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Militer pour la décroissance. Enquête sur la genèse d'un "mouvement politique" de la décroissance en France

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par Mathieu ARNAUDET
Université Rennes 1 - Master 1 Science Politique 2009
  

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A) Contre l'organisation politique traditionnelle : de parti, n'en avoir que le nom.

De nombreux travaux ont montré les grandes transformations du militantisme à l'oeuvre au cours des dernières décennies. Tendanciellement se diffuserait dans la population un esprit porté à remettre en cause les médiations. Cela affecterait la politique, mais pas seulement, en témoigne la remise en cause du travail journalistique119(*). Néanmoins - et cette « crise de la représentation » est là pour nous en convaincre - le système politique de délégation tel que nous le connaissons serait particulièrement visé. Ainsi, sous un double processus - ceux de « l'élargissement important de la palette des modalités d'engagement politique des citoyens » et de l' « individuation et de la personnalisation »120(*) - se manifesterait de plus en plus une défiance vis-à-vis d'une politique dite « traditionnelle » représentée pas les partis politiques et plus précisément les partis politiques de masse (tel que l'incarnait le Parti Communiste). S'il faut raison garder et rappeler que c'est un processus tendanciel - la « remise de soi » aux institutions dont parlait Bourdieu est toujours et reste un principe essentiel tant que des disparités de capitaux sociaux et culturels persisteront121(*) - il est néanmoins remarquable de noter que le militantisme politique est travaillé aujourd'hui essentiellement par cette volonté de faire de la politique autrement. C'est-à-dire, entres autres, de créer une organisation politique qui puisse garantir une démocratie interne, ceci afin de respecter la volonté de chaque individu. Cette idée s'inscrit bien dans les deux processus cités plus haut : l'organisation entend respecter la multi appartenance des individus et donc entend respecter le choix propre de chaque individu. Au déclin d'un militantisme dit traditionnel se serait substitué un militantisme « post-it »122(*) ou « par projet »123(*). On peut considérer alors, avec Florence Faucher-King, qu'existe un « principe mimétique fort qui incite les organisations à adopter les « mythes institutionnels » des sociétés au sein desquelles elles se développent »124(*). Les militants de la décroissance s'inscrivent ainsi dans un paradigme organisationnel, fruit du processus que l'on a constaté plus haut. Cette organisation se doit d'être le plus possible démocratique et respecter les volontés de chacun. Dans le champ politique, ce sont les Verts qui ont mis, en premier et de façon la plus poussée, le souci de la démocratisation de l'organisation comme un grand principe politique, aussi important que le résultat aux élections.125(*) Malgré la vision respectueuse des institutions des précurseurs qu'étaient Vincent Cheynet et Bruno Clementin - due selon Sophie Bossy à leur faible multi positionnement et donc à leurs faibles réseaux (malgré la tribune du journal La Décroissance)126(*), les militants qui ont repris le PPLD à la fin de l'année 2008 et ceux que j'ai pu interroger ayant fait partie de l'aventure d'Europe Décroissance, ont une vision plus négative de la pratique organisationnelle des partis politiques et entendent - sur cette voie là - n'avoir de parti que le nom. En effet, conformément aux idéaux qui les animent, les militants entendent créer une organisation conviviale qui respecte l'avis de chacun, sans la moindre volonté de domination. Ceci, j'ai pu le constater lors de l'AG du PPLD à Lyon. La plongée ethnographique (si j'ose dire) permet ainsi d'apprécier la délibération en train de se faire et d'en percevoir ainsi la construction. Même si le nombre de participants était restreint (moins d'une vingtaine), la volonté affichée était l'écoute et le respect mutuel. Même si quelques voix se sont élevées par moment (du fait que quelques participants se connaissaient bien, et donc pensaient connaitre les travers de l'autre...), tout était fait pour que chacun soit mis en confiance (moi y compris !). Les « anciens » (ceux qui ont repris le parti fin 2008) ont eu le souci pédagogique de remettre en contexte la création du parti et ses aléas depuis le début pour les nouveaux arrivants (dont certains n'avaient jamais mis les pieds au sein d'un parti politique). La parole fut donnée à tour de rôle et chacun était prié d'écouter ses camarades, y compris celle des nouveaux arrivants pouvant apporter un regard neuf. Cette pratique - je le redis, facilitée du fait du petit nombre des participants, - était celle qu'il fallait à tout prix garder au sein de l'organisation du parti. Cette question du type de relations entre les membres est épineuse concernant la vie de l'Association des Objecteurs de croissance (AdOC). Créée en septembre 2009 à Beaugency, cette association - comme nous le verrons plus tard - entend rassembler ceux qui se reconnaissent dans le projet politique de la décroissance. Conformément aux précurseurs de l'entrée en politique, les militants ont l'intention d'agir en politique. Mais très vite des tensions sont apparues entre les militants du PPLD (ceux qui s'y investissent le plus) et quelques personnes du MOC, cette structure informelle regroupant elle-aussi des militants de la décroissance (s'appelant néanmoins « objecteurs de croissance » et non décroissants). Ces tensions révèlent essentiellement des problèmes concernant la méthode de travail, celle notamment de la prise de décision : « On n'a pas imposé des trucs, mais on nous a suggéré des trucs, on était tellement surpris que bon, allé on y va... Des réunions juste entre nous pour parler de fond, se sont transformées en réunion de constitution, d'assemblée et ça on l'a pas vu passer. » (Stephane pendant l'AG) Chez les militants du PPLD, cette prise de décision devrait relever d'une délibération collégiale, dans un esprit respectueux de l'avis de l'autre ; ceci se concevant comme une autre façon de faire de la politique, qui ne soit pas hiérarchique et « verticale », comme l'était la politique dite traditionnelle : « Est-ce qu'on retombe dans les vieux conflits ? Ca explose, ça fait fuir les gens. On était beaucoup après Beaugency à avoir des déceptions. Quand on parle de politique autrement, c'est pas une couche de peinture, ou un slogan, c'est qu'on a vraiment envie de faire les choses autrement. Et pas envie d'être confronté à des vieilles méthodes politiciennes. On ne sait pas quoi faire par rapport à ça » (Vincent pendant l'AG). En conséquence, l'amalgame était rapidement fait entre « politique traditionnelle » et « vieux militants ». Les plus motivés des nouveaux arrivants à l'hiver 2008 sont en effet tous relativement jeunes (entre 30 et 40) et vierges de tout combat politique. Ainsi, entre eux, ils s'appellent pour rigoler, mais aussi pour montrer leur différence (pureté) les « bisounours »127(*), ceux qui ne connaissent pas les rivalités politiques et la façon ordinaire de faire de la politique. Stéphane me dit ainsi : « Là, on est trop des purs, si y a une virgule qui va pas « non ! » C'est un peu ça, mais en même temps je comprends que ce soit un peu comme ça »128(*). Il s'est révélé ainsi que les mots jouaient un rôle de stigmatisation importante et étaient employés dans le but de décrédibiliser une attitude ou une action. La décision était alors jugée comme « pyramidale », ne laissant aucunement place à la délibération129(*). Cette « pratique politicienne » de quelques uns peut aussi se voir comme un effet pervers de la volonté de travailler de manière « horizontale ». Du fait de la distance géographique qui sépare les adhérents de l'AdOC, depuis septembre très peu de réunions ont eu lieu et les liens étaient difficiles à tenir malgré Internet : « Et très vite on s'est rendu compte qu'on n'arrivait pas à... Donc c'est bien de ne pas être pyramidale mais on n'arrivait pas à prendre des décisions. Quand on se voit tout le temps, physiquement, on arrive à prendre des décisions parce que y a un regard et le retour direct, par mail, le travail à distance... »130(*). Durant les premiers mois, beaucoup de travail fut réalisé concernant la plate-forme mais peu sur la stratégie politique à adopter concernant les élections à venir. Ainsi, les échéances du champ politique sont venues enrayées un processus de construction dont quelques acteurs l'imaginaient dégagés de tout investissement « politicien ». Rejetant les principes organisationnels traditionnels des partis politiques, les militants du PPLD entendent également rejeter - que ce soit individuellement ou collectivement - ce qui caractérise d'ordinaire un parti, la volonté de pouvoir.

* 119 Voir Neveu E, « Crises et renouvellement du journalisme » Chapitre du livre Sociologie du journalisme, Collection Repères, 2004 (p93)

* 120 Expressions empruntées à P. Perrineau dans Perrineau P (sous la direction) L'engagement politique. Déclin ou mutation? PFNSP, 1994 (Introduction : « L'évolution des formes de l'engagement public », p18-19)

* 121 La délégation comme « loi d'airain de l'oligarchie » a été analysée dès le début du 20ème siècle par Roberto Michels, en prenant appuie notamment sur l'analyse du SPD allemand, dans Michels R, Les partis politiques, Editions de l'université de Bruxelles, 2009 (1914). Et récemment on a pu aussi analyser les effets pervers d'une trop forte volonté d'individuation dans différentes institutions (les SEL par exemple :Lenzi C, « L'injonction à l'autonomie comme mode de sélection sociale des militants des SEL » in Nicourd S (sous la dir), Le travail militant, Presses Universitaires de Rennes, 2009), comme la volontaire « remise de soi » dans des organisations politiques comme les Motivées : voir Guionnet C, « La politique autrement », op cit (p8)

* 122 Ion J, « L'évolution des formes de l'engagement public » dans Perrineau P (sous la direction), op cit (chapitre 1, p34)

* 123 Boltanski L, Laurent Thévenot, De la justification. Les économies de la grandeur, Paris, Gallimard, 1991

* 124 Faucher-King F, « Les Verts et la démocratie interne » in Haegel F, Partis politiques et système partisan en France, Paris, Presses de Science Po, 2007, p106.

* 125 S'inspirant des mouvements sociaux « les Verts considèrent la délibération comme la « plus haute forme de démocratie » Faucher-King F, op cit, p108.

* 126 « L'isolement relatif des objecteurs de croissance gravitant autour des Casseurs de Pub est sans doute en

partie renforcé par la faible multi positionnalité de ces militants. » Bossy S, op cit, p8.

* 127 Mot qui est revenu à plusieurs reprises dans la bouche des militants du PPLD et notamment dans celle de Stéphane

* 128 Entretien SM, 16 janvier 2010.

* 129 « Le problème on nous a clairement dit qu'on était pas légitime, le collège de l'AdOC n'est pas légitime, à Beaugency on a dit qu'il avait une légitimité pour 6 mois. Quand on met quelque chose au vote, ceux qui sont pas d'accord vont dire « ah ba oui mais c'est pas légitime ! » (Christophe) ; « Et derrière, elle passe des coups de fil, pour dire le « secret-lieyget-ariat », nouvelle structure pyramidale, avec les parisiens qui veulent décider de ce qui doit se faire dans les régions. » (Vincent Lieyget)

* 130 Entretien SM, 16 janvier 2010.

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"Il existe une chose plus puissante que toutes les armées du monde, c'est une idée dont l'heure est venue"   Victor Hugo