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Mutations urbaines : pratiques et perceptions


par Bertrand BOUTEILLES
Université de la Réunion - Master 1 de géographie 2010
  

Disponible en mode multipage

-1-

UNIVERSITE DE LA REUNION
Faculté de Lettres et des Sciences Humaines
Département de Géographie

Mémoire de Master 1 de géographie
année universitaire 2009-2010

Mutations urbaines:

pratiques et perceptions.

* * *

Un quartier de Saint-Denis de La Réunion:

La Source

---

Bertrand BOUTEILLES

Sous la direction de Monsieur Jean-Michel JAUZE
Professeur des universités, Directeur de Recherche
Université de La Réunion

Mutations urbaines:

pratiques et perceptions.

Un quartier de Saint-Denis de La Réunion:

La Source

* * *

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Bertrand BOUTEILLES

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åÊÆíÈæ åÊÇÏÇÚ äÈÇ æå áÌÑáÇ ÇÐå

ßáåÊÓãáá ÉíÌÇÒãáÇ ÊáÇÍáÇ äã ÈíÌÚáÇ ØíáÎáÇæ ÉÚíÈØáÇ äÈÇ Óíáæ.

äæÏáÎ äÈÇ

L'homme est fils de ses habitudes et de son milieu, et non fils de sa nature et de son mélange d'humeurs

Ibn Khaldoun

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Introduction

Des enjeux urbains majeurs, comme le Tram-train ou la nouvelle Route du Littoral, sont actuellement en discussion à l'échelle de l'île, au lendemain des dernières élections régionales. Le débat continue également à Saint-Denis, touchée en partie par ces grands projets en son coeur de ville, et désirant en amorcer de nouveaux, tels le percement d'une tranchée couverte sous le Barachois ou encore la construction de l' « Espace Océan »1.

Ces grands projets ne se font pas sans impact sur l'environnement. Désormais la nouvelle Route des Tamarins marquera durablement les pentes de l"ouest de l'île; et l'implantation du Boulevard Sud dans l'agglomération dionysienne en fait un axe majeur de l'espace urbain.

Par ailleurs, nous pensons comme R. Park que « la ville [ne se réduit pas à sa structure], c'est avant tout un état esprit »; et si elle ne semble qu'une structure artificielle, « elle est [en fait] le résultat d'une organisation morale et matérielle. »

Les sociétés construisent des villes, les organisent, les planifient. Mais à leur tour, ces mutations urbaines imposées aux habitants orientent certaines de leurs pratiques ou de leurs représentations du territoire.

En effet, ces mutations de structures concernent le géosystème urbain dans son ensemble; et c'est ainsi que les populations, les activités, les pratiques, les espaces symboliques évoluent avec la morphologie de l'espace urbain.

Aussi face à ce constat allons-nous tenter de répondre à la problématique suivante: En quoi la modification de la structure urbaine constitue-t-elle un facteur de changements socioculturels pour la population ?

Autrement dit: comment la population vit-elle et perçoit-elle les mutations urbaines de son quartier ?

En quoi la modification de la structure urbaine peut-elle être créatrice de territoires, et comment la population s'approprie-t-elle ces mutations successives ?

Nous allons tenter de répondre à cette problématique générale en étudiant le cas particulier du quartier de La Source, situé entre le centre-ville et les rampes de Bellepierre. En effet, sur sa portion comprise entre le pont Vinh San et la tranchée couverte, une partie des immeubles et maisons de ce quartier urbain ont été détruits pour laisser place au Boulevard Sud. Et désormais le quartier doit compter avec ce nouvel axe qui le traverse.

Aussi, pour répondre à notre problématique, nous verrons dans une première partie comment la

1 Terme employé par la nouvelle municipalité de Saint-Denis

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géographie humaine, avec ses outils spécifiques, aborde les questions de transformation des milieux urbains.

Dans une seconde partie, nous présenterons les différentes hypothèses que nous nous proposons de résoudre, ainsi que les outils et la méthodologie que nous emploierons afin d'étudier ce terrain.

Enfin, dans une troisième partie intitulée « Étude de Cas », nous exposerons les premiers résultats obtenus à partir du questionnaire d'enquête ainsi que les informations que nous avons pu tirer de la mission photographique de 1950.

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1. La géographie face au phénomène urbain

1.1 Histoire de la géographie des milieux urbains

Naissance de la géographie urbaine

Il y a peu de temps encore les populations mondiale et réunionnaise étaient largement rurales, et ce n'est qu'à partir de la moitié du XXe siècle que va débuter et s'accélérer l'urbanisation des sociétés. A cette époque et sur le plan mondial «seulement 30% des habitants de la planète sont considérés comme urbains ».2 Dans le même temps à La Réunion, Jean Defos du Rau estime qu'« il n'y a dans l'île que trois agglomérations essentiellement urbaines: les centres-villes de Saint-Denis et de Saint-Pierre et le Port ».3

C'est avec l'essor de plus en plus important des villes que les géographes vont développer une géographie spécifique à ces espaces, car « alors que la population du globe a quadruplé depuis 1850, la population urbaine s'est multipliée par 10 »4. Il est alors intéressant de noter que face à d'autres branches de la géographie (physique, rurale...), la géographie urbaine demeure relativement récente et prend ses racines dans la géographie humaine de la fin du XIXe siècle. Ceci s'explique donc parce que cette discipline géographique nait avec l'objet -la ville- qu'elle va étudier.

Dans son Histoire de la Géographie5, Paul Claval indique que la géographie est marquée autour de 1900 par la naissance des autres sciences sociales. Des « querelles de délimitation » apparaissent et produisent trois courants géographiques majeurs, favorisés par la montée et les spécificités des écoles nationales développées en France, mais également en Allemagne et aux États-Unis.

En Allemagne, la discipline est d'abord axée sur la question de la population dans le paysage (Landschaft en allemand dépasse les significations du mot français paysage). « Et l'idée [mise en avant] c'est [qu'] à travers le paysage [...] on peut repérer les espaces modelés par un peuple »6. Dans l' école allemande, la géographie urbaine sera abordée en 1933 à travers la notion de voisinage et de hiérarchie urbaine, grâce à la théorie de Christaller sur les lieux centraux.

Au même moment en France, la notion d'urbanisme émerge à la suite notamment de l'important renouvellement urbain mené à Paris par le baron Haussmann, dans la seconde moitié du XIXe siècle. Ainsi dans son article intitulé La ville, objet ou problème ? La géographie

2 PAULET, J.P, Manuel de Géographie urbaine, 2009.

3 DEFOS DU RAU, J., L'île de La Réunion - Etude de Géographie humaine, 1960.

4 HAROUEL, J..L., Histoire de l'urbanisme, 1993.

5 CLAVAL, P., Histoire de la Géographie, 2008.

6 CLAVAL, P., Histoire de la Géographie, 2008.

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urbaine en France (1890-1960)7, Marie-Claire Robic nous indique que c'est en 1900 que Jean Bruhnes utilise le premier l'expression « géographie urbaine » dans une communication sur « Le boulevard comme fait de géographie urbaine ».

Mais cette incursion dans le monde de la ville est en fait peu suivie, et durant cette « période qui va de 1890 à 1950 [...] la géographie revêt sa forme classique [comme] science naturelle des paysages et des sociétés. Elle fait une large place à l'étude des faits physiques et se montre plus à l'aise dans le traitement des sociétés traditionnelles que dans celui du monde urbain et industrialisé dont la mise en place s'accélère. »8

Des études urbaines sont menées par des géographes tels que Paul Vidal de La Blache ou Raoul Blanchard9 qui s'adonnent dans un premier temps à rédiger des monographies de grandes villes françaises, et étudient également des villes européennes comme Londres10.

Au même moment, d'autres disciplines vont alors s'intéresser de plus près au phénomène urbain, et c'est à la Société Française des Urbanistes (SFU) créée en 1911 que revient l'approche urbaniste de la société la plus avancée. Ce mouvement est composé avant tout de techniciens de la ville: architectes, ingénieurs, géomètres, paysagistes. En 1923 la SFU met en avant que « Le Plan (de ville) est une oeuvre d'ensemble qui a pour but de fournir les directives générales permettant de modeler la ville au fur et à mesure de son développement. Cette oeuvre d'ensemble... a besoin d'être étudiée en fonction de données anthropo-géographiques, économiques et sociales bien définies. »11

Enfin aux États-Unis, l'école de Chicago commence à s'intéresser à la ville dès la fin du XIXe siècle. Elle se transforme peu à peu, sous l'impulsion de son département de sociologie, en véritable lieu dédié à l'observation et à l'analyse des comportements collectifs et des interactions urbaines. Ces textes et cette approche globale de la ville inspireront longtemps la géographie américaine, dont Carl Sauer qui étudiera surtout « les relations entre les groupes humains et leur environnement »12.

Cette école de Chicago est principalement axée sur les relations individus / environnement à travers le prisme des sciences sociales. Et même si elle utilise pour ses besoins propres des techniques cartographiques, et si son lieu d'investigation est la ville révélatrice « des processus sociaux »13, elle ne peut être identifiée véritablement comme un courant géographique à part entière.

7 ROBIC, M.C., La ville, objet ou problème ? La géographie urbaine en France (1890-1960), 2003.

8 CLAVAL, P., Histoire de la Géographie, 2008.

9 BLANCHARD, R., Grenoble. Étude de géographie urbaine, 1911.

10 VIDAL DE LA BLACHE, P., États et nations de l'Europe autour de la France, 1889.

11 Le portail des urbanistes français - Historique SFU, http://www.urbanistes.com/page-4.html.

12 CLAVAL, P., Histoire de la Géographie, 2008.

13 GRAFMEYER, Y.; JOSEPH, I., L'école de Chicago: naissance de l'écologie urbaine, 1984.

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De ces trois écoles nationales du début du XXe siècle nous pouvons tirer quelques conclusions: La discipline géographique est d'abord utilisée pour comprendre pourquoi les villes sont situées sur un endroit et pas sur un autre. « On ne s'intéresse alors encore qu'à la morphologie de la ville : son plan, l'évolution de son bâti, la spécialisation de ses quartiers... dans une perspective [...] « spontanéiste », comme si la ville n'était que le produit de l'Histoire et de la Nature... »14 . Ainsi, ce sont les facteurs naturels qui expliquent la présence d'une ville.

« La géographie classique [...] en se limitant à l'observation et la description »15, met en avant non pas simplement le site, autrement dit le lieu même où s'installe la ville, mais la position de ce site dans son entourage, c'est à dire son intégration au réseau existant des villes.

Ainsi, la discipline s'intéresse plus à la forme de la ville, à sa place dans le paysage, autrement dit aux aspects extérieurs « de » la ville, qu'à ce qui se passe « dans » la ville.

A contrario, les chercheurs en sciences sociales et les urbanistes vont privilégier les relations qu'entretiennent les individus avec la ville.

Mais dans la période de l'entre deux guerres, la population urbaine connaît une constante augmentation. « C'est en effet à l'occasion du recensement de 1931 que l'on a enregistré pour la première fois un effectif de population urbaine supérieur à celui de la population rurale. »16

Et, dans cette première moitié du XXe siècle, la ville n'est encore pensée que de manière parcellaire, chaque discipline l'étudiant à travers son prisme particulier. C'est la seconde guerre mondiale qui va bouleverser les approches, car c'est une vision globale qui doit s'imposer pour aider à la reconstruction des villes dans toute l'Europe.

La géographie urbaine à partir des années 1950 en France

EN MÉTROPOLE

La reconstruction des pays va passer d'abord par la reconstruction de ses villes. En France une ville comme le Havre va être entièrement rebâtie par l'architecte Auguste Perret. Les matériaux et techniques de constructions, qui ont énormément évolué depuis le début du siècle, permettent alors la maîtrise industrielle de la production de béton. Aussi entre 1954 et 1972 la construction va passer en France d'un peu plus de 100000 logements à près de 55000017.

Le visage de la ville va alors évoluer très rapidement , tout comme l'approche qu'en ont les géographes. En 1963, Jacqueline Beaujeu-Garnier et Georges Chabot écrivent le « Traité de géographie urbaine » qui marquera le début d'une véritable « consécration »18 de la discipline dans le champ géographique.

14 JANIN, E., La ville sous l'oeil du géographe, 2009.

15 PAULET, J.P., Manuel de Géographie urbaine, 2009.

16 JOUVENEL, H., Radioscopie de la France en mutation 1950-2030, 2003.

17 JACQUOT, A., Cinquante ans d'évolution des conditions de logements des ménages, 2006.

18 JANIN, E., La ville sous l'oeil du géographe, 2009.

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Ces auteurs qui « connaissent très bien les travaux des géographes urbains »19 contemporains abordent des notions de géographie traditionnelle tout en développant de nouvelles idées traitées par ailleurs dans d'autres milieux géographiques. A propos de la ville on parle dès lors de fonctions urbaines, d'aménagement du territoire, des réseaux urbains, de mutations urbaines ou encore plus généralement d'espace perçu, d'espace vécu...

Cette explosion démographique des villes et le renouveau des recherches font qu'en 1983, certains géographes considèrent « la géographie urbaine en France comme le domaine le plus fréquenté de la discipline. »20 Ce domaine devient peu à peu le carrefour incontournable des nombreuses autres disciplines qui étudient la ville comme la sociologie, la politique ou encore l'économie.

A LA RÉUNION

C'est Jean Defos du Rau qui le premier abordera brièvement en 1964 dans sa géographie humaine de l'île de La Réunion21 son aspect urbain. A son époque et malgré la départementalisation intervenue en 1946, seules trois agglomérations peuvent être considérées comme de véritables villes: Saint-Denis, Saint-Pierre et Le Port. Or à La Réunion, entre 1968 et 2006, la population va passer de 416 000 habitants à près de 782 000. Et « l'accélération de la croissance urbaine, [va devenir] le phénomène majeur de ce temps . »22.

Fig. 1: Plan de Saint-Denis par Jean Defos du Rau en 1946.

Aussi l'État et les collectivités territoriales vont-ils se donner les moyens de planifier et d'organiser le

territoire, par l'intermédiaire
d'organismes tels que la DATAR23 ou l'Atelier d'Urbanisme de La Réunion. Ils vont s'attacher d'abord à la résorption massive de l'habitat insalubre en construisant des logements sociaux, et dans un second temps maîtriser l'étalement des grands pôles urbains devenus selon certains de véritables « éléphants»24.

Face à ces développements rapides, le thème de la ville va être étudié spécifiquement par une

19 TROTIER, L., Cahier de géographie du Québec, 2002.

20 PUMAIN, D. et alii., Jouer de l'ordinateur sur un air urbain,1983.

21 DEFOS DU RAU, J., L'île de La Réunion - Etude de Géographie humaine, 1960.

22 HUC, C., Journal de l'île de La Réunion, 11 Août 1976.

23 DATAR: Délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale.

24 BARONCE, G., Saint-Denis de La Réunion, l'éléphant urbain, 2009

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nouvelle génération de géographes réunionnais. Ces recherches donneront lieu à des ouvrages explorant des dynamiques urbaines comparées, comme entre Maurice et La Réunion par exemple25, ou présentant des études de type régional26 ou portant sur les mutations de la ville de Saint-Denis27.

Des travaux provenant de disciplines connexes comme l'anthropologie, l'ethnologie, ou encore la sociologie et les réseaux complètent ces études. Ces disciplines vont s'attacher à décrire les interactions et les influences de l'urbain sur les habitants de l'île, et cherchent à appréhender les nouvelles façons que les réunionnais ont de vivre leur ville. Autrement dit, elles tentent de comprendre les effets produits par ces nouvelles urbanités que sont les zones péri-urbaines et les nouveaux quartiers de vie28.

Ainsi à La Réunion comme en métropole, la géographie urbaine ne peut se comprendre qu'à travers une approche multidisciplinaire.

Comme en témoignent les nombreuses approches de la ville au cours du temps, celle-ci est avant tout un lieu de centralité d'où viennent et partent des flux de toutes sortes. C'est un espace contraint essentiellement par des facteurs d'ordre naturel, historique et humain. Cet espace non homogène regroupe dans son périmètre et de façon inégale habitants, habitats, réseaux, activités, déplacements, patrimoine... Pour approcher un tel espace nous adopterons « la très classique approche systémique »29 qui nous permettra d'aborder des notions essentielles pour la suite de notre travail, en étudiant dans deux parties distinctes l'espace urbain réel, visible puis l'espace urbain symbolique, invisible.

1.2 La ville et le quartier aujourd'hui à La Réunion

Peut-être plus que l'espace symbolique, l'espace réel est avant tout un produit de la société agissant sur son espace physique. Dans les villes, l'homme, de façon collective ou individuelle, organise son espace. Il subdivise sa ville en quartiers, construit des axes pour les transports, tente de maîtriser l'étalement de son aire urbaine...Autrement dit il structure peu à peu son espace, produit un maillage selon son tempérament et les obstacles qu'il rencontre.

Ainsi, comme J.-P. PAULET nous pensons que « le relief guide l'extension urbaine, et le plan est le résultat d'un certain nombre de choix de la société qui édifie la cité. [...] Chaque ville est en ce sens unique car son histoire lui est propre, cette combinaison repose toujours sur un nombre limité de formes géométriques (aréolaires, linéaires, ruptures, quadrillages ou dissymétrie). »30

25 LEFEVRE, D., Organisation de l'espace à Maurice et à La Réunion, 1986.

26 JAUZE, J.M., Dynamiques urbaines au sein d'une économie sucrière: La région Est - Nord-Est de La Réunion, 1997.

27 DUPONT, G., Saint-Denis de La Réunion, ville tropicale en mutation, 1990.

28 Entres autres E; WOLFF ou M. WATIN

29 PAULET, J.P., Manuel de Géographie urbaine, 2009.

30 PAULET, J.P., Manuel de Géographie urbaine, 2009.

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Le développement urbain de Saint-Denis

Le plan actuel de Saint-Denis est la parfaite illustration de son développement, puisqu'à lui seul, il nous permet de comprendre rapidement les différentes périodes de structuration urbaine qu'a connu la ville. Nous distinguerons essentiellement trois phases majeures, mentionnées par Guy DUPONT dans son ouvrage sur Saint-Denis31: « La première s'étend de la création et de l'expansion originelle aux années 1860 (fig.1 période 1); la deuxième caractérisée par la léthargie et même la récession urbaine couvre la période de 1860 à la deuxième guerre mondiale (fig.1 période 2); la troisième enfin faite d'une croissance explosive, puis soutenue, [...] que nous connaissons depuis la fin de la deuxième guerre mondiale (fig.1 période 3) ». C'est durant cette période que la densification des zones planes s'est développée, avec un étalement vers les hauts de la commune facilité par le tout automobile.

Fig. 2: Les trois temps du développement urbain de Saint-Denis

31 DUPONT, G., Saint-Denis de La Réunion, ville tropicale en mutation, 1990.

Les trames urbaines: une caractéristique de quartier ?

La trame urbaine, comme la trame de tissu, correspond à la façon dont les voies de circulation et le bâti sont agencés. Cette organisation globale des réseaux et du bâti peut permettre de faire ressortir des particularités liées à l'histoire de la construction d'un quartier.

La trame dépend de deux facteurs principaux:

· la volonté de la société qui planifie plus ou moins fortement l'espace: la régularité des motifs de la trame

· le milieu naturel sur lequel l'action de l'homme s'exerce: la forme de la trame

 
 

Cette trame est liée à une
planification forte s'appuyant
sur un espace non encore
structuré, qui reste totalement
à organiser .

 

Hypercentre de Saint-Denis Motif régulier, forme de

damier

Cette trame est composée
d'une voirie simple; c'est à
dire que c'est autour de la
voirie, construite en premier,
que le bâti est ensuite
implanté.

Quartier de La Montagne Motif régulier, forme de

chandelier

Dans ce troisième exemple, la
structure viaire est complexe
et fragmentée. La nouvelle
voirie s'adapte au bâti
existant et aux axes
précédemment tracés

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Quartier de La Source Pas de motif régulier, forme

complexe

Sans se prononcer de façon exclusive, nous pouvons tirer de ces exemples deux conclusions:

· Quand la trame est composée de motifs réguliers, l'emprise du quartier est plus facile à déterminer, ce qui n'est pas le cas du quartier de La Source.

·

-13-

Les formes géométriques simples (chandelier, damier) sont associées à des périodes de forte planification urbaine qui s'exerce sur des espaces vides. A contrario, dans des quartiers comme La Source où l'histoire urbaine est plus chaotique, et pour lesquels les mutations se sont étalées dans le temps, le motif et la forme de la trame urbaine sont complexes.

Des fonctions urbaines structurantes

Dans un premier temps, les fonctions urbaines ont été assimilées à la ville; on peut aujourd'hui tenter de comprendre comment sont réparties les différentes fonctions dans son organisation. Non pas pour comprendre « les lieux comme s'ils étaient prédestinés exerçant une fonction en vertu d'une vocation »32 mais bien pour établir des « pôles d'activité plus ou moins bien accomplis » 33 comme nous le recommande R. BRUNET.

La BD TOPO® Pays de l'IGN34 distingue huit classes d'objets dans une zone agglomérée: administratif, culture et loisirs, enseignement, gestion des eaux, industriel ou commercial, santé, sport et transport. Si l'on ajoute les fonctions résidentielles (essentiellement au-dessus des 100m d'altitude) et militaires (à l'ouest de la Rivière des Pluies et au pied de La Montagne), on couvre la majorité des fonctions urbaines.

Fig. 3: Les classes d'activités de Saint-Denis

La corrélation entre quartier et fonction urbaine pourrait être définie assez finement (en calculant par exemple le ratio surfacique entre bloc IRIS de l'INSEE et classe d'activité de la BD TOPO). Toutefois, pour notre travail, nous en resterons à une analyse plus simple et intuitive.

Nous noterons donc qu'un certain nombre de quartiers peuvent être associés à leur fonction

32 BRUNET, R. et alii., Les mots de la géographie: dictionnaire critique, 1993.

33 BRUNET, R. et alii., Les mots de la géographie: dictionnaire critique, 1993.

34 Institut Géographique National, BD TOPO® Pays Version 1.2 - Descriptif de contenu, 2002.

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spécifique (administrative, commerciale...), ce qui structure fortement leur espace. En revanche d'autres quartiers ne présentent pas de fonction majeure suffisamment forte, et sont considérés alors comme des quartiers de résidence à habitat individuel ou collectif, comme La Source.

Quartier

Fonction principale

Bellepierre

Résidence (individuel)

Centre-ville

Administrative et commerciale

Champ Fleuri

Sportive et administrative

Commune Prima

Industrielle et commerciale

Le Chaudron

Résidence (collectif)

La Source

Résidence (collectif)

Petite-Ile

Militaire et industrielle

Moufia

Enseignement

Fig. 4: Quartiers de Saint-Denis et leurs fonctions principales

Le quartier comme échelle de recherche

La première approche que l'on peut avoir du quartier est liée directement à l'organisation spatiale et sociale de la ville. « Portion assez quelconque de l'espace »35, on a vu précédemment qu'il pouvait déjà se distinguer par ses fonctions, sa structure, son histoire...

Mais ces critères n'en font pas toutefois un véritable territoire, c'est à dire un espace approprié. Pour cela il faut, de plus, tenir compte de la perception de ses habitants, de l'homogénéité de leurs représentations et de leurs habitudes de vie. Autrement dit, il faut « passer d'une géographie de l'objet quartier à une géographie du sujet producteur de cet objet, étant entendu qu'entre objet et sujet la relation est dialectique »36. Ainsi nous reprenons à notre compte l'idée que le quartier est d'abord « medium fort subtil de l'interaction sociale »37 où le flou de ses limites est peu à peu levé par les habitants eux-mêmes.

Quant à la spécificité du kartié réunionnais, Michel WATIN nous indique qu'il tend, surtout en milieu urbain, à disparaître: « A la diversité sociologique du kartié créole succède maintenant un quartier sociologique homogène où l'accès à la résidence est fonction des revenus. »38

Reste toutefois que c'est sur ce territoire que se cristallise une vie sociale spécifique. En témoignent l'organisation spatiale de l'espace par les boutiks, le marché forain et autres terrains de jeux, les relations inter-individuelles entre voisins et amis qui se connaissent de longue date,

35 BRUNET, R. et alii., Les mots de la géographie: dictionnaire critique, 1993.

36 HUMAIN-LAMOURE, A.L., Le quartier comme objet en géographie, 2009.

37 DI MEO, G., Géographie sociale et territoires, 1998.

38 WATIN, M., Les espaces urbains et communicationnels à La Réunion: Réseaux et lieux publics, 2005.

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les structures associatives, sportives et culturelles qui peuvent permettre d'approfondir l'histoire du quartier...39

Aussi le terme de quartier, dans la mesure où il indique une échelle tout en signifiant des liens noués entre l'espace et ses habitants, nous semble approprié pour la suite de notre recherche.

La mobilité et l'espace public

Il apparaît de plus en plus que les notions de mobilité et d'espace public sont intimement liées. En effet, plus les habitants d'un quartier ont la possibilité d'aller ailleurs trouver ce qu'ils désirent -que ce soit pour des raisons professionnelles, pour des achats ou pour leurs loisirs, plus le risque est grand qu'ils négligent leur environnement immédiat. « Avec la démocratisation de la voiture, et l'amélioration du réseau routier, sortir du kartié ne constitue plus du tout un acte exceptionnel. Les individus peuvent plus facilement qu'avant [...] entretenir des relations suivies avec des personnes [...] dispersées sur toute l'île. »40 A cela M. WATIN ajoute les réseaux de télécommunication et la transformation de l'espace médiatique comme catalyseurs d'espaces publics.

Dans la mesure où ces notions de mobilité et d'espace public ont un impact direct sur les habitudes des populations, nous pouvons en déduire que c'est l'idée même de territoire qui est modifiée.

Dans notre travail, ce lien est confirmé par les projets d'aménagement du Boulevard Sud, dont l'objectif, en plus de fluidifier la circulation, consiste à « être générateur d'espaces publics dignes de ce nom. »41

C'est à dire qu'au-delà de la structure urbaine proprement dite, il nous faut à présent nous pencher sur des aspects plus humains de la géographie urbaine de La Source, et définir plus précisément les idées de perception, de pratiques et d'identité des groupes humains qui se rattachent à ce quartier.

39 En ce sens le livre de Clairy Andoche et des jeunes du foyer de La Source aux éditions Azalées en est un très bon exemple (cf. bibliographie).

40 WATIN, M., Les espaces urbains et communicationnels à La Réunion: Réseaux et lieux publics, 2005.

41 DDE REUNION, Le Boulevard Sud: un boulevard urbain - un boulevard humain, 1996.

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1.3 Les concepts importants de la sociologie urbaine

Des espaces vers le territoire

DES ESPACES...

Dans son travail sur le quartier du Bas de la Rivière, V. TREPORT42 se réfère principalement à G. DI MEO43 (et dans une moindre mesure à A. FREMONT44) pour distinguer un certain nombre d'espaces utiles à la définition du territoire. Nous en retiendrons trois qui nous semblent particulièrement pertinents pour notre travail:

Fig. 5: Limites INSEE du quartier de La Source

Tout d'abord l'espace produit, car c'est avant tout l'espace dans lequel nous vivons. Cet espace n'est pas figé dans le temps, puisqu'il est le résultat des représentations et des actions de l'homme; il est donc amené à évoluer sans cesse. Néanmoins, du point de vue du géographe, c'est également un espace donné car c'est celui qui nous est donné d'étudier.

L'espace produit est donc soumis à deux influences qui interagissent avec cet espace: celle de l'action individuelle ou collective, que l'on nommera: « pratiques sociales », et celle de l'imaginaire, de la perception, du symbolique. Les deux conjuguées prennent forme dans des visions, ou des représentations et des actions, qu'elles soient individuelles ou bien collectives. La création d'une agence d'urbanisme45 ou les plans locaux d'urbanisme (PLU) à l'échelle d'une commune répondent bien à une action de la collectivité pour la production d'un nouvel espace. Ces deux composantes se mêlent donc et interviennent sur l'espace produit afin de créer au cours du temps un nouvel espace produit.

42 TREPORT, V., Relation entre identité et territorialité, 2006.

43 DI MEO, G., Géographie sociale et territoires, 1998.

44 FREMONT, A., La région espace vécu, 1999

45 Telle que l'Agence pour l'observation de la Réunion, l'aménagement et l'habitat (Agorah)

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Puis l'espace perçu, que nous confondrons, sauf mention explicite, avec l'espace vécu. A ce stade la distinction entre l'espace vécu, c'est à dire l'espace dans lequel est impliqué le sujet, et l'espace perçu, c'est à dire l'espace perçu pour lequel le sujet est distant, ne sera pas prise en compte afin de faciliter la simplicité du propos.

Cet espace perçu va bien au-delà des limites de l'INSEE, puisque pour Clairy Andoche46 il comprend en plus le lavoir, la rue Bertin, le palais de La Source, et même le Jardin de l'État...

Fig. 6: Limites du quartier de La Source selon Clairy Andoche

Enfin, concernant l'espace social, nous reprendrons la définition de V. TREPORT: « L'espace social est l'imbrication des lieux et des rapports sociaux. [...] Pour FREMONT, l'espace social correspond au territoire. »

...VERS LE TERRITOIRE

Le territoire est ainsi une appropriation de ces différents espaces. C'est à dire la superposition des espaces physiques et symboliques, l'interface entre réalité physique et perception de l'espace. Ainsi; nous avons donc un espace physique, construit, délimité, intégré et surtout approprié qui aboutit au sentiment d'un territoire partagé. Et c'est ce rapport-là, ces liens entre l'homme et son territoire que l'on appellera territorialité.

46 ANDOCHE, C., La Source - Saint Denis 1772-2002, 2003.

Individu

Temps

Espace physique

Espace produit

Espace social

Espace perçu

Actions

Pratiques sociales

Perceptions
Représentations

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Fig. 7: Les espaces du territoire

L'identité

L'identité est un concept important en géographie et sociologie urbaine. Quand elle concerne un individu, l'identité est d'abord un paradoxe et balance entre similitude et singularité47. Sa racine latine idem fait référence à ce qui est semblable, identique. Et par ailleurs l'identité appelle à « l'identité du moi dans sa continuité temporelle, en tant qu'elle est distincte des autres individus ».48 L'identité est ainsi au coeur de l'idée que l'on a de soi-même et des autres.

Appliquée à un groupe social, elle entraîne un processus de différenciation entre soi et les habitants du quartier voisin par exemple.

« Les sentiments d'identité jouent un rôle [...] profond dans l'uniformisation des attitudes au sein de beaucoup de groupes. [...] La morale n'est pas individuelle [...]et l'image à partir de laquelle se bâtit le sentiment d'identité repose souvent sur l'idée d'une descendance commune, d'une histoire assumée de conserve [...]. Les disciplines de comportement sont d'autant plus fortes que tous les membres d'un groupe participent aux mêmes tâches, connaissent les mêmes rythmes et se heurtent en même temps aux mêmes difficultés [...]. La territorialité est fondamentalement liée à ce type d'identité. »49

47 BRUNET, R. et alii., Les mots de la géographie: dictionnaire critique, 1993.

48 MONTENOT, J., Encyclopédie de la philosophie, 2002.

49 CLAVAL, P., Géographie culturelle: une nouvelle approche des sociétés et des milieux, 2003.

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C'est en ce sens que nous pourrons utiliser les termes d'identité et de territoire, même s'il faut se garder d'un déterminisme qui lierait de façon trop simpliste le lieu de vie et le caractère supposé des habitants, dans la mesure où ces éléments sont appelés à évoluer sans cesse.50

« En effet, un quartier n'est pas une juxtaposition d'individus entrant en contact superficiel par la force des choses. Il a une existence collective plus ou moins profondément enracinée selon l'histoire, la manière et le degré d'intensité avec lequel la pratique sociale l'alimente. Il est peu à peu façonné par les trames des réseaux de connaissances, des liens de solidarité, des conflits, des histoires individuelles, des politiques dirigées vers lui, qui inscrivent leur trace dans les rues, sur les maisons, dans les familles, formant la mémoire collective dont la vie quotidienne est imprégnée. "Les quartiers sont les produits involontaires de la multitude des grands et petits gestes de la vie quotidienne. Les individus doivent ce qu'ils sont pour une part aux espaces où ils ont vécu et où ils vivent" (Pinçon-Charlot, 1997).»51

En ce sens l'identité collective des habitants de La Source est liée principalement à la construction des logements sociaux des années 1960 pour remplacer les bidonvilles, avec l'arrivée massive d'une population nouvelle. Et c'est à l'église, sur le terrain de handball (La Sours est encore aujourd'hui une des meilleures équipes de handball de l'île !), ou encore grâce au foyer des jeunes, que collectivement s'est forgée une nouvelle identité propre au quartier.

Néanmoins, cette nouvelle identité s'est intégrée à l'ancienne vie de ce quartier assez rural dont la richesse essentielle était l'omniprésence de l'eau. Et que ce soit par la présence d'une piscine, de plusieurs sources, ou encore des différents canaux bâtis à l'origine pour alimenter le Jardin de l'État, le nom même de La Source résume l'attachement de ses habitants à cette eau bienfaitrice sortie de leur quartier.

Divisions spatiales et effet de seuil

Nous avons vu que des groupes humains possèdent une identité spécifique forgée en partie par le fait d'habiter ensemble dans un territoire donné. Cela est dû pour une grande part à la stratégie des individus, qui désirent trouver un lieu leur apportant le maximum de satisfactions. Ainsi, à travers la ville, vont se former et se composer des logiques de peuplement. Et « au fil du temps vont se façonner en chaque ville des « secteurs », des territoires auxquels peuvent être durablement associées des populations et des images particulières. »52

Les structures des villes sont également des accumulations de l'histoire, et l'impact de la construction d'un boulevard urbain, ou de l'implantation de logements sociaux, joue un grand rôle dans les différents processus de division de l'espace et les représentations.

Dans la mesure où une construction urbaine marque fortement l'espace, le temps ou le

50 BRUNET, R. et alii., Les mots de la géographie: dictionnaire critique, 1993.

51 VAILLANT, Z., La Réunion, koman i lé ? Territoires, santé, société, 2008.

52 GRAFMEYER, Y., Sociologie urbaine, 1994.

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mouvement, elle représente un véritable seuil favorisant le passage ou au contraire marquant une rupture, une discontinuité ou une limite dans l'espace urbain53.

Dans la ville de Saint-Denis, le Boulevard Sud risque de provoquer des effets de seuil et de diviser spatialement les populations qui résident de part et d'autre de cet axe. Au niveau du quartier de La Source, malgré les 40 000 véhicules par jour , des efforts ont été faits pour que ce boulevard reste accessible aux piétons en y implantant des jardins intérieurs.

Il reste donc à comprendre dans quelle mesure ce boulevard est facteur de division spatiale, et s'il est pratiqué et perçu par les habitants de La Source comme un passage vers le centre-ville, le Jardin de l'État ou bien comme une rupture.

*

* *

De ce chapitre nous retiendrons que le développement urbain de Saint-Denis depuis sa création s'est fait très progressivement jusqu'à la fin de la deuxième guerre mondiale. Par la suite, c'est la poussée démographique qui a imposé les mutations urbaines et la modernisation de nombreux quartiers dont La Source. On en voit la conséquence dans les différentes trames qui composent la ville.

D'autre part, un des objectifs du Boulevard Sud est de répondre aux besoins de mobilité de la population réunionnaise, et pas uniquement dionysienne. Or, ce dernier créé également une division spatiale par son effet de seuil. L'espace est alors fortement marqué, mais qu'en est-il pour le territoire ? La perception et les pratiques sociales sont-elles réellement modifiées ?

L'étude de l'impact du Boulevard Sud au coeur d'un quartier urbain comme La Source nous apparaît pertinent dans la mesure où il s'agit d'un territoire suffisamment étendu pour être représentatif et suffisamment restreint pour être commode à étudier.

Aussi la partie épistémologique que nous concluons ici nous a fourni quelques concepts, que nous tâcherons de mettre en application dans l'approche méthodologique ainsi que dans l'étude de cas qui lui fait suite.

53 BRUNET, R. et alii., Les mots de la géographie: dictionnaire critique, 1993.

2. Approche méthodologique

2.1 L'intérêt de la recherche et les hypothèses avancées

Intérêt de la recherche

L'intérêt de cette recherche est double, car il va s'agir de comprendre comment un quartier s'inscrit dans un espace urbain au cours de l'histoire récente, puis d'étudier comment ce quartier est pratiqué et perçu durant ce même temps.

A travers les différentes sources en notre possession, dont nous proposerons la liste ultérieurement, nous allons tenter de répondre aux hypothèses et questionnements suivants: Hypothèse principale qu'il nous faudra vérifier

La modification de la structure urbaine est un facteur majeur dans la création de nouveaux espaces vécus et perçus. Autrement dit, et de façon plus concrète, le Boulevard Sud serait à l'origine (ou au moins un catalyseur puissant) de la création d'un nouvel espace urbain, situé dans la partie nord du quartier, proche du Jardin de l'État.

Hypothèses secondaires qu'il nous faudra vérifier

Les hypothèses secondaires sont étroitement liées à l'hypothèse principale. Elles découlent naturellement de la première, et la confirment ou l'infirment. Ces hypothèses sont également plus précises que l'hypothèse principale, et s'attachent d'abord à l'histoire urbaine du quartier de La Source puis à l'apparition du Boulevard Sud dans le quartier.

1. La mutation du quartier a été très forte au cours des cinquante dernières années, avec la construction de la cité SIDR54.

2. La pratique des habitants a été perturbée pendant et depuis la construction du Boulevard Sud.

3. La perception du quartier par ses habitants a été fortement modifiée depuis la construction du Boulevard Sud.

4. Le regard des habitants des quartiers voisins a été fortement modifié depuis les derniers mutations: construction de la cité SIDR et construction du Boulevard Sud.

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54 SIDR: Société Immobilière du Département de La Réunion.

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2.2 Les différentes sources utilisées pour répondre aux hypothèses

A chacune des hypothèses formulées précédemment, nous allons essayer de répondre avec les outils et les sources dont nous disposons.

Hypothèse n°1: mutations du quartier depuis 1960.

La Source principale utilisée sera l'ensemble des missions photographiques aériennes réalisées par l'Institut Géographique National (IGN) à La Réunion dans le cadre de la couverture intégrale du territoire français. Pour les photographies nous allons utiliser les missions photographiques de 1950, 1978 et 2008.

N

Fig. 8: Photographie aérienne n° 1-175 - Mission IGN de 1950 (résolution <2m)

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A noter que pour chaque image un travail de géo-référencement sera effectué, dans le but de superposer les différentes missions et cartes entre elles afin de les comparer plus facilement. Ce travail fastidieux ne sera pas détaillé dans notre mémoire.

N

Fig.9: Photographie aérienne n° 103-60 - Mission IGN de 1978 (résolution <2m)

N

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Fig. 10: Dalle n°0335-7690 - BDOrtho® IGN 2008 (résolution 50 cm)

Les sources secondaires pour aider à la compréhension seront constituées principalement des cartes IGN depuis 1957, des plans cadastraux, des documents d'urbanisme et d'études produits par l'Agence d'Urbanisme de La Réunion, par l'Agence pour l'observation de la Réunion, l'aménagement et l'habitat (Agorah), et par la SIDR.

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Hypothèses n°2 et n°3: Perceptions et pratiques des habitants perturbées depuis la construction du Boulevard Sud.

LES SOURCES

Ces deux hypothèses seront conduites de manière indépendante mais parallèle. En effet, si la réflexion devra bien distinguer les pratiques des représentations, les résultats pour chacune des deux hypothèses nous seront donnés d'abord par un questionnaire d'enquête unique soumis aux habitants du quartier.

Néanmoins, si le questionnaire reste notre source principale, nous tâcherons d'établir des entretiens avec quelques personnes choisies pour leur connaissance de l'histoire du quartier ou l'investissement qu'ils peuvent avoir dans les structures locales. Cela nous produira une source secondaire qui nous sera utile lors de la phase d"interprétation et de dépouillement des enquêtes de terrain.

Enfin nous prendrons également comme source secondaire les observations directes de l'enquêteur qui réside dans le quartier.

LA MÉTHODE

Principes généraux pour préparer l'enquête

Le principe du questionnaire est de recueillir des données pour confirmer, infirmer ou modifier des hypothèses. Nous allons donc déterminer deux types de variables: les variables explicatives et les variables à expliquer.

L'objectif de l'enquête est de comprendre comment une population soumise à des évolutions importantes et rapides se comporte et les perçoit, afin de résoudre les hypothèses énoncées .

Le choix de l'échantillon

Avant de s'engager dans la phase du questionnaire, il est important de définir le type d'échantillon que nous allons prendre, afin qu'il puisse être suffisamment représentatif pour pouvoir en tirer des conclusions pertinentes. L'échantillon idéal comprendrait l'ensemble des personnes du quartier, mais alors les moyens mis en oeuvre seraient considérables et difficilement envisageables sur le quartier de La Source, qui compte plus de 2000 habitants. Aussi notre préférence portera sur l'échantillon en strate, défini par François de Singly comme « un choix effectué en référence aux contraintes de la statistique et aux objectifs de connaissance ».55 En effet, nous pensons qu'un certain nombre de caractéristiques propres aux personnes interrogées sont des facteurs clivants dans leurs perceptions et leurs pratiques. Il faut donc en tenir compte dans le choix des personnes interrogées, et définir dès lors les déterminants principaux qui guideront l'enquête et les enquêtés.

55 DE SINGLY, F., L'enquête et ses méthodes: le questionnaire, 2005.

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LE QUESTIONNAIRE D'ENQUÊTE

Les déterminants du questionnaire

Parmi les nombreux déterminants qui s'offrent à nous, deux paraissent clivants au regard des hypothèses que nous souhaitons vérifier:

En premier lieu, la situation géographique; car c'est le déterminant essentiel qui nous permettra de comparer facilement les pratiques et les perceptions induites par la construction du Boulevard Sud.

Ensuite, il nous sera utile de connaître le(s) moyen(s) de transport utilisé(s). Car il est sûr que se déplacer à pied, en vélo, en bus ou en voiture conditionne la façon dont la personne interviewée pratique l'espace et construit ses représentations.

Le questionnaire

1. Données Initiales

Date: Durée de l'entretien:
Lieu de l'enquête:

Situation géographique de l'enquêté:

2. Caractéristiques

Sexe: Homme - Femme

Classe d'âge: 20-40 - 41-60 - >60

Famille: autres personnes qui habitent avec vous? Oui - Non

Si oui, combien ?

Profession

Études ? Primaire - Collège - Lycée /Apprentissage - Supérieur

Statut d'occupation : Locataire - Propriétaire

Moyens de locomotion: Voiture - Bus - Vélo - à pied

Autres:

3. Appartenance

Où êtes-vous né ?

Depuis combien de temps vivez-vous dans le quartier ?

A quel endroit êtes vous le plus attaché ?

Pour quelle(s) raison(s) êtes-vous venu dans ce quartier (envie, travail, hasard, famille...)?

 

4.

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Pratiques

Où travaillez-vous ?

Où faites-vous vos courses (si vous les faites)?

Quels sont vos loisirs et activités à l'extérieur de la maison?

Où pratiquez-vous ces loisirs et activités ?

5. Perceptions

Citez au moins 3 aménagements les plus marquants de la vie du quartier depuis votre arrivée à La Source.

Si cela n'a pas été fait lors de la précédente question, citez les 3 lieux les plus agréables du quartier, et les 3 lieux les plus désagréables.

Lieux agréables

 

Lieux désagréables

Pensez-vous qu'il fait bon vivre dans votre quartier et pour quelles raisons?

 

6. Évolutions

Quelle est selon vous la réputation du quartier?

Comment a-t-elle évolué depuis les années 1950?

Croisez-vous de plus en plus (ou de moins en moins) de gens qui n'habitent pas le quartier et d'où viennent-ils selon vous ?

7. Boulevard Sud

Pensez-vous que le quartier a changé depuis la construction du Boulevard Sud? Pas du tout 1 - 2 - 3 - 4 - 5 Beaucoup Si oui, qu'est ce qui a principalement changé ?

Ces changements ont été source d'inconvénients ou d'atouts pour le quartier ?

Pensez-vous que le Boulevard Sud coupe le quartier en deux ? Oui - Non

Pourquoi?

Quelles seraient les évolutions en terme de constructions ou d'infrastructures pour les habitants du quartier que vous souhaiteriez voir aboutir ?

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LA CARTE MENTALE SEMI-GUIDÉE

Nous allons tenter également une approche originale qui consiste à demander aux personnes enquêtées de construire, à l'aide d'un dispositif simple, une carte mentale semi-guidée représentative du quartier, afin de déterminer si le Boulevard Sud constitue un effet de seuil dans les représentations.

La constitution de cette carte mentale est semi-guidée dans la mesure où il sera demandé aux personnes interrogées quel est, selon elles, le lieu central du quartier, puis ensuite de placer sur une feuille blanche A3 une vingtaine de pions représentant des lieux connus faisant partie de La Source ou de la ville de Saint-Denis. Le tirage des pions sera fait au hasard pour ne pas introduire de biais lié à un enchaînement particulier des lieux.

On ne tiendra compte que de la distance entre les pions et le centre du quartier. En effet, nous estimons que la position des pions entre eux dépend trop du sens de l'orientation des personnes interrogées pour pouvoir être exploitable pour notre travail.

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Feuille A3 représentant le quartier

 

Pions correspondant à des lieux

Fig. 11: Dispositif de carte mentale semi-guidée

Liste des pions et des lieux à placer sur la feuille A3:

-1- Conseil Général

-2- Église

-3- Hôtel de police de la rue Malartic

-4- Parc de La Providence

-5- Lycée Bellepierre

-6- Score Chatel

-7- Marché des Camélias

-8- Kiosque

-9- Rivière St-Denis

-10- Jardin de l'État

-11- Hôpital

-12- Piscine

-13- Lavoir

-14- Score Bellepierre

-15- Foyer des jeunes

-16- Préfecture

-17- Casino Providence

-18- CAF (Caisse d'allocations familiales)

Pour pouvoir exploiter les distances brutes obtenues par notre dispositif et les comparer à la distance réelle, nous avons choisi comme échelle standard pour le dispositif du 8000e (1cm sur la feuille A3 représente 80m).

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Hypothèse n°4: Regard des habitants extérieurs au quartier

Cette hypothèse donnera lieu à un bref questionnaire, élaboré pendant l'année du Master 2.

Le public visé par ce questionnaire n'habite pas dans le quartier. Et nous établirons une distinction entre deux types de personnes:

-Les personnes qui sont amenées par leurs pratiques quotidiennes ou hebdomadaires à traverser le quartier, ou qui y travaillent: c'est à dire les automobilistes du Boulevard Sud, et les personnes fréquentant le Jardin de l'État, la piscine de La Source, les cours d'anglais et de musique, la salle de sport, ou l'école Gabriel Macé.

-Les personnes qui ne se rendent jamais ou très rarement dans le quartier

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2.3 Proposition de plan détaillé pour l'année de Master 2

Le plan du Master 2 s'inspirera largement de celui de première année, en essayant d'en assurer

la continuité.

1) Aux sources du quartier

1.a) Un quartier dans le contexte dionisyen Saint-Denis en 1946

Les quartiers voisins de La Source

1.b) Les racines historiques du quartier

Les fonctions au cours de l'histoire la population

1.c) Structure urbaine de La Source à la départementalisation Habitat et voirie

Répartition du foncier et limites du quartier Population (CSP, âge...)

2) L'émergence d'un nouveau quartier: les constructions de la SIDR

2.a) Une nouvelle structure urbaine au service de la population

Disparition des bidonvilles

Particularité des constructions SIDR à La Source

Les nouvelles limites du quartier et ses nouveaux quartiers voisins

2.b) Conséquences sur les pratiques de quartier

Création, suppression de services: marché, machines à laver Foyer des Jeunes, sports et musique fédérateurs

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Paroisse, écoles maternelle et élémentaire?, piscine

2.c) Renouvellement de l'identité collective

3) La construction du boulevard sud dans le quartier

3.a) Histoire et caractéristiques du Boulevard Sud

L'évolution du projet, ses objectifs

Caractéristiques du Boulevard

Impact sur une structure urbaine recomposée: le tissu viaire

3.b) Des pratiques de quartier modifiées

L'effet de seuil du boulevard sud

Arrivée de nouveaux services: poste, pharmacie, médiathèque Transformation des espaces publics: Le jardin de l'État, le Boulevard, le

boulodrome

3.c) Des perceptions en mutation

Les entrées du quartier

Un espace historique et symbolique désormais divisé

3.d) Évolutions prévisible du quartier, les différents scénarios

3. Étude de Cas - Premiers résultats

Nous allons présenter deux résultats obtenus durant l'année de Master 1. Ils concernent dans un premier temps la structure du quartier de La Source à la sortie de la guerre, principalement à partir de l'étude et de l'analyse des photographies aériennes de 1950. Dans un second temps, nous exposerons quelques résultats intéressants issus des premières enquêtes déjà réalisées et qui seront poursuivies lors de l'année de Master 2.

3.1 Photographies de 1950, La Source: «un coin où il faisait bon vivre »56

Le bâti et la voirie dans la continuité du centre-ville

Dans le paragraphe §1.2 sur les trames urbaines, nous avons vu que le quartier de La Source n'avait pas de structure nettement marquée; c'est effectivement ce que montre l'analyse du bâti et de la voirie en 1950.

En effet ce sont les rues (surtout celles du Ruisseau-des-Noirs et de La Source) venant du centre-ville de Saint Denis qui semblent structurer les habitations du quartier dont la limite sud est le boulevard de La Source. Le peuplement du quartier est ainsi progressif.

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56 ANDOCHE, C., La Source - Saint Denis 1772-2002, 2003.

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Fig. 12: La voirie du quartier de La Source en 1950

Cette progressivité est du reste confirmée par la baisse de densité du bâti à mesure que l'on s'éloigne du centre de Saint-Denis, surtout au sud de la rue Bertin; dans la zone marécageuse et cultivée au sud-est du quartier la présence du bâti devient quasi-nulle.

La progressivité de la baisse du bâti vers le sud du quartier s'accompagne également d'un changement de type puisque l'on passe de maisons en dur à un habitat plus petit et éphémère. Faute de logiciel de télédétection tel qu'Ecognition qui est utilisé à l'IRD, il ne nous a pas été possible d'effectuer un calcul précis de la densité du bâti dans le quartier à partir des images en notre possession. Nous pensons que cela nous aurait fourni des résultats plus précis que ceux présentés ici; néanmoins cette analyse fine pourrait être réalisée lors du Master 2.

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Fig. 13: Répartition du bâti du quartier de La Source en 1950

Une population défavorisée

Dans son enquête documentaire en 1965 sur Saint-Denis, la préfecture nous rappelle brièvement l'origine des populations qui habitaient la banlieue de la ville: « Le quartier de La Providence, d'origine plus récente, prend son essor à partir de 1860, à la suite de l'aménagement des rues Doret, de la Providence et de La Source. "Les échoppes, qui nuisaient à l'harmonie et une distillerie connue sous le nom de 'Bis-coco' furent démolies", par un maire dynamique, M. Gilbert des Molières, pour embellir le quartier aristocratique.

[Et] il ne faut pas oublier toutefois qu'une partie des extensions de la ville est due au "rush" d'anciens esclaves libérés qui se refusèrent à travailler dans les cannes et s'établirent aux portes de l'agglomération. C'est de cette époque que datent les premiers bidonvilles de Saint-Denis. [...] En 1914, le gouverneur Cor adresse au Directeur de la Santé une lettre peu réconfortante sur l'avenir de Saint-Denis: "La périphérie est en ruines, si bien que l'on peut présager que, dans

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quelques années, la superficie de la cité sera réduite de moitié. Visiter le camp Ozoux [limite ouest de La Source], parcourir le Camp Giron [à l'est de La Source] et les rues qui y aboutissent, ajoute-t-il, c'est accomplir un véritable voyage de la désolation". [...]

La ville s'est dépeuplée; les effectifs des écoles primaires baissent de moitié. L'école de garçons du Camp Ozoux est fermée en 1898. [...] La périphérie se prolétarise. [...] Les habitants aisés se plaignent "d'être exposés à des risques d'incendie tels que les compagnies d'assurance refusent d'assurer leurs maisons" (séance du Conseil Municipal du 2 septembre 1903).»57

La division spatiale telle que nous l'évoquions au paragraphe §1.3 est déjà réalisée de façon diffuse dans le quartier en 1950. Ainsi, l'habitat pauvre augmente à mesure que l'on s'éloigne du centre de Saint-Denis.

Sur la photographie, on remarque la présence d'habitats très petits et disposés de manière anarchique: ce sont les signes de présence de bidonville.

Fig. 14: Bâti pauvre et épars du quartier de La Source en 1950

57 Atelier d'Urbanisme de La Réunion, Saint-Denis: Enquête documentaire, 1965.

Un quartier naturel et agricole

« Dans les années 1940, on peut qualifier le secteur de La Source de « coin » où il faisait bon vivre. Cette région du Piedmont foisonne de jardins et potagers fournissant aux habitants des légumes frais. En aval du boulevard [de La Source], on trouvait de véritables viviers, notamment à la rue Saint-Philippe et près du futur bureau de la SIDR, où poissons de toutes espèces se disputaient leur nourriture dans un même bassin. Le ruissellement des eaux de part et d'autre de la rue Ruisseau-des-Noirs amenait également son lot d'anguilles et de tilapias.»58

La culture maraîchère du lieu et les champs de canne de M. Lenormand étaient encore dans la continuité du Jardin de l'État, et de belles maisons voyaient le jour comme celle de la famille Cazal, ou encore, un peu plus loin, celle située le long de la rue de La Source hébergeant à présent une société ambulancière.

La vocation agricole du quartier est confirmée par les parcelles identifiées sur la mission photographique de 1950. On s'aperçoit que la majorité des espaces cultivés se situent alors dans le sud du quartier, avec des reliquats de culture maraîchère à l'ouest du Jardin de l'État. On distingue clairement quatre types d'espaces: les espaces boisés; les espaces à vocation agricole composés de canne à sucre, ou bien de cultures maraîchères typiques des petites parcelles; une zone de verger; et des espaces que nous avons appelés mixtes et qui s'apparentent à des terrains vagues ou des friches.

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58 ANDOCHE, C., La Source - Saint Denis 1772-2002, 2003.

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Fig. 15: Les espaces à vocation agricole ou naturelle dans le quartier de La Source en 1950

Fig. 16: Source de la ravine
de La Source

Cette vocation agricole et naturelle est grandement liée à l'irrigation importante de cet espace par les canaux et les ravines qui le traversent. En effet, les nombreuses sources qui jaillissent au pied de la montagne, là où se fait la rupture de pente, alimentent tout au long de l'année le quartier en eau. Les ravines Montplaisir ou de La Source sont encore de nos jours alimentées par ces sources. C'est pour cette raison qu'une grande partie du quartier est demeurée longtemps inhabitée et propice à l'agriculture, car située sur un véritable marécage.

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Nous avons vu dans cette partie les caractéristiques du quartier en 1950, et sa continuité avec le centre-ville en ce qui concerne le bâti et la voirie. La particularité de ce quartier « naturel » est l'étendue de ses zones agricoles, favorisée par l'irrigation provenant des nombreuses sources et cours d'eau. Aussi serait-il intéressant de confronter ces caractéristiques au quartier tel qu'il était en 1978, puis actuellement, afin de mesurer les mutations qui s'y sont opérées; ce travail sera réalisé en année de Master 2.

3.2 Premiers résultats de l'enquête de quartier

Nous analyserons ici brièvement les premiers résultats obtenus, avec pour objectif d'apporter des améliorations durant notre année de Master 2.

Méthode et échantillon

Afin d'évaluer si notre questionnaire était robuste et pertinent, nous l'avons soumis dans un premier temps à un échantillon de six personnes; nous avons donc choisi pour cela une population du quartier la plus hétérogène possible. Aussi notre panel d'habitants regroupe une personne très âgée (76 ans) et une trentenaire, des gens arrivés depuis un an et d'autres ayant toujours habité le quartier, des femmes, des hommes, des personnes se déplaçant à pied, en voiture ou en bus.

Quand à la position géographique des personnes interrogées, trois personnes habitent à moins de 50m du Boulevard Sud, dont une dans la partie nord du quartier.

PRATIQUES

Lieux des courses

Voici, dans l'ordre d'importance des réponses, les commerces où les gens vont faire leur courses: Les supermarchés de Saint-Denis comme Carrefour et Leclerc.

Le supermarché dans le quartier de La Providence et le marché forain des Camélias, très proches

Les commerces du quartier ou à sa limite: Score Bellepierre, Boulangerie, K'adi

Aussi, malgré la présence d'un marché forain à La Source tous les jeudis matins (cité par une seule personne), l'activité commerciale n'est pas un marqueur important dans le quartier; d'autant moins pour les personnes qui possèdent une voiture.

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Moyens de transport utilisés

Les habitants se déplacent essentiellement en voiture ou à pied. La voiture est le plus souvent réservée aux trajets domicile - travail, aux courses et à un certain nombre de loisirs. En revanche, la marche à pied est préférée pour se rendre en centre-ville, passer du temps au Jardin de l'État, aller acheter le journal le matin...

Moyen de transport utilisé

 

Pieds Voiture Bus

Moyen secondaire

Moyen principal

4 3 2 1 0

Fig. 17: Les moyens de transports utilisés

Les lieux les plus agréables

Quand on demande aux gens les lieux qu'ils trouvent les plus agréables, devant lesquels ils aiment bien passer, ils indiquent tous au moins dans leurs réponses un espace vert. Et si le Jardin de l'État est le premier espace vert le plus souvent cité, deux personnes ont évoqué les jardins aménagés le long du Boulevard Sud dans lesquels ils se promènent, à l'exception de l'un d'eux ceint d'une grille fermée à clef.

Fig. 18. Jardin de l'État le long de la rue de La Source

Il est remarquable de noter que le premier espace agréable cité se trouve à la limite nord du quartier et qu'il n'est pas considéré comme faisant partie de La Source par l'INSEE (cf. §1.3).

Pour les trois lieux que les personnes interrogées devaient indiquer par ordre de préférence, nous avons affecté trois points au premier lieu cité, deux au second puis un point au troisième. Le résultat est alors le suivant:

 

Jardin de l'Etat

Jardin Bd Sud

Canal

Rivière St-Denis

Rues / Immeubles

Eglise

Piscine

Services / Commerces

Lavoir

Fig. 19: Les lieux agréables à vivre dans le quartier

Les lieux les plus désagréables

Parmi les lieux les plus désagréables, le Boulevard Sud recueille la majorité des avis des habitants, ceci pour différentes raisons. Tout d'abord parce que pour se rendre au Jardin de l'État (un des lieux désignés comme les plus agréables) il faut traverser le boulevard, et cela paraît dangereux pour les personnes âgées ou accompagnées d'enfants.

La plupart des gens interrogés mettent en avant les nuisances sonores, comme les sirènes des ambulances la nuit. Par ailleurs beaucoup ne comprennent par pourquoi une partie des jardins au milieu du Boulevard Sud sont inaccessibles. Ils assimilent alors ce lieu à la notion de "désagréable" car interdit.

La méthode pour constituer ce graphique est la même que celle utilisée au paragraphe précédent.

 

Boulevard Sud Jardin du Bd Sud Nouvelles résidences Kiosque

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Figure 20: Les lieux désagréables à vivre dans le quartier

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Fig. 21: Carrefour du Boulevard Sud et de la rue de La Source

Activités et loisirs

Concernant les activités et loisirs, les réponses sont difficiles à exploiter par rapport à la vie du quartier, dans la mesure où les personnes interrogées font état de loisirs le plus souvent à l'extérieur de celui-ci.

Reste que pour deux personnes la messe dominicale à l'église est une activité importante, car c'est un lieu et un moment où l'on rencontre le voisinage. Une autre personne confirme cette impression; quand on l'interroge sur l'ambiance du quartier elle déclare: « Avant les gens étaient très croyants, le dimanche à la messe on se retrouvait ».

PERCEPTIONS

Sentiment d'appartenance au quartier

Nous avons vu dans le chapitre précédent que la plupart des personnes interrogées s'investissaient dans le quartier, que ce soit pour y faire des courses d'appoint, se promener ou bénéficier des services existants comme la poste par exemple. Quand on leur demande de quel lieu il se sentent le plus proche, beaucoup répondent instantanément La Source, et les nouveaux arrivants précisent qu'ils s'y sentent à l'aise. Tous considèrent La Source comme le quartier auquel ils appartiennent; ils mentionnent toujours son centre de vie (cf. infra) et son aspect « village » sans pour autant réussir à définir nettement ses frontières. Le quartier apparaît alors, malgré le Boulevard Sud, comme un territoire aux limites floues et ouvertes.

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Le centre du quartier: un lieu paradoxal

La grande majorité des personnes interrogées (cinq sur six, la sixième répondant l' « allée coco ») définissent le kiosque comme le centre du quartier. Il est remarquable de constater que cette question qui touche à la centralité fait la quasi unanimité. Plus encore, la question est apparue comme naïve pour certains de mes interlocuteurs.

Fig. 22: Le kiosque, point central du quartier de La Source

Néanmoins il est intéressant de noter que le kiosque, s'il est reconnu comme le centre névralgique, est aussi considéré par un grand nombre comme un lieu négatif devant lequel il n'est pas agréable de passer (cf. les lieux les plus désagréables), l'endroit étant le rendez-vous des hommes qui boivent à la boutik voisine et qui restent là toute la journée à « chauffer les galets ».

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LE BOULEVARD SUD: UN EFFET DE SEUIL

Carte des perceptions

Après avoir appliqué la correction d'échelle aux données brutes de la carte mentale semi-guidée qui était proposée aux participants (cf. méthode expliquée supra), nous pouvons présenter un premier aperçu des résultats obtenus, en précisant préalablement que la marge d'erreur du dispositif dépend principalement de la précision avec laquelle les personnes placent les pions. Nous avons estimé cette précision entre 2 et 2,5 cm sur la feuille A3, c'est à dire une incertitude maximale de 100m de rayon.

Toutes les distances sont calculées à partir du kiosque de La Source défini comme lieu central du quartier.

Identifiant

Lieux

Distance réelle
(en mètres)

Distance perçue
moyenne
(en mètres)

1

Caisse d'Allocations Familiales
(16, rue du Général de Gaulle)

450

1187

2

Hôtel de police rue Malartic

630

970

3

Conseil Général
(Palais de La Source)

450

890

4

Jardin de l'État

350

820

5

Hôpital de Bellepierre

400

1070

6

Magasin Score Bellepierre

600

980

7

Lycée de Bellepierre

900

850

8

Lavoir

(19, bd de La Providence)

710

620

9

Magasin Casino Providence

1100

840

10

Marché des Camélias

1300

1100

11

Parc de La Providence

870

910

12

Préfecture

1700

1780

Fig. 23: Écart entre les distances réelles et perçues en moyenne

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Fig. 24: Emplacements réels et estimés par les habitants du quartier

Après l'analyse de la carte ci-dessus, nous remarquons trois groupes de lieux estimés de manière semblable par les personnes interrogées.

· Tout d'abord les lieux qui se situent à l'est du lavoir dans les quartiers de La Providence et des Camélias: l'estimation est relativement proche de la réalité topographique, puisque les emplacements estimés intersectent la plupart du temps les emplacements

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réels.

· Ensuite les lieux situés dans la zone de l'hôpital Bellepierre à l'ouest. Contrairement à la zone précédente, les estimations situent l'hôpital et le Magasin Score Bellepierre beaucoup plus loin qu'ils ne le sont en réalité. Il y a donc un effet de seuil dû vraisemblablement au fort relief qu'il faut monter pour accéder à ces lieux.

· Enfin les lieux qui se situent au nord du quartier, à savoir l'hôtel de police de la rue Malartic, le Jardin de l'État, la Caisse d'Allocations Familiales (Caf) et le Conseil Général sont eux aussi estimés plus loin qu'ils ne le sont en réalité. Or, contrairement à la zone précédente, l'effet de seuil n'est pas lié au relief puisque celui-ci est inexistant. Nous en concluons que c'est le Boulevard Sud qui provoque ce défaut de perception chez les habitants du quartier. Ainsi, plus qu'un lieu qui favoriserait les échanges, le Boulevard Sud agit là comme une limite symbolique à franchir.

Fig. 25: Les effets de seuil dans le quartier

Les limites de l'échantillon restreint

Les résultats précédents sont fondés sur un échantillon trop faible pour pouvoir nous permettre une analyse très fine de la perception des habitants du quartier. Néanmoins, nous en avons tiré quelques grandes lignes; et il serait bon dès lors de prolonger cette méthode de cartographie mentale semi-guidée au cours de l'année du Master 2, afin de faire apparaître peut-être d'autres phénomènes, ou du moins de confirmer ceux que nous avons déjà pu mettre en évidence.

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Conclusion

Pendant cette année de Master 1, et plus particulièrement pour ce mémoire, nous avons essayé de poser les fondements épistémologiques de notre recherche, d'explorer les concepts utiles pour notre travail de terrain et de définir un certain nombre d'hypothèses en commençant à y répondre.

A partir des premières enquêtes menées sur le terrain, nous avons pu d'une part valider en grande partie l'intérêt de notre démarche et d'autre part mieux comprendre les caractéristiques du quartier de La Source et du Boulevard Sud.

D'après nos premières conclusions, après les enquêtes menées surtout dans la partie sud du quartier, il nous a semblé que la construction de ce boulevard crée à présent deux espaces distincts: le premier au sud qui concentre la majeure partie de la vie collective et identitaire du quartier issue de brassages de populations successifs et continus; et le second espace situé au nord du boulevard proche du Jardin de l'État, rarement associé dans les mentalités au quartier de La Source même, dont il semble désormais s'éloigner.

Aussi, essaierons-nous au cours de notre deuxième année de prolonger l'étude sur la construction historique du quartier et d'en comprendre les pratiques et les perceptions contemporaines. Il nous paraît également essentiel d'interroger des habitants répartis sur l'ensemble du quartier afin de mieux saisir les enjeux spatiaux liés au Boulevard Sud et de répondre, ainsi, de façon plus certaine qu'aujourd'hui aux hypothèses avancées.

Car au-delà même du temps formel de l'enquête, nous nous sommes souvent entretenu avec les habitants du quartier, aussi bien dans des lieux publics qu'à leur domicile... Ils parlent volontiers de La Source, et il est passionnant d'écouter ces personnes évoquer la vie de leur kartié lontan (pas tant que cela d'ailleurs !), aujourd'hui disparu et dont le Boulevard Sud vient encore d'enlever quelques traces.

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Bibliographie

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Table des figures

Figure 1: Plan de Saint-Denis par Jean Defos du Rau en 1946 9

Figure 2: les trois temps du développement urbain de Saint-Denis 11

Figure 3: Les classes d'activités de Saint-Denis 13

Figure 4: Quartiers de Saint-Denis et leurs fonctions principales 14

Figure 5: Limites INSEE du quartier de La Source 16

Figure 6: Limites du quartier de La Source selon Clairy Andoche 17

Figure 7: Les espaces du territoire 18

Figure 8: Photographie aérienne n° 1-175 - Mission IGN de 1950 (résolution <2m) 22

Figure 9: Photographie aérienne n° 103-60 - Mission IGN de 1978 (résolution <2m) 23

Figure 10: Dalle n°0335-7690 - BDOrtho® IGN 2008 (résolution 50 cm) 24

Figure 11: Dispositif de carte mentale semi-guidée 29

Figure 12: La voirie du quartier de La Source en 1950 34

Figure 13: Répartition du bâti du quartier de La Source en 1950 35

Figure 14: Bâti pauvre et épars du quartier de La Source en 1950 36

Figure 15: Les espaces à vocation agricole ou naturelle dans le quartier de La Source en 1950. 38

Figure 16: Source de la ravine de La Source 38

Figure 17: Les moyens de transports utilisés 40

Figure 18. Jardin de l'État le long de la rue de La Source 40

Figure 19: Les lieux agréables à vivre dans le quartier 41

Figure 20: Les lieux désagréables à vivre dans le quartier 41

Figure 21: Carrefour du Boulevard Sud et de la rue de La Source 42

Figure 22: Le kiosque point central du quartier de La Source 43

Figure 23: Écart entre les distances réelles et perçues en moyenne 44

Figure 24: Emplacements réels et estimés par les habitants du quartier 45

Figure 25: Les effets de seuil dans le quartier 46

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Table des matières

Introduction 4

1. La géographie face au phénomène urbain 6

1.1 Histoire de la géographie des milieux urbains 6

Naissance de la géographie urbaine 6

La géographie urbaine à partir des années 1950 en France 8

1.2 La ville et le quartier aujourd'hui à La Réunion 10

Le développement urbain de Saint-Denis 11

Les trames urbaines: une caractéristique de quartier ? 12

Des fonctions urbaines structurantes 13

Le quartier comme échelle de recherche 14

La mobilité et l'espace public 15

1.3 Les concepts importants de la sociologie urbaine 16

Des espaces vers le territoire 16

L'identité 18

Divisions spatiales et effet de seuil 19

2. Approche méthodologique 21

2.1 L'intérêt de la recherche et les hypothèses avancées 21

2.2 Les différentes sources utilisées pour répondre aux hypothèses 22

Hypothèse n°1: mutations du quartier depuis 1960 22

Hypothèses n°2 et n°3: Perceptions et pratiques des habitants perturbées depuis la

construction du Boulevard Sud 25

Hypothèse n°4: Regard des habitants extérieurs au quartier 30

2.3 Proposition de plan détaillé pour l'année de Master 2 31

3. Étude de Cas - Premiers résultats 33

3.1 Photographies de 1950, La Source: «un coin où il faisait bon vivre » 33

Le bâti et la voirie dans la continuité du centre-ville 33

Une population défavorisée 35

Un quartier naturel et agricole 37

3.2 Premiers résultats de l'enquête de quartier 39

Méthode et échantillon 39

Les limites de l'échantillon restreint 46

Conclusion 47

Bibliographie 48

Table des figures 51