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Essai sur les élites traditionnelles au Maroc

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par El Mostafa AAOURDOU
Université Moulay IsmaàŻl Meknes - Maroc - Master en science politique 2012
  

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b- les notables jouent un rôle de stabilisateur

Pour contenir la poussée de la classe moyenne urbaine, et entériner la survie d'un jeu politique réservé aux élites, la monarchie s'est alliée aux élites rurales au cours des premières années de l'indépendance. Le parti de l'Istiqlal a manifesté une volonté de domination, et le monarque craignait une situation de fait le réduisant à un rôle symbolique. De ce fait la monarchie se servait du monde rural par le biais de ses élites pour faire contrepoids aux autres forces politiques. Le monde rural devenait une réserve de voix électorales, en contre partie, l'administration marocaine assurait la protection des intérêts des élites rurales. En effet, les forces sociales et politiques qui ont manifesté leur volonté d'adopter des réformes structurelles, se sont trouvées face à des groupes, ayant déjà bénéficié du régime colonial notamment la monarchie et les notables. Cette alliance a survécu depuis le milieu des années soixante du siècle précédent jusqu'à nos jours, en dépit d'énormes changements survenus. Le régime notabiliaire a fonctionné comme système stabilisateur du régime, il a pu contenir la poussée de la classe moyenne urbaine62(*), et a restauré l'équilibre rompu. En effet la classe politique traditionnelle au Maroc, maintient encore le champ politique, sans permettre l'ascension des autres couches. A l'exception d'une petite minorité, qui a réussi à améliorer son sort. Cette situation s'explique par le fait que les efforts de modernisation déployées par la France pendant son occupation au Maroc n'ont touchées qu'une minorité des marocains. Le système éducatif était sélectif, des écoles furent créer pour les fils des notables qui allaient devenir les « évolués » marocains63(*). Alors que l'instruction du reste de la population fut négligée, malgré la pression des nationalistes, les réformes promises n'ont pas été appliquées. Les efforts de la France sur le plan de l'enseignement n'ont touchés qu'une mince frange de la population. Les carrières militaires et certains postes administratifs accordés parcimonieusement, ont familiarisé un autre secteur de la population avec les méthodes françaises. Le premier groupe était essentiellement d'origine rurale et le second surtout d'origine urbaine. Tout deux ont hérité, après 1956, de l'autorité administrative et militaire du pays et constitue l'élite politique du Maroc64(*). Les relations des grandes familles avec le Makhzen ont favorisé l'émergence de la nouvelle élite au pouvoir. Ces individus, en dépit de la formation moderne qu'ils ont subie, continuent de faire recours aux mêmes méthodes de gouvernement traditionnelles inculquées par leurs parents. Ces nouveaux notables ont hérité l'administration politique et militaire du pays, en surplus des richesses familiales accrues pendant la période coloniale, sans négliger les relations tissées entre les familles. Force est de constater que la classe politique du Maroc est constituée des gens ayant bénéficié des bienfaits de l'hérédité, le caractère conservateur de l'élite, et son immobilisme politique, ont constitué des facteurs paralysant la démocratie amorcée juste après l'indépendance du pays, et un obstacle devant l'édification d'une administration moderne, fondée sur la base de la compétence et l'efficacité comme, critères de recrutement et de promotion.

Les notables tentent par tous les moyens, de maintenir le statuquo. L'hérédité en constitue une méthode préférée. Elle est utilisée pour éviter le danger de la rotation des élites, pouvant générer l'ascension des éléments parvenus d'en bas pour intégrer l'élite. Cette hypothèse risque de mettre en péril les intérêts des biens matériels et politiques de ces groupes65(*). L'hérédité était avant le protectorat un moyen d'occuper les fonctions du Makhzen, bien que ces fonctions fussent mal délimitées, elles tendaient à devenir héréditaires. Les moeurs politiques n'en furent pas changées, par le contact direct avec les nouvelles techniques administratives et économiques introduites au Maroc par les français66(*).

Sur le plan politique les notables ne se sont en effet portés fidèles à aucune idéologie, ou à une tendance politique, pour ces ruraux, c'est la personne qui importe. Dans bien de cas le choix d'un individu n'est que la réplique de celui de son père ou de son frère ainé. L'avis favorable des autres l'emporte bien sur des considérations idéologiques67(*).

Un double rôle est assigné à ce groupe, le premier se situe au niveau national, alors que le second revêt un aspect local, à ce niveau les notables ont développés des rapports avec le pouvoir central. la densité de cette relation a donné naissance à un pouvoir local dont la consolidation a permis d'échouer le projet de la démocratisation de la vie politique au niveau de la commune et l'amorce d'une politique de réforme agraire. Cette démarche initiée par le gouvernement Abdallah Ibrahim, tend en premier lieu à mettre en péril le système notabiliaire. Son dépérissement ouvre la voie devant les partis du mouvement national pour prendre les rênes du pouvoir local. Mais les relations d'allégeances et de fidélités locales tissées par les notables ont pressé l'avortement de ce projet. Dans les sociétés à base clanique ou tribale, les grandes familles ont utilisé la marge de manoeuvre que leur permet leur fortune, le groupe des proches, serviteurs, khemmas, obligés et clients. Ils ont joué à la fois des liens de solidarité et de fidélité personnelles qui constituent la trame des relations sociales et de distribution des avantages, places, honneurs et argent qui forment à la fois l'enjeu et le moyen d'influence politique68(*). Ainsi il s'avère que le monde rural est encore prisonnier de son passé notabiliaire. Un nouveau projet est adopté, il continue de voir les problèmes dans les perspectives du temps passé.69(*)

* 62 -Bernard Cubertafond, le système politique marocain, op. cit, p. 25.

* 63 - John Waterbury, le commandeur des croyants..., opt.cit, p. 61.

* 64 - John Waterbury, le commandeur des croyants..., opt.cit, p. 104.

* 65 - Pierre Rosenvallon, la démocratie inachevée, éditions Gallimard, 2000, p. 172.

* 66 -Gille lafuente, Politique berbère de la France et nationalisme marocain, éditions L'Harmattan, 1999, p. 161.

* 67 - John Waterbury, Le commandeur des croyants..., opt.cit, p. 102

* 68 - Jean Marie Denquin, science politique, éditions Puf, 1996, p. 298

* 69 -Ihazrir Abdelmalek, paysans, élites rurales et politique agricole, thèse d'Etat en science politique, 1996, op. cit, p .73.

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