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La remise en cause des frontières africaines. Cas de la RDC

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par Olivier DIEMBY MALENGA
Université technologique Bel Campus à  Kinshasa en RDC - Licence en relations internationales option politique internationale 2012
  

Disponible en mode multipage

    EPIGRAPHE

    La paix est un rêve suspendu.

    Kofi Annan

    A nos parents DIEMBY Ngimbi Dominique et NSENGA Santu Nathalie pour leur grand amour;

    A ma très chère épouse, GONOKOSO Malay Judith, pour son soutien sans précédent et mes chers fils DIEMBY Olivier, DIEMBY Jesse et DIEMBY Adriano qui représentent tout pour nous.

    Je dédie ce travail.

    IN MEMORIAM

    A nos regrettés grand frère DIEMBY Masamuna Tony, et très cher neveu MONSENGO Christian que le destin a arraché très tôt à notre affection.

    REMERCIEMENTS

    Au seuil de ce travail, nous voulons nous acquitter d'un agréable devoir, celui de remercie tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre nous ont été d'une certaine utilité.

    Nous tenons à remercier très particulièrement le Professeur Marcellin LUKAMA qui, malgré ses multiples occupations, a bien voulu diriger ce travail. Ses remarques avisées, sa rigueur scientifique nous ont été très précieuses.

    Notre sentiment de profonde gratitude s'adresse ensuite au Chef de travaux NGILA Isung Romain qui a bien voulu rapporté nos difficultés et suggestions et nous ne saurons lui en remercié à suffisance.

    Ainsi, nos vifs remerciements s'adressent ensuite au corps professoral du Département des Relations Internationales pour leur dévouement à la formation de l'élite de notre secteur. Ils nous ont permis d'acquérir quelques outils intellectuels, ceux-là même qui furent nécessaires à la réalisation de cette étude.

    Que nos soeurs et frères, DIEMBI NGIMBI Marie-Virginie, Dr. DIEMBY Ndona Brigitte, trouvent ici notre sentiment de reconnaissance pour leur soutien multiforme.

    Nous ne tournerons cette page sans nos condisciples avec qui nous avons partagé des moments de joie et de dur labeur Il s'agit de : AMSINI Lumombo Didier, MBULA Kilimbalimba Blaise, etc.

    Nous remercions également : DIEMBY Nsona Sylvie, DIEMBY Samba Caroline, DIEMBY Nzila Mputu Laura, DIEMBY Nkanza, TUMBA Ntambwe Patrick, Promesse BADIBANGA Tshamala, MAKELA Malenga Blaise, DIEMBY Simon pour leur réconfort.

    Que ceux qui nous ont soutenue et qui nous ont assistée d'une manière ou d'une autre dont les noms ne figurent pas dans le présent mémoire ne se sentent pas oubliés. Nous les portons dans notre coeur et leur disons grandement merci.

    LISTE D'ABREVIATIONS ET SIGLES

    ACOGENOKI

    : Association Coopérative des Groupements d'Eleveurs.

     

    du Nord-Kivu

    AIC

    : Association Internationale du Congo.

     

    APR/RDF

    : Armée Patriotique Rwandaise/Forces de la Défense

    du Rwanda.

     

    CEEAC

    : Communauté Economique des Etats d'Afrique Centrale.

     

    CEPGL

    : Communauté Economique des Pays des Grands Lacs.

     

    CNDP

    : Congrès National pour la Défense du Peuple.

     

    COLTAN

    : Colombo-tantalite.

     

    FARDC

    : Forces Armées de la République Démocratique du Congo.

     

    FDLR

    : Forces démocratiques pour la libération du Rwanda.

     

    FLEC

    : Front de Libération de l'Enclave du Cabinda.

     

    FPR

    : Front Patriotique Rwandais.

     

    ITIE

    : Initiative pour la Transparence des Industries Extractives.

    LRA

    : Lord Resistance Army (Armée de Résistance du Seigneur).

    MAGRIVI

    : Mutuelle Agricole des Virunga.

    MAÏ-MAÏ

    : Terme général désignant des groupes armés autochtones

    fétichistes actifs au cours de guerres localisées en RD Congo

     
     

    Démocratique du Congo (RDC).

     

    MIB

    : Mission d'Immigration des Banyarwandas.

    OI

    : Organisation Internationale.

    ONG

    : Organisation Non-gouvernementale.

     

    OUA/UA

    : Organisation de l'Unité Africaine/Union Africaine.

    PARECO

    : Patriotes Résistants Congolais.

    RCD

    : Rassemblement Congolais pour la Démocratie.

     

    RFI

    : Radio France Internationale.

     

    SADC

    : Southern African Development Community

     
     

    (Communauté de développement d'Afrique australe).

     

    UPDF

    : Uganda People's Defence Force/Force de Défense

    du Peuple

    Ougandais.

     
     

    (Force de défense du peuple ougandais).

    UTBC

    : Université Technologique Bel Campus.

     
     
     

    INTRODUCTION

    1. PROBLEMATIQUE

    La question des frontalières en Afrique, par tous les développements géopolitiques qui s'y sont rattachent depuis les indépendances, nécessitent à une vigilance permanente. En effet, dès les premières années des indépendances africaines, elle était à l'ordre du jour et constituait incarnait déjà la pomme de discorde entre leaders africains. En 1963, à la création de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA), deux courants s'opposaient : le panafricanisme maximaliste et minimaliste. Le premier considère que pour avoir une influence au niveau mondial et maîtriser son propre destin, l'Afrique doit s'unir politiquement, économiquement et militairement. Le chef de file de ce mouvement soutenu par le groupe dit « de Casablanca » est Kwame Nkrumah, l'initiateur de l'indépendance du Ghana. En face, l'autre courant dit le groupe « de Monrovia ». Pour eux, l'effort doit être mis d'abord sur la souveraineté des Etats et ce n'est qu'après la consolidation des souverainetés nationales qu'une coopération peut être envisagée. Visiblement, c'est ce dernier courant qui va l'a emporté, parce que le principe d'intangibilité des frontières fut consacré par l'OUA.

    Bien que ce principe d'intangibilité énoncé par l'Organisation de l'Unité Africaine se soit imposé dans la majorité des cas, on constate des foyers de tension voire des conflits liés aux frontières un peu partout en Afrique, C'est le cas des conflits Lybie-Tchad au sujet de la bande d'Aouzou ; Cameroun-Nigéria au sujet de Bakasi ; la sécession du Biaffra (1967-1970) ; la tentative de reconquête de l'Ogaden par la Somalie (1977-1978) ; les velléités d'indépendantiste de l'île d'Anjouan de l'archipel des Comores en 1997, la question de l'enclave du Cabinda etc.

    Cependant, il faut constater que ce principe d'intangibilité de frontières a trouvé ses limites par l'indépendance de l'Erythrée (1991) et celle du Soudan du Sud (2011).

    Dès lors, il convient de répondre aux questions suivantes dans le cadre de ce travail :

    - Quels sont les facteurs pouvant provoquer la remise en question des frontières de la RD. Congo ?

    - Comment ces frontières pourraient-elles changer ?

    2. HYPOTHESE

    L'Afrique ayant été dépecée à la conférence de Berlin de 1885 sans tenir compte de la cartographie des empires et royaumes précoloniaux ni de la volonté des autochtones, et sans avoir exploré profondément le terrain. Les frontières des Etats africains, y compris celle de la RD. Congo portaient ainsi les germes des conflits dès leur origine. Ces Etats ont été créés non pas pour exprimer la volonté des nations précoloniales, mais pour satisfaire la cause colonialiste.

    Les frontières de la RD. Congo pourraient ainsi être à l'origine des conflits pouvant conduire soit à la désintégration, soit à l'intégration, dans le premier cas, ceci pourrait déboucher sur l'instabilité politique, économique et sociale ; par contre le deuxième cas serait bénéfique si maîtrisé.

    En vue d'éviter toute modification de frontières malheureusement par désintégration, il est impérieux de conscientiser l'élite congolaise sur l'esprit patriotique pour l'émergence du nationalisme. Une stratégie de défense devrait également être pensée et mise en oeuvre, avec comme centre de gravité une armée moderne, et dissuasive, faute de quoi aucun facteur de puissance ne pourrait permettre d'éviter des changements déstabilisants.

    3. INTERET DU SUJET

    La frontière, cette ligne qui marque la limite d'un territoire, devient de plus en plus source de tensions évoluant souvent vers des conflits armés. Il est donc utile qu'un étudiant finaliste en relations internationales connaisse profondément la nature et la fonction d'une frontière, d'autant plus que la frontière devient un facteur de relation de coopération ou de conflit.

    Aussi, la RD. Congo est un vaste pays avec neuf voisins. Il est important de pénétrer la genèse des tracés de ses frontières pour en comprendre les problèmes et les opportunités qu'elles peuvent générer. Les frontières de la RD. Congo seront pour demain un facteur de conflits, mais aussi un facteur d'intégration. En vue d'envisager des stratégies capable à pour faire face à ce défi, il y a lieu d'étudier les frontières de ce pays.

    4. METHODES ET TECHNIQUE DE RECHERCHE

    a. Méthode

    Pour mener à bon port nos recherches, nous avons recouru à la méthode historique et la méthode analytique.

    La méthode historique nous a permis d'explorer l'histoire de la RD. Congo pour comprendre comment les frontières ont été décidées et de quelle façon elles ont évolué jusqu'à la configuration actuelle.

    La méthode analytique a permis, à partir des faits historiques et la configuration géostratégique actuelle, de définir les menaces liées aux frontières et ainsi de proposer des solutions acceptables à notre avis.

    b. Technique

    La technique documentaire a été privilégiée tout au long de cette recherche. Elle a permis de rassembler diverses données dans les ouvrages, revues, internet et diverses autres sources documentaires diverses.

    5. DELIMITATION SPATIOTEMPORAIRE DU SUJET

    L'Afrique est un vaste continent avec une superficie de près de 30.520.630 km² et 54 pays ayant des multiples frontières les uns avec les autres. Les tensions frontalières ont diverses causes, si bien qu'il est impossible, dans un travail comme celui-ci d'épuiser un immense dossier que celui-là ; raison pour laquelle notre étude se limite à l'espace actuelle de la RD. Congo. Elle partira de la période précoloniale, c'est dire de 1885 à nos jours.

    6. PLAN SOMMAIRE

    Outre l'introduction et la conclusion, ce travail se subdivise en trois chapitres :

    - Le premier chapitre qui définira les concepts clefs du travail ;

    - Le deuxième se consacrera à l'histoire des frontières de la RD. Congo expliquent les différents changements qu'elles ont connus jusqu'à l'indépendance.

    - Le dernier scrutera la situation actuelle des frontières de la RD. Congo, en présentant les différentes tensions et crises générées par les frontières depuis l'indépendance à nos jours, et essaie de définir les menaces liées aux frontières pour enfin proposer des solutions permettant d'y faire face.

    CHAPITRE PREMIER : GENERALITES SUR LES FRONTIERES

    1. DEFINITION

    Le dictionnaire Petit Larousse définit la frontière comme étant une limite qui sépare deux Etats.1(*) La frontière est donc une limite de caractère international établie en vertu d'un traité, d'une négociation, d'un règlement juridictionnel ou arbitral et dont l'existence matérielle sépare des espaces territoriaux voisins où s'exercent des souverainetés distincts.2(*)

    La frontière territoriale est aujourd'hui considérée comme une ligne définie, marquant la séparation entre deux territoires relevant de juridictions différentes. La frontière est un objet juridique. Elle est la configuration institutionnalisée de la partie d'espace où l'Etat exerce son autorité souveraine territoriale, son contrôle effectif et coercitif. Elle distingue des pouvoirs étatiques aux niveaux géographiques et politiques ( limite territoriale). Elle est constituée en droit par plusieurs éléments cumulatifs et complémentaires. Les frontières sont des intentions politiques, traduites en dispositions juridiques, cartographiées sous la forme linéaire continue ou discontinue, produites d'un processus technique de détermination, inscrites matériellement et/ou projetées virtuellement dans le milieu naturel, aux fonctions juridiques de différenciation territoriale et étatique et dont les modalités d'application peuvent prendre des formes particulières de contrôle et d'assujettissement.

    Toutefois, la notion de frontière précise et intangible, n'a pas toujours existé. Dans de nombreuses régions et à des époques diverses, les limites de frontières n'étaient pas définies avec précision.

    La notion de frontière au sens actuel, qui succède à celle de  confins, est associée au développement de l'État moderne, tel qu'il s'est développé en Europe à partir des XIIIe et XIVe siècles. À cette époque, des pouvoirs étatiques centraux se réaffirment. Le Prince impose des lois et des impôts sur un territoire bien délimité. La notion prend tout son sens avec l'apparition du  modèle westphalien à partir de 1648. Progressivement, les progrès de la cartographie permettent aux dirigeants de mieux prendre conscience de leur territoire et de mieux le contrôler. L'idée prend une intensité nouvelle  avec la Révolution française: les révolutionnaires veulent donner à la France un territoire unifié et précisément la configuration, et supprimer toutes les  enclaves et  exclaves qui compliquent le dessin du territoire national. Le territoire national doit être linéaire et les frontières intérieures abolies.3(*)

    L'idée de créer des limites précises, permettant de clarifier les situations juridiques s'impose progressivement dans les régions sous contrôle européen. Cependant, dans les faits, la définition exacte de toutes les frontières nationales ne se fait que sur le long terme : de nombreux États n'avaient toujours pas fixé avec précision les limites de leur territoire à la fin du XXe siècle.

    Toute action, tout rapport à l'environnement, tout mouvement dans l'espace impliquent la création ou la prise en compte des limites auxquelles il n'est pas possible de se soustraire. On peut dès lors considérer la limite comme étant la catégorie générale englobant la notion de frontière au sens où la limite présente les caractéristiques suivantes :

    - La limite est intentionnelle, elle procède d'une volonté ;

    - La limite est créatrice d'un ordre spatial et temporel ;

    - La limite est fondatrice de la différence, mais la différence peut autant

    - susciter la limite.

    - Les limites constituent une information structurant un territoire,

    - information née du besoin de différentiation.

    2. FONCTIONS DE LA FRONTIERE

    Appliquée à la frontière, les caractéristiques ci-dessus nous révèlent les quatre fonctions suivantes4(*) :

    2.1. La fonction de traduction

    La frontière est la traduction d'une intention, d'une volonté, d'un pouvoir, d'un projet sociopolitique etc. Le caractère volontaire de la frontière met en évidence le fait que la frontière résulte toujours de la volonté humaine. Bien sûr, le tracé d'une frontière se réfère à des limites artificielles ou à des limites naturelles. Mais, même dans ce dernier cas, l'attribution de la qualité de frontière à l'un ou l'autre élément géographique naturel est encore le fait de la volonté humaine.

    2.2. La fonction de régulation

    La frontière délimite un territoire. Par ce fait même, elle régule les ressources politiques, sociales, culturelles, économiques qui y sont disponibles. La frontière régule au sens où elle est la recherche d'un certain ordre. La constance des tracés frontaliers est en effet un élément important de stabilité. A ce titre, elle serait le seul concept politique, à caractère universel ayant l'approbation de la majorité. En effet, la frontière a été et, en bien des sens, demeure une institution politique de base : dans une société moderne, aucune vie économique, politique ou sociale régulée ne pourrait s'organiser sans elle.

    A l'intérieur de ses frontières, l'Etat est appréhendé comme une juridiction de souveraineté et la doctrine wébérienne du monopole de la violence légitime de l'Etat sur son territoire lui est tout aussi universellement reconnue. Ainsi, la revendication de l'Etat moderne, d'être la source exclusive des pouvoirs et des prérogatives de la Loi, ne peut se réaliser que si ses frontières sont rendues imperméables à une intrusion étrangère non souhaitée.

    2.3. La fonction de différenciation

    La frontière marque la différence, elle lui donne sens, elle la fonde. A ce titre, la frontière peut être considérée comme le signe premier des relations internationales.

    2.4. La fonction de relation

    La frontière relie des entités différentes. Cette relation peut être conflictuelle ou, au contraire, il peut s'agir d'une relation d'échange, de coopération. On peut la franchir pour aller faire la guerre ; on peut mourir à vouloir la franchir ; mais on peut également profiter des richesses de ce qui se trouve de l'autre côté etc.

    Somme toute, la formule suivante condense bien l'essence de la frontière : « il s'agit d'une paroi d'équilibre, parfois bousculée, puis percée, entre des organismes différenciés et produisant des poussées inverses ».

    3. FRONTIERES ET CONFLITS

    Selon HUYGHE F.B., « Pas de guerre sans frontière, pas de frontière sans guerre».5(*)

    À suivre son étymologie française, «frontière» est un concept militaire. Apparu en 1213, pour désigner une armée qui établit sa ligne de front, le mot renvoie à la limitation entre deux États à partir de 1360. Cette ligne invisible sert d'isobare entre puissances et volontés politiques : elle en transcrit l'équilibre sur la carte. Et, suivant le mot de Ratzel, la guerre consiste à promener sa frontière sur le territoire de l'autre.6(*)

    Les frontières peuvent, (à titre d'enjeu) susciter des conflits, les empêcher tant qu'elles sont respectées mais aussi les prouver. Leur viol- des hommes en armes faisant violence sur le territoire étranger -constitue souvent le début des guerres effectives.

    En scrutant les missions traditionnelles et spécifiques de toutes les armées du monde, celles qui consistent à défendre l'intégrité territoriale, nul n'est besoin de démontrer ici l'importance que joue la frontière pour un Etat. Ce qui voudrait dire que l'atteinte à la frontière est la source majeure des conflits interétatiques.

    Les conflits ont, pour l'essentiel, trois sources profondes :

    - la lutte pour le contrôle des ressources ;

    - la lutte pour le contrôle des espaces géographiques ;

    - la lutte pour la domination idéologique, ethnique et/ou nationale.

    3.1. La lutte pour les ressources

    Au XXème siècle, comme depuis toujours, la lutte pour les ressources a été la lutte primordiale, essentielle, plus ou moins camouflée derrière les légitimations idéologiques alors que l'objectif réel est de contrôler des ressources en pétrole, diamants, uranium, eau (exemples : le combat contre le communisme des Etats-Unis d'Amérique, jusqu'à la disparition de l'union soviétique au début des années 1990, ou encore le combat pour la victoire du communisme de cette même Russie soviétique).

    L'eau est devenue l'une des ressources fondamentales du XXIème siècle, notamment à cause de la prolifération démographique.

    3.2. La lutte pour les espaces géographiques

    Cette lutte est nécessaire pour pouvoir contrôler l'accès aux ressources. C'est les cas pour les principales routes maritimes tels que : le Détroit d'Ormuz, Détroit de Malacca, Détroit de Bab-el-Mandab, Détroit de Gibraltar, le canal de Suez, canal de Panama etc.

    La lutte autour de certains espaces au Proche-Orient permet le contrôle des ressources en eau : c'est le cas de l'occupation du Golan qui permet à Israël de satisfaire le quart de ses besoins en eau et le contrôle de la Cisjordanie de combler le tiers de ces mêmes.

    3.3. La lutte pour l'hégémonie idéologique, ethnique et/ou nationale

    Cette lutte peut être réellement fondée sur le sentiment d'appartenir à la même communauté d'idées, de peuple, d'une même nation, donc sur une identité collective, ressentie plus ou moins passionnément par les membres d'un groupe social comme devant s'imposer aux autres parce qu'étant la meilleure, parce qu'étant "choisie" par une divinité quelconque par exemple. C'est notamment le point de vue des intégristes, fondamentalistes religieux, de toutes les religions, sans exception.

    Mais très souvent la lutte idéologique, ethnique et/ou nationale, camoufle en réalité des intérêts tout à fait matériels. C'est par exemple le cas des luttes interethniques qui servent les intérêts des puissances qui souhaitent contrôler des territoires stratégiques étrangers, comme par exemple la lutte qui oppose les anglo-saxons au francophones en Afrique, notamment entre la Rwanda et la RD Congo ; entre les Hutus et les Tusis.

    4. AVIS DES GEOPOLITOLOGUES

    Dans son ouvrage fondamental Politische Geographie (1897), Ratzel décrit l'Etat comme un être vivant qui naît, grandit, atteint son plein développement, puis se dégrade et meurt.7(*)L'Etat est l'organisme vivant qui rassemble un peuple sur un sol, le caractère de l'Etat se nourrissant de ce peuple et de ce sol. Mais pour lui, le peuple étant un ensemble politique de groupes différenciés qui ne sont liés "ni par la race ni par la langue" mais par le sol, la politique des nationalités qui aboutit à l'indépendance de l'Etat-Nation fondée sur l'existence d'une communauté linguistique n'est pas acceptable.

    L'Etat ainsi défini par le sol a besoin pour vivre d'un espace, l'espace nourricier, le Lebensraum, l'espace vital. Pour le conquérir et le garder, l'Etat est en conflit avec les autres Etats. Ces conflits aboutissent à ce que les frontières sont fluctuantes historiquement, et se modifient en fonction des rapports de puissance existant entre les acteurs étatiques.

    Pour Ratzel, l'expansionnisme Etatique n'est pas totalement inéluctable, il est le fruit d'une politique volontariste reposant sur les idées religieuses et nationales ainsi que sur les représentations géographiques des populations. Mais, cependant, la nécessité d'avoir un sol nourricier fait que l'expansion relève d'une certaine logique, ce qui amène Ratzel à formuler ce qui lui semble être les sept lois universelles de la croissance étatique :

    - La croissance territoriale des Etats accompagne le développement de leur culture;

    - Le territoire des Etats s'accroît en même temps que leur puissance idéologique ou économique ;

    - Les Etats s'étendent en annexant des entités politiques de moindre envergure ;

    - La frontière est un organe vivant qui matérialise la limite territoriale de l'Etat ;

    - L'expansion territoriale de l'Etat est une logique qui vise à absorber des régions vitales pour lui ;

    - L'Etat est porté à s'étendre lorsque ses voisins sont moins viables que lui ;

    - L'annexion des plus faibles a un effet cumulatif, les annexions entraînant de nouvelles annexions.

    - Les frontières ne sont pas intangibles, elles sont l'enjeu d'un combat pour l'existence.

    L'amiral américain Alfred T. Mahan a construit une géopolitique destinée à justifier l'expansionnisme mondial des Etats-Unis d'Amérique à une époque où le monde est encore dominé par la Grande-Bretagne, un expansionnisme qui doit se fonder sur la puissance maritime (sea power).

    A cet effet, il préconise la politique stratégique selon laquelle il faut : s'allier à la Grande-Bretagne pour contrôler les mers; Contenir l'Allemagne sur le continent européen et s'opposer à son développement maritime et colonial ; associer les américains et les européens pour combattre les ambitions des asiatiques et en particulier surveiller de près le développement du Japon.8(*)

    Les empires naissent, nous dit-il, et meurent, alors que les civilisations survivent aux aléas politiques, sociaux, économiques et même idéologiques pour en définitive succomber à l'invasion de tiers. Huntington nous dit que pendant trois mille ans les civilisations séparées par le temps et par l'espace se sont ignorées. Puis la civilisation occidentale domina le monde jusqu'au XXème siècle : Alors qu'en 1800, les Européens et les anciennes colonies européennes d'Amérique dominaient 35% de la surface du globe, elles en dominaient 67% en 1878 et 84% en 1914. Ce pourcentage s'accrut encore dans les années 1920, lorsque la Grande-Bretagne, la France et l'Italie se partagèrent les dépouilles de l'empire turc.9(*)

    Au XXème siècle, nous dit l'auteur, l'expansion de l'occident s'est arrêtée, dont la puissance relative s'est mise à décliner. Selon certains, nous dit-il, l'Occident triomphe toujours, politiquement et économiquement. Les Etats-Unis, désormais la seule superpuissance, ne déterminent-ils point avec la Grande-Bretagne et la France les grandes orientations politiques et militaires de la planète, et avec l'Allemagne et le Japon ses grandes orientations économiques ?

    Ancel pense que la géopolitique doit analyser les relations existant entre les groupes humains et le territoire sur lequel ils vivent et se développent, militairement, politiquement et commercialement, à partir, certes, d'invariants géographiques - les montagnes, les fleuves, le littoral, les déserts, les îles mais sans que ces invariants soient des facteurs naturels absolus. Autrement dit, pour Jacques Ancel la frontière est modelée, fabriquée, par l'homme, plus que par la nature elle-même, et les invariants naturels, qui évidemment existent bien, ne sont pas des obstacles incontournables pour les politiques volontaristes. C'est donc la volonté humaine qui compte, plus que la nature du sol ou l'identité ethnique. La Nation relève d'un vouloir vivre collectif et non de critères religieux, linguistiques, ethniques.

    Pour Yves Lacoste la géopolitique n'a pas d'autre objet que de décrire et d'expliquer les rivalités de pouvoirs concernant pour l'essentiel les territoires. Des rivalités souvent aujourd'hui fondées sur les représentations, les idées, que se font les peuples de leurs Etats par rapport à leurs territoires.

    5. LES FRONTIERES A L'ERE DE LA MONDIALISATION

    Depuis les années 1970, les flux transfrontaliers de personnes, de biens et de l'information ont atteint des niveaux tels que la capacité des États à contrôler et réguler leurs frontières et les activités exercées sur leur territoire est remise en cause. Le milieu des années 1980 marqua un tournant, des changements dramatiques s'opérèrent, mettant en évidence de nouvelles perspectives sur la frontière et la police des frontières. Le démantèlement des contrôles frontaliers dans la CEE, contenus en germe dans les quatre libertés définies par le traité de Rome de 1957 (liberté de circulation des biens, des services, des capitaux et du travail) progressa lentement jusqu'à l'Acte unique européen de 1986.

    Après l'euphorie collective qui suivit la chute du Mur de Berlin, des craintes apparurent, en partie véhiculées par les gouvernements et les appareils d'État. L'accent fut mis sur la menace de possibles mouvements migratoires massifs de populations, sur la compétition économique , sur le contrôle de la criminalité transfrontalière et de nouvelles routes pour le trafic de stupéfiants, sur le risque d' extension à l'Ouest du désordre politique avec l'afflux de réfugiés ou de groupes terroristes étrangers dans l'Union européenne. Même si Charles Kindelberger, dès 1969, exprimait un point de vue courant en affirmant que : " en tant que simple unité économique, l'État-Nation est bout de souffle ", des travaux récents tendent à infirmer l'hypothèse qu'il y aurait désormais, à un niveau mondial, une plus grande intégration économique que dans la décennie précédant la Première Guerre mondiale. Admettons, néanmoins, que les communications aériennes, les systèmes de communication instantanés, les émissions de télévision par satellite et les nouvelles technologies militaires ont créé de nouvelles formes d'interdépendance, qui ont réduit l'autonomie culturelle, économique, militaire et politique des États.10(*)

    La globalisation semble impliquer l'effacement de toutes les frontières, et non pas seulement de celles de l'Europe. L'Europe ne peut différer la globalisation de l'économie, mais les frontières, en tant que lignes de défense culturelle, ont repris de l'importance et sont considérées, notamment en France, comme des instruments derrière lesquels une forme de protection contre des forces externes pourrait s'organiser. Il y a bien sûr un élément de construction mythique dans cette mise en avant des angoisses sur les nouvelles menaces et la globalisation. Parfois, c'est un phénomène conscient et délibéré en raison de politiques particulières ou une stratégie visant à défendre un groupe ou des intérêts sectoriels. Mais ce phénomène résulte aussi, et surtout, d'une dynamique politique liée à un problème particulier qui se traduit par des effets pervers sociétaux et par une perte d'influence internationale, comme c'est le cas avec le problème de l'immigration en France et l'euroscepticisme en Grande-Bretagne.

    Dans ces deux exemples, il y a une interaction dialectique entre l'émergence de nouveaux facteurs environnementaux et une action politique volontariste, dont les résultats sont imprévisibles. La modification des frontières à l'intérieur de l'Union européenne et le renforcement des frontières extérieures posent ainsi de sérieux problèmes d'analyse. Bien que les frontières puissent être analysées de la même manière que les autres institutions, il a été démontré que le rôle général des frontières dans la vie politique contemporaine avait rarement été analysé explicitement par les politistes. Ceci est en partie dû au fait que les effets de la frontière sur le comportement social et les valeurs des populations qu'elle délimite sont difficiles à apprécier et à quantifier ; les tentatives passées apparaissent limitées et donnent des résultats évidents qui dérivent directement des postulats sur lesquels elles sont basées. Plus significatives, sont les divergences conceptuelles sur les frontières, rarement explicitées, dans les études historiques et politiques. Certains historiens et analystes politiques estiment que les caractéristiques et les fonctions des frontières sont dépendantes de l'organisation interne des sociétés et de la manière dont le pouvoir politique s'exerce au coeur d'un pays.11(*)

    Les débats entre néoréalistes, pluralistes, libéraux, marxistes et théoriciens de l'interdépendance en relations internationales proviennent de visions différentes sur la nature de l'État ; les frontières y sont généralement traitées comme un épiphénomène dont le rôle et la fonction dépendent des caractéristiques du centre de l'État. Pour d'autres, les caractéristiques de la frontière exercent des influences fondamentales sur la manière dont se développe une société et sur les options politiques qui s'ouvrent à elle. À leur manière, ils ont mis en évidence la difficulté d'établir des hypothèses vérifiables à partir d'observations générales, en raison du degré des choix offerts aux décideurs d'une politique des frontières. Lucien Febvre l'a exprimé en attaquant l'école géopolitique allemande : " Il n'y a pas de nécessités mais partout il y a des possibilités. " dans lesquelles l'intelligence humaine et l'imagination jouent un rôle crucial en décidant des fins assignées à un territoire12(*).

    L'ouverture des frontières au sein de l'Union et la relative fermeture au monde extérieur de la frontière externe produira vraisemblablement le sens d'un espace commun en Europe, qui conduira à une plus grande interpénétration sociale et politique des pays du coeur de l'Union. Certains de ces effets peuvent apparaître comme pervers en apparence le renforcement de la surveillance et du contrôle des populations, l'adoption de standards répressifs par les pays membres.

    A la lumière de cette théorie, il faut constater que la frontière est une création humaine : elle ne peut donc pas être immuable. Elle est sujette à des fluctuations et peut changer, en fonction de l'évolution de la société.

    CHAPITRE DEUXIEME :

    EVOLUTION HISTORIQUE DES FRONTIERES DE LA RDC

    1. PRESENTATION DE LA RD CONGO

    La République démocratique du Congo est le quatrième pays le plus peuplé d'Afrique, derrière le Nigéria, l'Egypte et l'Ethiopie.

    De 1908 à 1960, cette ancienne colonie était appelée Congo belge mais aussi « Congo-Léopoldville » jusqu'en 1966, puis Congo-Kinshasa jusqu'à la zaïrianisation de 1971 à 1997.

    Le Congo est le deuxième plus vaste pays d' Afrique, derrière l'Algérie. Le nord du pays est l'un des plus grands domaines de la forêt équatoriale au monde, l'est du pays borde le grand rift est-africain, domaine des montagnes, des collines, des grands lacs mais aussi des volcans. Le sud et le centre, domaine des savanes arborées, forment un haut plateau riche en minerais. À l'extrême ouest, une quarantaine de kilomètres au nord de l'embouchure du fleuve Congo s'étale une côte sur l' océan Atlantique.

    Le pays partage ses frontières avec l' enclave de Cabinda ( Angola) et la République du Congo à l'ouest, la République centrafricaine et le Soudan du Sud au nord, l' Ouganda, le Rwanda, le Burundi et la Tanzanie à l'est, la Zambie et l' Angola au sud.

    Plusieurs centaines d'ethnies de groupes noirs africains différents forment la population du pays. Son économie est principalement du secteur primaire ( agriculture et exploitation minière). Le français est sa langue officielle et quatre langues bantoues ( kikongo, lingala, tshi luba, swahili) sont des langues nationales.

    La République démocratique du Congo s'étend de l'Océan Atlantique au plateau de l'est et correspond à la majeure partie du bassin du fleuve Congo, véritable épine dorsale du pays. C'est le 11e État du monde par sa taille avec ses 2 345 409 km13(*).

    Le fleuve Congo donne au pays son seul accès à l' océan Atlantique dans la ville portuaire de Banana (dans un étroit corridor sur la rive droite du fleuve traversant le territoire de l'Angola, qui dispose de la rive gauche, et dont il crée une petite enclave sur la côte atlantique entre le nord du fleuve et la frontière de la république voisine du Congo).

    En raison de sa grande superficie, de sa localisation au centre de l'Afrique, de ses énormes richesses naturelles et de son importante population, la République démocratique du Congo est nominalement l'un des « géants » de l'Afrique, avec le Nigeria, l' Égypte, et l' Afrique du Sud14(*). Elle est traversée par l' équateur et connait d trois climats : le climat équatorial, le climat tropical et le climat de montagne.

    Le climat général du pays est chaud et humide et la situation varie selon les provinces. La différence est due au fait que l'Equateur traverse la totalité du territoire congolais. L'existence d'un tel climat produit une végétation dense et régit les activités agricoles de la population congolaise.15(*)

    Provinces de la République Démocratique du Congo (Cfr. Annexe 1)

    1. Bandundu

    2. Bas-Congo

    3. Équateur

    4. Kasaï-Occidental

    5. Kasaï-Oriental

    6. Katanga

    7. Kinshasa

    8. Maniema

    9. Nord-Kivu

    10. Orientale

    11. Sud-Kivu

    2. LES TRACES FRONTALIERS DE LA RD CONGO

    2.1. Période précoloniale

    La RD. Congo dans sa forme actuelle n'a pas toujours existé. Dans l'espace actuellement occupé par la RD. Congo, y étaient établis des royaumes et empires, parmi lesquels les plus importants sont l'empire Lunda, le royaume Kongo, le royaume kuba, l'empire luba...

    2.1.1. L'empire Lunda

    L'empire Lunda est un empire africain occupant l'actuel  Katanga, l' Angola oriental et le nord de la  Zambie. Il était dirigé par un empereur ou une impératrice (une numi) désigné par un conseil. Le  peuple Lunda réside sur le territoire de l'ancien empire.

    Selon la tradition, l'empire naquit en 600 avant J.C. lorsqu'un groupe des populations issues de l' empire Luba dirigé par  Ilunga Tshibinda, frère ou neveu (et donc rival) de l'empereur  Ilunga Kalala, émigra vers l'ouest et arriva sur la terre de la confédération Lunda ou Ba Lunda, située dans le  Kasaï supérieur au sud-ouest du  Katanga. Il y épousa la reine  Lueji (Rwej), fille du roi Konde des Bungu, chef de la confédération, qui lui remit le bracelet sacré rukan, insigne de royauté. Leur fils Yao Nawedji (  1660 à  1675) prit le nom de Mwant Yav (vénérable Yav), qui restera le titre des souverains Lunda par la suite. Lueji, stérile dit-on, est la mère symbolique de l'empire et c'est une femme nommée  Kamonga qui fut la génitrice de l'héritier. Le premier Mwant Yav étendit le royaume et nomma gouverneurs des chefs d'autres branches lunda, dont celui de Kazembe ( Luapula, sud-est du  lac Moero), groupe promis à une grande prospérité du fait de ses contacts privilégiés avec les partenaires commerciaux de l'empire.

    En  1789, l'explorateur portugais  Francisco Maria Cerdas avait visité l'empire Lunda et avait rapporté en Europe la nouvelle des richesses minières de la région.

    2.1.2. L'empire Luba

    Au  XVIe siècle, les Balubas, un peuple venant du  Katanga, né de la sécession d'un clan de l'ethnie Songhoy, migre vers le nord entre la  rivière Kasaï et le  lac Tanganyika. Les Balubas vivaient alors dans les provinces actuelles du Kasai et le nord du Katanga. Les Balubas s'organisèrent en chefferies indépendantes, des sortes de tribus. Parmi les tribus les plus importantes on compte les  Bena Lulua, les Bena Tshibanda, les Bena Mpuka, les Bena Mualaba, les Bena Mutombo, les Bena Luntu, les Bakwanga ou encore les Bena Mukuna16(*).

    A la tête de chaque chefferie se trouvait un mulopwe, l'empereur de tous les Balubas ; le kalamba n'avait quant à lui qu'un titre symbolique. Le premier empereur des Balubas sera Kongolo, qui selon la tradition serait aussi l'ancêtre des Basonges.

    Nombreuses étaient les autres ethnies qui vivaient aux côtés des Balubas (Basonge, Tetela, etc.), mais les Balubas les dominèrent économiquement étant plus nombreux. Ainsi leur langue, le kiluba, servait de langue interethnique. Si au Kasai l'organisation politique ne dépassait pas le village, les Balubas du Katanga regroupaient plusieurs villages sous l'autorité d'un seigneur, le Kilolo. Des conflits armés opposèrent les Baluba à leurs voisins mais il y a avait aussi des conflits entre différents mulopwes.

    2.1.3. Le royaume Kongo

    Le royaume Kongo occupait à son apogée un territoire s'étendant sur l'ouest du Congo démocratique, la  République du Congo et l' Angola. L'économie s'appuyait sur l'agriculture (igname,huile de palme). Les relations entre les bakongo et leurs voisins du nord-est,les batékés étaient tantôt hostiles tantôt commerciales.

    2.1.4. Le royaume kuba 17(*)

    Le royaume Kuba se forma dans le Kasaï occidental. Ses origines remonteraient au XVe siècle, mais il ne prit réellement son essor qu'au XVIIe siècle, sous le règne de Shamba Bolongongo, appelé Shyam Mbula Ngoong par  Vansina (ou Shyam a mbul a Ngoong). Ce souverain encouragea les nouvelles cultures; il aurait introduit les cultures du maïs et du tabac. Il apprit à ses sujets le tissage du raphia et la sculpture et institua un véritable service militaire.

    Le royaume des Bakuba est particulièrement intéressant parce qu'il est le seul, dans cette région d'Afrique, où les souverains avaient institué une charge de gardien des traditions orales : le Moaridi. Par ailleurs, l'art de la sculpture et de la décoration y a atteint un niveau remarquable.

    À la fin du XVIIe siècle, les Luba envahirent le royaume Kuba. Celui-ci perdura néanmoins jusqu'à sa soumission par les Belges en 1904. Les Bakuba étaient les populations congolaises les plus aptes à se défendre contre les menées de la  force publique avec les Baboa et les Babudje.

    C'est donc dans cette configuration des royaumes et d'empires que les premiers explorateurs européens trouveront l'espace actuellement occupé par la RD. Congo.

    2.2. De la constitution d'un Etat et tracé des frontières

    Dans son ouvrage intitulé " Histoire du ZAIRE, de l'héritage ancien à l'âge contemporain", publié aux éditions DUCULOT en 1997, le Professeur Isidore Ndaywel è Nziem situe la première description officielle ou semi-officielle des frontières de la RD Congo, ou zaïroises en date du 8 août 1884. Elle fut consignée dans la lettre que Léopold II fit parvenir au Prince Bismarck, chancelier de l'Empire allemand. Dans celle-ci, le futur Souverain de l'Etat Indépendant du Congo (EIC) donnait quelques précisions cartographiques sur le Congo, incluant grosso modo les deux tiers du futur Zaïre (RD Congo) : au nord, le quatrième parallèle ; à l'est, le lac Tanganyika ; à l'ouest, le fleuve Zaïre (Congo) et au sud, le sixième parallèle. Ce sont ces frontières, sans commune mesure avec l'occupation effective, que Bismarck reconnut à l'EIC, non sans hésitation, pour ne pas faire trop de peine à ce roi philanthrope (septembre 1884).18(*)

    Mais peu après, le 24 décembre de la même année exactement, le roi changea d'avis. Il établit un autre tracé de son Congo, allant jusqu'au 6ème degré de latitude sud, annexant le Katanga (Cfr. Annexe 2). Cette nouvelle carte, la première qui soit digne d'intérêt, fut annexée à la Déclaration de neutralité du 1er août 1885. La raison de cette modification du dessin de la frontière ne tient pas compte du Katanga. En effet, à l'époque, nul ne se doutait des richesses qu'il contenait. En fait, pour compenser la perte du Kwilu-Niari (à l'ouest), le roi trouva bon d'annexer ce territoire au sud. Il le choisit en fonction du fleuve qui y prend sa source. L'EIC étant chargé de la liberté de commerce sur le fleuve, Léopold II pensait avoir le fleuve dans sa totalité. Le nouveau tracé, supposé comprendre toute la rive du Tanganyika, atteignait les lacs méridionaux, Moëro et Bangwelo, et croisait la ligne de faîte Zaïre-Zambèze. Par un heureux hasard, ce nouveau tracé fut à nouveau accepté par l'Allemagne, peu préoccupée de ces questions ; la France n'insista pas, en tant qu'héritière potentielle de toutes ces possessions de l'EIC, et par méprise, n'y trouva aucun inconvénient.

    Mais les appétits annexionnistes de Léopold II ne s'apaisèrent pas pour autant. Après le tracé de 1885, son objectif fut d'atteindre le Haut-Zambèze, le lac Nyassa, le lac Victoria, le Haut-Nil. Il y travailla au cours des années 1888-89.

    Pour l'extension vers l'est, il pensa à des alliances avec eux. Mais on ne parvint pas à s'entendre avec les Arabes. Tous les efforts convergèrent alors vers le projet d'extension vers le Haut-Nil. On reconnaît à présent le détail des actions qui furent menées dans ce sens : l'expédition Van Kerkhoven en 1890 et l'occupation du Soudan méridional. En 1894, l'Angleterre, reconnaissant les faits, conclut un traité par lequel elle accordait à bail à l'EIC tout le bassin sud du Nil, dans le souci d'écarter la France de cette région. Mais cette dernière ne se laissa pas faire et fit pression pour que Léopold II renonce aux bénéfices de cet accord et ne garde que le droit d'occuper la partie la plus méridionale du bail, la fameuse enclave de Lado. Léopold II ne désarma pas. Il organisa en 1896 la fameuse expédition Dhanis. On sait maintenant qu'elle visait non seulement à atteindre l'enclave de Lado, mais surtout à aller au-delà, à dépasser la région où la France interdisait toute occupation, c'est-à-dire le parallèle de Fachoda en direction de Khartoum, et de planter le drapeau de l'EIC au bord du Nil. Ceci n'était d'ailleurs pas définitif puisque, au-delà de Khartoum, le roi pensait à l'Erythrée, qu'il avait déjà proposé à l'Italie de lui céder à bail. Parti des rives du Zaïre (Congo), cet empire aurait pu s'étendre jusqu'à la mer Rouge. On sait comment ce grand rêve s'acheva : l'expédition Dhanis fut anéantie par la révolte. L'occupation de Lado ne subsista que jusque 1906 : par un nouvel accord avec l'Angleterre, Léopold II acceptait que l'EIC se retire de l'enclave de Lado après sa mort.19(*)

    Les premières précisions cartographiques dignes d'intérêt, figuraient d'une part dans la Déclaration de neutralité notifiée le 1er août 1885 aux puissances signataires de l'Acte général de Berlin et d'autre part, dans la Déclaration complémentaire du 18 décembre 1894. En reportant sur une même carte les frontières indiquées par les deux Déclarations, on ne peut s'empêcher de faire les constats suivants : depuis 1894 jusqu'à nos jours, les limites du pays sont demeurées stables, excepté quelques rectifications dues aux opérations de bornage. Par contre, entre 1885 et 1894, elles ont connu des modifications énormes : le Zaïre (RD Congo) a perdu, à l'ouest, au profit du Congo, le triangle rectangle dont la pointe repose sur Lukolela au 1er degré de latitude sud, l'un des côtés étant représenté par le 17ème méridien Est de Greenwich et l'autre par le 4ème parallèle de latitude nord, et dont l'hypoténuse est constituée par le cours du Congo-Ubangi. En revanche, il avait gagné plusieurs autres territoires. Au nord, il reprenait à la République centrafricaine actuelle la large bande d'Ubangi et de l'Uélé, s'étendant entre le 4ème parallèle de latitude nord, le cours de l'Ubangi-Bomu et la crête du Congo-Nil ; à l'Est, il gagnait la région aurifère de Kibali-Ituri comprise entre le 30ème méridien Est et la crête de partage des eaux du Congo-Nil ; au sud, il s'était enrichi des territoires immenses des Lunda-Cokwe, formés par la partie méridionale du Kwango, du Kasaï et du Lualaba-ouest, descendant en dessous du 6ème degré de latitude sud.21(*)

    Les changements ultérieurs furent minimes ; ils firent l'objet de quelques autres conventions conclues entre l'EIC ou la Belgique et les puissances voisines. Voici du reste un aperçu de toutes les Conventions qui ont eu lieu depuis le début, c'est-à-dire depuis celle conclue avec l'Allemagne le 8 novembre 1884 jusqu'à la dernière, avec le Portugal le 22 juillet 1927.

    La frontière avec les pays de l'Afrique équatoriale française (Congo, Centrafricaine) a été déterminée par la Convention de Paris du 5 février 1885 à laquelle participait Jules Ferry mais elle dut subir quelques rectifications lors des Protocoles de Bruxelles du 29 avril 1887, et de Paris du 14 août 1894, ainsi qu'au cours des Déclarations échangées entre les deux gouvernements à Bruxelles le 23 décembre 1908. Celle avec le Cabinda a fait l'objet de la Convention du 14 février 1885 ;

    S'agissant de la frontière orientale, il en a été question pour la première fois dans la Convention du 8 novembre 1884 par laquelle l'Allemagne reconnaissait le pavillon de l'Association Internationale du Congo (AIC) ; mais celle-ci a connu, elle aussi, des modifications d'abord par la Déclaration de neutralité du 1er avril 1885, ensuite par la Déclaration de Bruxelles du 18 décembre 1894 et enfin par les Conventions conclues avec chacune des puissances voisines. Vis-à-vis du Rwanda-Urundi, possession allemande qui deviendra territoire sous mandat belge, la fixation de la frontière datait déjà de la Convention du 8 novembre 1884. Elle n'a connu que des explications, des mises au point de détails, par exemple lors de la Convention de Bruxelles du 11 août 1910, approuvée par la loi belge du 4 juin 1911. Avec l'ancienne possession allemande de Tanganyika, devenue depuis lors la Tanzanie, le tracé frontalier, facilité par la présence du lac Tanganyika, n'a pas eu besoin d'être déterminé de manière plus précise par une Convention internationale. Celui-ci doit donc être considéré comme la ligne médiane du lac. En revanche, pour le territoire britannique de la Rhodésie du Nord, qui deviendra plus tard la Zambie, le tracé frontalier fort sinueux a fait l'objet d'une Convention signée à Bruxelles le 12 mai 1894. Avec le Portugal, la situation n'a pas été facile : le litige frontalier a fait l'objet d'une succession de dispositions ; d'abord la Convention de Berlin du 14 février 1885, ensuite celle de Bruxelles du 25 mai 1891 déterminant les délimitations dans la région Lunda, puis surtout celle de Saint-Paul-de-Luanda, du 22 juillet 1927, approuvée par la loi du 12 janvier 1928 où l'on procéda par échange de terres.22(*)

    2.3. Le tracé définitif des frontières de la RD Congo

    Les frontières internationales actuelles de la RD Congo sont les résultats des conventions, traités, accords, protocoles et arrangements suivants (Cfr. Annexe 3) :

    · 5 février 1885

    L'EIC a abandonné la rive droite du Congo, c'est-à-dire le bassin du Kwilu-Niari suivi du 29 avril 1885, pour la rive droite de l'Ubangi. Ainsi, est définitivement fixée la frontière occidentale sur l'Ubangi jusqu'au 4ème parallèle nord, afin de permettre à la France d'avoir accès à la vallée du Nil.

    · 21 mai 1891

    Signature d'un accord entre l'EIC et le Portugal, fixant la frontière entre la RD Congo et l'Angola. Tous les territoires situés entre les 6ème et 8ème degrés de latitude Sud reviennent à l'EIC tandis que le Portugal s'octroie ceux s'étendant entre le Kwango et le Kasaï depuis le 8ème degré de latitude Sud.

    · 12 mai 1894

    Est signée entre l'EIC et l'Angleterre la convention fixant les frontières entre l'EIC et le Soudan, entre l'EIC et l'Ouganda et entre l'EIC et la Tanzanie. En fait, cet accord concède à Léopold II à "bail", le sud Soudan égyptien. Objet de protestations généralisées de la part des puissances, Léopold II se contente du traité anglo-congolais du 09 mai 1906, abrogeant le bail sur le Bar el-ghazal de l'enclave de Lado sur le haut Nil. En 1910, Léopold II meurt et l'enclave est rendue au Soudan. Cette convention concernait également la frontière entre l'EIC et la Rhodésie du Nord (République de Zambie).

    · 19 avril 1897

    Signature entre l'EIC et la France du Protocole sur les frontières entre l'EIC et l'Afrique Orientale Française (République Centrafricaine).

    · 10 mai 1910

    Signature du protocole fixant les frontières orientales de l'EIC avec l'Ouganda, le Rwanda et l'Urundi.

    · 14 mai 1910

    Signature à Bruxelles entre les "délégués du Roi des Belges et ceux du gouvernement de l'Empereur de l'Allemagne, Roi de Prusse, de l'arrangement en vue de la fixation du tracé d'une frontière définitive entre la colonie du Congo et le Protectorat allemand de l'Afrique Orientale au nord de Tanganyika-Rwanda-Urundi".

    · 16 mai 1910

    Signature entre la Belgique et les autorités anglo-soudanaises, de l'arrangement portant sur la remise de l'Enclave de Lado au Soudan.

    · 11 août 1910

    Signature entre la Belgique et l'Allemagne de la convention portant approbation de l'arrangement du 14 mai 1910.

    · 14 juin 1911

    Approbation, confirmation et ratification de la convention ci-dessus par le Roi des Belges (Albert 1er). Signature à Bruxelles, du Procès-verbal de l'échange des ratifications de l'empereur de l'Allemagne, Roi de Prusse et du Roi des Belges sur la convention conclue entre l'Allemagne et la Belgique, le 11 avril 1910, pour déterminer les frontières du protectorat allemand de l'Afrique orientale et de la colonie belge du Congo. Ces actes ont été trouvés exacts et concordants et l'échange a été opéré.

    · 1926

    Signature entre la Belgique et le Portugal du Traité Saint-Paul de Luanda portant arrangement sur la frontière entre l'EIC et l'Angola.

    Comme on peut le constater, l'actuelle délimitation de la frontière nationale requit donc un travail ardu et long. Elle fut le fruit de nombreuses négociations nombreuses mais où n'entraient nullement en ligne de compte les formations ethniques en place. C'est ainsi que les anciennes entités politiques ont été dispersées. L'ancien royaume du Kongo fut découpé entre l'Angola, l'EIC et le Moyen-Congo ; l'empire Lunda entre l'Angola, l'EIC et la Rhodésie du Nord ; l'empire Luba entre l'EIC et la Rhodésie du Nord, le domaine des Bami se retrouve à la fois à l'EIC et au Rwanda-Urundi ; les Zandé entre l'EIC et le Soudan et l'Ubangi-Chari ; les Ngbandi entre l'Ubangi-Chari et l'EIC.

    Que le tracé frontalier ait été laborieux, cela est évident et il fallut toute l'adresse d'un Léopold II pour y parvenir. Pour s'en convaincre, il suffit de se rappeler par exemple comment s'est déroulée la récupération de l'embouchure du fleuve, pour éviter que le nouvel Etat soit étouffé par l'absence d'un débouché à la mer. Le Portugal, pour faire prévaloir ses droits sur cette embouchure avait eu recours à la protection de l'Angleterre lors du traité anglo-portugais du 26 février 1884 qui interdisait à toutes les puissances l'accès à celle-ci. Comment contourner cet écueil ? Léopold II s'employa d'abord à faire reconnaître l'AIC par la jeune grande puissance des USA. Ce qui fut fait en avril 1884. Ensuite il offrit à la France le droit de préférence sur le territoire congolais. Celle-ci accepta. Ce droit de préemption signifiait que les territoires de l'AIC reviendraient automatiquement à la France en cas de dissolution de cet organisme. L'Allemagne et l'Angleterre se retrouvèrent devant un fait accompli. Pour ne pas avoir à affronter la domination française dans le bassin du Congo, il fallait adopter les positions de celle-ci et reconnaître l'AIC. Ce que fit l'Angleterre le 16 décembre 1884. Le Portugal se retrouva isolé et fut bien obligé de reconnaître l'EIC.23(*)

    Parfois, les rivalités frontalières suscitèrent des conflits armés par personnes interposées. Les épisodes de guerre évoqués ont été pour la plupart des batailles menées dans l'espoir d'élargir les frontières au maximum. Certains conflits sont restés célèbres dans l'histoire de la conquête coloniale à cause de l'importance qu'ils ont eue pour la suite des événements. Stanley et Savorgnan de Brazza ont donné le ton dans la course qui les opposa pour l'occupation du Pool. Cette opposition survit encore aujourd'hui dans la position concurrentielle et donc conflictuelle de Brazzaville et de Kinshasa et les rapports tumultueux qu'entretiennent ces deux métropoles. La cession du Kwilu-Niari aux Français a rétréci considérablement l'espace maritime de la RD Congo. Sans cet arrangement, le littoral de la RD Congo aurait été plus long, rendant, par le fait même, possible bien des réseaux d'échange.

    L'occupation puis la perte de l'enclave de Lado (voir Cfr. Annexe 4) dans le nord-est ont provoqué des réactions. Comme on l'a vu, malgré l'échec de l'expédition Dhanis, l'occupation du sud du Soudan se réalisa partiellement avec cette enclave. Mais à la Convention du 9 mai 1906, on décida que toute cette région devait être abandonnée au profit de l'Angleterre ; celle-ci préféra ménager l'Egypte, qui avait également quelque ambition sur cette région. On allait évoluer vers le statut du Soudan anglo-égyptien. L'évacuation de l'enclave et du Bahr el-Ghazal se fit en 190724(*). La grande conquête de l'EIC ne demeura plus qu'un souvenir, avec un nom glorieux comme Redjaf, et la victoire de Chaltin.25(*)

    Il est donc clair qu'au début, la Conférence de Berlin, étant partie sur des prémisses et des bases fausses, définit des frontières arbitraires sans tenir compte d'aucune structure locale, piégeant toutes les activités entre peuples de même origine. Ce qui fait qu'il y eut des conflits un peu partout autour des frontières de la RD Congo, entre autres ceux opposant les colons de la Rhodésie du Nord et du Congo belge le long de la Luapula et du lac Moero. Toutefois, de toutes les frontières de la RD Congo, celle du sud-est et du nord du pays paraît être les limites officielles du pays les moins contestées actuellement.

    CHAPITRE TROISIEME :

    SITUATION ACTUELLE DES FRONTIERES DE LA RDCONGO

    1. FACTEURS A LA BASE DE LA REMISE EN CAUSE DES FRONTIERES

    On estime que 70 % des frontières africaines telles qu'on les connaît aujourd'hui furent définies sans concertation avec les populations concernées, entre la conférence de Berlin et la fin de la première décennie du XXe siècle. Si ce découpage colonial n'explique pas tous les problèmes actuels de l'Afrique, il n'en reste pas moins vrai que les États africains ont hérité de frontières marquées du sceau des rivalités et des intérêts des anciennes puissances coloniales.

    Comme on peut le constater, ces frontières héritées des colonisateurs traduisent les limites entre différents Etats, et ne représentent aucunement les limites entre les ethnies, les cultures et les langues. Tracées sans tenir compte des réalités historico-culturelles, les frontières africaines s'inscrivaient, dès l'origine, dans une perspective des conflits inévitables à long terme.

    Comme pour tous les Etats africains, les frontières de la RD Congo n'échappent pas au sort hérité de la colonisation. Ainsi, les facteurs qui suivent sont susceptibles de créer des tensions pouvant dégénérer en conflits:

    1.1. Des ethnies à cheval sur les frontières

    Le tracé des frontières n'ayant pas tenu compte des limites culturelles ou de certains groupes sociaux, des ethnies se retrouvent à cheval sur les frontières, constituant ainsi une minorité soit en RD Congo, soit dans le pays voisin. Les membres de ces ethnies se retrouvent rattachés culturellement, mais aussi par le lien de sang à une nation étrangère. Le problème se pose à partir du moment où ces groupes de personnes ne sont pas considérés par les autres ethnies comme des vrais citoyens du pays. Des frustrations en ressortent et renforcent ainsi le sentiment des minorités de se sentir beaucoup plus rattachées à une nation étrangère qu'à leur propre pays. Le tribalisme peut aller à l'extrême jusqu'à friser le racisme. Le problème se complique lors des élections politiques ou tout autre adversité politique : aussi une nationalité étrangère est collée à un citoyen congolais parce qu'il est tout simplement adversaire politique et a des liens de sang avec un peuple étranger, ceci en vue de l'affaiblir.

    1.2. Non entretien des bornes frontalières

    Le non-respect des mesures d'entretien des frontières artificielles prévues par l'Acte de Berlin fait partie des facteurs générateurs des conflits frontaliers.

    En effet, il existe, en matière de contrôle des bornes frontalières, un texte légal dans le protocole d'accord du traité de Berlin de 1885. Ce texte stipule ce qui suit:

    - chaque gouvernement prendra annuellement les mesures nécessaires pour l'entretien de l'avenue longeant la polygonale frontière dans la partie qui lui incombe pour que les bornes soient conservées et au besoin réparées ;

    - Une inspection commune de la ligne frontalière sera faite tous les 10 ans, par les délégués des gouvernements pour assurer l'entretien de la ligne frontalière et de la situation des bornes26(*).

    Le contrôle de frontières doit être considéré comme une opération bilatérale devant s'effectuer de concert avec le voisin d'une façon régulière au moins une fois tous les 10 ans : vérification de l'état de chaque borne frontière, dégagement d'un couloir de 10 mètres séparant les deux Etats frontaliers, construction et érection des bornes détruites. Tous ces travaux ne peuvent s'effectuer qu'après négociations préalables.

    La réalité est que la RD Congo ne se soucie guère de cette question. Les bornes frontalières n'ont pas été contrôlées depuis l'indépendance, et les avenues longeant les polygonales n'ont pas été entretenues. Certaines bornes ont disparu avec le risque d'être déplacées par le pays le voisin.

    1.3. Irrédentisme

    La considération des populations frontalières comme des étrangers par les autres ethnies est une réalité pour toutes les régions de la RD Congo. Cette attitude ségrégationniste ne peut que frustrer les minorités ethniques des contrées frontalières et les pousser soit à réclamer l'indépendance, soit à chercher à se rattacher à un pays voisin. Cela est une vraie menace à la cohésion nationale et à l'intégrité des frontières.

    1.4. Découverte des matières premières à la frontière commune

    Depuis un certain temps, la RD Congo se trouve confrontée à des divergences de vues avec certains de ses voisins. Et si, l'on n'y prend pas garde, elle risque de devenir source de conflits armés dans un proche avenir. Il s'agit entre autres de ce que l'on qualifie de zone d'intérêt commun.

    La logique commande qu'une zone destinée à être d'intérêt commun soit située à cheval entre deux ou plusieurs Etats. La géologie méprisant des frontières tracées par l'homme, fait qu'un gisement minier ou pétrolier puisse se situer en lisière de deux ou plusieurs Etats. C'est dans ce contexte que se négocient les accords qui définissent les modalités d'exploitation en commun des richesses ainsi localisées.

    C'est le contentieux existant aujourd'hui entre la RD Congo et l'Angola au sujet de l'exploitation du pétrole off-shore dans l'océan Atlantique, entre la RD Congo et l'Ouganda pour l'exploitation du pétrole du graben Albertine, entre la RD Congo et le Rwanda pour l'exploitation du gaz méthane du lac Kivu.

    L'exploitation commune des richesses dans ces zones pourraient être des sources de conflit les années à venir, si les accords signés sont dénoncés ou carrément intentionnellement ignorés par l'une des parties.

    1.5. Pressions démographiques

    Comme les vents, les mouvements migratoires vont des hautes pressions vers les basses pressions, ici démographiques : le surpeuplement du voisin l'oblige à déverser son trop plein vers les voisinages à basse densité. Les mouvements migratoires, provoqués par les pressions démographiques, finissent par engendrer des différends fonciers et susciter les questions de nationalité entre les autochtones et les populations issues de l'immigration. Ces difficultés de cohabitation se rencontrent souvent chez les populations frontalières et très vite, tournent aux problèmes identitaires avec des revendications pouvant avoir des incidences sur les frontières nationales.

    1.6. Mauvaise gouvernance

    Elle est tenue responsable de manque de capacités humaines dans les domaines de la santé, de l'éducation, de l'environnement, de l'alimentation, de la gestion publique, de la culture, de la gestion des ressources humaines et financières et des infrastructures sociales et routières. Une gouvernance fondée sur le népotisme et qui marginalise un groupe de la société en lui faisant perdre son intégration sociale, est susceptible d'engendrer des frustrations sociales à la base des revendications séparatistes ou de l'autonomie.

    1.7. Intégration

    Dans le cas d'une intégration sous-régionale ou régionale, il est évident que les flux transfrontaliers des personnes, des biens et d'informations remettent en cause la capacité des Etats à contrôler, réguler leurs frontières et les activités exercées sur leurs territoires respectifs. Dans la mesure où l'intégration politique et économique vise le démantèlement des contrôles frontaliers et préconise la libre circulation des biens, des personnes, des services, des capitaux. Ce qui fait qu'une fois au sein d'une union, les frontières de la RD Congo ne seront plus les mêmes d'autant plus que la suppression des barrières frontalières et le démantèlement des frontières sont des préalables à toute intégration. Notons tout de même que ceci ferait le moindre mal à l'Etat que tout autre de modification de frontière à l'exception de son expansion.

    2. ETAT DE LIEUX DES FRONTIERES DE LA RD CONGO

    En principe, à ce jour, la RD Congo n'a pas de compte à rendre concernant ses frontières. Tous les litiges ont été soldés avant le 30 juin 1960, date de son indépendance.

    Cependant, l'éléphant aux pieds d'argile qu'est devenue la RD Congo, ou mieux le ventre mou du continent, continue à recevoir des coups venant de ses voisins de la sous-région et d'organisations venant d'ailleurs. Chacun cherche à prendre le contrôle d'une portion du territoire congolais. D'abord à l'Est où le Rwanda et quelques autres pays voisins ne font pas de mystère sur leur projet visant à redessiner la carte géographique de l'Afrique (Cfr. Annexe 5). Des guerres de « libération-occupation » se sont succédé au Kivu dans le but de réaliser ce macabre projet. D'aucuns ont parlé de la balkanisation de la RD Congo.

    Les flux entre la RD Congo et les pays de l'Est étant importants, il n'y a pas d'inconvénients que les Congolais de l'Est soient attachés aux pays de l'Afrique orientale. Et ces habitudes transactionnelles ne doivent pas constituer un motif pour justifier l'annexion de cette partie de la RD Congo à un pays de l'Est, le Rwanda en l'occurrence, même si culturellement les populations frontalières sont très rapprochées.

    Profitant des faiblesses de la RD Congo, tous les conflits internes des pays voisins sont exportés en territoire congolais. La rivalité Tutsi-Hutu « made in Rwanda and Burundi » a maintenant comme terrain de confrontation la RD Congo avec tous les effets collatéraux qu'elle entraîne. Les rebelles ougandais, soudanais, Mbororo, interhamwe rwandais, burundais, voire angolais de l'enclave de Cabinda, non seulement qu'ils utilisent le territoire congolais comme base arrière de leur propre gré, ils exploitent systématiquement en toute quiétude toutes les ressources naturelles du milieu à leur portée.

    Toutes les milices de l'Est, allant du CNDP de Laurent NKUNDA aux divers groupes maï-maï, sont des créations de l'étranger dont les soi-disant leaders congolais ne sont que simples représentants. Dans cette confusion, se mêlent les firmes industrielles occidentales à la recherche des minerais dont le coltan qui sert essentiellement dans la fabrication des systèmes électroniques comme les ordinateurs, ou les consoles de jeu vidéo.

    Le scénario de l'Est fait le bonheur de tous les acteurs impliqués : groupes armés, ONG, OI, pays voisins et certains congolais inconscients, pendant que le peuple congolais, dans sa majorité, vit l'équivalent d'un « 11 septembre » au quotidien et ce, depuis plus d'une décennie.

    Des Congolais créés de toute pièce apparaissent à l'Est pour revendiquer soit une portion de territoire, soit un poste ministériel, soit un grade élevé au sein de l'armée, comme si l'accès à certains postes de responsabilité était limité à une certaine catégorie de Congolais ou interdit à d'autres.

    Comme pour prouver que l'intégrité des frontières de la RD Congo est menacée d'être mise à mal par ses voisins, même son allié l'Angola ne lui veut pas que du bien. A l'instar des autres nations ennemies, ce dernier n'a pas hésité un seul instant à avancer des revendications territoriales sur des terres congolaises de Kahemba (v, jusqu'à faire franchir sa police des frontières occuper des localités de cette contrée (Cfr. Annexe 6). Les enquêtes menées à ce sujet n'ont jamais apporté la lumière tant attendue. Et à ce jour, nul ne peut confirmer si les policiers angolais ne reviendraient plus jamais faire flotter le drapeau de leur pays sur le sol congolais de Kahemba.

    Lors des rencontres en commission mixte, la question a toujours été évitée afin de ne point empoisonner les relations existant entre les deux pays. Pire, des eaux territoriales congolaises sont occupées par l'Angola. Publiquement, il se constate que des exploitations pétrolières, fleurons de cette industrie pour l'Angola, sont situées en RD Congo. D'ailleurs, dans les milieux diplomatiques, il est reconnu que la RD Congo, dans sa situation actuelle, ne pourra pas reprendre cette manne pétrolière des mains du puissant voisin l'Angola. C'est donc par voie diplomatique que la question pourrait trouver de réponse au regard de la volonté affichée de s'en référer aux anciens colonisateurs pour connaître les vraies limites frontalières séparant les deux pays. La RD Congo s'y emploierait déjà, mais le succès n'est pas garanti.

    En plus d'un Rwanda ambitieux, de l'Angola, voire de l'Ouganda qui avait déplacé la borne frontalière en un moment, le Sud Soudan lui aussi, allègue des prétentions territoriales sur la RD Congo. Déjà, lors de l'opération conjointe menée par les FARDC et l'armée ougandaise (UPDF) contre la LRA, l'armée du Sud Soudan affirmait opérer « sur le territoire soudanais », alors qu'elle se trouvait sur le sol congolais. Personne ne fit attention à cette déclaration. En 2010, à Morobu, en territoire soudanais, les Soudanais ont officiellement revendiqué la légitimité sur cette partie du village de Kimba. Curieusement, ces revendications des officiels étaient précédées par l'occupation des rebelles de l'ex SPLA. La construction d'un bureau administratif démontre la préméditation de l'opération de la part des autorités soudanaises. Pendant ce temps, la partie soudanaise «exige des pourparlers entre les vieux sages des villages frontaliers de ces deux pays pour décanter cette situation».27(*)

    Dans la Province Orientale, la situation des Mbororo semble être jetée dans les oubliettes par les autorités congolaises comme si leur présence ne constituait aucune menace pour la Nation. Pourtant, les voisins ennemis de la RD Congo, dans leur quête d'hégémonie en territoire congolais, créent des conflits en RD Congo dans le but de repousser au plus loin les populations congolaises, afin de disposer à leur guise des espaces dépeuplés.

    2.1. Les frontières Nord

    Comme pour l'ensemble du territoire national, les frontières nord de la RD Congo ne sont non seulement poreuses et en proie à des violations massives de la part des mouvements rebelles étrangers et d'éleveurs mbororo, elles sont menacées vers le Nord-est, du côté du Sud Soudan dont les prétentions territoriales sur certains villages congolais ne sont pas à prouver. A côté de la malignité du voisin Sud Soudan, il faut également relever les visées expansionnistes de l'Ouganda sur la partie Nord-est du territoire congolais.

    Les facteurs susceptibles de mettre en mal les frontières nord de la RD Congo sont : le déséquilibre de puissance, la mauvaise gouvernance, la convoitise des ressources naturelles par les voisins, le non entretien des bornes frontalières.

    2.2. Les frontières Est

    Pendant plus d'une décennie, l'Est de la RD Congo, principalement la région du Kivu, est en proie à des guerres récurrentes, menées ou provoquées par des prétendus mouvements rebelles congolais. Or, il est connu qu'un mouvement rebelle ne peut survivre s'il ne bénéficie du soutien de la population locale ou s'il ne dispose de bases arrières dans les pays voisins ou encore d'un appui extérieur. Ce qui est réel est que pour le cas de l'Est de la RD Congo, les mouvements rebelles ne bénéficient pas toujours de sympathie ni de soutien populaires, ce qui suppose qu'ils doivent leur survie aux divers appuis dont ils bénéficient de la part des pays voisins, le Rwanda en tête. La grande question à se poser ici est celle de comprendre la motivation de cet appui inconditionnel des pays voisins de la RD Congo à ces groupes armés.

    2.3.1. Les voisins : l'ombre du Rwanda28(*)

    Le Rwanda est un acteur essentiel de la guerre du Kivu. Non seulement parce que la déstabilisation de l'Est de la RD Congo est la conséquence directe de ses problèmes internes (surpeuplement et exportation de ses violences intercommunautaires), mais aussi parce que Kigali essaie d'exercer un contrôle sur le Kivu, tant pour sa sécurité que pour s'approprier des terres et des ressources minières. L'Ouganda a aussi des visées hégémoniques sur le grand nord de la province, mais surtout concerné par le conflit de l'Ituri.

    La question de l'implication du Rwanda dans la guerre du Kivu fait toujours problème car elle n'est pas fortuite. Celle-ci s'inscrirait dans la réalisation d'un plan de conquête des espaces territoriaux à l'Est de la RD Congo. Le chevauchement d'identités ethniques transfrontalières et d'appartenances nationales dessine des configurations complexes et des statuts ambigus de certains groupes sociaux.

    Pour les adversaires de Nkunda, qui lui-même se revendique Congolais à part entière, il ne fait aucun doute qu'il est à la solde de KAGAME. L'engagement au début des années 1990 d'un grand nombre de Tutsis du Congo auprès du Front Patriotique Rwandais (FPR) et l'étroite collaboration entre le Rwanda et le Rassemblement Congolais pour la Démocratie, RCD, entre 1998-2002 ont créé des solidarités actives, au point qu'il est difficile de faire le partage entre ce qui est « congolais » et « rwandais » une ambivalence qui alimente l'hostilité des autres groupes ethniques du Kivu. En s'appuyant sur des réseaux transfrontaliers, familiaux, culturels, ou d'affaires, le Rwanda reste en tout cas un acteur omniprésent sur la scène économique, politique et militaire du Kivu. Son appui au Congrès National pour la Défense du Peuple, CNDP, sans être inconditionnel pour des raisons de stratégie politique propre à KAGAME, s'exerce sans doute moins dans le domaine militaire sauf peut-être dans la zone frontalière, que dans celui des services, télécommunication, système bancaire, facilités commerciales etc. Il se pourrait que le CNDP soit en train de se substituer au RCD comme acteur privilégié des relations avec le Rwanda.

    2.3.2. Les acteurs non-africains

    La guerre du Kivu est une guerre africaine. Loin est le temps où les mercenaires des années 1960 avaient fait du Congo le terrain de leurs aventures. Toutefois, il ne faut pas perdre de vue qu'aucun des belligérants ne possède d'usine d'armement et que la guerre par conséquent est alimentée par le commerce mondialisé et généralement illicite des armes, munitions et autres équipements militaires . Les systèmes de télécommunication, en particulier le téléphone portable, qui jouent un rôle essentiel dans des guerres de mouvement sont contrôlés par des groupes internationaux. Le Rwanda constitue un proche et efficace relais logistique pour les rebelles tutsi29(*).

    Si les grandes puissances nord-américaines, européennes et aujourd'hui asiatiques jouent un rôle incontestable en amont du conflit en fournissant les armes, elles exercent une action décisive en aval car ce sont elles qui achètent les produits miniers et financent donc indirectement les groupes armés illégaux qui contrôlent la production. Ce cercle vicieux est dénoncé depuis des années sans beaucoup d'effet, quand bien même quelques entreprises européennes impliquées dans le commerce des métaux ont cessé leurs activités au Congo sous la pression d'ONG internationales comme Global Witness30(*). La mise en application du processus de Kimberley concernant le diamant ou de l'Initiative pour la Transparence des Industries Extractives (ITIE) suppose au préalable la pacification des zones minières et la normalisation de l'exploitation. On en est très loin, les grandes puissances se souciant finalement peu de ce qui se passe dans les forêts recluses du Kivu.

    2.3.3. L'imbroglio identitaire : la dimension ethnique

    Dans la mille-feuille d'identités, trois grandes strates d'antagonismes peuvent être identifiées (Cfr. Annexe 7)

    2.3.3.1. Autochtones/étrangers

    Le Kivu a longtemps été une terre d'accueil pour les migrants originaires du Rwanda. Moins peuplé que celui-ci, il lui a servi d'exutoire démographique : les migrations spontanées ou organisées par l'administration coloniale belge dans le cadre de la Mission d'Immigration des Banyarwandas (MIB) mise en place en 1937, ont drainé des flux de migrants estimés à 200 000 pour la période coloniale et 100 000 pour la première décennie d'indépendance. Bien qu'il n'y ait pas eu de recensement démographique depuis 1984 et que les comptages ethniques soient l'objet de manipulations, il est avéré que les territoires de Rutshuru et du Masisi sont majoritairement peuplés de rwandophones. Dans le Bwisho (au nord-est de Rutshuru) jadis dépendant du royaume du Rwanda leur présence a des racines anciennes. Au Masisi la migration n'a pris toute son importance qu'à partir du mandat belge.

    Les populations réputées « autochtones », c'est-à-dire installées avant l'arrivée des migrants rwandais, se sont senti progressivement dépossédées de leurs prérogatives foncières et des droits symboliques qui s'y rattachent. Les tensions se sont cristallisées autour du foncier et de la question de la nationalité. La révision en 1981 dans un sens restrictif des critères permettant de se revendiquer comme Congolais (à l'époque Zaïrois) a privé des dizaines de milliers de Banyarwanda de la nationalité congolaise31(*), envenimant les relations intercommunautaires. A partir de 1990, les perspectives d'un retour à une démocratie électorale ont renforcé la crainte des autochtones, là où ils sont aujourd'hui minoritaires, de passer sous la coupe de ceux qu'ils considèrent encore souvent comme étrangers. A Kinshasa, la Conférence Nationale avait d'ailleurs fermé ses portes aux rwandophones sous prétexte de « nationalité douteuse ». C'est dans ce contexte que les tensions interethniques à Masisi ont dégénéré en 1993 en violences armées opposant les autochtones (principalement les Hunde) et les Banyarwanda (Tutsi et Hutu) ; elles ont provoqué plusieurs milliers de morts. Aujourd'hui les tensions sont à nouveau exacerbées, la guerre ayant tendance à bipolariser les antagonismes entre les Banyarwanda tutsis et les groupes ethniques autochtones du Nord-Kivu récemment regroupés dans le « G7 » (Nande, Hunde, Kuymu, Nyanga, Tembo, Kano, Mbuti)32(*).

    2.3.3.2. Hutu/Tutsi

    Au début de l'année 1994, il avait été mis un terme aux massacres du Masisi grâce notamment à l'intervention des autorités coutumières. Quelques mois plus tard une catastrophe d'une tout autre ampleur s'abattait sur le Kivu : le déferlement massif des Hutu rwandais fuyant leur pays devant l'avancée victorieuse de l'Armée Patriotique Rwandaise (APR). La guerre du Rwanda, sur fond d'exaspération des haines entre Hutu et Tutsi jusqu'au paroxysme du génocide de 1994, étendit alors ses métastases au Kivu. L'installation durable de plus d'un million de Hutu dans des camps de réfugiés situés à proximité de la frontière rwandaise33(*) contribua à déstabiliser une région déjà fragile, réactivant l'hostilité des autochtones envers les Banyarwanda, mais surtout envers les Tutsi congolais, lesquels ne cachaient pas leurs sympathies pour le nouveau régime de Kigali. Plusieurs milliers d'entre eux avaient d'ailleurs rejoint les rangs de l'Armée Patriotique Rwandaise. Beaucoup participèrent à l'opération militaire initiée par le Rwanda pour éliminer les camps de réfugiés du Kivu. Ils servirent de couverture à l'offensive de l'automne 1996 et firent le lit de l'AFDL34(*) de Laurent Désiré Kabila. Ils prirent part à la destruction des camps et aux massacres massifs de Hutu qui l'ont accompagnée. Si les rescapés Hutu qui forment aujourd'hui l'ossature du Front Démocratique pour la Libération du Rwanda (FDLR) ont pu maintenir leur présence au Kivu, c'est avec la complicité de certaines autorités locales hostiles aux Tutsi. Cette hostilité recouvre souvent des rivalités économiques, comme c'est par exemple le cas parmi les Nande de Butembo et de Béni dont les grands commerçants sont en concurrence avec les Tutsi. On assiste ainsi à des recompositions des antagonismes ethniques, les autochtones pouvant se rapprocher des Banyarwanda hutu dans des alliances de circonstance contre les Tutsi.

    2.3.3.3. Kivutiens/Congolais

    Dans le kaléidoscope changeant des identités, la géographie joue aussi sa partition. Eloignés de plus de 1 500 km à vol d'oiseau de la capitale, le Nord et le Sud-Kivu entretiennent peu de relations économiques avec l'ouest du Congo. Les échanges sont tournés vers l'Afrique de l'Est et l'Océan Indien. La guerre civile a, par la force des choses, renforcé les tendances centrifuges d'une périphérie coupée de l'hinterland congolais. Les programmes de reconstruction des infrastructures de communication ne sont pas suffisamment avancés pour que le Kivu soit à nouveau ancré à l'espace économique congolais. Pendant les années de gouvernement RCD, l'est du Congo a expérimenté une autonomie de gestion qui a conforté le sentiment « kivutien ». Le rétablissement d'une administration centralisée à partir de 2003 s'est très vite heurté à des résistances envers la lointaine bureaucratie de Kinshasa qui paralyse plutôt qu'elle ne favorise la gestion des affaires locales. La décentralisation, inscrite dans la nouvelle Constitution promulguée en 2006, accorde de larges prérogatives aux entités décentralisées, mais elle n'est pas encore effective et se heurte à la question de la répartition des recettes fiscales dont 40 % doivent en principe revenir aux provinces. En attendant, un rejet commun des tracasseries de l'administration centrale conforte l'identité kivutienne. L'attachement au « pays » et une communauté régionale d'intérêts économiques pourraient transcender les clivages ethniques et solidariser les habitants du Kivu dans leur revendication d'une reconnaissance de leur spécificité à l'intérieur du Congo. À condition bien sûr que les armes se taisent.

    A ces trois couples dialectiques on pourrait en ajouter un quatrième si l'on ne craignait pas d'apporter de l'eau au moulin d'une certaine paranoïa concernant la francophonie : en Afrique centrale, le Kivu en représente le bastion avancé, aux frontières d'une anglophonie qui progresse dans les espaces disputés des Grands Lacs. Au Rwanda, jusqu'alors majoritairement francophone, le groupe minoritaire qui a conquis le pouvoir par les armes est constitué de Tutsis anglophones (conséquence de leur long séjour dans les camps de réfugiés en Tanzanie puis en Ouganda). Paul KAGAME se refuse généralement à s'exprimer en français. En octobre 2008, Laurent Nkunda, interrogé sur Radio France Internationale, RFI, s'est exprimé en anglais, alors qu'il est parfaitement francophone : est-ce un signe d'allégeance au pouvoir tutsi-anglophone qui règne à Kigali ?35(*)

    2.4. L'exploitation illicite des ressources minières : une curée généralisée

    Le Kivu, à l'instar de l'ensemble de la RD Congo, est l'illustration exemplaire de la « malédiction des matières premières » dénoncée par maintes ONG. La guerre, l'exploitation des ressources naturelles et la corruption s'auto entretiennent. Le secteur minier du Kivu a été dominé par la production de cassitérite, jusqu'à l'effondrement du marché de l'étain en 1985. Un brutal regain d'activité minière a suivi l'explosion de la demande mondiale de tantale36(*) à la fin des années 1990. Ce métal se trouve en effet en abondance dans le sous-sol du Kivu (dans la région sous le contrôle du M23), sous la forme d'un minerai composite, la colombo-tantalite, en abrégé coltan, Il se trouve que la fièvre du coltan a correspondu à la période d'occupation du Kivu par les militaires rwandais et ougandais, période durant laquelle toutes les ressources naturelles, bois, or, coltan ont fait l'objet d'un pillage systématique, dénoncé à partir de 2001 par un groupe d'experts mandatés par l'ONU37(*).

    L'économie minière est très réactive au marché mondial. Les cours du tantale dont le Kivu n'est au demeurant qu'un petit producteur en comparaison notamment de l'Australie, se sont effondrés après l'éclatement de la bulle spéculative en 2000. En revanche, le minerai d'étain est aujourd'hui fortement réévalué. Les « creuseurs », les négociants et les comptoirs d'achat, acteurs locaux d'une activité essentiellement artisanale s'adaptent aux évolutions d'un marché dominé par quelques grands courtiers internationaux et industriels nord-américains, européens et asiatiques. Pour Global Witness, « la situation actuelle dans l'est de la RD Congo illustre le fait que l'on ne s'attaque pas, à l'échelle internationale, aux liens entre le conflit armé et le commerce mondial des ressources naturelles ».38(*)

    L'économie minière s'articule étroitement avec la guerre et l'insécurité. Tous les acteurs du conflit participent au pillage des ressources, soit pour financer l'achat d'armes, soit pour des raisons d'enrichissement personnel. Le premier groupe d'experts de l'ONU avait déjà mis en évidence le fait que l'exploitation des ressources naturelles, de moyen de financement du conflit en était devenue la finalité, et donc la cause de sa perpétuation. Les rapports, jusqu'au plus récent, remis le 12 décembre 2008 au Conseil de Sécurité, ne sont rendus que partiellement publics car la dénonciation nominale des acteurs, notamment des proches du chef de l'Etat, est politiquement délicate. Mais ils sont suffisamment explicites pour confirmer que l'on est toujours dans le même schéma d'exploitation illicite qui au fond satisfait tous les acteurs. Une enquête réalisée en juillet-août 2008 par Global Witness aboutit aux mêmes conclusions : tous les groupes militaires sont impliqués dans l'exploitation illicite des ressources minières.

    Le dernier rapport du groupe d'experts donne des précisions quant au partage de facto des territoires miniers entre les groupes armés illégaux, mais aussi les militaires des Forces Armées de la RD Congo, FARDC. Les FDLR détiennent les positions les plus importantes ; ils comptent parmi eux de grands commerçants qui négocient avec les comptoirs de vente ayant pignon sur rue, y compris au Rwanda39(*). Plusieurs brigades des FARDC ne sont pas en reste et tirent profit de l'exploitation minière, conjointement avec les FDLR ou le PARECO. Pour ne donner qu'un exemple, les FDLR contrôlent l'exploitation minière artisanale dans le parc national de Kahuzi Biega ; la production est évacuée par l'aérodrome de Lulingu sous contrôle d'une brigade des FARDC. Les acheteurs à Goma et Bukavu sont parfaitement au fait de la provenance de ces minerais (cassitérite, coltan), d'autant plus qu'ils préfinancent souvent les négociants qui, eux, sont au contact direct des groupes armés contrôlant la production. L'opacité des réseaux de commercialisation arrange beaucoup de monde. Les circuits de l'or sont particulièrement opaques, les activités illégales profitant aux groupes armés, aux commerçants, aux transporteurs, aux douaniers, etc. avant que l'or s'envole pour Doubaï, désormais sa destination de prédilection.

    Dans un contexte d'anomie généralisée, la seule loi qui prévale sur le terrain est celle de la kalachnikov. Mais si le conflit perdure, c'est en grande partie parce que beaucoup d'acteurs extérieurs y trouvent leur intérêt. Pour le Rwanda, la perpétuation de la confusion au Kivu favorise son entreprise de peuplement, ses positions économiques dans la commercialisation des ressources minières et son influence politique. Pour les multinationales et plus généralement toutes les entreprises mondialisées, les productions extraites du sous-sol du Kivu par une multitude de creuseurs misérables sont une aubaine car mises sur le marché à vil prix, elles permettent des bénéfices considérables tout au long d'une chaîne de commercialisation où les activités réputées licites frelatent sans vergogne avec le monde obscur de l'illicite.

    2.5. La bombe démographique et le noeud gordien du foncier

    Les questions identitaires, les ambitions politiques, l'exploitation des ressources naturelles n'explicitent que partiellement un conflit qui renvoie en dernière instance à des causes beaucoup plus profondes.

    Les guerres de la région des Grands Lacs peuvent en effet s'analyser comme des violences du trop-plein. Les petits espaces du Rwanda et du Burundi, corsetés depuis la colonisation par des frontières rigides, sont pris au piège d'une nasse démographique. La forte baisse de la mortalité amorcée pendant la colonisation n'a pas été suivie par une baisse significative de la fécondité : celle-ci est encore proche de 6 enfants par femme au Rwanda, 6 à 8 au Burundi. Le taux de croissance approche les 3% par an conduisant à un doublement de la population en 25 ans. Or, avec près de 10 millions d'habitants au Rwanda en 2008 la densité atteint déjà 380 hab. /km2, ce qui est beaucoup pour un pays rural à près de 90 %. Chaque famille paysanne ne dispose plus en moyenne que de 40 ares de terre à cultiver. Qu'en sera-t-il demain ? La question n'est plus seulement de savoir comment vivront dans une génération 20 millions de Rwandais, mais également de savoir où ils vivront.

    À la manière des vents, les mouvements migratoires vont des hautes pressions vers les basses pressions ; il est question ici des pressions démographiques : la migration vers l'ouest, vers les terres moins peuplées du Kivu, s'inscrit dans l'ordre des choses à long termes. Elle n'a pas posé de problème tant qu'il y eut d'abondantes disponibilités foncières. Ce n'est plus le cas, même si l'acuité des problèmes est inégale du fait d'une répartition différenciée des densités : en quelques décennies, la saturation foncière a complètement changé la donne, multipliant les conflits pour la terre, dressant les autochtones contre les étrangers dans un contexte juridique confus où droits coutumiers et droit moderne incarné par l'Etat se chevauchent40(*). Circonstance aggravante, les migrants tutsi sont principalement des éleveurs qui ont besoin de vastes étendues pour leurs troupeaux. Ils ont trouvé des conditions idéales pour leur activité dans les pâturages d'altitude, mais la constitution de grands domaines d'élevage réduit d'autant les terres de culture. La question foncière constitue le fondement socioéconomique structurel des conflits du Kivu, lieu d'une véritable « conquête foncière » liée à une immigration mal contrôlée depuis les indépendances. La création du vaste parc national des Virunga sous l'administration belge a en outre soustrait 780 000 hectares à l'activité agro-pastorale, au coeur de la zone la plus peuplée du Nord Kivu. Celle de Kahuzi Biega 600 000 ha au Sud Kivu.

    Pendant la guerre civile, les troupeaux ont beaucoup souffert de la présence de militaires, quels qu'ils soient. Seuls quelques grands ranches protégés par des milices armées ont pu sauver une partie du cheptel. Après des années de décapitalisation, les éleveurs reconstituent leur troupeau : des convois de camions chargés de bovins provenant du Rwanda en direction du Masisi restaurent les patrimoines des Tutsi - réactivant par là même l'hostilité des agriculteurs autochtones qui s'estiment privés des terres nécessaires pour eux-mêmes et pour leurs enfants. Les restrictions au pacage imposées au Rwanda renforcent cette migration bovine. Selon le rapport des experts, des transactions foncières ont lieu dans les zones contrôlées par le CNDP : bénéficiaires, des hommes d'affaires proches des rebelles, et des officiers. Les violences récurrentes entre Maï Maï et Tutsi ont pour principal fondement cette compétition pour une terre de plus en plus rare et donc disputée : elles ne sont pas prêtes de s'arrêter.

    La question foncière, principale cause des violences interethniques, ne date pas d'aujourd'hui, mais elle n'a cessé de s'aggraver au rythme d'une croissance démographique qui fait de la terre l'enjeu central des conflits sociaux. Les mutuelles agricoles apparues après l'indépendance eurent d'emblée une forte identité ethnique. L'ACOGENOKI, Association coopérative des groupements d'éleveurs du Nord-Kivu était à dominante tutsi, tandis que la MAGRIVI, Mutuelle agricole des Virunga (Nord-Kivu) représentait les intérêts des agriculteurs hutu. On mesure à travers ces mutuelles l'articulation étroite entre enjeux fonciers et crispations identitaires dans un contexte de pression démographique critique. La situation devient chaque année plus insoutenable dans ce petit espace saturé d'Afrique centrale où la guerre semble s'être substituée aux famines comme régulateur démographique. La dernière grande famine, en 1943-1944, aurait fait selon certaines sources un million de victimes au Ruanda-Urundi, dont plus de la moitié au Rwanda pour une population de l'ordre de 2 millions de personnes. Si ces chiffres étaient exacts, cela représenterait une énorme saignée d'environ 25 % de la population41(*).

    Sans une politique de population résolue portant sur l'organisation des flux migratoires et surtout sur les moyens de ralentir la croissance démographique dans ces hautes terres africaines qui comptent parmi les plus prolifiques du monde, il n'y a aucun espoir d'apaisement durable des tensions et de disparition des terribles violences périodiques qui rythment l'histoire des Grands Lacs depuis quelques décennies. Quand on connaît les effets d'inertie démographique, on ne peut que s'inquiéter de l'absence des questions de population dans les initiatives visant à restaurer la paix dans la région. Les sommes faramineuses dépensées sans résultat tangible par l'ONU seraient plus utiles si elles étaient consacrées au développement socio-économique et à la résolution de cette question cruciale qui conditionne toutes les autres. Les politiques actuelles, qu'elles soient nationales ou portées par des acteurs internationaux, restent malheureusement à courte vue, car elles ne vont pas au fond en ignorant le lien étroit entre guerre et démographie.

    En définitive, les menaces des frontières de l'Est sont d'ordre divers : l'irrédentisme, les problèmes identitaires, la mauvaise gouvernance, la convoitise des ressources naturelles par les voisins, la recherche des grands bénéfices par les multinationales, les pressions démographiques des pays voisins, le non entretien des bornes frontalières.

    2.5.1. Les frontières sud

    Celles-ci ne sont pas non plus épargnées, surtout de la part du puissant voisin l'Angola avec lequel la RD Congo partage une longue frontière commune d'environ 2469 Km. Lors de l'agression Rwanda-Ouganda-burundaise, l'Angola a activement pris part aux côtés des forces alliées de la SADC à la rescousse de la RD Congo. Cependant, cette intervention armée pour assister la RD Congo en détresse a permis à l'Angola de découvrir toutes les faiblesses de son allié, les lieux et domaines de vulnérabilité de ce dernier. Ce qui fait que depuis belle lurette, l'Angola n'a cessé de se livrer ostensiblement à l'occupation de certaines localités en territoire congolais, voire même de l'espace maritime congolais où il a érigé ses usines extractives de pétrole. Grosso modo, les frontières sud également courent comme celles de l'est à la fois les risques d'irrédentisme, de mauvaise gouvernance, de la convoitise des ressources naturelles et du non entretien des bornes frontalières.

    2.5.2. Les frontières ouest

    La frontière ouest avec l'enclave de Cabinda subit la loi de l'Angola. Sous prétexte de poursuivre et mâter les résistances des séparatistes du Front de Libération de l'Enclave de Cabinda (FLEC), soupçonnés de posséder des bases arrières en RD Congo, les forces armées angolaises envahissent de manière répétée les villages frontaliers et répriment indistinctement tous les jeunes actifs autochtones.

    Les 1544Km de frontière ouest avec le Congo-Brazzaville sont en grande partie liquides et posent moins de problème. En dépit de quelques escarmouches mineures, la partie terrestre de cette frontière souffre de la mauvaise gouvernance, de l'irrédentisme, des problèmes identitaires et du non entretien des bornes frontalières.

    3. GESTION DES MENACES ET PERSPECTIVES

    3.1. Gestion des menaces

    Les frontières de la RD Congo sont de plus en plus menacées par ses voisins. Cette multiplication des conflits frontaliers se justifie par ce que l'on pourrait dire, en paraphrasant un proverbe latin, « Africanus africani lupus».

    La RD Congo est objectivement entourée de prédateurs qui profitent de la faiblesse actuelle de l'Etat congolais. Mais il incombe au leadership congolais de travailler immédiatement pour doter le Congo d'un appareil défensif efficace et de gérer au mieux les intérêts de l'Etat congolais.

    Récemment le Financial Times a publié un article où des chercheurs américaines font une analyse sans pitié des faiblesses de l'Etat congolais et leur jugement est sans ménagement : ils arrivent à la conclusion que l'Etat congolais est une fiction et qu'il n'existe pas...Il est possible de mettre en exergue les faiblesses de l'actuelle gouvernance du Congo mais il est impossible - même à ces chercheurs « négationnistes anglo-saxons » - de nier une donnée de fond : le peuple congolais existe bel et bien42(*).

    L'affaiblissement de l'Etat congolais est dû à la mauvaise gestion des intérêts du peuple congolais, à la mauvaise gestion des richesses du pays et à l'oubli de ses vraies potentialités. Les Congolais les plus avertis savent que leur pays est menacé mais il est encore possible de refonder un appareil étatique fonctionnel et efficace : il faudra passer par la mise en place immédiate du premier noyau de l'armée républicaine capable d'assurer la défense extérieure de la RD Congo ; par des reformes structurelles de la justice, de l'administration et par une diplomatie qui ne laisse pas apparaître éternellement la RD Congo comme un Etat sous tutelle se pliant systématiquement au bon vouloir de ses voisins, au détriment de ses intérêts vitaux.

    Regardons ce qui se passe au sein des institutions représentatives nationales : les fondations de la démocratie sont écrasées par les violations systématiques de l'Etat de droit. Les principes de la séparation des pouvoirs, de la responsabilité politique de l'exécutif devant le législatif, du contrôle ne sont respectés et les sanctions face aux dysfonctionnements évidents de l'exécutif ne sont jamais prises, rendant chaque jour plus avancée l'entropie d'un Etat congolais à l'abandon.

    3.2. Perspectives

    Proposer une solution pour la gestion de ces tensions aux frontières revient à aborder la problématique des frontières de la RD Congo sous l'angle sécuritaire. Il ne s'agit pas de se limiter à l'aspect militaire de la question, mais à proposer une combinaison harmonieuse de tous les facteurs de puissance.

    La géostratégie de la RD Congo doit ainsi prendre en compte la géostratégie mondiale, particulièrement celle des grandes puissances, tout en tenant compte de celles de ses neuf voisins, ainsi que certaines résolutions des conflits régionaux et sous-régionaux, en vue de défendre ses intérêts vitaux et essentiels pour sa propre survie. La sécurité des frontières n'est qu'une petite composante de cette stratégie. La RD Congo pourrait mener cette stratégie de manière indirecte à travers sa diplomatie, et de manière directe par les moyens militaires.

    C'est la raison pour laquelle nous croyons que, pour être en mesure de gérer les tensions aux frontières, il est impérieux de renforcer la cohésion nationale, de reformer l'administration territoriale, d'adopter une diplomatie active en plus de la politique de bon voisinage et de mettre sur pieds une armée moderne et forte.

    3.1.1. Renforcement de la cohésion nationale.

    Le tribalisme allant jusqu'à l'extrême c'est-à-dire le racisme, est un danger réel pouvant influencer la modification de nos frontières, suite à la revendication de l'indépendance par des minorités opprimées, ou à leur rattachement à un pays voisin. Une politique de tolérance zéro doit être adoptée concernant le tribalisme, et le dénigrement sur des bases ethniques. Les bases de l'édification d'une cohésion nationale seront ainsi lancées, faute de quoi, certains congolais se sentiront toujours exclus et opprimés, et donc n'auront plus aucun intérêt à appartenir à la nation « congolaise ».

    3.1.2. Administration territoriale qui fonctionne

    Les conflits les plus probables entre la RD Congo et ses voisins les années à venir seront liés aux frontières, à l'exploitation des richesses des zones d'intérêt commun et aux populations.

    Une administration du territoire fonctionnelle aura la maîtrise de la population (nombre et mouvement), entretiendra les zones neutres aux frontières et réparera les bornes détruites. Ces travaux pourtant de routine élimineront, sans aucun doute, certains germes de conflits liés aux frontières et à la population.

    Le processus de réforme de l'administration publique doit être mis en route de toute urgence, car l'exercice de l'autorité de l'Etat sur tout le territoire ne peut se concrétiser qu'à travers une administration adéquate, capable de fournir des indices de crises probables et permettant ainsi leur gestion anticipative.

    3.1.3. Diplomatie active

    Sans chercher à aborder le domaine très vaste de la diplomatie, nous allons limiter notre proposition à la représentation du pays dans différentes institutions régionales et internationales, en plus de sa politique de bon voisinage. En tant que membre de la SADC, de la CEEAC, de la CEPGL, de la COMESA, de l'UA et de l'ONU, la RD Congo doit profiter de ces tribunes pour défendre ses intérêts, notamment le règlement des conflits frontaliers. La diplomatie serait efficace dans ces instances si la RD Congo arrête d'y être sous représentée, comme c'est le cas actuellement.

    L'intervention des pays de la SADC dans la guerre de 1998 en RD Congo lui a évité la balkanisation, et a démontré à suffisance qu'une diplomatie active peut contrer des stratégies raffinées et bien distillées par les puissants de ce monde.

    En effet, la RD Congo censée contribuer financièrement au fonctionnement des différentes institutions auxquelles elle appartient ; a le droit d'y être représentée équitablement par rapport aux autres pays. Malheureusement, le pays n'a pas apparemment encore développé de stratégie pour s'afficher valablement dans ces institutions.

    Il faut prendre conscience du fait que c'est à l'intérieur de ces institutions que le pays tissera des alliances nécessaires pour la défense de ses intérêts, mais aussi pour faire entendre sa voix. Il est donc impérieux de s'y faire représenter utilement.

    3.1.4. Une armée moderne et forte

    La sécurité et la défense d'une nation conditionnent son développement. Aucune stratégie de développement économique et social n'est possible sans un minimum de paix. Aucune stabilité politique n'est envisageable pour un pays africain s'il n'a pas une Armée capable de faire face aux menaces souvent liées à la gestion des frontières communes.

    Nécessairement, la RD Congo devra moderniser son armée si elle veut garantir sa souveraineté et son indépendance vis-à-vis de ses voisins, surtout pour le maintien de ses frontières héritées de la décolonisation.

    Cette armée sera effective quand le pays se sera doté d'un concept d'emploi de forces, d'une doctrine, d'une armée organisée et entraînée en cohérence avec son concept d'emploi et sa doctrine. C'est un travail qui s'étalera sur un long terme.

    C'est une armée forte et moderne qui est la clé de voûte de notre système de défense et donc son centre de gravité. Il faut donc la reformer le plus vite possible et lui doter de tous les textes nécessaires pour son organisation, son entraînement et son engagement. Sans cette armée, aucune diplomatie, aucune mesure de défense et sécurité ne peut tenir la route. Car, la diplomatie repose sur la puissance des canons.

    CONCLUSION

    Ce travail démontre que la configuration de la RD Congo dans sa forme actuelle est une conséquence des plusieurs conventions et traités signés entre les représentants de Léopold II et d'une part les chefs africains, et d'autre part les représentants des puissances coloniales. Pour avoir sa dimension actuelle, le Congo a gagné des territoires et en a perdu d'autres, car les délimitations proposées à la conférence de Berlin avaient beaucoup de lacunes sur le plan géographique. Le tracé de ces frontières n'a pas coïncidé avec les limites ethnico-culturelles.

    Ces frontières ainsi tracées, se révèlent porter des germes de conflit. Des ethnies se retrouvent à cheval sur les frontières, créant ainsi des minorités qui souvent sont victimes de discrimination et d'oppression. Aussi, le gouvernement congolais ne montre pas le souci d'entretenir les bornes frontalières et le couloir frontalier, ce qui peut insister les pays voisins de contester les tracés des frontières, les bornes ayant disparu. Avec l'indépendance du Sud-Soudan qui met à mal le principe d'intangibilité des frontières héritées de la colonisation, il faut craindre un réveil d'irrédentisme de la part des pays voisins qui peuvent revendiquer des portions de territoire gagné par l'EIC à travers diverses conventions, traités et protocoles, surtout que les voisins sont persuadés que la RD Congo a négligé l'entretien de son armée. La découverte des matières premières à la frontière sera aussi source de conflit frontalier avec les pays voisins.

    Pour faire face à ces défis, la géostratégie de la RD Congo devra nécessairement tenir compte de la géostratégie mondiale c'est-à-dire celle des grandes puissances, mais aussi de celles de ses neuf voisins. La RD Congo devra à la fois développer une stratégie indirecte à travers sa diplomatie, et une stratégie directe par son armée. Les grandes lignes de la stratégie que nous proposons sont le renforcement de la cohésion nationale, la réforme de l'administration, une diplomatie active et la réforme de l'armée.

    BIBLIOGRAPHIE

    I. OUVRAGES

    1. BERTRAND, M., La fin de l'ordre militaire, Presses de Sciences Politiques, Paris ,1996.

    2. CHAUPRADE, A., et THUAL, F., Dictionnaire de géopolitique , Ellipses, 1999.

    3. COSIC, D.,  Le temps de la mort, Paris, l'Age d'Homme, vol.2, 1991.

    4. FEBVRE, L., La terre et l'évolution humaine, Paris, A. Colin, 1922.

    5. FOUCHER, M., Fronts et frontières : un tour du monde géopolitique, Paris, Fayod, édition révisée, 1991.

    6. GOTTMANN, J.,  La politique des Etats et leur géographie, Paris, A. Colin, 1952.

    7. JEWSIEWICKI, B.,  Etat Indépendant du Congo, Congo-Belge, République Démocratique du Congo, République du Zaïre?, Québec, 1984.

    8. LOBHO, L.D., Société et politique en Afrique traditionnelle. Bahema et Walendu du Zaïre, Kinshasa, 1979.

    9. NDAYWEL, I., Histoire du Zaïre, de l'héritage ancien à l'âge contemporain, éd.Duculot, Louvain-la-Neuve, 1997.

    10. WAWA, R., et alii, La République Démocratique du Congo, mon beau pays, 2ème édition revue, Médiaspaul, 2008.

    II. ARTICLES

    1. De Failly Didier, « Coltan : pour comprendre la guerre du Kivu », in L'Afrique des Grands Lacs, annuaire 2000-2001.

    2. DELORT, L., « Frontières d'Etat, rêve des Nations » in Défense Nationale n°8-9.

    3. GAY, J.F., « Penser la frontière » in Quaderni n°27.

    4. Kanundowi, K., et Mubabinge, B., « Conception Bantu de l'Autorité. Suivie de Baluba: Bumfumu ne Bulongolodi » in
    Publications Universitaires Africaines, Munich - Kinshasa, 1994.

    5. LEJEUNE, R., « Problématique du contrôle des frontières » in Cahiers de la sécurité intérieure n°19.

    6. MERCIER, P., « Remarques sur la signification du tribalisme actuel en Afrique noire » in Cahiers d'Etudes Africaines, n° spécial, 1978.

    7. Pabanel J.P., « La question de la nationalité au Kivu » in Politique africaine, n° 41, mars 1991.

    8. Roland Pourtier, « Le Kivu dans la guerre : acteurs et enjeux », in

    EchoGeo, 2009

    9. VINCK, H., « Dialectologie Mongo : Etat de la question » in Annales Aequatoria n°5, 1984.

    III. DOCUMENTATION D'INFORMATION

    1. Encyclopédie Encarta 2009.

    2. Petit Larousse Illustré, dictionnaire de langue française, édition 2010.

    3. Sciences et Société n°37, 1996.

    IV. TRAVAUX ET AUTRES PUBLICATIONS

    1. Global Witness, Le pillage des ressources reste le moteur du conflit dans l'est du Congo, 1/11/2008.

    2. Tallon Fabrice, Données de base sur la population : Rwanda, CEPED, décembre 1991.

    3. NOTES DES COURS

    LUKAMA, M., La géopolitique, notes de cours, UTBC, L1, RI, Kinshasa, 2011, inédit

    V. WEBLIOGRAPHIE

    1. http://www.conflits.org/index2270.html, consulté le 30 Avril 2012.

    2. http://polemologie.wordpress.com/a-propos/, consulté le 30 Avril 2012.

    3. http://fr.wikipedia.org/wiki/, consulté le 16 mai 2012.

    4. http://www.dgm.cd/frontieresrdc.php, consulté le 28 juillet 2011.

    5. http://www.lepotentiel.com/afficher_article.php?, Après le Rwanda et l'Angola, le Soudan veut des espaces en RDC, consulté le 16 mai 2012.

    6. http://echogeo.revues.org/, consulté le 16 mai 2012.

    7. http://globalwitness.org/, consulté le 18 mai 2012.

    TABLE DES MATIERES

    EPIGRAPHE i

    REMERCIEMENTS iv

    LISTE D'ABREVIATIONS ET SIGLES v

    INTRODUCTION 1

    1. PROBLEMATIQUE 1

    2. HYPOTHESE 2

    3. INTERET DU SUJET 2

    4. METHODES ET TECHNIQUE DE RECHERCHE 3

    5. DELIMITATION SPATIOTEMPORAIRE DU SUJET 3

    6. PLAN SOMMAIRE 4

    CHAPITRE PREMIER : GENERALITES SUR LES FRONTIERES 5

    1. DEFINITION 5

    2. FONCTIONS DE LA FRONTIERE 6

    2.1. La fonction de traduction 7

    2.2. La fonction de régulation 7

    2.3. La fonction de différenciation 7

    2.4. La fonction de relation 8

    2. FRONTIERES ET CONFLITS 8

    3. AVIS DES GEOPOLITOLOGUES 10

    4. LES FRONTIERES A L'ERE DE LA MONDIALISATION 12

    CHAPITRE DEUXIEME : 16

    EVOLUTION HISTORIQUE DES FRONTIERES DE LA RDC 16

    1. PRESENTATION DE LA RD CONGO 16

    2. LES TRACES FRONTALIERS DE LA RD CONGO 18

    2.1. Période précoloniale 18

    2.1.1. L'empire Lunda 18

    2.1.2. L'empire Luba 19

    2.1.3. Le royaume Kongo 19

    2.1.4. Le royaume kuba 19

    2.2. De la constitution d'un Etat et tracé des frontières 20

    2.3. Le tracé définitif des frontières de la RD Congo 24

    CHAPITRE TROISIEME : 28

    SITUATION ACTUELLE DES FRONTIERES DE LA RDCONGO 28

    1. FACTEURS A LA BASE DE LA REMISE EN CAUSE DES FRONTIERES 28

    1.1. Des ethnies à cheval sur les frontières 28

    1.2. Non entretien des bornes frontalières 29

    1.3. Mauvaise gouvernance 31

    1.4. Intégration 31

    2. ETAT DE LIEUX DES FRONTIERES DE LA RD CONGO 31

    2.2. Les frontières Nord 34

    2.3. Les frontières Est 34

    2.3.1. Les voisins : l'ombre du Rwanda 35

    2.3.2. Les acteurs non-africains 36

    2.3.3. L'imbroglio identitaire : la dimension ethnique 37

    2.3.3.1. Autochtones/étrangers 37

    2.3.3.2. Hutu/Tutsi 38

    2.3.3.3. Kivutiens/Congolais 39

    2.4. L'exploitation illicite des ressources minières : une curée généralisée 40

    2.5. La bombe démographique et le noeud gordien du foncier 42

    2.5.1. Les frontières sud 45

    2.5.2. Les frontières ouest 45

    3. GESTION DES MENACES ET PERSPECTIVES 45

    3.1. Gestion des menaces 45

    3.1.1. Renforcement de la cohésion nationale. 47

    3.1.2. Administration territoriale qui fonctionne 47

    3.1.3. Diplomatie active 48

    3.1.4. Une armée moderne et forte 49

    CONCLUSION 50

    BIBLIOGRAPHIE 51

    TABLE DES MATIERES 54

    ANNEXE : CARTES 56

    ANNEXE : CARTES

    ANNEXE 1

    Cartographie du découpage provincial de la RD Congo

    Source : www. wikipédia.org

    ANNEXE 2

    Cartographie de la Botte du Katanga

    (Formée par la rivière Luapula et la ligne de partage des eaux Congo-Zambèze

    et la route qui traverse)

    Source: wikipedia.org/wiki/Fichier Congo Pedicle Map.

    ANNEXE 3

    Carte illustrant les territoires gagnés par l'EIC

    et ceux perdus après 1885.

    Source : LUKAMA, M., La géopolitique, notes de cours, UTBC, L1, RI, Kinshasa, 2011, inédit

    ANNEXE 4

    Cartographie de l'enclave du Lado de l'EIC

    Actuellement Central Equatoria, Province du Sud Soudan) (

    Source : http://en.wikipedia.org/wiki/Central_Equatoria

    District de l'Ituri, Province Orientale, RDC

    Central Equatoria, Soudan du Sud (Ex Enclave du Lado sous le Roi des Belges Léopold II)

    ANNEXE 5

    Carte illustratif des frontières naturelles de la RD

    Enclave du LADO sous l'EIC

    C

    Source: Microsoft corporation Encarta 2009, consulté le 15 mai 2012.

    Région de l'Est de la RDC frontalière au Rwanda, Ouganda et Burundi

    (Zone de conflits armés)

    ANNEXE 6

    Présentation de la Première organisation de l'EIC en 1888

    Source : LUKAMA, M., La géopolitique, notes de cours, UTBC, L1, RI, Kinshasa, 2011, inédit

    ANNEXE 7

    Groupes Ethniques du Congo Kinshasa au XXe siècle

    Territoire du Kivu ayant tendance de bipolarisation entre les antagonismes, les Banyarwanda tutsi et les groupes ethniques autochtones du Nord-Kivu récemment regroupés dans le « G7 » (Nande, Hunde, Kuymu, Nyanga, Tembo, Kano, Mbuti).

    Source : LUKAMA, M., La géopolitique, notes de cours, UTBC, L1, RI, Kinshasa, 2011, inédit

    * 1 Dictionnaire Petit Larousse illustré 2011

    * 2 Encyclopédie Encarta 2009

    * 3 « Frontière », in http:// fr.wikipedia.org/wiki/Frontière, consulté le 30 Avril 2012

    * 4 «Conflits » in http://www.conflits.org/index2270.html, consulté le 30 Avril 2012

    * 5 HUYGHE F.B., «The impurity of war», in International Review of the Red Cross, Vol. 91, n° 873, Mars 2009

    * 6 Idem

    * 7 JAQUIER, B., L'analyse géopolitique in « EHL-FORUM n° 5, février 2005 », Ecole Hôtelière de Lausanne., p 25-34

    * 8 JAQUIER, B., Op. cit.

    * 9 JAQUIER, B., Op. cit

    * 10 DELORT, L., " Frontières d'Etat, rêve des Nations", Défense Nationale, n°8-9, pp.117-124.

    * 11 LEJEUNE, R., "Problématique du contrôle des frontières", Cahiers de la sécurité intérieure, n°19,pp.34-45.

    * 12 FEBVRE,L.,La terre et l'évolution humaine, Paris, AColin,1922,p.14.

    * 13 http://fr.wikipedia.org/wiki/, consulté le 16 mai 2012.

    * 14 http://fr.wikipedia.org/wiki/, consulté le 16 mai 2012.

    * 15 WAWA,R.,et alii,La République Démocratique du Congo, mon beau pays,2ème édition revue,Médiaspaul,2008,p.6

    * 16 Kanundowi Kabongo & Mubabinge Bilolo, "Conception Bantu de l'Autorité. Suivie de Baluba: Bumfumu ne Bulongolodi",
    Publications Universitaires Africaines, Munich - Kinshasa, 1994

    * 17 http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_du_Congo_précolonial(RDC), consulté le 25 Mai 2012

    * 18 NDAYWEL,I., Histoire du Zaïre, de l'héritage ancien à l'âge contemporain,éd.Duculot,Louvain-la-Neuve,1997,p.312.

    * 1920 NDAYWEL, I., Op. cit., p.313.

    * 21 JENTGEN, cité par NDAYWEL, I., Op. cit., p.314.

    * 22 JENTGEN, cité par NDAYWEL, I., Op. cit., p.314.

    * 23 Banning, E., cité par NDAYWEL, I., Op. cit., p .315.

    * 24 http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Central_Equatoria_Map.svg

    * 25 F.B., cité par NDAYWEL, I., Op. cit., p.315.

    * 26 http://www.dgm.cd/frontieresrdc.php, consulté le 28 juillet 2011.

    * 27 BIENVENU MARIE BAKUMANYA, « Après le Rwanda et l'Angola, le Soudan veut des espaces en RDC », In Potentiel, Edition 4900 du Samedi 06 Février 2010.

    * 28 Roland Pourtier, « Le Kivu dans la guerre : acteurs et enjeux », in EchoGéo, 2009

    * 29 Roland Pourtier, Op.cit.

    * 30 Idem.

    * 31  Pabanel J.P., « La question de la nationalité au Kivu », in Politique africaine, n° 41, mars 1991, pp.43-44.

    * 32 Roland Pourtier, Op.cit.

    * 33 Idem.

    * 34 Ibidem.

    * 35 Roland Pourtier, Op.cit.

    * 36 De Failly Didier, « Coltan : pour comprendre... », In L'Afrique des Grands Lacs, annuaire 2000-2001.

    * 37 Idem.

    * 38 Global Witness, Le pillage des ressources reste le moteur du conflit dans l'est du Congo, Ier novembre 2008.

    * 39 Roland Pourtier, Op.cit.

    * 40 Roland Pourtier, Op.cit.

    * 41Tallon Fabrice., Données de base sur la population : Rwanda, CEPED, décembre 1991.

    * 42 MARCEL L, « Le Potentiel : Cinq questions à Eugène Diomi Ndongala » in

    http://www.congoforum.be/fr/interviewsdetail.asp? , consulté le 17 mai 2012.