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Essai sur les élites traditionnelles au Maroc

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par El Mostafa AAOURDOU
Université Moulay IsmaàŻl Meknes - Maroc - Master en science politique 2012
  

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B- les marchands et le cheminement de nouvelles idées

Les bourgeois, anciens négociants, originaires de Fès, l'ancienne capitale du royaume, où le commerce des idées a été intimement lié au commerce des choses74(*). Dépourvus de grands projets et de croyances, ils veulent seulement s'emparer du pouvoir. Aucune manoeuvre n'est exclue y compris des méthodes autoritaires empruntées de leurs origines sociales et professionnelles. Les technocrates et les héritiers tendent à exercer le pouvoir avec tous ses exigences et son prestige. Mais ils écartent les nouvelles méthodes de management, notamment la philosophie de la confiance, le partage des responsabilités, la pratique de la décentralisation. Il s'agit d'une panoplie du paternalisme et d'autoritarisme, qui constituent des handicaps à la démocratisation du système. L'exercice démocratique du pouvoir ne fait pas partie des moeurs des technocrates et de celles, encore plus totalitaires, des héritiers de l'argent. Rompus les un au dirigisme centralisateur, les autres au paternalisme autoritaire, ils arrivent au pouvoir avec des idées préconçues et des plans d'organisation préétablis75(*). Au nom de la prédestination, ils manoeuvrent les richesses nationales. Ils gèrent les affaires déjà faites sans risques ni effort. Simplement parce qu'ils ont servi les intérêts supérieurs de l'Etat, ceux de la famille patriarcale et héréditaires des grandes familles. Leur accession aux postes clés de la société ne change rien à leur mentalité de bureaucrates ou de chefs de familles, rien non plus à leurs méthodes de travail. Mais ils sont tous avides du pouvoir, ils ne veulent plus le quitter76(*). Sous pression des générations montantes, de la prolifération de la culture et des diplômes, les technocrates et les héritiers sont contraints d'inventer d'autres dimensions nécessaires pour l'exercice du pouvoir. L'appel à la réforme des connaissances et des expériences individuelles, laisse croire que le temps de la mise en valeur du potentiel de l'individu a surgi. La recherche du génie de l'être humain et de ses potentialités remplacent l'aspiration au profit et au pouvoir. En réalité, il ne s'agit que d'un effort de conformité avec le discours officiel, absorbant le mécontentement des classes inférieures, sans aucune ambition politique d'accomplissement d'un projet de réformes institutionnelles aboutissant à une démocratisation de la vie économique et politique du pays. Tout d'abord parce que ces projets sont initiés par des dirigeants, qui est de leur intérêt de garder le statu quo. Ils proposent des changements, pour contrarier d'autres plus radicaux. En effet les transitions sociales, les différentes mutations internes et externes, imposent la transformation des comportements de ces groupes. Mais l'héritage du passé garde toujours son influence sur les esprits. Les héritiers continuent de contrôler le sort des citoyens. Les technocrates ne sont pas les seuls privilégiés, d'autres héritiers de la culture et de l'origine chérifienne s'efforcent pour se faire place au sein du système.

* 74 -Lhachmi Berrady , la formation des élites maghrébines, LGDJ, 1973, p. 147.

* 75 -Pierre Rosanvallon, le peuple introuvable, Histoire de la représentation démocratique en France, Folio-histoire, 1998.

* 76 - Ali Benhaddou, op. cit, 1997, p. 86.

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