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L'alternance politique au Sénégal : 1980-2000

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par Adrien THOUVENEL-AVENAS
Université Sorbonne Paris IV - Master 2 2007
  

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5.2.2 Abdou Diouf et le Parti Socialiste, des vainqueurs connus à l'avance :

Abdou Diouf indique très tôt que son élection pourrait avoir comme conséquence l'arrivée d'hommes neufs, situés en dehors de la sphère socialiste, pour créer une véritable "union nationale". Ce terme fédérateur doit favoriser le ralliement à un autre concept utilisé abondamment : "le sursaut national". Il est évoqué pour la première fois au cours du message annuel de Diouf, le 1er janvier 1982. Le Président exhorte à cette occasion le peuple à "rompre avec le laxisme, le goût de la facilité et de la futilité, la mentalité d'assisté et le mythe de l'Etat providence" 34. Il souhaite "tuer le vieil homme qui somnole confortablement" en chaque Sénégalais.

33 "Abdoulaye Wade candidat à l'élection présidentielle", Le Soleil, 26 novembre 1982.

34 "Abdou Diouf appelle à un sursaut national", Le Soleil, 4 janvier 1982.

Ces idées, qui sont presque des thèmes de campagne avant l'heure, préparent la population à des lendemains qui déchantent. Pourtant, le contexte économique s'améliore quelque peu au Sénégal entre 1981 à 1983. La production d'arachide, qui était passée sous la barre des 300 000 tonnes en 1980, revient à un niveau à peu près normal, aux alentours de 800 000 tonnes, grâce aux pluies abondantes de 1981 et 1982. La situation reste néanmoins précaire.

La santé économique du pays n'a pourtant pas une grande influence sur le choix des électeurs en 1983. Abdou Diouf, en deux ans de présence au Palais présidentiel, est devenu l'homme du changement. En prenant des mesures contre la corruption, en adoptant des remises de dettes anciennes aux paysans, en ouvrant le pays aux autres partis, il accapare la sympathie de toutes les couches sociales du Sénégal. La passive revolution, décrite par Robert Fatton, est à son apogée 35. L'intelligentsia des grands milieux urbains, autrefois en marge de la politique ou affiliée à des groupuscules marxistes, est séduite par cet homme novateur. On assiste à l'érection de multiples groupes de soutien qui militent pour l'élection du Président sortant, soit dans les journaux, soit dans des débats publics. On peut dresser une liste non-exhaustive de ces organisations :

- Le Groupe des 1 500

- Le Groupe de rencontres et d'échanges pour un Sénégal nouveau (GRESEN)

- Mouvement national de soutien (MNS)

- Association nationale de soutien à l'action des pouvoirs publics (ANSAPP)

- Union nationale de soutien à l'action du Président Abdou Diouf (UNSAPAD)

- Comité national des griots du PS pour le soutien à l'action du Président Abdou Diouf (CONAGRISAPAD)

Ces groupes se caractérisent par leurs diversités. On retrouve des technocrates, des paysans, des femmes, des religieux, des infirmes, des pêcheurs, des sportifs etc. Ils sont d'une grande importance pour Abdou Diouf : ils établissent un lien entre la société civile et lui-même, consolidant son image populaire.

Le Président de la République assure définitivement sa victoire en obtenant l'appui explicite des confréries maraboutiques. Il se justifie par la dévotion affichée par Diouf depuis 1981 et surtout par les rapports très étroits qu'entretiennent l'Etat et "les marabouts de l'arachide". A travers les organisations agricoles étatiques, il existe une sorte d'interdépendance économique entre les deux parties, puisque le marabout fournit l'arachide tandis que l'Etat lui assure son train de vie en le rémunérant. De plus, le gouvernement s'appuie sur les religieux pour quadriller et gérer plus facilement les régions. Cette tradition, qui remonte à la période coloniale et reprise sous Senghor, n'a pas été abandonnée par Diouf.

Les marabouts, qui ont une influence sur 80% de la population, sont ainsi indispensables pour s'assurer la fidélité des communautés rurales, traditionnellement fidèles aux ndiguël prononcés. Après un démarchage effectué par le Premier ministre Habib Thiam, les Khalifes mouride et tidjane appellent à voter Diouf en décembre 1982 36 . Abdou Lahat Mback - chef des Mourides - explique son choix en soutenant que "le Président a oeuvré pour la promotion de Touba et des Mourides. Il demande par conséquent à tous les talibés en retour de lui donner plus que ce qu'il a

35 Robert Fatton, The making of a liberal democracy : Senegal Passive Revolution, 19 75-1985, Boulder, Lynne Rienner, 1987.

36 "Soutien à Abdou Diouf", Le Soleil, 7 décembre 1982 et "Soutien du khalife général des tidjanes à Abdou Diouf", Le Soleil, 29 décembre 1982.

donné à Touba".

Fort de ces interventions, Abdou Diouf est choisi le 11 décembre 1982 par le bureau politique socialiste pour représenter le PS. Au cours de son discours d'investiture, le secrétaire général invite l'administration à adopter une totale impartialité lors des prochaines élections pour qu'elles ne soient entachées d'aucune irrégularité. De surcroît, il confirme sa volonté d'ouvrir son prochain gouvernement, en cas d'élection, à des hommes nouveaux : "notre parti ne peut ignorer toutes les forces de progrès, tous ces hommes de bonne volonté qui pensent que les Sénégalais peuvent se rassembler autour d'idéaux communs, pour trouver des solutions aux problèmes nationaux ". On remarque dans cette déclaration qu'Abdou Diouf met en avant son désir de combattre les pratiques jacobines de certains dirigeants socialistes. En éliminant les réfractaires à cette ouverture politique, il veut "allumer la nouvelle flamme du parti" 37.

C'est pourquoi les intérêts de Diouf et du PS diffèrent. Le Président, pratiquement assuré d'être élu au premier tour, désire faire preuve d'ouverture. Son intention est durant la campagne "de ne dire du mal de personne, de ne pas faire des injures et de ne pas polémiquer" 38 . L'attitude du PS est tout autre. Mis sous pression par leur propre secrétaire général, les dirigeants PS sont aussi visés par une opposition qui dénoncent leurs manigances clientélistes. Habib Thiam, tête de liste pour les législatives, lassé de ces accusations, rétorque 39 :

"les partis d'oppositions ne sont même pas arrivés à s 'entendre entre eux. Comment peuvent-i ls prétendre diriger le Sénégal et assurer son développement ?"

La victoire du PS n'est cependant jamais réellement mise en doute par les observateurs, tant l'élection du couple Diouf-PS parait être une évidence. La pression morale, initiée par les ndiguël des religieux, l'interdiction faite aux partis de se coaliser et la non-présence d'isoloir de vote garantissent une large avance socialiste aussi bien aux présidentielles qu'aux législatives. Dans le "doute" d'une quelconque désillusion, Abdou Diouf prétend dans son dernier meeting de campagne "que quel que soit le verdict des urnes, il le respectera" 40. Mais personne n'est dupe en 1983. Abdou Diouf est un Président assuré de l'emporter 41.

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"Aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années"   Corneille