors que le développement local se révèle être un nouveau paradigme du développement : le développement territorial s'oppose au développement fonctionnel. Les comportements des acteurs économiques y répondent en général à deux impératifs. La dynamique centrifuge met en avant l'impératif de dispersion des activités, c'est la base même de la division du travail. La dynamique centripète répond à l'impératif de localisation, c'est elle qui l'emporte dans le processus de développement local.

En effet, un territoire peut, par un cheminement organisationnel, créer les bases de son propre de son propre développement. Ainsi, il n'attend pas que l'extérieur lui en fournisse les conditions comme c'était le cas pour la théorie de la base : il en forge lui-même les modalités.

D'après X. GREFFE, « le développement local est un processus de diversification et d'enrichissement des activités économiques et sociales sur un territoire à partir de la mobilisation et de la coordination de ses ressources et de ses énergies. Il sera donc le produit des efforts de sa population, il mettra en cause l'existence d'un projet de développement intégrant ses composantes économiques, sociales et culturelles, il fera d'un espace de contiguïté un espace de solidarité active ».213(*)

C'est pourquoi les préceptes du développement local, au même titre que le néo-institutionnalisme, sont avant tout l'expression d'une critique envers une économie composée d'agents indépendants, analysant les phénomènes d'un point de vue purement quantitatif et a-territorial, c'est-à-dire sans accorder d'importance aux influences provenant du milieu.

Pour B. PECQUEUR, la notion de territoire ne peut se départir d'une volonté de développement local. Dans l'introduction de son livre du même nom, il affirme :

«  ni mode, ni modèle, le développement local est une dynamique qui met en évidence l'efficacité des relations non exclusivement marchandes entre les hommes pour valoriser les richesses dont ils disposent ».214(*)

Ces relations non exclusivement marchands reposent sur la participation d'acteurs locaux, sur leur prise de conscience de la nécessité de fonctionner en réseaux qui, peut favoriser la production de compromis autour des enjeux liés à la revitalisation et à la viabilité du développement. D.-G. TREMPLAY et J.-M. FONTAN citent des auteurs québécois, CHASSAGNE et ROMEFORT215(*), pour qui les enjeux du développement endogène sont globaux dans le sens où ils relèvent à la fois :

- de l'économique : c'est-à-dire la valorisation des ressources locales à partir d'innovations sur les produits ou concernant les marchés, les procès et les formes d'organisation ;

- du social : il met en avant les notions de partenariat local, de négociation, d'apprentissage de nouvelles relations d'acteurs ;

- du culturel : puisqu'il est censé induire la volonté d'initiative, le solidarité locale, au double niveau de l'individu et du groupe.

Cette conception peut paraître bien utopique, c'est pourquoi il faut y mettre un bémol. Le développement local n'est nullement une solution miracle, une panacée qui fonctionne en tout lieu et qui produit automatiquement un développement de qualité. C'est pourquoi le développement local sera différencié du concept de développement par le bas qui paraît par trop marqué par des idéologies politiques ou philosophiques.

Selon X. GREFFE, le développement local se différencie du développement par le bas dans le sens où ce dernier ne prendrait aucunement compte de ce qui se passe en dehors de son territoire. Il amènerait le territoire à mener une stratégie de développement qui exclurait toute réflexion d'ensemble ou toute harmonisation avec le milieu dans lequel se trouve le territoire. Au contraire, ce qu'il appelle développement local mène à la prise en considération d'un certain nombre d'objectifs et de contraintes générales lors de l'élaboration de projets locaux.

Le développement local possède un certain nombre de caractéristiques qui permettent de le définir d'une façon idéale et qui méritent d'être présentées avec précision. Il ne faut pas en déduire que chaque territoire doit se conformer scrupuleusement à la liste qui va suivre, cela remettrait en cause notre refus de toute méthodologie universelle. Dans l'optique de notre démonstration, il s'agit simplement de parfaire la définition du développement local, de mieux le cerner de façon concrète.

III.1.2. Le territoire, un espace vécu

Un territoire ne se traduit pas au territoire économique. Il est aussi, fondamentalement, un construit historique. Il est non seulement un espace économique, mais aussi un espace écologique, juridique et un espace vécu216(*).

Le développement local est avant tout un développement territorial. Il se base sur un « espace vécu », c'est-à-dire un espace actif qui dépasse en quelque sorte la somme de ses composantes. Celles-ci sont représentées notamment par une identité culturelle, un système de valeurs communes qui créent des interactions et des effets de synergie. Ce sont des espaces où, en général, la contiguïté a débouché sur une solidarité : selon les termes de P. AYDALOT « donner aux « milieux » le rôle essentiel, c'est faire du « territoire » la source du développement »217(*).

De ce fait, nous devons considérer le territoire comme un objet spatial qui dépasse le simple concept de surface, et non le réduire à l'expression étendue neutre sur laquelle se déroulent les fonctions économiques, il n'est pas qu'un lieu plus ou moins bien pourvu en dotations initiales de facteurs. Le territoire ne saurait donc être considéré comme une « boîte noire », un simple stock ou réservoir de ressources disponibles pour chaque Etat218(*).

Le territoire est clairement le produit d'une proximité géographique et culturelle résultant du partage d'une convention socialisant les individus selon une dynamique d'apprentissage219(*), où chaque acteur se reconnaît et peut avoir un sentiment d'appartenance à partager avec d'autres (famille, clan, milieu professionnel, espace d'habitudes et de rites communs, etc.).

Ce cadre est défini par un cadre cognitif au sein duquel se réalisent des phénomènes d'apprentissage collectif qui s'appuient sur la valorisation des savoir-faire locaux, la circulation de l'information sur les technologies et les marchés, le partage de connaissances tacites, le développement de réseaux de coopération.

Notons que cette dynamique est également prise en compte par H. ZAOUAL 220(*) dans sa perspective évolutionniste des sites puisque, selon lui, sous l'effet de contradictions et de forces internes et externes, les sites peuvent se dévitaliser ou se métamorphoser, disparaître ou renaître.

Il est important de rappeler que les acteurs modèlent le territoire et, qu'en retour, ils sont, en partie, influencés par son système de représentations. Ils font partiellement l'objet d'influences multiples qui parfois les amènent à considérer autrement leur localité, à provoquer une bifurcation dans l'histoire de celle-ci. C'est à ce prix que la région peut innover. De fait, le rôle actif des acteurs est au centre du développement local : c'est en fonction de « l'inégalité effervescence du jeu d'acteurs »221(*), que se troue modulée la capacité d'action, l'ampleur donnée aux initiatives locales et à leur coordination.

Souvent, le développement local est considéré comme un développement communautaire, dans le sens où les acteurs s'attacheraient à résoudre les problèmes communs en agissant chacun selon sa place et sa responsabilité.

L'existence d'une synergie entre territoire et développement et la considération du milieu, comme une variable active et viable pour le développement, soulignent que le point crucial réside dans la capacité de contrôle du processus de transformation par les acteurs locaux.

D'ailleurs, la prise de conscience de l'inefficacité des politiques traditionnelles pour redresser la situation des territoires en difficulté a donné naissance à une démarche complémentaire : le développement local. Cette démarche est une réponse de solidarité contre une agression violente qui, si elle n'est pas enrayée, mènera tout droit à l'exclusion222(*).

III.1.3. Les objectifs de développement local

Les objectifs du développement local sont nombreux. Ils reposent sur la coordination et la coopération entre les acteurs.

Le développement local, c'est remembrer le tissu social, revitaliser la démocratie et réformer et recentrer l'état sur ses missions fondamentales.

Après avoir montré que le développement local a pour objectif principal de revitaliser les régions, il sera intéressant, ensuite, de faire le lien entre le développement local et la théorie des sites.

a) Revitaliser les collectivités

Le développement local vise à montrer que la volonté d'optimiser la croissance économique produit de nombreux effets négatifs. Elle entraîne le déclin de certaines régions qui n'arrivent pas à se soumettre aux impératifs du système macro-économique.

Ce système pose en effet des problèmes que ne pourront résoudre toutes les collectivités, tous les territoires et tous les individus. Si on a cru que ce modèle pouvait être universel, il faut se rendre à l'évidence qu'il présente beaucoup de lacunes. Avec le renouveau de la politique d'aménagement du territoire, on assiste à une remise en cause de ce système et, au contraire, à l'émergence d'initiatives locales.

Le développement local vise à montrer que le potentiel d'un territoire n'est pas de se conformer à la règle ou à un modèle. C'est au contraire son aptitude à promouvoir une dynamique de société locale. Les collectivités marginalisées doivent prendre des initiatives locales. Les collectivités ne doivent plus être assujetties à des objectifs de production pour le profit n'attachant aucune valeur à la collectivité ni à l'environnement. Les activités micro-économiques préconisées par le développement local doivent être reliées dans un système articulé autour de la réalité locale.

Le défi du développement local consiste à dépasser les impératifs de la croissance économique. Il favorise la création d'activités novatrices à travers un projet collectif de croissance et d'épanouissement. En effet, le développement local est un processus dynamique, ouvert, alimenté sur des attitudes et des comportements axés sur l'action, plutôt qu'un ensemble de procédures prédéterminées dans une structure fermée.

Le développement local n'est pas un modèle homogène, au contraire, il recèle des idées divergentes qui seront à l'origine de concertation.

La concertation et le développement sont indissociables. En effet, le développement est un projet qui repose essentiellement sur la participation des citoyens, d'où le rapprochement avec le renouveau de la sociologie économique. Le développement local aborde la question du développement social, humain, économique et technique. C'est un processus dans lequel l'homme revêt plus d'importance que la production de biens et services exclusivement marchands.

Le développement local est une stratégie qui insère les individus dans des projets de développement collectif. L'objectif de cette insertion, est d'intégrer les acteurs dans les stratégies de développement. De cette manière ils se sentiront impliqués et ils favoriseront la mise en oeuvre du projet. Pour cela, les pratiques du développement local supposent le sentiment d'appartenance à un territoire.

En effet, vouloir insérer des individus dans des projets qui leur sont inconnus conduit inévitablement à la faillite. Les projets locaux doivent donc être confiées à des personnes qui résident dans la collectivité à laquelle elles appartiennent. Le développement s'appuie sur une force endogène. L'acteur est mis au centre du développement. Ainsi, l'objectif du développement local est que chaque collectivité puisse assurer son développement par elle-même.

En analysant les objectifs du développement local, nous pouvons remarquer plusieurs similitudes avec la théorie des sites énoncée par H. ZAOUAL223(*).

b) Lien entre le développement local et la théorie des sites symboliques

Comme la théorie des sites le postule et le démontre, les stratégies de développement local doivent prendre en compte la qualité des milieux naturels, des équipements, ainsi que les croyances et les richesses patrimoniales du milieu local. La théorie des sites réhabilite la multiplicité et l'importance de la diversité dans la vie économique.

La notion de site symbolique construite par H. ZAOUAL met en évidence l'importance que joue le rôle des croyances et des cultures dans le développement économique.

On sous estime trop souvent l'importance pourtant capitale de l' souvent l'importance pourtant capitale de l'identité culturelle dans le processus de développement. La culture représente « l'ensemble des comportements, des savoirs, des relations qui modèlent une société et sur lesquels est fondé le sentiment d'appartenance ». On rejoint là, la problématique du développement local avec la nécessité d'un développement endogène, en coordination avec les acteurs locaux du développement et la population. Ce qui montre ainsi l'importance de la notion d'espace vécu, de culture commune qui détermine la cohésion du site (H. ZAOUAL).

Le tourisme est également au coeur de cette problématique. Comme le souligne B. Beau224(*), la tendance actuelle est principalement axée sur un engagement direct des acteurs locaux dans les opérations touristiques.

Les pratiques du développement local supposent l'identification à un espace et l'appropriation de celui-ci, elles sont donc profondément ancrées dans un territoire. Comme le fait remarquer H. ZAOUAL, l'homme est un « animal territorial » qui a besoin de se situer dans le temps et dans l'espace. Cette expression montre que l'homme a besoin de repères pour se situer. L'ancrage territorial est donc très important. Les activités ne doivent pas s'appuyer sur un espace uniforme mais sur un territoire ayant une culture spécifique. Les actions de développement sont donc reliées à des personnes dont les façons d'être, de voir, de concevoir et d'agir relèvent de la collectivité à laquelle elles appartiennent.

Les principes dont s'inspire le développement local et la théorie des sites soulignent l'importance de l'ancrage territorial. L'acteur ne doit pas être séparé de son cadre traditionnel. Son identité est déterminante. Il agira selon ses croyances et sa culture. Dans le cas du tourisme, il est essentiel d'analyser le site avant d'envisager un développement touristique. De plus, la coordination entre les acteurs est indispensable pour assurer une cohésion sociale et un développement efficace. Le site est avant tout un espace de coopération qui remet en cause les conceptions rationnelles de ombreuses institutions.

Dans le cadre de la théorie des sites et du développement local, il existe une multiplicité de développement qui dépend de l'acteur et du site. Il y a donc autant de formes de développement qu'il y a de sites différents.

H. ZAOUAL démontre qu'il est indispensable de prendre en considération les diversités pour aboutir à une croissance économique. Il souligne ainsi les limites de l'économisme en insistant sur l'aspect uniformiste et réductionniste de cette approche.

Comme la théorie des sites, le développement local s'oppose à la mise en place d'un modèle de développement. L'idée d'imposer un paradigme unique reviendrait à uniformiser les collectivités et les sociétés. D'ailleurs, l'exemple des pays du sud montre que le parachutage d'un modèle ne fonctionne pas. Le paradigme n'est donc pas accepté au sein du site. Notre mode de développement n'est pas reproductible à l'ensemble de la planète.

L'analyse des effets du développement transposé a montré que la croissance n'est qu'un moyen pour servir le développement humain. La volonté d'optimiser la croissance économique en imposant un paradigme de développement a montré ses limites.

H. ZAOUAL montre que le développement ne doit pas se tourner vers « un idéalisme économique ». il doit au contraire s'adapter à la réalité locale de chaque site225(*).

Les fondements de la théorie des sites paraissent donc indispensables pour appréhender le développement d'un milieu quelconque.

III.2. Le développement local durable

III.2.1. La pertinence du local pour le développement durable

III.2.1.1. La fragilité des accords internationaux

La recherche d'un accord reste le leitmotive de toute négociation portant sur les problèmes environnementaux globaux, c'est-à-dire des problèmes affectant des régions entières du globe ou même tous les pays de la planète.

Or, le patrimoine naturel et le niveau des revenus sont très différents d'un pays à l'autre. Il est donc difficile de formuler des principes universels permettant de maîtriser l'impact de l'activité économique sur l'environnement.

Certes, des accords ont été signés sur tel ou tel problème (réduction de CFC, protocole de Montréal en 1987, la convention de Bâle en 1989 sur les déchets toxiques, convention de Vienne en 1985 sur la couche d'ozone...), mais tous les pays ne les ont pas ratifiés. Ainsi, les résultats sont souvent fragiles et inégaux. Ils dépendent en premier lieu du niveau de développement économique d'un pays et en second lieu de ce qu'on appeler la conscience écologique des Etats, laquelle est inégalement répartie entre le Nord et le Sud.

Les obstacles à l'instauration de nouvelles règles internationales, sont nombreux et importants.

Le premier est dû aux inégalités de développement entre les Etats dits du Nord et ceux du Sud. Les seconds, ne font que refaire avec retard ce que les pays développés ont déjà fait et continuent de faire, ils observent que ce sont les pays industrialisés qui ont compromis, par l'accumulation de leur pollution, les capacités d'autorégulation de l'environnement global. Au nom de leur « droit au développement », ils suspectent les pays riches de vouloir aujourd'hui entraver leur propre essor industriel sous le prétexte d'écologisme.

Le deuxième obstacle majeur n'est pas seulement localisé dans les pays en voie de développement. Il affecte à des degrés divers tous les Etats, puisqu'il s'agit précisément de l'obstacle naturel des souveraineté.

L'ampleur et la gravité de la tâche a accomplir nécessiterait en bonne logique une concertation des pouvoirs de planification ou, d'orientation des politiques de développement et d'exploitation des ressources naturelles entre les mains d'une autorité mondiale.

Le troisième obstacle tient a l'actuelle dispersion des responsabilités, à l'échelle des institutions internationales existantes, en matière de protection de l'environnement (ONU, FAO, L'UNESCO...).

Enfin, il est très difficile de mener une politique de protection de l'environnement au niveau international vu le nombre d'acteurs dont il faut coordonner le comportement.

La théorie économique de l'environnement propose une détermination simultanée des objectifs à poursuivre et des moyens pour les atteindre (taxation pigouvinne, normes optimales, marché de droit). Mais cette possibilité suppose que les agents disposent d'une information parfaite tant sur les technologies disponibles que sur l'ensemble des préférences relatives à l'état de l'environnement.

Or, dans le cas des risques globaux compte tenu des rigidités existantes, des incertitudes et controverses sur les enjeux, tout accord portera en pratique soit sur les objectifs à atteindre par pays soit sur des mécanismes d'incitation conçus comme règles du jeu, mais sans garantie d'objectifs la difficulté réside dans le fait de trouver une politique harmonieuse de protection de l'environnement qui ne laisse aucun pays. Il faut donc trouver un juste milieu entre les avantages de l'harmonisation et ce d'une différenciation légitime des réglementations nationales et du niveau de développement économique.

Toutefois, il existe une solution que l'on constate dans les faits et qui est rarement abordée, celle de protection de l'environnement au niveau locale. Face aux déclarations de principe auxquelles aboutissent certaines conférences (à l'image du sommet de Rio), l'engagement local peut s'imposer comme une alternative.

III.2.1.2. Un retour nécessaire au local

Jusqu'ici comme nous avons pu le constater, le développement durable est perçu comme une stratégie du global. Le rapport Brundtland à l'origine du développement durable par du constat suivant : problèmes globaux, solutions globales.

Dans cette perspective le rapport privilégie donc deux outils : d'une part la coopération économique et financière ; d'autre part la réforme du cadre juridique international, notamment en renforçant et en élargissant la portée des conventions et accords internationaux existants dans le domaine du développement et de l'environnement. Cependant, par l'analyse économique , les domaines « d'externalité » favorisent les comportements de « free riders » : un pays pourra bénéficier d'accords internationaux visant à réduire les pollutions globales sans y participer lui même. Selon la théorie des jeux, les agents économiques sont conduits à profiter d'un bien collectif sans avoir à en supporter le prix. Dans le cadre qui nous intéresse un pays profite des avantages de la protection de l'environnement sans en supporter le moindre coût.

Autre éventualité : un pays volontaire à l'égard d'un schéma de développement durable pourrait voir ses efforts êtres ruinés du fait de la « non durabilité » des autres et perdre ainsi toutes incitation à la poursuite de cette politique.

De manière précise, en théorie des jeux, le « dilemme prisonnier » nous montre que si la coopération de tous conduit au meilleur résultat global, chaque pays a intérêt à ne pas coopérer quand les autres coopèrent. Mais au delà de ces considérations, la coopération est tout à fait opératoire dans certains cas et les différents accords le confirme. Ainsi, le développement durable a du mal à entrer dans les moeurs politico-économiques au niveau international, aussi ne faudrait il pas revenir à un niveau plus restreint pour son application.

En effet, la prise en compte de l'environnement au niveau local est aussi pertinent plus qu'au niveau global. Donc, bâtir une politique de développement durable n'a de sens qu'a un niveau proche des populations. En somme, la vision globale doit répondre à l'action locale.

A travers le développement local, de multiples actions de protection de l'environnement voient le jour au niveau des collectivisés locales qui interviennent de plus en plus au niveau économique dans les pays industriels notamment (gestion des déchets ménagés, initiative en faveur des entreprises de recyclages...). C'est pourquoi, il faut penser toute solution globale comme une somme de solutions inventées localement.

III.2.1.3. L'environnement dans les politiques locales : quel mode d'intégration ?

De plus en plus, les politiques locales prennent en compte l'environnement. Au niveau national, les problèmes d'environnement locaux relèvent de la compétence des pays. Ces derniers sont libres de mener les politiques d'environnement qu'ils souhaitent, qu'elles soient rigoureuses ou laxistes.

Les Etats sous l'impulsion d'institution internationales, sont les artisans privilégiés des normes, réglementations ou encore des taxes. Ils disposent aussi des pouvoirs de contrainte permettant d'appliquer les normes suer leur territoires respectifs.

Les Etats ont en main plusieurs moyens pour mener des politiques de protection de l'environnement. Les échelons intermédiaires ont, quant à eux, davantage un rôle incitateur vis-à-vis des acteurs locaux. Rôle incitatif économique, en aidant financièrement les entreprises pour alléger le coût de la durabilité, rôle incitatif d'ordre éthique en promouvant des actions de sensibilisation.

Cependant, l'émergence de la prise de conscience de la nécessité d'une diversité de réponses locales à un problème de nature globale entraîne une intervention de plus en plus importante au niveau locale.

L'une des interventions du niveau local qu'on a tendance à minimiser se trouve au niveau de la gestion des déchets. La problématique de la gestion des déchets des ménages représente un cas concret de mise en application des développement durable au niveau local.

Ainsi, en France, la liberté de choix est laissé aux collectivités locales quant à la collecte et le traitement des déchets ménagers. Mais les collectivités locales manque de moyens pour assurer une véritable politique d'environnement et donc mener une politique de développement local durable.

III.2.2. Le développement local durable : un concept incontournable

La prééminence du local dans le développement durable impose donc un nouveau concept : le développement local durable. Afin d'appréhender le développement durable dans toute sa dimension, nous exposerons tout d'abord le rôle des acteurs locaux et des institutions, et enfin croiser les exigences d'un développement durable local avec celle des agendas 21 locaux.

III.2.2.1. Le rôle des acteurs locaux et des institutions

Le développement local durable ne peut être réussi sans l'implication des acteurs et les relations interactives qu'ils peuvent mener quant à l'environnement.

L'une des clés de la réussite d'un développement durable, c'est sans conteste l'adhésion de la société civile, son enthousiasme, sa participation et son initiative. C'est d'ailleurs, ce que soulignent D.-G. TRMBLAY et J.-M. FONTAN226(*) : la mobilisation d'acteurs locaux est au coeur du processus de développement local. Il suppose une réelle mobilisation endogène des potentiels et des connaissances afin de générer une dynamique socio-économique. M. CUARESMA et B. PECQUEUR227(*) rappellent, en effet, que le risque est grand d'instrumentaliser le développement local en se cantonnant dans une pure logique d'équipement.

C'est pourquoi le développement local ne peut se limiter à une simple politique d'aménagement du territoire, même si cette dernière reste nécessaire afin d'éviter de trop grandes disparités de développement entre régions infra-nationales. Ces mêmes auteurs affirment également que, « le compromis maîtrisé, la synergie des personnes et des institutions et l'apprentissage collectif constituent des ressources autrement plus pérennes qu'un gisement de pétrole, une mine d'or ou une grande disponibilité en main d'oeuvre à bas salaire. ».228(*)

Le pouvoir d'attraction d'un territoire ne peut s'opérer que si celui-ci possède des acteurs locaux conscients des potentialités économiques et sociales territoriales et désireux de les développer. Dans ce cadre, E. GLON, D. PARIS et J.-P. RENARD proposent une définition de l'acteur au sens du développement local : « Un acteur est un individu qui se mobilise en fonction de ses compétences et d'un ancrage dans une réalité locale pour prendre des initiatives censées impulser le développement territorial au sens large. Ces actions peuvent concerner des domaines variés : économique, culturel, social, associatif, touristique, environnemental. ».229(*)

L'acteur en question n'agit pas seul et, selon son statut (élus, associatif, etc.) va solliciter ses réseaux. Ainsi, pour B. Pecqueur, le territoire peut se définir comme une portion d'espace habitée par des acteurs, il est façonné par les pratiques d'acteurs 230(*).

Il faut alors un outil qui permette aux membres du territoires aussi bien qu'à la population extérieure de reconnaître le territoire en tant que tel. Institution intercommunale en tant que révélateur, laboratoire local et élément de reconnaissance vis-à-vis de l'extérieur s'impose alors naturellement. Or, dans cette logique, ce sont les acteurs publics qui induisent le processus.

Les responsables locaux et leurs modes d'action sont des facteurs qui s'analysent à la fois au niveau de l'étendue des groupes impliqués et dans les manières de gouverner. En effet, les acteurs concernés par l'intercommunalité et le développement local regroupent une portion plus ou moins large de la population locale : il peut s'agir exclusivement des élus ou bien le projet peut impliquer des responsables associatifs ou socioprofessionnels. En général, les méthodes employés au sein de la structure intercommunale prolongent celles utilisées au niveau communal.

La coopération au sein d'une institution qu'elle soit communale ou intercommunale répond alors à deux phénomènes : la concertation entre acteurs et l'émergence de partenariats. La concertation consiste à s'entendre pour agir ensemble et réfléchir sur des modalités de réalisation d'une action conjointe. Le partenariat est une action partagée entre différents acteurs qui agissent selon une entente établie entre eux par la concertation. Ce processus ne doit pas être considéré comme mécanique : l'arrivée de nouveaux acteurs sur la scène intercommunale ou un conflit politique peuvent changer les modalités de la coopération, voire les détruire.

La concertation et le partenariat entrent tout à fait dans le cadre de la coopération entre communes. Cependant, cette adhésion ne peut être complète dans la réalité. En effet, il ne faut pas en déduire de suite que l'existence d'une volonté de concertation implique que les groupes en présence sont égaux et qu'ils auront la même influence sur les consensus qui se dégagent, ni même que la démarche répondra à des idéaux démocratiques. Souvent, les groupes qui y participent ne représentent pas l'ensemble de la société locale. La concertation peut améliorer la qualité de la vie démocratique locale, mais ce n'est pas nécessairement le cas.

Une autre catégorie d'acteurs peut également posséder un certain poids lors des négociations intercommunales : il s'agit d'une partie de la population regroupée sous le terme générique de leaders. Les leaders forment un groupe dont la population locale attend qu'il prenne des initiatives. Ces « notables » peuvent être des élus ou bien appartenir à une sorte de « hiérarchie de fait ».

On peut distinguer trois hiérarchies parallèles231(*), plus ou moins confondues selon les territoires, et dont la combinaison varie avec le temps. La hiérarchie officielle des mandats territoriaux implique les élus, depuis les parlementaires jusqu'aux élus municipaux.

La hiérarchie fonctionnelle des organismes intercommunaux regroupe différents acteurs de l'organigramme intercommunal.

Enfin, la hiérarchie sociale est composée des personnalités possédant une position particulière dans la société locale (les notables). De plus, l'autorité peut s'exercer dans divers domaines, c'est ainsi que l'on peut voir apparaître l'élu leader, le groupe-leader (groupe restreint responsable de la démarche intercommunale) ou le technicien-leader.

Ainsi, après avoir précisé les modalités pragmatiques du développement local, nous allons nous intéresser aux critères qui peuvent lui permettre d'obtenir le qualificatif « durable ».

III.2.2.2. Développement local durable et agendas 21 locaux

C'est lors de la conférence de Rio (3-4 juin 1992) que le programme de l'Action 21 fut élaboré. Celui-ci, sous le nom d'Agenda 21, s'est développé lors de la convention internationale sur les établissements humains ou « Habitat II » en 1996. il décline différents chapitre concernant l'application concrète des principes du développement durable.

Au niveau politique, l'Agenda 21 mise sur six principes 232(*).

Le premier a trait à la solidarité et à la lutte contre l'exclusion. Il est lié au respect de la dignité humaine, à son intégrité physique et morale mais également à la dégradation de l'environnement qui touche en première ligne les plus démunis, sachant que, simultanément, la pauvreté est elle-même source de dégradation de l'environnement.

Le deuxième principe tente de jeter un pont entre les niveaux global et local en mettant en exergue les impacts sur les phénomènes globaux de la superposition des décisions locales ; cette notion légitime la collectivité locale en tant qu'échelle de concrétisation des objectifs de développement durable.

Troisième principe, la transversalité et la multidisciplinarité succèdent à l'approche purement sectorielle des pollutions. Ainsi, le développement durable propose une approche systémique des problèmes posés, qu'il s'agisse d'urbanisme, de gestion des ressources en eau ou de traitement des déchets. Dans la pratique, il s'agit de prendre en compte la complexité et l'interdépendance des phénomènes et l'ensemble de impacts d'une décision dans l'espace et dans le temps. Il faut donc se doter d'outils techniques, économiques et politiques pour gérer les problèmes. Cette approche conduit à l'objectif du « multidividende ».

La participation de la société civile incarne le quatrième principe : le développement durable introduit la nécessité d'une concertation avec les grands groupes sociaux concernés, avant toute prise de décision engageant les populations et leur devenir.

Le cinquième principe concerne la nécessité pour les Etats de mettre en place des procédures d'évaluation des impacts, des coûts et des investissements, celles-ci permettant d'optimiser l'efficacité et la lisibilité par les citoyens des politiques publiques.

Enfin, le sixième principe introduit le concept de gouvernance. Celui-ci est emprunté aux analyses régulationnistes qui utilisent le concept de réseau pour qualifier la dimension spatiale d'une forme de régulation des rapports entre unités productives et la notion de gouvernance pour définir le mode de régulation de ces rapports, combinaison de hiérarchie, sous-traitance, partenariat, agences publiques u para-publiques. La gouvernance, dans le champs du développement durable, caractérise une procédure de décision alliant démocratie délégative (élective) et participative. Le partenariat privé/ public, les procédures contractuelles, la diffusion d'information entre les différents acteurs en sont les éléments principaux.

C'est en s'appuyant sur ces principes que le chapitre 28 « Initiatives des collectivités locales à l'appui d'action 21 » de l'Agenda 21 décrit les objectifs à atteindre au niveau local :

« Les problèmes abordés dans Action 21 qui procèdent des activités locales sont si nombreux que la participation et la coopération des collectivités à ce niveau seront un facteur déterminant pour atteindre les objectifs du programme. (...)[les collectivités locales] jouent, au niveau administratif le plus proche de la population, un rôle essentiel dans l'éducation, la mobilisation et la prise en compte des vues du public en faveur d'un développement durable »233(*).

Cette déclinaison locale du développement durable a pris le nom d' « Agenda 21 local ». Il s'est notamment nourri de la charte d'Aalborg en 1994, du Plan d'action de Lisbonne en 1996 ainsi que de l'Appel d'Hanovre en 1999-2000. L'Agenda 21 local constitue le plan de développement d'une collectivité (généralement une ville) pour le 21éme siècle. Il met en jeu trois grands groupes de préoccupations ainsi que les conditions de leur coexistence et de leur articulation.

Les agendas 21 locaux semblent, de ce fait, incarner les impératifs que H. ZAOUAL234(*) voudrait voir appliqués à la politique économique, c'est-à-dire qu'ils établissent une connexion entre la sphère social (qui contient les valeurs, les normes, les modalités de relations et de solidarité entre acteurs), la sphère économique (représentée par les impératifs d'efficacité des projets et des politiques de développement) et l'échelon local (c'est-à-dire la prise en compte des acteurs et des contingences locales).

Parmi les objectifs des Agendas 21 locaux énoncés à l'occasion de la charte d'Aalborg figurait notamment : « d'ici à 1996, la plupart des collectivités locales de tous les pays devraient mettre en place un mécanisme de consultation de la population et parvenir à un consensus sur un programme Action 21 à l'échelon de la collectivité. »235(*).

Cependant, ce but ne peut-il être atteint de façon informelle par une structure intercommunale, sans même faire référence à l'Agenda 21 ? finalement, le développement durable appliqué au local, que ce soit dans le cadre de l'Agenda 21 local ou pas, permet une nouvelle forme de gouvernance, c'est-à-dire un programme transversal conçu, négocié, appliqué et validé dans le cadre d'une concertation.

Or, il n'y a pas de développement local durable sans impulsion politique : l'implication politique des élus, et en premier lieu des maires, est incontournable. Les modes d'organisation qui en découlent doivent, dans ce cadre, prendre en compte à la fois les aspects environnementaux, sociaux et économiques des politiques.

Cela suppose un décloisonnement et donc un travail en commun pour lesquels la structure intercommunale constitue un cadre propice qui permet l'élaboration d'un état des lieux économique, social et environnemental et d'en déduire les objectifs à atteindre.

En outre, cette institution jouissant d'une certaine légitimité au yeux des citoyens, elle favorise leur mobilisation et leur appropriation du projet de territoire. Ces éléments constituent bien les fondements d'une action de développement durable local, au sens où l'entend le programme des Agendas 21 locaux.

Conclusion du chapitre : 

L'idée de développement est née de la croissance économique et du progrès social. Ce fut la grande affaire de la seconde moitié du XXe siècle jusqu'au moment où l'on sait rendu compte de l'impact négatif de certains de ses aspects, en particulier sur la réduction des inégalités, la protection de l'environnement, les incompréhensions culturelles et sociales entre les peuples.

Le développement destiné de ces errements, « nos modes de vie fondés sur l'usage prodigue de ressources non renouvelables grèvent le développement des générations futures et sacrifient les groupes sociaux les pus fragiles des sociétés contemporaines.»236(*)

Alors que la croissance est un concept quantitatif, le progrès et le progrès technique sont un changement d'état, le passage à un degré supérieur grâce aux avancées techniques ( le progrès est l'évolution de l'humanité vers un terme idéal). Le développement est un concept plus qualitatif que celui de croissance, outre l'économique, il inclut le progrès social, technique, culturel. Le concept de développement durable part de l'idée que la croissance à tout prix ne repose pas sur des notions éthiques. Le développement veut lier l'économique et le social. Le développement durable ou soutenable y ajoute l'environnement et l'éthique.

Les objectifs et les conditions de mise en oeuvre du développement durable le placent au coeur de la vie des sociétés, justifiant d'en faire un domaine pilote des relations de coopération internationale, en particulier entre pays développés et pays en développement, générateur de nouvelles solidarités pour rendre cohérentes les trajectoires socio-économiques des pays, en limiter les écarts et en éviter les ruptures.

Les objectifs de développement durable peuvent être atteints de diverses manières, mais il convient que tous les secteurs d'activité participent à l'effort. ainsi le tourisme doit, lui aussi, prendre en compte le développement durable. Nous sommes d'avis que le développement d'un tourisme durable, pour lequel de nombreuses solutions peuvent être avancées, peut résoudre le problème de déséquilibre entre ses effets sur l'économie, société et environnement. Après avoir défini les caractéristiques importantes du développement durable et l'avoir croisé avec les impératifs du développement local, il s'avère d'analyser la conjugaison du développement durable et le tourisme. Ce qui sera l'objectif du troisième chapitre de ce travail.

Chapitre III. Le tourisme durable : du concept à la réalité

Nous avons constaté tout au long de notre travail une évolution du concept de durabilité. D'abord, aucun acteur ou responsable, tant au niveau individuel que collectif, ne peut envisager une quelconque stratégie sans faire référence à sa « durabilité ». Le développement durable est au coeur de tous les discours officiels, et chaque jour, des experts, issus de toutes les disciplines, se réunissent pour en débattre. On peut donc légitimement s'interroger sur la place et le rôle du tourisme dans le développement durable.

Parallèlement, le concept d'environnement, sans perdre de son identité, a évolué en s'intégrant dans le concept plus large de développement durable. Pour autant, ces concepts ne sont pas identiques et font l'objet de nombreuses interprétations restrictives.

Ainsi, on peut considérer que le développement durable est le concept le plus global. C'est ainsi que le développement durable est, par certains de ses aspects, un concept marketing, ou plutôt qu'il doit nécessairement être pris en compte dans les stratégies marketing.

Pour rendre le concept de développement durable plus opérationnel, on associe souvent l'éthique à ses trois dimensions fondatrices : l'environnement, l'économique et le social. Mais l'éthique, concept politique, n'est pas une dimension universelle ; elle peut donner lieu à de nombreuses interprétations. Pour sortir de cette impasse, certains préfèrent dire que, plus qu'un concept, le développement durable est une démarche, une méthode de travail.

Le développement du tourisme durable237(*) substitue la notion de durabilité à celle d'efficacité. Dans cette perspective, il a une forte dimension politique. Ainsi, sans le support et les interventions des pouvoirs publics et des pouvoirs locaux, il n'y pas de développement durable possible.

A la fois objectif et démarche de travail, le tourisme durable fait avancer l'idée qu'il est de l'intérêt de tous de préserver l'avenir, et là n'est pas son moindre mérite.

Dans ce contexte, on assiste à l'apparition de termes qui tous mettent l'accent sur les rapports qu'il peut y avoir entre l'activité touristique et l'environnement naturel. On parle ainsi de tourisme vert, d'écotourisme, tourisme équitable, tourisme solidaire et responsable, de tourisme éthique, etc. Cette inflation verbale marque l'intérêt relativement nouveau que différents acteurs sociaux portent à la protection de la nature, en même temps que le besoin d'associer le tourisme à l'environnement dans le but de promouvoir des activités créatrices d'emplois et de revenus.

Le présent chapitre porte explicitement sur le concept de tourisme durable, ses définitions, ses enjeux et ses limites. Nous verrons d'abord ce qu'est la conception traditionnelle du tourisme durable, puis nous présenterons différentes définitions qui l'accompagnent, à savoir l'écotourisme, le tourisme solidaire et responsable et l'ethnotourisme.

Section I. Le tourisme durable : définitions, portée et limites

La pression écologiste avait favorisé l'adoption de quelques programmes internationaux prioritairement orientés vers la protection et la conservation des espaces ou des écosystèmes fragiles238(*). Toutefois, la prise en compte du tourisme dans les politiques de développement durable, au niveau mondial, demeure liée à la conférence de Rio.

Dès la Conférence internationale de Rio de Janeiro de 1992, consacrée au développement durable, le tourisme, traité pour la première fois à l'échelle mondiale, fut l'objet de nombreuses réflexions et colloques consacrés à définir le concept de tourisme durable. Ce furent surtout les sciences humaines et, plus précisément, les sociologues, les anthropologues et les ethnologues qui s'intéressèrent les premiers à l'interface tourisme/ durabilité. On trouve, au un premier rang, les sociologues anglo-saxons qui menèrent les premières recherches sur les impacts socioculturels du tourisme sur des populations traditionnelles des territoires d'accueil. Toutefois, l'école anglo-saxonne a plutôt intégré le tourisme dans le cadre plus large de la notion anglo-saxonne de « sustainable development », généralement traduit par développement durable. L'inconvénient que présente ce mot est qu'il introduit une idée de durée qui ne correspond pas tout à fait au sens de sustainable. Ce terme anglo-saxon est plus proche de « convenable » ou « acceptable ».

Cette section a pour objectif de donner une définition de tourisme durable et s'attachera à poser des principes qui doivent être retenus si l'on s'intéresse à la gestion d'un tourisme respectueux de son environnement. Tout d'abord, nous détaillerons les principes et les objectifs découlant de notre étude de deux premiers chapitres. Ensuite, il s'agira d'identifier le tourisme durable comme un nouveau mode de développement qui présuppose une nouvelle gouvernance et une discussion sur ses indicateurs.

I.1. Tourisme durable, principes et réalités

Il n'existe guère d'activités qui ne soulèvent, à un moment ou un autre, des conflits d'intérêts. Le tourisme engendre des oppositions, des contradictoires ou conflits entre tel ou tel choix économique, énergétique, écologique, social et culturel. Cela dévoile la fragilité du concept de tourisme durable lorsqu'il est confronté aux réalités « du terrain ».

Il est très difficile d'établir une définition du concept de tourisme durable qui soit courte et compréhensible par tous. La plupart des tentatives de définition du tourisme durable débouche sur une vision plutôt large et imprégnée d'une éthique humaniste, que l'on peut ainsi résumer : « un tourisme soucieux de respecter l'environnement, répondant aux besoins des loisirs humains, tout en protégeant et en conservant les milieux d'accueil, sans négliger pour autant les nécessités économiques et socioculturelles de tous les acteurs concernés par les activités touristiques »239(*).

Finalement, la définition du tourisme durable ne fait que reprendre celle du développement durable, développement qui assure la pérennité des écosystèmes et des sociétés pour l'avenir des générations futures.

En somme, le tourisme durable est un développement touristique qui associe à la fois la notion de durée et celle de pérennité des ressources naturelles (eau, air, sol, diversité biologique) et des structures sociale et humaines. L'objectif du développement durable est ainsi de rendre compatible l'amélioration des conditions et des niveaux de vie qui résultent du développement et le maintien des capacités de développement des générations futures.

Le développement touristique durable s'inscrit dans le cadre de la mise en place d'une planification qui, du point de vue touristique, a pour but d'éviter des atteintes pouvant remettre en cause les fondements même du développement, tel que :

- La dégradation des écosystèmes

- La remise en cause du patrimoine culturel

- Les bouleversements des traditions et des modes de vie la concurrence pour l'accès aux équipements collectifs et aux infrastructures

Dans ces conditions, l'objectif du développement durable peut-être considéré comme particulièrement essentiel pour le secteur du tourisme de tous les pays et spécialement dans les pays en développement. Cette notion de tourisme durable est directement déduite de celle de développement durable. Il s'agit d'une forme de développement touristique qui doit permettre de répondre aux besoins des touristes tout en préservant les chances du futur.

Le tourisme durable n'est pas un produit, une nouvelle façon de vendre une activité ou un pays : c'est un processus, un mode de développement, qui dépend de facteurs globaux et locaux240(*).

Le temps comme variable systémique : privilégier la durabilité sur l'évolution

L'espace comme ressource à évaluer et à protéger : privilégier l'écologie et le maintien des écosystèmes

Le tourisme durable

Les valeurs comme référence : privilégier les valeurs comme la solidarité et la responsabilité

La transaction comme support dynamique : privilégier les échanges e les interactions humaines, sociales, culturelles et économiques

Sources : d'après C. PIGEASSOU, Cahiers Espaces, n° 67, novembre 2000, p. 136 241(*).

Depuis le Sommet de la Terre de Rio de Janeiro, en 1992, le développement durable intègre les activités touristiques. Par l'importance sociale, économique, culturelle et environnementale que représente le tourisme moderne - ou post-moderne - on ne peut qu'adhérer aux principes fondamentaux d'un développement touristique durable. Au-delà des prises de position éthique, humaniste et écologique à quels types de réalités se trouve confrontée la gestion de cette « économie » qu'est le tourisme ?

I.1.1. Principes fondamentaux

Le développement durable est devenu l'une des préoccupations majeures de notre temps. Le tourisme, dont le caractère transversal met en jeu les territoires, le patrimoine naturel et humain, ne peut plus faire l'impasse sur les principes régissant son propre développement.

Le premier principe général du développement durable repose sur l'idée que les réponses apportées aux besoins actuels ne doivent pas compromettre la capacité des futures générations à répondre aux leurs. La conférence de Rio avait abouti à la mise en place de l'Agenda 21, comprenant les principes fondamentaux d'un développement durable.

En ce qui concerne le tourisme, on peut reprendre la déclaration de principe de la rencontre euro méditerranéenne à Hyères en septembre 1993 242(*) :

[...] Le tourisme ne pourra évoluer harmonieusement que dans le cadre d'une vision de développement durable. Il doit, donc, être conçu et géré comme une activité globalement bénéfique pour les communautés d'accueil, dans le respect de leurs coutumes et traditions.

Aujourd'hui, la plupart des responsables et des acteurs opérant dans le secteur du tourisme ressentent le besoin d'un véritable consensus sur le concept de durabilité. Plus précisément, les principes fondamentaux interviennent à l'interface des territoires et des hommes (voir tableau ci-dessous)

Tableau : principes fondamentaux du tourisme durable.

Principes environnementaux

Principes socioculturels

Principes économiques

Respect des paysages

Protection des cultures locales

Maîtrise des investissements

Protection de la flore et de la faune

Intégration des locaux

Expertises des impacts

Gestion qualitative de l'eau

Gestion paritaire du territoire

Planification budgétaire

Gestion de la pollution.

Maîtrise de l'emploi.

Vérifications périodiques.

Tous les grands principes demandent une méthode d'application, plus ou moins définie selon un étroit partenariat entre secteur privé et secteur public. Pour les entreprises de tourisme, la prise en compte de tous ces principes est loin d'être évidente ; tandis que pour les collectivités territoriales se pose le problème de la formation et de la compétence des hommes ou des conseillers capables d'orienter les choix stratégiques et opérationnels.

I.1.2. Quelles réalités ?

De la motivation du touriste à la réalisation pratique de son rêve, il faut passer en revue une longue chaîne d'étapes intermédiaires jusqu'à la mise en tourisme du territoire d'accueil :

- L'adéquation entre la demande et l'offre est la première réalité qui peut rendre précaire toute stratégie touristique durable en cas d'inadéquation.

- L'accessibilité est la clé de toute politique touristique, dont aucune destination ne peut faire l'impasse.

- La capacité d'accueil, au niveau de l'hébergement et de la restauration, doit pouvoir répondre à la fois aux besoins de base et aux pouvoirs d'achat des touristes.

- Les infrastructures sanitaires et médicales sont de plus en plus incontournables dans un monde où l'insécurité et la maladie (terrorisme, SRAS, virus aviaire) sont immédiatement médiatisées.

- La qualité des animations et des équipements ludiques ne peut pas supporter longtemps des prestations médiocres ou mal vécues par les visiteurs.

- Les réseaux de distribution commerciale et d'information doivent répondre rapidement et clairement aux diverses requêtes que ce soit on line ou on life.

- Enfin, et ce n'est pas la moindre des réalités, les niveaux de prix proposés doivent globalement respecter l'échelle d'élasticité basée sur les activités de base ou les forfaits globaux.

Toutes ces nécessités se fondent dans une chaîne professionnelle à la fois verticale et horizontale. Aucune autre activité ne fait appel à un ensemble de métiers aussi large et complémentaire.

I.2. Les enjeux et les limites du tourisme durable

Les rapports entre tourisme et environnement sont ambigus et contradictoires, le tourisme peut être analysé, tour à tour, comme facteur de « dégradation » de l'environnement et comme source de préservation de celui-ci.

Donc, il existe, dans nos sociétés, un besoin de nature qui, en partie au moins, est alimenté par le système touristique (des reportages sur des lieux remarquables et éventuellement « menacés » par les pratiques touristiques elles mêmes). Ainsi, pour des scientifiques, attirer l'attention de l'opinion publique pour mobiliser en faveur de la défense d'un espace menacé, c'est aussi immanquablement, donner l'idée à d'autres d'imaginer un nouveau produit touristique.

Il s'agit donc de trouver les moyens de prendre en compte à la fois les besoins économiques et sociaux des populations concernées et la préservation des milieux jugés remarquables.

Schématiquement, trois grands types de solutions existent : les deux premières sont avant tout techniques (fortement différencier les espaces à protéger des espaces à mettre en valeur : le zonage243(*), et réguler la fréquentation des espaces sensibles : les quotas244(*)), la troisième est plus complexe et plus politique : c'est le « tourisme durable », qui poursuit l'ambition de concilier développement et protection.

I.2.1. Les enjeux du tourisme durable

Le tourisme « durable » est aujourd'hui la formule incontournable de tout discours sur le tourisme, qu'il s'agisse du discours des politiques ou du discours des scientifiques. Il s'agit d'une politique qui a pour objectif de concilier l'écologique, l'économique et le social.

Le tourisme durable doit associer les notions de durée et de pérennité des ressources naturelles (eau, air, sols, diversité biologique) et des structures sociales et humaines. Il ne saurait se réduire à une politique environnementale.

L'objectif du développement durable est de rendre compatibles l'amélioration des conditions et des niveaux de vie qui résultent du développement et le maintien des capacités de développement des générations futures.

La notion de tourisme durable est directement déduite du développement durable. Le tourisme durable « n'est pas un produit, ni une nouvelle façon de vendre une activité ou un pays ; mais c'est une processus, un mode de développement qui dépend de facteurs globaux et locaux, puisqu'il veut s'adapter aux territoires et aux populations locales dans sa mise en oeuvre et dans ses retombées »245(*). Et qui doit permettre de répondre aux besoins du touriste tout en préservant les chances du futur.

L'enjeu du tourisme durable est apparu essentiel à la suite de la constatation de l'existence d'inégalités croissantes dans le développement touristique mondial.

Ainsi, alors que le tourisme international dans le monde connaît une progression, l'écart entre pays a tendance à s'accentuer. Les nuisances du tourisme sont particulièrement importantes et graves en termes d'environnement naturel et surtout du point de vue social et humain.

Dans ces conditions, la notion de tourisme durable ne concerne pas seulement les régions touristiques traditionnelles qui doivent lutter contre les détériorations de l'environnement naturel résultant des projets de développement des infrastructures touristiques, mais également les régions du monde qui étaient, jusqu'à présent, à l'écart de l'expansion des grands courants touristiques mondiaux.

En somme, le développement durable appliqué au tourisme est celui qui équilibre l'économique, le social et l'humain, ainsi que l'utilisation des ressources.

- Au niveau économique, le tourisme durable implique l'amélioration de la compétitivité des entreprises cela concerne directement les organisateurs de voyages et de séjours, les agences de voyages, l'hôtellerie et la restauration, les sociétés gérant des attractions touristiques. Cela concerne également des sociétés de transports, les commerces et les services d'accueil, d'information et d'assistance dont bénéficient les touristes.

- Au niveau social, le tourisme durable doit satisfaire les besoins et répondre aux attentes de trois catégories de personnes : les touristes, les personnes employées dans le tourisme et les populations locales résidant dans les destinations touristiques. Le tourisme durable doit apporter une réponse appropriée à toutes les catégories de touristes potentiels, et en particulier les jeunes, les personnes âgées, les personnes handicapées. Une autre aspiration sociale à satisfaire concerne l'amélioration des conditions de travail des personnes employées dans le tourisme. La troisième grande préoccupation sociale concerne les formes de tourisme qui ne respectent pas la culture et le mode de vie local, et qui n'améliorent pas de manière significative le bien-être des populations locales, en termes de revenu et de qualité de vie. Elles provoquent inévitablement des phénomènes de rejet. Le tourisme durable doit en tenir compte.

- Au niveau environnemental, le tourisme durable doit mettre en valeur tout le potentiel d'un territoire sans être trop consommateur d'espace246(*). Il nécessite en particulier une gestion rationnelle des ressources en eau, une prévention des pollutions et un traitement approprié des eaux usées avant leur rejet dans leur milieu naturel. Il implique une bonne gestion des déchets et doit accroître l'efficacité énergétique et l'utilisation des énergies renouvelables. Aussi, il doit conduire à une gestion rationnelle des flux de visiteurs, promouvoir des formes de transport qui ne provoquent pas une congestion du trafic, et favoriser le tourisme de proximité.

En réconciliant ces préoccupations économiques, sociales et environnementales, le tourisme peut apporter une contribution décisive au développement durable. Il peut améliorer la situation des entreprises et le bien être des populations, favoriser un comportement responsable des touristes tout en répondant à leurs attentes et faciliter la gestion du patrimoine naturel et culturel.

Le tourisme durable devient un objectif primordial afin de préserver un équilibre entre « les détenteurs de trois valeurs : le progrès économique, la préservation des ressources et la vie des populations locales »247(*), une utopie qui vise à instaurer une nouvelle gouvernance.

I.2.2. Les limites du développement de tourisme durable

Le tourisme doit-il être « durable » ? Peut-il l'être ? On peut faire le constat dans un contexte socio-économique, où la massification du tourisme et son industrialisation montrent leurs limites, mais les choix en faveur de vacances différentes, plus soucieuses des équilibres écologiques ou socioculturels, sont ils de réelles valeurs sûres ou au contraire sont-ils de simples produits d'appel limités engendrant des surcoûts importants ?

Ce qui pose une interrogation, cette tendance amorcée en faveur d'une consommation plus équilibrée et plus respectueuse de l'environnement va-t-elle se poursuivre durant les vingt prochaines années ?

Le premier obstacle à la mise en place de ce tourisme durable vient d'une vision du futur très floue pour le décideur, qui est souvent une collectivité publique. Affirmer que le développement durable doit prendre en compte le long terme est une tautologie248(*). Le tourisme durable a besoin d'une vision à long terme et il doit se projeter sur une durée de dix à vingt ans.

La question est : comment y parvenir, sous la pression quotidienne du court terme, des exigences de retour sur investissement rapide, des durées de mandatures de cinq à six ans ?

Cela est difficile, car à ce jour peu de travaux de prospective existent dans le domaine du tourisme. L'acteur public ou privé, en adoptant une attitude passive vis-à-vis du changement, aura beaucoup de difficultés à opter pour un tourisme durable249(*).

Un deuxième obstacle au développement du tourisme durable peut également être soulevé. En effet, le concept de tourisme durable a jusqu'à présent principalement donné lieu à des applications dans le domaine des politiques de développement touristique. C'est ainsi que ce concept est largement appliqué dans le cadre de la planification touristique, notamment du point de vue régional.

En revanche, son application au secteur des entreprises touristiques, avec l'évaluation des projets de développement touristique de petite dimension réalisés généralement par des opérateurs privés individuels ou dans le cadre de petites et moyennes entreprises, est rarement mise en oeuvre. Cette situation résulte de l'insuffisance des outils d'application du concept de développement durable aux projets micro-économiques.

Une troisième limite au développement du concept de tourisme durable concerne les risques liés au financement. En effet, les dispositions pour un tourisme différent, qui ne pourront être qu'incitatives, risquent de modifier le coût du capital. Les éventuels surcoûts ou de nouvelles charges peuvent, par exemple, augmenter certains prix de revient en matière de transport ou d'hébergement.

En raison du degré d'exposition du tourisme durable à la concurrence et du risque de la dégradation de la valeur marchande, le tourisme durable ne risque t-il pas d'être réservé à quelques espaces privilégiés (parcs naturels...) à quelques consommateurs « happy-few », à quelques opérateurs qui s'inscriront dans une stratégie de forte différenciation.

Aujourd'hui, les projets touristiques qui s'inscrivent dans un développement durable sont encore peu nombreux. En raison à la fois des pesanteurs socio-politiques et de la nécessité de changer les problématiques traditionnelles en matière de gestion de projet touristique.

Penser long terme demande un effort, c'est une discipline, une règle, que doit se fixer le décideur soucieux de développement durable. C'est un choix a priori, de principe, et qui pose quatre types de problèmes : celui de la faiblesse de la décision publique, celui de la nécessité d'une veille technologique active, celui d'arbitrages socio-économiques, et celui de choix stratégiques pour le futur.

I.3. Une nouvelle gouvernance

Le tourisme durable présuppose de nouveaux modes de gouvernance. Il permet que s'instaure un dialogue entre les détenteurs de trois valeurs : le progrès économique, la préservation des ressources naturelles et la vie de la population locale. Il veut moraliser l'industrie du tourisme en comblant ses lacunes ou en limitant ses effets négatifs.

Alors, il est nécessaire de mettre en place des outils : des outils pour la concertation et la négociation permanentes ; des outils pour observer ; des outils pour l'action ; des outils de repérage et de mesure (indicateurs) et des financements publics spécifiques ; et ainsi de créer un nouveau modèle à suivre. Mais, le tourisme durable ou, plutôt, le développement durable du tourisme, est l'application, au secteur du tourisme, des concepts du développement durable, à savoir « répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs »250(*).

Le développement durable est donc une démarche qui dépasse largement les notions de tourisme solidaire, équitable ou responsable.

Le tourisme durable et responsable doit répondre aux besoins des touristes, contribuer à l'amélioration des conditions et des niveaux des personnes locales et maintenir les capacités de développement des générations futures251(*).

Introduire une conception de tourisme durable ne peut se réaliser sans une représentation établie des différents domaines d'intervention et de leurs modes d'action dans la prise d'initiative et de décision des stratégies de développement touristique. Puisque la planification traditionnelle ne paraît plus devoir répondre aux nouveaux objectifs du développement touristique. Elle consiste le plus souvent à choisir une ou des zones d'aménagement touristique concerté qui aboutissent en cas de réussite à une très forte concentration des touristes c'est-à-dire à une situation contraire aux objectifs du développement durable du tourisme.

Dans ces conditions, la gestion du développement touristique doit pouvoir jouer un rôle nouveau qui est celui de favoriser un mode développement touristique durable sans aboutir à une trop forte concentration des flux touristiques et à l'accentuation des nuisances due à cette concentration. Ce qui éviterait un rejet final du tourisme par les populations locales.

Cela implique une planification mise en oeuvre par les autorités publiques en partenariat avec le secteur privé et la société civile. Cette planification touristique est nécessaire, compte tenu des caractéristiques du secteur. Celui-ci est à la fois un domaine d'investissements conséquents (infrastructures touristiques, hôtellerie...) et un secteur de services nécessitant un personnel important. La concurrence entre populations locales et touristes dans l'accès aux ressources naturelles ou énergétiques, aux infrastructures et aux équipements publics justifie également cette planification.

I.3.1. Les indicateurs du tourisme durable

Afin de rendre opérationnel le concept de tourisme durable, des indicateurs peuvent constituer l'un des outils de ce nouveau développement. Les indicateurs à privilégier en vue d'un tourisme durable s'inscrivent dans de multiples champs : celui de l'écologie, des transports, de l'aménagement de l'espace, de la culture, de l'éducation et de l'économie. Tel est l'objectif de ce paragraphe.

I.3.1.1. Définitions

Un indicateur, est une variable qui peut prendre un certain nombre de valeurs (statistiques...) ou d'états (qualitatifs) selon les circonstances (temporelles, spatiales). Les valeurs ou les états des indicateurs peuvent parfois être mesurés ou observés directement. Souvent, ils résultent d'une analyse et d'un traitement de données de base.

Ce traitement est plus ou moins sophistiqué et, quand il aboutit à un haut niveau d'agrégation, on a plutôt tendance à parler d'indices. Le point clé qui distingue l'indicateur de la donnée de base est sa capacité à porter une signification qui dépasse la simple valeur quantitative fournie. Grâce à cette capacité, les indicateurs permettent de résumer et de simplifier l'information, de rendre visibles certains phénomènes et de quantifier des problèmes déjà connus.

Or, souvent les définitions des indicateurs de développement durable de portée quantitative : « un indicateur est une donnée quantitative qui permet de caractériser une situation évolutive, une action ou les conséquences d'une action, pour les évaluer ou les comparer à leur état à d'autres dates, passées ou projetées, ou aux états à la même date d'autres projets similaires »252(*).

Les indicateurs sont fréquemment utilisés dans un contexte normatif (la décision publique) qui implique des jugements de valeur sur la réalité des éléments qu'ils sont censés décrire, on peut se demander si les jugements de valeur doivent être implicites l'indicateur lui même ou lui rester extérieurs.

Or, la construction de ce dernier doit reposer sur des bases scientifiques solides et sur des données fiables. Par exemple, la construction d'un indicateur d'environnement s'appuie sur une logique d'approche des problèmes. On décrit d'abord les pressions que l'activité humaine exerce sur l'environnement ou sur la société, en partant des activités. On établit ensuite un diagnostic qui s'organise autour des milieux (air, eau...) ou des problèmes sociétaux (emploi, rémunérations.), viennent ensuite les réponses apportées aux problèmes identifiés.

Mais, cette démarche reste trop mécaniste et rend mal compte de la complexité des liens de causalité. Or, dans la pratique, un projet de construction d'indicateurs doit comprendre 253(*):

- Une définition des objectifs attendus : évaluation, aide à la décision, communication,

- Une description du public destinataire des indicateurs : administratifs, décideurs, grand public, expert,

- Le type de produit souhaité : tableaux de bord, sélections d'indicateurs, rapport d'évaluation.

Ces dernières années ont été marquées par un renouveau de la demande d'indicateurs dans le domaine de l'environnement et du développement durable. Parmi les exemples les plus marquants, on peut citer le Programme Respect 254(*).

C'est un référentiel d'évaluation et de suivi des politiques d'environnement des collectivités territoriale pour trente collectivités locales européennes qui se sont associées depuis 1997. La circulaire Voynet du 11mai 1999 demande aux préfets de faire des indicateurs un outil privilégié de la mise en oeuvre des contrats de plan Etat-régions dans le cadre de développement durable.

Dans un secteur où la faiblesse de l'information statistiques est souvent fréquente, le développement durable est venu ajouter un ensemble de questions nouvelles, qui obligent les méthodes d'évaluations à se renouveler en recourant notamment aux indicateurs.

Ceux-ci, en retour, mettent en évidence un besoin d'amélioration les systèmes d'information.

Ensuite, ils témoignent d'une volonté de donner un contenu concret à la notion de développement durable, que les débats théoriques et les invocations idéologiques risquent de vider de son contenu.

Ils sont alors un instrument de décloisonnement et de dialogue entre les acteurs. Enfin, puisque l'élaboration d'indicateurs est en principe couplée à un processus décisionnel, l'étude des expériences actuelles montre des avis assez divergents sur les politiques de développement touristique de demain, sur la gouvernance du secteur. Ils sont un bon révélateur des enjeux qui parcourent ce dernier.

Les indicateurs doivent pouvoir améliorer les données disponibles et les rendre appropriables par les acteurs.

I.3.1.2. Les limites

Il sera possible de rendre la croissance plus durable, par une méthode d'évaluation du caractère durable des investissements et des activités touristiques.

Pour obtenir cet objectif, la réalisation d'une grille de lecture des projets touristiques à partir des indicateurs du développement durable spécifiquement adopté au contexte du tourisme de chaque pays et de chaque région pourrait être nécessaire255(*).

Cette méthode repose sur trois phases principales : la première est de réaliser des analyses comparatives des indicateurs de développement durable à tous les types d'entreprises touristiques, par l'intermédiaire d'une enquête orientée vers les stations et les zones touristiques tests, puis de sélectionner les indicateurs les performants, c'est-à-dire les plus praticables. Le nombre doit être limité et enfin de proposer une grille de lecture du tourisme durable.

Les indicateurs sélectionnés seront évalués afin de déterminer des ratios de référence correspondant aux différentes zones géographiques et aux différentes stations. Cette évaluation tient compte de l'approche économique, financière, commerciale, sociale, environnementale, culturelle et touristique.

Grille de lecture des projets touristiques : indicateurs

INDICATEURS DE TOURISME DURABLE

EVALUATION DES PROJETS256(*)

EVALUATION DE REFERENCE257(*)

RESULTAT258(*)

Indicateur d'impact physique

 
 
 

Indicateur de traitement des déchets liquides

 
 
 

Indicateur de traitement des déchets liquides

 
 
 

Indicateur de consommation d'eau

 
 
 

Indicateur de visuel

 
 
 

Indicateur de création d'emplois

 
 
 

Indicateur de formation continu du personnel

 
 
 

Indicateur de fréquentation locale

 
 
 

Indicateur de sécurité

 
 
 

Indicateur de santé

 
 
 

Indicateur d'impact sur les productions locales

 
 
 

Indicateur de maîtrise du développement

 
 
 

Indicateur de tourisme culturel

 
 
 

Indicateur de nouvelles technologies

 
 
 

Information (protection des enfants)

 
 
 

Existence d'une convention du travail

 
 
 

Source : Groupe Développement, Grille de lecture des projets touristiques à partir des indicateurs du tourisme durable, Paris (2001).

Les ratios sélectionnés sont les suivants pour la grille de lecture des projets touristiques à partir du tourisme durable.

Grille de lecture des projets touristiques : ratios

RATIOS DE TOURISME DURABLE

EVALUATION DES PROJETS

EVALUATION DE REFERENCE

RESULTAT

% Superficie à usage touristique/superficie totale

 
 
 

% de déchets liquides traités

 
 
 

%de déchets solides traités

 
 
 

Consommation d'eau par chambre

 
 
 

Hauteur moyenne et maximale des constructions

 
 
 

Création d'emplois par chambre/place

 
 
 

% du personnel suivant une formation continue

 
 
 

%de fréquentation locale (CA)

 
 
 

Taux de délits par touristes (%)

 
 
 

Distance du médecin le plus proche

 
 
 

% d'achats locaux/ achats totaux

 
 
 

Participation à des actions concertées de protection du milieu

 
 
 

% de dépenses culturelles

 
 
 

Existence d'un accès aux nouvelles technologies (Internet)

 
 
 

Existence d'une information sur la protection des enfants

 
 
 

Existence d'une convention du travail

 
 
 

Sources : Groupe Développement, Grille de lecture des projets touristiques à partir des indicateurs du tourisme durable, Paris (2001).

On peut distinguer deux catégories d'indicateurs et qui doivent être privilégiés :

- Les indicateurs environnementaux : sont essentiels pour la planification du développement durable d'après les travaux réalisés par l'O.M.T., le P.N.U.E. et le Groupe de Développement, cinq types d'indicateurs environnementaux peuvent être proposés : les indicateurs de fragilité des éco-systèmes et de biodiversité ; de traitement des déchets ; d'intensité d'utilisation du sol ; d'utilisation de l'eau ; de protection de l'atmosphère.

- Les indicateurs sociaux et économiques : l'impact du tourisme sur le milieu socio-économique constitue un des enjeux majeurs du développement touristique durable.

Ces indicateurs doivent permettre d'évaluer dans quelle mesure le tourisme peut s'insérer dans le milieu et les habitudes de vie des populations locales, de manière à ce que le tourisme se développe parallèlement aux autres secteurs d'activité économique et bénéficie directement au développement local.

Cinq types d'indicateurs sociaux peuvent être déterminés : l'indicateur de pression économique, d'impact social, de satisfaction des populations locales, de sécurité et de santé publique.

Les résultats attendus consistent à proposer de nouveaux outils d'évaluation. La grille de lecture doit permettre de réaliser un classement des projets touristiques et de mettre en place des outils d'observation permanents au service de la politique de développement.

En somme, le développement durable a suscité une nouvelle demande d'indicateurs en même temps qu'il est venu rajouter un élément de complexité à un domaine qui n'était déjà pas bien stabilisé. La nature de cette notion induit de prendre des précautions méthodologiques.

Les indicateurs de développement durable doivent traduire la double nature normative et évaluative du développement durable259(*). Dans une perspective normative, le développement durable est un projet que l'on cherche à atteindre, (celui défini par l'Agenda21 par exemple), et les indicateurs ont pour objectif d'estimer le degré de réalisation de ce projet. Les critères de durabilité et non durabilité font l'objet d'un certain consensus. La perspective de l'évaluation retenue n'implique pas de définition de ce que doit être le développement durable. Elle s'intéresse plutôt à évaluer les trajectoires de sociétés sans porter de jugement de valeur sur les priorités que l'on se donne dans la construction d'indicateurs. Ces derniers dépendent également de l'idée que l'on a de l'importance des différents enjeux et de la gouvernance.

Cette dépendance influence les méthodes d'évaluation et modifie considérablement les besoins en termes d'indicateurs, car les acteurs sont différents et leurs priorités sont multiples et variées. Effectuer une sélection d'indicateurs par catégories d'acteurs est parfois une solution si l'on vise une profession particulière, mais ce n'est pas le cas pour un territoire puisque les acteurs y sont multiples.

On comprend bien que les approches actuelles mélangent les deux perspectives. La subjectivité de ces indicateurs est donc très forte, liée à la conception personnelle du développement durable des initiateurs de la démarche.

Une autre source de confusion provient de l'absence de distinction entre un développement durable interne et un développement durable externe.

Dans le cas du tourisme, il s'agit à la fois d'évaluer la pérennité du tourisme par rapport à ses propres objectifs et priorités, ainsi que sa participation à des objectifs de développement et à une gestion planétaire qui lui sont extérieurs. Privilégier l'une ou l'autre approche ferait déséquilibrer la démarche. S'occuper uniquement des questions internationales, c'est s'exposer à un désintérêt des acteurs locaux ou sectoriels.

La contrainte est donc de prendre à la fois en compte les enjeux communs soulevés par le développement durable et les intérêts des destinataires des indicateurs.

On retrouve cette tension entre contraintes externes et priorités internes dans l'équilibre à trouver entre approche locale et globale. Comment diffuser les préoccupations planétaires dans les pratiques des acteurs locaux sans remettre en cause leur autonomie ?

Un consensus des responsables privés et publics est nécessaire afin que, même pour les PME, l'objectif du développement durable devienne une réalité dans le secteur touristiques et que les conditions d'une croissance plus durable soient mises en place.

Il faut établir une liaison permanente entre les politiques et régionales de la planification du développement touristique durable et les programmes d'investissement des opérateurs privés.

Par conséquent, la recherche d'un référent commun est difficile. La recherche d'un développement durable étant censée concerner tous les acteurs, il paraît logiquement souhaitable qu'ils s'accordent sur les jeux et les matières de les aborder.

Or, au-delà de la simple référence dans les discours à l'Agenda 21, c'est la diversité des approches et le manque de coordination des initiatives qui semblent l'emporter. Cela tient tout d'abord au fait que le choix des indicateurs est lié aux multiples visions du développement durable de celui qui construit ces indicateurs. En second lieu, cela est dû au fait que le choix des indicateurs dépend du niveau spatial auquel on s'intéresse (international, national, régional, local) les problèmes et les priorités différent.

Prendre en compte la diversité des situations tout en gardant un référent commun, porter un jugement sans trancher sur la question de la durabilité, expliciter ses hypothèses, trouver un équilibre entre approche descendante et ascendante : la construction d'indicateurs de développement durable est un véritables travail d'équilibrisme (d'harmonisation) .

Plusieurs tables d'indicateurs ont été conçues pour orienter le diagnostic et la planification selon la logique du développement durable. L'Organisation Mondiale du Tourisme (O.M.T.)260(*) propose des indicateurs où l'on retrouve les quatre dimensions clés du développement local durable, à savoir : la dimension environnementale, économique, sociale et éthique. D'autres institutions ont conçu d'autres tables, même s'il y a plusieurs points communs entre elles, en particulier pour le tourisme ceux de l'AFIT (Agence Française de l'Ingénierie Touristique), le Plan Bleu pour la méditerranée, les indicateurs de Groupe Développement, à côté des indicateurs de la Banque Mondiale et de l'ONU pour le développement humain, et l'IFEN (l'Institut Français de l'Environnement) pour le volet environnemental.

En somme, la construction d'indicateurs permet au tourisme dans une perspective de durabilité de rester étroitement lié à la maîtrise des équilibres environnementaux et sociaux au sein du territoire261(*).

Le modèle proposé par l'O.M.T. pour la construction d'indicateurs de tourisme durable suppose les étapes suivantes pour la définition d'une table d'indicateurs :

1. délimiter le territoire ;

2. identifier les atouts touristiques du site ;

3. identifier les questions clé (répertorier les obstacles majeurs qui se posent au développement durable ;

4. sélection des indicateurs ;

5. connaître la disponibilité des données pour le calcul des indicateurs et la détermination de leurs sources ;

6. collecter et analyser les données.

A côté de ces critères, il est important de souligner qu'un bon indicateur doit donner une représentation cohérente de mécanismes complexes sous une forme qui peut aider les décideurs et non pas les troubler 262(*).

Dans ce contexte, l'O.M.T. suggère cinq critères généraux d'évaluation pour construire ces indicateurs, à savoir :

1. disponibilité des données de départ ;

2. crédibilité et compréhension facile de l'indicateur ;

3. capacité de l'indicateur d'assurer des comparaisons dans le temps et dans l'espace ;

4. capacité de prévision et de mesure des tendances à long terme ;

5. attractivité politique de l'indicateur pour sa viabilité.

En tant qu'instrument d'aide à la décision, l'indicateur peut être utilisé aussi bien dans le cadre de la gestion que de la politique. Ceci, étant, c'est chose dangereuse que de penser que les indicateurs ont une capacité de réponse illimitée. Les impératifs d'adapter l'usage des indicateurs aux contextes locaux supposent beaucoup de vigilance quant à leur application dans les pays en développement où la disponibilité des données, leur fiabilité et leur actualité semblent constituer un véritable obstacle devant la banalisation (standardisation) de cet instrument de politique touristique.

Conclusion

En début de XXIe siècle, le développement durable est la preuve d'une prise de conscience, plus ou moins universelle, qu'il faut mieux maîtriser l'action des hommes sur la planète Terre.

Il ne semble plus possible de consommer les ressources naturelles de manière illimitée sans risque majeur pour l'humanité. La préservation de l'environnement est au centre des préoccupations écologiques et patrimoniales d'associations ou d'institutions aussi diverses que Greenpeace, le WWF ou l'UNESCO263(*).

Comme nous l'avons vu, le tourisme est concerné très directement par ses impacts sur l'environnement. On peut relever l'apparente contradiction à faire coexister un cycle de vie touristique avec le tourisme durable. La notion de durabilité n'est pas non plus toujours perçue de la même manière par les différents acteurs professionnels, institutionnels et touristes. Les entreprises touristiques se remettent quotidiennement en question, et en cas de défaillance, c'est toute une chaîne socio-économique et territoriale qui peut être mise en péril.

La complexité et la multiplicité des paramètres en jeu nécessitent une approche à la fois stratégique et concrète du tourisme durable. Grâce à la « boîte à outils », c'est-à-dire tous les indicateurs et indices propres à chaque type de paramètre, il peut devenir raisonnable, à court et à moyen termes, d'élaborer une stratégie touristique durable.

Section II. L'écotourisme : un nouveau paradigme ?

Au cours des dernières décennies, on assiste à la plus forte progression de tourisme orienté vers la nature. Mais, si elle a des impacts bénéfiques sur les régions visitées, cette croissance augmente indéniablement le risque d'effets nuisibles sur les écosystèmes, qui se trouvent fragilisés par l'intérêt grandissant des touristes pour les régions relativement inexploitées de cultures différentes et d'écosystèmes uniques.

Ainsi, dans une perspective de conservation, l'écotourisme peut représenter une solution de rechange efficace au développement touristique traditionnel, en mobilisant les ressources nécessaires à la protection de la biodiversité et en développant des équipements ou des infrastructures d'une manière responsable, c'est-à-dire à une échelle qui soit appropriée à la situation culturelle et écologique régionale.

En corollaire, il ne devrait pas y avoir de développement écotouristique dans les régions présentant une trop grande vulnérabilité écologique ou culturelle.

Dans ce sens, l'écotourisme mérite une attention particulière, non seulement parce que c'est le secteur de l'industrie du voyage qui a la croissance la plus rapide, mais parce qu'il constitue une nouvelle approche alliant la protection des zones naturelles menacées avec l'occasion, pour les communautés locales, de participer à leur propre développement.

En somme, l'écotourisme peut être vu comme effort de collaboration entre les communautés locales, les intervenants touristiques et les protecteurs de la ressource, dont l'état, pour préserver les espaces naturels qui servent de support au développement régional.

La présente section porte sur le concept d'écotourisme. Nous verrons d'abord ce que ce concept d'écotourisme signifie ainsi ses impacts. Puis nous présenterons différentes définitions concernant d'autres termes à savoir : le tourisme solidaire et responsable.

II.1. Origines, définitions et concepts

II.1.1. Genèse de l'écotourisme

L'écotourisme s'est développé dans la foulée du mouvement environnemental qui est apparu au début des années 1970. L'intérêt croissant du public pour l'environnement et les voyages orientés vers le plein air, couplé avec la croissante insatisfaction envers le tourisme de masse, a montré à l'industrie du tourisme qu'il y avait une place pour l'écotourisme. De même, la compréhension et l'acceptation des principes de conservation de la nature et de durabilité par une portion grandissante de la population a également participé à l'évolution du terme « écotourisme ».

Il n'y a pas de consensus sur l'origine du terme écotourisme. Selon certains auteurs, il serait apparu pour la première fois en langue anglaise dans un article de ROMERIL (1985)264(*).

Cependant, l'écologiste mexicain CEBALLOS-LASCURAIN a utilisé le mot espagnol ecoturismo encore plus tôt, alors que le Service National des Forêts du Canada faisait, dès 1973, la promotion d'écotours le long de la Transcanadienne. Récemment, ce terme est utilisé dans un article de HERTZER 265(*) (1965) pour expliquer la relation complexe entre les touristes et l'environnement et les cultures avec lesquelles ils interagissent.

C'est BUDOWSKI (1976)266(*) qui est généralement cité comme le pionnier concernant le concept même d'écotourisme. Dans son article Tourism and Environmental Conservation : Conflit, Coexistence or Symbiosis ? BUDOWSKI reconnaît que la relation entre le tourisme et l'environnement naturel267(*) tend à être conflictuelle, mais que le potentiel existe pour une relation basée sur les bénéfices mutuels. Sa description de la relation symbiotique qui pourrait s'en suivre ressemble à l'idée contemporaine qu'on se fait de l'écotourisme, sans toutefois utiliser le terme. La dissémination du terme et du concept est souvent associée à BOO268(*).

Alors que cette association tourisme - environnement naturel n'est pas sans poser de problèmes. De nombreuses études ont montré que le développement du tourisme peut apporter des nuisances, être source de destructions, dégrader les écosystèmes. Pourtant, on sait moins qu'il peut être également un moyen d'entretenir des espaces naturels et de sauvegarder des espèces animales et végétales en voie de disparition.

Il peut y avoir, en effet, une «conscientisation des populations locales pour mieux gérer leur patrimoine environnemental, dans la mesure où celui-ci peut devenir source de profits. C'est ainsi que dans les Alpes du sud 269(*), dans le cadre du tourisme vert, se met en place le sylvotourisme270(*). Ce dernier illustre une nouvelle manière de considérer le tourisme, en ayant pris conscience des effets « positifs » et « négatifs » qu'il peut générer pour les sites naturels et les populations concernées.

Complémentairement aux initiatives publiques (création de parcs naturels régionaux et nationaux), des initiatives privées se multiplient afin de promouvoir cette forme de tourisme qui s'inscrit nécessairement dans le cadre plus vaste du développement d'un tourisme rural « soutenable ».

Par ailleurs, il apparaît que cette prise de conscience des populations « indigènes » est liée à une conscientisation plus générale centrée sur la relation homme - nature, qui n'est pas le seul fait des populations occidentales, mais aussi des populations du « tiers monde ». Elle peut s'exprimer soit par l'acceptation, soit par le rejet du développement de l'écotourisme selon les types d'acteurs et leur implication dans la relation tripartite : tourisme, environnement, développement.

En somme, l'écotourisme est un concept ambigu qui, selon le point de vue adopté, se définit comme une activité, une philosophie ou une stratégie de développement.

Comme le concept de développement durable que nous avons défini dans le chapitre précédent, l'écotourisme semble endosser non pas une définition officielle unique, mais plusieurs.

II.1.2. Définitions d'écotourisme 

L'écotourisme est souvent décrit comme une forme de tourisme « à forte motivation ». Il n'y a pas de définition universelle de l'écotourisme, généralement considéré comme un « tourisme favorable à l'environnement » ce qui, sur un plan pratique, est diversement interprété selon le pays.

L'écotourisme comme expérience vécue, constitue une façon autre de voyager, représentant un nouveau courant de penser le développement et l'expérience touristiques, il intègre les principes d'un tourisme durable. Ce qui signifie à la fois protection de la nature, respect des identités culturelles et responsabilisation des intervenants locaux et autres.

L'écotourisme, comme paradigme disciplinaire en émergence, chapeaute actuellement plusieurs niveaux d'analyse et d'applications, soit dans une perspective de la demande touristique, de développement de nouveaux produits et services dont certains s'apparentent à du tourisme d'aventure, soit aussi comme stratégie de développement durable et de développement régional. Mais quelle est la véritable nature de l'écotourisme ? En quoi consiste son sens propre ? Comment expliquer cet engouement actuel pour un tourisme orienté vers la nature ?

L'écotourisme peut prendre des significations différentes selon la conception qu'un individu a de sa relation avec la nature et cette conception relève de la culture sociale de l'individu, elle-même étant partie de l'épistème de sa société et de son temps.

Dans cette perspective disciplinaire, ce qui caractérise l'écotourisme en général est une gouvernance intégrée des ressources naturelles et humaines qui tient compte des intérêts particuliers des différents acteurs, incluant l'expérience recherchée par les visiteurs. Il englobe les grands paramètres qui définissent ce nouveau type de tourisme, notamment les dimensions de développement durable, développement régional et démocratie participative271(*).

LEQUIN272(*) identifie trois définitions de l'écotourisme recensées dans les ouvrages scientifiques selon leur orientation principale, soit en fonction de la demande touristique, de la ressource à protéger ou de la communauté d'accueil.

La définition axée sur la demande : selon CEBALLOS-LASCURAIN273(*), l'écotourisme est : [...] Une forme de tourisme qui consiste à visiter des zones naturelles relativement intactes ou peu perturbées, dans le but précis d'étudier et d'admirer le paysage, et les plantes et animaux sauvages qu'il abrite, de même que toute manifestation culturelle (passée et présente) observable dans ces zones. Dans cette perspective, le tourisme axé sur la nature signifie une méthode d'approche scientifique, esthétique ou philosophe du voyage, quoiqu'il ne soit pas nécessaire que l'écotouriste soit un scientifique, un artiste ou un philosophe de profession. Ce qui compte par-dessus tout, c'est que la personne qui s'adonne à l'écotourisme ait l'occasion de se tremper dans un environnement naturel auquel elle n'a généralement pas accès en milieu urbain274(*).

Dans cet énoncé, trois éléments permettent de préciser le caractère spécifique de la demande écotouristique :

1) Il s'agit de voyages dans des parcs, réserves ou toutes autres zones naturelles protégées ou non par une loi.

2) La principale motivation est de satisfaire un besoin cognitif et affectif de se ressourcer dans un milieu naturel à la fois unique et évocateur.

3) Elle répond à un besoin d'évasion, une expérience relaxante, lion du stress quotidien et du rythme imposé par les milieux urbains.

La définition axée sur la ressource : en l'absence de définition claire et reconnue, cette perspective retient quatre définitions de l'écotourisme qui, tout en englobant certains aspects de la demande, portent prioritairement sur la dimension ressource.

L'énoncé de la California Lesgislature soutient que l'écotourisme, tout en n'ayant qu'un faible impact sur l'environnement, peut constituer une force dynamique de préservation de la ressource : « l'écotourisme est une forme de voyage dont l'objectif principal consiste, pour les voyageurs, à admirer les paysages naturels et les manifestations culturelles d'une région spécifique, tout en minimisant les impacts négatifs que pourrait occasionner une telle visite. Dans son sens le plus large, l'écotourisme constitue une approche selon laquelle les touristes peuvent idéalement concourir à la préservation de la nature.275(*) ».

Une deuxième définition, celle de K. KREHER du German National Tourist Office, est également axée sur la ressource. Le principal intérêt de cette est qu'elle établit une distinction, voire une opposition, entre écotourisme et tourisme de masse :  « [...] Toute forme de tourisme qui réduit au minimum le stress sur l'environnement et minimise la consommation des ressources naturelles [...] Le tourisme de et la concentration saisonnière sont des éléments incompatibles avec ces principes. »276(*)

L'originalité de K. KREHER est double : premièrement, il indique le seuil de développement écotouristique qui serait approprié et, deuxièmement, il considère le caractère élitiste de ce type d'activité touristique.

On décrit généralement l'écotouriste comme une personne âgée de 45 à 65 ans, qui provient d'un milieu urbain, possède un diplôme secondaire et même universitaire, dispose d'un revenu et d'un pouvoir d'achat élevés, est généralement indépendante financièrement ou encore retraitée. Les écotouristes voyagent plus souvent, plus loin et plus longtemps que les autres touristes. Une brève expérience dans un paysage naturel et peu aménagé représente pour eux une occasion exceptionnelle de stimuler leur sensibilité à la nature, de mieux comprendre et de contribuer à la protection de ces lieux uniques.

Dans cette même perspective, pour la Société Internationale de l'Ecotourisme277(*), l'écotourisme c'est : « une forme de tourisme responsable qui contribue à la conservation d'un environnement naturel ainsi qu'au bien-être des communautés locales »278(*).

En plus de la protection des ressources naturelles, on reconnaît l'importance de protéger et d'améliorer la qualité de vie des communautés locales.

De façon similaire, SCANE, GRIFONE et USHER ont proposé une définition de l'écotourisme qui intègre aussi ces valeurs et préoccupations :  « l'écotourisme représente une expérience de voyage qui permet de découvrir la nature et de contribuer à la conservation des écosystèmes tout en respectant l'intégrité des communautés hôtes. »279(*)

Deux objectifs importants ressortent de ces définitions axées sur la ressource et ajoutent au concept d'écotourisme :

1) Il faut préserver et non pas altérer l'environnement.

2) Il faut générer des bénéfices économiques qui rendent la conservation des ressources naturelles avantageuse pour les collectivités locales.

La définition axée sur la communauté hôte :

On trouve la définition de BUTLER280(*) qui s'inscrit dans une logique de développement durable et de développement régional. Il considère : « l'écotourisme comme une forme de tourisme viable à long terme, à la condition qu'elle ne dégrade pas l'environnement physique et humain dans lequel elle prend place, et qui peut contribuer à l'amélioration des conditions de vie des populations locales ainsi qu'à la diversification de leurs activités économiques ».

La définition qui nous apparaît être la plus englobante, est celle de ZIFFER, en ce qu'elle tient compte, non seulement de la demande et de la ressource, mais également des populations d'accueil : « l'écotourisme est une forme de tourisme qui s'inspire principalement de l'histoire naturelle d'une région, incluant ses cultures indigènes. L'écotouriste est celui qui visite des régions relativement peu développées dans un esprit d'appréciation, de participation et de sensibilisation. L'écotouriste pratique une forme de tourisme qui est non consommatrice de ressources naturelles et fauniques ; il participe directement à la conservation du site ainsi qu'à l'amélioration du bien-être économique des populations locales, par les travaux qu'il effectue et au moyen de contributions financières. Le séjour de l'écotouriste devrait renforcer son sens de l'appréciation, son engagement face aux questions de conservation en général et à l'égard des besoins spécifiques des collectivités locales. L'écotourisme implique également une approche de gouvernance par les pays ou la région hôte, lequel ou laquelle s'engage à établir et à maintenir des sites, avec la participation des populations locales, à les mettre en valeur de façon appropriée, à faire respecter la réglementation, ainsi qu'à utiliser les bénéfices des entreprises pour financer l'aménagement du territoire et le développement de la communauté. 281(*)».

Donc, l'écotourisme a pour objectif de répondre aussi bien aux besoins du touriste, qu'à ceux de la ressource et de la communauté d'accueil. Cette conception incite à planifier et à gérer un projet de développement écotouristique en minimisant les dommages aux processus écologiques, en améliorant les conditions économiques et sociales des communautés d'accueil et en offrant une expérience de qualité aux touristes.

Alors que les premières définitions de l'écotourisme mettaient l'emphase sur une proximité recherchée avec la nature par les touristes, les définitions plus récentes ont plutôt cherché à mettre en lumière une variété de principes associés au concept de développement durable. On admet actuellement que l'écotourisme englobe les principes du tourisme durable en ce qui concerne les impacts de cette activité sur l'économie, la société et l'environnement et qu'en outre, il comprend les principes particuliers suivants qui le distinguent de la notion plus large e tourisme durable :

- L'écotourisme contribue activement à la protection du patrimoine naturel et culturel.

- L'écotourisme inclut les communautés locales et indigènes dans sa planification, son développement et son exploitation et contribue à leur bien-être.

- L'écotourisme propose aux visiteurs une interprétation du patrimoine naturel et culturel.

- L'écotourisme se prête mieux à la pratique du voyage individuel ainsi qu'aux voyages organisés pour de petits groupes.

En résume, une analyse des définitions nous amène à considérer trois dimensions qui constituent l'essence même du concept d'écotourisme :

- Un tourisme axé sur la nature ;

- Une composante éducative ;

- Un besoin de durabilité.

L'écotourisme comme nouveau phénomène social apparaît comme un moyen de réhabilitation du tourisme et du « touriste », une reconsidération du phénomène touristique autre que sous l'angle uniquement des « méfaits du tourisme ». Ceci dans la mesure où l'écotourisme contribue, par définition, à rehausser le niveau de sensibilisation des visiteurs et des responsables du développement à la protection de la nature, à améliorer la qualité de vie des populations locales et à favoriser des relations entre les visiteurs et les visités qui soient fondées sur le respect et la reconnaissance réciproque dans un contexte de découverte d'un patrimoine naturel et culturel.

Le fil conducteur de ces diverses définitions du concept émergeant d'écotourisme est qu'il est essentiellement centré sur une valorisation de la nature physique et humaine des lieux choisis, qui prend implicitement la forme d'un « contrat naturel 282(*)», non pas comme une morale normative, mais comme une expérience empreinte d'une démarche de prudence et de sagesse et de réciprocité avec ces entités.

La prochaine étape de progression dans l'analyse porte sur les répercussions possibles de l'écotourisme sur la culture, l'économie et l'environnement. Mais avant, il faudra éclaircir la relation d'écotourisme avec d'autres formes de tourisme.

II.1.3. Les spécificités de l' écotourisme

Il ne faut pas oublier que l'écotourisme est d'abord et avant tout une forme de tourisme et qu'en ce sens, il convient de le situer plus précisément par rapport aux autres formes de tourisme auxquels il est souvent confondu, soit principalement le tourisme axé sur la nature, le tourisme d'aventure et le tourisme culturel.

Alors que le tourisme axé sur la nature et le tourisme d'aventure sont plutôt définis sur la base des activités récréatives des touristes, l'écotourisme est défini aussi, sinon plus, par les bénéfices qu'il est susceptible d'apporter, tant à la conservation des écosystèmes qu'aux communautés locales.

Comme nous l'avons mentionné précédemment, l'écotourisme est étroitement lié au milieu naturel. Il importe par contre de distinguer l'écotourisme du simple tourisme nature.

Comme le souligne HONEY 283(*), il y a fréquemment un flou concernant les frontières entre le tourisme axé sur la nature et le concept multidimensionnel d'écotourisme. L'écotourisme adhère à des principes que la notion plus vague de tourisme axé sur la nature n'est pas tenue de partager. Tant dans la littérature que dans la pratique, on confond souvent les deux, considérant des formes de tourisme axé sur le milieu naturel comme étant de l'écotourisme sans répondre à ses principes. Le tourisme axé sur la nature se trouve à être une forme plus générale de tourisme d'aventure ou le tourisme axé sur la chasse ou la pêche.

L'écotourisme est ainsi vu comme une portion du tourisme axé sur la nature et la relation entre les deux peut être représentée de la façon suivante :

Tourisme axé sur la nature

Ecotourisme

Selon WEAVER284(*), pour être considéré comme du tourisme d'aventure, une activité ou un produit se doit d'incorporer trois éléments :

- Un élément de risque ;

- Un haut niveau d'effort physique ;

- Un besoin pour le touriste de posséder des habiletés spécialisées pour participer de façon sécuritaire à l'activité.

LEQUIN affirme : « Le tourisme d'aventure correspond généralement à une activité de plein air qui se pratique dans des zones naturelles peu développées où la nature sert de support, mais ne constitue pas un objectif en soi, contrairement à l'écotourisme. Il existe ainsi une différence d'attitude fondamentale entre l'observation de la nature comme c'est le cas de l'écotourisme, et la conquête de celle ci dans le cas du tourisme d'aventure. En somme, ces deux formes de tourisme recherchent un environnement de qualité mais pour des motifs différents : l'une pour l'observer et l'autre pour le conquérir. »285(*)

Certaines formes d'écotourisme peuvent être considérées comme du tourisme d'aventure. Par contre, pour plusieurs raisons, en général, le tourisme d'aventure ne se qualifie pas comme écotourisme. Premièrement, plusieurs activités de tourisme d'aventure ne sont pas axées sur la nature. Ensuite, comme c'est le cas pour le tourisme axé sur la nature, cette forme de tourisme ne nécessite pas de répondre à des critères de durabilité.

Une autre distinction concerne la nature de l'interaction entre le participant et l'attraction touristique : alors que l'écotouriste recherche une expérience éducative, le touriste d'aventure désire en premier lieu un environnement qui va faciliter le risque et l'effort physique tant recherchés.

Bien que l'écotourisme comporte généralement une composante culturelle, il n'est pas pour autant synonyme de tourisme culturel. Alors que ce dernier met l'emphase sur la composante culturelle, dans l'écotourisme, cet élément est la plupart du temps secondaire.

De plus, comme on le devine assez bien, l'expérience du tourisme culturel ne repose pas nécessairement sur le milieu naturel (la tournée des musées de Florence, par exemple). Considérant que le tourisme d'aventure et tourisme culturel peuvent parfois s'entremêler, comme c'est parfois le cas, par exemple, lors d'une activité de chasse en milieu autochtone où les techniques traditionnelles sont partagées avec les touristes, nous pouvons illustrer leur relation avec l'écotourisme de la façon suivante :

Ecotourisme

Tourisme culturel

Tourisme d'aventure

II.2. Les impacts de l'écotourisme

Le développement de l'écotourisme, comme toute autre forme de tourisme, nécessite la création d'infrastructures et l'afflux de personnes ayant des cultures, des valeurs et des besoins différents. Il est indéniable que ces changements ont des effets bénéfiques. Cependant, si les populations d'accueil, les développeurs et les protecteurs de la ressource n'essaient pas activement d'en contrecarrer les effets pervers potentiels, l'écotourisme peut aussi avoir des conséquences négatives sur le plan environnemental aussi bien sur le plan social.

Voyons maintenant est ce que l'écotourisme peut-il aider à sauvegarder l'environnement tout en favorisant le développement économique et social des régions concernées ? Cette question, qui constitue l'une des problématiques implicites de ce travail, est à l'origine de nombreux dossiers et reportages publiés dans la grande presse 286(*).

II.2.1. Les impacts sur les écosystèmes

En général, le tourisme est perçu comme responsable, du moins en partie, de la dégradation de l'environnement. Bien qu'il soit reconnu que la présence de visiteurs dans des régions naturelles entraîne une certaine dégradation de l'environnement, tous les auteurs ne s'accordent pas sur le degré de responsabilité du tourisme.

A partir des enquêtes faites dans divers parcs à la fin des années 1980, JENNER et SMITH 287(*) concluent qu'aucun impact majeur sur l'environnement des parcs à l'étude n'est attribuable à l'activité touristique. En réalité affirment-ils, la moitié des menaces environnementales provient de l'extérieur des parcs, comme les produits chimiques toxique ou les pluies acides. Il existe un bon nombre d'impacts peu visibles mais cumulatifs qui peuvent représenter une menace pour l'environnement comme les ordures domestiques et autres, la pollution de l'eau, l'érosion des sentiers et le braconnage.

D'autres impacts seraient encore plus subtils, comme le changement dans le comportement des animaux ou dans la variété des espèces. Le plus inquiétant, c'est qu'aucune méthodologie scientifique vraiment efficace n'existe pour évaluer ces changements résultant de l'activité touristique.

Il serait beaucoup trop fastidieux de nommer et décrire tous les effets négatifs pouvant être causés par l'écotourisme. HVENEGAARD 288(*) décrit par exemple une série d'impacts environnementaux négatifs causés par le tourisme lors de sa visite dans les aires protégées :

développement abusif, activités récréatives non contrôlées, perturbation de la faune, pollution, érosion. Cependant, ce qui est intéressant à noter, c'est que ces effets sont plus sérieux pour l'écotourisme que d'autres formes de tourisme, car celui-ci est très dépendant de la qualité de l'environnement.

Face à cet argument de menace environnementale, celui de préservation et d'éducation a été mis de l'avant par certains chercheurs, dont BOO et BUTLER. Selon ces derniers, en suscitant l'intérêt d'un grand nombre de visiteurs, des sites uniques peuvent réussir à accroître la sensibilisation de ces touristes aux beautés du paysage, les rendre ainsi plus conscients de la nécessité de protéger ces lieux et même parfois les inciter à oeuvrer dans ce sens. Cette forme de sensibilisation doublée d'un aspect éducatif permet aux visiteurs de vivre une expérience personnelle des plus enrichissantes et de devenir des ambassadeurs de la cause environnementale.

Selon l'O.M.T. et PNUE 289(*), l'écotourisme représente une des rares formes de développement touristique qui, sous certaines conditions, peut favoriser la protection des zones naturelles grâce aux programmes de conservation qu'il suscite et qu'il peut financer.

Pour cela, les outils de mesures des coûts et avantages écologiques sont largement des indicateurs composites qui permettent de déterminer la pression et l'intensité d'utilisation des sites d'écotourisme. L'O.M.T. a défini trois indicateurs composites qui sont particulièrement bien adaptés à la mesure des coûts et avantages écologiques de l'écotourisme 290(*). Il s'agit des instruments suivants : Indicateur de capacité de charge291(*), Indicateur de perturbation de site292(*) et Indicateur d'intérêt écologique293(*).

L'intérêt de ces différents indicateurs est qu'ils permettent d'assurer une véritable surveillance écologique des produits d'écotourisme et permettent également d'avoir une vision globale des différents produits crées sur un même espace géographique par plusieurs opérateurs.

Ainsi, les objectifs écologiques de l'écotourisme visent la conservation de la ressource à long terme, c'est-à-dire qu'un projet d'aménagement ou une activité devrait en principe contribuer à restaurer, à conserver ou à améliorer le milieu naturel en vue d'une utilisation durable.

L'écotourisme est un concept réaliste à la condition de bien connaître et de respecter la capacité de support des sites écotouristiques, et de pouvoir mettre en place des systèmes efficaces de planification et de contrôle. Ces activités de soutien et de régulation constituent la pierre angulaire des stratégies de gestion pour un écotourisme viable dans une perspective écologique.

II.2.2. Les impacts sur l'économie locale

De par son emphase sur les voyages individuels ou en petits groupes, il serait utopique de croire que l'écotourisme puisse insuffler une vigueur nouvelle à l'économie d'un pays en difficulté. Cependant, nous pouvons reconnaître le fort potentiel de cette activité à améliorer l'économie locale. Parmi les bénéfices de l'industrie écotouristique, la création d'emplois pour les personnes vivant à proximité des parcs de conservation.

L'écotourisme peut représenter une occasion pour les régions de diversifier leurs activités économiques tout en protégeant leurs ressources naturelles.

A titre d'exemple, au Kenya l'écotourisme a des répercussions positives sur le développement économique local et national. Le tourisme représente quelque 30% des échanges extérieurs de ce pays, c'est plus que le café ou le thé, et génère des revenus directs et indirects de presque 500 millions de dollars américains294(*).

Dans tout projet écotouristique, les retombées économiques peuvent avoir une importance toute particulière pour les populations locales. Toutefois, les exemples montrent que ces avantages ne prennent de la consistance qu'après de nombreuses années. Des études de cas démontrent par ailleurs qu'à court terme les recettes de l'écotourisme sont modestes et ne suffisent pas à financer la protection de l'environnement voulue pour conférer une haute qualité aux produits écotouristiques. Elles révèlent en outre qu'il est très difficile d'assurer la répartition des avantages financiers entre les intervenants du secteur privé et du secteur public.

Un des principaux problèmes reliés à l'économie touristique est la demande touristique. Il s'agit d'une demande touristique instable qui peut avoir des conséquences économiques néfastes dans des régions éloignées des grands centres, où les activités économiques sont peu diversifiées et les emplois, limités et souvent précaires.

Dans certaines petites localités, la population double avec l'arrivée des touristes, ce qui entraîne, durant leur séjour, une augmentation de la demande pour les produits locaux et favorise l'inflation du même coup.

D'autres part, le caractère saisonnier des activités peut engendrer une économie de dépendance étatique si l'écotourisme n'est pas utilisé comme tremplin pour générer d'autres activités économiques. Au contraire, cette industrie en expansion constitue une ouverture économique souhaitable pour les régions périphériques et moins industrialisées : l'écotourisme leur permet en effet de diversifier leur activité économique, sans tomber pour autant dans un tourisme de masse qui serait à l'opposé de l'écotourisme.

Ainsi, les objectifs économiques de l'écotourisme sont la productivité et la diversification des activités. L'activité économique découlant de cette industrie est ici considérée comme une composante essentielle de la durabilité d'une communauté. Si le tourisme n'a pas d'effets durables sur la communauté, l'industrie non plus ne sera pas viable.

Selon cette perspective, il faut reconnaître que l'écotourisme est une activité économique devant être reconnue comme un agent de développement et de changement ; et que le degré de consommation qu'on en fait est déterminé par le style de développement proposé par les acteurs.

II.2.3. Les impacts sur les populations locales

L'accroissement rapide du nombre de visiteurs dans un endroit précis a des répercussions sur les écosystèmes et l'économie, mais également des effets à caractère social et culturel sur les communautés locales, en les mettant en contact avec de nouvelles cultures et en devenant une source importante d'argent.

Or, les impacts socioculturels sont souvent plus difficiles à identifiés et à quantifier que ceux des deux autres domaines. A partir de quel moment, par exemple, une communauté est-elle en train de voir ses traditions s'effriter en raison du tourisme ? Comment déceler une modification de la structure sociale qui serait amorcée par les voyageurs ? Pour aborder cette question complexe, il est approprié de la définir d'abord.

Il est vrai que lorsque deux cultures se croisent, elles empruntent chacune des traits l'une de l'autre, ce qui n'est pas nécessairement négatif, sauf lorsque c'est la communauté d'accueil qui en adopte le plus sans discernement.

Selon NELSON et HARRIS 295(*), cela peut même avoir un effet de déculturation sur la communauté d'accueil, quand le tourisme devient un tourisme de masse. Le problème surgit généralement lorsque les communautés d'accueil qui vivent près des parcs se trouvent projetées dans un circuit touristique sans y avoir été préparées et sans retirer de bénéfice de cette activité. Il arrive aussi que la création d'un parc vienne bousculer la pratique de leurs activités traditionnelles, comme la chasse et la pêche qui sont souvent interdites sur ces sites de conservation.

En outre, les gouvernements ont longtemps évincé les populations locales de certains territoires sous prétexte de les rendre plus accessibles aux touristes. L'achat de terrains par des développeurs étrangers, souvent facilité par des politiques gouvernementales locales ou autres, peut également devenir source de conflits296(*) et de désagréments.

Un des impacts les plus néfastes que la présence des touristes peut avoir sur les communautés locales, à titre d'exemple, la commercialisation des rites culturels traditionnels, comme l'observation des cérémonies religieuses. C'est ce qu'on appelle « l'effet de Zoo », parce qu'il n'y a aucune interaction entre les visiteurs et les visités.

A l'opposé, il arrive que dans certaines régions, le grand Nord canadien par exemple, le tourisme constitue un instrument de revivification ou de revalorisation de pratiques culturelles parfois oubliées des autochtones, et contribue ainsi à redonner une fierté et à reconstruire une identité collective. Cependant, il faut reconnaître que les impacts sociaux sont difficilement mesurables quantitativement. Avec le temps, on arrive cependant à les apprécier de façon plus qualitative.

Les principaux objectifs sociaux liés à l'écotourisme sont de permettre à la communauté d'accueil d'améliorer sa qualité de vie, de satisfaire ses besoins d'information sur la ressource écotouristique et de participer à son propre développement.

Ces buts seront atteints dans la mesure où les communautés locales auront le pouvoir de décider et de participer à la réalisation de projets écotouristiques dans leur région, et de contribuer ainsi à leur propre développement, c'est-à-dire avoir recours à une gouvernance participative. Bref, pour éviter que le tourisme ait des impacts négatifs sur les communautés d'accueil, il faut consulter les populations locales et tenir compte de leurs intérêts, et cela dés la phase de conception d'un projet en écotourisme.

Conclusion 

En somme, avec l'industrie du tourisme propulsée en position de tête en terme de retombées économiques au niveau international et l'éveil de la population mondiale à l'importance de respecter et conserver le milieu naturel, l'écotourisme a vu sa popularité croître de façon phénoménale depuis la fin des années 1980. Malgré sa relative jeunesse, l'écotourisme a su conquérir en peu de temps et le coeur et la tête de bien des gouvernements, ONG, communautés, intervenants en tourisme et chercheurs. Encore perçu à tort ou à raison comme une panacée aux problèmes de développement durable en milieu naturel et en régions isolées, l'écotourisme véritable est cependant bien difficile à définir et organiser.

Cette forme de tourisme emprunte trop souvent l'apparence du tourisme axé sur la nature ou d'aventure, laissant ainsi tomber les principes de bases qui sont des traits essentiels de sa personnalité. Devenu un outil de marketing fort puissant, l'écotourisme ainsi noyé parmi d'autres projets touristiques à plus faible « valeur ajoutée écologique et sociale » perd de son utilité comme outil alternatif de développement.

L'écotourisme fait rêver. Le voyageur se voit plongé dans une jungle luxuriante au coeur d'une aire protégée abritant des espèces rares et colorées. La communauté se voit reprendre possession de ses traditions et contrôler enfin son avenir. Le gouvernement se voit empocher une partie des bénéfices financiers tout en répondant à son désir profond d'adhérer aux principes d'un développement durable. Pour que ces rêves deviennent réalité, il faudra multiplier les efforts de consultation et de recherche afin de dissiper l'épais brouillard dans lequel baigne toujours l'écotourisme. Malgré les doutes et les remises en question qui secouent aujourd'hui ce domaine de recherche, l'écotourisme demeure une piste riche à explorer afin de concilier le développement socioéconomique de nos sociétés et la protection de l'environnement.

Section III. Considérations sur l'éthique du tourisme durable

Evoquée le plus souvent pour le traitement des questions médicales liées aux projets technologiques, l'éthique s'impose désormais dans les autres activités humaines.

Dans un contexte de mondialisation des échanges, le tourisme, situé à l'interface entre les règles du commerce multilatéral et les politiques et réglementations en matière d'environnement et de développement durable, n'échappent pas à cette règle. Problématique vaste et complexe, la question de l'éthique est au coeur du tourisme durable.

Cette prise de conscience nouvelle s'est développée progressivement depuis 1992, suite à la conférence de Rio et au Sommet de la Terre, suivis de la 7e session de la commission du développement durable à New York en 1999. Il est désormais clairement affirmé que le développement touristique durable nécessite la prise en compte de trois critères essentiels, d'ordre environnemental, socio-culturel et économique, dans le cadre d'une approche participative associant l'Etat, les opérateurs privés, la société civile et les autorités locales. A ces critères doivent être associés des impératifs éthiques.

Codes de bonne conduite, chartes d'éthique, plans et labels d'environnement, les dix dernières années ont été marquées, dans le domaine du tourisme, par la floraison d'instruments et de déclarations visant à intégrer les enjeux de l'environnement et du développement durable dans cette activité, affirmant plus ou moins consciemment une éthique du tourisme.

Quelle que soit l'origine de ce phénomène (spirituelle, morale et/ou marchande) ; il convient de le constater, de l'analyser afin d'en comprendre le sens. Cet effort est d'autant plus nécessaire que la confusion est grande dans des discours tournant autour de ces thèmes : « tourisme durable », « tourisme éthique », « écotourisme » tendent à devenir synonymes, ce qui ne facilite pas la compréhension de l'ensemble.

L'objectif de ce chapitre est aussi de s'interroger sur la signification de ce recours à l'éthique, sur sa pertinence par rapport aux enjeux posés par le développement durable et sur sa portée opératoire.

III.1. Tourisme et éthique

Tourisme et éthique sont deux concepts qui n'ont pas toujours été associés. La quête du profit et la conception des économistes ont été dominantes, jusqu'à une période récente. Ainsi, le tourisme de masse nie les valeurs éthiques, morales et culturelles de chaque personne prise individuellement, ce qui conduit au « pillage » des valeurs autochtones, aux heurts de civilisation, à l'échec de l'échange, à l'immoralité de l'échange et à l'exploitation de la pauvreté et de la misère.

La production d'un tourisme de masse, sans référence éthique ou morale autre que le plaisir à tout prix et à n'importe quel prix du client, pose aujourd'hui question. Ainsi, la Charte d'Ethique du tourisme propose des principes et établit des engagements pour les acteurs du tourisme, afin de garantir un développement durable et responsable de ce secteur. L'économie du tourisme est aujourd'hui revendiquée dans tous les pays et elle se développe dans le monde entier, avec l'essor des moyens de transports et la demande toujours croissante des loisirs.

En effet, le développement de la globalisation impose une ouverture rapide des territoires, des activités. Avec l'ouverture des frontières, le développement de l'ordre mondial du commerce et la société de l'information il est difficile d'ignorer ce qui se passe sur l'ensemble de la planète et la solidarité vis-à-vis des autres peuples grandit. Par contrecoup, ce mouvement ravive les peurs, les replis sur soi les égoïsmes pour protéger leurs richesses et leurs droits.

Le tourisme peut-être un terrain d'action privilégié pour rencontrer l'Autre, il semble même que cette attitude devienne l'une des composantes d'un tourisme nouveau. « Bronzer généreux » est le slogan actuel, en opposition au « bronzer idiot » qui a longtemps défini le tourisme balnéaire de masse. Le développement d'une éthique est à la fois le résultat d'un mouvement de refus de l'exploitation touristique qui accompagne la mondialisation et un effort pour privilégier la recherche d'un développement humain, nécessairement critique de celui pourtant dominant de l'économie de marché.

Le temps du tourisme est un temps privilégié, hors du quotidien, facteur d'expériences nouvelles. Le lieu des vacances est aussi la vie dans un territoire nouveau, un lieu de rencontre avec le patrimoine, l'environnement et l'idée que l'on doit transmettre toutes ces richesses aux générations futures. Le temps du tourisme est donc par essence un temps d'apprentissage, de formation de rencontre et de découverte d'information et de connaissance, en même temps qu'un instant de repos, de récupération provisoire par rapports aux exigences du travail.

Si l'exercice du tourisme peut être un temps d'apprentissage d'un comportement éthique, il ne peut se défaire d'une approche éthique pour répondre à l'évolution de la demande de produits touristiques d'une part et pour garantir son développement à long terme d'autre part. La critique du tourisme de masse et l'évolution de la demande vers des produits de qualité en relation avec l'impératif des quatre « E » (équipement, encadrement, événement, environnement) définis par P. CUVELIER297(*) , impose aujourd'hui une démarche citoyenne, voire éthique de la part des entreprises touristiques, dans une perspective de profits à plus long terme.

III.1.1. La responsabilité

Une démarche éthique repose sur la notion de responsabilité, c'est-à-dire sur le fait de s'assumer et d'assumer les autres. S'assumer signifie assumer sa liberté et les choix responsables qu'elle engendre. Assumer les autres signifie les reconnaître en tant que personnes responsables de leur destin, de leur vie. C'est aussi assumer une responsabilité vis-à-vis des générations futures en n'oblitérant pas leur possibilité de développement. Cette approche nous invite à envisager le développement d'activité en considérant les trois responsabilités suivantes :

III.1.1.1. La responsabilité vis-à-vis de l'Autre

La notion d'éthique renvoie à celle de responsabilité. Pour E. LEVINAS298(*) : « la responsabilité naît dans l'instant où l'autre m'affecte, et cette affectation me rend responsable malgré moi ».

La condition de liberté devient la responsabilité, responsabilité de soi et des autres, responsabilité de la prise en compte de l'altérité.

A. SEN 299(*) propose de transformer l'idée de liberté positive incluse dans le concept d'éthique, en capacités individuelles et collectives, ou titres sur la vie et le monde dont chaque personne dispose - des générations présentes et futures. L'Autre représente alors l'environnement social dans lequel fonctionne chaque individu. Cette responsabilité est aussi celle de l'agent économique et on peut parler de développement durable lorsqu'une population a la capacité de prendre en charge son destin. L'éthique du développement implique l'égale dignité de chaque personne. Et contrairement à la morale qui est normative, l'éthique repose sur les moeurs et les habitudes des populations. Une activité développée dans le cadre de l'éthique devrait être le prolongement naturel des réalités économiques, sociales et culturelles d'une communauté.

Nous trouvons de nombreuses formes d'irresponsabilité comme par exemple la prise de photos à la fête des fiancés au Maroc qui ont abouti à la répudiation des femmes dont les visages étaient vendus sur cartes postales.

Donc, le tourisme est un lieu de rencontre, de dialogue et de confirmation de celles-ci. Ceci impose une obligation d'informations de la part des firmes touristiques sur les limites de la rencontre, les valeurs et les interdits de chaque culture. De même, une formation pour les populations autochtones en vue d'assurer leur protection est nécessaire.

L'éthique du développement est liée à la reconnaissance de la personne comme sujet du développement. Dans ce contexte, on lui reconnaît une capacité à assumer ses préférences. Dans ce cadre, on ne peut que respecter et accompagner des pays qui développent un tourisme très ciblé et en petit nombre pour sauvegarder l'intégrité de leur culture. Si la notion d`éthique signifie responsabilité et respect, elle signifie aussi vigilance, veille, contrôle et évaluation. La responsabilité doit être organisée si l'on veut qu'elle s'installe de façon durable.

D'un autre côté, le tourisme est un ensemble de services relationnels et, à ce titre, il repose sur l'homme. Les échanges humains sont très importants aussi bien au niveau du réel qu'à celui du symbolique. Le tourisme est l'un des temps possibles pour connaître les différentes cultures des hommes à travers le monde et, à ce titre, c'est l'un des outils essentiels de la réduction du « choc des ignorances ».

La découverte d'autres sites, d'autres patrimoines devrait favoriser la rencontre d'autres hommes, de l'autre dans son altérité. S'interroger sur les enjeux du tourisme éthique conduit de façon évidente à poser le problème de la protection de l'environnement, mais il faut aussi de façon plus subtile mettre en place les conditions « d'un dialogue des différences ». Les voyages forment la jeunesse, disait MONTAIGNE Vivre ensemble veut dire percevoir l'autre comme un semblable tout en percevant et en acceptant sa différence.

La démarche éthique permet de mettre une limite, un périmètre à l'économie de marché et à l'uniformisation. L'universalisme qui accompagne le tourisme ne veut pas dire uniformisation, mais bien au contraire rencontre des particularités.

La responsabilité vis-à-vis de l'autre consiste aussi à lui donner les moyens de formation pour participer au développement des activités touristiques. La notion de qualité s'impose comme élément de concurrence des services. La formation et l'information sur ces standards participent à l'amélioration du capital humain.

III.1.1.2. La responsabilité vis-à-vis du collectif

Le tourisme repose en grande partie sur les différents patrimoines. Un patrimoine se définit par un lieu, ses caractéristiques environnementales, les hommes qui y vivent et leur culture. La culture se définit par l'ensemble des expressions d'une communauté sur un territoire, mais également par la spécificité des relations des hommes de cette communauté entre eux, entre cette communauté et le territoire, entre la communauté et l'extérieur.

Premièrement, considérer le territoire comme expression du tourisme, les notions du tourisme et territoire sont extrêmement liées. Le tourisme repose sur le service, lequel n'est ni stockable, ni transportable. On doit se déplacer auprès des lieux et donc des hommes qui y vivent pour « consommer » ce service. Le lien au local est obligatoire et immédiat. B. PECQUEUR300(*) parle d'une économie de proximité nécessaire pour gérer les activités humaines sur un territoire en contrepartie du développement de la mondialisation. La spécification du territoire devient alors un élément de sa compétitivité.

P. VELTZ301(*) parle des « lieux et des liens » pour appréhender la politique du territoire à l'heure de la mondialisation. Se faisant, il reconnaît d'une part l'importance des services et des réseaux, mais aussi celle de la compétitivité des territoires par l'organisation. C. PAVOT et H. ZAOUAL302(*) privilégient une approche du tourisme basée sur la prise en compte du sens commun partagé des acteurs de la situation sur un espace donné.

Dans ces conditions, le capital social désigne les réseaux, les normes communes, les valeurs qui facilitent la coopération à l'intérieur des groupes. Il peut être un élément d'évaluation de la dynamique d'un territoire et de la fragilité d'une communauté. La prendre en compte lors du développement d'activités touristiques devrait garantir une certaine durabilité de l'activité et la réduction des effets négatifs. Le niveau ou seuil du capital social permet d'évaluer la capacité des activités touristiques de participer ou non à son développement.

Pour développer le capital social, il faut améliorer le potentiel des organisations de la société civile. Dans le même temps, s'appuyer sur la particularité des relations sociales d'une communauté permet de singulariser le produit touristique. De plus, le tourisme est aussi un moyen de développement de l'économie solidaire, c'est-à-dire d'un ensemble d'activités contribuant à la démocratisation de l'économie à partir d'engagements citoyens.

Le recours à la population locale en matière d'hébergement, d'animation ou d'artisanat ou l'essor de micro-crédits pour la participation des femmes à ces activités sont autant de contributions à l'économie solidaire. Pourquoi ne pas instaurer pour le tourisme, le système du commerce équitable. On parle aussi de tourisme solidaire, alors que ce devrait être la règle d'or de toute activité et bien sûr de toute activité touristique. Les patrimoines, les cultures, bases du tourisme n'existent que parce que des hommes les ont pris en charge, construits, développes, entretenus et il serait normal que les habitants des lieux soient intégrés et rémunérés équitablement dans ce type d'activité.

Une autre forme d'irresponsabilité plus connue et plus organisée est la non prise en compte des besoins de la population locale, voire même l'attribution des surcoûts à cette population.

Les pays récepteurs du Sud dont les économies sont en transition ont souvent une organisation sociale et économique fragilisée. Ils sont les plus touchés par cette situation.

On déduit de ces considérations que le tourisme est un bien commun dont la population locale à la charge de gestion. Si la responsabilité du bien commun appartient à la communauté, le touriste est lié à cette gestion pendant le temps de séjour. Il a de ce fait une responsabilité dans la gestion globale du territoire et de sa vie sociale, mais il ne peut pas en déterminer les modalités. Le touriste doit se soumettre au bien commun défini par la population locale. Cependant, le développement d'activités touristiques peut augmenter la valeur de ce bien-être de la population.

De ce fait, le tourisme améliore les conditions de vie des individus par le règlement des problèmes d'accessibilité, notamment ceux des biens, aux services, des institutions, des relations avec autrui, des informations, des droits et de lutte contre la pauvreté des potentialités.

III.1.1.3. La responsabilité vis-à-vis des générations futures

Garantir et développer un patrimoine suppose un investissement dans le futur. La notion de développement soutenable, née de l'économie de l'environnement, renforce cette approche, en contestant le principe d'une croissance à tout prix. La multiplication des pollutions, le gaspillage des ressources naturelles et le risque que fait peser une industrialisation intensive ont amené certains économistes à contester le principe d'un développement uniquement marchand, fondé sur des valeurs de court terme.

Pour cela, la notion de tourisme soutenable implique un arbitrage d'une part entre les opportunités d'activités présentes et la transmission nécessaire d'un patrimoine aux générations futures, et d'autres part entre les activités variées en tenant compte des trois dimensions de base de toute activité humaine : la société, l'économie et l'environnement.

Cette prise en compte du caractère soutenable d'une activité entraîne une estimation différente de la valeur de cette activité. Il faut prendre en compte trois aspects de la valeur.

D'abord, la valeur d'usage correspond à l'usage cognitif d'un bien en relation avec ses aspects récréatifs esthétiques. Ensuite, la valeur de non-usage se décline en trois valeurs, la valeur d'option qui est la possibilité d'user de ce bien dans le futur, la valeur de legs qui est le désir de transmettre ce bien aux générations futures et la valeur d'existence qui est l'attachement à l'existence de ce bien. Enfin, la valeur induite correspond aux nombreuses externalités, à l'effet multiplicateur et aux effets intangibles (B. DESAIGUES, P. POINT, 1993). O. GIARINI (1990) parle de la « valeur d'utilisation » qui prend en compte l'ensemble des coûts de production d'un produit, ses coûts d'utilisation et ses coûts de recyclage ou de destruction.

Avoir une responsabilité vis-à-vis des générations suivantes, c'est aussi intégrer, dans ses choix, l'ensemble de ces éléments dans le coût de mise en place d'une activité d'aujourd'hui.

Tout développement soutenable doit s'accompagner de la mise en place des éléments de « durabilité sociale » (J.-L. DUBOIS, F.-R. MAHIEU, A. PONSARD, 2002). A ce titre, le tourisme peut à la fois servir à aggraver les problèmes de durabilité sociale ou à participer à leur réduction.

Les impacts négatifs du tourisme sont les dégradations écologiques et du patrimoine, liées à la sur-fréquentation touristiques. Il faut rajouter les sur-coûts de la gestion d'une population plus nombreuse (eau potable, eaux usées, déchets, etc.) souvent supportés par la population locale, les déséconomies externes (mauvaise substitution du tourisme eu égard à d'autres activités comme l'agriculture, l'industrie ou l'artisanat), le renforcement de la fracture sociale liée aux revenus des activités touristiques, les dégradations humaines et sociales (concernant notamment les valeurs familiales, communautaires, humaines, le tourisme sexuel, la drogue ou le sida).


Cependant, le tourisme peut aussi avoir des impacts positifs sur le développement d'un territoire, en améliorant les ressources humaines et les activités locales, en redistribuant de façon plus égalitaire (notamment avec la mise en place de projets collectifs d'éducation ou d'amélioration de l'accessibilité à certains services), les revenus du tourisme, en permettant des rencontres des cultures et en participant ainsi à une acceptation de l'Autre différent.

Parler de durabilité sociale, c'est aussi parler de multi-dimensionnalité. Il est alors important de prendre en compte les diverses interactions et non plus un problème isolé. Les sphères économiques, naturelles et socio-culturelles sont interdépendantes. La durabilité sociale signifie également le refus des situations d'irréversibilité évitables et de prendre en compte les seuils de non retour. L'existence de friches touristiques est aujourd'hui un problème non négligeable. Dans son approche de la bio-économie, Jean Pierre Maréchal (2000) nous incite à tenir compte de la complexité selon trois principes du vivant définis par René Passet, à savoir l'interdépendance, la hiérarchisation des finalités et la recherche des contraintes minimales.

Cette approche peut être complétée par celle de l'analyse des ressources spécifiques d'un territoire proposée par G. COLLETIS et B. PECQUEUR (1995). Les ressources spécifiques sont non transférables d'un territoire à un autre, elles sont la marque de son identité, de son organisation, de sa structure. Reproduire à l'identique en matière de structures et produits touristiques ce qui existe ailleurs n'a pas de sens, si l'activité économique proposée n'est pas ré-appropriée par les acteurs locaux, si elle ne s'insère pas dans les autres articulations dynamiques du territoire. La fonction éthique est celle qui donne les éléments d'adhésion des membres de ce territoire et qui assure les conditions de la dynamique durable de la société.

Conclusion

Développer une démarche éthique impose plusieurs responsabilités qui peuvent parfois sembler lourdes dans le cadre d'une concurrence de plus en plus accrue entre les entreprises. Cependant, nous l'avons vu, la démarche éthique introduit une valeur considérable dans l'ensemble des activités en réintroduisant au coeur du processus l'homme. Il est l'élément indispensable de la chaîne de valeur des services. Le tourisme, par le lien qu'il crée entre l'homme et le territoire est concerné à plusieurs titres par cette démarche.

On ne peut pas parler de la responsabilité du tourisme vis-à-vis des générations présentes et futures sans revenir sur le rôle éducatif du temps libre, du tourisme.

C. GOLDFINGER (1994) a annoncé que désormais les activités futiles comme le sport, le jeu, les loisirs deviendraient les activités économiques les plus rentables et les plus recherchées par les investisseurs. L'économie touristique a besoin d'une éthique, afin de protéger les générations présentes et à venir. Il faut rappeler que ce type d'activité doit rester au service de l'homme, afin de lui donner de véritables lettres de noblesse.

III.2.1. L'équité

Comme nous avons déjà mentionné, il ne peut y avoir de bon développement sans un bon environnement, des responsabilités communes mais différenciées des Etats dans les enjeux globaux, des relations à l'intérieur des Etats et entre eux, mais aussi entre générations présentes et futures. On est en face d'une idée normative, dont l'intérêt est a priori plus politique qu'analytique, traduite en objectifs opérationnels dans les quarante chapitres de l'Agenda 21.

III.2.1.1. L'équité Nord-Sud

Les préoccupations fondatrices de contraintes globales et d'équité Nord-Sud sont souvent absentes dans les documents de référence sur le développement durable (stratégies nationales, agendas 21 locaux, démarches sectorielles), pour laisser la place à une masse d'enjeux concernant d'abord le cas local et ponctuel. Pourtant l'enjeu éthique du développement durable passe par la contribution du tourisme au développement des pays du Sud, et l'équité de ce développement.

Le développement vu sous l'angle de la durabilité demande un changement des schémas actuels de production et de consommation économique. Le problème c'est comment les atteindre, lorsqu'on connaît les différences qui existent sur ce plan entre le Nord et le Sud ?

Comment faire du tourisme une force de développement des pays du Sud, alors que l'offre et la demande internationale sont dominées par les transporteurs, voyagistes et hébergeurs des pays du Nord ? La domination du tourisme mondial par les pays du Nord interroge ces derniers quant à leur responsabilité dans les impacts sur l'environnement du tourisme, et sur les moyens de combler le fossé entre pays développés et pays en voie de développement.

C'est pourquoi, et juste titre d'ailleurs, que la commission Brundtland s'était préoccupée de l'éthique de l'équité en percevant bien que les inégalités actuelles entre les nations et au sein de chacune d'elle ne sont pas à l'avantage de tous et qu'elles sont inéquitables.

Il faudrait donc corriger l'inéquité, en ce sens que la crise de l'environnement n'est pas seulement écologique mais aussi politique, car préserver l'environnement c'est aussi se préoccuper d'équité entre les individus et les nations en tenant compte prioritairement des besoins des plus démunis. Ainsi, la notion d'équité fait partie intégrante du concept de développement durable et il ne saurait y avoir de développement sans sa promotion. Alors, le Nord va t-il consentir à modifier son mode de vie, ses technologies et ses aspirations à plus de bien-être pour laisser au Sud, l'espace écologique indispensable à son développement ?

Que de bouleversements à prévoir dans la perception et les comportements vis-à-vis de l'environnement. Une nouvelle tache est à entreprendre, et il appartiendra à tous de tisser de nouveaux liens sur la base d'une responsabilité commune pleinement partagée pour établir un contrat nouveau qui assurera autrement les solidarités.

III.2.1.2. Commerce équitable et tourisme

La vague de sensibilisation qui touche actuellement nos sociétés en quête d'éthique incite les professionnels à revoir leurs offres. Dans ce contexte, les différents secteurs économiques, dont le tourisme, doivent revoir leur stratégie.

Le tourisme équitable est un concept récent, lié à l'expression plus générale de « commerce équitable », où une relation s'établit entre le producteur et le consommateur.

Il permet ainsi une rémunération équitable du producteur (pays d'accueil) et réduit les aléas commerciaux liés aux conjonctures.

L'UNAT définit le tourisme équitable de la façon suivante : « l'expression tourisme équitable se réfère au commerce du même nom, né récemment de la volonté d'adopter des règles « équitables », par apposition au fonctionnement du marché actuel mondial, les associations qui se définissent de tourisme équitable sont censées se soumettre au contrôle de la plate forme pour le commerce équitable. Actuellement les associations303(*) de tourisme membres de la plate forme sont : croq'nature, la route de sens, TDSVGES »304(*).

Une deuxième définition, celle de O. ABERT, « le tourisme équitable, pour sa part, fait référence, de façon précise, au commerce équitable. Il s'agit à la fois d'instaurer un autre mode de voyage et de faire pression par des sensibilisations auprès d'un vaste public (touristes, professionnels, décideurs politiques et économiques) pour changer globalement les pratiques actuelles du tourisme Nord - Sud et combattre les impacts négatifs qu'il engendre... »305(*).

En résumé, le tourisme équitable met l'accent sur les aspects de juste rémunération des divers intervenants de la filière et en particulier des populations locales. Le tourisme appartient à la catégorie des services et il est alors soumis aux règles du commerce équitable, tout comme les produits. Le touriste accepte de payer plus cher la prestation en sachant que le surprix permet une meilleure rémunération des prestataires à la base comme pour les produits de consommation, les services du tourisme équitable tendent à s'appuyer sur un label certifiant la qualité.

Citons pour l'exemple l'association Max Havelaar France306(*), à but non lucratif, qui est une organisation de labellisation du commerce équitable en France. Son objectif est de donner aux producteurs du Sud les plus défavorisés des conditions de vente avantageuses et un accès au marché mondial favorisant ainsi un développement durable. Max Havelaar n'est pas une marque mais un label garantissant que des secteurs du commerce international respectent les critères stricts du commerce équitable : achat direct, prix minimum garanti, préfinancement des récoltes, contrat à long terme.

Au niveau européen, Max Havelaar labellise sept produits307(*) : le cacao, le thé, le café, le miel, le sucre, la banane, le jus d'orange. Et ce sont 700000 familles de petits producteurs dans 35 pays qui sont assurées aujourd'hui de vivre dignement de leur travail.

Sur le plan mondial, la fédération Artisans du Monde fait la promotion d'un « label de qualité sociale » garantissant aux consommateurs que les produits achetés (baskets, vêtements) ont été fabriqués par des salariés dans des conditions excluant l'esclavage, le travail des enfants en dessous d'un certain âge, et les salaires de misère.

III.2. Le tourisme solidaire et responsable

Le tourisme solidaire et responsable est d'essence marchande mais sa progression, son innovation et sa construction prouvent qu'une alternative à une consommation de produits touristiques de masse est possible.

Champs d'expérimentation pour le tourisme de demain, il met en valeur la spécificité des lieux, des patrimoines et des cultures locales et teste des pratiques transférables, comme la répartition des bénéfices au sein de la population accueillante. Mises bout à bout, ses spécificités dessinent un profil très caractéristique.

Le tourisme solidaire et responsable recouvre des formes de tourisme alternatif ou avancé, intégré et diffus, à savoir, principalement : l'écotourisme, le tourisme équitable, les tourismes « en faveur des pauvres »308(*) (ou tourisme pour les pauvres, « pro - poor » en anglais) et communautaires309(*) (community based en anglais) et le tourisme durable.

Le premier point commun de ces formes est une contribution au développement des populations d'accueil. Le reste relève de stratégie, de modes opératoires, d'efficacité, d'affichage, de niches et de moyens humains et financiers variables affectés aux actions de développement.

L'objectif de ce paragraphe est de s'interroger sur la signification de ce concept, sur sa pertinence par rapport aux enjeux posés par le développement durable et sur ses retombées sur le territoire.

III.2.1. Vers un tourisme solidaire et responsable

Tourisme solidaire et responsable toute l'ambiguïté du concept vient de la juxtaposition de ces deux qualificatifs.

Le tourisme solidaire, d'un côté, pense le tourisme comme moyen de développement local, « le tourisme solidaire introduit une notion de solidarité entre le touriste et les populations d'accueil (...) il peut revêtir plusieurs aspects comme, par exemple, le soutien à un projet de développement ou la participation à un fonds d'entraide. Il s'inscrit dans la durée afin de garantir la pérennité des actions de solidarité »310(*).

Le tourisme responsable, de l'autre, part de l'émetteur (le voyagiste, qu'il soit marchand ou non). Il est né de a prise de conscience que l'opérateur est responsable des effets du tourisme sur la population et sur l'environnement.

Pour sortir de cette ambiguïté de l'offre (solidaire ou responsable?), il faut en appeler au client. Car cette offre de voyages ou de séjours, correspond à une véritable demande, petite mais réelle. Elle engendre des bénéfices pour ceux qui organisent.

Le tourisme solidaire et responsable doit pouvoir « enrichir » leurs promoteurs et leurs organisateurs. C'est d'autant plus souhaitable que le tourisme, on le sait, est un excellent moyen pour faire avancer les mentalités, les expérimentations, les innovations en tout genre. On l'a vu pour la sensibilité à la nature, on le voit pour la démarche du développement durable, pour l'intérêt des entreprises à intégrer les économies d'énergie et d'eau dans leur gestion au quotidien.

Donc, le tourisme solidaire et responsable regroupe les formes de tourisme « alternatif » qui mettent au centre du voyage l'homme et la rencontre et qui s'inscrivent dans une logique de développement des territoires. L'implication des populations locales dans les différentes phases du projet touristiques, le respect de la personne, des cultures et de la nature et une répartition plus équitable des ressources générées sont les fondements de ces types de tourisme311(*).

Ce concept est réalisé au profit des populations locales et avec leur entière participation, il conforte ces sociétés locales, les aide à s'organiser et leur fournit des moyens humains et financiers. Il met l'accent sur le capital social, il facilite les synergies entre acteurs locaux du développement : les organisations de base, les gouvernements locaux, les ONG, les services déconcentrés de l'état, le secteur privé. Il minimise l'impact écologique, culturel sur le milieu environnant. Il joue un rôle d'éducation au développement pour les populations du Nord. Il s'inscrit dans une démarche de développement local durable.

En somme, le tourisme solidaire et responsable est un mouvement social qui cherche à maîtriser et à valoriser l'économie touristique au profit des communautés d'accueil. Il s'inscrit dans une démarche de développement territorial 312(*).

La démarche est entièrement construite à partir des ressources humaines, sociétales, culturelles, économiques et environnementales qui forment l'espace de vie des communautés d'accueil. Elle engage la responsabilité de l'ensemble des acteurs impliqués : la population accueillante, leur représentation sociale, les intermédiaires et les voyageurs.

Cette responsabilité se fonde en premier lieu sur le respect des rythmes, us et coutumes, et valeurs des habitants et de leur environnement. Elle concerne aussi une redistribution équitable des revenus de l'activité.

Et pour permettant la maîtrise et la durabilité de cette démarche, une implication et une participation volontaires des populations d'accueil ; une capacité à engager des partenariats avec des intermédiaires sensibles aux démarches et valeurs proposées et une information et une sensibilisation des voyageurs aux principes de la démarche et aux valeurs culturelles des communautés d'accueil, est demandé. Pour y parvenir, il faut des capacités d'animation, des outils de formation, des dispositifs d'accompagnement technique, des outils de mise en réseau, des actions de promotion ciblée, un cadre institutionnel adapté et motivé et des ressources financières à la hauteur des enjeux.

III.2.2. Les retombées et les faiblesses du tourisme solidaire et responsable

Les retombées du tourisme solidaire et responsable sont positives et multiformes, économique, sociales et culturelles.

- Financement et réalisation de micro - projets de développement :

ceci est certainement la forme la plus visible des retombées de ce tourisme. Ces micro - projets ont le plus souvent un caractère social, prenant la forme de réalisation d'équipements (école, dispensaire, maternité, puits, etc.) ou d'appui à des initiatives de base(groupements, associations, etc.). De ce fait, ils ont une incidence directe sur l'amélioration des conditions de vie des populations locales ;

- Création d'emplois et maintien des jeunes : dans tous les cas, cette forme de tourisme crée des emplois locaux qui n'existeraient pas par ailleurs. Même s'ils sont saisonniers, ces emplois contribuent fortement au maintien des jeunes sur les territoires en freinant leur exode saisonnier ou permanent ;

- Maintien de la population locale, voire retour des migrations : l'activité touristique a une réelle incidence sur le maintien de la population locale, voire, dans certains cas cités, le retour de populations émigrées ;

- Retombées fiscales pour les collectivités locales : ces retombées (le plus souvent sous forme de taxes de séjour et de patentes) sont des éléments appréciables pour les budgets des communes, très démunies par ailleurs. Ceci contribue à renforcer les politiques de décentralisation et à favoriser l'autonomie des communes.

Pour maximiser ses retombées, un système de cogestion communautaire, basée sur la transparence est important : plus les gens sont impliqués dans le projet et tenus informés de son fonctionnement, plus les retombées sont importantes.

A contrario, il y a un risque de démobilisation voire de rejet ou de marginalisation de l'activité touristique, si celle-ci est monopolisée ou captée par des opérateurs travaillant de manière isolée sur le territoire d'accueil sans relation claire et transparente avec celui-ci et son système de représentation socio-politique.

Du fait des contraintes locales et internationales, de sa dépendance vis-à-vis de l'opinion publique, des modes, des types de consommation et d'une difficulté à s'organiser, l'offre en tourisme solidaire et responsable montre des faiblesses.

Un des dangers qui guettent le tourisme solidaire et responsable est la saturation des sites, lieux villages, communautés, familles et personnes d'accueil - par effet mécanique d'une augmentation de fréquentation (sachant que la clientèle est largement de l'extérieurs (peu de clientèles locales) dont les voyages contribuent à l'augmentation des gaz à effets de serre).

Un autre est le manque de capacités dans l'évaluation des effets de l'activité sur les partenaires, les habitants, les territoires, la clientèle ; de crédibilité sur le respect des chartes et codes par manque de ressources pour l'évaluation et le contrôle ainsi que les difficultés à séparer nettement l'offre de qualité de l'offre publicitaire.

D'autres faiblesses peuvent être identifiées comme la pratique de la cooptation entre pairs insuffisante pour garantir une réelle qualité de démarche.

- Communication grand public qui simplifie et masque certaines réalités.

- Confusion des genres, thèmes, notions et idées dans la communication médias (durable, équitable, éthique, etc.)

- Aide au développement de type « aide d'urgence » : agriculture, scolarisation, éducation, santé, gestion de l'eau, artisanat.

- Absence de planification intégrée.

- Peu de réflexions et d'actions sur le risque de la mono - activité touristique.

- Peu de coopération avec les autorités locales et les institutions.

- Absence de signes de réflexions ou d'actions sur le développement durable global, voire local.

Enfin, la volatilité d'une offre découlant d'une demande aléatoire fragilise les marges et les capacités d'amélioration ou d'expansion.

Les voies de progrès existent mais elles changent la nature des démarches qui deviennent intégrées et partenariales.

Ces nouvelles formes de tourisme ne sont-elles qu'utopiques, que bonne conscience pour une élite sociale ou peuvent-elles s'étendre plus largement au tourisme conventionnel ? ont-elles des réalités économiques durables, sans risque de récupération au profit de quelques-uns ? ces économies alternatives, pour s'imposer, doivent-elles s'organiser à grande échelle ? en tout état de cause, le tourisme Nord - Sud doit évoluer, sortir de la dictature de très grosses entreprises des tour opérateurs, si on veut qu'il n'occasionne pas des dégâts irréversibles. Cette évolution est très liée au poids de l'opinion publique, c'est-à-dire aux touristes eux mêmes, les premiers à pouvoir faire bouger les comportements et l'organisation de ce tourisme international, grâce à un choix attentif de leur voyage.

III.2.3. L'ethnotourisme

Par le développement des voyages de masse et la promotion de produits « packages » vendus tout compris, le voyageur est très souvent devenu un touriste/consommateur. Cette « marchandisation » des voyages a généré de nombreux effets négatifs. C'est ainsi notamment qu'un petit nombre de tours opérateurs occidentaux très puissants imposent maintenant leurs règles, leurs prix, et souvent leurs standards marketing aux pays d'accueil et aux prestataires de services locaux, tout comme à leurs clients.

Ce qui introduit un déséquilibre entre hôtes et visiteurs. Le tourisme est-il un bienfait ou un fléau pour les populations hôtes ?

Ce débat n'a cessé de diviser au sujet de l'interprétation des impacts liés à l'intrusion massive ou non du tourisme dans des régions considérées comme fragiles sur les plans naturel et/ou culturel.

L'économiste voit plutôt dans le tourisme une chance pour le développement, tandis que l'ethnologue estime que le tourisme est une menace supplémentaire pour la survie de la diversité des cultures et des sociétés humaines. Les uns et les autres ont tantôt tort, tantôt raison et le tourisme est un fait social total. Nul étonnement donc que le point de vue des hôtes soit fortement conditionné par une situation touristique donnée et toujours spécifique à chaque espace-temps.

Tant que tout le monde profite de la manne économique qu'est le tourisme, les critiques envers les voyageurs de passage sont rares. Mais, avec l'apparition de problèmes, les touristes deviennent des boucs émissaires pour expliquer le délitement moral ou la perte des valeurs.

Etablir des relations directes entre les hommes et les femmes de cultures différentes pouvant contribuer à la construction d'un monde plus solidaire et de permettre à des populations et pays d'accueil de valoriser leur culture et de contribuer durablement à leur développement, le tourisme tend à devenir essentiellement un outil de profit pour quelques opérateurs privés. Inéquitable, cette tendance renforce et banalise les relations dominants/dominés en laissant peu de place à la prise en compte du respect de la diversité culturelle et des équilibres sociaux et naturels souvent fragiles.

L'ethnotourisme, à l'instar de l'écotourisme (même s'il convient de les distinguer), a autant de détracteurs que des partisans. Il est vrai que les dégâts d'un tourisme ethnologique mal pensé peuvent être énormes. Et la liste des exactions commises à l'encontre des populations autochtones est longue.

J.-C. MONOD313(*), voit dans l'ethnotourisme, ainsi que dans l'écotourisme, un prétexte des entreprises touristiques pour engranger encore plus de bénéfices. La floklorisation et la commercialisation des cultures peuvent effectivement apparaître déstructurantes sur le plan identitaire.

Ainsi, l'ethnotourisme peut évoluer dans un sens positif, en ouvrant une brèche salutaire contre l'oubli et le silence forcé, jouant en faveur des peuples opprimés ou des groupes ethniques menacés de disparition ou d'ethnocide : Tibétains, Papous, Pygmées, Hmong...

Les peuples ayant reforgé leur identité ethnique non pas pour le tourisme, mais par le tourisme sont de plus en plus nombreux, les populations locales se trouvant valorisées sur le plan économique et culturel, comme à Bali où le tourisme a joué un rôle important dans la conservation de la culture. Le touriste peut être vecteur d'acculturation, mais également vecteur d'évolution et dynamisation des cultures.

En somme, il n'existe donc pas un ethnotourisme qui serait uniquement sordide et destructeur. Il existe une voie, celle du « tourisme de rencontre partagée », avec son naturel corollaire que représente l'écotourisme.

III.2.4. La rencontre de l'autre

Aujourd'hui, des villages de la brousse d'Afrique ou des villages de pêcheurs d'Amérique latine314(*) se sont organisés pour accueillir pendant une ou deux semaines des petits groupes de voyageurs et leur faire partager pendant un temps leur vie quotidienne, leur faire connaître leur culture et leur mode de vie. C'est une nouvelle forme de tourisme. Dans chaque cas, le touriste est mis en situation dans un milieu qui n'est pas celui dans lequel il vit habituellement.

La notion de tourisme responsable insiste sur la rencontre, c'est-à-dire sur la relation qui s'établit entre le touriste et le milieu qui l'accueille. Le touriste vient avec sa propre culture, ses habitudes et réflexes, sa capacité financière mais aussi sa curiosité, son envie d'échanges.

Le milieu d'accueil est plus qu'un simple campement ou hôtel, c'est un espace, un village, un terroir, avec sa population, ses règles sociales, son économie, son environnement, ses paysages plus moins façonnés par l'homme.

La rencontre, mélange de curiosité et de respect entre l'accueillant et l'accueilli, constitue les prémices d'un tourisme responsable. Elle est à la base de la qualité de l'offre d'accueil. Mais toutefois, la rencontre n'est pas automatique.

La relation entre l'hôte et le visiteur doit être sur un pied d'égalité. Cependant, les visiteurs expriment des désirs spécifiques souvent à l'opposé de ceux des visités, dont les secrets resteront enfouis. Que de possibilités de rencontres manquées, perturbées, incomprises, tragiques même ?

Pourtant, le voyage doit d'abord être avant tout une rencontre s'il veut rester un voyage, une rencontre voire une aventure. S'ouvrir à l'autre, c'est s'ouvrir au monde. Et s'ouvrir à l'autre est nécessaire au développement de soi.

L'hôte c'est l'autre, et le respecter revient simplement à l'accepter avec toutes ses différences315(*). Mais à l'heure actuelle, il n'y a pas d'égalité dans la relation qui peut s'établir au départ entre les hôtes et les invités.

Pourtant la relation aux autres a remplacé la découverte de nouveaux territoires. Les voyageurs recherchent moins d'ultimes terres inconnues que de nouvelles expériences relationnelles. S'ouvrir à l'autre, se risquer à l'altérité, c'est accepter de douter de soi. Ces fausses rencontres, fondées sur des rapports le plus souvent strictement marchands, participent à une certaine idée du voyage. Et donc une certaine idée des voyageurs. Combien de touristes se satisfont de ces relations plus que superficielles ? Largement suffisamment pour que ces rapports biaisés se perpétuent sur fond de ségrégation économique.

L'enjeu, de nos jours, consiste à concilier la préservation des cultures autochtones avec la possibilité de faire bénéficier les populations locales des fruits du tourisme. L'un des enjeux futurs consiste à concevoir puis à donner aux jeunes une éducation au voyage qui prenne en compte la diversité humaine, culturelle et naturelle.

Le véritable tourisme durable ne peut finalement qu'être un tourisme durable alternatif316(*), terme pourtant galvaudé comme ceux de durable ou d'écotourisme. Il importe de comprendre que le tourisme durable alternatif ne peut espérer remplacer le tourisme de masse, ou alors il ne conserverait d'alternatif que le nom, mais c'est un premier pas indispensable vers un tourisme durable et responsable.

Le seul tourisme qui soit véritablement éthique sera toujours celui qui impliquera pleinement les populations autochtones dans la conception, la réalisation et la gestion des projets locaux. Il y a donc une morale du voyage. Et les pratiques de loisirs connaissent une forte vague de remoralisation, via l'humanitaire et l'écologique. La morale contraint au voyage utile et visible, et condamne le voyage contingent et inutile. Du coup, l'oisif, le festif et le ludique culpabilisent le touriste.

Dans ce contexte, la connaissance de l'autre et l'éthique peuvent permettre de donner de la densité à son voyage. On comprend alors mieux que l'éthique puisse être le fonds de commerce de certains professionnels.

Le voyage est une rencontre éphémère, superficielle et incomplète. En revanche, il faut déplorer le poncif développé par les voyagistes et la rhétorique publicitaire autour de la rencontre de l'autre.

L'habitude des approches du développement durable veut que l'on ait coutume de se référer à une représentation sur trois axes, sous forme de trièdre « économie, écologie, environnement ». Celui-ci permet effectivement d'introduire la nécessaire intégration des préoccupations environnementales, sociales et économiques. Mais la prise en compte des enjeux fondamentaux du développement durable ne sont pas clairement visibles. C'est en ce sens que le passage à une représentation tétraédrique  « économie, écologie, environnement, éthique » avec un axe complémentaire « éthique », présente un intérêt certain.

Conclusion du chapitre

Si ce qui précède doit déboucher sur une conclusion, celle-ci ne sera pas une clôture, une sorte de point d'orgue, mais au contraire, une ouverture vers l'avenir.

Certes, l'attractivité touristique représente aujourd'hui un atout important pour le territoire. C'est un enjeu économique et social pour les collectivités.

Cependant, le tourisme peut également être à la source de nombreux effets négatifs. C'est pourquoi selon différents auteurs, le tourisme doit s'inscrire dans la prise en compte du local, comme le préconise H. ZAOUAL317(*) dans la logique de la théorie des sites. En effet, pour représenter un moyen efficace de favoriser le développement local, les politiques touristiques doivent s'adapter au cadre de vie ainsi qu'aux richesses patrimoniales du milieu local.

Face à ces constats, il est essentiel de souligner l'importance du rôle que peut jouer le tourisme sur un territoire. Selon sa conception et son aménagement, il peut aussi bien être l'élément destructeur d'une société que l'atout majeur d'une dynamique locale.

Avant d'envisager un développement touristique, les collectivités doivent mettre en place de nombreuses politiques afin d'adapter un tourisme responsable et surtout durable.

Aujourd'hui, le concept de tourisme durable, comme nous avons essayé de le montrer, est récurrent dans les politiques de développement. Il vise une plus grande maîtrise des flux touristiques et exige une approche pluridisciplinaire. Il montre qu'il peut exister une autre manière de voyager qui contribue au développement durable.

Donc, le projet « vers une stratégie pour un développement durable du tourisme », peut-il devenir une valeur sûre, ou au contraire est-il un produit d'appel, forcément limité, et engendrant des surcoûts importants ? En d'autres termes, offre t-il l'opportunité à tous les acteurs qui le souhaitent de s'unir pour contribuer à proposer un développement respectueux et valorisant, réhabiliter les valeurs du patrimoine culturel et naturel ?

Il ne fait aucun doute que le tourisme sera durable ou ne sera pas. La question de fond est de savoir à quel prix, tant pour les générations actuelles que pour celles à venir.

Certes, les différents « paniers d'indicateurs de tourisme durable », malgré leur diversité et leur imprécision, proposent des outils de gestion voire de planification qui sont très utiles. Les prendre pour « recette clé en main » serait un pur leurre. Cependant, les considérer comme des repères utiles pour définir les fameuses « capacités de charges » et des « seuils de tolérance » dans lesquels le tourisme peut exercer ses activités à l'abri des menaces et des destructions examinées dans ce chapitre est salutaire.

Dans cette perspective, avant toute décision, le milieu est à considérer dans toutes ses caractéristiques : économiques, sociales, culturelles, physiques etc. Seule une politique d'ensemble, multisectorielle, peut orienter le tourisme vers un développement durable.

En se référant à la théorie de sites symboliques, la planification doit concrètement prendre en considération les traditions, les cultures et les mythes du territoire concerné. Toute transposition est vouée à l'échec.

Chapitre IV. L'expérience marocaine 

Le tourisme se présente comme un élément fondamental dans la dynamique de croissance économique et sociale du Maroc.

En effet, il est rare qu'un secteur économique soit créateur d'autant de valeur ajoutée, d'emplois et de devises que le tourisme; pour un coût aussi faible.

Tout produit ou service touristique consommé par un visiteur étranger équivaut à une exportation qui ne subirait pas les contraintes des coûts du transport et de la distribution sur les marchés extérieurs.

En outre, par ses effets d'entraînement, le tourisme stimule d'autres secteurs vitaux tels que le bâtiment, le commerce, l'artisanat, l'agriculture, etc. L'influence du tourisme international n'est pas seulement d'ordre strictement économique, elle concerne aussi la politique sociale, la politique de l'environnement, la politique de l'aménagement du territoire sans négliger son rôle de facteur de rapprochement entre les peuples.

C'est pourquoi ce secteur est prioritaire; cette priorité remonte à 1965, lors de l'établissement du plan triennal de développement économique et social 1965-1967.

Toutefois, nous pouvons dire que « pour attrayant qu'il soit par le rôle économique et social qu'il joue, la beauté et la diversité de ses sites, sa culture millénaire, ses traditions séculaires, ses paysages éclatants, sa riche gastronomie, son accueil et sa remarquable stabilité politique.»318(*), les résultats enregistrés jusqu'à aujourd'hui sont bien loin de refléter ses formidables potentialités, prouvant que le secteur connaît certaines difficultés structurels et conjoncturels.

Le présent chapitre est composé de trois sections, la première traite l'évolution de l'industrie touristique marocaine d'une part, et les entraves qui entravent son développement d'autre part.

La deuxième section est consacrée à l'analyse des politiques mis en oeuvre pour le développement de l'industrie touristique, ainsi que les principales politiques envisagées pour le développement de ce secteur durablement et pour réaliser l'objectif d'atteindre 10 millions de touristes en 2010.

La troisième section, qui est la dernière de ce chapitre, est une analyse située de tourisme basée sur la théorie de sites symboliques. Qui donne au territoire les moyens de se développer touristiquement de façon plus « située ». C'est cet aspect de valorisation du territoire qu'il sera intéressant d'expliquer afin d'aboutir à la pertinence d'un « tourisme situé » assurant une durabilité des cultures locales et des écosystèmes.

Section I. L'industrie touristique au Maroc 

Le Maroc avec sa civilisation, son histoire, sa position géographiques qui lui permet d'avoir deux façades maritimes méditerranéenne et atlantique, sa proximité des pays européennes, importants émetteurs de touristes, ses montagnes, ses paysages variés, son artisanat caractérisé par sa vitalité et enfin ses régions du sud caractérisées par leur nature saharienne, tend à devenir l'un des pôles touristiques les plus attractifs de la région.

De même, l'histoire longue du Maroc a fait de ses villes impériales un centre d'afflux d'un grand nombre de touristes. Sa valeur réside dans la variété:

· Tourisme balnéaire: le littoral est depuis longtemps l'un des points forts du tourisme au Maroc. Aujourd'hui encore sa fonction est dominante. Cependant, au niveau du tourisme mondial on assiste non pas à un rejet du produit « balnéaire » mais à sa banalisation.

La relation entre la mer et le touriste a changé. La mer est aujourd'hui aussi utilisée pour de multiples activités telles que la plongée sous-marine, le surf, le jet ski et la planche à voile.

Le Maroc dispose de deux côtes, l'une donnant sur la Méditerranée et l'autre sur l'Atlantique. L'infrastructure hôtelière a été développée afin de promouvoir ce tourisme. Cependant, elle reste insuffisante est mal répartie entre les régions dites balnéaires.

De plus, au niveau mondial le Maroc n'est pas considéré comme une destination de grande affluence, contrairement à la Tunisie, puisqu'il ne dispose que de sept stations balnéaires à savoir celle de Tanger, station en déclin avec des plages mal assainies et une hôtellerie vétuste (taux d'occupation 28,9% en 1998), celle de Tétouan où on a plus favorisé la construction de villas pour particuliers que d'hôtels, celles de Rabat et Casablanca qui connaissent l'affluence essentiellement de touristes locaux, celle d'Essaouira qui est considérée comme une destination culturelle et sportive mais manque d'infrastructure hôtelière, la station de Saidia qui attire surtout les touristes locaux et algériens (avant la fermeture des frontières) et la station d'Agadir, la seule qui répond aux normes touristiques internationales.

· Tourisme culturel : le Maroc est mondialement connu pour ses villes impériales (Fès, Marrakech, Rabat, Meknès), sa gastronomie et son artisanat. Cependant, la dégradation de certains sites historiques, la perte de l'identité architecturale, le manque de musées et de manifestations culturelles fait que le Maroc perd graduellement sa spécificité culturelle.

Le Maroc grâce à ses moussems (Imilchil, Kalaâ de M'Gouna, Erfoud, Sefrou), ses musiques sacrées et populaires et ses fantasias) pourrait répondre à tous les goûts culturels des touristes internationaux.

En 1998, les arrivées de touristes internationaux dans les hôtels classés des villes culturelles représentaient environ 50% des arrivées totales de touristes étrangers, tandis que les nuitées réalisées étaient de 41%.

· Tourisme de montagne : la montagne occupe plus du tiers de la superficie du Maroc.

Au Nord, s'étend la chaîne du Rif avec comme point culminant le Jbel Tidighine (2450m).

Au centre le Moyen et le Haut-Atlas comptent plusieurs sommets tels que : Jbel Toubqal (4165m), Jbel Mgoun (4071m) et Jel Ayyachi (3737m). Cette région est la source, également, de tous les grands fleuves du Maroc.

Au Sud, l'Anti-Atlas avec ses reliefs, son climat aride et ses canyons, annonce le désert.

C'est grâce aux programmes du PNUD dont l'objectif était de désenclaver le milieu rural, que plusieurs gîtes ont vu le jour et qu'on a pu former les anciens et nouveaux guides et accompagnateurs de la région afin de les initier au tourisme de montagne.

Le manque de statistiques concernant le nombre de touristes pratiquant le tourisme de montagne, s'explique par le fait que c'est un tourisme embryonnaire qui commence à peine à être intégré dans les circuits proposés par les tours opérateurs.

· Tourisme sportif : en 1998, le Maroc a été distingué comme la première destination golfique émergente dans le monde avec 18 terrains de golfs. Selon une étude faite par the National Golf Fondation, les golfeurs dépensent entre 2500 à 3000 dollars par voyage et voyagent au moins deux fois par an.

Il a été remarqué qu'aux Etats-Unis qui comptent 16200 terrains de golf et en Europe avec 5700, il n'est possible de jouer que pendant sept mois de l'année, en raison du climat.

A la fin de l'automne, en hiver et au début du printemps on cherche des régions où il fait chaud, chose que devrait utiliser le Maroc à bon escient en investissant dans la création de golfs dans les régions touristiques et également dans celles marginalisées sur ce plan mais qui ont des potentialités importantes.

· Et enfin, le tourisme d'affaires : ce type de tourisme pourrait être une source importante de revenu dans le cas où le Maroc mettrait en place une structure hôtelière qui répond à ce type de besoins, à savoir : des salles de congrès comme celle du palais des congrès de Marrakech, la seule de son importance au Maroc.

A titre de comparaison, Paris, première ville de congrès au monde, organise en moyenne deux congrès par jour, tandis que la fréquence au Maroc dans son ensemble est de un congrès par mois.

En 1998, le Maroc a accueilli les assises de GENERAL MOTORS. Il s'est distingué parmi une trentaine de destinations et était finaliste avec l'Espagne et le Portugal. Cet événement avait débuté le 26 janvier 1998, avec l'accueil de 17000 participants, représentant ainsi 34000 mouvements de personnes en 30 jours venant de 27 pays.

Les grands groupes internationaux organisent souvent ce genre de manifestations, qu'ils sont prêts à financer. Leur seule préoccupation est un environnement qui soit à la fois propice au travail et à la détente, chose que de nombreuses villes du Royaume offrent, sauf qu'elles manquent d'infrastructures qui répondent aux normes de qualité internationales.

La conjonction de ces données historique et géographique a pu faire du Maroc une des destinations les plus importantes. Ceux ci nous conduisant à se demander quelle était la situation de tourisme Marocain et quelle est sa situation actuelle et enfin quelles sont les mains visibles et invisibles qui influencent le développement de ce secteur.

En somme, dans un 1er paragraphe nous décrirons les piliers sur lesquels a évolué l'industrie marocaine, dans le deuxième paragraphe nous aborderons les résultats et les scores du Maroc sur le plan touristique ainsi qu'aux handicaps qui entravent la croissance de cette industrie.

I. Le contexte socioéconomique du tourisme au Maroc

I.1. Le tourisme pendant le protectorat au Maroc

Dans le cadre de sa politique de mise en valeur du pays, le protectorat Français avait, dès les premières années de son installation, compris que le tourisme devait constituer une des principales ressources de développement au même titre que la modernisation de l'agriculture, l'exploitation des richesses minières ou l'installation de quelques industries de transformation.

Certes, le tourisme pendant cette période n'avait rien de commun avec l'industrie touristique de ce début du XXIe siècle ou la fin du XXe siècle ; les flux touristiques concernaient essentiellement des familles de colons, des fonctionnaires civils et militaires du Protectorat Français et Espagnol.

Le développement du tourisme n'a connu qu'une expansion assez timide durant la période coloniale, bien que les premières initiatives remontent aux années 1920 319(*).

I.1.1. La phase militaire du tourisme

Dans la période du Protectorat (1912-1956), l'économie marocaine a absorbé une masse importante d'investissements publics et privés, d'origine extérieure et locale. Ces investissements ont façonné la croissance de l'économie dont devait hériter le Maroc indépendant. «  Ils subissent une orientation particulière du fait de la situation de satellisation de l'économie marocaine politiquement indépendante ; certains secteurs furent privilégiés tandis que d'autres demeurèrent des secteurs de sous-investissements. »320(*)

La plus grande masse des capitaux publics et privés, d'origines tant externes qu'internes, a été investie dans l'infrastructure économique, les activités exportatrices dans certaines branches de l'industrie et dans certaines activités du tertiaire.

Cette infrastructure se révèle avoir été orientée en fonction d'intérêts économiques qui ne concordaient pas toujours avec ceux du développement national. En une quarantaine d'années, couvrant approximativement toute la période du Protectorat et les deux premières années de l'indépendance, le volume total des investissements publics et semi-publics a été d'environ 850 milliards de francs321(*).

L'infrastructure économique matérielle qui a servi le tourisme dans son développement a absorbé les investissements suivants :

- durant la période 1914-1938 : entre 80 et 90% des investissements publics ;

- durant la période 1949-1953 : 61% des dépenses publics d'équipements et 84% des investissements du secteur semi-public ;

- durant la période 1954-1956 : 4% des dépenses publiques d'équipement et 60% des investissements du secteur semi-public.

A la veille de l'indépendance, le protectorat a laissé un potentiel important en infrastructure touristique (réseau routier, ports, aéroports et réseau ferroviaire). Cette infrastructure était destinée au début à favoriser la colonisation du pays, aussi bien pour mieux le contrôler militairement que pour permettre le pillage de ses ressources naturelles. Après avoir servie à la pacification du Maroc, cette infrastructure avait permis, par la suite, le développement d'un tourisme international au Maroc.

Le réseau disponible au Maroc dans le domaine du transport était lié aux principales activités économiques. L'exploitation des produits agricoles, de certains minerais et surtout les phosphates a nécessité le développement du chemin de fer, l'installation des routes terrestres et maritimes. Ainsi, les touristes se rendant au Maroc pouvaient, dans le temps, utiliser différents moyens de transport.

Depuis longtemps, le tourisme a été considéré comme la richesse la plus facilement et la plus rapidement exploitable, et ce, dans le plan de développement économique établi par les membres du conseil du gouvernement du Maroc au début des années 1936 322(*).

Ainsi, et comme R. OTMANI 323(*) le souligne, depuis la fin de l'instauration du pouvoir colonial sur le territoire marocain ou sa pacification, et à partir du 16 mars 1936, les premiers touristes sont arrivés et ont fait « le tour », devenu classique par la suite, du circuit des villes impériales : Marrakech, Fès, Meknes.

Ces trois cités ont résumé, jusqu'en 1940, l'essentiel du tourisme marocain. Ce circuit était fait surtout par les croisiéristes qui ne disposaient pas de beaucoup de temps, et visitaient ces grandes villes en trois jours.

C'est de cette époque que date la première implantation hôtelière au Maroc. Casablanca eu tout de suite ses hôtels et restaurants construits sur les donnée de la technique hôtelière française d'avant-guerre.

Mais, pendant cette période, le touriste étranger au Maroc ne se différenciait pas nettement de l'espion ou de l'ennemi. C'est pourquoi, l'administration coloniale interdisait à toute personne non-accompagnée d'avoir des contacts avec les tribus berbères.

Dans tous les cas, les touristes devaient être munis d'une autorisation spéciale pour pouvoir circuler et être accompagnés par les autorités en cas de contact avec les tribus marocaines.

En somme, ce tourisme était caractérisé par une conjoncture politique mouvementée et se faisait à la veille de la crise économique internationale de 1929 et de la Deuxième Guerre mondiale.

I.1.2. La phase du grand tourisme

A la fin de la Deuxième Guerre, le Maroc est entré dans la phase du grand tourisme et a commencé à s'équiper en centres de loisirs et en infrastructures touristiques : des chantiers se sont alors ouverts et ont augmenté le nombre d'hôtels, ce qui a inauguré l'ère du grand tourisme au Maroc. Il devient « dés 1947, le rival de l'Egypte »324(*) qui était 50 ans plus tôt enregistrée dans les guides touristiques de Thomas COOK.

L. DORSINVILLE325(*) confirme que le Maroc est entré définitivement dans l'espace touristique contemporain depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

En résumé, le tourisme colonial s'est adapté d'une infrastructure hôtelière de luxe encouragée dans sa réalisation par l'Office Marocain du Tourisme (voir le tableau 1 sur la capacité hôtelière du Maroc en 1948).

TABLEAU 1.

CAPACITE HOTELIERE AU MAROC EN 1948

CATEGORIE

NOMBRE D'HOTELS

NOMBRE DE CHAMBRES

Luxe

1

150

Grand tourisme

13

681

Tourisme

48

1418

Moyen tourisme

15

679

Tourisme familial

82

1520

Gîtes d'étapes

4

42

TOTAL

163

4490

Source : SEBBAR H., rapporté par : OTMANI R., op. cit., p.113.

Comme pour tous les hôtels au Maroc, un classement hôtelier calqué sur celui de la France, et comportant cinq catégories, a été mis en oeuvre dès 1948. Cette infrastructure hôtelière connaissait une situation de monopole, puisque la plupart des hôtels et surtout des chaînes hôtelières étaient entre les mains de trois compagnies.

I.1.3. La gestion étatisée du tourisme

Au départ, le choix du tourisme a été nourri par l'attrait et le recrutement d'éventuels hommes d'affaires français. Cette politique avait pour soubassement « l'offre d'un jardin de repos pour les Européens, le recrutement éventuel d'hommes d'affaires européens qui pourraient se rendre compte sur place des énormes possibilités d'investissements offerts un pays d'Outre-Mer ». 326(*)

Le but recherché était de maintenir les capitaux français dans la « ZONE FRANC » et de contribuer à l'exploitation des richesses naturelles du Maroc en le renforçant dans sa situation de capitalisme périphérique répondant aux besoins de la métropole. Pour organiser ce dépaysement aux futurs investisseurs au Maroc, l'administration coloniale devait donc organiser le développement de l'infrastructure touristique, non pas en construisant directement les hôtels par l'Etat, mais en encourageant l'activité privée par un accroissement des crédits hôteliers et par l'octroi de ristournes avantageuses (Dahir327(*) du 16 mars 1949). Ainsi, les investissements dans le secteur du tourisme ont été laissés pour 93% au secteur privé.

L'aide de l'Etat était donc limitée à la formation professionnelle à l'école hôtelière de Rabat qui ouvrit ses portes en 1950, et le consentement de crédits aux promoteurs privés à des conditions avantageuses, par la Caisse des Prêts Immobiliers (C.P.I.M). D'autres crédits étaient accordés par cette caisse pour la restauration et la construction d'hôtels. Ces crédits à long terme (30 ans maximum) s'effectuant suivant un taux de 6%.

L'importance accordée à cette activité a conduit les autorités coloniales à créer, en 1937, un Office du Tourisme qui prendra en main l'organisation et le développement du tourisme au Maroc.

Son objectif était d'oeuvrer pour un apport de devises pour le Protectorat, au même titre que les phosphates ou les minéraux, et ce, en réalisant des opérations publi-promotionnelles qui permettaient l'arrivée d'un grand nombre de touristes français au Maroc.

L'Office Marocain du Tourisme s'occupait de promouvoir le développement du tourisme international au Maroc. Pour ce faire, il organisait des campagnes publicitaires. Le créneau le plus utilisé était celui des foires en France ou dans d'autres pays européens. C'est dans ces foires que cartes, maquettes et photos ont été exposées et films projetés. Les compagnes publicitaires menées ont suivi les thèmes suivants :

- Vingt siècles en vingt jours,

- Visitez le Maroc,

- Le Maroc : pays des contrastes.

La synthèse de ce point consacrée au tourisme pendant le Protectorat, révèle que le développement du tourisme pendant 1912-1956 a connu une expansion assez timide. Cette période était caractérisée par une conjoncture politique mouvementée et les flux touristiques internationaux concernaient essentiellement les familles des colons français et espagnols.

Cette période a vu la création des premières chaînes hôtelières au Maroc qui se caractérisaient par une infrastructure hôtelière de luxe encouragée dans sa réalisation par l'Office Marocain du Tourisme. L'infrastructure économique qui était destinée pendant le Protectorat a favorisé la colonisation du pays, aussi bien pour mieux le contrôler militairement que pour permettre le pillage de ses ressources. Elle a servi par la suite au développement du tourisme international dans le Maroc indépendant.

I.2. Les objectifs nationaux et régionaux du développement du tourisme au Maroc depuis l'indépendance

I.2.1. Le tourisme comme moteur du développement socio-économique

D'après G. CAZES 328(*), le désenclavement et l'équipement des régions, la création de nouveaux emplois, la fourniture des devises étrangères tant recherchées, l'alimentation des budgets publics, l'ouverture des économies et des mentalités sur l'extérieur, etc... passent , de manières décisive, dans les archipels du voyage.

Le tourisme constitue actuellement une préoccupation dans toute réflexion sur la problématique du développement et particulièrement dans les pays en voie de développement.

Le secteur touristique contribue à la production nationale par la création d'une demande supplémentaire (d'origine nationale et internationale) qui doit être satisfaite par l'intermédiaire du système de production du pays. Le tourisme est un outil important de l'aménagement du territoire ; il permet de créer des emplois et de « fixer les populations dans les régions défavorisées sur le plan économique »329(*).

L'arrivée du Maroc sur le marché du tourisme international intervient dès la deuxième moitié de la décennie 1960.

Le Maroc procède, comme d'autres pays en voie de développement, à des importations massives de biens d'équipements qui ne sont nécessairement pas couverts en totalité par les exportations de produits agricoles ou miniers. Le produit touristique marocain pouvait déjà constituer, tout en étant encore dans sa première phase d'expansion, un élément d'appoint dans la recherche d'un meilleur équilibre des échanges, et jouer un rôle déterminant dans la régulation de la balance des paiements.

L'impact du tourisme ne se manifestait pas seulement sur le plan des apports en devises. Outre la source de revenus supplémentaire qu'elle pouvait constituer pour l'Etat, cette industrie naissante deviendrait, à moyen terme, un facteur de développement pour d'autres secteurs de l'économie nationale et un important moyen pour la résorption du sous emploi.

L'industrie touristique a, de ce fait, été appelée à prendre une place de choix dans les options prioritaires du Plan Triennal, puis des Plans Quinquennaux qui lui ont succédé.

Après son indépendance, le Maroc s'est trouvé avec une capacité hôtelière de 7300 chambres dans 240 hôtels environ. Cette capacité resta presque inchangée pendant 8 années (1956-1964)330(*), pour la simple raison que les pouvoirs publics ont considéré la promotion du tourisme comme l'affaire exclusive du privé. Les deux premiers plans du développement socio-économique au lendemain de l'indépendance (le Plan Biennal 1958-1959 et le Plan Quinquennal 1960-1964) n'ont accordé qu'une très faible place au tourisme et au service en général.

A la fin du Plan Quinquennal 1960-1964, les résultats peu encourageants, surtout dans le domaine de l'agriculture et de l'industrie (50% des investissements dont l'Etat devait se charger ont été exécutés) vont amener le gouvernement à réviser les options économiques et sa politique en matière de planification.

En 1964, à la demande du gouvernement marocain, la Banque Mondiale envoie au Maroc une équipe d'experts afin d'évaluer les potentialités de développement de l'économie du pays (---) et de suggérer (ensuite) les éléments d'un programme d'investissements susceptible de permettre une accélération de la croissance économique. Le rapport remis par les experts de la Banque Mondiale a « insisté sur le rôle déterminant de la libre initiative individuelle, indispensable dans toute croissance économique »331(*).

Ce rapport recommande et soutient en même temps le développement du tourisme international au Maroc vu les grandes potentialités du pays.

On peut dire que les deux premiers plans (1958-59 et 1960-64) avaient plutôt un caractère expérimental. Ce après quoi, les dirigeants sont arrivés à la conclusion : l'économie nationale ne pourra plus être stimulée à tous les niveaux comme ils ont tenté de le faire par le passé. La solution proposée est donc d'élire un secteur économique en l'occurrence le tourisme pouvant, par son large spectre d'effets induits et d'effets indirects, stimuler l'ensemble de l'économie marocaine.

Le Maroc, pays non producteur de pétrole, en développant le tourisme, se procure une source autonome extraordinaire de devises, dont il a expressément besoin. En plus, il ouvre, par la même occasion, un marché de l'emploi à grande capacité d'absorption de main-d'oeuvre.

Le tourisme se présente donc comme une issue politique et une solution économique non seulement pour le Maroc, mais pour l'ensemble des pays en développement, à tendance capitaliste et non producteurs de pétrole. Et comme D. DAUIS332(*) l'indique, le tourisme représente pour les pays en voie de développement, le véritable moteur de développement, de la même façon que fut l'industrie lourde pour l'Europe du 19éme siècle.

I.2.2. Le tourisme comme stimulant économique des régions déshéritées

Depuis le début des années soixante, le Maroc a bien pris conscience du rôle que peut jouer le tourisme dans la renaissance des régions que l'activité économique désertait. La croissance rapide des flux touristiques et sa concentration géographique sont à l'origine des premiers plans d'aménagement touristique. Leur but est de « mettre en application un schéma global d'organisation des loisirs et des structures qui leur sont liées »333(*).

Pendant le Plan Triennal 1965-1967, le tourisme est appelé à jouer le rôle de promotion des régions pauvres, mais généralement disposant d'un potentiel naturel et humain important. Le plan 65/67 considère le tourisme comme priorité et marque le démarrage des investissements publics dans le secteur. L'Etat joua à fond le rôle le promoteur touristique et se lança dans la réalisation de grands travaux d'aménagement, d'infrastructure et d'équipement.

A titre d'exemple, nous citons le choix et la localisation des Zones d'aménagement prioritaires (Z.A.P.) une Z.A.P. est une zone touristique dont « l'aménagement est pris en charge par l'Etat sur la base d'un plan d'ensemble, utilisant de façon rationnelle les attraits touristiques du site retenu 334(*)».

Six zones d'aménagement touristique furent retenues :

· La zone de TANGER,

· La zone entre TETOUAN et RESTINGA,

· La zone d'AL HOCEIMA,

· La zone d'AGADIR,

· Le GRAND SUD,

· Le circuit des VILLES IMPERIALES.

Le tourisme avait donc deux fonctions à remplir :

· Ouvrir une nouvelle voie devant les détenteurs de capitaux (nationaux et étrangers) ;

· Créer, dans le Nord et dans le Sud, des noyaux touristiques qui entraîneront inévitablement le développement de diverses activités, directement ou indirectement, liées au tourisme.

A cet effet, des sociétés nationales d'aménagement ont été créées par l'Etat pour prendre en charge la viabilisation et l'équipement des terrains et ce, afin de faciliter la tâche aux promoteurs privés, désireux d'investir dans les zones d'aménagement touristique pilotes.

De même, l'Etat s'est mis à réaliser, par l'intermédiaire de l'Office National Marocain du Tourisme, des unités hôtelières dont la gestion a été confiée à des sociétés filiales de l'Office et de la Caisse de Dépôt et de gestion. L'Administration Centrale du Tourisme a élaborée des études régionales sur les sites de la Côte Méditerranéenne, la Côte Atlantique, le Grand Sud et les montagnes centrales, en vue de définir une stratégie de développement spécifique au secteur touristique. Les objectifs de ces études étaient :

· L'identification des potentialités et la détermination de la vocation touristique de la région ;

· Le développement des produits nouveaux avec les structures correspondantes ;

· L'établissement de la faisabilité économique et financière des projets localisés dans les Unités d'Aménagement Touristique (U.A.T.) ;

· L'élaboration de plans d'occupation des sols et de programmes d'équipement des U.A.T.

Toutes ces mesures d'incitations se sont traduites par la création d'une infrastructure hôtelière et touristique étatique et privée.

Mais cette mise en valeur a été particulièrement concentrée à Agadir et Marrakech, à raison de 40% de la capacité totale d'hébergement.

Ainsi, face à cette situation, l'Etat a élaboré des plans sectoriels et a mené des actions se rapportant à l'aménagement du territoire, à l'habitat, à la gestion des ressources et à l'intégration du tourisme.

Parallèlement à ces plans et schémas, des textes relatifs à l'urbanisme et aux lotissements approuvés en 1992 ont été abrogés. Cette refonte des textes de 1992 devait permettre l'amélioration de `environnement, la protection et la sauvegarde des zones et des sites touristiques. De son côté, le Ministère du Tourisme a élaboré une stratégie multiforme visant la diversification et la promotion des produits ainsi que la réforme de l'organisation du secteur. De là, de nouvelles formes de tourisme et de nouveaux créneaux ont été amorcés, à savoir :

· Le tourisme rural, climatique et thermal,

· Le tourisme de culture et d'histoire,

· Le tourisme vert, par la création de nombreux parcs nationaux.

Après cet ensemble de mesures et d'efforts entrepris par l'Etat, dans le cadre de l'aménagement touristique et la réforme de l'organisation, on pourrait conclure que les résultats enregistrés ne sont pas les plus probants, compte tenu de nombreuses possibilités dont dispose le pays. Faute d'une politique d'aménagement adéquate, les régions à fort potentiel touristiques, restent inexploitées.

Les résultats enregistrés par le tourisme marocain sur le plan des investissements montrent un très grand déséquilibre régional. Des centres à faible demande touristique sont dans une situation de surcapacité et n'arrivent pas à rentabiliser leurs unités hôtelières. Le cas du Nord du Royaume en est un exemple élogieux, alors que d'autres régions n'arrivent pas, à certaines périodes de l'année, à satisfaire toute la demande ; exemple de Rabat, Marrakech, Fès, le Grand Sud, etc.

Les nombreux problèmes économiques, politiques et sociaux qu'a connus le pays, ont entravé certes le cours normal des réalisations d'une grande partie de ses projets touristiques. La politique d'aménagement touristique peut être considérée comme le reflet des carences de la politique d'aménagement du territoire en général, et de la régionalisation et de la planification au Maroc. Malgré les tentatives de lutte contre les disparités régionales pour la répartition sur tout le territoire des investissements et des infrastructures, c'est un constat d'échec qui s'observe à propos de l'un des piliers de la politique d'aménagement du territoire marocain.

Cette présentation de la politique d'aménagement du territoire a permis d'appréhender le cadre général sur lequel s'est développée et se développe l'activité touristique au Maroc.

I.3. Les avantages juridiques et les facilités économiques accordés au secteur touristique Marocain

I.3.1. Les avantages juridiques

J.-A. BODLELDER 335(*) classe les incitations aux investissements dans le secteur touristique en deux points :

· Les incitations financières :

- réduction des coûts des opérations

- réduction du coût du capital

· La sécurité des investissements

Partout dans le monde, la combinaison de ces incitations est utilisée par les gouvernements pour réaliser les objectifs stratégiques dans la politique de développement touristique. L'objectif des incitations financières est d'augmenter le retour sur investissement, et d'attirer d'avantage les investisseurs et les promoteurs dans le secteur.

Les incitations aux investissements peuvent comprendre des aides financières, des prêts incitatifs, des participations en capitaux, l'approvisionnement en infrastructures et en matériels de construction, les facilités pour avoir des terrains convenables...

Ces encouragements sont des instruments politiques qui peuvent être utilisés pour atténuer les faiblesses du marché et assurer un partenariat entre le secteur public et privé.

Au Maroc, c'est à partir des années 1960 que le secteur touristique a connu une réglementation juridique et la plupart des institutions publiques ou privées ont été mises en place. Le Maroc s'est attaché dés le début des années 1960, à promouvoir et à renforcer l'assise du secteur touristique dans son ensemble, afin d'assurer un développement continu de son parc hôtelier.

Dans un premier temps, l'Etat a joué un rôle de pionnier dans les régions où l'investisseur privé, soucieux de la rentabilité des projets, hésitait à investir. Ce fut le cas des gîtes d'étapes, des hôtels constituant le circuit appelé le Grand Sud (Ouarzazate, Zagora, Erfoud, Errachidia...). Ce fut le cas aussi d'Al Hoceima, de Restinga-Smir dans le Nord et d'Agadir pour le balnéaire atlantique. Le rôle de promoteur de l'Etat a également concerné la plupart des grandes villes du Royaume, comme Oujda, Fès, Meknes, Rabat...

Pour encourager le secteur privé à prendre l'initiative dans l'investissement touristique, diverses lois et mesures ont été prises dont l'ensemble forment les codes d'investissements. Leurs objectifs était de favoriser l'investissement de la part du secteur privé afin qu'il prenne la relève de l'Etat. Les avantages accordés à ces codes sont à l'évidence autant d'éléments incitateurs qui n'ont pas manqué de produire leurs effets. Le premier code a été promulgué le 31/12/1960, mais ce sont essentiellement les codes de 1973 et 1983 qui avaient un caractère incitatif pour le secteur privé. Dans ce travail, on se limitera à l'explication et la critique du dernier code, celui du 3 juin 1983 qui reste toujours en application.

Le Dahir n° 1-83-134 du 21 chaâbane 1403 (3 juin 1983) portant promulgation de la loi n° 20-82, instituant des mesures incitatives aux investissements touristiques, entend par entreprises touristiques toute entreprise ayant pour objet336(*) :

· « La construction et/ou l'équipement des établissements d'hébergement touristique à condition qu'ils soient susceptibles de faire l'objet d'un classement ;

· La construction ou l'équipement des établissements concourant à l'animation du tourisme ;

· La gérance libre des établissements touristiques ;

· La réfection, la rénovation et l'équipement d'hôtels ou d'hébergement touristique ;

· Le transport touristique, maritime, aérien ou terrestre ;

· L'exploitation touristique de bateaux de plaisance ainsi que l'organisation de chasse ou de pêche ;

· La commercialisation du produit touristique, quand il est effectué par une agence de voyage. »

Les avantages fiscaux prévus par le code sont :

· L'exonération du droit d'importation des matériels, d'outillages, biens d'équipement, moyens de transport touristique et bateaux de plaisance, importés à l'état neuf ainsi que les marchandises et produits divers importés en vue de la fabrication locale desdits biens ;

· L'exonération de la TVA des matériels, d'outillages, biens d'équipement, moyens de transport touristique et bateaux de plaisance, importés neufs ou acquis localement soit directement, soit par l'intermédiaire d'une entreprise de crédit-bail ;

· L'exonération des droits d'enregistrement pour les acquisitions de terrains destinés à la réalisation de projets touristiques. Le droit d'apport en société, à titre pur et simple, est égal à 0,5% en faveur des constitutions et des augmentations de capital des sociétés, quelle que soit la nature des biens importés ;

· L'exonération de l'impôt des patentes des entreprises nouvelles autre que le transport pendant dix ans. Cette exonération est prévue pour 7ans en qui concerne les entreprises de transport nouvellement constituées.

Pour l'impôt général sur le revenu ou l'impôt sur les sociétés, le code des investissements prévoit :

· L'exonération pendant les cinq premières années d'exploitation et la réduction de 50% pendant les cinq années suivantes, conformément à l'article 24 du code sur les entreprises touristiques qui s'implantent dans les provinces dites déshéritées ou à faible potentiel économique :

- Ouarzazate - Beni-Mellal

- Errachidia - Essaouira

- Oujda - Guelmime

- El Jadida - Taroudan

- Settat - Tan-Tan

· Les amortissements accélérés dans la limite du double des taux admis, au sens de la pratique fiscale pour les entreprises existantes qui procéderont à une extension.

D'autres avantages sont prévus pour attirer les éventuels promoteurs tels que la garantie de transfert, au profit des investisseurs étrangers, des dividendes nets d'impôts ainsi que la possibilité de retransférer le produit de liquidation et les plus-values nettes de cession et l'avance non-productive d'intérêts consentie à certaines entreprises et dont le montant est égal à 25% ou 20% de l'investissement en fonction du lieu d'implantation.

L'application des codes des investissements touristiques est souvent handicapée par des carences d'ordre juridique, institutionnel, administratif et financier qui caractérisent l'aménagement touristique dans le pays, ainsi que la lourdeur des procédures administratives et les difficultés d'obtention des multiples autorisations auprès des services administratifs.

Ces handicaps feront l'objet de la section II.

I.3.2. Les facilités économiques accordées au secteur touristique

Depuis que les orientations du Plan Triennal du développement économique de 1965-1967 ont fait du tourisme un secteur prioritaire, le système bancaire marocain a été amené à jouer un rôle moteur et dynamique.

Dans ses programmes, une série de mesures et décisions juridiques et institutionnelles a été prise afin d'établir cette nouvelle structure. La création ou la réorganisation de certains organismes spécialisés était donc un moyen nécessaire pour le financement des investissements de grande envergure dans un secteur clé de l'économie nationale. Parmi ces institutions, nous citons : la Banque Nationale pour le Développement Economique (B.N.D.E.), la Caisse Marocaine des Marché (C.M.M.), la Caisse de Dépôt et de Gestion (C.D.G.), et le Crédit Immobilier et Hôtelier (C.I.H.)... Ces deux derniers organismes ont participé massivement au développement du secteur touristique marocain. Mais c'est le Crédit Immobilier et Hôtelier (C.I.H.)337(*) qui marque son implantation directe dans le développement touristique du pays. Cet organisme est associé à la quasi-totalité des projets touristiques investis dans le Royaume.

Le C.I.H. a contribué à la promotion du secteur touristique à travers le financement de la construction, de l'équipement et de la rénovation des unités hôtelières.

Le soutien apporté au secteur hôtelier s'est traduit aussi par le rééchelonnement des échéances de l'exercice 1991 en raison de la crise du Golfe qui a touché le secteur touristique (voir avec détails le deuxième partie de cette section). En terme de nombre de lits, l'intervention du C.I.H. a permis de renforcer la capacité d'accueil du Royaume de près de 50.000 lits depuis 1980. La station d'Agadir qui, au lendemain du tremblement de terre de 1960, ne disposait pratiquement plus de lits, occupe aujourd'hui la première place au niveau national par la capacité d'hébergement qui atteint 21.000 lits (chiffres de 1995). Le financement accordé par le C.I.H. aux promoteurs hôteliers présente des avantages substantiels, compte tenu des conditions d'octroi, notamment en matière de durée et de taux d'intérêt.

Outre la construction et l'équipement des unités hôtelières, le C.I.H. finance des activités directement liées au secteur touristique, comme la construction de complexes touristico-immobiliers, les établissements faisant profession du transport touristique (terrestre, maritime ou aérien), de la navigation de plaisance ou de l'organisation de chasse ou de pêche touristique.

Cette diversification a permis au C.I.H. d'élargir la gamme de produits et services bancaires offerts à la clientèle, tout en consolidant sa position de leader dans le financement de l'hôtellerie.

L'industrie touristique marocaine, et surtout l'hôtellerie, a toujours eu l'aide et le soutien des institutions financières marocaines et surtout ceux du Crédit Immobilier et Hôtelier.

Cependant, la faiblesse actuelle des investissements peut s'expliquer par l'insuffisance de l'épargne nationale qui est inférieur à 16% du P.I.B.338(*), par les lenteurs de la transformation du code des investissements, par les coûts exorbitants des terrains, par le comportement piranha des administrations fiscales et douanières marocaines.

Ainsi, l'investissement reste difficile à rentabiliser même à des niveaux d'activités élevés. Les charges d'entretien et d'exploitation sont alourdies par le recours à l'importation d'équipement, de pièces de rechange ou même de produits de consommation nécessaires au maintien des standards de services.

Les résultats d'exploitation sont donc insuffisants dans la plupart des cas, ce qui provoque souvent une certaine déception chez les propriétaires des hôtels qui avaient consenti des investissements relativement coûteux mais dont ils ne voient pas arriver les bénéfices. Au contraire, et dans bien des cas, ils doivent encore subvenir aux besoins du déficit d'exploitation en réinjectant des fonds dans l'entreprise.

La productivité de l'hôtellerie marocaine met ainsi en rapport des moyens de production aux coûts d'acquisition et d'exploitation relativement élevés avec des performances peu compétitives. Le manque de moyens techniques et humains reste la cause essentielle de ces limites.

II. L'industrie touristique au Maroc : quelques données

Combien sont -ils à visiter le Maroc ? Quelle est la capacité d'hébergements ?

Qui leur est offerte ? Combien rapporte le tourisme au Maroc en terme de devises ? Quelles sont les causes ? Toutes ces questions constituent des interrogations objectives et que ce paragraphe tente d'apporter certains éléments de réponses.

II.1.  Au niveau de la demande et de l'offre touristique 

II.1.1. La demande touristique 

Ø Les arrivées touristiques 

Figure N° 1

Source : revue d'information de la BMCE

On constate une progression remarquable durant la période 1980-1985, les arrivées sont élevées à 2.253.440 comparativement à l'année 1980 quand ils étaient de 1.174.988.

Concernant les années 1986, on constate une baisse de 3,6%. Puis on observe une augmentation considérable, les arrivées des touristes ont atteint 3.473.084 en 1990.

Par la suite une chute de 23,6% en 1991, cette chute est due à la crise du Golfe qui a eu un impact négatif sur le nombre d'entrées des touristes. Or, en 1992 les arrivées des touristes dans les hôtels classées se sont élevées à 3.529.974 en progression de 33%.

Concernant les années qui suivent l'année 1992, on constate en moyenne une hausse, les arrivées des touristes se sont élevées à 4.467.239 durant l'année 2000 en progression de 4,9% par rapport à l'année précédente.

On remarque une progression timide, les arrivées des touristes ont atteint 4.552.000 en 2003. En 2005, les arrivées sont élevées à 5 millions. Sachant que l'objectif du pays est d'accueillir 10 millions en 2010.

Ø Les nuitées :

Figure N° 2

Source :Ministère de tourisme

En ce qui concerne les nuitées, celles-ci sont passées de 12 millions en 1980 à 14 millions en 1984.

Entre 1986 et 1987, le total des nuitées est passé de 9.776.414 à 10.241.599, soit une progression de 4,8%, puis on constate une baisse de 13% en 1988. Toutefois, une amélioration de total des nuitées durant la période 1989-1990 est à souligner.

En 1991, les nuitées sont fixées à 7788116, soit une chute de 24,3%, comme c'était le cas auparavant, l'origine de cette chute est la crise de golfe. Durant la période 1992-200, on constate une progression des nuitées réalisées dans les hôtels classées.

Le taux d'occupation ou de remplissage a connu une légère augmentation en s'établissant à 51,6% en 2000 contre 51,2% en 1999 et 48,2% en 1998.

A l'exception de la région du centre Nord, du centre et du balnéaire sud qui ont enregistré des taux d'occupation respectifs de 40,5% de 52,7% et de 60,5%. Les autres régions ont connu des hausses dans leurs taux d'occupation oscillant entre 0,5 et 4,3 points. Par catégories d'hôtels classés, les villages de vacances touristiques réalisent le plus haut taux d'occupation. Suivis des 5 et 4 étoiles des résidences touristiques et des 3 étoiles.

II.1.2. L'offre touristique

Ø La capacité d'hébergement touristique :

Figure N°3

Source : Ministère du Tourisme

Figure N°4

Source : Ministère de Tourisme

La période de 1960 à 1969 était caractérisé par la pression d'une demande touristique croissante, de ce fait et grâce aux mesures incitatives prises par les autorités en faveur des investissements privés, la capacité d'accueil (pour les hôtels classés) en nombre de lits a été multipliée par près de 2,2 pendant cette période, passant de 11.700 à 25.645.

Le nombre d'hôtels mis en service annuellement n'est passé que de 141 à seulement 152 en 1964, ce n'est qu'à partir de 1965 que le nombre d'hôtels classés a pris de l'ampleur puisqu'en fin de cette période 207 hôtels ont été mis en service. Cette période a coïncidé avec le plan triennal 1965-1967 et la mise en place d'un code des investissements le 31 décembre 1960.

Au cours de la période 1970-1979, la capacité d'hébergement était de 28623 lits en hôtellerie classée soit 222 hôtels. Cette capacité a été portée à 52.662 lits, soit un accroissement global de 24.039 lits par rapport à la décennie précédents. Pour ce qui concerne la période 1980-1989, avec l'appui d'un nouveau code touristique de juin 1983, 148 unités classées ont vu le jour. La capacité en lits est ainsi passée à 81796 en 1989, soit 29.164 lits supplémentaires.

Pendant la période 1990-2000, essentiellement en 1995 et 1997, on a procédé au déclassement et la fermeture de certaines unités hôtelières (28 unités) comme les montre les figures 3 et 4 qui traduisent une baisse faible de la capacité. L'année 2000 a été marqué par une hausse de l'offre touristique avec l'ouverture de 26 nouveaux projets hôteliers, 9 projets d'extension et/ ou de rénovation et 17 projets de création de nouvelles unités, totalisant 2.695 lits, ce qui a porté le parc hôtelier homologué à 576 hôtels d'une capacité totale de 95.180.

En comptant, les projets en cours et programmés dans le cadre du contrat programme 2000-2010, qui totalisent une capacité de 17.751. Donc, on se retrouve avec une capacité additionnelle de 120.000.

Ø L'investissement touristique

Figure N°5

Source : Ministère de l'économie des finances, de la privatisation et du tourisme.

Comme le montre le graphique il n'y a pas une croissance durable des investissements. Le chiffre de réalisation des investissements était de 289 millions de DH en 1983 contre 95 millions de DH en 1984, donc une forte chute de l'investissement touristique mais on remarque que l'investissement est accru se fixant à 1.076 millions de DH en 1986, puis une baisse de 50% en 1987.

Pendant la période entre 1991 et 1992, on constate une stagnation de l'investissement se fixant à 413 millions de DH. Toutefois, après la crise du golfe, on constate une hausse remarquable puisque le chiffre de réalisation des investissements est passé à 2.629 millions de DH. Juste après, l'investissement chute de 87% passant ainsi à 344 millions de DH.

Avec l'application de la charte des investissements, on a noté une certaine amélioration au cours de l'année 1999. Dix projets ont été agrées par le comité technique de coordination des projets touristiques, portant sur une capacité de 3.452 lits; ces investissements ont nécessité pour la réalisation un montant de 622,3 millions de DH. Par contre, l'année 2000 a connu une augmentation des investissements, le montant de la réalisation de l'investissement est de 1.205 millions de DH.

II.2. Au niveau des recettes touristiques 

Figure N°6

Source : l'Office des changes

Les entrées en devises ont connu une croissance considérable durant toute la période 1980-1983. En 1983 les recettes ont enregistré une hausse de 31% contre 6,8% en 1980.

Par ailleurs, les recettes au titre de l'année 1984 ont enregistré une hausse de 29,8% soit une baisse par rapport à l'année 1983. Par contre, l'année 1985 a été marquée par une hausse de 44,5%, soit un taux de croissance jamais atteint.

De même, les recettes ont enregistré une faible croissance durant la période 1986-1989, comme le montre le graphique dans la figure. En 1991, les entrées en devises ont connu une baisse important de 16,4% se fixant à 8.822,2 millions de DH contre 10.548,3 millions de DH en 1990.

Selon les statistiques de l'office des changes, les recettes se sont situées en moyenne autour de 12,4 milliards de DH pendant la période 1990-1998. En 1998, ces recettes ont atteint 16,4 milliards de DH soit + 19,4% par rapport à 1997. Ces rentrées de devises sont réparties entre les billets de banque (10,2 milliards de DH) et les virements bancaires (6,2 milliards de DH).

Les recettes au titre de l'année 2000 ont augmenté de 13,2% se fixant à 21.644 millions de DH contre 19.112 en 1999. Les achats de billets de banque évalués à 13.873,6 millions de DH ont enregistré une augmentation de +22,8% par rapport à l'année écoulée. Par ailleurs, les recettes réalisées sous forme de virements bancaires se sont situées à hauteur de 7.770,4 millions de DH en baisse de 0,6%. En 2003, ces recettes ont atteint 30.773 millions de DH. Ce qui montre que les recettes ont connu une progression timide durant ces trois derniers années.

Certes, les résultats enregistrés dans ce domaine sont bien loin de refléter ses formidables potentialités, prouvant que le secteur connaît des difficultés structurelles et conjoncturelles.

II.3. Les handicaps qui entravent le développement du tourisme Marocain 

Les premières assises nationales du tourisme tenues en janvier 2001 à Marrakech ont constitué le point de départ d'une nouvelle vision. Dans le discours prononcé à l'occasion de la fête du trône, le tourisme est à nouveau évoqué pour rappeler la place qui lui a été donné dans le cadre de la stratégie du développement économique du royaume « Nous nous sommes attachées, en particulier à relever le défi de faire du secteur touristique une puissante locomotive pour le développement» déclara le souverain.

Ce n'est pas fortuit si le choix s'est porté sur cette activité, qui a, d'ailleurs, toujours revêtu une importance particulière pour S.M le Roi Med VI. Si le tourisme a été choisi en tant que locomotive de développement c'est en égard aux opportunités d'emploi qu'il génère et les devises qu'il procure, ainsi que l'ouverture qu'il favorise en tant que vecteur de la modernité. C'est à la fois une activité économique et un mode de communication et d'échanges interculturels, en somme le tourisme assure aussi d'interactions avec l'autre. Le secteur touristique est donc capital, d'une part pour l'emploi qui reste une priorité sociale et politique pour le Maroc; d'autre part pour les devises que le secteur peut procurer. Les recettes provenant du tourisme viennent après celles générées par les marocains résidents à l'étranger (MRE).

Toutefois et jusqu'à présent, le secteur manquait de visibilité. Les opérateurs avaient maintes fois clamée que de nombreux obstacles persistaient quant au développement du secteur. Si la cherté du foncier est l'une des causes principales de l'insuffisance des investissements, d'autres raisons ont été tout aussi importantes dans le blocage. Il s'agit des lourdeurs administratives, des problèmes de financement, de la fiscalité, du transport, surbooking, etc.

Dans le plan triennal 1965-1967, le tourisme était placé parmi les secteurs prioritaires. Or, cette priorité s'est avérée purement théorique si l'on en juge par les moyens mis à la disposition de ce secteur, aussi bien sur le plan humain que matériel. La part très modeste de ce département dans le budget général de l'état n'a pas connu l'évolution souhaitée, enregistrant même une stagnation durant ces dernières années. C'est ainsi que ce département ne dispose ni d'un siège lui permettant de mettre fin à la dispersion de ses services à travers la capitale ni des moyens humains nécessaire pour renforcer et étoffer ses délégations extérieures.

En outre, l'administration du tourisme, chargée de concevoir et d'exécuter la politique gouvernementale en matière de tourisme est dépourvue d'une autorité suffisante lui permettant de remplir pleinement sa mission. Ainsi, l'exposé des handicaps que connaît ce secteur fait apparaître qu'une priorité réelle doit lui être accordée, afin de lever tous les obstacles qui entravent son développement.

L'analyse de ces problèmes constitue l'objectif de ce paragraphe, on distingue dans ce cadre deux types des handicaps à savoir : les handicaps internes et les handicaps externes.

II.3.1. Les handicaps internes 

Le Maroc souffre d'un problème de surbooking au niveau d'un grand nombre d'hôtels, principalement dans les grandes villes touristiques comme c'est le cas pour Agadir et Marrakech. Ceci résulte des handicaps de tout ordre qui freinent l'investissement dans le tourisme et qui sont, par ordre, de gravité :

II.3.1.1. Les trois F (Foncier, Financement, Fiscalité)

II.3.1.1.1. Le problème foncier 

Le foncier est le problème le plus épineux auquel se heurtent les investisseurs touristiques. Ceux-ci trouvent encore des difficultés à acquérir des terrains pour la réalisation de leur projet. Les terrains sont le plus souvent des terres collectives, « Guich »« Melk » ou encore des terrains immatriculés. Ces variétés de la propriété immobilière ont chacune son régime juridique propre. Ceci rend l'accès à cette acquisition très complexe et lente. On peut citer comme handicaps les difficultés inhérentes aux documents d'urbanisme, l'absence de schémas directeur touristique, l'insuffisance et même quelques fois l'absence et l'inadaptation des infrastructures de base, la spéculation foncière, le manque et la cherté des terrains.

Etant donné le pourcentage élevé de la charge foncière dans le coût initial du projet (30 à 35 %) et afin de remédier au problème du foncier, on a mis en place des agences d'aménagements touristiques. C'est le cas de la Société Nationale d'Aménagement de la Baie de Tanger (S.N.A.B.T.) et la Société Nationale d'Aménagement de la Baie d'Agadir (S.O.N.A.B.).

Cette expérience n'a pas eu les résultats escomptés. Depuis une dizaine d'années, des projets touristiques de grande envergure n'ont toujours pas reçu les terrains promis par ces organismes à des prix préférentiels. L'exemple le plus édifiant, et qui a été exposé lors d'un séminaire339(*), est celui du géant européen de l'industrie touristique, Necker man.

Actuellement, plusieurs sociétés allemandes déclarent craindre le manque de transparence, les obstacles administratifs et les problèmes juridiques en rapport avec les transactions immobilières, qui découragent les investisseurs étrangers autant que les Marocains.

II.3.1.1.2. Le problème de financement 

Le financement est incontestablement un des grands obstacles qui entravent le développement des investissements, surtout avec la perte des avantages du code des investissements. Les investisseurs supportent tous les frais et charges de constitution, ainsi que l'apport d'au moins 30% en fonds propre qui dans certains cas peut atteindre 50%. Le reste peut être finance par le système bancaire.

Ce dernier ne peut répondre aux besoins de tous les demandeurs. De plus les banques préfèrent acquérir des bons du trésor à faible risque et largement disponible que d'accorder des prêts au secteur privé. Dans le cas d'un accord, ils pratiquent un taux d'intérêt très élevé ce qui pose des difficultés de remboursement340(*).

Avant la loi sur la libéralisation du secteur financier, seul le C.I.H. était apte (grâce aux taux bonifiés) à octroyer des crédits au secteur touristique, les autres banques ne pouvaient le concurrencer, c'est ce qui explique les faibles montants accordés à ce secteur durant cette époque.

Actuellement, le promoteur touristique peut faire appel aux financements bancaires avec des taux d'investissement variant entre 9% et 12% (exception faite au financement en devises dont les taux varient entre 3% et 6%).

En 1998, le secteur hôtelier a bénéficié de 902,5 millions de DH de crédits à court terme (+ 30% par rapport à 1997), 297,9 millions de DH de crédits à moyen terme (-14.6%) et 2.046 millions de DH de crédits à long terme (-3%) ce qui explique le manque d'instruments financiers à moyen et long terme341(*). Durant la période (1994-1998), on a remarqué que certains hôteliers avaient des difficultés à rembourser le C.I.H.

II.3.1.1.3. Le problème de la fiscalité

Le secteur touristique est un secteur prioritaire dans l'économie marocaine. Néanmoins, il est le secteur le plus taxé en matière d'impôts directs et indirects. Cette pression fiscale porte atteinte à la compétitivité du produit touristique marocain, en égard à une conjoncture difficile, marquée par une concurrence très vive entre les divers pays récepteurs et particulièrement ceux de la région méditerranéenne.

La multitude d'impôts et de taxes grevant le secteur hôtelier et touristique est une ponction considérable sur la liquidité des établissements hôteliers et par voie de conséquence sur la possibilité d'investissement dans la rénovation.

Les taxes et impôts les plus importants qui présentent un obstacle incontestable à la compétitivité du produit touristique marocain sont les suivants :

· Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) : le taux appliqué à l'hôtellerie est de 14% à partir du 1er janvier 1992. La TVA à 14% sur les intérêts bancaires est applicable également aux prêts accordés par le crédit immobilier et hôtelier (C.I.H.) qui était exonérés auparavant.

Il est à souligner que ce taux est de 7% en Tunisie, 6% en Espagne, 8% en Grèce, 5.5% en France et 9% en Italie.

· L'impôt sur les sociétés : la loi de finance de 1996 fixe ce taux à 35% des bénéfices des sociétés.

· La taxe urbaine et taxe d'édilité : Ces deux taxes sont assises sur la valeur locative déterminée par la voie de comparaison ou d'appréciation directe

- 3% pour les terrains.

- 4% pour les constructions et agencements.

- 4% pour les machines et appareils

Le taux de la taxe urbaine est fixé à 13.5% de la valeur locative et le taux de la taxe d'édilité est fixé à 10% et 6% pour les zones hors urbanisation.

· L'impôt des patentes : Il est calculé sur la base de la valeur locative au moyen d'acte de location par comparaison ou par appréciation.

· La taxe de promotion touristique : Le barème est dû par personne et par unité suivant les tarifs ci-dessous :

Hôtel de luxe.........................10 DH

Hôtel 5 étoiles ........................7 DH

Hôtel 4 étoiles ........................5 DH

Hôtel 3 étoiles ........................3 DH

Hôtel 2 étoiles ........................2 DH

· La taxe de séjour : Le barème est dû par personne et par unité suivant les tarifs maximums ci dessous :

Hôtel de luxe.........................20 DH

Hôtel 5 étoiles ......................25 DH

Hôtel 4 étoiles ......................7 DH

Hôtel 3 étoiles........................5 DH

Hôtel 2 étoiles........................3 DH

· La taxe de licence sur les débits de boissons : Elle est calculée sur la base du principal de la patente (valeur locative).

- 240% pour la partie bar « boissons services à titre principal »

- 100% pour la partie restauration « boissons services à titre accessoire ».

· La taxe sur les débits de boissons : Le taux comporte

- Un droit fixe exigible à l'ouverture de chaque établissement soumis à la taxe.

- Un droit annuel d'exploitation fixé au taux maximum de 10% du montant des recettes brutes annuelles réalisées par l'établissement soumis à la taxe..

· La taxe sur les spectacles dans les établissements touristique. Elle porte :

-Soit sur les recettes brutes hebdomadaires encaissées, lorsqu'il est exigé un droit d'entré supérieur au prix d'une consommation ou d'un repas servi dans l'établissement.

-Soit sur le quart des recettes brutes hebdomadaires réalisées lorsqu'il n'est pas exigé de droit d'entrée ou lorsque ce droit est inférieur au prix d'une consommation ou d'un repas servi dans l'établissement.

· La taxe pour la fermeture tardive : sont soumis à cette taxe les exploitants de cafés, restaurants, débits de boissons, dancing et tous les établissements similaires ouverts au public et autorisés à fermer à une heure matinale par rapport à l'horaire fixé à l'administration. Le taux de cette taxe est fixé en tenant compte de la catégorie de l'établissement et calculé en fonction du nombre d'heure.

La pression fiscale que connaît l'industrie touristique marocaine se reflète sur le prix du produit touristique marocain, et par conséquent sur sa non-compétitivité au niveau des pays émetteurs de touristes342(*).

II.3.1.2. Autres handicaps 

II.3.1.2.1. Le problème de la formation professionnelle et de la profession touristique

"Le tourisme est d'abord une industrie de main d'oeuvre car c'est de la qualification des hommes et donc de la qualité du service que naît en premier lieu celle du produit touristique"  explique Mr K. TIJANI 343(*).

Cela signifie qu'il faut consolider la qualité dans le secteur puisque celle ci se définit par la performance et se mesure par la satisfaction client. Pourtant parmi les contraintes qui entravent le développement du tourisme, nombreuses sont celles liées aux ressources humaines. Chez le groupe Accord, le taux danalphabétisme est de 45% 344(*), ce qui permet difficilement de développer les ressources humaines. Au niveau comportemental, le respect et la reconnaissance de l'autre existent peu et le sens des responsabilités, source de rigueur et de performance est peu développée.

"Au Maroc, on aime accueillir mais pas servir" explique J. AMRAIN 345(*). De plus le besoin en cadres hôteliers reste élevé et il existe souvent une inadéquate formation-emploi. Le secteur touristique s'est fortement développé dans les années 1970, souvent grâce aux promoteurs immobiliers. Le secteur a beaucoup investi en matériel, mais l'investissement humain a été relégué au second plan. Un recrutement massif s'en est suivi à un moment où il n'y avait pas ou peu d'écoles de tourisme.

En effet les métiers du tourisme sont de plus en plus réglementés et la législation du travail offre peu de flexibilité. Ainsi, le secteur recourt fortement aux stagiaires de longue durée, surexploités et non déclarés et à des employés sous payés qui ne bénéficient pas de la CNSS et donc des contacts spéciaux de formation. Parallèlement à cela, les formations dispensées sont souvent en inadéquation avec la demande du marché, notamment du fait de la qualité des formateurs.

Donc, l'un des problèmes essentiels à résoudre découle de l'inadéquation entre les besoins actuels de l'hôtellerie marocaine et ses ressources disponibles. Cette distorsion reflète la faiblesse de qualification de technicité. Ce phénomène entrave la productivité et nuise à l'amélioration de la compétitivité du secteur. D'un autre côté, le manque d'assainissement de la profession touristique et l'application non rigoureuse des textes régissant la branche du tourisme constituent des entraves au développement touristique marocain. La malhonnêteté, le harcèlement et l'arnaque des vendeurs (bazaristes) et des guides vis à vis des touristes par la politique des prix exorbitants pour des produits de qualité médiocre, bloquent l'épanouissement du tourisme marocain et nuisent à son image de marque346(*).

II.3.1.2.2. Les problèmes liés au transport

Au niveau du transport, le secteur reste marqué par une répartition géographique des équipements et infrastructures très déséquilibrée. Cette répartition est marquée par une grande disparité régionale (par exemple : de Tanger à Safi et de Marrakech à Fès). Ce périmètre dispose des plus grands aéroports, autoroutes et voies ferrées, etc.

En ce qui concerne le transport aérien, les partenaires de Royale Air Maroc dans le domaine du tourisme, lui reprochent de s'en tenir beaucoup trop au statut privilégiant la rentabilité de ses activités plutôt que d'assurer un rôle incitatif voire attractif en tant qu'entreprise étatique, surtout lorsqu'on sait que 60% des touristes visitant le Maroc le font par avion. Ceci montre l'importance de ce moyen de transport dans les mouvements touristique à destination du Maroc. Or,

· l'insuffisance en sièges de Royale Aire Maroc (R.A.M. ne dispose que d'une flotte de 30 appareils qui n'offrent pas assez de sièges pour répondre à la demande des visiteurs de notre pays)347(*).

· Le nombre réduit de ses dessertes sur les destinations pourtant prometteuses.

· Le non respect des horaires.

· La baisse de la qualité.

· Les prestations à bord.

· La politique tarifaire.

sont autant des facteurs qui limitent sérieusement la demande touristique sur le Maroc.

Pour le transport maritime il ne représente que 11% des visiteurs étrangers au Maroc. Pourtant ce mode de transport peut jouer un rôle beaucoup plus performant, si l'on prend en considération la distance de 14 Km qui sépare le Maroc de l'Europe. Le transport maritime peut même constituer une motivation supplémentaire pour une certaine catégorie de touristes qui aiment voyager avec leurs voitures ou leurs motos. Malheureusement, on constate que ce moyen de transport ne joue pas son rôle pour les raisons qui se résument dans les points suivants :

· L'insuffisance de la flotte, malgré la mise en service de nouveaux car ferry.

· L'insuffisance du nombre de rotation surtout en haute saison, ce qui donne lieu à des attentes interminables et parfois même à des annulations, notamment au port d'Algésiras en Espagne.

Pour le transport terrestre, les difficultés principales rencontrées par cette branche d'activité sont :

· Une réglementation désuète et inadaptée.

· Multiplicité des administrations intervenant dans les procédures de contrôle et d'octroi des agréments.

· Un coût élevé et sans cesse croissant du matériel roulant.

· L'insuffisance d'autoroutes et de routes à doubles voies pour les touristes véhiculés.

De ce fait, le parc actuel ne répond que partiellement aux normes internationales du transport touristique : confort, rapidité, sécurité, etc. De même, on assiste à la non-conformité parfois des taxis et des voitures de location aux impératifs de confort et d'entretien, ainsi qu'à une anarchie des prix, malgré l'instauration d'un barème par le ministère du transport.

Ainsi, tous ces problèmes liés au transport présentent une entrave au développement du tourisme marocain.

II.3.1.2.3. L'animation

Cette activité constitue l'une des principales lacunes du tourisme marocain. Ainsi, en dehors de quelques établissements touristiques, l'animation est quasi inexistante.

Les pays concurrents en offrent un vaste choix d'installations sportives et culturelles, grand choix de restaurants, parcs, palais de congres, casinos. Cette activité présente, un intérêt tout particulier, puisqu'elle influe sur l'étalement des saisons, l'amélioration du taux de retour, ainsi que sur la rentabilité des investissements. Une image forte significative, donnée au produit par des organisateurs de voyage, résume bien cette situation : «au Maroc le touriste est piégé dans son hôtel » 348(*)

II.3.2. Les handicapes externes

II.3.2.1. Le problème politique algérien et la guerre du golfe 

Les conflits internationaux, les troubles intérieurs, le terrorisme affectent profondément la demande touristique internationale. Comme le soulignent L.K. RICHTER et W.L.WAUGHJR 349(*) la sécurité politique constitue, avant les attractions touristiques, la condition principale pour le développement touristique. Les pays jouissant, comme le Maroc, d'une tranquillité et d'une stabilité politique voient leur tourisme international terni par l'image négative des problèmes politiques de la région y compris le terrorisme. La situation politique très tendue que vit l'Algérie depuis quelques années et les prises d'otages et assassinats des étrangers a terni l'image de tous les pays voisins.

Bien que se tenant à plusieurs milliers de kilomètres du Maroc, la guerre du golfe a entraîné une quasi-paralysie du secteur touristique au Maroc et dans les pays du pourtour méditerranéen. Si ces pays ont vu leurs activités touristiques reprendre juste après cette crise, au Maroc les conséquences de la guerre du Golf dans le secteur touristique n'ont pas été définitivement effacées.

La Guerre du Golf a engendré sur le plan international une catastrophe touristique pour le secteur. En ce qui concerne le Maroc, toute l'activité a été touchée et le nombre de touristes en provenance de différents marchés n'a cessé de baisser et de régresser rapidement jusqu'à ce qu'il atteigne pendant la période de la guerre le niveau « zéro » 350(*). Des hôtels et des restaurants désertés, des agences de voyage qui n'enregistrent que des annulations formulées par la clientèle européenne, des avions sans passagers, des guides brusquement au chômage forcé, des bazars sans clients, des loueurs de voiture et des autocaristes ne sachant trop que faire de leur parc automobile immobilisé etc.

C'était donc en bref les conséquences de la crise du Golf sur le tourisme marocain. Cependant, un mois après la cessation de la guerre, on a constaté un redressement de l'activité touristique marocaine en enregistrant une augmentation sensible des entrées touristiques comme nous l'avait montré dans la première partie de cette section.

II.3.2.2. L'événement du 11 septembre 2001 

Il s'avère nécessaire et important de signaler également les retombées négatives du « mardi noir » 11 septembre 2001 sur le tourisme marocain. En effet au lendemain des attentats aux Etats unis, les destinations touristiques ont été touchées par les annulations qui pour beaucoup d'établissements ont eu des effets régressifs.

C'est ainsi pour la période de 20 au 25 septembre, ce sont plus de 10000 unités d'annulées selon les estimations d'un responsable du ministère du tourisme. Le rythme des annulations s'est amenuisé depuis le 26 septembre avec seulement 6.000 unités concernées.

Les récents raids américains sur l'Afghanistan n'ont eu aucun effet sur la situation depuis, selon les hôteliers. Pour démontrer l `effet des événements qui ont eu lieu aux USA, on prend l'exemple des réservations annulées sur Marrakech (du 26 au 30 septembre ) :

Etablissement

Catégories

Nombre de personnes

Nombre de

chambres

Date de séjour

Nombre de nuitées

Al Mamounia

Luxe

270

148

Oct-nov-fév-avr

45

Es Saad

Luxe

Inconnu

651

Sep-oct

506

Palmeraie GolfPlace

Luxe

107

78

Oct-nov-déc

91

Méridien N'fis

Luxe

494

259

Oct-nov-jan

52

Safir Siaha

4*

100

100

Novembre

00

Tichka

4*

170

94

Oct-nov-mai-avr

41

Tikida

4*

421

651

Sep-oct-nov-mars

564

Palmariva

Club

364

128

Oct-nov

448

Source : Recoupement auprès des professionnels

En ce qui concerne le secteur aérien, il traverse actuellement une véritable zone de turbulence. Cette crise a été à l'origine de très gros problèmes financiers pour les compagnies aériennes ( Sabena en Belgique, Suissair en Suisse, Airlib en France, etc.), . Parallèlement aux restructurations forcées (suppressions d'emplois), elles doivent également faire face à la forte hausse des primes d'assurances qui pèseront lourdement sur ses comptes. La R.A.M. devra verser une surprime supplémentaire de 1.25 dollars par passager pour couvrir l'assurance de responsabilité. Le montant à décaisser dépendra donc du nombre de passagers. Cette surprime sera entièrement financée par la R.A.M.

En 2000, la compagnie nationale a transporté 3.7 millions de passagers. Si l'on se base sur ce chiffre, la surprime serait de 4.6 millions de dollars. A cela, s'ajoute une surprime de 0.05% de la valeur flotte pour l'assurance avion risque de guerre.

La crise engendrée par les événements de 11 septembre a aggravé la situation financière de la R.A.M. qui avait déjà enregistré des déficits en 2000, souligne Md BERRADA P.D.G. de la R.A.M.

Pour éviter que les avions ne restent cloués au sol, la garantie de l'Etat est également nécessaire. A l'instar des autres pays, le gouvernement s'est donc engagé à couvrir le risque de responsabilité civil vis-à-vis des tiers non passagers (suite à un acte de guerre). Cette garantie porte ainsi sur un montant compris entre 50 millions et un milliard de $. Cette mesure est prévue pour une durée provisoire d'un mois.

Les conséquences des attentats ne s'arrêtent pas là. La R.A.M. va essuyer des pertes en termes de chiffre d'affaire. Les estimations de la compagnie aérienne pour l'exercice 2001-2002 font ressortir une chute de ce chiffre de plus d'un milliard de DH. Ceci entraînerait, selon son P.D.G., une perte qui risque d'absorber une grande partie du capital de la compagnie. A l'origine de cette situation, la baisse de 10% enregistrée depuis les attentats, et la baisse risque de se poursuivre. Et ce, tant au niveau des vols réguliers que des charters.

A cette situation inquiétante, la direction est favorable à un redéploiement de son personnel. La compagnie compte également stopper les recrutements.

Pour sa part, le programme d'investissement de la R.A.M. ne sera ni gelé ni annulé.

Voilà, en résumé, la répercutions de ces crises qui ont contracté le développement du tourisme et, par voie de conséquence, celui du pays.351(*)

On voit, clairement, que les conjonctures politiques mondiales ont eu une grande une influence sur le tourisme marocain.

Ceci vient confirmer le fait que « le tourisme est une industrie de paix ». En temps de crise, de conflit ou de guerre, il constitue, de par sa fragilité et sa vulnérabilité, la 1ère victime.

Section II. Les politiques sectorielles en faveur du tourisme

Le tourisme marocain a connu, depuis plus de trente ans, un développement trop timide qui l'a maintenu à un stade « artisanal avancé ». Pourtant, le « royaume aux mille lumières » possède tous les atouts. Conscient de cette réalité, les professionnels et pouvoirs publics, mettent aujourd'hui en place une stratégie de développement du secteur du tourisme, jugé désormais prioritaire, avec comme objectif : recevoir 10 millions de touristes d'ici 2010.

Comment atteindre ces chiffres alors que la capacité du pays n'est que de 90.000 lits, que les freins à l'investissement sont nombreux, que l'offre et la demande sont en inadéquation et que le Maroc ne peut accueillir à l'heure actuelle plus de 2.7 millions de touristes par an ?

Et si on réalise cet objectif, quels seront ses effets sur l'environnement ?

On sait, aujourd'hui, que le tourisme de masse détruit l'espace touristique. Donc, quelles sont les politiques envisager pour résoudre ce problème.

Dans cette section, nous aborderons tout d'abord, les mesures ou les moyens mis en oeuvre pour le développement du secteur et par la suite les stratégies programmées ou envisagées pour un développement touristique durable.

I. Les moyens mis en oeuvre pour le développement du secteur 

Depuis que le tourisme est devenu une priorité dans l'économie marocaine, l'Etat s'est concentré sur la recherche de solutions pour résoudre les problèmes qui entravent le développement du secteur. Cependant, l'effort fourni n'a pas été satisfaisant. Ceci a poussé l'Etat à chercher d'autres moyens pour développer le secteur. Ces moyens sont successivement  :

I.1. La promotion à travers les actions de l'O.N.M.T.

L'investissement promotionnel de l'office national marocain du tourisme vise à diversifier le produit pour pouvoir éviter toute dépendance. C'est ainsi que ses actions portent sur tous les marchés émetteurs important et ayant concerné les domaines suivants:

· La publicité institutionnelle

Cette forme d'action promotionnelle vise à instaurer une image de marque du Maroc claire et durable, adressée directement aux prospects sur la base d'étude de marché obéissant à une stratégie triennale, pouvant assurer la permanence au niveau de la communication.

Généralement, les compagnes se déroulent entre deux vagues dictées par le caractère saisonnier spécifique à chaque marché. L'optimisation des investissements exige une sélection judicieuse et réfléchie des médias véhiculant l'axe de communication en vue d'assurer un maximum d'impact au près de la cible visée.

· La publicité commerciale

Un budget de plus de 8 millions de DH a été engagé dans le domaine de la collaboration avec les tours opérateurs aboutissant à 54 compagnes ayant permis de couvrir la quasi-totalité des marchés émetteurs, et ayant concerné les types d'opérations : presse, radio, télévision, affichage, confection de brochure spéciale Maroc etc. Cette compagne, a intéressé des pays comme l'Allemagne, l'Angleterre, la Belgique, les E.U, l'Espagne, la France, etc.

La publicité commerciale vise à consolider les liens avec les producteurs de voyages et les tours opérateurs, en égard du rôle prépondérant qu'ils jouent dans la réussite ou l'échec des destinations touristiques. C'est dans ce cadre que l'office leur apporte son soutien pour la réalisation des compagnes commerciales destinées à améliorer la programmation des produits touristiques marocains. Cette formule de publicité permet d'aboutir à une forte présence du Maroc dans les catalogues des tours opérateurs; celle ci étant renforcée par des actions incitant à l'achat des package / Maroc.

· Les relations publiques

Les actions dans ce volet promotionnel visent à générer des retombées positives en faveur du pays, et ce par le biais de l'invitation au Maroc d'agents de voyages, des tours opérateurs, des journalistes, d'équipes de télévisions.

Les initiations se font dans le cadre d'un planning annuel ou de manifestations occasionnelles établis sur la base des propositions émanant des représentants de l'office à l'étranger, et centralisées au niveau logistique au siège de l'office.

Pour le marché français, les actions de ce volet ont porté sur un certain nombre d'invitations, notamment des tours opérateurs, des équipes de télévisions telle que FR3, A2, TF1, M6, RTC, des journalistes de la presse écrite etc.

Les mêmes intentions ont concerné d'autres pays comme l'Allemagne, l'Italie, la G.B, etc. Par ces nombreuses missions d'étude et d'informations, les produits marocains touristiques sont connus de tous ceux qui ont une quelconque influence sur l'opinion publique du pays d'où sont originaires les visiteurs.

· Les manifestations touristiques

L'activité touristique se caractérise par la tenue de plusieurs centaines de salons et foires touristiques à travers le monde.

L'office marocain participe aux manifestations les plus importantes, surtout celles qui ont le caractère professionnel le plus marqué dans lesquelles le secteur privé est tenu de participer activement. Quant aux manifestations étrangères à caractère régional, le Maroc se fait représenter par le biais de la délégation sur place.

Au titre de l'année 2000, plusieurs manifestations à caractère touristique sont programmées dans plusieurs villes du Maroc (Festival Alhocima, Saidia, Volubilis, Festival des musiques sacrées de Fès, etc.) et à l'étranger (ITB 2001 Berlin, Foire FITUR Madrid, Salon SITC Barcelone, W.T.M. Londres, etc.).352(*)

L'ensemble de ces manifestations qui vise de promouvoir le produit touristique marocain et à le faire connaître aussi bien à travers le Maroc qu'à travers le monde entier aura sans doute des retombées bénéfiques sur le volume des touristes qui choisiront le Maroc comme destination de vacances.

I.2. La promotion à travers la révision de la fiscalité et la privatisation

I.2.1. Au niveau de La fiscalité

Le secteur touristique est un secteur prioritaire dans l'économie marocaine. Néanmoins, il est le secteur le plus taxé en matière d'impôts directs et indirects.

Le problème du système fiscal touristique est qu'il ne répond pas à ses objectifs à savoir d'une part, la création d'un environnement favorable à l'activité touristique, à l'assainissement urbain et à la propreté et la surveillance des sites touristiques et d'autre part à un souci de simplification et d'harmonisation.

La loi de finance 1999 - 2000 stipule dans ses articles 8 et 11 qui complètent les lois relatives à l'IS et à l'IGR ce qui suit : « Les entreprises hôtelières bénéficient, pour chacune de leurs unités hôtelières, dont au moins 50% du chiffre d'affaires totale est réalisé en devises, d'un abattement de 50% de la base imposable au titre de l'IS et de l'IGR et ce, pour la partie dudit chiffre d'affaires réalisée en devises dûment rapatrié par lesdits entreprises, ou pour leur compte par des agences de voyages».

Signalons par ailleurs que ces agences qui jusqu'en 1995 étaient assimilées à des agences exportatrices, ne bénéficient plus de cet avantage. Par conséquent un intervenant aussi important dont l'activité est de promouvoir le produit « Maroc» se trouve défavorisé par rapport à d'autres intervenants du même secteur.

L'exonération des biens d'équipements pour la construction des hôtels, qui est stipulée dans l'article 7 de la loi de finances, est un avantage fiscal incitatif pour ce secteur, mais il n'est effectif que si un régime conventionnel est signé avec le gouvernement. Cependant, cette convention ne peut être signée qu'à la condition que l'investissement soit supérieur ou égal à 500 millions DH et que les biens d'équipements ne soient pas produits localement. Ceci pose problème pour les groupes internationaux qui généralement ont des centrales d'achats.

En effet, au sens de la charte d'investissement, presque tout le matériel utilisé dans l'hôtellerie relève des biens de consommation courante. A ce titre, les hôteliers doivent payer les droits de douane au tarif de droit commun : un minimum de 2,5% ou un taux réduit de 10% si le matériel est soumis au PFI.

La loi de finance de l'année 2001 où le roi a rappelé le rôle incitatif de l'outil fiscal en matière d'investissement et a prôné une reforme fiscale en ces termes : « Une reforme de la fiscalité basée sur la transparence, simplification et la rationalité». En ce qui concerne le secteur touristique les mesures sont :

· Réduction du taux de la taxe sur la valeur ajoutée de 20 à 10% pour les opérations de restauration.

· Réduction du taux majoré du droit proportionnel de 10% à 5% en matière de droits d'enregistrement applicables aux cessions de fonds de commerce et de clientèles d'établissements hôteliers, de restaurants et de débits de boissons alcooliques ou alcoolisées.

· Extension de la mesure de plafonnement de l'investissement à 50 Millions de DH aux entreprises prestataires de services pour le calcul de la valeur locative imposable à l'impôt des patentes et à la taxe urbaine.353(*)

La reforme de l'administration ainsi que le projet d'un cadre légal pour le recours à la formule de la gestion de certains services ont également été pris en compte dans cette loi. Le plus important, c'est le projet de création du guichet régional, et ce dans l'attente d'un guichet unique. Celui-ci aura pour objectif de collecter des informations et des statistiques sur les différents secteurs stratégiques de chaque région et, par-là, d'offrir des données susceptibles de rendre compte de la situation géographique, administrative et sur les infrastructures de base de chaque région.

La mission de ce guichet consiste également à encourager l'investissement en fournissant des informations sur les règlements et procédures administratives que doit suivre toute personne pour investir dans la région.

Récemment, le gouvernement et les opérateurs du secteur touristique ont signé un accord-cadre, qui, à terme devrait booster les investissements, à condition bien entendue que les chiffres qui y sont affichés ne soient pas de simples symboles ou des voeux pieux. Cet accord-cadre porte sur trois axes qui constituent actuellement des contraintes pour le développement de l'investissement touristique au Maroc, en l'occurrence la question foncière, la fiscalité et le financement.

A cet égard, l'Etat s'est engagé, dans le cadre du contrat-programme, à mettre les terrains à vocation touristique à la disposition des promoteurs à des prix subventionnés à hauteur de 50%. De même pour promouvoir les investissements dans le secteur, une simplification et une amélioration du dispositif fiscal sont en cours. De nouvelles mesures ayant été déjà inscrites dans la loi de finances 2001.

En matière de financement, paramètre déterminant pour l'investissement pour l'industrie hôtelière fortement capitalistique, une nouvelle politique impliquant aussi bien l'Etat que les banques et les grands promoteurs internationaux est en voie de concrétisation. A cet effet, l'Etat a alloué, par l'intermédiaire du fonds Hassan II pour le développement économique et social 354(*), une enveloppe de 500 millions de DH à l'équipement de 3 stations balnéaires situées dans les régions d'Agadir, de Larache et de Saidia.

Au demeurant, les conventions d'investissement conclues entre le Maroc et plusieurs groupes étrangers devraient, d'ores et déjà contribuer à porter les infrastructures hôtelières à un niveau qui permettrait de classer le Maroc parmi les destinations touristiques internationales355(*).

I.2.1. La privatisation

Par la loi n° 39/89 autorisant le transfert des entreprises publiques au secteur privé, le législateur a décidé de céder tous les hôtels qui sont en possession de l'Etat, essayant ainsi de résoudre le problème de la qualité du service et le manque de rentabilité de ces derniers.

Cependant, il reste en sa possession cinq hôtels dont la vente est programmée pour l'avenir. Il s'agit des hôtels Ibn Toumert, Asmaa, Madayek, Rose du Dadès et Riad.

Listes des hôtels privatisables :

Hôtels

Ville

Propriétaire

catégorie

Capacité

Asmaa

Chefchaouen

O.N.M.T

*B

94

Ibn Toumert

Taliouine

O.N.M.T

*B

105

Madayek

Boumalne

O.N.M.T

*B

100

Riad

Larache

O.N.M.T

*B

24

Rose du Dadès

M'gouna

O.N.M.T

*B

102

Source : ministère du secteur public et de la privatisation

Les normes actuelles de classification des établissements hôteliers fixés par le décret du 25 novembre 1986 ne répondant plus aux critères internationaux, surtout avec l'apparition de nouveau types d'hébergement (maisons d'hôtels et centre de thalassothérapie), chose qui a poussé à la reforme de ces normes.

Chaque année, la commission nationale consultative de classement des établissements touristiques se charge d'effectuer des contrôles qui peuvent aller jusqu'au déclassement de l'unité hôtelière.

II. La place du tourisme dans les plans de développement économique et social

la présentation de la place du tourisme dans les différents plans économiques et sociaux dans cette section aidera à évaluer la politique touristique du pays, et de savoir dans quelle mesure cette politique a donné des résultats.

II.1. Du plan quinquennal (1960-1964) au plan quinquennal (1982-1992)

Si, le premier Plan Quinquennal (1960-1964) était axé sur l'industrialisation du pays, le Plan Triennal (1965-1967) a centralisé son action sur l'agriculture, la formation du cadre et le tourisme.

Ainsi, fut crée, en 1965, un Ministère du Tourisme dans le but d'encadrer et de coordonner l'ensemble des activités du secteur. C'est dans ce sens qu'il a favorisé le développement des représentations à l'étranger, l'utilisation à fort potentiel de la propagande touristique, la coordination des activités de l'Office National Marocain du Tourisme (O.N.M.T.), de la Royal Air Maroc (R.A.M.), le contrôle des prix, le classement des hôtels restaurants et autres.

Le C.I.H. (Crédit Immobilier et Hôtelier) avait également vu le jour en 1967, et ce, de manière à promouvoir le secteur par le biais de crédits nécessaires dans le cadre des subventions de l'Etat en matière d'investissement touristique.

Toutefois, il est à noter que malgré la faiblesse des moyens financiers due aux difficultés économiques du Maroc récemment indépendant, la majeure partie de l'hôtellerie construite a été de haut standing.

Si le deux premiers plans avaient connu des difficultés au niveau des réalisations dues aux difficultés économiques, le plan 1968-1972 a été jugé comme étant réussi.

Les priorités de ce plan tournaient autour de l'agriculture, le tourisme et la formation des cadres. La stratégie du plan visait à assurer une entrée massive de touristes au Maroc, le développement d'une hôtellerie de moyenne gamme et la présence de l'investissement étatique là où le secteur privé était défaillant. Pour ce qui est de la participation du secteur privé dans les investissements touristiques, elle a été importante (76,27%)356(*), malgré les encouragements relativement faibles du code des investissements de 1960, par rapport à ceux consacrés dans celui de 1973.

Côté formation touristique, outre les écoles hôtelières de Rabat et Tanger, l'Etat avait programmé la construction d'autre écoles à Fès, Marrakech et Agadir.

Dans le but de favoriser l'investissement touristique et d'augmenter la capacité d'hébergement, l'Etat a institué deux sociétés nationales d'équipement touristique : la S.O.N.A.B.A. (Société Nationale d'Aménagement de la Baie d'Agadir) et la S.N.A.B.T. (la Société Nationale de l'Aménagement de la Baie de Tanger).

Il ressort donc de ce qui précède, que la période des trois premiers plans coïncide avec les premières années de l'indépendance, marquée par un développement lent du secteur du tourisme marocain.

Sur la base des orientations générales du plan 1973-1977, la politique suivie a continué à favoriser un tourisme de masse, avec une diversification de la clientèle.

Les aspects spécifiques de ces orientations concernent en particulier :

· L'aménagement et l'équipement des zones touristiques ;

· L'amélioration des structures d'accueil de toutes les professions touristiques (administration, agence de voyages, restauration, etc.) et la promotion d'une politique d'animation ;

· L'étude du tourisme interne et son impact sur l'économie ;

· L'amélioration du rendement de toutes les professions touristiques ;

· La commercialisation du produit touristique par le développement d'une action mieux adaptée et plus intensive à l'étranger, en particulier au niveau de la publicité ;

· L'amélioration du système d'information statistiques ;

· L'adaptation de la formation professionnelle aux besoins de l'ensemble des activités du secteur touristique.

Les réalisations du Plan ont été centralisées dans certaines régions du Maroc dont notamment la région du Sud, celle du Nord-Ouest et l a région du Centre, et ce, au détriment d'autres régions à potentiel touristique non négligeable357(*).

Les orientations et les objectifs du Plan Triennal 1978-1980 étaient semblables au précédent (1973-1977). Pour accroître les ressources de l'Etat dans le cadre de son intervention pour le secteur touristique, une nouvelle taxe parafiscale, dite « taxe de promotion touristique » au profit de l'Office National Marocain du Tourisme a été instituée, objet du décret n° 2-79-749 du 31/11/1979, ce qui lui permettait de renforcer ses moyens d'intervention dans le cadre de ses programmes publicitaires.

Et, si le problème foncier est à la base des difficultés de l'investissement touristique, l'Etat s'était décidé à constituer et à équiper un patrimoine foncier à l'intention des investisseurs.

Dans le cadre de ce plan, on cherche également à assainir le transport aérien, maritime et terrestre au profit du développement du mouvement touristique.

Par contre, l'investissement, au titre de la formation touristique, accusa du retard dans la réalisation d'établissements et d'écoles hôtelières, c'est pourquoi le degré du développement du tourisme dans le cadre de ce plan était jugé très moyen.

La période de ce plan coïncide avec une conjoncture internationale difficile, caractérisée par le marasme économique, la crise de l'énergie et la levée des prix de change du dollar.

En plus de la sécheresse qu'a connue le Maroc, l'augmentation des prix de certains produits de base et de l'énergie a eu un impact sur l'ensemble de l'économie nationale.

Nonobstant la conjoncture décrite ci-dessus, les pouvoirs publics ont veillé à une révision globale des mesures d'encouragement de l'investissement touristique et ce par la publication du nouveau code de 1983, la résorption des problèmes fonciers, l'amélioration de la qualité des services et l'intensification de la formation professionnelle.

Quand aux programmes et études déjà entamées, le gouvernement a décidé de poursuivre les recherches sur le tourisme interne, les nuitées touristiques, la rentabilité de l'investissement touristique, l'étude des marchés extérieurs et les revenus touristiques ; une enveloppe financière de l'ordre de 3750000 dirhams358(*) a été consacrée pour la couverture des charges prévues à cet effet. Le travail à titre de propagande était en mesure de couvrir les principaux marchés touristiques et une provision de l'ordre de 200.000.000 dirhams a été réservée dans le plan.

Les deux années 1986 et 1987 ont servi de pause et de réflexion pour l'élaboration du plan d'orientation et de développement économique et social 1988-1992.

Les objectifs de ce dernier ont été définis comme suit :

· Mener une action globale au niveau du problème foncier et para-hôtelier, des activités et professions touristiques, du transport, de l'accueil, de l'animation et de la promotion ;

· Améliorer la qualité de l'offre ainsi que des prestations de service ;

· Assurer un encadrement dynamique et évolutif du secteur ;

· Assurer la rentabilisation des investissements touristiques par une meilleure gestion de l'offre et une diversification du produit touristique ;

· Prendre les mesures nécessaires pour réglementer les activités touristiques ;

· La responsabilisation croissante du secteur privé ;

· Renforcer les pôles touristiques existants et équiper de nouveaux pôles touristiques définis par les schémas directeurs d'aménagement touristique, notamment dans les provinces sud atlantiques, la Côte Méditerranéenne, la Côte Atlantique et la Montagne.

Cette analyse des politiques touristiques du Maroc depuis son indépendance semblait nécessaire dans cette section. En effet, les évolutions dans le secteur touristique et les significations qu'elles peuvent prendre, sont le produit de l'expérience historique.

II.2. A travers le plan quinquennal 2000-2004

Les potentialités du marché touristique ont poussés les responsables du tourisme marocain à élaborer dans le cadre du plan quinquennal 2000-2004, une stratégie qui permettrait d'atteindre 4 millions de touristes à l'horizon de 2004 et 20 millions d'unités, d'offrir 204.000 emplois supplémentaires et de générer des recettes de l'ordre de 26,3 Milliard de DH359(*).

La réalisation de ces objectifs est tributaire de:

· La démarcation du produit Maroc par rapport à la concurrence.

· La compression de coûts de production.

· La valorisation des produits pour lesquels le Maroc à une maîtrise et un avantage comparatif certain.

· le renforcement des actions promotionnelles par produit et par région.

· l'augmentation de la capacité d'hébergement touristique.

Des actions ont ainsi été arrêtées au niveau de l'aménagement et de l'investissement, du transport touristique, de la formation et de l'organisation. En effet, il a été décidé :

* pour les investissements :

L'investissement prévu porte sur 7 Milliard de DH, dont 4,8 Milliard de DH seront affectés aux constructions nouvelles de 30.000 lits.

1,1Milliard de DH pour la rénovation de 27.400 lits et le reste à la maintenance de 54.000 lits.

* Les aménagements :

ü Mise à niveau de la baie de Tanger.

ü Développement de 3 stations Taghzout, Saidia et Tanger (Khmiss sahel)

ü Développement de projets Fourty et Tifnit dans la région d'Agadir.

ü Pour un budget de 443 millions de DH dont 200 foncier, 226 infrastructures ( Fond G.S.M.)

ü Avec à terme 40.000 lits et 20.000 emplois, 5,5 Milliard par an de recettes.

ü Investissements privés attendus de 10 Milliards (20 fois l'investissement de l'Etat).

Pour inciter les investisseurs nationaux et étrangers à financer ces investissements, le gouvernement envisagerait :

· De baisser le seuil de 500 à 200 Milliard DH pour accéder au régime conventionnel.

· De relancer le projet de création d'un fond spécial affecté à la rénovation des hôtels.

· De réactiver l'agence touristique dont l'objectif est de mettre à la disposition des opérateurs des terrains à des prix compétitifs.

· De diminuer la TVA de 10% à 7% pour l'hôtellerie et la restauration.

· Une augmentation de la capacité du transport aérien.

· Une amélioration de la compétence des opérateurs (travailler en terme d'objectifs à atteindre et non pas en termes de flux rapides à récolter).

· Une amélioration de l'organisation, de la gestion de l'activité touristique en renforçant l'image du pays pour une meilleure compétitivité.

· Le règlement du problème du foncier par la création d'une agence foncière. De leur côté, les professionnels du tourisme devraient s'organiser autour d'une charte de qualité, afin de crédibiliser leur produit et offrir du prix compétitif où le rapport qualité prix est équilibré.

A ce propos, le contrat - programme qui sera présenté au gouvernement, montrait l'aptitude qu'a ce secteur à se fixer des objectifs.

Le Nord du pays bénéficiera d'un projet de construction d'une rocade méditerranéenne allant de Tanger à Saîdia sur 560 Km. La réalisation de ce projet devra aider à valoriser le potentiel touristique de la région en faisant de la côte méditerranéenne un pôle touristique de premier ordre. De plus, le tracé principal de la rocade comporte des ramifications pour desservir plages et villages de l'arrière pays.

II.3. A travers le contrat C.G.E.M. 2000-2010

L'objectif et les orientations de ce contrat présenté en juillet 2000 au gouvernement et élaborés pour la période 2000-2010, a permis d'identifier les diverses entraves au développement du secteur touristique, nécessaire à la mise en place des objectifs de la stratégie nationale.

Ce contrat propose un plan de développement rapide du royaume à travers une croissance durable et accélérée de l'industrie touristique indépendante de tout contingent. C'est ainsi qu'une dizaine d'objectifs ont été fixés, à savoir :

o Recevoir 10 millions de touristes dont 7 millions internationaux hébergés en hôtels classés.

o 80.000 sur la période 2000-2010 portant la capacité à 115.000 chambres soit 230.000 lits.

o Cinq nouvelles stations balnéaires viendront s'ajouter à celle d'Agadir, ce qui représentera une offre de 160.000 lits pour le seul segment balnéaire.

o Les recettes attendues sont de l'ordre de 480 milliards de DH contre près de 19 milliards en 2000.

o 30 milliards d'investissement pour atteindre 230.000 lits.

Ce qui engendrera quelque 600.000 emplois, un taux annuel de croissance de 8.5%, une contribution du secteur touristique au produit intérieur brut à hauteur de 20% avec un revenu annuel par tête d'habitant de 26.000 DH.

Pour ce qui concerne le côté financier, il va orienter l'épargne à travers la création d'un fond de mise à niveau, l'implication plus forte du secteur bancaire associé à des conditions de réescompte pour couvrir le risque sur le long terme ainsi que l'accès aux marchés financiers. Le côté politique a été concerné. Il a proposé d'instituer une haute autorité qui touche essentiellement le dispositif de promotion, le dispositif de contrôle ainsi que le lancement d'un guichet unique.

La candidature du Maroc à l'organisation de la coupe du monde 2010 est une excellente occasion pour se donner, à nouveau, une raison de travailler rapidement et efficacement. Rappelant que le choix du candidat auprès de la FIFA pour 2010 se fera en 2004. Le Maroc se doit donc de se préparer à cette première échéance.

III. Les politiques et les perspectives du tourisme durable

Le tourisme marocain est passé par trois étapes depuis une vingtaine d'années. Entre 1980 et 1992, le développement touristique était précaire, spontané et sans une vraie volonté politique, sans une visibilité et donc sans une stratégie. De 1992 à 1995, la crise puis la guerre du golfe et la conjoncture mondiale difficile ont entraîné une baisse des arrivées et une dégradation de la situation financière du secteur. Après 1996, une série d'électrochocs a permis un redressement de la situation et une augmentation plus ou moins régulière du nombre des arrivées et des nuitées et du volume des recettes.

Aujourd'hui, le tourisme, avec plus de deux millions d'arrivées, génère des recettes de l'ordre de 27 millions de DH et emploie quelque 600.000 personnes, soit 5,8% de l'emploi global, représente 7,8% du PIB360(*) et 11,3% de la balance de paiements. Mais ces résultats reste faible devant les atouts qui possède le Maroc.

Conscient de ces résultats, les pouvoirs publics et les professionnels, mettent aujourd'hui en place une stratégie de développement durable du tourisme surtout que le Maroc a comme objectif de recevoir 10millions des touristes d'ici 2010.

Et comme, nous avons déjà analysé dans le premier chapitre que le tourisme de masse détruit les espaces touristiques. Alors avec 10 millions des touristes, il est bien évident que ce chiffre peut avoir des retombées négatives que cela soit de manière directe ou indirecte. Qu'il s'agisse des ressources locales, des sites culturels et naturels, du patrimoine tangible et intangible, des cultures de manière générale les effets néfastes d'une surexploitation touristique sont inéluctables. La question qui se pose est de savoir quel tourisme ? pour quelles situations ?et dans la perspective de quels objectifs ?

Surtout, dans le cas des Ryads361(*) transformés en maisons d'hôtes, l'exploitation des vielles demeures de la médina mise sur leur univers profondément traditionnel et combien ritualisé. En devenant un lieu d'hébergement d'une population ayant un mode de vie moderne en rupture avec la mentalité des autochtones, cette pratique nouvelle ne peut se faire sans drainer dans son sillage des transformations importantes et parfois des chocs culturels notoires.

Il est important donc de souligner que les exigences du développement durable constituent un impératif incontournable pour la longévité des cultures et des patrimoines, surtout dans un milieu où la diversité culturelle est l'organe palpitant de la vitalité du tourisme.

Surtout, que les Ryads maisons d'hôtes ne suscitent une forte demande internationale362(*) exponentielle que par le potentiel d'immersion culturelle qu'ils offrent. Mais leur pérennité risque d'être compromise si une telle structure n'est pas pensée, structurée et contrôlée par des principes s'inscrivant dans une stratégie de durabilité.

Quelle stratégie utiliser pour faire en sorte que ce terreau puisse continuer à être un espace pérenne permettant à l'autochtone et à l'étranger de se ressourcer dans une culture et une mémoire anciennes ?

L'une des possibilités qu'on peut avancer pour répondre à cette interrogation dans un environnement marocain où les potentialités sont multiples et variées en milieu rural et surtout en montagne, est probablement la promotion et le développement du tourisme durable. Or, si le tourisme surtout en ces milieux sensibles est un projet indicateur de la société moderne, un promoteur et un producteur des activités génératrices de flux financiers, il représente, par ailleurs, un enjeu très considérable. C'est à dire qu'il transforme les modes d'occupation de l'espace, modifie les comportements sociaux et bouleverse les rapports à l'autre. Ainsi, chacun sait combien le tourisme conditionne et agit sur les modes de vie, les pensées et les représentations des populations locales.

Pour éviter que cette activité ne devienne un agent perturbateur, des formes diverses de tourisme adapté au mode de vie des populations ont été mises en place. Il s'agit, entre autres, de la promotion du tourisme durable avec un éventail de formules et de choix très large et répondant à une demande aussi diverse que variée. L'exposé de cette stratégie sera l'objectif de ce paragraphe.

III.1. Le Maroc : vers une politique en faveur du développement durable

Le Roi, dans son discours de juillet 2001, se disait particulièrement attaché à faire du secteur touristique, une puissante locomotive pour le développement, tant sont importantes les opportunités d'emploi qu'il génère et les devises qu'il procure, ainsi que l'ouverture qu'il favorise et aussi en tant que culture et art de communication et d'interaction.

Pour devenir un pôle porteur, le tourisme doit être érigé en secteur prioritaire et surtout pour répondre aux mutations de la demande que nous avons déjà soulignées. La destination Maroc offre désormais de nouveaux produits. Des produits à vocation multiculturelle, et des infrastructures de qualité, des compétences pointues dans le domaine du tourisme et de ceux qui s'y rattachent, la mise en valeur et la protection du patrimoine, la mobilisation des populations locales, une coopération public/privé plus étroite et surtout une politique commerciale efficace.

Des tentatives ont été menées par les responsables du tourisme pour initier certains produits mais qu'elles n'ont malheureusement pas réussi et d'autres se développent de façon satisfaisante.

· Des nouveaux produits initiés par l'Etat :

Il s'agit du thermalisme, des ports de plaisance et du golf.

Le Maroc dispose d'un fort potentiel en matière de thermalisme. L'abondance des sources thermales et thermo-minérales est remarquable. Les tentatives de lancement d'un produit thermal de classe internationale ont été concrétisées par les opérations de grande envergure. C'est le cas de la station de Moulay Yacoub. Ce projet a mobilisé de grands moyens financiers (un investissement initial de 6 Milliards de centimes révisé depuis à la hausse) pour la création d'un établissement médical de niveau international et selon des normes modernes. L'établissement thermal offre une capacité de 15.000 curistes par an (cure de trois semaines), soit l'équivalent de 800.000 soins. Mais cette tentative ne dépasse pas la satisfaction de la demande interne.363(*)

La navigation de plaisance est un nouveau produit touristique de plus en plus recherché par la clientèle européenne. Ceci suppose donc une augmentation substantielle de la demande en ports de plaisance dans un espace maritime proche des ports d'attaches européens. Or, de par sa position géographique, le Maroc pouvait bénéficier de ce marché potentiel s'il développe un réseau de ports de plaisance, judicieusement répartis. Un plan directeur des ports de plaisance a été établi et cinq ports sur 8 sont déjà achevés. Mais, outre les difficultés à naviguer dans l'océan atlantique, la concurrence des ports espagnols est très forte en méditerranée.

Dans le même esprit une politique de multiplication des terrains de golf est entreprise. Elle est le fait aussi bien de l'Etat que du privé et s'appuie sur une longue tradition qui existait déjà comme à Mohammedia. La plupart des stations récemment aménagées comporte désormais un green (Capo Negro dans le Nord, Bouznika au sud de Rabat, Agadir etc.).

· Des produits basés sur le culturel : le tourisme des espaces périphériques

Cherchant à la fois à diversifier son offre touristique et à impulser un développement local dans les zones marginales soit celle des montagnes de l'Atlas (notamment le Haut Atlas où la population locale s'investit dans le tourisme en ouvrant leurs maisons aux touristes, en se convertissant en artisans, muletiers ou cuisiniers pour les randonnées, accompagnateurs ou guides).

Ce produit est essentiellement basé sur la dimension culturelle puisque pour le touriste étranger la visite des contrées situées au pieds du versant sud de la montagne atlasique s'est déclinée dès le départ sous le signe de la culture dans son sens le plus large : sites historiques, éléments naturels, vie quotidienne des oasiens et des montagnards dans leurs efforts d'adaptation à des conditions climatiques extrêmes et patrimoine architectural unique. C'est donc en fait la découverte de l'autre, à travers lequel on peut se redécouvrir soi-même par un jeu de miroir déjà analysé par ailleurs.

La montagne marocaine offre un cadre attrayant et des centres d'intérêt diversifiés. Elle est de ce fait approchée bien que timidement par le tourisme international et fait l'objet d'une fréquentation assez sensible de la part des nationaux. On relève une fréquentation marocaine d'origine plutôt populaire, activité induite par des pratiques religieuses et récréatives traditionnelles héritées du passé (Moulay Brahim). Dans d'autres cas la fréquentation de la montagne par ces nations va s'appuyer sur un héritage plus récent datant de la période coloniale (Ifrane et le Moyen Atlas général, tourisme d'hiver dans l'Oukaïmedene, développement de la résidence secondaire dans la vallée de l'Ourika).

La fréquentation la plus dense reste, cependant, limitée au massif du Toubkal où la section marocaine du Club Alpin Français tient un certain nombre de refuges et les Tours Opérateurs et autres agences de voyages y organisent à partir de Marrakech ou d'Imlil (principal centre d'activité alpine) des randonnées, du trekking et autres formes d'escapades exotico-sportives de type commercial.

C'est dans ce contexte que se situe l'intervention volontariste de l'Etat en matière de développement durable visant à développer un tourisme randonnée avec logement chez l'habitant dans le Haut Atlas Central. Cette initiative étatique se situe dans le cadre d'une action de coopération Maroco-Française. Intitulée « expérience pilote intersectoriel d'économie rurale de haute montagne », cette action a choisi volontairement le tourisme, pour aider le développement des hautes vallées atlasique et arrêter l'émigration qui les vide.

L'expérience se limite, dans un premier temps, à quatre communes (Abachkou, Tabant, Zaouyat Ahansal et Qualaat Mgouna) choisies en fonction de la « la grande Traversée du Haut Atlas » et couvrant les deux versants Nord et Sud de la chaîne. Cette expérience est à ses débuts, elle fait l'objet d'évaluations permanentes.

A côté de la montagne, il convient de situer l'émergence du produit Grand Sud ou Sud intérieur. Parmi les centres d'intérêt de cette nouvelle destination, encore inconnue au milieu des années 1980, l'habitat dit en terre constitue l'une des principales attractions. Là aussi visiter le désert ce n'est pas seulement s'imprégner de son immensité ; mais c'est également voir des maisons fortifiées construites en pisé, parfois majestueusement perchées sur des pitons rocheux et richement décorées ; c'est aussi visiter quelques-unes de ces maisons, pour y découvrir la vie de leurs habitants, goûter le mystère que cachent leurs murs épais et leurs impasses sombres. Cependant, cet habitat présente aussi une fragilité. Son intégration dans le produit touristique pourrait déboucher sur sa réhabilitation et sa sauvegarde.

Dans le même cadre, on assiste au développement d'une nouvelle forme de tourisme : le tourisme rural, qui est le résultat de la conjonction de diverses initiatives. A la base l'explosion des associations de développement local qui voit dans le tourisme un secteur pouvant générer des revenus supplémentaires sans grands frais ; viennent ensuite les initiative des agences de développement, des ONG internationales, des bailleurs de fonds qui cherchant des niches pour financer des actions de développement local optent pour le tourisme rural.

A titre d'exemple, le Programme de Développement du Tourisme Rural est d'une durée de trois ans avec un montant de 2,8 millions de dollars financé par USAID 364(*). Il vise à accroître les avantages économiques et sociaux positifs du tourisme au Maroc, en oeuvrant à l'amélioration et au renforcement de l'environnement institutionnel, ainsi, qu'au développement et à la promotion de 25 nouveaux produits touristiques (packages) dans les zones rurales, les milieux naturels et les villages du Maroc.

D'autres grands programmes et projets 365(*) mis en place pour promouvoir le tourisme écologiquement viable à titre d'exemple:

§ Le programme intégré de développement du tourisme de montagne dans le Rif (en projet).

§ Le projet de plan d'action pour le développement de l'écotourisme dans les aires protégées net les parcs nationaux.

§ Le projet d'un village de vacances saharien aux Provinces Sahariennes Wilaya de Laayoune-Boujdour-Sakia EL Hamra. Ce projet a commencé il y a un an et demi à la suite d'un courrier de la part du ministère du Tourisme à Rabat. C'est un projet sans intention commerciale. Il impose une intégration totale à son environnement naturel et social. Ainsi, les termes a utiliser pour bien décrire ce futur village saharien sont : « Commerce Equitable, Développement Durable, Ecologie ».

III.2. Les mesures envisagées pour promouvoir cette nouvelle forme de tourisme

Pour promouvoir l'écotourisme et le tourisme axé sur la nature :

§ Le salon de la randonnée avec stands organisé par le ministère du tourisme (OMNT) et les professionnels à Paris.

§ La traversée du Haut Atlas et les éduc-Tours, organisés par le ministère du tourisme.

En plus de ce qui a été mentionné, l'écotourisme est retenu dans de nombreuses régions comme étant la solution alternative la plus adéquate pour lutter contre la surexploitation des ressources naturelles366(*).

Un comité de suivi comprenant des représentants de la cellule de développement du tourisme de montagne (ministère du tourisme), la direction des affaires rurales et les professionnels a été mis en place pour assurer la surveillance continue du tourisme de nature. Par ailleurs, des comités interministériels et des conseils nationaux devraient garantir la viabilité à long terme du progrès touristique (Conseil de la forêt, Conseil national de l'environnement).

Dans le cas du tourisme axé sur la nature, les entrepreneurs qui enfreignent les mesures requises pour la protection de la nature ou de la culture sont mis en demeure et en cas de récidivité la licence leur est retirée. Les agences de voyages spécialisées et les accompagnateurs sont tenus de respecter le code de conduites spécialement aux rejets des ordures ménagères. Pour les touristes, des mesures de sensibilisation sont menées par le biais de brochures promotionnelles.

Plusieurs actions ont été promues par le développement de l'activité touristique en faveur de la préservation du patrimoine naturel et culturel (restauration de la kasbah de ben Haddou ; patrimoine universel, citée portugaise, le parc Souss-massa...). Par ailleurs, le tourisme joue un rôle d'avant garde dans la création de l'emploi et participe ainsi à la résorption du chômage dans les principales villes du Maroc (Marrakech, Agadir, Casablanca, Tanger, Fès, etc.).

Il y a lieu de noter que le tourisme est retenu comme un facteur moteur et clef pour le développement des régions du nord en vue de lutter contre les fléaux des cultures illicites, la contre bande et la migration clandestine. Par ailleurs, la promotion de l'activité touristique essentiellement axée sur la nature est identifiée comme la solution alternative la plus adéquate pour lutter contre la surexploitation des ressources naturelles surtout dans les régions montagneuses ou forestières.

Des actions pilotes ont été initiées au niveau local, notamment dans le massif du Haut Atlas central, où le projet de développement multisectoriel a été lancé dès les années 1980. Période durant laquelle, le tourisme s'est avéré être un véritable moteur de développement. Ce projet qui a commencé à donner ses fruits avait pour objet de relancer selon une approche participative, les activités locales telles que le tourisme rural tout en assurant la préservation de patrimoine naturel et écologique et dans le respect des traditions et des spécificités des populations locales.

Actuellement, cette expérience est en phase d'extension vers d'autres régions du Maroc notamment le massif du Rif où les effets d'un relief accidenté, d'un territoire enclavé et d'une économie liée à des cultures illicites peuvent être atténués par une ouverture sur le monde extérieur grâce au développement escompté du tourisme rural. Au niveau national, les destinations de tourisme écologiquement viable sont : le Haut Atlas et le Rif en raison des potentialités et des atouts naturels que recèlent ces régions pour le développement de ce type de tourisme.

Afin de promouvoir un tourisme écologiquement viable, il convient de renforcer la compétitive du secteur et ça se fait à travers la création d'un certain nombre d'écoles et d'instituts touristiques pour aider les employés de l'industrie du tourisme à comprendre, utiliser et promouvoir ce type de tourisme.

La prise en considération de la dimension environnementale commence à gagner de l'ampleur dans les techniques de gestion et de commercialisation su tourisme au Maroc. Par ailleurs, l'intérêt des touristes soucieux des problèmes de l'environnement détient une attention particulière de la part des responsables du secteur touristique.

Les études d'aménagement touristiques et les stratégies et les programmes sectoriels aident aussi bien les décideurs que l'industrie du tourisme à promouvoir un tourisme écologiquement viable.

Aussi, concernant la promotion de l'innovation dans le domaine des écotechnologies, une politique de développement industriel écologiquement durable ( D.I.E.D.) a été mise en place. Le centre de développement des énergies renouvelables développe des actions importantes dans le domaine de l'énergie. Des mesures incitatrices existent dans le code des investissements pour promouvoir l'utilisation des nouvelles technologies préservant l'environnement et réduisant la consommation d'énergie.

D'autres actions ont été élaborées avec comme objectifs principaux : l'amélioration de l'efficacité énergétique des transports, la réduction de la pollution atmosphérique associée aux transports, l'amélioration de la qualité de l'air en milieu urbain, l'encouragement de l'utilisation des technologies propres en vue de réduire les consommations énergétiques et de prévenir la pollution à la source, etc.

Le financement des activités dans ce secteur est assuré par un budget général de l'état, par le secteur privé et par l'assistance extérieure (la France dans le cas du Haut Atlas central). A titre d'exemple : la Banque Mondiale et le Gouvernement marocain ont signé, un accord de prêt d'un montant de 2,4 millions d'Euros (environ 24 millions de dirhams) en faveur du développement durable du tourisme balnéaire.

Ce projet financé par la Banque Mondiale a pour objectif la mise au point et l'évaluation de dispositifs institutionnels et contractuels permettant de promouvoir et de gérer des partenariats public-privé assurant un développement intégré et durable des sites balnéaires au Maroc. Il s'agit de promouvoir ces partenariats tout en assurant la cohérence des investissements avec les objectifs nationaux de promotion du tourisme et de création de revenus et d'emplois, d'aménagement du territoire et d'urbanisme, de préservation de l'environnement et de gestion du littoral. Ces objectifs s'inscrivent dans le cadre du PIDC (Prêt à l'Innovation et au Développement des Connaissances) en faveur du développement durable du tourisme balnéaire.

A l'instar de beaucoup de pays, le Maroc devra accorder à ce secteur tout l'intérêt qu'il mérite. A cet effet, une conjugaison des efforts de tous les intervenants doit être assurée. Pour faire face à certains problèmes et handicaps qui continuent d'entraver le développement de ce secteur qui constitue une donnée fondamentale de la dynamique de croissance économique et sociale d'un pays., les voies du partenariat interne et externe sont donc à explorer.

L'essor du tourisme dans le cadre d'une concertation franche et permanente, une telle stratégie comme le développement durable est de nature à assurer au Maroc une place de choix dans le concert des pays touristiques et de conserver ses ressources naturelles et culturelles à long terme.

SECTION III. Vers une analyse située de tourisme

Pour assurer un développement touristique durable, qui soit au profit des régions d'accueil, il serait souhaitable de tendre vers une civilisation de la tolérance et une prise en compte de la diversité des sites, des croyances, des comportements... au lieu de s'engager vers un modèle unique, excluant les particularités de chaque contexte humain et traitant de la même manière toutes les sociétés.

Dans ce cadre, H. ZAOUAL écrit :  « la mondialisation a besoin d'être habitée par des hommes avec toutes leurs différences, leurs moeurs de sites et leurs croyances...367(*) ».

En fait, la pertinence d'un modèle de développement touristique se mesure au degré d'enracinement de ce modèle dans les cultures locales et dans le tissu économique local, qu'il soit formel ou informel. La transposition de modèles sans le moindre souci quant aux particularités du site a peu de chance d'aboutir.

La pensée économique traditionnelle doit donc penser à abandonner son projet d'une autonomisation pure et dure de son propre schéma. Elle doit s'ouvrir à la diversité des sites, des pratiques, des cultures,...car la mondialisation, généralisante, induit le naufrage de sociétés entières.

Cette section constitue l'aboutissement de notre recherche est pour objectif de dénoncer les limites de développement transposé et de la pensée unique. Et qui met en évidence de l'importance de prendre en considération la grande variété des sociétés humaines. Donc il serait préférable de prendre en compte le milieu, la diversité des populations et des cultures.

Notre ambition est de suggérer des pistes de réflexions pour mettre en place des projets, des politiques qui soient adaptés aux contingences locales et non plaquer sur des sites des modèles pré-établis. Dans cette section, nous nous référons aux travaux de H. ZAOUAL368(*).

Le premier paragraphe de cette section consiste à définir les principales notions de la théorie des sites symboliques. Pour mieux comprendre le développement de la notion de tourisme situé, qui est l'objectif de deuxième paragraphe.

III.1. Exposé de la théorie des sites symboliques

La mondialisation n'a pas cessé de chercher à ouvrir l`économie sur le reste du monde. Mais, la théorie qui l'inspire a omis de prendre en considération la diversité des hommes et des sociétés.

Ainsi, la globalisation a conduit à d'importantes inégalités entre les pays (Nord/Sud). L'internationalisation de l'économie mondiale a engendré une globalisation des marchés, tout particulièrement des marchés financiers, donc, des contraintes extérieures.

P. VELTZ 369(*) montre que la globalisation de l'économie a remis en cause la façon de produire. L'organisation de cette nouvelle forme de production a des conséquences sur les activités locales. Celles-ci ne sont plus totalement adaptées aux besoins locaux.

De plus, la multiplication des conflits, l'aggravation du terrorisme dans le monde et la montée des incertitudes, ont conduit à remettre en cause le concept de mondialisation et donc d'uniformisation des sociétés.

Face aux désordres et à la grande incertitude qu'engendre la mondialisation, puisque seul l'intérêt individuel devient l'horizon de chacun, il y a lieu donc d'imaginer une autre manière de voir l'homme et, par conséquent, de définir d'autres modes de coordination mobilisant, à côté du marché, d'autres valeurs et conventions relevant de la solidarité, de l'appartenance, de la proximité370(*) et du respect de la diversité écologique et culturelle.

La localisation des activités économiques impulse une dynamique économique et donc une notion de proximité qui met en relation les différents acteurs. La théorie des sites fondée par H. ZAOUAL met en évidence l'importance que joue le rôle des croyances et des cultures dans le processus de développement. De cette façon, elle réhabilite la multiplicité et l'importance de la diversité dans la vie économique. Selon l'auteur, cette orientation conduit à une « déglobalisation de la globalisation »371(*).

Ainsi, la première étape de ce paragraphe analyse les limites du développement transposé en montrant qu'actuellement nous sommes dans une période de transition et de réajustement qui conduit à une nouvelle réflexion multidisciplinaire. La seconde décrit et définit le site.

III.1.1. Les limites du « développement transposé »

H. ZAOUAL montre que la mondialisation s'est totalement émancipée de l'éthique et des cultures pour s'instituer comme science et pratique. Il dénonce ainsi sa tendance à l'uniformisation. Ce qui omet de prendre en considération que chaque site, chaque individu est unique. Cette diversité est niée par la pensée globale qui se réduit à des concepts et à des indicateurs purement économiques.

Selon l'auteur, le développement imposé par la mondialisation conduit à de nombreuses difficultés. Le paradigme qui l'inspire ne prend pas en compte le contexte de chaque collectivité.

- Une perte d'identité culturelle :

Dans son ouvrage, « la planète uniforme »372(*), S. LATOUCHE dénonce aussi les limites de la modernité en insistant sur les ravages que peut provoquer l'uniformisation planétaire et l'occidentalisation du monde.

On veut importer une vision identique du monde. Cependant, l'exemple des pays du sud montre que le développement ne marche pas car il est parachuté sans prendre en compte les diversités des cultures.

L'exemple de la palmeraie de Tozeur 373(*) dans le sud tunisien reflète bien ce constat. Cette région s'est lancée dans une ouverture accélérée au tourisme international. Sans prendre en considération cette diversité des cultures et dégagée de toute communication avec la population locale, ce projet a remis en question les fragiles équilibres écologiques et sociaux de la population locale.

Ainsi, de même l'exemple de la Médina de Marrakech 374(*) où ses Ryads transformés en maisons d'hôtes risque au fil du temps de perdre son âme et sa raison d'être aux yeux de ces mêmes touristes qui se bousculent et fantasment sur l'imaginaire, les mythes, les rites et les milles et une nuits de la Médina. L'implantation rapide et brutale des Ryads maisons d'hôtes depuis le début des années 90 va certes, peu et peu, et de manière insidieuse, compromettre la diversité culturelle portée par l'autochtone, réservoir vivant du patrimoine immatériel tant prisé par les mêmes touristes qui se bousculent aux portes de la Médina.

Certes, la culture est de plus en plus exploitée comme une sorte d'étendard pour donner du sens, redoubler les motivations et créer une valeur ajoutée au produit touristique. Mais quel est le prix à payer quand les jeunes marrakchis hypothèquent la mémoire intramuros et succombent aux charmes de la modernité qui s'introduit dans les espaces les moins propices au tourisme 375(*)?

- Renforcement des inégalités :

Selon H. ZAOUAL, tous les modèles qui sont transposés aveuglement échouent et provoquent des inégalités. Le modèle dominant concentre le pouvoir économique au détriment des pays pauvres.

Aujourd'hui seulement trois grands pôles drainent le commerce mondial et concentrent 85% de l'économie mondiale.

Toutes les statistiques disponibles expriment l'ampleur et l'élargissement du fossé qui se creuse entre des riches souvent de plus en plus riches et des pauvres dont beaucoup sont de plus en plus pauvres.

Tout confirme ainsi que la mondialisation a renforcé le partage de l'humanité : alors qu'une partie profite des avantages de la modernité, l'autre partie (plus de 2,5 milliards) est laissée à l'écart de la mondialisation et essaie de survivre en comptant sur ses propres forces et sur la solidarité internationale. On s'enfonce ainsi dans la misère, la famine et la violence dans les relations sociales et mondiales.

Les expériences menées dans les pays du Sud ont largement montré les limites de la transposition de tels modèles. Le développement produit de la dette, de la pauvreté, une érosion de la diversité humaine et une destruction des patrimoines naturels et génétiques. Sous ces chocs, le Sud vol en éclats et perd le sens de ses propres traditions sans assimiler l'esprit de l'innovation au sens qu'exige le capitalisme.

- Des standards de production inadaptés :

P. VELTZ 376(*) analyse la modification de la façon de produire. Il montre qu'il y a eu une remise en cause des façons de produire à l'échelle mondiale.

Aujourd'hui, on produit pour un espace mondial et non plus national, d'où la notion des firmes multinationales. Les entreprises qui s'inscrivent dans ces espaces mondiaux n'ont plus du tout le même mode de production.

Cette nouvelle organisation n'est pas sans conséquences sur les activités locales et peut ainsi provoquer de graves problèmes pour le développement d'un territoire.

S. VANDANA 377(*) montre que dans le cadre de la mondialisation, les grandes firmes internationales de l'agroalimentaire dépouillent les agriculteurs de leur production en prétendant remplir une mission humanitaire (nourrir les masses affamées du tiers monde) alors qu'en réalité elles visent à imposer à tous les pays l'achat obligatoire de leurs produits (semences obtenues par sélection traditionnelle ou par génie génétique).

Ce système provoque des ravages sur le plan économique, social et écologique, dépendance alimentaire des pays du tiers monde, effondrement des modes de production agricole durables, ruine de milliers de petits paysans, grave diminution de la variété des plantes cultivées, pollution de la terre et des eaux...

Donc, face à la montée en puissance de la prise en considération de la diversité des pratiques locales et le retour aux identités et aux territoires, le concept de mondialisation des marchés subit l'esprit du doute et la pensée unique est remise en cause.

Dans ce contexte, H. ZAOUAL 378(*) considère les échecs de transferts des modèles économiques comme des « erreurs fécondes » à la condition d'en déduire un renouvellement de la pensée critique en direction d'un nouveau paradigme. Celui-ci se doit d'être capable de contribuer à la pensée universelle au-delà des particularités des nations du Tiers Monde.

Il résume, que ces échecs qui rendent pertinente, aujourd'hui, l'échelle locale d'intervention à la condition de changer de paradigme. Il n'y a pas un seul et unique modèle de développement. En effet, le monde se caractérise par une extrême diversité de situations et des populations où les croyances et les pratiques sont différentes. C'est à l'analyse de cet énoncé que s'est attelée la théorie des sites symboliques d'appartenance.

III.1.2. Qu'est ce qu'un site ?

Avec la prise de conscience de l'importance du local et de l'ancrage territorial, le site est au centre des nouvelles attentes de la société contemporaine. Seul l'acteur situé, référencé à une culture précise avec ses moeurs et ses croyances, peut se montrer capable de relever le défi de la mondialisation.

Le site est défini par H. ZAOUAL comme : « un imaginaire social façonné par les contingences et la trajectoire de la vie commune des acteurs considérés379(*)», donc « une entité immatérielle, donc invisible ».

Il imprègne souterrainement les comportements individuels, collectifs et toutes les manifestations matérielles d'une contrée donnée. De ce point de vue, le site est « un patrimoine collectif vivant qui tire sa consistance de l'espace vécu des acteurs 380(*)».

Ainsi, il le définit comme une « série de boîtes »381(*). Au sommet, une « boîte noire » irrationnelle, contenant les mythes, les croyances, les divinités du lieu : sans elle, on ne peut rien comprendre, mais elle est en partie non dite ; ensuite, une « boîte conceptuelle », un modèle socio-économique, qui dépend des ressources locales et des modes culturels du lieu : inconsciemment, les acteurs, dans leurs pratiques quotidiennes, dépendent de la boîte noire ; et enfin, une « boîte à outils », qui correspond à des techniques, locales elles aussi, qui peuvent être agricoles, artisanales, commerciales, financières, etc. La boîte à outils est la véritable richesse du site au plan le plus visible.

Tout ceci s'accumule dans l'identité du site transmise d'une génération à l'autre. Ce qui lui donne un caractère unique, d'après H. ZAOUAL, « le site est, à chaque fois, singulier, ouvert et fermé. Il contient un code de sélection et d'évolution propre en ce sens, il est dynamique. Contrairement au culturalisme, la « sitologie » est une approche non statique, elle pense le mouvant, le complexe et le métissage culturel. Dans cette optique, à l'opposé de l'économisme, aucune dimension de l'existence humaine ne peut être totalement séparée des autres. Croyances, concepts et comportements s'articulent autour d'un sens spécifique et créent ainsi une grande relativité des lois économiques et d'évolution des sociétés au moment même où le monde semble, en apparence, s'uniformiser 382(*)».

Donc, le site suppose ainsi complicité et proximité383(*). Pas de site sans proximité puisque la proximité est faite de liens et de croyances partagées. Et l'appartenance du site contribue à la proximité même si elle ne la détermine pas toujours en raison des conflits pouvant exister au sein même du site.

Cette proximité est généralement perçue sous l'angle physique mais en réalité, la proximité se vit384(*).

En somme, le site est un lien cognitif 385(*) entre l'acteur et son environnement. Le site est l'humus de l'homo situs, l'homme de la situation nous dit cette théorie.

Elle démontre que chaque site se reconnaît au travers des références qu'il diffuse dans ses modèles de pensée et dans les comportements des individus et des organisations appartenant à son aire d'influence.

Ainsi, l'auteur considère que les symboles d'un lieu sont constitués par les mythes et les valeurs qui le spécifient et motivent en profondeur ses agents. Ce lien d'appartenance sociale est avant tout un repère d'identification pour les acteurs. Chaque site reflète des particularités locales différentes. La théorie des sites puise sa conception du monde dans une « économie non violente ». Elle repose sur les diversités et critique ainsi le paradigme imposé par la pensée unique.

H. ZAOUAL montre qu'il est indispensable de prendre en considération les diversités pour aboutir à une croissance économique. Il souligne ainsi les limites de l'économisme en insistant sur l'aspect uniformisant et réductionniste de cette approche.

La théorie des sites symboliques s'oppose à la mise en place, par le haut, d'un modèle de développement. L'idée d'imposer un paradigme unique reviendrait à uniformiser les collectivités et les sociétés. Et les transplants aveugles, qui ignorent la diversité des lieux, peuvent provoquer des désastres. Cette expérience est spectaculaire dans les pays du Sud.

H. ZAOUAL souligne qu'il est nécessaire de se détacher de ce modèle réductionniste néoclassique. Il faut remettre l'homme au coeur des sciences de l'Homme.

Ainsi, il montre que le développement ne doit pas se tourner vers un « idéalisme économique », il doit au contraire s'adapter à la réalité locale de chaque site.

Les fondements de la théorie des sites paraissent donc indispensables pour appréhender le développement d'un milieu quelconque.

III.2. Vers un tourisme situé

La prise de conscience de l'importance du local et des risques environnementaux que peuvent entraîner une surfréquentation touristique, ont conduit à une modification des pratiques des touristes.

Aujourd'hui, chaque individu est unique et cherche, selon ses habitudes, à répondre à ses besoins.

La notion d'homo situs386(*) fondée par H. ZAOUAL se définit ici par l'apparition de cette nouvelle forme de tourisme dans laquelle le touriste prend de plus en plus en considération le site et ses spécificités locales. L'homo situs est considéré comme un agent à dimension humaine. Il confère un rôle déterminant à la participation, la coordination et la dimension immatérielle (cultures, croyances, relations...). L'homo-situs est une personne qui s'adapte au contexte local. Telle qu'elle est décrite par F.-R. MAHIEU, « La personne a (entre autres) une dimension identitaire, « altruiste » et enfin économique. Elle s'affirme dans son autonomie, sa capacité universelle au choix réfléchi et dispose d'une égale dignité. Elle s'affirme non seulement par elle même, mais en fonction des autres 387(*)».

En effet, l'homo situs est un homme concret qui conjugue plusieurs impératifs à la fois. De par le poids du site sur son comportement, l'homo situs a une éthique, une identité, et une rationalité qu'il construit in situ. Ces différents niveaux sont imbriqués dans le site et se retrouvent reflétés de manière partielle ou totale par le comportement des individus.

La notion d'homo oeconomicus se définit quant à elle à travers le tourisme de masse basé sur le modèle fordiste dans lequel le touriste recherche un produit standard. Avec la modélisation des comportements économiques, l'homo oeconomicus est un agent dont le seul moteur comportemental réside dans une rationalité instrumentale : la recherche de profits, contrairement à l'homo situs, l'homo oeconomicus privilégie la quantité à la qualité.

Donc, et selon le point de vue de H. ZAOUAL, l'homo situs encastre et dépasse l'homo oeconomicus et lui donne vie.

III.2.1. Le site : un atout touristique

Le site devient un enjeu important puisque certaines activités peuvent jouer un rôle dans la promotion du territoire. Certains territoires disposent d'atouts naturels qui facilitent l'attrait touristique, alors que d'autres en sont dépourvus. Un milieu qui ne possède pas de ressources naturelles ne signifie pas qu'il ne peut pas attirer des touristes. En effet, chaque site a ses propres croyances, cultures et singularités, donc des diversités potentiellement attractives.

Comme le montrent H. ZAOUAL et C. PAVOT, « les ressources s'inventent et dépendent ainsi des systèmes de représentation qu'ont les acteurs du site et de la situation dans laquelle ils se trouvent »388(*).

Comme nous l'avons précisé, le site repose sur des normes qui assurent sa singularité et son intégrité, mais dans son état de nature, le site est mouvant car ouvert sur le monde extérieur. Il développe ainsi des capacités d'adaptation face à l'aléa. Il récupère le projet et lui donne une autre orientation. Le site se maquille pour s'adapter aux projets. Et c'est cette dynamique adaptative qui le permet sa survie face à l'évolution.

De ce fait, face aux destructions de la modernité transposée, il y a un processus permanent de récréation culturelle. Le site culturel local refuse d'être totalement exterminé et donc chaque destruction entraîne une nouvelle recomposition originale et ainsi de suite. Le site symbolique local fait en quelque sorte une relecture du « modèle de la modernité ».

Donc, le site réagit, ce n'est pas un simple support passif. Il se nourri de la diversité pour exister et évoluer. En l`absence d'échange, il se reproduirait sur lui-même et péricliterait.

Donc, à chaque lieu touristique correspond des caractéristiques spécifiques : des modes d'hébergements et des activités différentes. L'efficacité des pratiques touristiques ne résulte en aucun cas de l'imitation. Il faut adopter des stratégies touristiques pointues et diversifiées.

C'est un champ propice à l'économie de la diversité. R. GRANIER et M. ROBERT389(*), montrent l'importance de prendre en compte la variété des cultures et des spécificités culturelles dans le processus d'évolution économique.

Chaque destination doit répondre à des besoins adaptés. Le tourisme est une activité qui repose sur la différenciation et non sur l'homogénéisation. Comme l'écrit H. ZAOUAL, « l'uniforme s'essouffle au profit de l'intelligence du multiple390(*) ». Le tourisme doit donc se baser sur la multiplicité des comportements et non sur l'uniformité. Le moteur du tourisme, c'est la recherche de la diversité souligne la théorie du site.

Le fondement du tourisme situé s'inspire de la réalité locale. C'est un tourisme qui est aménagé de manière endogène.

III.2.2. Le dynamisme des sites : une construction « in situ »

Face aux modèles universels qui d'emblée ignorent la grande variété des sociétés humaines, qui considèrent qu'un modèle de changement social et organisationnel peut être interchangeable d'un espace humain à un autre, il serait préférable de les revisiter afin de les adapter à l'extrême variété des sites. Car, le monde se caractérise par une extrême diversité de situations et populations.

On parachute souvent des modèles, sans prendre en considération le milieu, la diversité des populations, des cultures. Ces modèles sont ainsi totalement déconnectés avec le territoire local. Or, chaque site est singulier, chaque site a son propre système de croyances. Et ces transplants aveugles, peuvent provoquer des désastres tels que nous les avons évoqués dans ce qui précède.

Il faut en fait se garder de toute simplification hâtive des mécanismes relatifs à l'homo oeconomicus, selon lesquels, l'acteur est supposé se comporter de la même manière en tout lieu et en tout temps. Ce postulat masque et qui détruit la diversité des sites et situations.

Ainsi, les désastres causés par le développement du tourisme de masse sont principalement dus au fait que le site n'a pas été au préalable clairement identifié et étudié. Car, on est souvent tenté de céder à la facilité : transposer les visions et les concepts de notre monde. On nie la diversité, le poids des cultures et des histoires.

De ce fait, il faut mettre en place des projets qui soient adaptés aux contingences locales et non plaquer sur des sites des modèles pré-établis. Ceci présuppose donc que l'on sorte du réductionnisme qui prolonge une seule et unique façon de concevoir l'économique, qui transpose un modèle unique sur tous les sites. Les projets touristiques doivent donc être propre au site et être adaptés à la diversité des situations, donc harmonieux.

Pour ce faire, il faut décrypter les valeurs, les pratiques du site, décryptage qui fera par un travail d'observation et d'écoute du site, et notamment par un voyage dans la proximité et l'intimité du site.

Il faut donc s'en imprégner pour mieux le connaître. Il faut d'abord collecter les informations sur le site, par une recherche interdisciplinaire, c'est-à-dire qu'il faut considérer le milieu avec toutes ses caractéristiques : économiques, sociales, culturelles, physiques,... avant de pratiquer une politique de développement touristique. Seul ce type de politique d'ensemble, multisectorielle, peut orienter le tourisme vers un développement durable. En outre, les populations devront participer et devenir de véritables acteurs d'u développement local durable. Actuellement, beaucoup font le projet et ensuite interrogent la population. Mais, il faut que l'homo situs participe, dès le départ, à l'élaboration des projets. Et, lorsque le projet sera élaboré, les gestionnaires devront être constamment à l'écoute du site pour effectuer si nécessaire des adaptations.

Ainsi, avant de mettre en place un projet, il faut au préalable connaître la « boîte noire » du site, c'est-à-dire les croyances, les valeurs, l'éthique, les réseaux d'appartenance, sa culture ambiante... et ensuite, il sera possible de mettre en place la « boîte conceptuelle » suivi de la «boîte à outils », soit les modes d'action. Il faut d'abord écouter avant de conceptualiser.

Sans cette attention et cette écoute du site, il n'est pas possible d'obtenir une croissance harmonieuse du projet. Les désastres causés par le tourisme de masse qui ont ignoré le site, le territoire au départ, au profit d'une uniformisation du « produit » touristique, en sont l'exemple type.

La pertinence d'un modèle de développement touristique se mesure ainsi au degré d'enracinement dans les cultures et les pratiques locales, dans l'intimité du site. Il n'est pas possible de mettre en place une forme de tourisme qui nierait le territoire.

La mondialisation, perçue comme l'extension planétaire du modèle unique, ne produit pas donc des effets identiques en tout lieu et en tout temps.

Ainsi, un tourisme durable serait un tourisme construit à partir du territoire, en osmose avec le site, et développé en partenariat avec la population locale. Ce qui induit écoute, déchiffrage et rééquilibrage des comportements.

En résume, le tourisme situé vise à sauvegarder le site et sa capacité à gérer durablement son patrimoine culturel. De ce point de vue, on peut dire que le tourisme situé articule les cultures locales avec la préservation de l'environnement. Cette sauvegarde qui est la base de la durabilité et de la qualité du site (l'identité du site, la qualité de l'écosystème, éducation interculturelle de touristes...).

Conclusion du chapitre :

Le Maroc jouit d'une diversité de paysages qui font de lui une destination à la carte, ne proposant pas un seul menu comme c'est le cas pour certaines destinations touristiques qui n'ont à offrir par exemple que le Balnéaire (soleil et mer). En effet, de Tanger à Dakhla, d'Essaouira à Ourzazate, de Marrakech à Saidia, c'est une variété de paysages que l'on rencontre et une multiplicité de climats qui se juxtaposent (climat méditerranéen, océanique, continental, montagnard, saharien, etc. ).

Le Maroc jouit aussi d'une grande diversité de cultures, de coutumes, de traditions artistiques, artisanales, vestimentaires, culinaires qui font la richesse de son patrimoine.

Ayant une histoire millénaire et occupant une position de carrefour entre plusieurs civilisations, le Maroc occupe une place privilégiée dans le domaine des échanges humains. Situé à proximité immédiate ( 14 KM ) d'un grand marché pourvoyeur de touristes, ce qui est un atout de taille pour le Maroc.

Malgré tout ces atouts géographiques climatiques et culturels, le Maroc ne bénéficie que d'une faible part du tourisme mondial aussi bien en termes d'arrivées de touristes qu'en termes de recettes touristiques qui sont respectivement de 0,61% et de 0,43% en 2000 et ce, alors même que ses potentialités touristiques pourraient largement lui permettre d'être classé parmi les premières destinations touristiques dans le monde. Cette situation est due essentiellement à certains problèmes et handicaps qui continuent à entraver le développement de secteur et d'une mauvaise planification.

Pour faire face à cette situation, il va falloir absolument tracer une politique rationnelle, cohérente, raisonnable, et viable écologiquement. Le tourisme est comparable à une chaîne où la moindre erreur porterait préjudice à l'ensemble et par la même à l'image de marque du Maroc.

Aussi, pour remédier à ces effets néfastes tant au niveau environnemental qu'au niveau social. Il nous semble judicieux de concilier les intérêts économiques, sociaux, culturels, et environnementaux, afin de construire des cohérences et des harmonies en matière de développement.

C'est pourquoi selon différents auteurs : ZAOUAL, LATOUCHE ou TOURAINE, le tourisme doit s'inscrire dans la prise en compte du local et comme la préconise H. ZAOUAL dans la logique de la théorie des sites symboliques d'appartenance.

En effet, pour représenter un moyen efficace de favoriser le développement local, les politiques touristiques doivent s'adapter au cadre de vie ainsi qu'aux richesses patrimoniales du milieu local afin de promouvoir un tourisme responsable et durable.

Bref, considéré le milieu avec toutes ses caractéristiques : économiques, sociales, culturelles, physiques... avant de pratiquer une politique de développement touristique.

Seule une politique d'ensemble, multisectorielle, peut orienter le tourisme vers un développement durable.

Conclusion générale

Au terme de cette thèse, la conjugaison de la problématique du développement durable avec les mutations des dynamiques touristiques nous a permis de fixer les enjeux d'un tourisme durable.

Ainsi, nous avons pu démontrer, dans un premier chapitre, l'évolution et les limites du mégatourisme dont la conception de base est essentiellement économique. A ce sujet, l'évolution du marché des services touristiques est symptomatique d'un changement profond dans les besoins des touristes. Ces derniers sont de plus en plus tentés par des destinations qui associent au dépaysement, la découverte de la nature et de la culture. Or, ces actifs spécifiques ont été fortement négligés par le tourisme classique.

Au contraire, la massification a tendance à les détruire et, avec eux, les avantages comparatifs des sites touristiques dont les spécificités constituent les véritables ressorts de leur attractivité. C'est dans ces termes que nous avons exploré l'interfécondité entre le développement durable et le tourisme. Le premier recèle les clefs du problème du second. C'est ce qui nous a amené à explorer dans tout ce premier chapitre les retournements des tendances touristiques suite à l'épuisement du tourisme fordiste. Cette progression nous a permis d'entrevoir, les possibilités qu'offre le débat sur le développement durable (chapitre 2) pour résoudre et fixer les objectifs du tourisme post-fordiste.

De manière essentielle, les contraintes écologiques sont de plus en plus pesantes sur l'économie et celle-ci se doit de les intégrer à son raisonnement. D'ailleurs, le domaine de recherche, ici exploré, le manifeste amplement tant du côté des milieux d'accueil que de la nouvelle demande touristique. Pour les premiers, spécialement dans les pays en voie de développement, à l'évidence, le tourisme de masse ne s'est pas toujours accompagné d'un véritable développement assurant un minimum de bien-être et de justice sociale. Le fait que ce tourisme soit conçu, organisé et exécuté par les gouvernements et les grandes entreprises multinationales du secteur, n'as pas induit les effets escomptés en termes d'autonomie, d'innovations endogènes, d'emplois et de capacités à entretenir les processus de développement.

Ainsi, les conclusions tirées du débat sur le développement durable quant à la nécessité de sauvegarder la diversité écologique et de créer les conditions d'une cohésion sociale à l'aide d'activités économiques compatibles avec ces durabilités nous ont permis de mieux percevoir les enjeux d'un tourisme durable.

Cependant, la construction des stratégies de tourisme durable sur les terrains rencontre de nombreuses difficultés que nous avons mises en évidence dans cette recherche (chapitre 3). S'appuyant sur le renouveau des démarches par territoire notamment celle de la théorie des sites, la mise en oeuvre des politiques de tourisme associé au développement durable nécessite un changement profond dans les pratiques du développement. Il n'y a plus lieu d'imposer des projets mais de faire participer l'ensemble des acteurs. Il y va de l'équilibre et de l'harmonie recherchés dans les nouvelles politiques touristiques.

Cette perspective embrasse l'ensemble des conditions du milieu impliqué. C'est ce que démontre, d'ailleurs, la théorie des sites qui insiste sur le caractère intégré des sites quant à leurs relations avec l'environnement culturel et naturel des acteurs. Cet impératif est incontournable dans la mesure où les mesures technico-économiques classiques (encouragement des investissements, rapatriement des profits, réduction du poids des charges fiscales, publicité, le don des terres et de ces certaines infrastructures par les gouvernements etc.) n'épuisent pas le problème posé. Ce dernier, conformément aux conclusions sur le développement durable et aux principes qu'exigeraient les durabilités, est multidimensionnel.

Il s'agit, en fait, de promouvoir une véritable gouvernance touristique capable de mobiliser et d'impliquer les acteurs en situation. La régulation autour d'une vision commune présuppose des accommodements, des compromis, des conventions et des partenariats agissant au plus près des sites touristiques. De ce point de vue, la vision économique du tourisme s'en trouve grandement relativisée. Ce n'est plus l'étendue du marché, donc, la quantité, mais la qualité qui incombe. Sinon, le paradigme qui est la source du tourisme de masse resterait intact en dépit de ses contradictions et de ses impasses.

De ce point de vue, la rentabilité financière ne devient pas l'unique objectif de la démarche du tourisme durable. A côté de celle-ci, les objectifs sont multiples puisqu'il s'agit de sauvegarder les spécificités de sites que tend à laminer le tourisme classique de caractère strictement économique. Entre autres, les principes environnementaux du tourisme durable contrarient toute politique qui viserait une rentabilité économique tous azimuts sans qu'aucune considération sur les autres aspects des sites concernés ne soit prise en compte. Il faut, donc, harmoniser la panoplie des objectifs propres au tourisme durable. C'est dans ce contexte, que nous avions évoqué les multiples formes du tourisme durable, leurs définitions et surtout les difficultés à construire des indicateurs fiables en la matière (chapitre 3). Ceci est d'autant plus difficile que ce secteur connaît déjà un déficit statistique quant à la mesure de son activité et de ses effets sur le reste des économies et des sociétés concernées.

Pour mieux manager les projets de tourisme durable, les indicateurs à construire, comme nous l'indiquons dans cette recherche, doivent être conçus au plus prés des réalités locales pour en saisir toute la qualité exigée par les impératifs de ce nouveau tourisme. Ainsi, comme l'indique la théorie des sites, il n'y a pas d'évaluation en dehors des valeurs qui caractérisent les sites dans leurs relations sociales et dans leur rapport à l'environnement écologique (chapitre 3).

En somme, la prise en compte des identités de sites et le changement de valeurs qui affecte la mentalité des touristes sont à prendre en considération dans l'évaluation de la performance des projets touristiques. De ce point de vue, les indicateurs de qualité et de conservation des patrimoines locaux sont essentiels. Dans leur construction, l'implication de tous est nécessaire. Ces « subjectivités et qualités de site » seront de redoutables obstacles dans la construction des indices d'une bonne gouvernance touristique.

C'est à la lueur de l'ensemble de ces considérations théoriques et méthodologiques que l'expérience du Maroc est abordée dans cette recherche (chapitre 4, section 1 et 2). Soulignant le caractère quelque peu précipité de l'offensive du gouvernement marocain en la matière, l'objectif d'accueillir 10 millions de touristes à l'horizon de 2010, nous insistons sur la nécessité de capitaliser les erreurs du méga tourisme en instituant une politique en connaissance de cause.

En raison de la mondialisation et de l'endettement de ce pays, la politique touristique nouvellement affichée par ce pays, court le risque de sombrer dans un tourisme ne respectant pas les impératifs mis en évidence dans cette recherche. Les programmes d'ajustement structurel appliqués à l'économie marocaine incitent à répondre aux objectifs les plus urgents en omettant de prendre en considération les durabilités dont il est question dans le secteur du tourisme comme d'ailleurs dans les autres.

C'est la raison pour laquelle, la théorie des sites condamne tout modèle précipité ne tenant pas compte des contingences locales. Ainsi, dans le domaine particulier du tourisme, l'alternative serait un tourisme situé capable d'opérer une conjugaison harmonieuse entre des objectifs plus ou moins contradictoires, ceux de l'économie et ceux de l'écologie et de la société dont ce qu'elle a de plus singulier au plan des valeurs et la culture en général (chapitre 4, section 3). C'est ce défi qui conduit à une remise en cause du paradigme économique du tourisme en faveur d'un nouveau, celui qui mettra l'économie au service de l'homme et de la sauvegarde de la biodiversité et de la diversité culturelle. C'est tout un art et une manière de faire de l'économie sans détruire. C'est qu'appelle l'auteur de la théorie des sites, une économie non violente.

Bibliographie :

· AFIT, Guide de savoir faire : piloter le tourisme durable, 2001.

· ALCOUFFE A., FERRARI S., GRIMAL L., « Autour du développement durable », Sciences de la société, n°57- octobre2002.

· ALLAMAN M., « Du développement durable avant la lettre », des équipes d'urbanisme «diagonal», n°159, janvier-féverier 2003.

· ALLAMAN M., « Ecologique, économique, l'alternative fluviale » , in des équipes d'urbanisme «diagonal» n°158, nov-dec 2002.

· ALLIANNE P., « Stratégie gagnante pour l'entreprise », FACE, n°168, novembre 2004, pp 35-37.

· AMALOU P., BARIOULET H. et VELLAS F., Tourisme, éthique et développement, Paris, l'Harmattan, 2001.

· ANDRIOTIS K., «  Local authorities in Crete and the development of tourism » , in Journal of tourism studies, Vol. 13, n°2, décembre 2002.

· APOSTEL L., Population, développement, environnement : pour des regards interdisciplinaires, l'Harmattan, 2001.

· AUBERIN C., Les enjeux de la biodiversité, Paris, Economica, 1998.

· AUDRERIE D., La protection du patrimoine culturel dans les pays francophones, Paris, ESTEM, 2000.

· AYDALOT P., Economie régionale et urbaine, Paris, Economica, 1985.

· BARRE J., Vendre le tourisme culturel, Economica, I.E.S.A., 1995.

· BAUMOL W.-T., OATES W.-E., The theory of environmental policy, Cambridge University Press, Second édition, 1988.

· BAYLE D., HUMEAU M.-S., Valoriser le patrimoine de sa commune par le tourisme culturel, Paris, Moniteur, 1992.

· BEAU B., Développement et aménagement touristique, Paris, Bréal, 1992.

· BEAUD M. et CALLIOPE, LARBI BOUGUERRA M. (dir.), L'Etat de l'environnement dans le monde, Paris, La découverte, 1993.

· BEAUVAIS J.-P., « Tourisme et Tiers monde », in http://panillac.inria.fr/maranget/ volcans/juin/dossier/tourisme.html.

· BEGHAIN P., le patrimoine : culture et lien social, Paris, Presses de sciences, 1998.

· BELANGER C.-E., SARRASIN B. et STAFFORD J. (dir.), Développement et tourisme au Maroc, l'Harmattan, 1996.

· BELKAMEL M.,  Le développement du tourisme au Maroc , Casablanca, Maghrébines, 1980.

· BELLAL A., Les investissements du Maroc 1912-1964, Paris, Mouton, 1968.

· BENSAHE L. et DONSIMONI L., Le tourisme facteur de développement local, Grenoble, PUG, 2001.

· BERGERY L., Qualité globale et tourisme, Economica, 2002.

· BERRIANE M., « Les nouvelles tendances du développement du tourisme au Maroc », Conférence donnée dans le cadre du 13éme Festival International du Géographie de St Dié de vosges, Actes 2002.

· BERTRAND L., «Tourisme, développement durable et mondialisation », Géoéconomie, n°25, printemps 2003.

· BESANCENOT J.-P., Climat et tourisme, Paris, Masson, 1989.

· BETTEILLE R., le tourisme vert, Paris, PUF, 1996.

· BLAMEY R.K., Principales of Ecotourism, The Encyclopedia of Ecotourism, Oxon, UK, New York, CABI Pub, 2001, pp. 5-22.

· BMCE Bank, « L'industrie du tourisme au Maroc », Revue d'information de la Banque Marocaine du Commerce Extérieur, n° 266, juillet-août1999, pp. 2-24.

· BODLENDER J.A., An examination of tourism incentives, London, Haworth and Haworth, 1987.

· BOITEUX M. (dir.), L'homme et sa planète : problèmes de développement durable, Académie des sciences morales et politiques, Paris, PUF, 2003.

· BONNIEUX F., « Aménités agricoles et tourisme rural », Economie Régionale et Urbaine, n° 5, 2000, pp. 803-820. 

· BOO E., Ecotourism: the Potentials and Pitfalls, D.C: World Wilddlife Fund, Washington, 1990.

· BORIS M., Voyager autrement : vers un tourisme responsable et solidaire, Charles Léopold Mayer, 2002.

· BOUJROUF S., « Tourisme durable, réalités et perspectives marocaines et internationales », Publication du Centre de Recherche pour les Cultures Maghrébines, Ecole Doctorale Internationale du Tourisme, Faculté des Lettres de l'Université Cadi Ayyad, Marrakech, 2004.

· BOURG D., « Modernité et appartenance à la nature », Esprit, n°6, 1996, pp. 5-80.

· BOUTAUD A., « Développement durable : à la recherche des bons indicateurs », Problèmes économiques, Mars 2003, P 1à 3.

· BOYER M., Histoire du tourisme de masse, Paris, PUF, 1999.

· BOYER M., L'invention du tourisme, Paris, Gallimard, 1996.

· BOYER M., Le tourisme de l'an 2000, Presses Universitaires de Lyon, 1999.

· BRETON J-M. (dir.), Tourisme, environnement et aires protégées (Antilles - Guyane, Haïti, Québec), Karthala, 2004.

· BRETON J.-M., et alli., L'écotourisme dans la caraïbe : au nouveau défi ?, Paris, Karthala, 2001.

· BUDOWSKI G., « Tourism and Environmental Conservation : Conflict, Coexistence or Symbiosis ? », Environmental Conservation, vol.31, n°1, 1976, pp. 27-31.

· CAZELAIS N., NADEAU R., BEAUDT G., L'espace touristique, Presses de l'université Québec, 1999.

· CAZES G, LANQUART R, RAYNOUARDY, L'aménagement touristique et le développement durable, Paris, PUF, 2001.

· CAZES G., «  L'émergence d'un nouveau système vacancier, temporalités et territorialités en mutation » , Hommes et terres du Nord, 2001/2.

· CAZES G., Le tourisme international, mirage ou stratégie d'avenir ?, Paris, Hatier, 1989.

· CAZES G., Les nouvelles colonies de vacances ? le tourisme international à la conquête du tiers monde, Paris, l'Harmattan, 1989.

· CEBALLOS-LASCURAIN H., Estudio de Perfectabilidad Socioeconomica del Turismo Ecologico y Anteproyecto Arquitectonico y Urbanistico del Centro del Turismo Ecologico de Sian Ka'an, Mexico, Quintana Roo, SEDUE, 1987.

· CELERIER J., Le Maroc : géographie, Paris, A. Colin, 1931.

· CERON J.-P., DUBOIS G., Le tourisme durable dans les destinations : guide d'évaluation, Limoges, Pulim, 2002.

· CHAKOR S., « Tadla Azilal, véritable d'atouts touristiques », in www.tanmia.ma/article.php3?id_article=264&lang=fr, 23/10/2004.

· CHASSANDE P., Développement durable, pourquoi ? comment ? Edisud, 2002.

· CHAUSSEBOURG F., Le tourisme un atout à développer, Journal officiel, 1996.

· CHAUTARD G., «  Mise en oeuvre d'une problème de développement durable appliqué aux régions de conversion », Véme journée IFRESI, 20, 21 Mars 1997 (CNRS), pp. 187-204.

· CHAZAUD P., « La qualité, un thème fédérateur impliquant une démarche stratégique d'ensemble », Cahiers Espaces, n°61, juillet 1999, pp.63-65.

· CHEVALIER D., « Ne pas enfermer le patrimoine dans un territoire », Territoires, novembre 2004, pp. 34-35.

· CHEVALLIER M., «  Environnement: le plus dur reste à faire », Alternatives économique, hors série n°54, 4éme trimestre 2002.

· CHEVALLIER M., « Des outils au secours du développement durable », Alternatives économique, hors série n°56, 2éme trimestre 2003.

· CLERC D.,  «  Dur, dur, le développement pour tous », Alternatives économiques, hors série n° 56, 2003, p. 93.

· CMED (1987) Commission Mondiale pour l'Environnement et le Développement, Notre avenir commun, Fleuve, Québec, 1988.

· CNUED, Conférence des Nations Unies sur l'Environnement et le Développement, Déclaration de Rio, ONU, New York, 1992(a).

· CNUED, Conférence des Nations Unies sur l'Environnement et le Développement, Action 21, ONU, New York, 1992(b).

· COLLOMBON J.-M., BARLET S. et RIBIER D., « Tourisme solidaire et développement durable », Paris, GRET (Groupe de Recherche et d'Echanges Technologiques), 2004.

· Colloque organisé par le conseil de l'Europe : « Développement touristique durable : conciliation des intérêts économiques, culturels, sociaux, scientifiques et environnementaux », Maribor( slovénie) , 12-14 sept 1996.

· COMELIAU C., «  développement du développement durable: blocage conceptuel », tiers monde, n° 137, 1994.

· Commissariat général du plan, COLLOMB B. (préface), Rapport du groupe présidé par STOFFAES C., L'économie face à l'écologie, Paris, La découverte, La documentation française, 1993.

· CORVOL A., La forêt malade, Paris, l'Harmattan, 1994.

· CUVELIER P., TORRES E., GADREY J., Patrimoine, modèles de tourisme et développement local, Paris, l' Harmattan,1994.

· DAMIAN M., GRAZ J.-C. (dir.), Commerce international et développement soutenable, Economica, 2001.

· DAMIEN M., SOBRY C., Le tourisme industriel : le tourisme du savoir-faire, l'Harmattan, 2001.

· DAOUDI A., L'organisation et la réglementation du tourisme au Maroc, Casablanca, M.K.Bennani, 1994.

· DAUIS D., « Le développement de l'économie marocaine », Revue de Fonds de la Banque Mondiale, Volume III, n°1, 1996.

· DE KADT E., Tourisme: passeport pour le développement ? regard sur les effets culturels et sociaux du tourisme dans les pays en développement, Paris, Economica, 1980.

· DEBARBIEUX B., Tourisme et montagne, Economica, 1995.

· DEMAZIERE C., Du local au global : les initiatives locales pour le développement économique en Europe et en Amérique, l'Harmattan, 1996.

· DEPREST F., Enquête sur le tourisme de masse, l'écologie face au territoire, Paris, Belin, 1997.

· DERUE C., Institutions et territoire : l'expérience de l'intercommunalité dans la gestion de l'eau potable, thèse de doctorat, au sein du GREL, Université de Lille1, Octobre 2001,

· DESVIGNES C. (dir.), « Le tourisme durable », Cahiers Espaces, n° 67, novembre 2000.

· DEVALL B., SESSIONS G., Deep ecology : Living as if Nature Mattered, Peregrine Smith Books, Salt Lake City, 1985.

· DEWAILLY J.-M., FLAMENT E., Géographie du tourisme et des loisirs, Sedes, 1993.

· Direction de la Planification et de la Coordination de la Promotion, Rapport annuel, le secteur touristique : statistique 2000, avec la collaboration de la Banque Marocaine du Commerce Extérieur, Octobre 2001.

· DJAMIE B., « Bilan touristique saison 2005: l'hôtellerie fait la noue, les résidences de tourisme se frottent les mains », La gazette Nord-pas de calais, www.gazettenpdc.fr, 29 septembre 2005, n°7750, pp.8-9.

· Document de la Banque Mondiale N°=19975-MOR -15décembre1999.

· DORSINVILLE L., « Les chaînes hôtelières et le tourisme au Maroc », Acta Géographica, n°18

· DRON D.,  «  Le développement durable en pratique », Pouvoirs locaux, les cahiers de la décentralisation, trimestriel n° 43 IV/ 1999.

· DUBIGEON O., Mettre en pratique le développement durable : quels processus pour l'entreprise responsable ?, Paris, Village Mondial, 2002.

· DUBOIS-MAURY J., « Les risques naturels et technologiques », Problèmes politiques et sociaux, La documentation française, n°908, janvier 2005.

· DUCROUX A., Les nouveaux utopistes du développement durable, Autrement, 2002.

· DUHAREL P., SACAREAU I., Le tourisme dans le monde, Paris, Armand colin, 1998.

· DUMAZEDIER J., Vers une civilisation du loisir ?, Paris, Seuil, 1962.

· DURAND H. et SPINDLER J., FRANGIALLI F. (préface), Le tourisme au XXIéme siècle, l'Harmattan, 2003.

· DURAND J.-P. (dir.), Vers un nouveau modèle productif, Syros, Alternatives, 1993.

· ERNST U. VON WEIZSACKER, AMORY B. LOVINS et L. HUNTER LOVINS, Traduit de l'anglais par BERTRAND P., Facteur 4, Deux fois plus de bien-être en consommation deux fois moins de ressources, Mens, France, Terre vivante, 1997.

· ESCOURROU P., Tourisme et environnement, Paris, Sedes, 1993.

· EWALD F., GOLLIER C., SADELEER N., Le principe de précaution, Paris, PUF, 2001.

· FAUCHEUX S. et NOEL J.-F., Economie des ressources naturelles et de l'environnement, Paris, Armand Colin, 1995.

· FAUCHEUX S., FROGER G. et NOEL J.-F., « Quelle hypothèse de rationalité pour le développement soutenable ? », Economie appliquée, Tome XLVI, n°4, 1993, pp. 59-103.

· FERONE G., DEBAS D., GENIN A.-S., Ce que développement durable veut dire, Organisation, 2004. 

· FERRY L., le nouvel ordre écologique, Grasset, 1992.

· Fondation frederich noumann, Dossier : « discutons-en au forum vision 2020 », potentiels touristiques, ou stratégie de développement, du tourisme au Maroc.

· FRANCES P., « Les vacanciers se mettent au vert », Le monde, 1992.

· FRANGIALLI F. : «  Tourisme durable », Le monde, 17 juillet 2003.

· FREESTONE D., HEY E., The precautionary principle and international law. The challenge of implementation, Den Haag, Kluwer, 1996.

· FROGER G., « Eléments pour une théorie institutionnaliste des ressources naturelles et de l'environnement », Economies et Sociétés, Série Développement, croissance et progrès, F n° 35, 4, 1997, pp. 147-169.

· GASSET J.O.Y., La révolte des masses, traduit de l'espagnol par PARROT L., Paris, Stock, 1961.

· GLON E., PARIS D., RENARD J.-P., « Zones d'activités, développement local et territoire », IFRESI, 1997, p.57.

· GODARD O., « Le développement durable : paysage intellectuel », Nature - Sciences -Société, 2, (4), 1994, pp. 309-322.

· GODARD O., « Développement soutenable et processus de justification des choix en univers controversé », communication au colloque : « Modèles de soutenable. Des approches exclusives ou complèmentaires de la soutenabilité ? », Paris, 16-18 mars, 1994.

· GODARD O., « Le développement durable : des théories aux stratégies », OCL, Vol. 4, n°6, nov-déc. 1997, pp. 411-416.

· GODARD O., « Le développement durable, nouveau référent ou nouvel objet pour la recherche scientifique ? », Journées annuelles Natures Sciences Sociétés, 11-12/12/1997, Institut National de Recherche en Agronomie (INRA).

· GODARD O., «L'écodéveloppement revisité », Economies et Sociétés, Développement, Croissance et Progrès, Série F., n°36, 1/1998, pp. 213-229.

· GODIN P., « Qualité, environnement et développement durable dans les destinations touristiques », Cahiers Espaces, n°61, juillet 1999, pp.17-24.

· GOODLAND et al. (dir.), Environmentally sustainable Economic Developpement: Building on Brundtland, UNESCO, 1991.

· GRANIER R. et ROBERT M., Culture et structures économiques. Vers une économie de la diversité ? , Paris, Economica, 2002.

· GREFFE X, La valeur économique du patrimoine : la demande et l'offre de monuments, Economica, 1990.

· GREFFE Xavier, Economie des politiques publiques, Paris, Dalloz, 1984.

· GRIFFON M., Développement durable ensemble ? Platypus Press, Cirad, 2003.

· HARRIBEY J.-M., Le développement a t-il un avenir? Pour une économie solidaire et économe, ATTAC, Mille et une nuit, 2004.

· HARRIBEY J.-M., Le développement soutenable, Paris, Economica, 1998.

· HATEM F., « Le concept de développement soutenable : une origine naissante, une notion ambiguë, des applications prometteuses », Economie prospective internationale, n°44, 1990, pp. 101-117.

· HERTZER N.D., « Environment, Tourism, Culture », Ecosphère, vol. 1, n°2, 1970, pp. 1-3.

· HIBOU B., «  Les enjeux de l'ouverture du Maroc, dissidence économique et contrôle politique », Les études de CERI, n°15, Avril 1996, p. 17.

· HILLALI M., Le tourisme sur la côte Méditerranéenne du Maroc : potentiel et actions gouvernementales, Thèse de 3éme cycle, Grenoble, 1984, p. 23.

· HOERNER J.-M., Géographie de l'industrie touristique, Ellipses, 1997.

· HONEY M.-S., Ecotourism and Sustainable Development : Who Owns Paradise ?, Washington, D.C: Island Press, 1999.

· HOUEE P., Le développement local au défi de la mondialisation, l'Harmattan, 2001.

· HVENEGAARD G., « Ecotourism : A Status Report and Conceptual Framework », Journal of Tourism Studies, vol. 5, n°2, 1994, pp. 24-35.

· JAAFARI A., « Ecotourisme et développement durable », Séminaire National sur l'écotourisme, Meknès, 27 avril 2005.

· JENNER P. et SMITH C., The Tourism Industry and the Environment, London (United Kingdom) : The Economist Unit, Special Report n°2453, 1992. (traduction)

· JOLLIVET M., Le développement durable, de l'utopie au concept, Elsevier, 2001.

· KELLER P., « La notion de qualité totale et la politique du tourisme », Séminaire de l'OMT, La qualité un défi pour le tourisme, 1992.

· KERDOUN A., Environnement et développement durable: « enjeux et défis », préface de BOUGUERRA M-L, PUBLISUD, 2000.

· KHERDJEMIL B. (dir.), Mondialisation et dynamiques des territoires,Paris, l'Harmattan, 1998.

· KHERDJEMIL B., PANHUYS H., ZAOUAL H., Territoires et dynamiques économique, au delà de la pensée unique, Paris, l'Harmattan, 1998.

· La gazette officielle du tourisme, « lutter contre le tourisme sexuel sur l'Internet : un nouveau défi », n°1692, mai 2003.

· La gazette officielle du tourisme, « tourisme de nature : un marché émergent », n° 1716, 22 octobre 2003.

· LACOUR C., « Intégration environnement-aménagement : fondements théoriques », Economie Régionale et Urbaine, n° 4, 1994, pp.537-556.

· LANCHET W., « Des Médinas héritées et visitées, les exemples contrastés de Fès et de Tunis », Les Annales de la recherche urbaine, n°92, sept 2002.

· LANFANT M.-F., « Le tourisme dans le processus d'internationalisation », internationale des sciences sociales de l'Unesco, 1980, pp. 14-45.

· LANFANT M.-F., « Tourisme international reconsidéré : milieu exclu, tiers exclu ? Le principe de l'alternative », Cahiers du Centre des hautes études touristiques, n°C165, juin 1991.

· LATOUCHE S., « Contre la croissance. Pour une société de décroissance », monde diplomatique, Novembre 2003, pp.18-19.

· LATOUCHE S., Faut-il refuser le développement ? Economie en liberté, Paris, P.U.F., 1986.

· LATOUCHE S., La planète uniforme , Paris, Climats, 2000.

· LATOUCHE S., NOHRA F. et ZAOUAL H.,  Critique de la raison économique. Introduction à la théorie des sites symboliques, Préface de KREMER-MARIETTI A., Paris, l'Harmattan, 1999.

· LATOUCHE S., « Main invisible et main mise sur la nature », colloque international de Montréal, 28 av-4mai 1992.

· LATOUR B., « Moderniser ou écologiser ? A la recherche de la septième cité », Ecologie politique, vol. IV, n°1, printemps, 1995, pp. 5-27.

· Le plan de développement économique, Rabat, 1936.

· LEENHARDT-SALVAN M. (dir.), Tourisme et environnement (gérer pour mieux protéger), Cahiers Espaces, n°62, Paris, 10-1999.

· LEQUIN M., Ecotourisme et gouvernance participative, PUQ, 2001.

· LEVINAS E., Ethique et infini, Paris, Fayard, 1982.

· LIENA C., « Tourisme de masse et développement local », http://www.actionconsommation.org/publication/ac-complement.php3?cpl=...04/11/02

· LONERGAN S., « Sustainable Developpement - Spécial Thème », Canadian Journal of Régional Science, Revue Canadienne des Sciences Régionales, Vol. XVI, n°3, automne, 1993, pp. 355-534.

· LAZATO-GIOTART J.-P., Le Maroc, Paris, Karthala, 1991.

· LOZATO-GIOTART J.-P. et BALFET M., Management du tourisme : les acteurs, les produits, les marchés et les stratégies, Pearson, 2004.

· LOZATO-GIOTART J.-P., Géographie du tourisme : de l'espace consommé à l'espace maîtrisé, Pearson Education France, 2003.

· LOZATO-GIOTART J.-P., Méditerranée et tourisme, Paris, Masson, 1989.

· LUDWIG D., WALKER B., HOLLING G.-S., « Sustainability, stability and resilience », Conservation Ecology (1) : 7, www.consecol.org/vol1/iss1/art7, 1997.

· STOCK M. et al., Le tourisme : Acteurs, lieux et enjeux, Belin, 2003.

· MACOUIN D. et PIERRE I., Le tourisme de nature, Paris, AFIT, 2003.

· MARECHAL J.-P., Le développement durable dans la pensée néoclassique, 1996, http://www.unige.ch/sebes/textes/1996/96_JPM.html.

· MARTIN J.-Y., Développement durable ? Doctrines, Pratiques, Evaluations, Paris, IRD, 2002.

· MAURER M., Tourisme, prostitution, sida, Genève : CETIM, traduction française par THERENAZ M., l'Harmattan, 1992.

· MERCHADOU CH., La promotion de la protection de l'environnement et du développement durable en matière de tourisme, Rapport, SET, Paris, 08-2000.

· MERCIER S., L'éthique dans les entreprises, Paris, la Découverte et Syros, 1999.

· MERLIN P., Tourisme et aménagement touristique :des inconciliables ? , Paris, La documentation Française, 2001.

· MERLOT P. (dir.) , Le développement durable : un objectif incertain, Paris, La documentation française, 2003.

· MESPLIER A. et BLOC-DURAFFOUR P., Le tourisme dans le monde, Paris, Bréal, 1995.

· MICHAUD J.-L., Tourisme chance pour l'économie, risque pour les sociétés, Paris, PUF, 1992.

· MICHEL F., Tourismes, touristes, sociétés, Paris, l'Harmattan, 1998.

· MIEGE J.-L. (dir.), Le Maroc, Paris, PUF, 1977.

· Ministère de l'écologie et du développement durable, Les plans de prévention des risques naturels (PPR), www.environnement.gouv.fr/dossiers/risques/ppr/p3.htm, 2000.

· MIONET F., Le tourisme rural, comment créer et gérer ?, France Agricole, 2000.

· MIOSSEC A., Les littoraux entre nature et aménagement, Sedes, 1998.

· MIOSSET P., « Le tourisme durable, un concept opérationnel », Cahiers Espaces, n° 67, novembre 2000, p.200.

· MREJEN N., L'office national Marocain du tourisme, Marocaines et internationales, 1963.

· NELSON et al., Tourism and Sustainable Development: Monitoring, Planning, Managing, University of Waterloo, Department of Geography Publication, Series Number 37, 1993.

· O..M.T., Tourisme horizon 2020 : Nouvelles prévisions de l'O.M.T., Madrid, 1997.

· OCDE, Le développement durable, les grandes questions, 2001.

· OCDE, Politique du tourisme et tourisme international dans les pays de l'OCDE 1992-1993 : Etude spéciale, tourisme et emploi, 1995.

· O.M.T., Guide à l'intention des autorités locales : développement durable du tourisme, 1999.

· Organisation mondiale de tourisme (O.M.T.) et Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), « Sommet Mondial de l'Ecotourisme : rapport final », Madrid, Spain : World Tourism Organization, 2002.

· OTMANI R.,  Les impacts économiques et sociaux du tourisme international sur l'artisanat de Fès, Thèse de 3éme cycle, Aix-Marseille, 1984.

· PANHUYS H., La fin de l'occidentalisation du monde ? De l'unique au multiple, l'Harmattan, 2004.

· PANHUYS H., ZAOUAL H. (dir.), Diversité des cultures et mondialisation, Paris, l'Harmattan, 2000.

· PARINGAUX R.-P., « Planète des sites en péril », le monde diplomatique, novembre 2002.

· PASSARIS S., VINAVER K., « Pour aborder le XXIéme siècle avec le développement durable », Economies et Sociétés Cahiers de l'ISMEA, Tome XXXII n°1, Janvier 1998.

· PASSET R., L'économique et le vivant, Paris, Payot, 1979.

· PATIN V., Tourisme et patrimoine, en France et en Europe, Paris, La documentation française, 1997.

· PAUCHANT E., « La nouvelle demande du tourisme », Espaces, n°154, Novembre 1998.

· PEARCE D., BARBIER E., MARKANDYA A., Sustainable developemnt Economics and Environement in the third world, EARTHSCAN Publications LTD, London, 1990.

· PEARCE D., Economics and Environment, Essays on Ecological Economics and Sustainable Development, Edward Elgar, 1999.

· PECQUEUR B. et ZIMMERMANN J-B., Les fondements d'une économie de proximité, GREQAM, Document de travail n°02A26, juin 2002.

· PECQUEUR B., Le développement local, pour une économie des territoires, Paris, Syros, 1989.

· PERRIN P., « Un rapport autrichien à la théorie du territoire », Economie Régionale et Urbaine, n°2, 2001, pp. 229-248.

· PEZZEY J., Definitions of sustainability, University of Colorado, UK, CEED, 1989.

· PIGOU A., L'économie de bien-être, Paris, Dalloz, 1958.

· PY P., Le tourisme un phénomène économique, Paris, La documentation française, 1996.

· QUERINI G., Traduction, Ressources naturelles environnement et croissance industrielle, Pubisud, 1996.

· SAIGH BOUSTA R., « Tourisme et perspective de développement au Maroc », in Dossier « Maroc, réalités et défis », Téoros 5, Printemps 2005.

· RAWLS J., Théorie de la justice, Seuil, 1987.

· REED D., Ajustement structurel, environnement et développement durable, l'Harmattan, 1999

· RIST G. (dir.), La culture. Otage du développement ?, Paris, l'Harmattan, 1994.

· RIST G., Le développement. Histoire d'une croyance occidentale, Paris, Presses de la F.N.S.P, 1996.

· ROMERIL M., «Tourism and the Environment, Towards a Symbiotic Relationship», International Journal of Environmental Studies, vol. 25, pp. 215-218.

· ROUXEL F., RIST D., Le développement durable : approche méthodologique dans les diagnostics territoriaux, Certu, Ministère de l'Equipement, des Transports et du Logement, 2000.

· SACHS I., L'écodéveloppement, Paris, Syros, 1993.

· SACHS I., Stratégies de l'écodéveloppement, Paris, Economie et Humanisme, Ovrières, 1980.

· SACHS I., « Environnement, développement, marché : pour une économie anthropologique », entretien accordé à Jacques Weber, Natures Sciences Sociétés 2, 3, 1994, pp. 258-265.

· SCANE RC., GREFONE E. et USHER R., Ecotourism in Canada, Canadian Environmental Advisory Council, Minister of Supply and Services Canada, 1992.

· SEDJARI A., Aménagement du territoire et développement durable, quelles intermédiations, l'Harmattan, GRET , 1999.

· SEN A., Poverty and Famines, an essay on entitlement and deprivation, Oxford, 1981.

· SERRES M., Le contrat naturel, Paris, Bourin, 1991.

· SERWAY R.-A., Physique I, Mécanique et thermodynamique, 1992.

· SEURET F., «  Environnement et développement, le défi du XXI siècle », Alternatives économique, hors série n°205, juillet-août 2002.

· SOUCHIER R., THOUVENOT T., «  Soigner la terre, une mutation culturelle pour l'environnement » , cultures et développement, n° 45, 10/2002.

· SPINDLER J., DURAND H., préface FRANGIALLI F., Le tourisme au XXIéme siècle, l'Harmattan, 2003.

· STAFFORD J., Développement et tourisme au Maroc, l'Harmattan, 1996.

· THEUMA N., Le tourisme en méditerranée : une perspective socio-culturelle, Edisud, 2005.

· THEVENIAUT-MULLER M., Le développement local, une réponse politique à la mondialisation, Desclée de Brouwer, 1999.

· THUROT J.-M., Capacité de charge et production touristique, centre des hautes études touristiques, Aix-en-provence, Etudes et mémoires, n°43, 1980.

· TINARD Y., Le tourisme : Economie et Management, Ediscience international, 1994.

· TISSOT L., Naissance d'une industrie touristique, Payot Lausanne, 2000.

· TOMAN M., PEZZEY J., KRAUTKRAEMER J.,  «  L'économie néo-classique face à la soutenabilité », Economie appliquée, tome XLVIII, n°2, 1995, pp. 25-57

· TREMBLAY D.-G. et FONTAN J.-M., Le développement économique local. La théorie, les pratiques, les expériences, Université du Québec, Télé-université, Québec, 1994.

· TROIN J.-F. (dir.), Maroc : Régions, Pays, Territoires, Maisonneuve et Larose, Tarik, URBAMA, 2002.

· TUBIANA L., «  Rapport, environnement et développement, l'enjeu pour la France », La documentation française, 2000.

· TURNER R.K., Sustainable Environmental Management, London, Belhaven Press and Boulder, 1988.

· Union Mondiale pour la Nature (UICN), Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE), et Fonds Mondial pour la Nature (WWF), Sauver la planète, IUCN, Gland (Suisse), 1991.

· USAID : United States Agency for International Development, le projet de tourisme durable de l'USAID , in http://www.ruraltourism.ma, 14/04/2005.

· VACHON B., Le développement local : théorie et pratique, Gaétan Morin, 1993.

· VANDANA S., Le terrorisme alimentaire : comment les multinationales affament le Tiers Monde, Paris, Fayard, 2001.

· VELLAS F., Economie et politique du tourisme international, Paris, Economica, 1985.

· VELLAS F., Le tourisme mondial, Paris, Economica, 1996.

· VELTZ P., Des lieux et des liens, Paris, L'Aube, 2002.

· VELTZ P., Mondialisation, Villes et Territoires : L'économie d'Archipel, Paris, Presses Universitaires de France, 1996.

· VERNIER S., « Les enjeux du développement durable : la planète en jeu », FACE, n°168, Novembre 2004, pp. 30-34.

· VERNON R., International investment and international trade in the product cycle, Quarterly Journal of Economics, Mai 1966.

· VLES V., Service public touristique local et aménagement du territoire, l'Harmattan, 2001.

· WACHTER S., L'aménagement durable : défis et politiques, L'Aube Datar, 2002.

· WACKERMANN G., Le tourisme international, Paris, Armand colin, 1988.

· WACKERMANN G., Tourisme et transport, Paris, Sedes, 1993.

· WALKOWITSH M., Tourisme et milieux, CTHS, 1997.

· WEAVER D.B., The Encyclopedia of Ecotourism, Oxon, New York, NY : CABI Pub, 2001.

· ZACCAI E., MISSA J.-N., Le principe de précaution : significations et conséquences, Bruxelles, ULB, 2000.

· ZAOUAL H., « la nature et les cultures » colloque international, l'environnement et le développement durable: perspectives interculturelles/ une vue d'en bas Québec/ Canada (21-24 mai1992).

· ZAOUAL H. et PAVOT C.,  « Les nouveaux visages du Tourisme : une approche par les sites symbolique », Communication au colloque : Images et Patrimoine. Facteurs du développement du tourisme dans le Nord-Pas-de-Calais. Université du Littoral. Le 11 Décembre 1997.

· ZAOUAL H.,  « Homo oeconomicus ou Homo situs? Un choix de civilisation », Finance et bien commun, n°22, Summer/Eté, 2005, pp. 63-72.

· ZAOUAL H., « Le site et le capital : quelles relations entre identité et développement ? », Cultures et Développement, Bruxelles, n°40/41, Juin 2001, pp. 23-29.

· ZAOUAL H., « De l'homo oeconomicus à l'homo situs ». Les nouveaux Cahiers de l'Institut universitaire d'Etude du Développement, Juin, n°7, PUF, 1998, pp.83-100.

· ZAOUAL H., « Economie et sites symboliques africains », Internationale de Recherche Interculturelle et Transdisciplinaire, Volume XXVII, n°1, Cahier n°122, Montréal, 1994.

· ZAOUAL H., « Firmes, organisations et territoires. De la l'uniformité à la complexité », Séminaire Franco-Bresilien, Organisé par la COPPE (Université Fédérale de Rio de Janeiro) et l'Institut des Mers du Nord (Université du Littoral Côte d'Opale/ Dunkerque-France), Du 1 au 4 août 2004.

· ZAOUAL H., « homo situs doit remplacer homo economicus », Colloque « Peut-on donner une âme à la mondialisation », L'esprit de Fès en 12 idées fortes, 2003.

· ZAOUAL H., « La mosaïque des cultures face à un monde uniforme », Foi et développement n°290, Janvier 2001, pp. 1-5 centre L.J. LEBRET, Texte repris par CONGO-AFRIQUE , n°356, Juin-août 2001, pp. 324-330.

· ZAOUAL H., « Le site et l'économie sociale », Séminaire International : Economie Sociale, Université de Louvain, Belgique, 28/29 mars 2001.

· ZAOUAL H., « Le site et l'organisation en économie du développement », Canadian Journal of Development Studies, Université d'Ottawa, n°2, Volume XXI, Juin 2000, pp. 295-321.

· ZAOUAL H., « Les dimensions cachées des processus scientifiques : une leçon pour la science économique », Cahiers de l'économie de l'innovation n°1, Paris, l'Harmattan, 1995.

· ZAOUAL H., « Principes d'économie de la proximité et du site ou comment repenser la pensée économique ? », Economies et Sociétés, Cahiers de l'ISMEA, Tome XXXVII, n°6, juin 2003, « Hors Série », n°39, pp. 1054-1056.

· ZAOUAL H., Du rôle des croyances dans le développement économique, l'Harmattan, 2002.

· ZAOUAL H., La socio-économie des territoires, expériences et théories, l'Harmattan, 1998.

· ZUINDEAU B. (dir.), Développement durable et territoire, Presses Universitaires du Septentrion, 2000.

· ZUINDEAU B., « La problématique du développement durable : les enseignements de l'approche spatiale », communication au colloque international, « Ecologie, Economie, Société », St Quentin en Yvelines, 23-25 mai 1996.

* 1 VELLAS F.,  Economie et politique du tourisme international , Paris, Economica, 1985, p.7.

* 2 CUVELIER P., TORRES E., GADREY J., Patrimoine modèle de tourisme et de développement local, Paris, l'Harmattan, 1994.

* 3 Source : O.M..T., Organisation Mondiale du Tourisme, Statistiques du Tourisme Mondial.

* 4 Voir par exemple, HARRIBEY J.-M.,  Le développement soutenable , Paris, Economica, 1998.

* 5 En se référant à la définition générale du Rapport Brundtland, 1987, Le développement durable : « un développement qui s'efforce de répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs ».

* 6 Voir ZAOUAL H., La socio-économie de la proximité et du site, du global au local , l'Harmattan, 2005. Cet ouvrage est une des synthèses de la théorie des sites.

* 7 CUVELIER P., TORRES E., GADREY J., 1994, op. cit., p. 33.

* 8 BOYER M.,  Histoire du tourisme de masse, Paris, PUF, 1999, p. 9.

* 9 De l'italien villegiatura, de villegiare, issu de villa, signifie « aller à la compagne ».

* 10 MESPLIER A., Le tourisme dans le monde, Paris, Bréal, 1995, p. 20.

* 11 CUVELIER P., TORRES E., GADREY J.,  1994, op. cit.,. p. 34.

* 12 BOYER M., L'invention du tourisme, Paris, Gallimard, 1996, p. 52.

* 13 L'oisiveté vient du latin otium. Le terme négatif est le neg otium d'où vient le mot négoce, commerce.

* 14 Cf. CUVELIER P., TORRES E., GADREY J., 1994, ibid., p. 35.

* 15 CUVELIER P., TORRES E., GADREY J., 1994, op. cit., p. 37.

* 16 DEPREST F., Enquête sur le tourisme de masse, l'écologie face au territoire, Paris, Belin, 1997, p. 6.

* 17 ORTEGA Y GASSET J., La révolte des masses, traduit de l'espagnol par Louis PARROT, Paris, Stock, 1961.

* 18 CUVELIER P., TORRES E., GADREY J., 1994, op. cit., p. 38.

* 19 Voir par exemple, LATOUCHE S., NOHRA F., ZAOUAL H., Critique de la raison économique. Introduction à la théorie des sites symboliques. Préface de KREMER-MARIETTI A., Paris, l'Harmattan, 1999.

* 20 CUVELIER P., TORRES E., GADREY J., 1994, op. cit., p. 40.

* 21 VELLAS F., 1985, op. cit, p. 7.

* 22 PY P., Le tourisme, un phénomène économique, Paris, La Documentation française, 1996, p. 123.

* 23 VELLAS F., 1985, op. cit., p. 150.

* 24 Secrétaire général, Conseil économique et social : rapport sur « Le tourisme et le développement durable » , 1999, p. 3.

* 25 Par exemple, entre 1980 et 1994, les recettes touristiques des pays d'Asie de l'Est et du Pacifique ont vu leur part doubler dans le total mondial de 8,4% à 18,4%, tandis que leur valeur était multipliée par plus de cinq de 8milliars de dollars à 59 milliars. Cette évolution est le résultat du positionnement d'un grand nombre de ces pays dans le segment haut de gamme du tourisme international. A cela s'ajoute un excellent rapport qualité-prix qui place ces pays en position de leader dans la compétition internationale. A la différence des pays d'Asie du Sud, les recettes touristiques représentent seulement 0,76% du total des recettes touristiques mondiales alors qu'ils représentent 1,50% en 1980. (O.M.T. 1995), voir aussi, l'ouvrage de VELLAS F., Le tourisme mondial, Paris, Economica, 1996, pp. 23-49.

* 26 Secrétaire général, Conseil économique et social, Rapport sur « Le tourisme et le développement durable », 1999, p. 3.

* 27 PY P. , op. cit, p. 143.

* 28 Voir par exemple, l'ouvrage de MERLIN P., Tourisme et aménagement touristique, Paris, La documentation française, 2001, pp. 53-61. Aussi, l'ouvrage de MERLIN P., SPIZZICHINO R., Aménager la France des vacances, Paris, La documentation française, 1983, pp. 55-60.

* 29 Pour plus de détails voir l'ouvrage de MAURER M., Tourisme, prostitution, sida, traduction française par THERENAZ M., Genève, CETIM, l'Harmattan, 1992.

* 30 CAZES G., Fondement pour une géographie du tourisme et des loisirs, Paris, Bréal, 1992.

* 31 LEON B., « Tourisme, développement durable et mondialisation », Géoéconomie, n° 25, printemps 2003, pp. 24-26.

* 32 Voir l'ouvrage de ZAOUAL H., Du rôle des croyances dans le développement économique, l'Harmattan, 2002.

* 33 Dans ce cadre voir, LANFANT M.-F., « Le tourisme dans le processus d'internationalisation », Revue internationale des sciences sociales de l'Unesco, 1980, pp. 14-45. LANFANT M.-F., « Tourisme international reconsidéré : milieu exclu, tiers exclu ? Le principe de l'alternative », Cahiers du Centre des hautes études touristiques, n°C165, juin 1991.

* 34 Voir par exemple l'article, « Lutter contre le tourisme sexuel sur l'Internet : un nouveau défi », La gazette officielle du tourisme, n° 1692, 7 mai 2003. Aussi, MICHEL F., Tourismes, touristes, sociétés, Paris, l'Harmattan, 1998.

* 35 Secrétaire général, Conseil économique et social, Rapport sur « Le tourisme et le développement durable », 1999, p. 7.

* 36 VELLAS F., 1985, op. cit., p. 270.

* 37 Ibid., p. 8.

* 38 DEWAILLY J.-M. et FLAMENT E., Le tourisme, Sedes, 2000, p. 24.

* 39 MERLIN P., Tourisme et aménagement touristique, op. cit., p. 63.

* 40 Plus de développements dans l'ouvrage, BESANCENOT J.-P., Climat et tourisme, Paris, Masson, 1980.

* 41 L'attrait de la Côte d'Azur, de la côte basque en France, celui de la Californie et de la Floride aux Etats-Unis doivent avant tout à leur climat jugé favorable.

* 42 ESCOURROU P., Tourisme et environnement, Paris, Sedes, 1993, p. 114.

* 43 DEPREST F., op. cit., p. 23.

* 44 CAZES G., Les nouvelles colonies de vacances ? le tourisme international à la conquête du tiers monde, Paris, l'Harmattan, 1989.

* 45 DEPREST F., op. cit., p. 31.

* 46 Ibid., p. 32.

* 47 DEPREST F., op. cit., p. 37.

* 48 Voir section 3 du chapitre I.

* 49 ESCOURROU P., Tourisme et environnement, op. cit., Aussi voir l'ouvrage de WACKERMANN G., Tourisme et transport, Paris, Sedes, 1993.

* 50 ESCOURROU P., Tourisme et environnement, op. cit., p. 34.

* 51 Pour plus de précision, voir la thèse de DERUE C., Institutions et territoire : l'expérience de l'intercommunalité dans la gestion de l'eau potable, thèse de doctorat, au sein du GREL, Université de Lille1, Octobre 2001,

* 52 DEPREST F., op. cit.

* 53 KHERDJEMIL B., PANHUYS H. et ZAOUAL H. (dir.), Territoires et dynamiques économiques, Paris, l'Harmattan, 1998. Voir, plus aussi, En collaboration ZAOUAL H. et PAVOT C.  (Doctorante), Les nouveaux visages du Tourisme : une approche par les sites symbolique, Communication au colloque : Images et Patrimoine, Facteurs du développement du tourisme dans le Nord-Pas-de-Calais, Université du Littoral, 11 Décembre 1997. Publié par le site Internet de l'Université de Versailles Saint Quentin en Yvelynes. htmwww.cybercable.tm.fr/~jarmah/public_html/hassan2.htm et www.reseautourisme.com/articles%20revues/lilianearticle.dwt

* 54 VERNON R., International investment and international trade in the product cycle, Quarterly Journal of Economics, Mai 1966.

* 55 CUVELIER P., TORRES E., GADREY J., 1994, op. cit., p. 62. Voir notamment CUVELIER P., L'émergence de nouveaux modèles de développement touristique le cas Espagnol, in ZAOUAL H. (dir.), La socio-économie des territoires : Expériences et théories, Paris, l'Harmattan, 1998, pp.170-175.

* 56 Selon cette théorie, tout produit, au cours de son existence passe par quatre étapes : l'installation ou lancement du produit, la phase de croissance, la phase de maturité et le déclin.

* 57 VELLAS F., op.cit., p. 22.

* 58 VELLAS F., Le tourisme mondial, Economica, 1996, pp. 20-21.

* 59 LATOUCHE S., « Main invisible et main-mise sur la nature », Colloque international : L'environnement une vue d'en bas, Institut interculturel de Montréal, 1992.

* 60 SERWAY R.A., Physique I, Mécanique et thermodynamique, 1992, p. 421.

* 61 DEPREST F., op. cit., p. 40.

* 62 THUROT J.-M., « Capacité de charge et production touristique », centre des hautes études touristiques, Aix-en-provence, Etudes et mémoires, n°43, 1980, p. 8.

* 63 Ibid.

* 64 Rapports des colloques O.M.T. de Manille et Nicosie en 1980.

* 65 DEPREST F., op. cit., p. 49.

* 66 MERLIN P., Tourisme et aménagement touristique, op. cit., p. 75.

* 67 Pour plus amples développements, il convient de se reporter à CUVELIER P., TORRES E., GADREY J., op. cit.

* 68ZAOUAL H. et PAVOT C., Les nouveaux visages du Tourisme : une approche par les sites symbolique, Communication au colloque : Images et Patrimoine. Facteurs du développement du tourisme dans le Nord-Pas-de-Calais. Université du Littoral, 11 Décembre 1997. Publié par le site Internet de l'Université de Versailles Saint Quentin en Yvelynes. htmwww.cybercable.tm.fr/~jarmah/public_html/hassan2.htm et www.reseautourisme.com/articles%20revues/lilianearticle.dwt

* 69 ZAOUAL H., La socio-économie de la proximité et du site, Paris, l'Harmattan, 2005, p. 7. voir aussi ZAOUAL H., « Economie et sites symboliques africains », Revue Internationale de Recherche Interculturelle et Transdisciplinaire, Volume XXVII, n°1, Cahier n°122, Montréal, 1994.

* 70Voir ZAOUAL H., Du rôle des croyances dans le développement économique , Paris, l'Harmattan, 2002.

* 71 PY P., Le tourisme un phénomène économique, Paris, La Documentation française, 1996, p. 42.

* 72 Cité par PAVOT C., Du méga tourisme au tourisme durable : une approche en terme de développement local, in Territoires et dynamiques économiques, KHERDJEMIL B., PANHUS H., ZAOUAL H. (dir.), Paris, l'Harmattan, 1998, p. 172.

* 73 Pour bien cerner l'enjeu de la qualité voir l'article de CHAZAUD P., « La qualité, un thème fédérateur impliquant une démarche stratégique d'ensemble », Cahiers Espaces, n°61, juillet 1999, pp. 63-65.

* 74 BERGERY L., La qualité globale et tourisme, Paris, Economica, 2002, p. 34.

* 75 Ibid., p. 51.

* 76 BERGERY L., op. cit., p. 51.

* 77ZAOUAL H., 2005, op. cit.

* 78 CUVELIER P., TORRES E., GADREY J., 1994, op. cit., p. 93.

* 79 CAZES G., Le tourisme international, mirage ou stratégie d'avenir ?, Paris, Hatier, 1989.

* 80 D'après FRANGIALLI F., La France dans le tourisme mondial, Paris, Economica, 1991. Une enquête d'opinion a révélé en 1990 que pour un touriste allemand sur deux, la qualité de l'environnement est devenue un élément de décision essentiel quant au choix de ses vacances.

* 81 GODIN P., « Qualité, environnement et développement durable dans les destinations touristiques », Cahiers Espaces, n°61, juillet 1999, pp.17-24.

* 82 Pour plus de précision voir par exemple, KELLER P., « La notion de qualité totale et la politique du tourisme », séminaire de l'OMT, La qualité un défi pour le tourisme, 1992.

* 83 Comme par exemple, FRANCES P., Les vacanciers se mettent au vert, Le Monde, 1992.

* 84 Pour bien cerner la loi des rendements décroissants voir par exemple l'ouvrage de EL COHEN A., Les pensées économiques, Marrakech, Walili, 1994, p.164.

* 85 ZAOUAL H. et PAVOT C., op. cit.

* 86 Pour bien comprendre l'importance de ses dotations pour le tourisme qui assure la production de l'ensemble des services de tourisme. Et montrer que l'abondance relative de ces ressources va avoir une influence décisive pour expliquer la place d'un pays dans le tourisme international, voir l'ouvrage de VELLAS F., Economie et politique du tourisme international, Paris, Economica, 1985, p.39.

* 87 Dans cette phase de maturité où le produit devient standard, des phénomènes d'imitation tendent alors à banaliser le produit. On lui trouve des substituts qui répondent au problème d'obsolescence. Les coûts deviennent relativement faibles. Ainsi, s'amorce le déclin du produit selon le cycle de vie de VERNON.

* 88 Voir l'ouvrage de MERLIN P., op. cit., p. 176. En France, par exemple, les années 1960 c'est les années où la France a défini les politiques d'aménagement rural. Parmi ses objectifs il y a le développement de tourisme en milieu rural sans nuire au cadre naturel.

* 89 BETEILLE R., Le tourisme vert, Paris, PUF, 2000.

* 90 Pour plus de détails sur le concept de la proximité voir l'ouvrage de ZAOUAL H., La socio-économie de la proximité et du site, 2005, op. cit.

* 91 CUVELIER P., TORRES E., GADREY J., op. cit., p. 98. On trouve la même idée dans l'ouvrage de MERLIN P., op. cit., p. 182.

* 92 BETEILLE R., op. cit., pp. 113-124.

* 93 CUVELIER P., TORRES E., GADREY J., op. cit., p. 99.

* 94 ZAOUAL H. et PAVOT C., op. cit.

* 95 sigle emprunté à l'étude de la Casa de Vélasquez, « Aménagement et développement du tourisme en France et en Espagne », 1991, d'après CUVELIER P., TORRES E., GADREY J., op. cit., p. 99.

* 96 On peut citer en particulier l'exemple de la ville du Touquet et de DESPREZ L son maire, qui tente de substituer à la saisonnalité du modèle des 4S le tourisme des quatre saisons en axant la politique touristique de la ville sur chacun des 4E ( d'après CUVELIER P., TORRES E., GADREY J., op. cit., p.100.).

* 97 A ce propos d'ailleurs, en Espagne, il est à constater le changement de slogan touristique pour la promotion à l'étranger. « Tout sous le soleil », vantant les mérites de l'Espagne au travers de la plage, et de la mer a laissé place à une nouvelle propagande : « Passion pour la vie » qui reflète l'élargissement de la gamme des produits offerts.

* 98 Pour d'autres développements relatifs au concept de développement durable, voir le chapitre 2.

* 99 DEPREST F., op. cit., p. 69.

* 100 Ibid., p. 69.

* 101 O.M.T., Sustainable tourism development: guide for local planners, 1993, p.16.

* 102 Article 1 de la Charte du tourisme durable de l'O.M.T. , 1995.

* 103 CAIRE G. et ROULLET-CAIRE M., « Le tourisme peut-il être un élément de développement durable ? », 3avril 2001, p. 2, article publié sur le site www.Tourisme-Durable.net.

* 104 VELLAS F., 1985, op. cit., p. 22.

* 105 ZAOUAL H., Du rôle des croyances dans le développement économique, 2002, op. cit., p. 315.

* 106 Cité par PAVOT C., Du mégatourisme au tourisme durable : une approche en terme de développement local, in KHERDJEMIL B., PANHUYS H., ZAOUAL H. (dir.), Territoires et dynamiques économiques, Paris, l'Harmattan, 1998, p. 179.

* 107Ibid., p. 182.

* 108 KHERDJEMIL B., PANHUYS H. et ZAOUAL H. (dir.), 1998, op. cit., Voir, plus aussi, En collaboration ZAOUAL H. et PAVOT C. (Doctorante). Les nouveaux visages du Tourisme : une approche par les sites symbolique, op. cit.

* 109 ZAOUAL H., « La mosaïque des cultures face à un monde uniforme », Foi et développement, Réseau International Network, n° 290, janvier 2001.

* 110 KERDOUN A., Environnement et développement durable: « enjeux et défis », préface de BOUGUERRA M.-L., PUBLISUD, 2000, p. 5.

* 111 Ibid, p. 5.

* 112 Rapport Brundtland, du nom de Mme Gro Harlem Brundtland, Premier ministre norvégien, a été publié par la CMED sous le titre « Notre avenir à tous » en 1987, est l'un des documents fondateurs du développement durable et mis en place en 1983. Ce rapport constitue la référence clé pour la popularisation du développement durable.

* 113 Le développement durable est un axe fondamental de la politique de l'Union européenne. Le traité d'Amsterdam (article 6) place le concept de développement durable parmi les objectifs majeurs de l'Union européenne. Une stratégie de développement durable a été adoptée lors du sommet de Göteborg en juin 2001, et couvre plusieurs domaines. Des objectifs prioritaires ont été retenus pour les politiques communautaires dans quatre domaines : le changement climatique, les transports, la santé publique et les ressources naturelles. Pour plus de développements voir l'ouvrage de ROUXEL F., RIST D., Le développement durable :approche méthodologique dans les diagnostics territoriaux, CERTU, Ministère de l'Equipement, des Transports et du Logement, 2000, p. 15.

* 114 Le principe « penser globalement, agir localement », fut une devise accompagnant la conférence de Rio. Elle ne lui est pas propre, puisque ce précepte a par exemple aussi été par des entreprises multinationales pour leurs stratégies et activités. Sa première partie découle directement de l'idée que le niveau pertinent pour les conceptions est le niveau mondial. La seconde partie traite de l'action. L'une des significations de la devise est de ne pas démotiver toute initiative par cet horizon mondial si l'on se place au niveau des actions écologistes portées par des individus ou des organisations, dans la majorité des cas, l'action ne peut être que locale. Pour plus de développements voir par exemple l'ouvrage de DEMAZIERE C., Du local au global : les initiatives locales pour le développement économique en Europe et en Amérique, l'Harmattan, 1996, p. 11. Egalement, ZACCAI E., Le développement durable, dynamique et constitution d'un projet, 2002, pp. 94-96.

* 115 Publié par la Conférence de Stockholm sous la pression des citoyens des pays industrialisés et suite à l'institutionnalisation du champ de l'environnement, ce rapport constitue un fait marquant dans la compréhension des origines institutionnelles de la notion de développement durable.

* 116 Plus de développements sur le concept d'éco-développement dans la deuxième section de ce chapitre.

* 117 REED D., Ajustement structurel, environnement et développement durable, Paris, l'Harmattan, 1999, pp. 25-32.

* 118 La CNUED, réunie à Rio de Janeiro du 3au 14 juin 1992, réaffirmant la déclaration de la Conférence des Nations Unies sur l'Environnement adoptée à Stockholm le 16 juin 1972, et cherchant à en assurer le prolongement, dans le but d'établir un partenariat mondial sur une base nouvelle et équitable en créant des niveaux de coopération nouveaux entre les Etats, les secteurs clefs de la société et les peuples, oeuvrant en vue d'accords internationaux qui respectent les intérêts de tous et protègent l'intégrité du système mondial de l'environnement et du développement, reconnaissant que la Terre, foyer de l'humanité, constitue un tout marqué par l'interdépendance.

* 119 ROUXEL F., RIST D. , op. cit., p. 16.

* 120 CNUED, Action 21 :  « Déclaration de Rio sur l'environnement et le développement déclaration de principes relatifs aux forêts » conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement (CNUED), 1993.

* 121 TUBIANA L., « Environnement et développement, l'enjeu pour la France », Rapport au premier ministre, Paris, La documentation française, 2000, p.7.

* 122Citation traduite de l'anglais. Le verbe « to sustain » signifie « soutenir, supporter, entretenir, nourrir ». De sorte que le « sustainable development » dénote le fait que le développement puisse s'entretenir, se maintenir (ou être maintenu, être soutenu). Certains auteurs préfèrent l'expression de « développement soutenable », voir par exemple HARRIBEY J.-M., Le développement soutenable, Paris, Economica, 1998, pp. 11-18. Mais le terme de développement durable est la traduction officielle retenue pour l'expression anglaise sustainable development.

* 123 COSTANZA R., « The ecological economics of sustainability: Investing in natural capital», in Goodland et alii (dir.), Environmentally sustainable Economic Developpement: Building on Brundtland, UNESCO, 1991.

* 124 SACHS I., L'écodéveloppement, Paris, Syros, 1993.

* 125 REED D., op. cit., p. 33.

* 126 OCDE , « Le développement durable, les grandes questions », 2001, p. 38.

* 127 Une externalité est une conséquence engendrée par l'activité d'un agent sur un autre sans que cela se traduise par un prix de marché. La pollution en est un exemple.

* 128 OCDE, Développement durable : un effort renouvelé de l'OCDE, www.oecd.org//publications/pol_brief/9808-fre.htm., 1998.

* 129 MARTIN J.-Y., Développement durable ? Doctrines, pratiques, évaluations, Paris, IRD, 2002, p. 83.

* 130 EWALD F., GOLLIER C., SADELEER N., Le principe de précaution, Paris, PUF, 2001. Voir entre autres aussi FREESTONE D., HEY E., The precautionary principle and international law. The challenge of implementation, Den Haag, Kluwer, 1996, ZACCAI E., MISSA J.-N., Le principe de précaution : significations et conséquences, Bruxelles, ULB, 2000.

* 131 La biodiversité ou diversité biologique définie comme la richesse en organisme vivants qui peuplent la biosphère englobant à la fois les individus et leurs relations fonctionnelles. La biodiversité est avant tout une ressource naturelle fournissant aussi bien de la nourriture, que l'énergie conserver assure également la préservation de supports de production biologiques. Le développement peut être qualifié de durable s'il préserve cette diversité.

* 132 En se référent à l'auteur ZAOUAL H. (1998, 2005), op. cit.

* 133ALCOUFFE A., FERRARI S., GRIMAL L., « Autour du développement durable », Sciences de la société, n°57, octobre 2002, p. 3.

* 134 L'idée de la « croissance zéro » est souvent associé au rapport Meadows, dans ce cadre, la situation de catastrophe peut être évitée grâce à « un état d'équilibre, qui signifie de maintenir un niveau constant de population et de capital ». Cette idée de la « croissance zéro » a été soumise à de vives critiques, également formulées lors de la conférence de Stockholm.

* 135 CMED, Notre avenir à tous, Montréal, Québec, Fleuve, 1987, p. 36.

* 136 CHAUTARD G., « Mise en oeuvre d'une problème de développement durable appliqué aux régions de conversion », Ve journée IFRESI, 20 et 21 mars 1997, p. 191.

* 137 CMED, op. cit., p. 52.

* 138 Définie de la sorte, l'équité ne doit pas être confondue, comme c'est souvent le cas, avec l'égalitarisme qui récuse le principe de différence entre les individus.

* 139 CMED, op. cit., p. 57.

* 140 CNUED, Action 21 : « Déclaration de Rio sur l'environnement et le développement déclaration de principes relatifs aux forêts », Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement (CNUED), 1993.

* 141 Groupe de travail sur les instruments économiques et les mesures dissuasives à de saines pratiques environnementales, Les objectifs de développement durable, www.ec.gc.ca/grngvt/1_2_f.htm, 1994, p.1.

* 142 Principe 5 de la Conférence de Rio.

* 143 CMED, op. cit., p. 57.

* 144 Ibid., p. 58.

* 145 CHAUTARD G., op. cit., p. 194.

* 146 Pour plus de développements voir CHASSANDE P., Développement durable, pourquoi ? comment ?, Paris, Edisud, 2002, pp. 91-110.

* 147 Notons toutefois que le changement d'échelle d'analyse ne va pas sans affecter le contenu et la structure même de la durabilité [Chautard, Zuindeau, 1996], rejoignant Godard qui précise que la durabilité n'admet pas une structure fractale [Godard,1994]

* 148 Voir par exemple l'ouvrage de ZUINDEAU B., Développement durable et territoire, Presses Universitaires du Septentrion, 2000.

* 149 LACOUR C., « Intégration environnement-aménagement : fondements théoriques », Economie Régionale et Urbaine, n° 4, 1994, pp. 537-556.

* 150 CDU, Gouvernance, Centre de documentation de l'urbanisme, Ministère de l'Equipement, des Transports et du Logement, 1999.

* 151 COASE R., « The problem of social cost », The Journal of Law and Economics, 1937, pp. 1-44.

* 152 ALCOUFFE A., FERRARI S., GRIMAL L., op. cit., p. 7.

* 153 La « bonne gouvernance » consistait à accepter les plans d'ajustements structurels -soit une réduction du nombre des fonctionnaires et un désengagement de l'Etat dans la vie économique-, à ne pas être trop corrompu et à dialoguer avec les citoyens pour faire accepter les réformes. Plus de développement voir MARTIN J.-Y., Développement durable ? Doctrines, Pratiques, Evaluations, IRD, 2002, pp. 114-116.

* 154 PNUD, 1997.

* 155 ALCOUFFE A., FERRARI S., GRIMAL L., op. cit., p. 10.

* 156 JOLLIVET M., Le développement durable, de l'utopie au concept, Elsevier, 2001, p. 102.

* 157 CMED, 1987, op. cit.

* 158 Plus de détails sur le concept du patrimoine dans la deuxième section.

* 159 ALCOUFFE A., FERRARI S., GRIMAL L., op. cit., p. 11.

* 160 BERGERY L., Qualité globale et tourisme, Economica, 2002, p. 160.

* 161 JOLLIVET M., op. cit., p. 103.

* 162 CMED, 1987, op. cit., p.51.

* 163 TURNER R.K., Sustainable environmental economics and management - Principles andpractice, Belhaven Press, 1993.

* 164 Des concepts empruntés à l'auteur HATEM F., «Le développement soutenable : une origine récente, une notion ambiguë, des applications prometteuses », Economie prospective internationale, n° 44, 1990, pp. 101-117.

* 165 FAUCHEUX S., FROGER G. et NOEL J.-F., « Quelle hypothèse de rationalité pour le développement soutenable ? », Economie appliquée, Tome XLVI, n°4, 1993, pp. 59-103.

* 166 Selon TORRES E., il y a : - La logique économique est plus constitué (la plus hégémonique probablement aussi). En l'identifiant fortement au modèle néoclassique de l'économie qui est l'idéal type, elle peut être définie synthétiquement comme la recherche de la maximisation de l'utilité nette.

- La logique politique est la recherche constante d'accords entre les acteurs du jeu politique. C'est l'univers du pouvoir de la décision. Nous posons qu'au travers de cette logique, les représentations culturelles éthiques, sociales se confrontent, un modèle qui obéirait à cette logique, chercherait les modalités de l'intégration entre l'économie et l'environnement dans un processus politique de détermination du compromis si les agents parviennent à un accord, la solution proposée est bonne, efficace pour modifier le réel dans le sens voulu, sans autre considération.

- La logique écologique nécessite une définition double elle est en effet influencée à la différence des autres logiques par la distinction entre une appréhension anthropocentrée ( posera comme objectif le maintien de l'aptitude de la nature à permettre la vie de l'homme : les finalités de préservation de la nature et de l'homme sont totalement fusionnées.) et une appréhension non anthropocentrée ( le maintien de la nature en état est affirmé comme droit absolu. La nature accède alors à un statut identique voire supérieur à celui de l'homme.) des relations économie/environnement.

* 167 CUVELIER P., TORRES E., GADREY J., op. cit., p. 114.

* 168 PEZZEY J., Definitions of sustainability, University of Colorado, UK, CEED, 1989.

* 169 PASSET R., L'économique et le vivant, Paris, Payot, 1979.

* 170 CHAUTARD G., 1997, op. cit., pp. 187-188.

* 171 Selon la pensée dominante, l'optimum dit de Pareto, que les économistes contemporains préfèrent souvent appeler « efficacité parétienne » pour gommer son caractère normatif reposant sur un jugement de valeur, est souvent définie par rapport aux individus : aussi longtemps que, pour un état donné de la répartition, la position d'un agent au moins peut être améliorée sans dégrader celle d'un autre agent, l'avantage collectif peut être amélioré ; l'optimum est atteint lorsqu'il n'est plus possible d'améliorer la position d'un agent sans dégrader celle d'un autre.

* 172 RAWLS J., Théorie de la justice, Seuil, 1987.

* 173 Cité par l'auteur CHAUTARD G., 1997, op. cit., p. 188.

* 174 FAUCHEUX S., NOEL J.-F., Economie des ressources naturelles et de l'environnement, Paris, Armand Colin, 1995, p. 26.

* 175 CHAUTARD G., (1997), ibid., p. 188.

* 176 pour savoir plus sur la diversité culturelle voir : la théorie des sites symboliques, ZAOUAL H. (1998, 2002, 2005).

* 177 CHAUTARD G., 1997, op. cit., p. 189.

* 178 DEVALL B., SESSIONS G., Deep ecology : Living as if Nature Mattered, Peregrine Smith Books, Salt Lake City, 1985.

* 179 FAUCHEUX S., NOEL J.-F., 1995, op. cit., p. 28.

* 180HATEM F., 1990, op.cit.

* 181 ROUXEL F., RIST D., 2000, op. cit., pp. 18-19.

* 182 CUVELIER P., TORRES E., GADREY J., 1994, op. cit., p. 119 .

* 183 La plupart des actifs non marchands faisant partie du capital naturel se caractérisent par leur multifonctionnalité. Une même ressource, relevant de cette catégorie, peut remplir des fonctions économiques, des fonctions récréatives, des fonctions biologiques et des fonctions de traitement de la pollution. A cet égard, l'eau d'une rivière constitue un bon exemple. Il n'est pas possible de trouver un substitut à l'ensemble des fonctions d'un actifs environnemental de ce type. Le progrès technique ne peut pas non plus s'appliquer uniformément à toutes ces fonctions. De ce point de vue, une partie du capital naturel est qualifié de « capital naturel critique ».

* 184 TOMAN M.-A., « The difficulty in defining sustainability », in DARMSTADTER J. (ed.), Global Development and the Environment: Perspectives on Sustainability, Washington DC, 1992, Cité par FAUCHEUX S., NOEL J.-F., 1995, op. cit., p. 299.

* 185 FAUCHEUX S., FROGER G. et NOEL J.-F., 1993, op. cit.

* 186 PASSET R., l'Économie et le vivant, Paris, Payot, 1979.

* 187 GODARD O., Aspects institutionnels de la gestion intégrée des ressources naturelles et de l'environnement, Paris, la maison des sciences de l'homme, 1980.

* 188 CHOUTARD G., op. cit.

* 189 Pour plus de développement voir l'ouvrage de, PILLET G., ODUM H.T., E3. Energie, Ecologie, Economie, Genève, Georg, 1987.

* 190 FAUCHEUX S., NOEL J.-F., 1995, op. cit., p. 318.

* 191 Pour le moment, l'aspect social n'est pas pris en compte dans les arbres de soutenabilité.

* 192 SACHS I., Stratégies de l'écodéveloppement, Paris, Economie et Humanisme, Ouvrières, 1980.

* 193 Ibid., p. 37.

* 194 SACHS I., L'écodéveloppement, Paris, Syros, 1993, pp. 28-31.

* 195 « Les déférentes styles de vie, écrit SACHS I., 1980, op. cit., p. 78, se caractérisent essentiellement par la manière dont chaque société aménage ses divers temps et dont elle occupe le temps ».

* 196 SACHS I., 1980, ibid., p. 29.

* 197 Ibid., p. 117.

* 198 SACHS I., « Environnement, développement, marché : pour une économie anthropologique », entretien accordé à Jacques Weber, Natures Sciences Sociétés, 2, 3, 1994, pp. 258-265. explique (p.259) :  « sa définition de la planification est la plus sobre qu'il m'ait été donnée d'entendre : « planifier, c'est penser par variante ». Il lui semblait impossible de tendre vers un optimum lorsque la fonction objective était complexe ; il fallait tout simplement s'efforcer de trouver au travers de la pensée par variante l'option qui paraissait la moins mauvaise ». dans un de ses ouvrages, il parle d' « une planification engagée qui ne se cache pas derrière le paravent de la technicité et de la neutralité politique. En aidant les décideurs à penser par alternatives, elle prépare leurs choix qui engagent l'avenir de la société sans pour autant prétendre qu'elle est capable d'atteindre l'optimalité ».

* 199 GODARD O., L'écodéveloppement revisité, Economies et Sociétés, 36, 1, 1998, p. 224.

* 200 SACHS I., 1980, op. cit., p. 62.

* 201 D'après TORRES E., ce modèle n'est pas un modèle théorique substantiel, il est plus une méthodologie des procédures, une structure cohérente qui accueille en son sein divers outils, théories et pratiques articulés par une épistémologie précise, cette structure étant tournée vers les objectifs de la décision et l'action.

* 202 CUVELIER P., TORRES E., GADREY J., 1994, op. cit., p. 128.

* 203 Ibid., p. 129.

* 204 TORRES E., « Environnement et économie locale. Les contrats et conventions de développement patrimonial », in CUVELIER P., TORRES E., GADREY J. (1994), p. 137.

* 205Ibid., p.130.

* 206 HOUEE P., Le développement local au défi de la mondialisation, Paris, l'Harmattan, 2001.

* 207 PECQUEUR B., Le développement local : pour une économie des territoires, Paris, La découverte et Syros, 2000, p. 62.

* 208 AYDALOT Philippe, Economie régionale et urbaine, Paris, Economica, 1985, p.112.

* 209 Cette première conception est fondée sur le rôle des débouchés extérieurs. Son postulat est le suivant : seuls les ensembles économiques de grande dimension sont maîtres de leur développement. Celui-ci dépend alors de variables internes. Par contre, le développement des espaces infra nationaux et spécialisés ne peut dépendre que de signaux venus de `extérieur. C'est ainsi que la théorie de la base s'appuie sur une conception Keynésienne du développement fondée sur la demande.

* 210 La théorie des pôles de croissance est fondée sur les mécanismes de propagation interne. Elle est le fait de François Perroux, au début des années 1950, et montre que les effets de la croissance ne se propagent pas de façon égale à tous les secteurs mais surtout dans les secteurs liés à ceux qui ont donné l'impulsion initiale. Ainsi, au niveau spatial, les activités auront tendance à se regrouper autour d'industries motrices dominantes afin de bénéficier de la dynamique que ces dernières impulsent.

* 211 Les théories du développement inégal s'appuient sur l'inégalité des forces sociales. C'est ainsi que les analyses en termes de centre et de périphérie mettent en évidence la structure hiérarchisée des espaces économiques, sur le plan international comme sur le plan interrégional.

* 212 AYDALOT P., op. cit., p. 144.

* 213 GREFFE X., Economie des politiques publiques, Paris, Dalloz, 1984, p. 146.

* 214 PECQUEUR B., Le développement local, Syros, Paris, 1989, pp. 16-17.

* 215 TREMBLAY D.-G. et FONTAN J.-M., Le développement économique local. La théorie, les pratiques, les expériences, Québec, Université du Québec, Télé-université, 1994, p. 144.

* 216 BAILLY A.-S., « Territoires et territorialités », in AURAY J.-P., BAILLY A., DERYCKE P.-H. et HURIOT J.-M., Encyclopédie d'économie spatiale : concepts, comportements - organisations, Economica, 1994, pp. 275-279.

* 217 AYDALOT P., op. cit., p. 146.

* 218 PECQUEUR B., 2000, op. cit., p. 96.

* 219 PERRIN P., « Un rapport autrichien à la théorie du territoire », Economie Régionale et Urbaine, n°2, 2001, pp. 229-248.

* 220 KHERDJEMIL B., PANUYS H., et ZAOUAL H., 1998, op. cit., p. 17.

* 221 GLON E., PARIS D., RENARD J.-P., « Zones d'activités, développement local et territoire », IFRESI, 1997, p. 57.

* 222 VACHON B., Le développement local : théorie et pratique, Gaétan Morin, 1993, p. 74.

* 223ZAOUAL H., Du rôle des croyances dans le développement économique, Paris, l'Harmattan, 2002.

* 224 BEAU B., Développement et aménagement touristique, Paris, Bréal, 1992.

* 225 Ce qu'on va développer plus tard dans le dernier chapitre.

* 226 TREMBLAY D.-G. et FONTAN J.-M., 1994, op. cit., p.2.

* 227 CUARESMA M. et PECQUEUR B., Mener un projet de développement local, l'Organisation, 1997, p.11.

* 228 Ibid., p. 13.

* 229 GLON E., PARIS D., RENARD J.-P., « Zones d'activités, développement local et territoire », IFRESI, 1997, p. 57.

* 230 PECQUEUR B., De l'espace fonctionnel à l'espace territoire. Essai sur le développement local, Thèse, Université des sciences sociales de Grenoble, 1987, p. 29.

* 231 MOQUAY P., L'intercommunalité en 12 facteurs. Comprendre le conteste local, les cahiers de l'intercommunalité, n°5, Paris, Syros, 1996, p. 126. in DERUE C., Institutions et territoire : l'expérience de l'intercommunalité dans la gestion de l'eau potable. Thèse de doctorat, 2001, Université de sciences et technologies de lille I, p. 219.

* 232 D'après la démarche agenda 21 local, www.agora21.org.

* 233 Rapport de la conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement (1992), chapitre 28 : Initiatives des collectivités locales à l'appui d'action 21, principe n° 28.1.

* 234 ZAOUAL H.(dir.), La socio-économie des territoires. Expériences et théories, Paris, l'Harmattan, 1998, p. 23.

* 235 Rapport de la conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement (1992), chapitre 28 : Initiatives des collectivités locales à l'appui d'action 21, objectif n°28.2a.

* 236 ROUXEL F., Rist D., op. cit, p. 21.

* 237 Les références à cette notion sont multiples, et on les retrouvera notamment dans les nombreux articles et publications citées en notes dans ce chapitre. Egalement : CERON J.-P. et DUBOIS G., Le tourisme durable dans les destinations, Publim, Limoges, 2002 ; DESVIGNES C. (dir.), « Tourisme durable », les Cahiers Espaces, n°67, 11-2000 (le tourisme durable y étant successivement décliné en « utopie et nécessité », « objectif à long terme » et « méthode de gouvernance ») ; MERCHADOU CH., La promotion de la protection de l'environnement et du développement durable en matière de tourisme, Rapport, SET, Paris, 08-2000, Multigr., 23p. ; Piloter le tourisme durable (dans les territoires et les entreprises), Guide de savoir-faire, Paris, les Cahiers de L'AFIT, 2001.

* 238 On peut citer le programme Man and Biosphère ainsi que le Plan Bleu destiné à la protection et la conservation des espaces naturels.

* 239 LOZATO-GIOTART J.-P. et BALFET M., Management du tourisme : les acteurs, les produits, les marchés et les stratégies, Pearson, 2004, p. 343.

* 240 PERRET J., « La diversité des processus de tourisme durable », in DESVIGNES C., « Tourisme durable », Cahiers Espaces, n° 67, Novembre 2000, pp. 209-215.

* 241 BERGERY L., Qualité globale et tourisme, Economica, 2002, p. 127.

* 242 LAZATO-GIOTART J.-P. et BALFET M., op. cit., p. 345.

* 243 Le zonage de l'espace : c'est la manière, désormais la plus répondue, de gérer la confrontation tourisme/ environnement. Elle consiste à délimiter des espaces jugés remarquables de façon à les protéger de toute intervention, voire, dans certains cas, de toute fréquentation. La création de réserves naturelles et de parcs nationaux constitue la principale manifestation de ce type de politique. (Yellowstone, premier parc national au monde créé en 1872 dans l'ouest américain).

* 244 Les quotas : est une autre manière de gérer les problèmes que peut provoquer la fréquentation touristique d'un site sensible. Ces mesures consistent à y réguler le flux. Dans certains cas extrêmes (certaines réserves naturelles, en particulier), toute fréquentation est interdite. Mais, entre les situations où la fréquentation est interdite et celles où elle n'est pas limitée, des situations intermédiaires existent. Elles consistent, à partir d'un certain seuil, à arrêter le flux des entrées. Ce type de mesures suppose au moins deux conditions : la détermination d'un seuil quantitatif au-delà duquel la fréquentation est jugée excessive pour la préservation de la « ressource » et l'existence d'un espace clos avec un petit nombre d'accès. Un exemple de limitation des flux est le parc national d'Ordesa (Pyrénées espagnoles).). Voir Stock M. et al., Le tourisme : Acteurs, lieux et enjeux, Belin, 2003, pp. 230-238.

* 245 Charte européenne du tourisme durable dans les espaces protégés, novembre 1997.

* 246 L'UNESCO, dans le cadre de son rapport mondial sur le patrimoine en péril, a référencé trente sites gravement menacés dans le monde par l'utilisation abusive, voire destructrice qu'en fait le tourisme. Etats-Unis, Guatemala, Argentine, Canada, Allemagne, Autriche, France, Italie, Liban, Bosnie, Yougoslavie, Jordanie, Turquie, Syrie, Egypte, Yémen, Pakistan, Inde, Afghanistan, Cambodge, Chine, Nouvelle-Zélande, Afrique du sud sont tous « épinglés » pour l'abandon de leur patrimoine historique.

* 247 MIOSSET P., « Le tourisme durable, un concept opérationnel », Cahiers Espaces, n° 67, novembre 2000, p. 200.

* 248 Voir à ce sujet l'ouvrage de CHASSANDE P., Développement durable, pourquoi ? Comment ?, Edisud, 2002, pp. 91-110.

* 249 BERGERY L., Qualité globale et tourisme, Economica, 2002, p.131.

* 250 Rapport de Brundtland, 1987, op. cit.

* 251BERGERY L., op. cit., p. 142.

* 252 Plan Bleu (1996), cité par CERON J.-P. et DUBOIS G., Cahiers Espaces, n°67, novembre 2000, p. 33.

* 253 BERGERY L., op. cit., p. 145.

* 254 Pour plus de détails, voir à ce sujet le site Internet : www.life-respect.org

* 255 Le chapitre 40 de l'Agenda 21 (l'information pour la prise de décision) insiste sur le fait que le besoin d'information sur le développement durable  « se fait sentir à tous les niveaux, du niveau national et international chez les principaux décideurs au niveau local et à celui de l'individu ». « il faut donc élaborer des indicateurs de développement durable afin qu'ils constituent une base utile pour la prise de décisions à tous les niveaux ». On retrouve les mêmes considérations au niveau des instances européennes : le Conseil de Cardiff (1998) recommande la construction d'indicateurs permettant d'observer les progrès réalisés dans la prise en charge de l'environnement. En France, les indicateurs ont récemment fait leur entrée en force dans l'évaluation des politiques publiques.

* 256 Evaluation de ces ratios par les porteurs de projet pour chaque investissement ou produit considéré.

* 257 Evaluation des ratios de référence déterminés en fonction des objectifs de développement durable retenu par les autorités publiques touristiques locales et/ou nationales (ils peuvent donc être pondérés). Cette évaluation constitue pour les autorités en charge du développement touristique le moyen privilégié de créer une passerelle effective entre les objectifs de la planification touristique durable et l'évaluation des projets privés de développement touristique qui devront être encouragés ou freinés.

* 258 Résultats pour chacun des ratios de la comparaison des évaluations propres à chaque projet et des évaluations de référence pour chaque ratio, le résultat est positif (0 ou 1).

* 259 CERON J.-P. et DUBOIS G., op. cit., p.35.

* 260 O.M.T., Guide à l'intention des autorités locales : développement durable du tourisme, 1999, p. 22.

* 261 AFIT, Guide de savoir faire : piloter le tourisme durable, 2001, P. 17.

* 262 CAZES G. et LANQUAR R., 2001, op. cit.

* 263 L'UNESCO a crée, en 1956, l'ICCROM (International Center for Conservation and Restoration of Monuments, l'Institut consultatif pour la conservation et la restauration des monuments), dont le siège est à Rome et qui intervient au niveau de la formation des personnels chargés de la gestion et l'exploitation des sites. Par ailleurs, l'ICOMO (International Council of Monuments, conseil international des monuments et sites), dont le siège et à Paris, regroupe des professionnels et institutionnels en vue de la sauvegarde des villes historiques. Parallèlement aux actions du patrimoine mondial (une organisation indépendante relevant de l'UNESCO), le World Monuments Watch, organisation non gouvernementale (ONG) née d'initiatives privées aux Etats-Unis, recense les sites monumentaux les plus menacés à travers la planète (en 2004, 400 monuments en péril).

* 264 ROMERIL M., «Tourism and the Environment, Towards a Symbiotic Relationship», International Journal of Environmental Studies, vol. 25, pp. 215-218; cité dans BLAMEY R.K., Principales of Ecotourism, The Encyclopedia of Ecotourism, Oxon, UK, New York, CABI Pub, 2001, pp. 5-22.

* 265 HERTZER N.D., « Environment, Tourism, Culture », LINKS, 07-1965, reparu dans Ecosphere, 1970, vol. 1, n°2, pp. 1-3.

* 266 BUDOWSKI G., « Tourism and Environmental Conservation : Conflict, Coexistence or Symbiosis ? », Environmental Conservation, vol.31, n°1, 1976, pp. 27-31.

* 267 Sur la relation tourisme - environnement, fondement de l'écotourisme, à travers ses aspects dialectiques comme ses exigences opérationnelles de cohérence, la littérature doctrinale et les expériences in situ sont tout aussi nombreuses et diverses. Entre autres, LEENHARDT-SALVAN M. (dir.), Tourisme et environnement (gérer pour mieux protéger), Paris, Cahiers Espaces, n°62, 10-1999 ; voir les analyses également pertinentes de ESCOURROU P., Tourisme et environnement, Paris, SEDES, 1993.

* 268 BOO E., Ecotourism: the Potentials and Pitfalls, Washington, D.C: World Wilddlife Fund, 1990. De par le rôle qu'il a joué dans la mise en branle de la recherche en écotourisme, ce livre relativement court est un incontournable. Il est peut être bon de mentionner qu'il ne fait pas de distinction entre le tourisme axé sur la nature et l'écotourisme.

* 269 JARDEL J.-P., « Ecotourisme et environnement : vers un tourisme soutenable le cas du sylvotourisme dans la région Alpes-Provence-côte d'Azur », dans WALKOWITSH M., Tourisme et milieux, CTHS, 1997, pp. 85-98.

* 270 Le sylvotourisme, c'est-à-dire les randonnées dans la montagne et la forêt tropicale humide.

* 271 LEQUIN M., Ecotourisme et gouvernance participative, Canada, PUQ, 2001.

* 272 Ibid.

* 273 CEBALLOS-LASCURAIN H., Estudio de Perfectabilidad Socioeconomica del Turismo Ecologico y Anteproyecto Arquitectonico y Urbanistico del Centro del Turismo Ecologico de Sian Ka'an, Quintana Roo, Etude réalisé pour SEDUE, Mexico, 1987.

* 274 Cité dans SCANE RC., GREFONE E. et USHER R., Ecotourism in Canada, Canadian Environmental Advisory Council, Minister of Supply and Services Canada, 1992, p.13.

* 275 JENNER P. et SMITH C., The Tourism Industry and the Environment, London (United Kingdom) : The Economist Unit, Special Report n°2453, 1992, p. 3. (traduction).

* 276 Cité par JENNER P. et SMITH C., ibid.

* 277 The International Ecotourism Society la référence Internet en écotourisme Cet organisme a par ailleurs publié de nombreux livres sur le sujet.

* 278 International Ressources Group, 1992, p. 5, cité par LEQUIN M., op. cit.

* 279 SCANE, GRIFONE et USHER, 1992, op. cit., p. 14.

* 280 BUTLER R.W., « Tourism An Evolutionary Perspective», dans NELSON et al., Tourism and Sustainable Development: Monitoring, Planning, Managing, University of Waterloo, Department of Geography Publication, 1993, Series Number 37, pp. 27-45. (traduction)

* 281 ZEFFER K.A., Ecotourism : The Uneasy Alliance, Conseravtion International, Ernst &Young, 1989.

* 282 SERRES M., Le contrat naturel, Paris, Bourin, 1991.

* 283 HONEY M.-S., Ecotourism and Sustainable Development : Who Owns Paradise ?, Washington, D.C: Island Press, 1999, p. 64.

* 284 WEAVER D.-B., The Encyclopedia of Ecotourism, Oxon, New York, NY : CABI Pub, 2001.

* 285 LEQUIN M., 2001, op. cit., p. 13.

* 286 Voir en particulier le dossier, « La nature sauvée par l'écotourisme ? », publié dans Courrier International, n°195, 07-08-1994, pp. 9-12, voir aussi CORVOL A., La forêt malade, Paris, l'Harmattan, 1994, pp. 197-216.

* 287 JENNER et SMITH, 1992, op. cit.

* 288 HVENEGAARD G., « Ecotourism : A Status Report and Conceptual Framework », Journal of Tourism Studies, vol. 5, n°2, 1994, pp. 24-35.

* 289 Organisation mondiale de tourisme (OMT) et Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), « Sommet Mondial de l'Ecotourisme : rapport final », Madrid, Spain : World Tourism Organization, 2002.

* 290 O.M.T. et PNUE, 2002, p. 113.

* 291 Indicateur de capacité de charge : cet outil de mesure composite permet de déterminer le nombre maximum de touristes par site en tenant compte de l'intensité d'utilisation en période de pointe. Cet indicateur peut être calculé à partir des indices de protection des sites naturels et permet de donner l'alerte sur la capacité du site de supporter différents niveaux de fréquentation d'écotourisme.

* 292 Indicateur de perturbation de site : cet outil permet de réaliser une mesure composite des niveaux d'impact sur le site compte tenu des particularités naturelles et écologiques. Il s'agit de répondre à la question de savoir dans quelle mesure l'écotourisme malgré toutes les précautions prises vis-à-vis du milieu naturel a néanmoins un impact négatif sur l'environnement et lequel. Ceci doit permettre d'indiquer quelles sont les mesures à prendre en fonction du degré de perturbation des sites utilisés par l'écotourisme.

* 293Indicateur d'intérêt écologique : cet outil doit permettre de mesurer les particularités écologiques du site qui le rendent attrayant pour l'écotourisme et qui peuvent changer avec le temps et la fréquentation touristique. Il s'agit principalement d'un indicateur qualitatif qui joue un rôle très important pour s'assurer de la pérennité des investissements liés au développement de l'écotourisme.

* 294 LEQUIN M., 2001, op. cit., p. 22.

* 295 NELSON J.-G. et HARRIS J.-E., « Monitoring Tourism from a Whole Economy Perspective : A Case from Indonesia », dans NELSON et al., Tourism and Sustainable Development: Monitoring, Planning, Managing, University of Waterloo, Departent of Geography Publication, Series Number 37, 1993, pp. 179-201.

* 296 JARDEL J.-P., «Ecotourisme et environnement : vers un tourisme soutenable le cas du sylvotourisme dans la région Alpes-Provence-côte d'Azur », dans WALKOWITSH M., Tourisme et milieux, CTHS, 1997, pp.88-89.

* 297 CUVELIER P., TORRES E., GADREY J., 1994, op. cit.

* 298 LEVINAS E., Ethique et infini, Paris, Fayard, 1982.

* 299 SEN A., Poverty and Famines, an essay on entitlement and deprivation, Oxford, 1981.

* 300 PECQUEUR B., Le développement local, Syros, 2000 ; voir aussi PECQUEUR B. et ZIMMERMANN J.-B., « Les fondements d'une économie de proximité », GREQAM, Document de travail n°02A26, juin 2002, disponible aussi sur le site : http://durandal.cnrs-mrs.fr/GREQAM/dt/dt.htm

* 301 VELTZ P., Des lieux et des liens, L'Aube, 2002.

* 302 PAVOT C. et ZAOUAL H., 2000, op. cit.

* 303 Les associations membres de l'UNAT défendent l'idée que le tourisme est un partage entre touristes et populations locales. C'est donc tout naturellement que l'union s'est impliquée dans le soutien au tourisme solidaire et responsable. L'action a démarré véritablement en 2001. Quand Michelle DEMESSINE, alors Secrétaire d'état au Tourisme, a organisé une réunion rassemblant tous les acteurs (associations, ONG, tour-opérateurs...) qui s'auto - définissent comme faisant du tourisme solidaire.

* 304 Pour en savoir plus, consulter la brochure « D'autres voyages : du tourisme à l'échange » diffusée par l'UNAT, 2002, 48p. Pour aller plus loin voir le site www.unat.asso.fr

* 305 ABERT O., « Ne pas faire le malheur des hôtes », in Association démocratique d'élus et animateurs de la vie locale et sociale, « tourismes participatif, équitable, durable... Du nouveau sous le soleil », Territoires, n° 449, juin 2004, pp. 36-38.

* 306 Voir le site : www.maxhavelaarfrance.org

* 307 BERGERY L., op. cit., p. 166.

* 308 Le tourisme en faveur des pauvres, n'est ni un produit spécifique ni une niche de marché, mais une approche de la gestion et du développement du tourisme. Le but est d'augmenter les bénéfices nets des populations les plus pauvres. Cette approche vise à améliorer les liens entre les activités touristiques et les catégories les plus pauvres de la population afin que la contribution du tourisme à la réduction de la pauvreté augmente. Voir le site de l'UNAT, op. cit.

* 309 Le tourisme communautaire est centré sur l'implication des populations locales dans un développement touristique localisé et à leur profit : elles construisent et gèrent les structures d'accueil des voyageurs, comme l'ensemble des services qui leur sont proposés localement. Elles conservent un contrôle complet sur les revenus qui servent à l'amélioration des conditions de vie de la communauté. Elles donnent une importance particulière au respect de la nature et de leurs traditions. Cette forme de développement du tourisme est souvent combinée avec le développement d'activités productives, telles que des ateliers de transformation de produits agricoles ou d'artisanat dont les produits sont prioritairement vendus aux touristes (d'après l'UNAT).

* 310 Sources : UNAT

* 311 UNAT ( www.unat.asso.fr).

* 312 Définition issue de Forum international du tourisme solidaire de Marseille, FITS, 2003.

* 313 Cité par BERGERY L., op. cit., p. 167.

* 314 DOLLFUS A. et DE ARTODEV, «  Les enjeux et défis du tourisme responsable », in COLLOMBON J.-M., BARLET S. et RIBIER D., « Tourisme solidaire et développement durable », Paris, GRET, 2004, pp. 31-34.

* 315 Les guides du ROUTARD et LONELY Planet donnent des informations sur la relation à autrui.

* 316 Ce tourisme comprend les spécificités suivantes : Nombre de touristes-voyageurs restreint ; Rôle notable de gestion et de décision concédé aux autochtones ; Préférence des lieux situés « hors des sentiers battus » ; Prédilection pour une immersion dans le milieu naturel et/ou culturel ; Volonté de s'adapter aux conditions locales ; Désir de mieux connaître la culture de l'autre et la nature de l'ailleurs ; Désir de rencontrer, de partager et d'échanger, quête de connaissances et Intérêt pour vivre une expérience avec une éthique du voyage responsable. Pour plus de détails, voir MICHEL F., Revue Espaces, n° 171, Mai 2000, p. 20.

* 317 ZAOUAL H., op. cit.

* 318 DAOUDI A., L'organisation et la réglementation du tourisme au Maroc, Casablanca, M.K.Bennani, 1994, p. 25.

* 319 C'est le Maréchal LYAUTY lui-même, convaincu du profit que pourrait retirer le Protectorat de l'expansion du tourisme au Maroc, qui donna ce coup d'envoi en décidant en 1921 la construction d'un hôtel de grand luxe à Marrakech. Les initiatives de société et d'hommes d'affaires français n'ont pas fait défaut.

* 320 BELLAL A., Les investissements du Maroc 1912-1964, Paris, Mouton, 1968, p. 51.

* 321 Il s'agit de francs marocains dont la parité s'établissait à 1 avec les anciens francs français jusqu'en 1959. Après cette date le taux de change s'établit à 1franc français = 1.025 dirhams marocains 102.5 francs marocains.

* 322 « Le plan de développement économique », Rabat, 1936, p. 9.

* 323 OTMANI R.,  Les impacts économiques et sociaux du tourisme international sur l'artisanat de Fès, Thèse de 3éme cycle, Aix-Marseille, 1984, p. 101.

* 324 HILLALI M.,  Le tourisme sur la côte Méditerranéenne du Maroc : potentiel et actions gouvernementales, Thèse de 3éme cycle, Grenoble, 1984, p. 23.

* 325 DORSINVILLE L., « Les chaînes hôtelières et le tourisme au Maroc », Acta Géographica, n°18.

* 326 SEBBAR H., rapporté par OTMANI R., op. cit., p. 17.

* 327 Dahir : Décrit royal.

* 328 CAZES G., op. cit., p.51.

* 329 PY P., op. cit., p. 104.

* 330 Plan Triennal 1965-1967, Rabat, p. 5.

* 331 B.I.R.D., « The economic development of Morroco », The Johns Hopkins Press, cité par HILLAL M., op. cit., p.77.

* 332 DAUIS D., « Le développement de l'économie marocaine », Revue de Fonds de la Banque Mondiale, Volume III, n°1, 1996.

* 333 VELLAS F., op. cit., p. 188.

* 334 BELKAMEL M., Le développement du tourisme au Maroc, Casablanca, Maghrébines, 1980, p. 103.

* 335 BODLENDER J.-A., An examination of tourism incentives , London, Haworth and Haworth, 1987, p. 84.

* 336 DAOUDI A., op. cit., pp. 102-104.

* 337 Le C.I.H. est une institution financière publique qui va le jour en 1967 sous la forme d'une société anonyme en remplacement de la caisse des Dépôts Immobiliers du Maroc qui existait depuis 1920.

* 338 HIBOU B., «  Les enjeux de l'ouverture du Maroc, dissidence économique et contrôle politique », Les études de CERI, n°15, Avril 1996, p. 17.

* 339 Séminaire organisé par la chambre de commerce allemande le 30/01/2001

* 340 Rapport de la Banque Mondiale n° 19975-MOR-15 décembre1999.

* 341 Source : Banque Al Maghreb, rapport-exercice 2000.

* 342 BMCE Bank, « L'industrie du tourisme au Maroc », Revue d'information de la Banque Marocaine du Commerce Extérieur, n° 266, juillet-août1999, pp. 2-24.

* 343 Directeur de DPCP au Ministère de tourisme

* 344 Revue « économie et entreprise N°18juillet août 2000

* 345 Directeur des ressources humaines chez Accor

* 346 DAOUDI A. ,  op. cit.

* 347 RMILI B., Journal la vérité du17 au 23 novembre 2001

* 348 AMRAIN J., ibid.

* 349 L.K.Richter et W.L.Waughjr  « terrorism and tourism as logical companions»dans managing tourism

* 350 D'après le journal, La vie économique, 25 janvier 1991.

* 351 Journal, L'économiste, 23 et 24 septembre 2001.

* 352 Source : Direction de la Planification et de la Coordination de la Promotion, Rapport annuel, le secteur touristique : statistique 2000, avec la collaboration de la Banque Marocaine du Commerce Extérieur, Octobre 2001.

* 353 Note circulaire n°709 relative aux dispositions fiscales de la loi de finances pour l'année 2001

* 354 Bank Al-Maghreb, rapport , exercice 2000

* 355 BMCE Bank, 1999, op. cit., p. 12.

* 356 Plan du développement économique et social (1973-1977), p. 269.

* 357 Voir « Les différentes phases de la politique touristique au Maroc », Ministère du Tourisme, Rabat.

* 358 En 1985, 1dollar E.U. = 10.06 dirhams.

* 359 Fondation Frederich Nouman, Dossier : «  Potentiels touristique ou stratégie de développement tourisme au Maroc discutons en au forum vision 2020 », 2001.

* 360 Source : Part estimée en 1994 dans le cadre de l'étude de la stratégie d'aménagement touristique.

* 361 le Ryad signifie littéralement jardin. Ce type de maison traditionnelle est répandu dans les anciennes Médinas (Fès, Meknès et Marrakech). Il s'agit d'une maison aux murs extérieurs souvent aveugles (plus spécialement au rez-de-chaussée) dans l'objectif de préserver l'intimité et un mode de vie régi par le principe de la discrétion et un comportement réservé par respect de la vie privé de chacun. L'habitation est composée de séjours, chambres et pièces utilitaires disposées autour d'une cour intérieure ou patio, généralement carré ou rectangulaire et à ciel ouvert. Cet espace intérieur qui fait office de jardin (Ryad étant synonyme de jardin) crée un contraste étonnant entre l'extérieur de la maison, généralement sobre et peu séduisant et l'intérieur étonnement convivial et combien surprenant, surtout si on prend en considération l'élégance et parfois la richesse des décors de type artisanal arabo-musulmans et andalous très singuliers. Le Ryad maison d'hôte est une transformation d'un mode d'habitat autochtoe traditionnel en structure d'hébergement de touristes.

* 362 Plus de 500 opérations ont été recensées à la fin 2000. Même tendance à Fès, Chefchaouen, Assila et Essaouira.

* 363 BERRIANE M., « Les nouvelles tendances du développement du tourisme au Maroc », Conférence donnée dans le cadre du 13éme Festival International du Géographie de St Dié de vosges, Actes 2002.

* 364 USAID : United States Agency for International Development, plus de détails sur le programme voir, « le projet de tourisme durable de l'USAID », in http://www.ruraltourism.ma, 14/04/2005.

* 365 voir par exemple, CHAKOR S. « Tadla Azilal, véritable d'atouts touristiques », in www.tanmia.ma/article.php3?id_article=264&lang=fr, 23/10/2004.

* 366 JAAFARI A., « Ecotourisme et développement durable », Séminaire National sur l'écotourisme, Meknès, 27 avril 2005, ce séminaire, organisé en collaboration avec le Conseil de la Région de Meknès-Tafilalet par l'Association d'Education Environnementale et de Protection des Oiseaux au Maroc (SEEPOM), avait pour objectif de débattre d'idées et d'expériences des différents intervenants dans le domaine de l'écotourisme, en vue de dynamiser les volets économiques, culturels, environnementaux et sociaux en rapport avec ce secteur et ce, dans une stratégie de développement durable.

* 367 ZAOUAL H., « La mosaique des cultures face à un monde uniforme », Foi et Développement, Réseau International Network, n°290, janvier 2001.

* 368 ZAOUAL H., (1998,2002,2005), op. cit.

* 369 VELTZ P., Mondialisation, Villes et Territoires : L'économie d'Archipel, Paris, Presses Universitaires de France, 1996.

* 370 ZAOUAL H., « Homo oeconomicus ou Homo situs? Un choix de civilisation », Finance et bien commun, n°22, Summer/Eté, 2005, pp. 63-72.

* 371 ZAOUAL H., 2005, op. cit., p. 7.

* 372 LATOUCHE S.,  La planète uniforme, Paris, Climats, 2000.

* 373 Tozeur est une petite ville du sud-est tunisien, située à a frontière algérienne à la limite Nord-Est du Sahara. C'est aussi une des oasis les plus célèbres du monde, irriguée par 200 sources. Elle abrite une splendide palmeraie de plus de 1000 ha, qui ne compte pas moins de 400000 arbres. Véritable coin de verdure entouré de dunes et de désert de pierre.

* 374 BOUJROUF S., « Tourisme durable, réalités et perspectives marocaines et internationales », Publication du Centre de Recherche pour les Cultures Maghrébines, Ecole Doctorale Internationale du Tourisme, Faculté des Lettres de l'Université Cadi Ayyad, Marrakech, 2004.

* 375 Ces réflexions et ces interrogations ont en amont une enquête effectué auprès des autochtones qui vivent dans l'entourage immédiat des ryads transformés en maisons d'hôtes. Réalisée par R. SAIGH BOUSTA, « Tourisme et perspective de développement au Maroc » in Dossier « Maroc, réalités et défis », Téoros 5, Printemps 2005.

* 376 VELTZ P., op. cit.

* 377 VANDANA S., « Le terrorisme alimentaire : comment les multinationales affament le Tiers Monde », Fayard, Paris, 2001.

* 378 ZAOUAL H., « Principes d'économie de la proximité et du site ou comment repenser la pensée économique ? », Economies et Sociétés, Cahiers de l'ISMEA, Tome XXXVII, n°6, juin 2003, « Hors Série », n°39, pp. 1054-1056.

* 379 Voir par exemple, LATOUCHE S., NOHRA F. et ZAOUAL H., Critique de la raison économique. Introduction à la théorie des sites symboliques, Préface de KREMER-MARIETTI A., Paris, l'Harmattan, 1999.

* 380 ZAOUAL H., « Homo oeconoùicus ou Homo situs ? Un choix de civilisation », op. cit., p. 67.

* 381ZAOUAL H., « homo situs doit remplacer homo economicus », in Colloque « Peut-on donner une âme à la mondialisation », L'esprit de Fès en 12 idées fortes, 2003 ; voir aussi le n°129 de la revue « Question de qui reprend le meilleur des colloques 2001-2002 », sous le titre « Donner une âme à la mondialisation ».

* 382 ZAOUAL H., 2005, op. cit., pp. 7-8.

* 383 Selon ZAOUAL H., Penser la proximité, c'est repenser de manière simultanée l'ici et l'ailleurs. Dans cette articulation, la proximité organisée exprime la complexité des relations à prendre en considération à l'intérieur comme à l'extérieur du territoire. Ce qui relativise grandement la portée de la proximité géographique dont l'existence peut avoir un rôle ans le dynamisme économique sans qu'il soit déterminant. Elle ne garantit pas en soit la coopération et les synergies entre acteurs. Le plus souvent, c'est l'articulation entre un ancrage local de réseaux de firmes et un ensemble de relations de niveau international qui assure le plus grand dynamisme au territoire. C'est cette dialectique entre la fermeture et l'ouverture que l'on retrouve dans le concept de site. Concept générateur, le site nous conduit à entrevoir une forme de proximité beaucoup plus profonde : la proximité symbolique située.

* 384 ZAOUAL H., « Firmes, organisations et territoires. De la l'uniformité à la complexité », Séminaire Franco-Bresilien, Organisé par la COPPE (Université Fédérale de Rio de Janeiro) et l'Institut des Mers du Nord (Université du Littoral Côte d'Opale/ Dunkerque-France), Du 1 au 4 août 2004.

* 385 WALLISER B., « L'économie cognitive », Odile Jacob, 2000, cité par ZAOUAL H., « Le site et l'économie sociale », Séminaire International : Economie Sociale, Université de Louvain, Belgique, 28/29 mars 2001.

* 386 Comme le suggère la théorie des sites dans son ensemble, l'Homo situs et un « interprétant » de situation, il l'est dans l'immédiat et dans la dynamique de sa situation. C'est l'homme social, pensant et agissant dans une situation donnée. Et, il est tout cela, en véhiculant le sens du moment, celui de sa situation avec tout le poids du passé et u changement qui s'impose. C'est donc à l'intérieur de multiples contingences qu'il exerce son comportement économique. Contrairement à l'homo oeconomicus, l'homo situs est un homo communicant avec son milieu. De ce fait, « il se laisse moins facilement saisir, ou découpé ».

* 387 MAHIEU F.R. (1997) cité par ZAOUAL H., « conventions et territoires : quelles conjugaisons ? », Conférence/ séminaire du Centre d'Economie et d'Ethique pour l'Environnement et le Développement, Université de Versailles Saint Quentin en Yvelines, 29 novembre 2000.

* 388 ZAOUAL H. et PAVOT C., op. cit.

* 389 GRANIER R. et ROBERT M., Culture et structures économiques. Vers une économie de la diversité ?, Economica, Paris, 2002.

* 390 GRANIER R. et ROBERT M., op. cit., p. 127.






Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy








"Il ne faut pas de tout pour faire un monde. Il faut du bonheur et rien d'autre"   Paul Eluard