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Enracinements polynésiens d'hier et d'aujourd'hui dans l'archipel de Nouvelle Calédonie

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par Tomasi TAUTU'U
Université de Nouvelle Calédonie - Master 2 arts, lettres et civilisations option francophonie 2012
  

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4. La hache ostensoir et le cycle du jade

Cet objet tire son nom français de sa ressemblance avec l'ostensoir du culte catholique. Son caractère de parade n'a pu qu'encourager cette appellation, qui n'a aucun lien avec sa dénomination autochtone. Son nom en Nouvelle Calédonie est en effet lié au casse -tête, « o kono » en ajië, « sio » en dréhu. Il est donc considéré typologiquement plus comme un assommoir que comme une hache. Sa lame peut être en serpentine ou en jade verdâtre. D'Entrecasteaux a remarqué cette arme qui semblait être utilisée comme une hache cérémonielle. Parmi d'autres, la hache que l'on peut voir ci-dessous a été collectée par F.Sarazin (1859-1942) savant allemand à Ouabatche en 1911. Cet objet est un objet de richesse et de prestige, lié aux chefferies lors d'échanges. La matière première nécessaire à sa fabrication se trouve de manière abondante au sud de la Grande Terre, principalement à l'île Ouen. Maurice Leenhardt parle d'un véritable « cycle du jade »123(*). Ce cycle   intéressait notamment les colliers de jade, bracelets de coquillages, monnaies « kanakes » etc. Ces objets ou la matière à l'état brut venaient du sud (île des Pins notamment), migraient vers le nord via les Loyautés, en outre Ouvéa. La hache ostensoir dans les îles avait la particularité de porter un nom propre détenteur d'un néné, d'un esprit et d'une puissance (qui peut être identifié au mana polynésien) et ces haches ostensoirs, par contre ne circulaient pas et servaient de prestige de pouvoir pour les clans détenteurs.

Priday nous dit qu'à Ouvéa, la hache était habitée par l'esprit du dieu Kongo Hulup124(*) :

«  Cette hache servait au sorcier du chef à trancher, en grande cérémonie, les doigts des morts, à nous Européens celui qui presse la gâchette, et aux indigènes celui qui tient le doigtier. Ces symboles de force et d'adresse guerrière étaient offerts à l'esprit de la hache avec un mouvement assuré et solennel, signe d'une immense joie »125(*).

Certains auteurs comme Eliane Métais ont constaté que (1952) :

« La hache ostensoir est un complexe, dans l'élaboration duquel l'influence polynésienne pourrait bien avoir été prédominante »126(*).

Pour cet auteur, la hache ostensoir est une réinterprétation d'objets culturels polynésiens liés au culte du dieu Rongo127(*). Pour Emmanuel Kasarhérou 128(*):

«  Cette hypothèse a le mérite de poser le problème, au travers d'un objet symbolique, des rapports entre les mondes polynésiens et mélanésiens en Nouvelle Calédonie. Elle ne doit pas nous faire oublier la spécificité de la forme et de la matière de cet objet dont on ne connaît aucun équivalent en Océanie, et qui pour cette raison, apparaît comme le symbole de la société néo-calédonienne d'autrefois ».

Autre objet clé, la pirogue, qui a été le moyen de communication et de transport le plus utilisé en Océanie depuis la nuit des temps. Il serait intéressant d'approfondir des recherches sur les échanges entre les groupes, au-delà de leur aire linguistique ou culturelle. Nous sommes persuadés que le recoupement des résultats de ces enquêtes sur le terrain, pourra faire progresser les connaissances sur nos préoccupations.

Photo 5- tirée du musée des Confluences : Exposition virtuelles Cultures, Musée du Quai Branly

* 123 LEENARDT Maurice, les gens de la Grande Terre, Paris Gallimard, N.R.F., p27-28, 228p.

* 124 Le patronyme «  Kongo » ressemble étrangement à « Rongo », un des dieux polynésiens le plus vénéré de cette époque ; les Polynésiens ont-ils apporté avec eux leurs dieux ?

* 125 Priday, A polynesian migration circa 1765, Journal of Polynesian Society, 1950, p 251, cite par Métais.

* 126 Eliane Métais, Hypothèse sur l'origine de la hache ostensoir néo-calédonienne, J.S.O. t. VIII, n°8, décembre 1952 p 137.

* 127 Que les gens d'Ouvéa nomment Kongo Ulup.

* 128 Directeur actuel du Centre Culturel Tjibaou à Nouméa depuis 2010.

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