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La remise en cause des frontières africaines. Cas de la RDC

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par Olivier DIEMBY MALENGA
Université technologique Bel Campus à  Kinshasa en RDC - Licence en relations internationales option politique internationale 2012
  

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Appel aux couturier(e)s volontaires

2.5. La bombe démographique et le noeud gordien du foncier

Les questions identitaires, les ambitions politiques, l'exploitation des ressources naturelles n'explicitent que partiellement un conflit qui renvoie en dernière instance à des causes beaucoup plus profondes.

Les guerres de la région des Grands Lacs peuvent en effet s'analyser comme des violences du trop-plein. Les petits espaces du Rwanda et du Burundi, corsetés depuis la colonisation par des frontières rigides, sont pris au piège d'une nasse démographique. La forte baisse de la mortalité amorcée pendant la colonisation n'a pas été suivie par une baisse significative de la fécondité : celle-ci est encore proche de 6 enfants par femme au Rwanda, 6 à 8 au Burundi. Le taux de croissance approche les 3% par an conduisant à un doublement de la population en 25 ans. Or, avec près de 10 millions d'habitants au Rwanda en 2008 la densité atteint déjà 380 hab. /km2, ce qui est beaucoup pour un pays rural à près de 90 %. Chaque famille paysanne ne dispose plus en moyenne que de 40 ares de terre à cultiver. Qu'en sera-t-il demain ? La question n'est plus seulement de savoir comment vivront dans une génération 20 millions de Rwandais, mais également de savoir où ils vivront.

À la manière des vents, les mouvements migratoires vont des hautes pressions vers les basses pressions ; il est question ici des pressions démographiques : la migration vers l'ouest, vers les terres moins peuplées du Kivu, s'inscrit dans l'ordre des choses à long termes. Elle n'a pas posé de problème tant qu'il y eut d'abondantes disponibilités foncières. Ce n'est plus le cas, même si l'acuité des problèmes est inégale du fait d'une répartition différenciée des densités : en quelques décennies, la saturation foncière a complètement changé la donne, multipliant les conflits pour la terre, dressant les autochtones contre les étrangers dans un contexte juridique confus où droits coutumiers et droit moderne incarné par l'Etat se chevauchent40(*). Circonstance aggravante, les migrants tutsi sont principalement des éleveurs qui ont besoin de vastes étendues pour leurs troupeaux. Ils ont trouvé des conditions idéales pour leur activité dans les pâturages d'altitude, mais la constitution de grands domaines d'élevage réduit d'autant les terres de culture. La question foncière constitue le fondement socioéconomique structurel des conflits du Kivu, lieu d'une véritable « conquête foncière » liée à une immigration mal contrôlée depuis les indépendances. La création du vaste parc national des Virunga sous l'administration belge a en outre soustrait 780 000 hectares à l'activité agro-pastorale, au coeur de la zone la plus peuplée du Nord Kivu. Celle de Kahuzi Biega 600 000 ha au Sud Kivu.

Pendant la guerre civile, les troupeaux ont beaucoup souffert de la présence de militaires, quels qu'ils soient. Seuls quelques grands ranches protégés par des milices armées ont pu sauver une partie du cheptel. Après des années de décapitalisation, les éleveurs reconstituent leur troupeau : des convois de camions chargés de bovins provenant du Rwanda en direction du Masisi restaurent les patrimoines des Tutsi - réactivant par là même l'hostilité des agriculteurs autochtones qui s'estiment privés des terres nécessaires pour eux-mêmes et pour leurs enfants. Les restrictions au pacage imposées au Rwanda renforcent cette migration bovine. Selon le rapport des experts, des transactions foncières ont lieu dans les zones contrôlées par le CNDP : bénéficiaires, des hommes d'affaires proches des rebelles, et des officiers. Les violences récurrentes entre Maï Maï et Tutsi ont pour principal fondement cette compétition pour une terre de plus en plus rare et donc disputée : elles ne sont pas prêtes de s'arrêter.

La question foncière, principale cause des violences interethniques, ne date pas d'aujourd'hui, mais elle n'a cessé de s'aggraver au rythme d'une croissance démographique qui fait de la terre l'enjeu central des conflits sociaux. Les mutuelles agricoles apparues après l'indépendance eurent d'emblée une forte identité ethnique. L'ACOGENOKI, Association coopérative des groupements d'éleveurs du Nord-Kivu était à dominante tutsi, tandis que la MAGRIVI, Mutuelle agricole des Virunga (Nord-Kivu) représentait les intérêts des agriculteurs hutu. On mesure à travers ces mutuelles l'articulation étroite entre enjeux fonciers et crispations identitaires dans un contexte de pression démographique critique. La situation devient chaque année plus insoutenable dans ce petit espace saturé d'Afrique centrale où la guerre semble s'être substituée aux famines comme régulateur démographique. La dernière grande famine, en 1943-1944, aurait fait selon certaines sources un million de victimes au Ruanda-Urundi, dont plus de la moitié au Rwanda pour une population de l'ordre de 2 millions de personnes. Si ces chiffres étaient exacts, cela représenterait une énorme saignée d'environ 25 % de la population41(*).

Sans une politique de population résolue portant sur l'organisation des flux migratoires et surtout sur les moyens de ralentir la croissance démographique dans ces hautes terres africaines qui comptent parmi les plus prolifiques du monde, il n'y a aucun espoir d'apaisement durable des tensions et de disparition des terribles violences périodiques qui rythment l'histoire des Grands Lacs depuis quelques décennies. Quand on connaît les effets d'inertie démographique, on ne peut que s'inquiéter de l'absence des questions de population dans les initiatives visant à restaurer la paix dans la région. Les sommes faramineuses dépensées sans résultat tangible par l'ONU seraient plus utiles si elles étaient consacrées au développement socio-économique et à la résolution de cette question cruciale qui conditionne toutes les autres. Les politiques actuelles, qu'elles soient nationales ou portées par des acteurs internationaux, restent malheureusement à courte vue, car elles ne vont pas au fond en ignorant le lien étroit entre guerre et démographie.

En définitive, les menaces des frontières de l'Est sont d'ordre divers : l'irrédentisme, les problèmes identitaires, la mauvaise gouvernance, la convoitise des ressources naturelles par les voisins, la recherche des grands bénéfices par les multinationales, les pressions démographiques des pays voisins, le non entretien des bornes frontalières.

2.5.1. Les frontières sud

Celles-ci ne sont pas non plus épargnées, surtout de la part du puissant voisin l'Angola avec lequel la RD Congo partage une longue frontière commune d'environ 2469 Km. Lors de l'agression Rwanda-Ouganda-burundaise, l'Angola a activement pris part aux côtés des forces alliées de la SADC à la rescousse de la RD Congo. Cependant, cette intervention armée pour assister la RD Congo en détresse a permis à l'Angola de découvrir toutes les faiblesses de son allié, les lieux et domaines de vulnérabilité de ce dernier. Ce qui fait que depuis belle lurette, l'Angola n'a cessé de se livrer ostensiblement à l'occupation de certaines localités en territoire congolais, voire même de l'espace maritime congolais où il a érigé ses usines extractives de pétrole. Grosso modo, les frontières sud également courent comme celles de l'est à la fois les risques d'irrédentisme, de mauvaise gouvernance, de la convoitise des ressources naturelles et du non entretien des bornes frontalières.

* 40 Roland Pourtier, Op.cit.

* 41Tallon Fabrice., Données de base sur la population : Rwanda, CEPED, décembre 1991.

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