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Les doyens ruraux dans le diocèse de liège au moyen àąge. Contribution à  l'histoire politique et religieuse du monde rural.

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par Vincent BASTIN
Université de Liège - Licence en histoire 2000
  

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§2. Naissance de la charge décanale.

Une large majorité d'historiens s'accordent pour voir, dans les doyens ruraux, les successeurs des archiprêtres mérovingiens, allant même jusqu'à parler d'archiprêtres ruraux antérieurs (Landerzpriester älterer Ordnung), pour l'époque mérovingienne, et d'ultérieurs (Landerzpriester jüngere Ordnung) pour les périodes suivantes. Mais leurs conclusions ne se basent que sur des études approximatives et des rapprochements hasardeux.9

Les archiprêtres mérovingiens sont directement désignés par l'évêque. A l'origine, leur rôle consiste à remplacer l'évêque dans ses fonctions sacrées. Peu à peu, leur charge s'étend à la direction d'un groupe d'églises paroissiales. Ils sont alors les seuls à pouvoir donner le sacrement du baptême, réservé aux églises mères. Ils ont aussi pour mission de surveiller les activités des prêtres des églises subordonnées à la paroisse primitive. Leur charge serait inamovible.10

Comme nous le verrons dans les chapitres ultérieurs, de toutes ces caractéristiques, le seul point commun entre l'archiprêtre mérovingien et le doyen rural est l'inamovibilité de la charge. La surveillance des prêtres ne peut être retenue pour prouver une quelconque continuité puisque le doyen rural a droit de regard sur les activités de tous les prêtres de toutes les paroises de sa circonscription. Contrairement à l'archiprêtre mérovingien, le doyen rural détient un réel pouvoir de juridiction.

9. Notons que la particule erz- désigne toujours un état de supériorité. L'expression Erzpriester désigne donc l'archiprêtre, alors que Dekan désigne le doyen. HINSCHIUS, P., System des katholischen Kirchenrechts, t. 2, Berlin, 1878, pp. 262-277. SÄGMÜLLER, J.-B., Die Entwicklung des Archipresbyterats und Dekanats bis zum Ende des Karolingerreichs, Tübingen, 1898, pp. 26-88. IMBART DE LA TOUR, P., Ibid., p. 74. FAURE, J., Ibid., p. 146. HAUCK, A.,Kirchengeschichte Deutschlands, t. 2, Leipzig, 1912, p. 744. GRIFFE, E., Ibid., pp. 16-50. ALHAUS, J., Die Landdekanate des Bistums Konstanz im Mittelalter, dans Kirchliche Abhandlungen, fasc. 109-110, Stuttgart, 1929, p. 30. AMANIEU, A., Archiprêtre, dans Dictionnaire de droit canonique, t. 1, Paris, 1935, col. 1004-1026. GESCHER, F., Von der Frühzeit des Landdekanats in der Erzdiözese Köln, dans Festschrift lrich Stutz, Stuttgart, 1938. BURCKLE, J., les Chapitres ruraux des anciens diocèses de Strasbourg et de Bâle, Colmar, 1935, p. 87. FOURNIER, E., Nouvelles Recherches sur les curies, chapitres et universités de l'ancienne Eglise de France, Arras, 1942, pp. 248-249. DE MOREAU, E., Histoire de l'Eglise en Belgique, t. 1, la Formation de la Belgique chrétienne, des origines au Xe siècle, Bruxelles, 1947, p. 306. TOUSSAINT, F., Election et sortie de charge du doyen de chrétienté dans les anciens diocèses de Liège et de Cambrai, pp. 52-53. HEINTZ, A., Ibid., pp. 23-26. VAN REY, M. Die Lütticher Gaue Condroz und Ardennen im Frühmittelalter, Untersuchung zur Pfarrorganisation, Bonn, 1977. VAN REY, M., les Divisions politiques et ecclésiastiques de l'ancien diocèse de Liège au Haut Moyen Âge, dans le Moyen Âge., t. 87, Bruxelles, 1981, p. 189. DIERKENS, A., la Création des doyennés et des archidiaconés dans l'ancien diocèse de Liège (début du Xe siècle?) Quelques remarques de méthode, dans la même revue, t. 92, Bruxelles, 1986, pp. 353-354.

10. En plus de la bibliographie citée ci-dessus : DEBLON, A., Ibid., pp. 707- 708. LAENEN, J., Introduction à l'histoire paroissiale du diocèse de Malines. Les Institutions, Bruxelles, 1924, pp. 30 et 53.

L'élément essentiel, qui distingue l'archiprêtre de l'époque mérovingienne du doyen rural, peut être compris en se penchant sur l'étymologie des termes employés. L'archipresbyter, curé de la paroisse mère, se trouve au sommet d'une pyramide dont les étages inférieurs sont occupés par les prêtres qui en desservent les filiales.

Le doyen rural, quant à lui, est le plus souvent appelé, en latin, decanus concilii et les prêtres qui font partie de ce concile portent le nom de fratres. Le doyen conserve son ministère paroissial après sa nomination. La conception hiérarchique est donc différente :

le doyen ne se trouve pas au sommet d'une pyramide, mais plutôt au centre d'un cercle de clercs dont il fait, bien entendu, lui-même partie.11 Dans le diocèse de Liège, il est plus rarement appelé decanus christianitatis. L'usage de cette expression est beaucoup plus répandue dans le diocèse de Cambrai. Christianitas désigne ici le clergé du district.12

G. Mollat définit le décanat rural comme étant un bénéfice mineur, séculier, sans charge d'âmes, électif et concédé hors consistoire.13

Il n'est donc pas impossible que l'instauration des doyens ruraux dans le diocèse de Liège se soit accomplie dans le cadre des grandes réformes de l'Eglise carolingienne, dont le but est de réorganiser le clergé dans un esprit de rassemblement et de vie en communauté.14 D'ailleurs, la charge décanale existe tant dans le clergé séculier que régulier ; elle a été notamment prônée, pour les monastères, par saint Benoît.15 D'ailleurs, l'assemblée qui réunit les prêtres d'un concile autour de son doyen est parfois appelée capitula decanalia.16

11. Outre la

1935, col. Gegenwart, Tübingen, 1958,

bibliographie citée en note 1 : AMANIEU,

1004-10026. GÖBBEL, W., Dekan, dans Die Religion

Handwörterbuch für Theologie und Religionwissenschaft,

col. 71-72.

A., Ibid., t. 1, Paris,

in Geschichte und

t. 2,

12.

DEBLON,

A., Ibid., p. 708. HEINTZ, A., Ibid., p. 41.

 
 
 

13.

MOLLAT,

G., la Collation des bénéfices, Paris, 1921,

pp.

24-31.

14.

DEBLON,

A., Ibid., pp. 707-708.

 
 

15.

SCHMITZ,

Ph., la Règle de saint Benoît, Turnhout,

1987,

pp. 68-69. DEBLON,

A.,

Ibid., p. 707.

 
 

16.

A.E.Ht,

archives du doyenné de Beringen, Registrum sive

 

Repertorium speculum

seu

Instrumentum jurium proventuum et emolumentorum decani

christianitatis sive

archipresbyteri concilii Beringensis Leodiensis diocesis et archidiaconatus Campiniae I, copie de 1601 de l'ouvrage de Henri Van der Scaeft (=Registrum I), f° 51. A.E.Ht, archives du doyenné de Beringen, Registrum sive Repertorium speculum seu Instrumentum jurium proventuum et emolumentorum decani christianitatis sive archipresbyteri concilii Beringensis Leodiensis diocesis et archidiaconatus Campiniae II, copie de 1611 du même ouvrage (=Registrum II), f°28.

D'autres hypothèses ont été émises pour tenter de trouver des prédécesseurs

aux doyens ruraux. Mais les historiens qui s'évertuent à les formuler oublient

que les nouvelles institutions peuvent être tout à fait originales et ne

découler d'aucune autre. Ainsi, le senior, qui a pour tâche d'instruire les jeunes clercs de son canton, a pu apparaître, aux yeux de certains, comme l'ancêtre du doyen rural, de même que le prêtre élu par les siens pour ramener dans les campagnes les huiles saintes consacrées par l'évêque le jeudi saint.17 Ces hypothèses se basent uniquement sur de vagues rappro- chements qu'aucun texte ne peut corroborer. Nous ne nous y attarderons donc pas davantage.

Jusqu'il y a peu de temps, l'apparition quasi simultanée des doyens ruraux et des archidiacres à l'époque carolingienne semblait être un fait acquis. Pourtant, les récents travaux de l'abbé Deblon remettent en cause cette chronologie pour les archidiacres. Le premier archidiacre connu apparaît dans deux sources relatives à saint Eugène de Tolède.18 Ces textes, rédigés pour le premier vers 925-936 et pour le second dans le dernier quart du Xe siècle, traitent d'événements qui se sont produits en septembre 919. Une controverse est apparue à propos de l'interprétation des termes parochia sibi commissa,19 que plusieurs historiens ont identifiés à l'archidiaconé de Hainaut. Cette expression, attribuée à un archidiacre, désigne-t-elle le diocèse tout entier ou plutôt une partie de celui-ci? Bien sûr, la même expression peut aussi qualifier le territoire administré par l'évêque lui-même, mais, de cette constatation, aucune conclusion irrévocable ne peut être tirée. A ce jour, nulle mention connue ne permet de se prononcer sur le caractère territorial des fonctions archidiaconales avant 1066.20 Par ailleurs, nous savons que cette charge, à l'époque de l'apparition du décanat rural, consiste uniquement à seconder

17. DEBLON, A., Ibid., pp. 706-707.

18. Ces deux sources sont amalgamées dans les Monumenta Germaniae Historicae et dans les Acta Sanctorum. Il faut donc leur préférer une édition qui les distingue nettement : Virtutes sancti Eugenii, éd. MISONNE, D., dans les Miracles de saint Eugène à Brogne. Etude littéraire et historique. Nouvelle Edition, dans Revue bénédictine, t. 76, Maredsous, 1966, pp. 231-291 (pp. 258- 285 pour l'édition proprement dite). DIERKENS, A., Abbayes et chapitres entre Sambre et Meuse. Contribution à l'histoire religieuse des campagnes au Haut Moyen Âge, Paris et Sigmaringen, 1985.

19. DEBLON, A., Ibid., pp. 704-705. DIERKENS, A., la Création, p. 351. VAN REY, M., les Divisions, pp. 182-183. VAN REY, M., Die Lütticher Gaue Condroz, pp. 138-139.

20. KUPPER, J.-L., Liège et l'Eglise impériale, XIe-XIIe siècles, Paris, 1981, p. 334, pense que l'on peut supposer l'existence de sept archidiaconés à cette époque.

l'évêque dans l'administration du diocèse et à veiller à la discipline des clercs.21 Le rôle de l'archidiacre, dans les textes précités, est tout à fait différent et beaucoup moins important que ce que nous en connaissons pour les siècles ultérieurs.22 Par usurpation, il acquiert, au fil du temps, des droits qui en font, peu à peu, un «évêque local».23

Les mêmes questions doivent être posées pour les doyens ruraux. Dans le chapitre 9 des Virtutes, le doyen Flodin est chargé par l'évêque d'accomplir diverses missions per omnem decaniam suae curae commissam.24 Toute la réflexion repose donc sur le sens exact du terme decania. Lorsque ce mot apparaît pour la première fois, en 844, dans le 3e canon du concile de Toulouse, il désigne une subdivision fiscale du diocèse, mise en place par l'évêque pour percevoir des redevances.25 Or, dans les Virtutes, le doyen en question doit prélever une taxe due à l'évêque : la soniata.26 La signification du terme decania est donc semblable dans les deux documents. Il est indéniable que les fonctions décanales aient été territorialisées dès le début.

Le doyen rural est donc, à l'origine, un agent de la politique fiscale de l'évêque. André Deblon s'autorise même à penser qu'il pourrait s'agir d'un laïc. Le doyen avait-il, initialement, d'autres compétences? La documentation nous manque pour répondre à cette question. Néanmoins, il nous est possible d'affirmer que, dès le début du Xe siècle, le doyen rural a réussi à médiatiser les prêtres de paroisse, si bien que l'évêque s'adresse directement à lui pour leur transmettre ses ordres. Au milieu du XIe siècle, Hincmar de Reims désigne par calendes les réunions mensuelles des prêtres dans chaque doyenné.27 En 989, l'évêque de Soissons ordonne aux doyens de convoquer chaque mois les prêtres de paroisse.28 Rien de tel ne nous est parvenu pour le diocèse de Liège, mais le fait que l'évêque utilise les doyens pour divulguer des informations laisse

21. KUPPER, J-.L., Ibid., pp. 332-333.

22. Virtutes, p. 264.

23. KUPPER, J.-L., Ibid., p. 335.

24. Virtutes, p. 264.

25. AMANIEU, A., Ibid., t. 1, Paris, 1935, col. 1004-10026. DEBLON, A., Ibid., p. 703, note 1.

26. Virtutes, p. 264.

27. DEBLON, A., Ibid., p. 708, note 25.

28. AMANIEU, A., Ibid., t. 1, Paris, 1935, col. 1010. DEBLON, A., Ibid., p. 708, note 25.

supposer l'existence de telles réunions. Selon l'expression de Devisse, la décanie est, à ce moment, le rouage essentiel de l'administration diocésaine.29

L'apparition des doyens ruraux dans le diocèse de Liège s'est opérée à la faveur de l'accroissement de l'autorité épiscopale, probablement sous Francon

(v. 858-901) ou sous Etienne (901-920), dans une double optique : la centralisation du pouvoir de l'évêque et l'amélioration de son emprise sur les prêtres de paroisse. Il est possible que, tout comme l'évêque de Soissons, celui de Liège ait calqué, en partie, les institutions de son diocèse sur l'exemple rémois.30 N'oublions pas que Francon a eu de nombreux contacts avec Hincmar, l'archevêque de Reims.31 Quant à son successeur, nous savons qu'il a fréquenté le palais de Charles le Chauve.32 De plus, son règne correspond à une phase de reconstruction du diocèse après les attaques des Normands.

Flodin est le seul doyen rural connu pour le Xe siècle ; peu le sont pour le siècle suivant. Deux noms apparaissent dans un acte du début du XIe siècle : Bernard et Gérard.33 Tout porte à croire que ce sont là des doyens ruraux et non des doyens de chapitre.34 Pourtant, aucune indication n'est donnée à propos des lieux dans lesquels ces deux personnages exercent leurs prérogatives. Par contre, en 1075, il apparaît clairement que Fréduard accomplit son devoir décanal dans le concile de Graide.35 Pour être complets, signalons, aussi, pour ce siècle, Garnier, doyen du concile d'Ouffet, en 1099.36

Au fur et à mesure qu'augmente la puissance des archidiacres, au cours des Xe et XIe siècles, les doyens ruraux se sont eux-mêmes fait, en grande partie, médiatiser par ceux-ci. Les doyens qui, au départ, ne dépendent que de l'évêque,

29. DEVISSE, J., Hincmar, archevêque de Reims (845-882), Genève, 1976, p. 863.

30. DIERKENS, A., la Création, p. 354.

31. Nous connaissons cinq lettres adressées par Hincmar à l'évêque de Liège (DEVISSE, J., Ibid., pp. 103 et suivantes).

32. KUPPER, J.-L., Stephanus, dans Series episcoporum, pp. 60-61.

33. NELIS, H., Album belge de diplomatique, éd. PIRENNE, H., Bruxelles, 1909, pl. VII. Cette donation au chapitre rural de Walcourt est consignée à la suite d'un acte de 1026.

34. Le chapitre de Walcourt, dont il est question dans le texte, ne comporte pas de doyen parmi ses membres. DIERKENS, A., Ibid., p. 352, note 42.

35. KURTH, G., Chartes de l'abbaye de Saint-Hubert en Ardenne, t. 1, Bruxelles, 1903, p. 44.

36. FORGEUR, R., Notes sur la paroisse d'Ouffet et sur les chapitres collégiaux d'Ouffet et d'Ellemelle, dans Leod., t. 57, Liège, 1970, p. 57.

entrent peu à peu sous la dépendance d'un archidiacre, tout en conservant des rapports directs avec le chef de l'Eglise liégeoise, notamment en matière fiscale. Les fonctions décanales se ternissent donc au cours de cette période.37 Malheureusement, lorsqu'elles sont clairement définies et mises par écrit dans les statuts synodaux, à la fin du XIIIe siècle, le processus de médiatisation par les achidiacres est, depuis longtemps, totalement achevé.

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"La première panacée d'une nation mal gouvernée est l'inflation monétaire, la seconde, c'est la guerre. Tous deux apportent une prospérité temporaire, tous deux apportent une ruine permanente. Mais tous deux sont le refuge des opportunistes politiques et économiques"   Hemingway