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La pratique du pentecôtisme et le développement intégral des fidèles lushois

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par Armand PASULA N'KUKITER
Université de Lubumbashi - Diplôme d'études approfondies 2010
  

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2.2.3 Pentecôtisme aux mouvements charismatiques

Dès 1956, le pentecôtisme commença à pénétrer dans les grandes Eglises protestantes aux USA. Il débuta dans l'Eglise épiscopale de Van Nuys en Californie, puis par l'intermédiaire du « Full gospel businessmen's fellowship international » et du Ministère de David du Plessis, souvent surnommé Monsieur Pentecôte, il se répandit dans toutes les Eglises protestantes des USA.

Dès l'automne 1966, il atteignit le catholicisme à partir d'un groupe de quatre laïcs de l'Université Duquesmne (Pennsylvanie), devenant un événement transconfessionnel : le néo-pentecôtisme ou le renouveau charismatique, comme on l'appelle quelque fois, était né. Il se répandit rapidement aux USA,  en Amérique du Sud, surtout au Chili, en Afrique où l'on constate de nombreux réveils en milieu païen, puis en Europe. Il connaît un certain succès en milieu tzigane (pasteur Le Cossec en France) ; le pentecôtisme correspond mieux à l'univers mythique tzigane que le catholicisme post-conciliaire.

Hollenweger notait l'existence dès 1910 d'un néo-pentecôtisme dans les Eglises protestantes traditionnelles d'Allemagne, de France (avec les frères Dallières) et de Suisse (avec les frères de Rougemont). Mais il exprimait aussi la crainte de voir ce néo-pentecôtisme européen, non fondamentaliste et oecuménique submergé par la nouvelle vague de pentecôtisme américain. Le succès qu'a connu l'évangéliste J.L. Jayet auprès de nombreux groupes protestants de Suisse et de France confirme bien ces craintes. La spontanéité des premiers cultes pentecôtistes fait place à l'emploi massif de la suggestion collective, les chutes à la renverse sont savamment orchestrées, la pauvreté du message est compensée par des techniques de création d'atmosphère. L'évangéliste, installé à Vichy, excelle dans l'art d'envoyer des lettres « personnalisées » à l'ordinateur, d'urgents appels de fonds, comme son compatriote Jean-Michel CRAVANZOLA, récemment condamné en Suisse pour escroquerie. Ce néo-pentecôtisme, importé d'Amérique, comporte un sérieux risque de régression vers les « saintes contorsions » du « holy rollism ».

Contrairement au pentecôtisme, les groupes charismatiques se développent généralement, dans un premier temps du moins, à l'intérieur des paroisses. Cependant, la présence, au sein de paroisses traditionnelles, de chrétiens qui identifient leur cause à celle du Saint-Esprit, n'est pas sans poser quelques problèmes. La tendance sectaire est plus accentuée dans le néo-pentecôtisme protestant ; en revanche le souci principal du pentecôtisme catholique est de rester dans l'unité de l'Eglise ; le prix à payer est souvent le conformisme et la soumission aux Autorités.

Le pentecôtisme catholique considère un peu comme péché originel le fait de descendre d'une secte protestante, et il essaye, avec plus ou moins de bonheur, de se rattacher directement, par -dessus le pentecôtisme historique, à la tradition orientale. Mais, si la théologie orientale met l'accent sur le Saint-Esprit, elle ne le lie pas pour autant à une expérience religieuse particulière, reconnaissable à des signes physiques. Le pentecôtisme n'est d'ailleurs pas encore parvenu à atteindre les Eglises orthodoxes.

La doctrine pentecôtiste, en passant dans les grandes Eglises, a dû s'accommoder de diverses nuances. Tous les groupes charismatiques prêchent une expérience distincte de la conversion, le « baptême » ou « l'effusion de l'Esprit ». Mais la glossolalie n'en est plus considérée comme le signe indispensable. A l'exception de ce point, la doctrine pentecôtiste a été transplantée, pratiquement telle quelle, dans le néo-pentecôtisme protestant. La plupart des groupes pratiquent le baptême ou le rebaptême d'adultes par immersion, souvent considéré comme condition du « baptême dans l'Esprit ». Les groupes catholiques qui ont adopté cette pratique affirment le caractère non sacramentel de ce rebaptême : celui qui s'y soumet veut vivre consciemment l'expérience de sa mort et de sa résurrection avec le Christ dont son baptême d'enfant l'a frustré. C'est aussi, du côté protestant, la position de l'union de prière de charmes qui, officiellement du moins, ne pratique plus de rebaptême mais des « confirmations par immersion ».

En passant par le catholicisme, la doctrine pentecôtiste a subi une transposition : le « baptême dans l'Esprit » devient la réactualisation de l'Esprit reçu lors des sacrements du baptême et de la confirmation. Marie est perçue comme la première charismatique du Nouveau Testament : « pleine de grâce » signifie « dotée de tous les charismes ». La vierge devient souvent la médiatrice de l'Esprit : « respirer Marie, c'est aspirer l'Esprit Saint », déclare le Cardinal Suenens dans « une nouvelle Pentecôte ». On assiste, d'autre part, dans le pentecôtisme catholique à une remise à l'honneur de pratiques en recul depuis Vatican II, comme la récitation du Rosaire, des litanies, la pratique de la confession sacramentelle ou l'adoration du Saint Sacrement. Le critère de l'Esprit devant une prophétie est la fidélité à la doctrine catholique souvent la plus traditionnelle : un certain pentecôtisme paraît une régression vers un catholicisme préconciliaire.

Le néo-pentecôtisme est généralement fondamentaliste ; ce trait est plus marqué dans les groupes protestants : le croyant « charismatique » affirme la liberté de l'Esprit, mais continue souvent à lier l'Esprit de Jésus à des modèles socioculturels déterminés par des contingences historiques. Dans la plupart des groupes, le charisme d'enseignement reste fermé à la femme : ce qui ne l'empêche pas d'en user et abuser par le biais de la prophétie et du témoignage. N. Beaupère `note la même inconséquence dans le pentecôtisme catholique : en refusant à la femme l'accès au sacerdoce, il perpétue, selon elle, l'antique confusion entre le biologique et le charismatique ; il lie finalement les charismes ministériels à la nature et, en définitive, aux organes mâles de la reproduction.

L'apparition d'un pentecôtisme catholique a suscité de violentes réactions chez les pentecôtistes dits historiques. : « Ou bien vous quittez l'Eglise catholique ou bien le Saint-Esprit va vous quitter », déclarait David Wilkerson, pasteur des assemblées de Dieu. De leur côté, des pentecôtistes français répondaient au livre du cardinal Suenens « une nouvelle Pentecôte » par un numéro spécial de leur bulletin intitulé « Non, Monsieur le Cardinal, nous ne sommes pas d'accord » ! Cependant, les relations se sont détendues. David du Plessis a désavoué David Wilkerson, et le dialogue s'est ouvert entre le pentecôtisme historique et le Vatican.

Des contacts se sont aussi établis entre le pentecôtisme et le Conseil oecuménique des Eglises. J. Sherrill, dans « Ils parlent en d'autres langues », raconte comment David du Plessis dont les ennemis de toujours étaient « le péché, le diable et les pasteurs libéraux » se sentit poussé, un jour, é détruire « les murailles que ses amis pentecôtistes et lui avaient élevées pour la défense de ce qu'ils appelaient « l'évangile intégral », et à se rendre à New-York « au quartier général des modernistes » pour prendre contact avec le Conseil OEcuménique. Certaines Eglises pentecôtistes sont même entrées dans cet organisme. D'autres ont expulsé D du Plessis.

Contrairement au pentecôtisme, le mouvement charismatique s'est toujours voulu oecuménique. Il prend cependant, dans les différentes confessions chrétiennes, l'aspect d'un pèlerinage aux sources. Nombreux sont les catholiques qui, avec le Cardinal Suenens, redécouvrent, dans le renouveau, la maternité de Marie et leur antique espérance de voir l'unité des chrétiens se réaliser autour d'elle. Tout aussi nombreux sont les charismatiques protestants qui se voient confirmés dans leur croyance en la nécessité, pour recevoir le Saint-Esprit, d'un baptême ou d'un rebaptême d'adultes par immersion. Ces divergences doctrinales, ces « différences d'accent » ne semblent pas poser de sérieux problèmes dans les groupes charismatiques où se vit un oecuménisme chaleureux, fondé sur une expérience commune, attribuée au Saint-Esprit.

Jérusalem joue un rôle central dans la piété et la liturgie charismatiques. L'Union de prière de Charmes prie pour l'illumination d'Israël dans le sens d'un retour à l'Eternel et non d'une conversion au christianisme. Renonçant à tout impérialisme chrétien, certains groupes catholiques, désavoués par d'autres, vivent aussi l'oecuménisme avec des musulmans dans le respect de leur identité culturelle et religieuse. Ces contacts chaleureux entre chrétiens de confessions différentes, entre chrétiens et non chrétiens, ne sont pas toujours du goût des Autorités ecclésiastiques. L'oecuménisme officiel devra néanmoins tenir compte de cet oecuménisme par la base.

Enfin, les Eglises de réveil tirent leur source de la réforme. Les principes de base de la réforme sont : la justification par la foi seule, l'autorité des écritures seules et le sacerdoce de tous les croyants. L'histoire de l'Eglise met en évidence les enjeux, les motifs les plus significatifs qui, au cours des siècles, ont provoqué des fractures.

A cause de l'accent mis sur les fondements de la foi, les partisans de ce mouvement ont été appelés fondamentalistes. Une connotation négative pendant qu'eux-mêmes, ont préféré être appelés « évangéliques », par opposition au libéralisme (libéraux). Parmi les évangéliques, au départ, deux grandes tendances se dessinaient : l'une mettait l'accent sur l'expérience spirituelle et se concentrait sur l'étude critique de la Bible en affirmant que le christianisme biblique pouvait valablement se défendre dans un test savant.

Vers la fin de la première guerre mondiale (1918), les évangéliques passèrent par une période de controverse à laquelle ils ont perdu leur réputation. Le libéralisme, de son côté, avait aussi perdu son prestige. Car son optimisme ne correspondait plus aux réalités historiques après la guerre. Et c'est de ce chaos que naquit un autre mouvement dit « nouvelle orthodoxie » avec des petits groupes à l'intérieur et une disparité des tendances.

De ces tendances, les uns n'avaient aucune conscience sociale et se concentraient sur l'évangélisation et l'éthique personnelle (pas de danse, pas de cinéma, de jeu de cartes,...) ; une autre tendance se préoccupait de la responsabilité académique et pour des centres intellectuels ; et une autre encore se préoccupait de l'évangélisation et de l'action sociale. Chaque tendance a ses tenants, et nous nous limitons à ne citer que Billy GRAHAM comme l'un des tenants de cette dernière tendance.

A l'origine de la conviction évangélique, il y a d'abord et surtout le témoignage de l'Ecriture qui présente des hommes et des femmes répondant à l'appel du Christ ou des apôtres à se convertir. A titre d'exemple, l'expérience de Paul sur la route de Damas. Il a vu sa vie rapidement bouleversée au point d'emprunter un autre chemin. Sa personne était réorientée dans la perception de Dieu, du monde, et d'elle-même par l'intervention souveraine du Seigneur.

Face au rationalisme qui met en danger les dogmes du christianisme, la conviction évangélique a Augustin (père de l'Eglise) comme point de départ en passant par Luther dans son expérience faite de la justification ; de Calvin dans ses développements théologiques, sur la grâce à Wesley dans l'évangélisation de masse et l'initiative à la décision, de ces grands hommes de réveil à Billy GRAHAM actuellement.

En dehors de l'expérience spirituelle, Henri BLOCHER38(*) donne quelques grands axes de l'identité évangélique, à savoir :

1. Le rapport à Dieu libre de tout intermédiaire dans le dialogue ;

2. Le rapport décisif à l'écriture ou le biblisme évangélique qui prolonge « sola scriptura » des réformateurs, avec le souci, face au modernisme, de défendre et d'illustrer l'autorité et la véracité des Ecritures canoniques ;

3. Le rapport à l'homme et au monde marqué par la sévérité du diagnostic et par rupture ;

4. Le souci missionnaire et l'évangélisation, et l'accent mis sur la pratique des oeuvres bonnes en accord avec l'éthique révélée ;

5. La force de l'esprit communautaire et le caractère confessant des églises évangéliques.

* 38 BLOCHER, H., Unité des chrétiens, théologie des évangéliques 55,VII/84, pp.5-7.

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