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Apéritif et sociabilité. Etude de la consommation ritualisée et traditionnelle de l'alcool

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par Anaàs Gayot
Université d'Aix-en-Provence - Master 1 d'anthropologie sociale et culturelle 2007
  

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B - L'étude du don

Recevoir pour l'apéritif, offrir l'"apéro", se retrouver au café autour d'un verre à l'apéritif etc., sont des occasions répandues de participer à une sociabilité conviviale riche en communication et relation. Le partage d'un moment de détente est alors prétexté par la boisson bue en commun. Ces entrevues sont soumises à des règles communément adoptées, notamment décrites dans les ouvrages de savoir-vivre. Une règle fondamentale pour l'harmonie des relations est celle de la réciprocité, celle du don et du contre-don. En effet, l'attente tacite d'un retour de faveur est encore plus explicite quand il s'agit d'une invitation ou d'une boisson offerte. On "rend" l'invitation de convives en décalé alors qu'on "remet" la boisson (le plus souvent alcoolisée) dans l'immédiat.

a- Le don comme convenance

L'alcool est figuré comme un cadeau de l'hospitalité par Anne Gotman. Il constitue l'échange entre l'hôte et le visiteur en soudant la relation. L'usage veut que le premier offre à boire tel un présent et que le second l'accepte en réponse. La sociologue évoque cette "obligation réciproque" qu'exige le fait de "donner à boire et boire"209(*). Par cette contrainte, la relation amicale entre donneur et receveur s'établit. De même, apporter du vin lors d'une invitation à dîner signifie l'anticipation du convive sur cet échange. Une autre réciprocité s'exprime dans les règles de l'invitation à prendre un verre : accepter le verre offert c'est s'engager à boire la totalité de son contenu, explique le gastronome français Alexandre Grimod de La Reynière210(*). Il s'agit également d'apprécier la valeur du don tel un art de vivre, en prenant la peine de déguster la boisson proposée en guise de remerciement et de reconnaissance. Dans cet perspective relevant de la sphère privée, on est devant un échange de don matériel et d'un contre-don immatériel.

b- Le système des "tournées"

La "tournée" dans les cafés provençaux, décrit à l'heure de l'apéritif tel un rite par Annie-Hélène Dufour211(*), obéit à de nombreux codes. Précisons qu'il s'agit d'une sociabilité masculine dont les femmes sont généralement exclues. À partir du moment où l'on intègre un groupe dans lequel se succède des "tournées", la coutume veut que l'on s'engage à contribuer à cet échange jusqu'à ce que le tour complet soit révolu. Ainsi, chaque convive "paye sa tournée". Il est alors préférable que le contenu des tournées soit équitable. L'équilibre financier mais aussi la connivence des états d'ébriété sont assurés. Patrick Le Guirriec, par ses observations en milieu rural breton, repère également "l'échange et la réciprocité"212(*) existant entre collègues de travail, aussi bien dans le fonctionnement des équipes de travail qu'à l'intérieur des cafés. Les lois de la "tournée" répondent, comme en Provence, à des règles précises qu'il est préférable de se plier pour ne pas être ridiculisé publiquement. Ne pas rendre la tournée offerte peut être la source de petites frictions.

* 209 _ GOTMAN, Anne. 2000. « Alcool et hospitalité ». In C. Bernand (dir.) : Désirs d'ivresse : alcool, rites et dérives. Paris : Autrement, p. 86.

* 210 _ GRIMOD DE LA REYNIÈRE, Alexandre Balthasar Laurent. 1983. Manuel des amphitryons (1808), présentation de Misette Godard. Paris : Métaillié, p. 219. Cité par GOTMAN, Anne. 2000. Ibid. p. 87.

* 211 _ DUFOUR, Annie-Hélène. 1989. « Cafés des hommes en Provence », Terrain, n°13, (Boire).

* 212 _ LE GUIRRIEC, Patrick. 1990. Op. Cit., p. 153.

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