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Solto na cidade - uruguaiana

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par Florence Emberger
ENSAPB - Master 1 2009
  

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Pourquoi les camelots ont ils investi le centre de Rio de Janeiro?

Avant de répondre à cette question, il est important de dé nir ce qu'est le centre exactement, et par cette occasion comprendre de façon simple comment est organisée la ville de Rio ainsi que les processus qui ont fait d'elle cette ville tant divisée.

Centre et périphéries de Rio de Janeiro.

Étant donné la super cie de Rio, de 1260 km2 ( A titre comparatif, Paris fait 105 km2), la ville a été divisée en quatre zones: le Centro (centre), la Zona Norte (zone nord), la Zona Sul (zone sud), et la Zona Oeste (zone ouest), comme le montre la carte ci-contre.

Dans cette classi~ cation, à l'échelle de toute la ville de Rio, est appelé Centro (le centre) la partie la plus ancienne, qui regroupe actuellement de nombreux quartiers (Praça XV, Lapa, Saara/Tiradente/ Uruguaiana, Marechal Floriano/Central do Brasil, alentours de la Rua da Santana, Cruz vermelha/Bairro de Fatima, Cinelândia, Castelo, Aeroporto, Esplanada de Santo Antonio, Quadrilatero Financeiro). Cette partie correspond à ce qu'était Rio dans son intégralité avant son développement intensif au début du XIXe siècle . En e et, à ce moment là, débarque la cour portugaise, ce qui provoque l'abandon du centre par les classes dominantes. L'ancien site consolidé de la ville devint ainsi son centre et apparaissent en périphérie des nouveaux quartiers avec leurs centralités propres. De ce fait, les classes aisées se dirigèrent vers le sud, ce qui ~ t émerger de nouveaux quartiers et naitre ainsi la Zona Sul.(pour ne citer que quelques quartiers; les plus connus: Botafogo, Copacabana, Ipanema, Leblon, etc).

Figure 1

Comparaison de la super cie entre la ville de Rio de Janiero et celle de Paris.

La partie correspondant à la Zona Norte est née un peu plus plus tard, dès le début du XXe siècle. En réalité, cette partie de Rio était déjà occupée depuis l'époque de la création de la ville, mais il s'agissait de fazendas10, qui exploitaient essentiellement la canne à sucre et le café11. Puis cette dernière s'est densi~ ée, et a vu ses fonctions changées, devenant un lieu de résidence pour nombre de familles qui sou raient de la crise du Centre (nous reviendrons sur ce phénomène d'ici peu).

En n la Zona Oeste quant à elle est apparue bien plus tard. Bien sûr il est di cile de dater précisément l'apparition d'une entité qui se construit au fur et à mesure, mais cependant, en 1974, Lucio Costa propose un plan directeur pour le quartier de Barra da Tijuca, quartier le plus important de la Zona Oeste. On peut considérer cette date comme un coup de départ pour son développement urbain.

Il existe une forte connotation sociale suivant si une personne vient de la Zona Norte, dite pauvre,

1 0 La fazenda est un grand domaine généralement dominé par une famille, propriétaire des terre, qui vivent de l'exploitation de la terre, production agricole ou élevage. Il existe encore actuellement des fazenda, mais les esclaves ont été remplacés par des employés dans la majorité du Brésil.

11 Cf. site http://saibahistoria.blogspot.com/2007/10/os-primeiros-bairros-da-zona-norte-da.html

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Figure 2

Découpage de la ville de Rio suivant la logique des zones .

ou de la Zona Sul, dite aisée. Pour malgré tout éviter tout cliché, sur le caractère social de ces deux zones Nord et Sud, il est important d'indiquer que les classes généralement les plus pauvres, vivant dans les favelas, sont mélangées à la ville formelle, contrairement à São Paulo par exemple ou l'on trouve les favelas en périphérie uniquement. La di érence entre Zona Sul et Zona Norte est faite avant tout par la comparaison de ses quartiers formels. Par ailleurs, il s'agit de conséquences de l'histoire, comme nous venons de le voir; ces quartiers ont été formés par la migration de classes sociales bien déterminées.

Solto na Cidade - Uruguaiana

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Figure 3

Les di érents quartiers du centre de Rio de Janeiro

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Pour en revenir au centre, dans la zone appelée Centro, il existe un quartier, lui aussi appelé Centro. Il est très probable que cet abus de langage soit dû au fait qu'un arrêt de métro nommé « Centro », soit situé dans cette zone. Sans limites claires, on pourrait le dé nir regroupant approximativement les deux zones Saara/Tiradente/Uruguaiana et Quadrilatero Financeiro sur la carte générale du centre. Pour éviter toute confusion, lorsque nous parlerons du Centro, le coeur ancien de la ville, je traduirai par centre ou centre ville. Lorsqu'il s'agira du quartier, je conserverai le terme Centro, puisqu'il s'agit dans ce cas d'un nom propre.

A la suite d'évènements que nous nous apprêtons à évoquer, le Centro s'est transformé en un quartier d'a~ aires où les deux activités principales sont le commerce et le travail de bureau (sièges d'entreprise, ambassades, prestation de services, etc). Il correspond à la partie la plus verticale de Rio. Pour aider à le visualiser et imaginer son fonctionnement, on pourrait établir une relation de comparaison entre le Centro et le complexe de La Défense.

 

Vue d'hélicoptère sur le centre - Au centre de l'image : Les arcs de Lapa, la cathédrale São Sebastião

Vue d'hélicoptère sur le centre depuis la plage de Flamengo

Vue d'hélicoptère sur le centre - Cruz Vermelha

Vue d'hélicoptère sur le centre - Largo da Carioca

Des transformations au service de la ville?

A travers la frise chronologique qui suit, l'objectif est de comprendre comment le centre est devenu ce quartier au rythme particulier où cohabitent formel et informel, et par extension de percevoir dans quel contexte se trouve la ville de Rio aujourd'hui.

On peut lire di érents évènements importants qui se sont déroulés entre 1900 et 2008, répertoriés sous les thèmes suivants: Les transformations architecturales principales que connu Rio de Janeiro ainsi que ses transformations viaires. Viennent ensuite des faits politiques, des évènements internationaux, et certains évènements de divers ordres qui ont joué un rôle clé dans le développement de Rio de Janeiro.

La particularité de cette frise est qu'elle présente deux sens de lecture. On peut tout d'abord la lire de gauche à droite, suivant ainsi de façon chronologique le déroulement des évènements. Mais certains de ces évènements ont été associés à d'autres par des tracés de couleur, et ces associations nous amènent à diverses conséquences que l'on peut lire dans la partie basse de la frise. Ainsi pour savoir quels sont les principaux évènements responsables de telle ou telle conséquence, il su t de suivre le cheminement correspondant. Ces quatre conclusions sont développées dans la suite du chapitre, en quatre parties reprenant ainsi la logique de la frise.

Figure 4

Expansion urbaine du centre de Rio de Janeiro

De l'alliance des di érents évènements se dégagent quatre thèmes principaux:

Alors que les classes aisées continuaient de migrer vers les nouveaux quartiers de la Zona Sul, une série de plans directeurs ont accéléré le vide du centre conduisant à le transformer en ce que l'on appelle une ACN, Area Central de Negocio (soit zone d'a~ aire).

Le premier fut celui du maire Pereira Passos, aidé de l'hygiéniste Osvaldo Cruz. Il s'agit d'un grand processus de démolition et de reconstruction visant à transformer Rio de Janeiro en un second Paris. Le maire ~ t percer de grandes avenues s'inspirant des célèbres boulevards parisiens et impose des normes de comportement social12. Il poussa même le vice à aller jusqu'à se faire importer des moineaux parisiens13. Il ~ t également raser le Morro do Castelo, considéré comme le berceau de la ville, et appela Alfred Agache, un urbaniste français, a n d'urbaniser la zone laissée vide par la destruction. Agache proposait un découpage de la ville suivant des critères fonctionnels, créant une zone des a aires, une autre pour les ambassades, un centre bancaire, et des zones résidentielles divisées par classes sociales, renforçant ainsi la fonction tertiaire du centre. Ce plan s'accompagnait également « d'oeuvres viaires et d'infrastructures, prévoyant l'ouverture de places monumentales marquées par des colonnes, et de larges avenues édi~ ées ».14 Le plan d'Agache se préoccupait des aspects sanitaires, du transport et proposait des liaisons par voies de métro et de tunnels à travers la ville. Avec la révolution de 1930 au Brésil, de nombreuses idées furent abandonnées, mais ce processus de zonning était déjà entamé. Seulement quelques éléments, comme les galeries couvertes et les zones internes des îlots furent réalisés plus tard.

Sur le plan architectural, urbain et économique ce fut un grand succès. Des nombreux nouveaux sièges bancaires, de bureaux des principaux établissements de la nouvelle société capitaliste brésilienne vinrent s'installer dans le centre. Par contre ce fut un véritable échec lorsque l'on se penche sur la question du logement. Ces réformes poussèrent de nombreuses personnes à se tourner vers de l'habitat précaire, et l'action municipale de Pereira Passos resta quali~ ée de « bota-abaixo »15 que l'on pourrait traduire par mise à terre.

1 2 Information donnée sans plus d'explication dans le travail de Roberto Anderson Magalhaes (2001), mais faisant probablement référence à la possibilité pour une élite d'accéder à des loisirs qui font la célébrité des nuits parisiennes, comme le théâtre, opéra, mais également par le contrôle d'une population estimée dangereuse. Le carioca avait la mauvaise réputation d'être feignant au travail et de préférer ce que l'on appelle la malandragem (la magouille, le petit banditisme). Les réformes visaient à faire entrer le carioca dans un système où il occupe une place de travailleur (Cf. Lopes Antonio Herculano, Entre Europa e Africa, a invenção do Carioca, (Rio de Janeiro), Edição casa de Rui Barbosa, 2000

1 3 Cf. Fessler Vaz Lilian et Berenstein Jacques Paola (2006) « Territorios Culturais na cidade de Rio de Janeiro », in

Jeudy Henri Pierre et Berenstein Jacques Paola, Corpos e cenarios urbanos, Salvador : EDUFBA, p.78

1 4 Cf. Anderson Magalães Roberto, A requalifi cação do Centro do Rio de Janeiro na decada de 1990, (2001), Rio de

Janeiro, Thèse de doctorat à l'UFRJ, 2001, p. 20.

1 5 Cf. Quelhas paixão Claudia Miriam, a reforma urbana e os moradores do morro do castelo, estratégias e disputas populares no Rio de Janeiro (1904-1922), Rio de Janeiro, Arquivo publico do estadodo Rio de Janeiro, Anpuh Rio de Janeiro, 2006

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Solto na Cidade - Uruguaiana

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Figure 5

Plan directeur de Pereira Passos réalisé en 1902

La présence d'Agache coïncide avec la première venue de Le Corbusier à Rio de Janeiro, pour une série de conférences. Il fait à cette occasion des propositions d'aménagements urbains pour la capitale. Sa vision de la plani~ cation de la ville de Rio correspond dans les deux cas à une volonté de rationalisme: fonctionnalité, salubrité, e cacité, ordre des fonctions urbaines (habiter, circuler, travailler, se détendre) et usage des nouvelles technologies constructives. Le Corbusier dépasse le plan de Agache, en imaginant une verticalisation intensive de le zone des a aires, le futur Centro, avec des gratte-ciel de 60 étages. Même si ces projets n'étaient que proposés lors d'une série de conférence, ils ont indubitablement in uencé le mode de développement futur de la ville de Rio.

A propos de cette verticalisation, Lilian Fessler Vaz, lors d'une étude de statistique, signale que ce processus s'est produit « au contraire des processus dits « classiques » de verticalisation. A Rio de Janeiro, ce premier essor est constitué pour la majorité d'édif ces résidentiels (et non commerciaux), situés à l'extérieur (et non à l'intérieur) de la zone centrale, certains à proximité et d'autres au contraire bien éloignés (ex: Copacabana) ».16En e et, dès les années 20, les premiers immeubles de grande hauteur étaient ceux des nouveaux quartiers de Copacabana ou Ipanema. Ce n'est que vers les années 60-70, que le centre voit son développement verticale s'accélérer, accueillant des gratte-ciel, qui seront des sièges de banques, d'entreprise, etc.

De nombreuses réformes du centre se mettent en place, et se basent suivant les préceptes de la Charte d'Athènes, justi~ ant ainsi une destruction et reconstruction massive17 (due à la pression d'investisseurs immobiliers à cause de la concurrence que provoque le développement de la Zona Sul), conduisant à la disparition de nombreux anciens tracés. On cite généralement la destruction en 1970 du Palais Monro, siège o ciel du Senado Fédéral18, a n de créer la station de métro Cinelandia et qui n'avait pas été jugé digne d'être classé monument historique (destruction soutenue par le globo et l'IPHAN19)

En n en 1974, Lucio Costa propose le plan directeur de Barra da Tijuca. Il s'agit d'un nouveau quartier qui a pour ambition d'être un second centre ville, étant donné l'échelle que commence à prendre Rio.

Comme on le constate avec le second thème, les quartiers résidentiels formels et informels se développent de plus en plus et de plus en plus loin du centre, qui se vide peu à peu. Les familles aisées abandonnent le centre à la recherche d'un meilleur confort de vie dans la Zona Sul, alors que les classes

1 6 Cf. Particulariedades do processo inicial de Verticalização na cidade do Rio de Janeiro, de Fessler Vaz Lilian cité par Roberto Anderson Magalhaes dans A requalifi cação do Centro do Rio de Janeiro na decada de 1990, (2001), Rio de Janeiro, Thèse de doctorat à l'UFRJ, 2001, p. 27.

1 7 Suivant la Charte d'Athènes, les sites ne devraient être préservés seulement lorsqu'ils sont réellement représentatifs de leur période historique, qu'ils ont une fonction éducative, qu'ils ne sont pas néfastes pour la santé des résidents, et ne portent pas préjudice à la circulation et au développement de la ville. (CIAM de 1933)

1 8 Le Palais Monroe avait été construit lors de l'exposition universelle de 1904 à São Louis, pour être le pavillon du Brésil. Entièrement démontable et remontable il fut amené et construit à Rio en 1906. Jusqu'en 1914 il continue d'être utilisé comme pavillon d'exposition, et devient par la suite la chambre des députés puis, de 1925 à 1930,le siège offi ciel du Sénat. Sa destruction est jusqu'à aujourd'hui fortement contestée; l'ancien maire de Rio Cesar Maia avait même en 1975 envisagé de le reconstruire.

1 9 Instituto do Patrimônio Historico e Artistico Nacional.

 

Le Palàcio Monroe détruit en 1970

plus pauvres, se retrouvent obligées de quitter le centre sous la pression immobilière et migrent vers la Zona Norte ou dans les favelas, laissant la place aux entreprises. Les années 30 sont celles d'un fort développement des favelas,qui explosera dans les années 50, pendant que les quartiers de la Zona Sul s'intensi~ ent jusqu'en 194020.

Cette migration s'accompagne de la création de nombreuses voies rapides dans le tissu urbain. En premier lieu seule la classe aisée est motorisée, ce qui facilite ses déplacements vers Copacabana, I panema, Leblon. Dans les années 50 et 60, on parle de la febre viaria (~ èvre viaire) qui gagne une grande proportion plus importante de la population. Parallèlement, pour palier aux migrations dans la banlieue de plus en plus reculée, (la Zona Norte en premier lieu), la ville de Rio se voit pourvue de réseaux de chemin de fer....

Ainsi on voit surgir de terre, dès 1940, d'énormes infrastructures surélevés à des dizaines mètres du sol ou perçant dans le tissu urbain. Là où Pereira Passos avait plani~ é de grandes avenues imitant les boulevards parisiens, commencent à apparaitre de véritables autoroutes avec l'arrivée croissante de l'automobile. Pour créer l'avenue Présidente Vargas, inaugurée en 1944, il a fallu réunir deux rues parallèles et donc supprimer une en lades d'ilots. Aujourd'hui cette avenue est composée de quatre fois quatre voies, et vient créer une véritable ~ ssure dans le Centro. Il est inutile de préciser que la traverser est une aventure humaine...

Projet de l'avenue Presidente Vargas imaginé par Pereira passos L'avenue Présidente Vargas en 2007

De nombreux autres projets naissent à cette période également; en 1940, le premièr à apparaître est l'Avenida Brasil, qui relie le centre à toute la banlieue nort. Puis c'est au tour de la périmétrale et la diagonale (entre 1938 et 1948). La première avenue relie le centre à la Zona Sul, en passant par l'aterro21 fraîchement construit.

Dès le début des années 60, le gouverneur Lacerda invite l'urbaniste Grec Doxiadis pour mettre au point un projet de voies rapides au sein de Rio. Est ainsi lancé le projet Arco Iris (projet Arc-en-ciel), qui prévoyait à l'origine six autoroutes urbaines22 a n de rami er entre eux le centre et les périphéries, en venant se gre~ er sur l'Avenida Brasil (1946) et la Périmétrale (1948). Le nom d'Arco Iris vient du fait que les urbanistes ont dessiné ces voies de couleurs di érentes sur le papier et leur ont donné des noms correspondant à leurs couleurs respectives. Étaient ainsi prévues la Linha Lila, la Linha Amarela, la Linha Marrom, la Linha Verde, la Linha Vermelha et la Linha Azul (Voir carte ci-dessous). La réalisation de ces lignes se ~ t des année plus tard. La Linha Vermelha fut la première, en 1992, pour le premier tronçon, et 1994, pour le second, a n de venir en aide à l'Avenida Brasil qui devenait un réel enfer (accidents, embouteillages, comportements anarchiqes). De ce plan Rio ne compte aujourd'hui que la Linha Vermelha, la Linha Amarela et la Linha Verde rebaptisée RJ-08023.

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Toutes ces transformations ont ainsi permis une meilleure ~ uidité des populations vers les périphéries conduisant le centre à être peu à peu abandonné, devenant la ACN imaginée par Pereira Passos au début du siècle. Aujourd'hui on constate parfaitement les conséquences de telles infrastructures en milieu urbain, sans aucune transition ou souci d'insertion. Pour ne citer qu'un exemple, la Linha Vermelha, suspendue à une dizaine de mètres du sol vient s'engou~ rer entre les façades du quartier de São Cristovão, séparée de ces dernières par un simple vide d'un mètre tout au plus...

21 Il s'agit d'extentions de la ville sur la mer. Les anciennes et nouvelles limites de la ville sont représentées sur la cart p.

22 Lopes Paulo Sérgio Pereira, « Linha Vermelha »: Infl uencia no Bairro de São Cristovão, Rio de Janeiro, Trabalho fi nal de pos-graduação, UFRJ, 1989. pp. 25-27

23 Ibid. P.24

Figure 6

Les tracés du projeto Arco Iris imaginés par l'urbaniste Doxiadis - 1960

En 1960, le pouvoir public parts'installerà Brasíllia, la nouvellecapitaledessinée parOscar Niemeyer. Cela entraine la délocalisation d'un certain nombre de sièges d'entreprises vers São Paulo, ou même, à moins grande échelle, vers les nouveaux quartiers de Rio. Le centre subit une réelle décentralisation économique. Il tombe peu à peu à l'abandon, délaissé par les classes encore économiquement actives en son sein. La conséquence directe est un phénomène déjà observé dans de nombreuses métropoles, baptisé « décadence du centre ».

« Le processus couramment appelé « décadence » ou « déterioration » du centre consiste en son abandon par une partie de la classe à hauts revenus et son remplacement par les classes populaires. Cet abandon présente divers symptômes, à divers degrés d'intensité dans les di érentes métropoles:

- Abandon comme lieu de travail des classes aisées.

- Abandon comme lieu de diversion, loisir, et activités culturelles

- Abandon comme lieu d'achat et d'habitat.

Au sein de toutes les métropoles brésiliennes, l'exemple le moins ~ agrant est Rio de Janeiro et les plus ~ agrants sont São Paulo et Salvador de Bahia »24

En 1980 le Brésil connait une crise économique sans précédent. De plus, depuis l'inauguration de la voie express Rio/Bahia, la population de Rio considérablement augmenté, et les nouveaux arrivants en quête d'une vie meilleur se retrouvent à peupler les favelas de Rio. Ainsi de nombreuses familles commencent à peupler les rues, et on voit les métiers du marché informel augmenter en ~ èche (commerce de rue particulièrement). Roberto Pompeu de Toledo, qui a étudié les phénomènes de décadence dans de nombreux centres décrit :

 

« Ce sont des lieux sales, en général, détériores, lieux d'excellence des trombadinhas25 et des mauvaises odeurs, d'urine, des mendiants des drogués et de l'anarchie économique des camelots. Les lieux d'où fuit tout ce qui est bon - les meilleurs commerces, les meilleurs services, le confort, l'argent qui génère des investissements et de l'emploi - et laisse tout ce qu'il y a de plus mauvais - le désordre, la marginalité, la peur »26.

On commençait déjà à remettre sérieusement en cause les principes modernes qui prônaient le zoning mis en place les décennies antérieures, et de nouvelles formes de projet apparaissent. Entre les années 30 et 50, les ensembles résidentiels représentent les aspirations urbanistes du moment et cherchent à forger de nouvelles formes de sociabilité ainsi qu'à organiser les rapports sociaux en mettant

 
 

Le projet d'Alfonso Reidy - Le complexe Pedregulho

24 Cf. Anderson Magalães Roberto, A requalifi cação do Centro do Rio de Janeiro na decada de 1990, (2001), Rio de Janeiro, Thèse de doctorat à l'UFRJ, 2001, p31. Citation de F. Villaça

25 Jeune mineur sans ressource et sans famille qui se voit obligé de voler pour survivre dans la rue. (Défi nition de http://www.wiktionary.org/)

26 Pompeu de Toledo Roberto, 1996, Cf. Anderson Magalães Roberto, A requalifi cação do Centro do Rio de Janeiro na decada de 1990, (2001), Rio de Janeiro, Thèse de doctorat à l'UFRJ, 2001, p31-32

l'accent sur la vie en communauté. Un projet phare à cette époque est l'édi~ ce Pedregulho27, réalisé par Alfonso Reidy et inauguré en 1952. Il s'agissait d'un complexe composé d'espaces résidentiels et d'espaces communautaires (jardin d'enfance, crèche, école primaire, marché, laverie, centre sanitaire, terrains de sport, gymnases, piscine, vestiaires et centre commercial)

En 1956, lors du 10e CIAM, le Team 10 propose de nouvelles façons de projeter la ville, avec des préoccupations sociologiques, comme l'identité, les relations de voisinage, alors qu'en 1920, seul comptait le bien être physique et matériel.

À partir des années 60, avec l'apparition du mouvement des Situationnistes, de nouveaux projets baptisés Projetos Urbanos, commencent à apparaître. Ils prétendent avoir « une vision plus préoccupée par la complexité de la ville et par les particularités des espaces urbains, et cherchent une nouvelle échelle d'intervention physique de la ville »28. Les urbanistes cherchent à recréer des lieux de rencontres que la pensée moderne avait fait disparaître, revenir à des schémas traditionnels de placettes, et c'est à ce moment là que l'on commence à regretter tout un patrimoine détruit par les transformations radicales de 1920. En 1965 est inauguré le parc de Flamengo, pensé par Alfonso Reidy pour l'architecture et le paysagiste Burle Marx. Cet immense parc en bord de mer permet de relier par un coulée verte, dont les dessins au sol s'inspirent de la culture Tupi-tupi, le centre jusqu'à Botafogo, un quartier de la zona Sul. Sur son parcours on trouve quelques lieux de rencontres et de culture, notamment le MAM (muséum d'art moderne). Par ce projet cohabitent une volonté d'allier les preceptes modernes à un retour aux racines et à la déambulation.

A ce moment là également, on souhaitait résoudre le problème des favelas par leur destruction. Les premières en 1969 à être supprimées furent la favela da Ilha das Dagras et la favela do Pinto, situées à Lagoa (quartier d'Ipanema), puis, par la suite la favela du Morro do Baiano et la favela de Catumba29. Les habitants de ces favelas se voyaient alors relogés dans des lotissements d'habitations fournis par l'état tels que la Cidade de Deus, Vila Kennedy ou Guaporé-Quitungo30

Ces modes de pensée évoluent et on commence à vouloir intégrer la favela à la ville comme si elle était un quartier à part entière. Le premier programme lancé en 1979 est le projet Promorar ou Projeto Rio.

27 Bien qu'il représente l'une des expériences les plus connues en matière d'habitation populaire de l'architecture moderne brésilienne, le Pedregulho n'est pas une oeuvre isolée, mais se trouve au centre d'une série d'initiatives sur l'habitat fi nancées par les Institutos de Aposentadorias e Pensões - IAPs (Institut de retraites et de pensions)

28 Anderson Magalães Roberto, A requalifi cação do Centro do Rio de Janeiro na decada de 1990, (2001), Rio de Janeiro, Thèse de doctorat à l'UFRJ, 2001, p. 47-48

29 Almirante Marcelo, Cronologia da Evolução Urbana, (2007), Rio de Janeiro, Memória do Transporte Público.

30 Il s'agissait d'ensembles précaires d'habitations situés dans la périphérie (ouest pour la Cidade de Deus, nord pour Guaporé Quinungo et Vila Kennedy). Laissés aux mains des habitants, ils se transformèrent au fi l du temps en favelas. Cela dit, leur éloignement du centre permet à la ville de considérer leur problème de moindre ampleur face aux favelas du centre qui viennent ternir l'image de la ville.

L'objectif était de délocaliser les habitants d'une communauté le temps de rendre leurs habitats salubres. Un des principes clés, était la consultation des habitants lors de la réhabilitation. Ainsi la démarche allait au delà d'un simple travail d'aménagement urbain. « Désormais urbaniser ne signi~ ait plus assainir, nettoyer ou installer des services , mais aussi régulariser la propriété et surtout favoriser une vie sociale »31.

Parallèlement, en 1984, la Prefeitura de Rio lance le corredor cultural. Un programme qui vise à redorer l'image du centre et y créer une dynamique culturelle. Au total, neuf centres culturels seront créés et de nombreuses subventions prévues pour aider les propriétaires situés dans les zones touchées par l'opération à refaire améliorer extérieur de leurs biens immobiliers.

Alors que nous nous apprêtons à aborder le sujet des camelódromos à proprement parler, nous avons visualisé comment les diverses transformations du centre ont amené ce dernier à devenir un quartier à plusieurs faces si divisées. En souhaitant intégrer à la ville un commerce jusque là déclaré informel, la notion de camelódromo s'inscrit dans une double dynamique; celle de la revalorisation du centre, et celle d'un nouveau regard sur l'habitat spontané, l'architecture participative, ainsi, par extension de celui porté sur ce qui touche à l'informel...

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9Impact, le film from Onalukusu Luambo on Vimeo.